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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 85e de bataille

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

85e DEMI-BRIGADE DE BATAILLE.

Les Apennins, couverts de neiges, semblaient devoir séparer encore les armées ennemies. Mais le héros qui a étonné le monde par ses exploits avait formé le projet d'aller chercher dans leurs palais ces princes superbes qui ne savaient pas discerner sur la carte le point où gît la France. De son côté l'armée française était lasse de heurter depuis si longtemps aux portes de l'Italie sans pouvoir les ouvrir. Elle était fatiguée de privations, impatiente de gloire. Elle accueilli comme une garantie du succès l'audace que montrai son nouveau chef.

Beaulieu avait vu sa fortune s'éclipser à Montelegino; son armée avait succombé à Montenotte. Tout était disposé pour une attaque générale. L'armée française se déploya à Millesimo et mit les colonnes autrichiennes en déroute. La division Serrurier, quittant le même jour les positions qu'elle occupait à Garezzio, marcha en avant.

La 85e, qui en formait l'avant-garde, chassa l'ennemi de Bagnosco, de Ponte-Nocetto, de Montezimo, lui fit 60 prisonniers, et le mena battant jusque sous le canon de Ceva. Le camp retranché avait été enlevé, le 27, par les troupes d'Augereau. La division Serrurier entra le 28 dans la place, et prit le 29 la route de Saint-Michel.

Les troupes piémontaises, attaquées le 30, opposaient la plus vive, la plus opiniâtre résistance. Le général Fiorella fit battre la charge. La 85, s'élança sur le pont, enleva les hauteurs, força le camp retranché et s'empara des pièces qui les défendaient. Cette attaque néanmoins n'avait pas eu tout le succès qu'elle devait avoir. Le général Serrurier fit sonner la retraite et ordonna à la troupe de reprendre la position qu'elle venait de quitter. Les sous-lieutenants Viguier et Sanegre, le sergent-major Pommès, cependant, avaient franchi la rivière à la nage. Obligés par cette disposition inattendue d'abandonner une redoute dont ils venaient de se rendre maîtres, ils la bouleversèrent, désorganisèrent les pièces, et emmenèrent les canonniers.

L'ennemi perdit une centaine d'hommes dans cette affaire; mais la 85e eut à déplorer la mort de deux braves officiers, Baret et Gril. Arrivés les premiers au pont, ils furent aussi les premiers que la mort enleva. Avec eux périrent 22 volontaires, 30 autres furent blessés, 45 tombèrent dans les mains de l'ennemi.

La division, fortement soutenne et avant à sa tête le général en chef, marcha sur Mondovi. La 85e formait deux détachements, dont l'un tenait la droite et l'autre avait le centre. Les troupes piémontaises, déployées sur un plateau hérissé d'artillerie, combattaient avec une intrépidité rare. Trois fois la demi-brigade poussa à elles avec les grenadiers de l'avant-garde, trois fois elle fut ramenée. Le terrain était couvert de morts et de mourants; l'action devenait à chaque instant plus vive; de part et d'autre on luttait de résolution et d'audace. Enfin on s'empara du plateau et de l'artillerie. L'armée piémontaise s'éloigna, foudroyée par les pièces qui devaient la défendre, et la place ouvrit ses portes. La journée était heureuse; mais le chef de brigade était atteint de trois coups de feu; trois officiers, faits pour commander, avaient perdu la vie c'était le capitaine Dumonceaux, le lieutenant Congo, le sous-lieutenant Landri. Tous trois ardents, intrépides, ils étaient allés tomber au milieu d'un peloton ennemi. Le capitaine Hiret courut à leur secours; il ne put les sauver, mais du moins il les vengea en faisant mettre bas les armes à 35 grenadiers royaux.

Le 3, un bataillon entra dans Mondovi et le reste marcha sur Fossano, qui ouvrit ses portes le 6. Un armistice eut lieu le 9, et la demi-brigade se rendit il Coni. Elle se réorganisa dans cette ville, et y prit garnison après avoir détaché 630 grenadiers aux divisions actives. Ces mêmes grenadiers, qui formaient l'avant-garde à l'affaire de Borghetto, effectuèrent le passage de Mincio sous le feu de l'armée autrichienne, à laquelle ils firent 160 prisonniers et prirent deux pièces de canon.

