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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 51e de bataille

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

51e DEMI-BRIGADE DE BATAILLE.

La 51 demi-brigade de bataille avait un bataillon à Savone lorsque la campagne de 1796 commença. Les deux autres placés sur les hauteurs en avant de Voltri, furent attaqués le 9 avril, et poussés avec vigueur; mais le chef de brigade Lannes dirigeait la résistance: ni la mousqueterie ni la mitraille ne purent l'ébranler. Il était nuit close qu'il gardait encore sa position. Il ne tarda pas néanmoins à se retirer, mais il le fit sans trouble, sans désordre, et parce que telles étaient ses instructions.

Bataille de Millésimo. - Les redoutes de Millésimo furent attaquées le lendemain à la pointe du jour; le bataillon de la 51e qui était à Savone en sortit aussitôt. Il se porta sur le lieu du combat, s'engagea avec l'ennemi, qui, déjà repoussé par l'intrépide Rampon occupait néanmoins encore nos premiers retranchements. On se battit tant que le jour dura; à la nuit les Autrichiens se mirent en retraite. Furiot, sergent dans la 7e compagnie du 3e bataillon, se distingua dans cette affaire; il s'élança sur l'ennemi, et, secondé par deux chasseurs, fit mettre bas les armes à une trentaine d'Autrichiens.

Combat de Montenotte. - L'ennemi avait fait volte-face à Montenotte. L'avant-garde le battit et le chassa du village.

Bataille de Dégo. - Les Austro-Sardes étaient dé ployés sur les hauteurs de Dégo. La division marcha à eux;. et la 51e qui avait la gauche fut chargée de les prendre en flanc. Elle passa aussitôt le Tarano sous un feu terrible: elle attaqua de front les redoutes de droite, et les emporta d'assaut. Le sous-lieutenant Mouron fit preuve dans cette rencontre d'une intrépidité rare: il se jeta à la tète de quelques grenadiers, brava le feu et la mitraille, et arriva aux retranchements. Frappé d'un coup de sabre, il gravit l'épaulement, fut renversé par un coup de baïonnette, se releva et s'élança dans la redoute. Quelques volontaires accoururent à sa suite, les Autrichiens perdirent courage et mirent bas les armes. Melousse, Gilleron, Jales, Linnois, Extase se précipitèrent de leur côté au milieu des fuyards, et leur enlevèrent quatre drapeaux. Le régiment de marine piémontais mit bas les armes: état-major, musique, artillerie, équipages tout fut enlevé.

Beaulieu voulut prendre sa revanche: il réunit l'élite de ses troupes, tomba sur celles que nous avions laissées à Dégo, et les surprit au milieu de la sécurité que donne la victoire. La 51e accourue au secours fut d'abord repoussée, et laissa son chef, le vieux Laffons, dans les mains des Autrichiens; mais, reprenant bientôt son énergie, elle revint à la charge, culbuta l'ennemi et dégagea son chef. Les Impériaux découragés prirent la fuite ou mirent bas les armes.

La 51e suivit le mouvement: elle traversa Vessino, Créqui, Rivalta, Tortone, Stradella, et arriva le 19 à Plaisance, ou elle franchit le Pô.

Combat de Fombio et de Codogno. - L'avant-garde, victorieuse, venait d'occuper Fombio: la 51e poussa vers Codogno; ne se doutant pas que l'ennemi fût encore dans ce poste, elle marcha avec sécurité, ne prit aucune des précautions qu'on prend d'ordinaire quand on approche de l'ennemi. Elle arriva à nuit close, s'engagea dans la rue et fut accueillie par une fusillade des plus vives. Les chevaux épouvantés se jetèrent dans les rangs, la confusion devint extrême. Le tambour-major Idrac ne s'effraya pas de cet accueil une chandelle à la main, il s'avança sans s'inquiéter s'il servait ou ne servait pas de point de mire aux coups de l'ennemi; il fouilla la place, la parcourut tout entière , et prit à lui seul une quinzaine d'Autrichiens.

Cependant le général Laharpe s'obstinait à croire que l'ennemi n'occupait plus Codogno. Il voulut s'assurer lui-même de l'état des choses, et fut atteint dans sa reconnaissance d'un coup de feu qui le renversa sans vie aux pieds de son cheval. Ce brave officier fut vivement regretté; ses talents, ses belles qualités physiques, son aménité, sa bienveillance, lui avaient gagné tous les coeurs.

