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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 5e Dragons

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

5e RÉGIMENT DE DRAGONS.

Le 5e régiment de dragons entra en opérations des que s'ouvrit la campagne de 1796. Il fit partie, le 5 avril, de la reconnaissance de Cairo, assista le 10 à l'affaire de Montelesino, et combattit le 21 à Mondovi. Cette rencontre fut des plus vives.

Le général Steingel, qui commandait toute la cavalerie, n'avait gardé près de lui que le 5e de dragons et 25 hussards. Le reste de l'arme, aux ordres du général Beaumont, passant le Tanaro, avait pris à droite et suivi le mouvement de l'infanterie, qui, sur les quatre heures, chassa les Piémontais de Mondovi. Le 5e de dragons couronna presque en même temps les hauteurs qui entourent la place. Steingel avec ses ordonnances, poussant à la rivière, était allé reconnaître si le gué était praticable. Un officier-général joignit les dragons, et s'adressant au commandant: "Envoyez lui dit-il, prévenir votre chef de l'état des choses: s'il peut passer, c'est fait de l'ennemi. " Mais déjà Steingel appelait sa troupe à lui. Il franchit le Tanaro. Apercevant de la cavalerie au loin, il crut que c'était celle de Beaumont qui arrivait. Il fit aussitôt sonner la charge, et se trouva, avec moins de 120 chevaux exténués de fatigue, devant un ennemi nombreux et dispos. Le choc fut vif de part et d'autre; on s'aborda sans compter. Mais la disproportion était trop forte: le 5e fut enfoncé. Un escadron du 20e, accouru à son secours, essaya en vain de relever le combat; il fut rompu lui-même et poussé au loin. Steingel ne survécut que trois jours à ses blessures; son aide-de-camp fut pris; le colonel Trouble percé de trois coups de sabre. Deux officiers succombèrent dans cette affaire, 6 dragons furent tués, et nous eûmes 15 blessés et 23 prisonniers.

Le 5e s'avança de Mondovi sur le Pô, et suivit Bonaparte à Pavie. Le général avait fait lancer quelques obus, qui devaient avoir appelé de sages réflexions; il suspendit le feu et chargea un Italien de porter des paroles de paix à cette population égarée. Mais loin d'accueillir le parlementaire, elle le repoussa à coups de fusil. Le général en chef ne garda plus de mesure: les portes venaient d'être brisées à coups de hache; les dragons s'élancèrent dans Pavie, joignirent les insurgés à travers les pierres, les coups de feu qui partaient de toutes les maisons, et couvrirent le pavé de cadavres.

Siége du château de Milan. - Le 5e de dragons prit part à tous les travaux qu'exigeait une semblable entreprise. Il aida à ouvrir la tranchée, servit les pièces, suppléa les artilleurs, les ouvriers du génie, se prêta à tout ce que demandait le bien du service: aussi reçut-il, devant le corps de siége assemblé, les éloges que méritait le dévouement dont il avait fait preuve.

Affaire de la Corona. - La Corona, attaquée par des forces supérieures, avait été enlevée, et nos avant-postes repliés avec perte. Le général en chef vint s'établir dans un château à quelque distance de Vérone, ayant pour sa garde le 5e de dragons, 4 pièces d'artillerie et 1 bataillon de grenadiers. Le mouvement de Wurmser était démasqué; le général Bonaparte se disposait lui-même à passer l'Adige lorsqu'il apprit qu'une colonne autrichienne s'était portée sur Brescia. Cette pointe compromettait à la fois le siége de Mantoue et les derrières de l'armée; il ne songea plus à pousser en avant; loin de là, il résolut de prendre une position en arrière d'attirer les Autrichiens à lui et de leur livrer bataille. Ses ordres coururent aussitôt les camps, les troupes qui observaient le fleuve se mirent en retraite. Augereau fut chargé de joindre avec célérité la colonne qui s'était emparée de Brescia, et de l'accabler avant qu'elle pût être secourue. Tout se passa comme l'avait prévu le général en chef: cette diversion, qui devait nous être si fatale, ne fit que préparer nos succès.