Le 4 juin, secondés par quelques autres compagnies de grenadiers. ils enlevèrent à la baïonnette le faubourg Saint-Georges et la tête de pont de Mantoue.

Ils partirent quelques jours après pour Livourne, entrèrent dans cette ville, revinrent presque aussitôt sur leurs pas, et contribuèrent à rejeter 5 à 6,000 Autrichiens dans Mantoue. Un d'entre eux, Chaudier, donna dans cette rencontre une preuve de courage qui mérite d'être signalée. L'ennemi occupait une maison d'où il inquiétait nos avant-postes; le général Dallemagne s'adresse aux grenadiers, demande quel est le brave qui se charge de la détruire. Chaudier se présente, passe le Mincio à la nage, tenant une mèche allumée entre ses dents, met le feu au bâtiment, et rejoint ses camarades sous la protection de quelques tirailleurs qui tiennent l'ennemi éloigné.

Le 18, les grenadiers prirent part à l'attaque d'un camp retranché; ils repoussèrent les postes autrichiens jusque sous les murs de Mantoue, et ouvrirent la tranchée à 50 toises des ouvrages. Le capitaine Crevier reçut presque aussitôt un coup de feu; le lieutenant Galant fut bientôt après percé d'une balle; mais son chef étant hors de combat, et la compagnie n'ayant personne pour la conduire, il resta courageusement à son poste. L'intrépide Hiret, qui sous des chevaux blancs conservait encore la mâle assurance de son jeune âge, fut renversé comme lui, et comme lui garda son rang. 35 grenadiers furent tués et 50 blessés.

Les travaux se poursuivaient néanmoins sans interruption. Wurmser déboucha sur ces entrefaites. Les grenadiers coururent à sa rencontre, et le joignirent à Lonato et à Castiglione. Battu après trois jours de lutte, il s'éloigna. Les grenadiers rentrèrent à la demi-brigade, mais ils étaient tout sanglants et à moitié détruits. De 630 qu'ils étaient d'abord, ils se trouvaient réduits à 300.

Un mois s'écoula en patrouilles et en mouvements divers. Le 2 septembre on reprit l'attaque. Les deux premiers bataillons de la 85e demi-brigade traversèrent le lac de Garda, et allèrent débarquer à Torbole. La division aborda les Autrichiens, leur mit une centaine d'hommes hors de combat, leur en enleva 300, et les refoula sur Trente. Stationnée un moment à Borgo, la demi-brigade rejoignit la division Vaubois au camp de Saint-Lazare. Le 6 octobre, elle porta ses trois compagnies de grenadiers sur la route de Saint-Michel, et s'établit en avant-postes à Pinet et dans les gorges de Segonzano.

Cependant l'armée autrichienne se grossissait. Les troupes hongroises se succédaient l'une à l'autre. Des nuées de Tyroliens étaient réunies à Cembra et à Sovero. Le général Vaubois ordonna l'attaque de Segonzano. C'était le chef Éberlé qui la conduisait. Elle fut vive, semée d'incidents divers. Trois fois l'ennemi perdit le village et le reprit autant de fois. La gauche, qui devait appuyer la 85e, ayant été contrainte de gagner le large, toutes les forces autrichiennes s'étaient portées sur celle-ci. Le combat durait depuis dix heures; l'ennemi, toujours plus ardent, plus nombreux, commençait à intercepter les communications de la demi-brigade; elle se mit en retraite, emmenant 150 prisonniers, niais privée elle-même de ses meilleurs soldats. Le capitaine Dagain , les lieutenants Sanegre, Duvillard, Cayron, Pernein, Dejean, étaient hors de combat; les capitaines Garnier, Usquain; les lieutenants Turbé, Davesne, Bariat, Claris, Chaudemanche, étaient au pouvoir de l'ennemi avec une centaine de volontaires.