Capitulation de Pizzighettone. - La 51e arriva le 8 mai devant Pizzighettone avec la division: la place nous canonna vivement, et cependant ne nous tua que deux hommes pendant les trois jours que dura le siége. Elle capitula le 11. La demi-brigade, revenue ce jour même à Codogno, partit de cette ville le 24, et alla séjourner le 28 et le 29 à Montechiaro; le 30 elle passa sur la rive gauche du Mincio.

Combat de Borghetto. - L'ennemi, atteint à Borghetto par l'avant-garde, se détendit avec vigueur, soutint un combat long et sanglant: deux pièces battaient le débouché du pont. Le capitaine Arnaux se jeta dans la rivière, ses grenadiers le suivirent; les Autrichiens déconcertés ne songèrent plus qu'à la retraite.

La division se porta le même jour en avant de Vallegio, la 51e se rendit à Castel-Novo, puis à Vérone, où elle arriva le 1er juin, et passa dans la division Augereau.

Expédition de la Romagne. - La division, arrivée le 8 de Mantoue, se mit en marche le 16 pour la Romagne; elle passa par San-Benedetto, Mirandola, Crevansano, arriva le 19 à Bologne où elle fui reçue avec acclamation. Elle se mit en marche le 24 pour se rendre à Ferrare, et arriva le 2 juillet à Carpi. Remontant la rive droite de l'Adige, elle alla s'établir partie à Roverchaissette partie à Roverchiara.

Wurmser venait de prendre le commandement de l'armée autrichienne: il nous attaqua le 29. Il avait porté la plus grande partie de ses troupes sur nos derrières; nous fumes forcés à la retraite. La 51e se mit en marche le 30 pour Villafranca; la perfidie de son guide la conduisit sur Vérone que les Autrichiens occupaient déjà. La cavalerie impériale s'avança aussitôt, mais la demi-brigade la replia, poursuivit sa route, et alla prendre position sur les hauteurs de Montechiaro, à la gauche de la 4e demi-brigade de bataille.

Première bataille de Castiglione. - Une partie de l'armée ennemi était établie à Castiglione, et occupait, au nombre de 15,000 hommes, des positions formidables. La division, qui n'avait pas plus de 6,000 baïonnettes, entreprit cependant de les enlever. Pendant que la 4e demi-brigade attaquait le village de front, et que les grenadiers le pressaient par la gauche, la 51e se porta sur les hauteurs de droite. Quoique foudroyée par une artillerie nombreuse, elle parvint à débusquer l'ennemi et s'empara des batteries qui avaient porté le désordre dans ses rangs. Le chef de brigade Laffons, appesanti par l'âge, avait peine suivre ses mouvements rapides, mais le commandant Meinzevieg y suppléa par son intelligence et son audace. De concert avec le chef de bataillon Soulès, il rallia, ranima la troupe et la conduisit enfin à la victoire. Le capitaine Bavière, les lieutenants Boni, Simonet, Raymond, Lafosse, Mouron, le tambour-major Idrac, le sergent Eitif, le grenadier Giseron, déployèrent, dans cette importante bataille, le courage, l'intrépidité qui caractérisent les défenseurs de la liberté. Le lieutenant Lafosse enleva une batterie, et, quoique grièvement blessé , il tourna aussitôt une partie des pièces sur l'ennemi. Les Autrichiens, agglomérés dans Castiglione, combattirent eux.-mêmes à outrance; mais, attaqués de tous côtés avec fureur, ils furent forcés de céder. La demi-brigade, profitant des avantages que sa position lui donnait, acheva de les mettre en désordre. Nous leur avions pris de l'artillerie, des bagages, 2,000 prisonniers. Nous les suivions néanmoins encore lorsqu'une colonne, sortie de Mantoue, nous attaqua nous-mêmes avec vigueur, et balança longtemps la fortune; mais, enfin, cette colonne fut vaincue et se retira sur Borghetto.