Castiglione, affaire de Mondoli. - La grande armée autrichienne, néanmoins, était encore intacte; elle pouvait ressaisir la fortune, et nous ravir le fruit de longs travaux. Le général en chef ne voulut point en courir la chance. Il avait dans le Seraglio des troupes, des moyens d'artillerie considérables, il les rappela, sacrifia au salut de l'armée l'espérance de voir Mantoue ouvrir incessamment ses portes. Serrurier eut ordre de lever le siége, et vint prendre sur l'Oglio une position d'où il assurait nos derrières et pouvait prêter main-forte à qui en aurait besoin Mais déjà nos colonnes s'étaient engagées avec les troupes autrichiennes. Victorieuses à Roverbella, à Salo, à Lonato, à Montechiaro , elles se disposaient à les joindre encore à Castiglione, lorsque le général acheva son mouvement. Massena et Augereau poussaient les Impériaux en tète; il s'établit sur leur derrière, et se présenta devant Mondoli. Le 5e de dragons était en grande partie sous ses ordres. Il se jeta sur quelques piquets de houlans et les renversa. L'infanterie et l'artillerie soutenaient l'attaque. On aborda Je village, on l'assaillit sur tous les points , on enleva 600 prisonniers. L'infanterie, les dragons, poussèrent du même élan sur les hauteurs, désorganisèrent plusieurs batteries, et prirent encore sept pièces de canon. Ce ne fut pas tout: un bataillon ennemi était parvenu à contenir nos attaques et touchait au moment de nous échapper. Le capitaine Lavasseur le chargea avec ses dragons et le foula aux pieds. Le général en chef, charmé du courage avec lequel il avait abordé cette vaillante troupe, le fit chef d'escadron.

Marche sur l'Adige. - L'armée était victorieuse; elle avait pris de l'artillerie, des bagages et 3,000 prisonniers. Elle suivit l'ennemi, balaya les bords du Mincio et dégagea Peschiera. On était au 7 août. Le général en chef fit rentrer les troupes dans leurs premières positions et marcha lui-même sur Vérone. Le 5e de dragons l'accompagnait: ce corps se jeta sur les hussards autrichiens, les battit, et, soutenu par le 24e de chasseurs, refoula l'arrière-garde ennemie dans Vérone. Il la suivit, s'engagea dans les rues, et, appuyé par quelques compagnies d'infanterie, il la culbuta encore, et lui fit 300 prisonniers. Il se remit dès le lendemain à la poursuite des colonnes qui gagnaient la Sega; l'adjudant-général Leclerc était à sa tête; il entama de nouveau l'arrière-garde ennemie, et lui prit encore quelques centaines de chevaux.

Combat de Serraville. - Vaubois remontait la rive droite de l'Adige, refoulait, menaçait le flanc droit de l'armée autrichienne; la division d'Augereau se porta par une marche rapide sur la gauche, et celle de Massena, où se trouvait le général en chef avec son état major, prit la route d'Ala.

Le 5e régiment de dragons faisait partie de l'avant-garde. Il sabra chemin faisant quelques piquets de hussards ennemis et déboucha devant Serravalle. Serravalle est une position d'un difficile accès. Baignée d'une part par l'Adige, dominée de l'autre par une montagne escarpée, elle était défendue pal' des forces considérables; le 5e de dragons l'attaqua néanmoins. Il se jeta sur les tirailleurs qui couvraient les avenues, les replia, et se trouva tout-à-coup en face d'une colonne d'infanterie nombreuse. Les carabiniers de la 4e étaient la seule troupe qui eût suivi sa course. La partie était loin d'être égale; il ne l'abandonna pas cependant. Il fit mettre pied à terre à une de ses compagnies, rallia un détachement de hussards, chargea la cavalerie autrichienne qui couvrait le village , et se portant à la hauteur du camp retranché, il intercepta la route, et enleva un bataillon qui cherchait à s'éloigner. La nuit commençait à devenir noire: l'ennemi en profita pour s'échapper.

