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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 58e de bataille

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

58e DEMI-BRIGADE DE BATAILLE.

Arrivée à Milan le 2 décembre 1796, la 58e laissa son 3e bataillon à Peschiera, et se rendit avec les deux autres à Rivoli, où elle arriva le 15, après une marche forcée de trente-six heures.

L'ennemi, maître des hauteurs de Cavaillon étendait ses postes dans la plaine. Tout plein de mépris pour la petite troupe qui venait se placer en face, il annonçait hautement l'intention de l'enlever. Elle ne lui en laissa pas le temps; elle gravit la montagne an milieu des chants et de la musique, aborda les Autrichiens, et les fit presque tons prisonniers. Ce qui lui échappa ne dut son salut qu'à la fuite. Cette action ne fut peut-être pas sans influence sur les avantages que l'armée française obtint dans la plaine de Rivoli. C'est là seulement où la demi-brigade put déployer son courage; elle mérite de trouver place dans l'histoire. On peut le dire sans crainte: si la 58e eût défendu le poste qu'elle enleva, 10,000 hommes ne fussent pas parvenus à l'en chasser.

Chargée d'escorter les prisonniers de guerre, elle les conduisit, les uns à Grenoble, les autres à Mâcon; pais se remettant immédiatement en route, elle repassa les monts comme elle les avait franchis, par bataillons isolés, par détachements successifs.

Historique du 1er bataillon. - Le 1er bataillon arriva le 2 avril à Bergame; il en partit le 3 pour se rendre à Salo en passant par les montagnes. Il avait ordre de traiter de la manière la plus sévère les paysans qu'il trouverait en armes. Il avait déjà fait quelques exemples lorsqu'il s'aperçut que la population entière était en mouvement. Toutes les villes, tous les villages qui sont sur cette route étaient occupés par de fortes garnisons, couverts par des avant-postes, des bivouacs multipliés. Le bataillon se trouvait investi de toutes parts, par des paysans il est vrai, mais par des paysans déterminés. Le chef Colomb avait peu de troupe, et sa mission principale était de gagner Salo; il essaya la voie de la douceur et de la persuasion. Ce moyen lui eût réussi peut-être, mais il était sans instructions. 11 signala l'état des choses à Brescia, et continua sa route.

Il était chargé de s'emparer de Salo, de prendre le commandement de la place, et d'arrêter les fonctionnaires vénitiens, Il s'imaginait, sur des ordres semblables, trouver la ville abandonnée à elle-même, ou du moins mal gardée. Mais arrivé aux postes, il rencontra un officier qui lui refusa l'entrée.

Aussi surpris que mécontent d'une telle réception, il se rendit chez le gouverneur à travers la foule armée qui remplissait les rues. Il se plaignit de la manière dont il était reçu.-J'ai donné mes ordres, lui dit sèchement le Vénitien. - Vous avez donné vos ordres! répliqua le chef de brigade courroucé. Eh bien! si vous ne voulez pas que j'entre de force, vous allez les retirer sur l'heure. Vous connaissez les Français; vous savez s'ils sont gens à souffrir l'outrage. Déconcerté par cette réponse, le gouverneur révoqua la défense qu'il avait faite. Colomb déploya son bataillon sur la place d'armes, et envoya des piquets aux postes. Il eût voulu envoyer de suite à Brescia, signaler et le mouvement qui agitait ces montagnes et la position où la troupe se trouvait il Salo; mais les paysans interceptaient la route. Il resta quatre jours sans communications au milieu d'une multitude armée qui ne s'élevait pas à moins de 10,000 hommes, menacé à chaque instant de voir encore descendre la population des hautes vallées. C'est dans cette situation de choses qu'il reçut l'ordre de désarmer Salo et d'arrêter le gouverneur avec quelques fonctionnaires qui lui étaient désignés. La flottille, il est vrai, était mise à sa disposition, mais ce moyen était tout-à-fait insuffisant. Il fit néanmoins prendre les armes, rangea sa troupe en bataille sur la grève, et somma le gouverneur de se rendre près de lui. Le Vénitien n'en voulut rien faire. Colomb gagna la flottille, et donna le signal des hostilités. Le feu s'ouvrit; l'action fut tout d'abord des plus vives, mais la fougue insurrectionnelle s'épuisa bientôt. L'action ne durait pas depuis une heure qu'un parlementaire accourait déjà, annonçant que les autorités vénitiennes avaient pris la fuite, mais que la nouvelle administration avait besoin de deux jours pour calmer la population. Colomb les accorda; ses munitions épuisées, le lac soulevé par l'orage l'eussent obligé de renoncer à l'attaque; il saisit vivement l'occasion de se retirer avec honneur. Il gagna Desenzano, en repartit le 26, et arriva le 30 à Venise.