Deuxième bataille de Castiglione. - La division était rentrée dans les positions qu'elle avait quittées; on avait employé, de part et d'autre, le 4 août à rassembler ses forces. Le 5 au matin, les Impériaux paraissaient sur les hauteurs; l'armée française s'avança à leur rencontre; et, se formant par colonnes serrées en masse, elle les attaqua avec impétuosité, La 51e tenait la gauche de la division, ayant son 2e bataillon en tirailleurs, la 4e s'avançant par la plaine, gravit les hauteurs et les enleva. L'armée autrichienne plia au premier choc et fut poursuivie jusqu'à la nuit. Le 6 , la division poussa sur Borghetto; elle trouva ce village évacué, l'ennemi retiré de l'autre côté du Mincio; elle continua son mouvement, arriva le 7 à Castel-Novo, le 8 à Vérone, d'où elle partit le 11 pour aller par les montagnes de Santa-Anna, couper la retraite à l'ennemi qui s'était jeté dans les gorges.

Première expédition du Tyrol. - Le général en chef fit marcher sur le Tyrol. La division Augereau, dont la 51e tenait toujours la gauche, partit le 3 août, et alla bivouaquer dans les montagnes. Le 6, elle prit position à une lieue de Trente.

Combat de Luan. - Le 7, la demi-brigade rencontra l'ennemi à Luan; les lieux resserrés et étroits ne lui permirent pas de se former en bataille. L'avant-garde seule en vint aux mains; les Autrichiens perdirent 3 à 400 prisonniers et 3 drapeaux.

Bataille de Bassano. -- Le 9, on déboucha par la gorge de Bassano. Wurmser voulut en vain défendre le passage; il fut battu, et perdit 4 à 5,000 prisonniers, 8 drapeaux, un équipage de pont, une quantité considérable d'artillerie et de bagages. Les gorges étaient toujours plus resserrées, la demi-brigade ne put combattre que par ses tirailleurs. La division poussa jusqu'à Pradella; elle passa la Brenta le 10, et s'achemina sur Padoue, se rendit, le 12, à Matagnana, et le 13, devant Legnago.

Reprise de Legnago. - La garnison que Wurmser avait laissée dans Legnago mit bas les armes le 14; le 3e bataillon de la 51e prit sa place, et la division, continuant la poursuite, arriva le même jour à Governolo; le 16, elle se porta sur le faubourg Saint-Georges déjà attaqué par Masséna; la demi-brigade fut d'abord repoussée, mais deux bataillons formés en arrière étant accourus au secours, elle reprit l'attaque et l'ennemi fut rejeté dans Mantoue après des pertes considérables. Un régiment de cuirassiers, une division de houlans mirent bas les armes; nous primes une artillerie nombreuse.

Le sous-lieutenant Sagniat fit preuve dans cette occasion d'un courage qui mérite d'être signalé. Jeté en tirailleur avec 10 hommes, il aperçoit 400 Autrichiens en bataille; il dispose aussitôt sa petite troupe et, s'avançant de sa personne, il les somme de se rendre. Etonnés d'une telle audace, les uns le mettent en joue, les autres délibèrent, enfin leur chef demande que sa personne, celle de ses soldats soient garanties de toute insulte. Sagniat en signe l'engage ment et reçoit leurs armes.

Le 18 septembre, les deux bataillons de la 51e revinrent à Governolo, et prirent position sur la rive droite du Mincio où ils furent presque aussitôt rejoints par le 3e.

On était en présence: la troupe se mettait sous les armes deux heures avant le jour, et y restait jusqu'à la rentrée des reconnaissances. La précaution était sage, car le 23 une de ces reconnaissances rencontra, presque sur les postes, la tête d'une colonne ennemie qui, s'appuyant au Pô, s'étendait vers le centre, tandis qu'une autre, venant le long du Mincio, cherchait à s'emparer du pont et à couper toute espèce de retraite. Les grenadiers de la 51e firent feu , et cherchèrent à reconnaître la force de l'ennemi auquel ils avaient affaire. Le lieutenant Lafosse qui les commandait était en tête. Un coup de feu l'abattit; son sous-lieutenant Ramon prit aussitôt sa place, et contint les Autrichiens qui le pressaient avec vigueur. La demi-brigade accourut et culbuta l'ennemi. La 5e d'infanterie légère, qui suivait le Mincio, battit également la colonne qui lui était opposée. Elle fit 1,400 prisonniers, et enleva 5 pièces de canon. Le lieutenant de grenadiers Sentis resta sur le champ de bataille. L'adjudant-major Castex fut grièvement atteint. La demi-brigade eut 12 hommes tués et 43 blessés.