Prise de Trente. - Attaqués de nouveau le 21, les Autrichiens furent de nouveau battus. L'avant-garde (le la division Massena fut chargée de les suivre, et les atteignit le soir même à Lavis. Le 5e de dragons qui en faisait partie les rompit et leur enleva 300 hommes. Semblable succès ne satisfit pas l'adjudant-général Leclerc. Il était blessé, couvert de sang, mais le reste de la colonne ennemie était près de lui échapper: il se jeta à cheval, entraîna ses dragons sur ses pas, et, suivi de quelques carabiniers que son courage exaltait, il joignit les hussards de Wurmser, et leur enleva un escadron.

Attaque du camp retranché de Primolano. - Les Autrichiens s'étaient retirés sur la route de Saint-Michel; la division Vaubois était en position en avant de Trente; celle de Massena s'avança pour soutenir les troupes d'Augereau qui marchaient sur le camp retranché de Primolano.

Celle-ci faisait son mouvement par les deux rives de la Brenta. Elle aborda les avant-postes ennemis, les replia devant elle et poussa droit au camp. La défense fut d'abord aussi opiniâtre que l'attaque était vive. L'artillerie tonnait, la fusillade était roulante; pendant deux heures on échangea la mort sans faire un pas; enfin les Autrichiens plièrent: leurs ailes avaient fléchi; on se précipita sur le centre établi dans des maisons en ruines; on le força, on contraignit un de ses bataillons de rendre les armes. Le 5e de dragons passa alors la rivière. Il fondit sur les fuyards, et, soutenu par quelques chasseurs du 10e, il les poussa longtemps l'épée dans les reins. Il arriva sous le fort de Covolo, fut accueilli par une grêle de mitraille et contraint de s'arrêter. Une vingtaine de dragons mettent aussitôt pied à terre; ils gravissent les rochers et portent la désolation dans les batteries. L'avant-garde paraît, l'ennemi abandonne la position et une pièce d'artillerie. Il ne se tient pas néanmoins pour battu. Il gagne une hauteur, et essaie d'y faire ferme. Vaine tentative! il est abordé, rompu, rejeté sur Cismone. Il comptait encore 3,000 hommes de pied. Il s'établit sur la route, se déploie sur les escarpements qui se trouvent à droite, eu avant du village. 150 hussards se mettent eu bataille sur la gauche dans une petite plaine qui s'étend de la rivière au grand chemin. Les pièces, les caissons sont groupés dans l'intervalle.

C'est sur cette distribution que le 5e règle sa charge. Au lieu de passer la rivière en face de l'ennemi, il va la passer plus bas. Partie des carabiniers qui l'appuient saute en croupe, partie se prend aux crins des chevaux. Arrivés au bord opposé, les fantassins ouvrent un feu meurtrier sur les hussards, que les dragons abordent en même temps. Surprise par cette attaque inattendue. la cavalerie ennemie perd contenance. Elle se jette sur l'artillerie, s'embarrasse dans les attelages et ne peut sauver son drapeau. Quelques hommes cependant échappent et joignent l'infanterie. Vivement attaquée de front, celle-ci se soutenait avec peine, lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle n'a plus de retraite, qu'une manoeuvre audacieuse lui a enlevé ses communications. Elle n'essaie pas dès lors de prolonger une inutile résistance; elle met bas les armes: pièces et hommes, tout est enlevé. Le 5e de dragons a la satisfaction de présenter au général en chef sept drapeaux et un guidon qu'il a pris à l'ennemi.