Historique du 2e bataillon. - Le 2e bataillon avait été placé à Desenzano. Chargé de rester spectateur paisible des mouvements qui se faisaient sous ses yeux, il avait ordre de défendre envers et contre tous les positions qu'il occupait. Le chef Lollier, qui le commandait, ne tarda pas à apprendre que les Vénitiens avaient l'intention de s'emparer de la place qui lui était confiée; il en interdit aussitôt l'entrée, et n'y laissa pénétrer ni troupes ni paysans armés. Malheureusement il n'avait pour se garder qu'une compagnie de grenadiers de la 58e et quelques soldats de dépôt. Ces soldats même étaient sans armes. Il fut obligé de recourir au commandant de Peschiera, qui lui fit passer 80 fusils. Les choses étaient en cet état, lorsque, tout occupé de faire distribuer des vivres à une colonne de prisonniers autrichiens qui arrivait, il vit accourir un paysan à cheval, cocarde jaune, sabre nu, qui criait à tue tête : Vive saint Marc! Il s'avança au-devant du rustre, lui fit mettre pied à terre et le renvoya par où il était venu. Mais à peine débarrassé de cet homme, il apprit qu'un corps nombreux de Salodiens arrivait sur Desenzano. Il remit la garde des prisonniers aux hommes de dépôt, et courut avec ses grenadiers à la porte de Salo. La cavalerie vénitienne, déjà aux prises avec la garde, se retira à son approche; il poussa à la fausse porte de Lonato, et y trouva une centaine d'insurgés auxquels du plus loin qu'il put se faire entendre il ordonna de s'éloigner. Comme il vit qu'ils obéissaient encore, il jeta une partie de sa troupe par une rue de traverse, et gagna avec l'autre la porte de Lonato, tout encombrée de paysans. Il alla seul à ceux-ci, et les dissipa sans qu'un coup de fusil fût tiré.

Vérone se mit en pleine insurrection; le commandant Lollier, obligé de faire marcher sur cette ville tout ce qu'il avait d'hommes disponibles, ne conserva que des convalescents, la plupart très faibles et sans armes. Il s'adressa encore au commandant de Peschiera, qui lui envoya quelques armes et un détachement de chasseurs démontés, qui présentait cependant encore à peu près 80 chevaux. Il put dès lors se garder militairement; mais aussitôt fut signalée une épaisse colonne vénitienne. Un sous-officier, chargé de s'assurer de la force et de la position des troupes de la sérénissime république. rentra sans avoir rien vu. Un deuxième explorateur succéda au premier, et ne fut pas plus heureux. Lollier crut un instant que la colonne était imaginaire. Il se trompait. Deux officiers de chasseurs l'aperçurent sur les cinq heures du soir en pleine marche sur Desenzano. Lollier fit aussitôt battre la générale, doubla les postes, et gagna, avec une centaine de chasseurs, une porte à laquelle aboutissaient plusieurs routes. Il trouva les mamelons qui les commandent couverts de tirailleurs, et la cavalerie cherchant à tourner la ville; il ouvrit aussitôt le feu. L'un de ses piquets attaqua de front, un autre se jeta sur les derrières. Les Vénitiens, étonnés, commençaient à fléchir, lorsque le hasard amena une colonne de 2 à 300 hommes sur les hauteurs. Son apparition produisit l'effet de la tête de Méduse: tout s'éclipsa aussitôt, tout disparut.

Le chef de brigade,

COLOMB.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 271-275