Elle quitta le blocus de Mantoue le 28 octobre; elle gagna Vérone, séjourna un mois dans cette ville, et s'avança sur Bassano dans les premiers jours de décembre. Masséna, établi de l'autre côté de la Brenta dans une position avantageuse, contenait l'armée autrichienne. La division Augereau, dont la 51e faisait partie, se porta le 5 à Vicence, et se mit en mouvement le lendemain avant le jour. La demi-brigade, quittant le chemin que parcourait la tête de la division, prit à gauche, et s'avança par une route de traverse en fort mauvais état. Le général en chef la suivit lui-même avec le 1er régiment de hussards.

Les Autrichiens avaient déjà été refoulés jusqu'à la Brenta qu'ils avaient en partie repassée. La 51e venait d'arriver. On était occupé à rallier les troupes, à les former par pelotons, lorsqu'un gros d'ennemis se démasquant ouvrit un feu terrible. Le général Bon fit déployer la demi-brigade, et envoya le premier bataillon à la droite du village d'où partait le feu. Le bataillon prit l'ennemi à dos; deux compagnies de grenadiers qui filaient à gauche secondèrent ses efforts. Les Impériaux furent mis en fuite, et nous laissèrent 200 prisonniers dans les mains.

Une cinquantaine d'entre eux, renfermés dans une maison, se défendaient encore. Le capitaine Bonat prit deux compagnies, cerna l'édifice et se mit en devoir de l'enlever: ses efforts furent inutiles. Il avait déjà plusieurs balles dans ses habits; la mousqueterie continuait, il fut obligé de recourir aux flammes pour triompher de la résistance. La division se battait avec mollesse. Cependant une colonne, débordant des hauteurs, longeait la gauche et allait la prendre à dos. La 51e se trouvait à portée. Elle se forma en colonnes serrées en masse sur la compagnie de grenadiers dans les trois bataillons. Les Autrichiens furent rompus et se retirèrent en désordre. La nuit était noire, l'ennemi couvert par une obscurité profonde; la demi-brigade se réunit aux troupes de la division qui se mit en retraite, et alla s'établir sur les bords d'une petite rivière à six milles de Vicence.

La 51e continua le mouvement. Elle alla bivouaquer le 8 à six milles de Vérone, où elle entra le 9. Le 2e bataillon prit position le soir même à Ronco. Le 1er et le 3e se rendirent à Legnago le lendemain.

L'ennemi avait porté ses principales forces sur Vérone. Il attaqua le 11 et le 12 , fut chassé successivement de Saint-Michel, de Saint-Martin, de Caldiero. La 51e, bordant l'Adige, ne prit aucune part à ces deux actions.

Le 14, les troupes françaises se portèrent pendant la nuit sur Ronco. Un pont avait été jeté sur l'Adige. Le 2e bataillon de la 51e alla se placer bien en avant sur la route où le reste de la division ne tarda pas à le joindre. Le général Bon prit le commandement de la 5e demi-brigade d'infanterie légère, et fut remplacé à la 51e par l'intrépide Lannes, qui, à peine guéri d'une blessure, en reçut trois nouvelles en se précipitant au milieu des ennemis.

Le combat, cependant, était vivement engagé; mais, quelque vivacité qu'elle eut mise dans l'attaque, l'avant-garde n'avait pu pénétrer clans Arcole, dont l'accès était difficile et vaillamment défendu. Les autres corps avaient successivement donné sans obtenir plus de succès. Le 1er le 3e bataillon de la 51e prirent la tête de la colonne. Déjà les grenadiers touchaient au pont, mais Lannes fut atteint d'une balle. Un grand nombre de volontaires furent tués, un plus grand nombre couverts de blessures. Ce qui restait des deux bataillons se replia sur le revers de la chaussée, où il se mêla aux débris de la division. Les tirailleurs ennemis avaient vue sur ce revers. Ils y semaient le ravage, et cependant la multitude qui y avait cherché refuge restait insensible à toute représentation. Son énergie était éteinte. Elle n'avait la force ni de se reformer ni de reprendre l'attaque. Les officiers s'efforcèrent en vain de lui donner l'exemple; presque tous furent tués ou blessés en essayant de l'entraîner. Le capitaine Rhonet perdit la vie en se jetant sur le pont. Le brave Simonet, saisissant le drapeau d'une main et tirant son sabre de l'autre, tomba sous les coups de l'ennemi sans pouvoir en lever sa troupe. Le chef de brigade Laffons éprouva le même sort. Ce vieux, ce respectable militaire fut blessé en cherchant à vaincre une irrésolution inaccoutumée. La 51e était stupéfaite, étonnée de l'audace que montraient ses chefs, mais restait immobile.