Affaire de la Brenta. – Le 5e de dragons continuait de former la garde du quartier-général. Il monta à cheval le lendemain dès la pointe du jour. Il tenait en main les drapeaux qu'il avait pris la veille. La vue de ces trophées répandit parmi les troupes une ardeur qui ne fut pas sans influence sur le succès de la journée. Elles commençaient à s'engager. La division Augereau remontait la rive gauche de la Brenta. La brave 4e de bataille s'avançait par la droite, où l'ennemi avait des corps d'élite. Elle se jeta à travers les anfractuosités du terrain et se mit en mesure de déboucher. Sa résolution impose aux Autrichiens; ils chancellent et font un mouvement rétrograde. Lannes, l'intrépide Lannes, ne les presse que plus vivement. Il s'élance à leur suite avec ses grenadiers; le chef de bataillon Frère partage son ardeur. Ils se répandent au milieu des colonnes autrichiennes; ils les poussent, les pressent dans un étroit sentier; ils leur enlèvent 3 drapeaux, des pièces, des caissons, et leur font 2,000 prisonniers. Ce coup de vigueur répand la consternation sur toute la ligne. Les troupes qu'il n'a pas atteintes mesurent avec effroi la hauteur d'où il est parti; elles voient que ni escarpements ni rochers ne peuvent arrêter l'impétuosité des assaillants, elles gagnent Bassano et courent se réfugier derrière la Brenta. L'infanterie, la cavalerie française, se pressent sur leurs pas; elles arrivent devant les batteries et poussent droit au pont. Lannes est à la tête de ses grenadiers; le capitaine Bauvion l'appuie avec les dragons du 5e. Ils forcent le passage, tombent sur les pièces, heurtent les Hongrois et les renversent. Deux bataillons ont mis bas les armes; Lannes s'est saisi lui-même de 2 drapeaux: les batteries sont prises, le pont est enlevé, et l'état-major autrichien fuit sur la route de Citadella.

Le générai en chef observait les progrès de l'attaque d'un site élevé: il n'eut pas plus tôt aperçu la déroute qu'il fit appeler le chef de brigade Milhaud, et, lui montrant l'ennemi éperdu qui couvrait la plaine, le chargea de consommer sa ruine. Le régiment s'ébranla à l'instant et se mit sur la trace des vaincus. dais tout était en marche: les tambours qui retentissaient dans toutes les directions, les trompettes qui résonnaient au loin, les flots de poussière qui s'élevaient sur la route, avaient donné des ailes à l'ennemi. Les dragons furent longtemps sans pouvoir l'atteindre; ils le joignirent enfin, culbutèrent les hussards qui formaient son arrière-garde, et les jetèrent à travers un bataillon de grenadiers hongrois qui escortaient le parc d'artillerie.

Ces grenadiers, les seuls qui restassent de la colonne belliqueuse qui avait suivi Wurmser en Italie, essayèrent de faire ferme; mais, aveuglés par les flots de poussière que la charge avait soulevés, attaqués avec une vigueur que la résistance ne faisait qu'accroître, ils ne tardèrent pas à être eux-mêmes obligés de mettre bas les armes.

Les dragons avaient enlevé le parc d'artillerie et plus de 200 caissons attelés. Partie d'entre eux ramena cette belle prise à Bassano, partie continua sa route sur Citadella. Arrivé devant la place, le chef de brigade Milhaud met en batterie deux des pièces autrichiennes dont il s'était fait suivre; il charge sa troupe de les soutenir, et pénètre dans Citadella avec le chef d'escadron Rouvilliers et le trompette-major. Il joint quelques habitants sur la place, lie conversation avec eux, et aperçoit, en discourant, des hussards autrichiens, et presque aussitôt un escadron qui marche à lui; il s'éloigne au galop et se range avec sa suite derrière les pièces. Celles - ci ouvrent aussitôt le feu. Les Autrichiens tournent bride et disparaissent avec le reste de l'armée, qui continue sa retraite en désordre jusqu'à Padoue.

Bataille de Saint-Georges. - Le grand quartier- général s'établit à Vérone. Le 5e de dragons, chargé de le joindre, se rendit dans cette ville.