Ce ne fut pas tout. Pendant qu'on était aux prises à Segonzano, les Autrichiens s'étaient emparés de la vallée de Pinet. La 85e futobligée de les combattre et de s'épuiser en longs et pénibles efforts pour les chasser; elle y parvint enfin. Mais l'action n'avait pas cesse: qu'elle s'engagea de nouveau. Le 5 octobre, de nombreuses colonnes débordent de toutes parts et replient les avant-postes qui cherchent à les arrêter. Éparse, répandue sur une suite de monticules, la 85e les arrête les contient, et met un jour à leur abandonner une lieue d'espace. Le 6, l'action recommence encore; le 2e bataillon fléchit, les deux autres sont contraints de plier, et se soutiennent cependant jusqu'à la nuit. La demi-brigade quitta alors les hauteurs et descendit sur Trente. Les troupes de Vaubois étaient déjà en retraite elle prit l'arrière - garde, et ne cessa de marcher et de combattre. Enfin, après trois jours d'une lutte incessante, elle atteignit Roveredo. Le 1er bataillon s'établit sur les hauteurs qui dominent la ville les deux autres se portèrent à Mori, Une colonne hongroise essaya de les surprendre; mais un tambour battit inopinément la charge, et le coup fut manqué; ce ne fut néanmoins que partie remise. La division, attaquée le 9, ne put soutenir le choc; l'artillerie fut prise et le général Fiorella au moment d'être enlevé. La 85e cependant n'avait rien perdu de son énergie; elle accourut au danger; les troupes se réveillèrent; l'ennemi fut abordé, rompu, et rejeté des portes de Roveredo au-delà de la Pietra. Cette affaire lui coûtait 150 hommes morts ou blessés, et 600 prisonniers ; mais la demi-brigade avait elle même essuyé des pertes cruelles. Trois de ses plus braves capitaines, Gerard, Constantin, Gaillard, étaient sans vie , et ses meilleurs lieutenants, Villa, Miton, Eymard, Danie, Girard, hors de combat; 76 volontaires avaient été tués, 40 étaient blessés, et 33 prisonniers.

La division descendit l'Adige, et la 85e s'établit à Rivoli.

L'ennemi ne tarda pas à l'attaquer. Le 18, il jeta des ponts sur l'Adige. Une colonne nombreuse, précédée par un régiment de cavalerie, s'avançe; l'action s'engage, les feux se croisent, et en un instant la 85e a 40 morts et 60 blessés. Elle se met en retraite; le général Valette, qui la commande, entouré par les hulans, est obligé de se rendre; deux chefs de bataillon, trois capitaines, une foule d'officiers enveloppés comme lui, sont contraints de mettre bas les armes. Le capitaine Boiseau est tué; le chef de bataillon Ruby, le capitaine Besse, les lieutenants Parrein, Aimé, Urbain, sont mis hors de combat. Si la demi-brigade eût été réunie, elle eût eu peut-être une journée moins désastreuse; mais elle avait 300 hommes à Garda, et cinq compagnies à Rivoli. Elle n'était pas en état de résister à des forces aussi nombreuses. Elle se retira à la nuit sous les murs de Peschiera, se porta le 20 à Villa-Franca, où elle rallia la division Massena. Le 21, elle marcha sur Castel-Nuovo.

La 85e se reporta en avant le 21 novembre. Formant, avec la 22e légère , l'avant-garde du général Joubert, elle chassa l'ennemi de position en position, et le rejeta de Castel-Nuovo à Rivoli, de Rivoli à la Corona, et de la Corona au-delà de l'Adige. Elle lui fit dans cette course si vive 1,200 prisonniers , et lui enleva 2 pièces de canon avec 4 caissons.

Le capitaine Tarayre fit preuve de bravoure à la tète du 3e bataillon. Il poursuivait une colonne de Croates et manoeuvrait pour lui couper l'Adige. Obligé de la serrer de près, il engagea le feu à diverses reprises, et toujours il eut l'avantage. Enfin il touchait au but, lorsqu'un obus vint passer entre ses jambes sans l'atteindre.