Dans l'après-midi, cependant, le 3e bataillon revint à lui-même. Il passa le canal qui était à sa gauche, attaqua le village par-derrière, et, soutenu par une demi-brigade venue de Legnago, réussit à le forcer. Les Autrichiens battus s'éloignèrent en lui abandonnant de l'artillerie et 400 prisonniers.

Le 1er bataillon arriva sur le soir, au moment où nos troupes se retiraient en désordre. Il arrêta l'ennemi et protégea la retraite de la division, qui se rallia un peu en avant de la tête de pont où elle passa la nuit.

Il fallait reprendre Arcole. Le 1er bataillon s'avança sur le pont où il avait attaqué la veille; les deux autres réunis avec les grenadiers de la 40e poussèrent sur la droite et passèrent le canal au-dessus de son embouchure dans l'Adige. Le sous-lieutenant Ramon était en tête avec la compagnie de grenadiers du 3e bataillon. Il se jeta à l'eau sans souci du courant ni du feu que faisait l'ennemi, et atteignit la rive opposée. Il fut suivi de quelques grenadiers, de l'adjudant-général Vial, d'une foule d'officiers, et du tambour Pierrot, qui, passé sa caisse sur la tête, battit aussitôt la charge; mais la troupe n'osant les suivre, ils furent obligés de revenir sur leurs pas. Bosse, officier au 3e bataillon, blessé dans cette retraite, courait risque d'être emporté par le courant. Ses camarades se jettent dans une nacelle et le ramènent.

Le feu avait cessé, la nuit était noire. Les Français établirent un pont et passèrent. Les Autrichiens les attaquèrent aussitôt avec violence; ils fondirent sur les deux bataillons de la 51e et les refoulaient en désordre, lorsque le 3e bataillon accourant au pas de charge changea la face du combat. Les Impériaux, culbutés à leur tour, furent vivement ramenés.

L'artillerie, qu'ils avaient à Albaredo, ne tirait plus, les Français conclurent qu'ils l'évacuaient. Un détachement fut chargé de s'en assurer, et ne trouva plus que quelques chasseurs qu'il fit prisonniers.

Toutes les forces étaient de part et d'autre amoncelées sur les deux digues qui s'étendent d'Arcole à l'Adige. Le combat était opiniâtre et sanglant. Les différents corps furent bientôt pêle-mêle. Le terrain ne permettait pas de s'étendre, les plus braves étaient les seuls qui prissent une part active à la lutte. L'ennemi, refoulé dans Arcole, essaya cependant encore de s'y établir, et s'y maintint quelque temps; mais, enfin, il l'évacua. 600 hommes qu'il avait laissés dans un château mirent bas les armes.

Une division autrichienne qui s'était d'abord portée sur Vérone, faisant un mouvement rétrograde, déboucha sur Arcole, et tenta de reprendre ce village: ses efforts furent inutiles. Elle fut repoussée après un combat qui se prolongea jusqu'à dix heures du soir.

La demi-brigade enleva deux drapeaux dans cette rencontre sanglante : elle eut 79 morts et 238 blessés. Au nombre de ceux-ci se trouvaient les chefs de brigade Laffons et Berthollet, les chefs de bataillon Meinzvieg et Soulès, le capitaine Giron, les lieutenants Simonet, Sicard, Bosse, Gayon, Didenhaffen. L'adjudant-major Rey reçut une forte contusion. Les capitaines Rhonet et Mouron, le sous-lieutenant Quintin, restèrent sur le champ de batallie.

La division, qui avait bivouaqué autour d'Arcole, se rendit le lendemain à Vérone, puis gagna le 21 les montagnes de Santa-Anna, et descendit le 22 dans la gorge par laquelle l'ennemi faisait sa retraite. Elle surprit et mit en fuite un poste assez considérable.