La division du général Augereau serrait Porto-Legnano; celle du général Massena poursuivait les débris de Wurmser. Le général Kilmaine, à la tête de plusieurs régiments de cavalerie et de quelques bataillons de chasseurs, manoeuvrait entre Vérone et Roverbella; le général Sahuguet était en position en avant de Mantoue. L'armée autrichienne semblait hors d'état d'échapper; mais Wurmser était d'une constance à toute épreuve: il se roidit contre le malheur et ne cessa de faire tête à la fortune. Ses troupes, sa cavalerie surtout, avaient même courage; elles se saisirent d'un pont qu'on avait négligé de couper, et gagnèrent Saint-Georges. Les têtes de colonnes de Massena les abordèrent sans compter; elles se heurtèrent, épuisées, décousues, contre des masses compactes qui les attendaient dans le plus bel ordre: elles furent vivement ramenées. Elles se rallient néanmoins à la voix de leur chef; la cavalerie entra en ligne; le combat devint ardent: le 20e de dragons le 10e chasseurs, se déployèrent sur la droite, le 15e se forma sur la gauche, et le 5e s'avança au-devant des houlans qui chargeaient l'artillerie française; il les arrêta et les força de lâcher prise. L'action fit halte; l'infanterie se développa le long des fossés; les Autrichiens s'éloignaient à leur tour, et allaient de nouveau se réfugier sous les murs de Mantoue. Mais les dispositions étaient faites. On poussa à eux dès que le jour parut. Massena s'engagea de front, soutenu, comme la veille, par la cavalerie que commandait le général Kilmaine. Augereau combattit à la gauche, Sahuguet chargea à la droite. D'un bout de la ligne à l'autre, on se mêla, on se confondit, on lutta avec une vivacité qui n'a pas d'exemple; enfin, l'ordre, la vigueur de l'attaque, triomphèrent de la résistance. Les Autrichiens furent ébranlés, sans néanmoins céder encore. Leur infanterie, culbutée à la baïonnette, ne put se maintenir dans les positions qu'elle a si vaillamment défendues. La cavalerie prit sa place: cuirassiers et houlans se jetèrent au milieu du feu; ils poussèrent sur les batteries, qui les foudroyèrent, et entreprirent de les enlever; ils échouèrent, revinrent à la charge sans être plus heureux; ils se formèrent encore et s'élancèrent une troisième fois: mais le général en chef suivait de l'oeil ces accès d'une bravoure que révoltait la fortune. Cette troupe valeureuse se trouva enveloppée: sans issue, elle fut obligée de rendre les armes. Le 5e de dragons, serré autour du général Bonaparte pendant une partie de cette longue action, fut cruellement déchiré par la mitraille; mais les Autrichiens avaient perdu 25 pièces de canon et 2,000 prisonniers. Semblables résultats sont toujours sanglants.

Affaire de Fontaniva. - Les troupes françaises, assaillies par des forces supérieures, avaient été obligées d'évacuer Bassano. Le général en chef dirigea Augereau sur Vicence, et accourut lui-même avec le 5e de dragons. Il prit aussitôt l'attaque. Massena déboucha par la route de Citadella, et culbuta les colonnes qui cherchaient à l'arrêter. Augereau enleva 7 à 800 hommes à celles qu'il avait en tête. Les Autrichiens furent refoulés sur Fontaniva. Baigné, en quelque sorte, par la Brenta, ce village en commande le cours. Ils ne voulurent pas le céder sans combattre; ils se rallièrent, opposèrent une résistance qui ne finit qu'avec le jour. L'armée se disposait cependant à franchir la rivière: mais elle apprit que la division du Tyrol avait été repliée sur la Chiusa. Elle fut obligée de se mettre elle même en retraite; elle regagna Vérone, se porta presque aussitôt sur le village de Saint-Martin, qu'elle enleva. Elle suivit l'ennemi, le culbuta encore et le rejeta sur Caldiero. La nuit survint; le combat fit halte.