La 85e prit part à l'attaque du Monte-Baldo, et ne contribua pas peu au succès. Le 15 décembre, elle s'engagea encore; mais elle était éparpillée, disséminée en détachements, et ne comptait pas 600 hommes au drapeau; elle tint cependant puis de quatre heures l'ennemi en échec. Forcée à la fin de se mettre en retraite elle n'eut pas plus tôt aperçu un renfort qui venait à son aide qu'elle regagna sa position.

Dans la nuit, le lieutenant Joubert redescendit sur Garda avec un détachement de 50 hommes. Il tomba sur un corps de 1,7 00 Autrichiens, lui fit rendre les armes , et le conduisit à Rivoli.

L'ennemi tenait toujours à la Corona. La 85e marcha à lui le 16 ; soutenue par la 29e légère, elle tua, blessa ou prit ce qui avait échappé à la journée de la veille.

La division tout entière se mit en mouvement le 26 janvier 1797. Elle remonta l'Adige sous les ordres du général Joubert, joignit les Autrichiens à Avio, et leur fit 300 prisonniers. Elle atteignit Roveredo le 28 , et arriva le 29 à Trente. La 85e la quitta le lendemain. Elle Suivit le général Belliard dans la vallée de Pinet, qu'elle garda pendant un mois.

La neige disparaissait; on s'avança sur le Tyrol ; on joignit les Hongrois , les Tyroliens à Cembra ; on les attaqua le 20 mars avec vigueur. La 85e gagna le Lavis, escalada une montagne escarpée, et mit en déroute les troupes réglées et les milices , dont une partie déposa les armes. Les grenadiers seuls firent 900 prisonniers, dont un colonel.

La 85e arriva le 22 à Neumarkt; elle passa aussitôt l'Adige, attaqua les Autrichiens, et les obligea, les uns à gagner les hauteurs, les autres à s'échapper le long du fleuve. Ceux-ci, poursuivis par les deux premiers bataillons, ne purent être atteints; ceux-là, pressés par le 3e, fuient de nouveau rompus, et perdirent 400 prisonniers. Leurs bagages eurent le même sort; mais la troupe fut obligée de les abandonner pour donner la chasse à un escadron de hulans auquel elle démonta 25 hommes.

Trois sous-officiers de grenadiers, Denis, Soule, Therride, donnèrent clans cette affaire une preuve de courage qui mérite d'être signalée. Une batterie incommodait leurs soldats; ils forment le projet de la surprendre. Ils attaquent le piquet qui la garde, le mettent en fuite, et poussent aux canonniers. Ceux-ci, la mèche à la main, et prêts à faire feu, sont sabrés, et une pièce de canon, un obusier, deux caissons et leurs attelages sont enlevés.

Arrivée le 24 devant Bixen, la 85e trouva une colonne ennemie en position sur la route d'Inspruck; elle se forme aussitôt en colonne serrée, et s'avançant sous la conduite du général Belliard, elle s'élance à travers la mitraille, arrive aux retranchements, les enlève et fait 600 prisonniers; elle s'avance ensuite sur la route de Vienne, et prend position à Mulbach. Les Tyroliens, les Croates viennent presque aussitôt la chercher. L'action s'engage et devient ardente c'est sur le 3e bataillon qu'éclate la tempête; il est entouré, pressé; en un instant il a 16 morts et 30 blessés. De ce nombre sont trois capitaines, tous trois tombés en poussant leur troupe sur les Autrichiens, ou en disputant leurs soldats aux coups des Tyroliens.

La division se mit en mouvement quelques jours après pour la Carinthie. Elle se rendit de là à Vérone, puis à Vicence, et apprit bientôt après la nouvelle de l'armistice. La paix avait succédé à la guerre; les alarmes avaient fait place au repos. Mais que d'intrépides officiers, que de braves soldats avaient perdu la vie! Que de ravages , que d'angoisses ces sanglantes divisions avaient causés! La 85e seule comptait 220 martyrs qui reposaient où reposent les héros; 360 autres avaient scellé de leur sang la sainte cause de la liberté, et 512 étaient tombés dans les chaînes en combattant pour les briser.

Le chef de brigade,

ÉBERLÉ.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 282-291