Les Autrichiens avaient disparu: la 51e revint sur Vérone, passa quelques jours dans les environs de cette ville, se remit en mouvement le 12 décembre, et se plaça, le 3e bataillon à Vérone, le 2e à Zevio, le 3e à Ronco.

Le chef de bataillon Meinzvieg fut promu au grade de chef de brigade; les adjudants-majors Castex et Rey furent élevés à celui de chef de bataillon; le général Point prit le commandement de la demi-brigade.

L'armée autrichienne ne tarda pas à reparaître: le 7 janvier 1797, les postes de Saint-Michel, de Bevilaqua furent vivement attaqués. La canonnade s'alluma sur divers points; tout annonçait que l'ennemi cherchait à passer l'Adige, Il le passa, en effet, à Anghiari. Le 2e bataillon de la 51e s'était mis en marche aux premiers coups, mais les Autrichiens ayant rapidement franchi le fleuve, il fut assailli à la hauteur de Villa-Bartholomeo d'une grêle de projectiles. Le général Point lui fit d'abord faire halte, puis, s'apercevant que c'était une fausse attaque, il s'avança sur Anghiari; mais informé presque aussitôt que le passage était forcé sur ce point, que l'ennemi n'y avait trouvé que quelques hommes de la 5e d'infanterie légère, dont il avait aisément triomphé, il prit position sous les murs de Legnago et attendit le jour. Le 3e bataillon se trouvait à Roverchiara au-dessus d'Anghiari. Toute communication était, par conséquent, interceptée. Le capitaine Crouzet fut chargé de joindre les Autrichiens, avec trois compagnies de grenadiers, et de les attaquer sans leur donner le temps de se reconnaître. Il se jeta sur Anghiari; et, quoique les troupes qui le défendaient fussent bien supérieures aux siennes, il réussit à enlever le village presque entier. L'ennemi cependant était déjà retranché à la tête du pont; il avait coupé la chaussée, mis en batterie deux bouches à feu. Les troupes assaillantes ne purent le forcer. Trois fois elles revinrent à la charge, et furent repoussées autant de fois. Les Autrichiens manoeuvraient de manière à les envelopper. Elles furent obligées de se mettre en retraite. Le lendemain un bataillon de la 4e demi-brigade se joignit à elles. L'attaque recommença, et n'eut pas plus de succès. Provera continua paisiblement de s'avancer sur Mantoue.

Cependant Augereau rassembla à la hâte toutes les troupes qu'il avait sous la main. II en forma un corps de 3,200 hommes qu'il divisa en deux colonnes. Il donna le commandement de la 1re au général Lannes, et celui de la 2e au général Point. L'un devait attaquer de front, l'autre était chargé de descendre dans la plaine, de tourner le village et de couper toute retraite à l'ennemi. Les troupes françaises fondirent sur les Autrichiens; elles les culbutèrent du premier choc, leur enlevèrent 2,000 prisonniers et 16 bouches à feu.

Le 2e bataillon fut le seul des trois de la 51e qui prit part au combat; mais les grenadiers, ainsi que leur chef, le brave Ramon, donnèrent dans cette rencontre de nouvelles preuves de leur courage.

Les troupes qui avaient été dispersées se réunirent pendant la nuit. Elles se mirent sur les traces de Provera, qui, ce jour-là même, succombait à la Favorite. Elles avaient atteint Castellarre et se dirigeaient sur Garemalo lorsqu'elles apprirent que tout était battu, que tout avait mis bas les armes: elles revinrent à Anghiari. La demi-brigade gagna Legnago; elle rallia son 3e bataillon , se mit en route pour Padoue, et arriva le 20 janvier dans cette ville. Le 30, elle passa la Brenta: elle traversa Citadella, Castel-Franco, gagna Trévise, où elle apprit la reddition de Mantoue. La division passa sous le commandement du général Guyeux. Le quartier-général alla s'établir à Castel-Franco. La 51e cantonna à Bassano.