Affaire de Caldiero. - Ce ne fut pas pour longtemps. Le général en chef était impatient de vaincre: il marcha à l'ennemi dès que le jour parut; il rencontra les avant-postes autrichiens sur le pont de Villa-Nova: il les culbuta et les replia sur leurs colonnes. Le champ de bataille se trouvait agrandi, les troupes se déployèrent. Massena appuya sur la gauche; Augereau poussa devant lui, et tous deux s'avancèrent sur Caldiero. Le temps était froid, la pluie battante; mais le canon tonnait; le soldat s'élança à travers les rochers aux cris de vive Bonaparte! vive la France! Les Autrichiens ne purent soutenir le choc et furent mis en fuite. Ils ne tardèrent pas néanmoins à se rallier: leurs réserves les avaient joints; ils reprirent courageusement l'attaque: le 5e eut besoin de toute sou énergie pour les contenir. Le 15e s'avança; on ne songea plus de part et d'autre qu'à réparer ses forces, qu'à se remettre des fatigues qu'on avait essuyées.

Bataille d'Arcole. - Le général en chef n'avait pu enlever Caldiero : il changea de plan. Le 14 novembre, au milieu de la nuit, les troupes eurent ordre de prendre les armes et s'avancèrent sur Ronco. Elles étaient mornes, silencieuses, n'envisageaient pas l'avenir sans effroi, lorsqu'elles aperçurent, un pont qui venait d'être jeté sur l'Adige. Elles saisirent aussitôt la pensée de leur chef: les ennemis, encore engagés dans les montagnes de Caldiero, faisaient face à Vérone ; elles virent que Bonaparte, n'ayant pu les battre de front, allait les attaquer sur leurs derrières, et s'abandonnèrent aux sentiments que leur inspirait cette belle combinaison. Elles passèrent l'Adige, s'engagèrent avec confiance sur la chaussée qui d'Arcole mène à Ronco. Cette chaussée ne présentait qu'obstacles: elle était rompue en divers endroits, et n'avait pas un pont (lui ne fût détruit. A sa gauche était un marais impraticable, à sa droite un canal large et profond. Jamais champ de bataille semblable: le soldat cependant l'accepta sans crainte. Il poussa sur Arcole et l'attaqua sans pouvoir l'emporter. Le poste qui occupait ce village fit un feu terrible, le canon mêla sa bruyante voix aux éclats de la fusillade; l'armée autrichienne prit l'éveil, et la surprise fut manquée. Alvinzi était accouru. On s'engagea , on se chargea avec vivacité. Mais les troupes françaises manquaient d'espace: formées par sections, elles présentaient une longue, une immense colonne que l'ennemi, répandu dans les marais, accablait de ses feux, Le soldat, étonné, ne montre plus la même audace et ne combat plus avec le même abandon. A la gauche cependant il a encore plein succès. Les hussards ennemis fuient devant les dragons du 5e, et laissent le terrain couvert de morts. Il n'en est pas ainsi à la droite: un large canal arrête, paralyse les colonnes. Le jour arrive à terme, et l'action finit sans avoir fait un pas. Ce n'est pas tout: le général Guyeux débouche par Legnano; il prend les Autrichiens en flanc, il les bat, les chasse d'Arcole. Mais la nuit est tendue; l'armée, qui ignore sa présence et ses succès, ne fait aucun mouvement; il est obligé de s'éloigner.

Le lendemain, l'action recommence avec le jour. Les Autrichiens attaquent l'aile gauche et la replient. Alvinzi avait promis d'éclatantes récompenses à qui toucherait au pont que l'armée française avait sur le fleuve. La colonne entière s'y porte avec ardeur; mais un bataillon de la 32e s'avance à sa rencontre avec quelques dragons du 5e. Elle est accablée, vaincue, obligée de mettre bas les armes.

