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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 64e de bataille

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

64e DEMI-BRIGADE DE BATAILLE.

La 64e demi-brigade de bataille fut formée à Nantes le 14 novembre 1796. Composée des débris de 14 bataillons ruinés dans les guerres de l'Ouest, elle se mit immédiatement en marche pour l'Italie, et ne s'arrêta pas qu'elle n'eût franchi les Alpes. Elle était impatiente de frapper des coups dont elle n'eût pas à gémir; elle ne tint compte ni des fatigues ni des obstacles que présentait la saison. Elle gagna les montagnes de la Savoie, brava les neiges, les glaces, passa le Mont-Cenis au milieu d'une tempête affreuse, et atteignit Milan le 27 décembre 1796. Elle jeta son 3e bataillon dans les forts de Bergame, et alla avec les deux autres prendre part au blocus de Mantoue. Établie vers la fin de janvier devant la porte Pradella, elle vers la dans ce poste jusqu'à la capitulation. Elle se rendit alors à Vérone, traversa Vicence, Citadella, et arriva le 9 mars à Castelfranco; elle en partit le 10 pour gagner Azolo. La distance n'était que de cinq lieues; mais une tempête surgit si violente et si longue que la demi-brigade exténuée ne put arriver à terme. Elle passa la nuit à se débattre dans les torrents que le ciel et les coteaux versaient sur la route. Elle employa la journée du 11 à se rallier, à rappeler ses forces, et gagna la Piave le lendemain. La Piave était large, rapide, divisée en plusieurs bras; mais l'ennemi en gardait le passage. La demi-brigade poussa aux ponts qui s'étendaient devant elle, et reconnaissant bientôt leur insuffisance, elle descendit dans la rivière et la franchit ayant de l'eau jusqu'aux aisselles. Le capitaine Oudet, respectable vieillard, qui comptait trente-six ans de service, n'avait plus assez de forces pour lutter contre la violence du courant; ses grenadiers le saisirent et l'enlevèrent sur leurs robustes bras.

Les Autrichiens étaient en fuite. La division les suivit et s'avança sur Valvassone. Aucune distribution n'avait eu lieu depuis deux jours; le soldat exténué de marches, de privations, cheminait épars, à longs intervalles. Mais le canon se fait subitement entendre. Sa puissante voix révèle la présence et la détermination de l'ennemi. Aussitôt tout s'anime, tout s'exalte et prend une vie nouvelle, Le besoin fait place aux illusions de la gloire; on ne pense plus qu'à combattre des troupes qu'on désespérait d'atteindre. On se rallie on serre les rangs. La demi-brigade ne marche pas; elle court, elle vole; en un instant elle est sur le Tagliamento. Ni la rapidité ni le volume des eaux ne peuvent l'arrêter. Elle descend dans le fleuve en colonne par division; elle le franchit avec assurance, sans se rompre, sans perdre son alignement. Le capitaine Oudet, quelques jeunes tambours couraient risque d'être emportés. Les grenadiers se chargent de leur aplanir la voie. Les uns reçoivent le vieillard sur leurs bras enlacés, d'autres jettent les enfants sur leurs épaules. Le passage s'effectue, et la 64e atteint la rive opposée.

Les divisions avaient pris leur rang de bataille. La demi-brigade placée en seconde ligne ne conservait plus qu'une faible espérance d'en venir aux mains; elle se flattait cependant encore de ne pas rester oisive et de prendre part à l'action. Mais celle-ci, engagée d'abord avec vigueur, s'éloignait d'heure en heure; le soldat ne put retenir son dépit.- Quoi donc, s'écriait-il en frappant la terre de sa crosse, ce ne sera jamais notre tour! Ce fut en effet ce qui arriva. Les masses autrichiennes disparurent, et le général en chef vint lui-même annoncer à la 64e que les événements la dispensaient de mettre son courage à l'épreuve.

Elle crut un moment ressaisir sur l'Isonzo l'occasion qui lui avait échappé sur le Tagliamento. Un de ses bataillons avait été formé en bataille et l'autre serré derrière par pelotons en masse et en potence. Elle descendit dans le torrent; elle le passa ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. Le feu de l'ennemi, la profondeur, la rapidité du courant, ne purent rompre sa ligne de bataille. Elle déboucha compacte et rapide, poussa les Autrichiens jusqu'au village de San-Pietro, mais ne put les engager. Elle fit alors une contre-marche. Elle longea l'Isonzo, et se présenta devant Gradisca. Défendue par 3,700 hommes, cette place opposa d'abord la résistance la plus vive., mais son énergie fut épuisée en quelques heures. La nuit n'était pas écoulée que les trois couleurs flottaient sur ses murs.