L'armée se remit en mouvement le 12 mars 1797. La division traversa les plaines de l'Hospitalet en présence de l'armée ennemie, qui s'éloigna en lui abandonnant quelques prisonniers. Les canaux qui sillonnent la plaine sont profonds, rapides: néanmoins, l'infanterie, formée en colonnes serrées en masse, les franchit dans le plus bel ordre. Un grenadier de la 4e demi-brigade s'y laissa cependant tomber, et courait risque de se noyer, lorsqu'une des cantinières de la 51e se jetant à l'eau, saisit le soldat aux cheveux et le sauva. Le général en chef voulut récompenser ce trait de courage. Il fit présent à la cantinière d'une somme assez forte, et lui donna une médaille où était inscrit le nom du militaire qu'elle avait arraché à la mort.

Nous continuâmes le mouvement. Nous dépassâmes Cornegliano, Sacile, Pordenone: le 16 nous arrivâmes sur les bords du Tagliamento. Le Tagliamento est un torrent qui a plus d'une demi-lieue de large. Les eaux, qui ne couvrent ce vaste espace que dans les temps de pluie, se divisent et forment six on sept branches qui sont toutes guéables.

L'ennemi paraissait décidé à défendre le passage. Bonaparte voulut sonder lui-même la profondeur du courant, et reconnaître les forces qu'il avait en tête. Une vive canonnade, engagée d'une rive à l'autre, rendait cette expédition assez périlleuse; mais les dispositions étaient faites. A midi, les deux divisions, formées en colonnes serrées par demi-brigade, se mirent en mouvement. Bernadotte tenait la droite; les grenadiers réunis à la cavalerie formaient l'avant-garde.

Le corps de bataille venait ensuite; la réserve se trouvait à quelque distance. Celle de la division était composée de la 51e et du 9e de dragons; l'ordre de bataille était magnifique; les mouvements des corps se firent avec une admirable précision. Les soldats, pleins de confiance, descendaient dans l'eau, et, se tenant par le bras, conservaient un alignement parfait.

L'avant-garde culbuta l'ennemi: elle enfonça son Centre, et s'établit sur la rive qu'il occupait. La gauche Fut moins heureuse. Elle était au moment d'être tournée. Un corps d'infanterie et de cavalerie l'inquiétait en flanc avec deux pièces de canon, et faisait sur elle un feu de mousqueterie violent. Une partie de la 41e marcha à son secours; le 2e bataillon de la 51e, et le 9e de dragons suivirent. Les Autrichiens furent rompus et leurs pièces enlevées.

Les 1er et 3e bataillons de la 51e entrèrent également en action. Avant la nuit, l'armée française fut maîtresse du village de gauche que l'ennemi avait vaillamment défendu.

Le 20, la division entra dans le Frioul autrichien: elle dépassa Cividal, s'enfonça dans les gorges et atteignit Chiacerito au moment où l'ennemi, forcé dans un étroit passage, abandonnait à l'avant-garde 400 prisonniers et 2 pièces de canon. Elle le suivit, et arriva devant le fort de la Chiusa. Situé dans une position escarpée, et couvert de batteries, ce fort semblait, en quelque sorte, inabordable. Les têtes de colonnes voulurent l'attaquer; elles furent accueillies par une grêle de pierres et de mitraille, et contraintes de renoncer à l'entreprise; mais la nuit vint: elles escaladèrent une montagne réputée inaccessible, et passèrent sous la fort à la faveur des ténèbres. An jour, elles étaient en mesure: les unes le couvrirent de quartiers de roche, les autres lui donnèrent l'assaut et l'emportèrent.

La gorge ouverte, la division poussa en avant et atteignit Trevisano, où venait d'arriver la division Massena.

Cette division avait pénétré dans la Carinthie par des lieux abruptes: elle avait joint les Autrichiens, leur avait enlevé de l'artillerie, des équipages, des convois immenses, et deux bataillons de grenadiers. La 51e portée sur Villach, s'établit à la gauche de la 43e. Le lendemain, elle prit la tête de la colonne, gagna Klagenfurth, Saint-Weit, et alla bivouaquer, le 2 avril, en avant de Freisach, à l'arrière-garde de la division Massena. Des troupes autrichiennes cherchaient à se Jeter sur Neumarkt; elle se mit à leur poursuite, dépassa Murnau, Tamesvert, sans pouvoir les engager. La division poussait sur Judenburg; elle la suivit et arriva elle-même dans cette ville. Une suspension d'armes venait d'être conclue; elle rétrograda sur Léoben , traversa Klagenfurth, Villach, Ponteba, Cornegliano, Vicence, et alla s'établir à Vérone.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 132-149