La droite est moins heureuse. Toujours arrêtée par le canal, elle cherche vainement à le combler, à se frayer passage. Les troupes, l'état-major, le général eu chef lui-même, conçoivent un instant l'espoir d'y parvenir. Ils s'arment de planches, de fagots, de tout ce que les lieux présentent; mais à mesure que tombe un morceau de bois, le courant l'emporte. L'action est circonscrite à ce qui se passe sur la chaussée; la lutte s'y soutient toujours vive, toujours ardente, sans que de part ni d'autre on obtienne de succès marqué. Aucune manoeuvre n'est possible dans cet étroit espace, aucun mouvement praticable. L'intrépidité, l'intrépidité seule peut décider la journée. Le général en chef saisit un drapeau, le général Augereau en prend un autre, et tous deux se jetant à la tête des troupes, s'efforcent de les enlever. Mais le feu est toujours plus terrible; on ne s'est pas ébranlé, et déjà une foule de braves sont atteints. Un des aides-de-camp du général en chef est étendu sans vie à ses côtés; Lannes est percé de deux balles. Il faut encore faire halte, renvoyer l'attaque au lendemain. Le lendemain elle fut enfin plus heureuse : l'armée française triompha des lieux, de l'ennemi; elle emporta Arcole. Ainsi fut gagnée cette longue bataille, qui coûta aux Autrichiens 8,000 morts, 5,000 prisonniers, 18 pièces de canon et 4 drapeaux.

Combat de Saint-Michel. - Les Autrichiens ne tardèrent pas néanmoins à se remettre en campagne. Ils se formèrent en trois colonnes et se portèrent par des voies différentes sur l'Adige. Les ailes gagnèrent sans bruit Legnago et Rivoli; le centre, qui se composait de troupes d'élite, marcha sur Vérone avec le dessein d'appeler sur cette ville toute l'attention des Français. Son attaque fut, en effet, des plus vives; il déboucha le 10 janvier 1797 , et se jeta impétueusement sur Saint-Michel. C'était la division Massena qui couvrait cette partie de la ligne; elle reçut le choc avec sa vigueur habituelle. Le canon tonnait avec force. Tout se borna d'abord à un échange de boulets, de mitraille; mais, enfin, l'infanterie s'ébranla. Les carabiniers et les grenadiers joignirent la gauche de l'ennemi et lui enlevèrent le château qui l'appuyait. L'artillerie, de son côté, prit peu à peu l'avantage: elle démonta une partie des pièces autrichiennes, et décomposa les troupes qui les soutenaient. La ligne ennemie perdait contenance, on la pressa plus vivement. Le général Mottet la poussait de front, Brune menaçait sa gauche. Le 5e de dragons se jeta sur sa droite; il la tourna, la dépassa, et se formant par pelotons, il la prit en tête d'une manière si vive, si rapide, qu'il lui enleva une pièce de canon, sans laisser aux artilleurs le temps de faire feu. Le succès exalta son courage: il donna tête baissée sur les masses ennemies, les pénétra, les foula aux pieds. Un essaim de tirailleurs couvert par les fossés essaya en vain de l'arrêter; il continua la charge, et, revenant brusquement sur eux, il les enveloppa, les tailla en pièces.

Affaire de Cembra. - Le 5e de dragons était resté jusqu'ici sous les ordres immédiats du général Bonaparte; mais le corps qui pénétrait dans le Tyrol avait besoin d'un régiment de dragons; il le joignit sur les bords du Lavis. Les Autrichiens venaient d'éprouver un nouvel échec: il se mit à leur suite avec le 8e de dragons, et les poussa au loin. A mesure qu'il avançait, la lutte devenait plus sérieuse: il ne s'agissait pas seulement de combattre les troupes réglées que conduisait Kerpen, il fallait encore vaincre. contenir une belliqueuse population dont la masse allait toujours croissant. Mais la troupe était ardente, intrépide; elle triompha de la commune résistance, et arriva devant Cembra. Elle attaqua aussitôt cette formidable position, elle poussa droit aux masses 'lui la défendaient, et manoeuvra avec tant d'audace et de bonheur qu'elle fit 4,000 prisonniers. Le 5e de dragons ne put prendre part à ce beau fait d'armes, mais sa tâche, moins glorieuse, ne fut pas moins utile. En bataille, pendant qu'on enlevait le fort, il resta trois heures exposé à un feu meurtrier, et rendit vaines par sa constance toutes les tentatives que firent les Autrichiens restés sur la rive opposée de l'Adige pour troubler l'attaque.