La 64e se remit en marche. Elle se rendit à Caporeto, gravit la montagne de la Chiusa, gagna Willach, Unsmark et Frontebeyn. Informée en arrivant dans ce lieu de la suspension d'armes, elle appuya aussitôt à droite, se dirigea sur Gratz, Marburg, et poussa sur la petite ville de Wepach. Au lieu de suivre la grande route, elle s'engagea à travers la montagne. La voie qui coupait la chaîne était escarpée, abrupte, semée de cailloux anguleux. Les soldats sans chaussures furent bientôt cruellement blessés Le temps était beau, la température élevée. Ils supportèrent d'abord la misère avec courage; mais il survint une tempête comme il s'en forme dans ces hautes régions, violente, inopinée. Le tonnerre roulait avec fracas, les éclairs étaient pressés, la grêle épaisse, fouettée par un vent impétueux. La troupe fut obligée de faire halte, de se serrer en masse.

La 64e était depuis trois heures dans cette position, et commençait à désespérer de voir finir l'orage, lorsque l'atmosphère se calmant d'une manière aussi brusque qu'elle s'était soulevée , lui laissa voir les belles campagnes d'Italie, qui, radieuses et paisibles, étalaient leur verdure à ses pieds. Elle reprit sa marche, et gagna Sacile , où elle s'établit.

Placé au centre de l'insurrection de la terre ferme, le 3" bataillon fut constamment aux prises avec les paysans bergamasques. Ceux-ci avaient pris parti pour Venise; il les battit et désarma une partie de leurs villages. Loin de les calmer, cette exécution n'avait fait que les rendre plus ardents. Il les joignit de nouveau et les mit en fuite. Mais un poste de 25 hommes gardait la manufacture d'armes de Gardone. Ce poste trop faible pour résister au flot qui le pressait; fut obligé de céder. Le capitaine Cruchet qui le commandait fut pris, et faillit être mis à mort. Les paysans étaient décidés à venger sur lui les pertes qu'ils avaient faites; mais par une disposition d'esprit singulière, ils voulaient pour le fusiller qu'il se mît à genoux. - Agenoux! s'écrie Cruchet; semblable position n'est pas faite pour un soldat. Si je dois être assassiné, ce sera debout, debout que je recevrai la mort. Sa fermeté imposa aux insurgés; ils s'éloignèrent après s'être chargés d'armes qu'ils avaient puisées dans la manufacture. Des troupes survinrent. Cruchet prit la tête d'une colonne; il chassa les insurgés de village en village, les força, le 10 mars, dans celui de Cerine, et leur enleva une pièce de canon. Il les attaque de nouveau le 13 dans le hameau de Nave, il les joignit le 15 au camp des Piémontais, et les poussa sur Salo, où il leur prit encore deux bouches à feu. Il continua sa course, s'avança sur Desenzano, Peschiera, et arriva le 29 avril sous les murs de Vérone. La place était en pleine révolte; elle fit une sortie générale sur les troupes qui se présentaient pour la soumettre. Le 3e bataillon marchait en tête. Une nuée d'Esclavons qui se jeta sur lui chercha vainement à l'ébranler. Il reçut l'attaque à bout portant, la brisa à coups de baïonnette, lui prit ses canons, et la dispersa avant que les colonnes qui devaient la soutenir eussent pu s'engager. Tous les corps montrèrent même fermeté, même assurance; l'insurrection n'essaya pas de prolonger la lutte. Elle fut plus opiniâtre à Gardone. Renforcé de quelques hommes, le 19 avril, le capitaine Cruchet lui avait tenu tête et l'avait chassée au loin; mais, ses munitions épuisées, il fut obligé de se retirer sur Nave, où il eut une affaire des plus vives. Des troupes accoururent à son aide, et les paysans furent mis en fuite. Ils avaient essayé des pertes considérables. La colonne de secours crut la leçon suffisante et s'éloigna. Son départ fut le signal d'une nouvelle prise d'armes. Les insurgés s'assemblèrent plus tumultueux, plus exaltés, et fondirent sur la manufacture. La tentative leur réussit mal. Ils avaient en tête une poignée d'hommes intrépides; ils furent désorganisés et contraints de lâcher prise. Ils ne se tinrent cependant pas pour battus. Ils reparurent le 3 mai, moins nombreux peut-être, mais plus fermes, plus déterminés. Ils engagèrent le combat avec mesure et forcèrent le détachement à plier. Une colonne de secours accourut encore; elle arriva avec du canon: en un instant l'insurrection fut accablée. Cruchet ne se borna pas à lui enlever Gardone, il la refoula dans les montagnes, et se disposait à la suivre dans les vallées de la Sabia. Mais les revers l'avaient rendue docile; elle fit sa soumission et livra ses armes. Cruchet joignit son bataillon, avec lequel il gagna Sacile, où se trouvait la demi-brigade.

Le chef de brigade,

ROUSSELLET.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 265-270