Affaire de Neumarkt. - Le corps d'armée atteignit bientôt Neumarkt. Les troupes réglées du général Laudon gagnaient l'Adige; le 5e de dragons passa le fleuve à leur suite. Il se jeta sui' l'arrière-garde et la poussa au loin. Le général Dumas prit alors une quarantaine de dragons, avec lesquels il explora les bords du lac, battit quelques partis de cavalerie, revint à sa troupe, la lança à travers un village, s'empara de plusieurs pièces de canon, et fit 2,000 prisonniers. Si beau résultat eût enhardi les plus timides: le soldat continua la charge, et ne fit halte que lorsque la force lui manqua.

Au jour, il reprit sa marche, et se présenta devant Bolzano. Les Autrichiens l'avaient évacué pendant la nuit; le 5e dragons se mit sur leurs traces, et ne tarda pas à les atteindre. Il leur sabra, leur prit du monde, continua de presser leur arrière-garde, et leur enleva encore 300 hommes. Battue, mais non découragée, l'arrière-garde ennemie voulut à son tour prendre sa revanche. Elle avait atteint Colman; elle se forma derrière le pont et répandit son infanterie dans les bosquets qui l'avoisinent. Le 5e ne tint compte de ces dispositions, il fondit sur elle avec l'ascendant que donne la victoire, et la rejeta sur Clausen.

Affaire de Clausen. - La position était belle, de difficile accès; l'ennemi ne se borna pas à la défendre; il prit l'attaque, et lança sa cavalerie sur les premières troupes qui se présentèrent. Elles ne comptaient que quelques hommes, mais le général Dumas les suivait avec les dragons. Les hulans furent rompus, obligés de se réfugier dans la place. Dumas y pénétra avec eux, fondit sur une colonne qui était en bataille et la fit prisonnière. Les Autrichiens gagnèrent Brixen, ils essayèrent encore de faire halte, mais il furent chargés une seconde fois et mis en déroute.

La position néanmoins ne laissait pas d'être assez critique: une poignée de Français était engagée dans des montagnes inextricables. Elle se trouvait au milieu d'une population soulevée, et avait devant elle des troupes de ligne considérables que venaient de grossir encore des bataillons accourus du Rhin. Mais son courage était à toute épreuve: le 5e se jeta sur ces bataillons qui faisaient la force, l'espoir de l'ennemi. Il les rompit et leur enleva trois pièces de canon. Le 8e de dragons prit alors la charge, et s'engagea malheureusement dans un taillis épais. Des feux violents descendaient de la montagne; il fut ramené et contraint d'abandonner les pièces que le 5e venait de prendre. A la vue d'un semblable échec, une partie de celui-ci met pied à terre, la 85e se déploie. Les deux régiments atteignent une prairie voisine, où ils se forment en bataille. L'action cependant continue de s'animer, l'ennemi gagne du terrain et commence sortir du bois. Le chef de brigade Milhaud sent qu'il faut frapper, réprimer son audace; il pousse sur lui à la tête de quelques braves; il le culbute, le refoule dans le taillis et ressaisit les pièces.

Affaire de Mulbach. - Le corps expéditionnaire avait accompli sa tàche; il avait pénétré dans le Tyrol, battu, dispersé Kerpen; il se mit en marche pour rejoindre la grande armée. Il cheminait à travers des gorges étroites , ayant à sa suite 2,000 prisonniers, 10 pièces de canon, des caissons et une immense quantité de vivres. Un si vaste convoi donnait prise à l'attaque; les Autrichiens crurent pouvoir en profiter. C'était le 5e de dragons qui faisait l'arrière-garde: il fut abordé, chargé avec la plus rare impétuosité; mais son premier escadron resta ferme, inébranlable. L'action s'anima, on se prit corps à corps: l'un des officiers ennemis fut abattu d'un coup de sabre; un autre, le brave capitaine Loës, saisi par un sous-officier, se débattit vainement dans ses bras: il fut désarmé, vaincu, obligé de demander grâce; sa troupe découragée tourna bride. Ce fut le dernier engagement de la campagne.

Le chef de brigade,

MILHAUD.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 209-227