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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 4e de bataille

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

4e DEMI-BRIGADE DE BATAILLE.

Établie à la Piétra, petit village de la rivière de Gênes, la 4e demi-brigade de bataille leva son camp le 12 avril 1796. Elle gravit le mont Saint-Jacques, prit la tête de la division Augereau, gagna Carrare et perça dès le lendemain la ligne ennemie. Son 3e bataillon marcha sur Millesimo; les deux autres combattirent d'abord à Montenotte, puis cernèrent Cossaria. Le 1er monta à l'assaut, et fut repoussé avec perte; mais les coups qu'il avait portés firent sentir aux Autrichiens l'issue que devait avoir la résistance. A la nuit ils ouvrirent leurs portes et mirent bas les armes.

Jean Banquerel, volontaire, fit preuve dans cette affaire d'une rare constance. Précipité deux fois des remparts, il les escalada une troisième fois; renversé une troisième fois, il se disposait à revenir à la charge lorsque le feu cessa.

Pertes. - Officiers: Frère, chef de bataillon; Arnaud, idem; Belbère, sous-lieutenant, blessés. Sous-officiers et volontaires: 12 tués, 17 blessés.

La demi-brigade quitta Millesimo le 14 et marcha sur Ceva. Elle attaqua, le 15, les redoutes dites des Têtes-Noires et les enleva, puis elle poussa sur Castellino della Tor, qu'elle enleva encore.

Pertes de ces différentes journées. - Officiers: Ballet, chef de brigade; Guiton, capitaine; Orselet, lieutenant; Dussort, sous-lieutenant, tués; Barère, lieutenant; Puyat, sous-lieutenant; Lebatut, idem, blessés. Sous-officiers et volontaires: 25 tués, 57 blessés.

Le 19 se donna la bataille de Mondovi: la 4e ne concourut pas au succès; mais conduite par le chef de brigade Pourailly, qui en prit ce jour-là même le commandement, elle se forma à la tête de la colonne, et s'avança sur Cherasco. Cette place, qui opposa d'abord la plus vive résistance, finit par ouvrir ses portes, et la demi-brigade reprit son mouvement. Elle traversa Albe, San Stephano, Acqui, Castelnovo, Delscrevio, où furent organisés les bataillons d'avant-garde. Elle gagna ensuite Castel-Silvano, Stradera, traversa le duché de Parme, atteignit le Pô le 7 mai, passa ce fleuve sous Plaisance et entra dans le Milanais. Le 8, les trois compagnies de grenadiers marchèrent sur Fombio. Elles soutinrent les carabiniers, les tirailleurs, chassèrent deux fois la cavalerie ennemie du village, en furent deux fois repoussées elles-mêmes, mais restèrent enfin maîtresses du champ de bataille. Rejointes presque aussitôt par l'avant-garde, elles se mirent à la suite de l'ennemi, et le poussèrent jusque sous les murs de Pizzighetone.

Le 10 eut lieu la bataille de Lodi; la ville, le pont construit sur l'Adda, furent enlevés d'élan, chacun fit preuve de la plus rare audace. Le grenadier Lanta aperçut une pièce de 7 que conduisaient deux canonniers. Il attaqua le convoi, tua les hommes, s'empara de la bouche à feu, et se mit en devoir de la tourner sur l'ennemi. Surpris par une charge de cavalerie au milieu de ses apprêts, il s'échappe, revient à la pièce et l'emmène.

La 4e se porta sur Crema après la bataille; puis, revenant brusquement sur ses pas, elle rentra à Lodi, d'où elle gagna Pavie, Milan, Cassano, Fontanilla, et se rendit à Brescia, où elle quitta le n° 39 qu'elle avait porté jusque là, pour prendre le n° 4 , qui lui était échu au tirage au sort.

Cependant, l'ennemi avait fait halte; il avait pris position à Borghetto, bien résolu de défendre le Mincio, de le défendre avec vigueur. Le passage fut néanmoins forcé après un combat opiniâtre, et les grenadiers poussèrent jusqu'aux portes de la ville. La division Augereau les suivit; puis tout-à-coup tournant à gauche, elle se dirigea sur Peschiera. Isolée par ce mouvement, la demi-brigade n'en montra ni moins d'assurance ni moins d'audace; elle se jeta sur l'arrière garde ennemie, la battit, et lui enleva une masse de prisonniers. Ce succès exalta le courage de deux compagnies du 1er bataillon; elles s'emportèrent, tombèrent dans une embuscade, et furent en partie détruites, en partie enlevées.

Pertes. - Officiers: Patou, lieutenant, blessé; Laplume, idem, prisonnier; Pasconan, idem, tué, - Sous-officiers et volontaires: 32 tués, 26 blessés, 39 Prisonniers.

La division s'était rendue à Governolo; la 4e continua son mouvement et s'avança sur la porte Cerèse. C'était un poste fortifié, couvert d'ouvrages; elle combattit long-temps sans pouvoir l'enlever. Enfin, le tambour Cassagne, soulevé par ses camarades, atteignit une petite brèche, se jeta dans l'enceinte, et ouvrit la porte que 1e canon n'avait pu briser.

L'expédition de la Romagne eut lieu sur ces entrefaites. La division s'avança sur les États du pape, et arriva bientôt à Bologne. La population avait pris les armes; la lutte fut vive, acharnée; mais enfin les habitants succombèrent sous les coups de la demi-brigade, et l'insurrection fut réprimée.

Pertes. - Officiers: Eustache, lieutenant, blessé; Pourailly, chef de brigade; Dautun, capitaine; Chausson , lieutenant, blessés. - Sous-officiers et volontaires: 13 tués , 18 blessés.

La division quitta Bologne vers la mi-juillet, et se reporta sur l'Adige. La demi-brigade prit position de Labada à Ponte-Castanino; de Ponte-Castanino à Legnago. Tel était son emplacement lorsque dans la unit du 28 juillet arriva l'ordre de battre en retraite. La 4e retira aussitôt les postes qu'elle avait sur l'Adige. Elle se rassembla à Legnago, démonta les pièces qu'elle ne pouvait emmener, coupa le pont, et poussa à tour de route sur Roverbella. Elle se reposa une heure dans cette ville, et se dirigea sur Castellar. Elle protégea, ferma l'arrière-garde et revint encore sur ses pas; elle gagna de nouveau Castiglione di Mantua, traversa Roverbella , et atteignit Goito le 31 dans la matinée. Elle avait fait 111 milles en 55 heures: 173 sous-officiers et volontaires, exténués par cette longue et rapide marche, étaient tombés dans les mains de l'ennemi.

Réunie à Goito, la division se mit en mouvement et arriva à Castiglione le 1er août. Le 2, elle se rendit à Montechiaro; le 3, elle marcha aux Autrichiens.

Bataille de Castiglione. - Dès quatre heures du matin la division était sous les armes. Elle était rangée dans la plaine au sud-ouest de Castiglione; les tambours retentissaient, les chants de la musique se faisaient entendre; elle s'avança l'arme au bras, et arriva à travers la mitraille à demi-portée des murs de la ville. La 4e était en tête. Les grenadiers et le 3e bataillon, commandés par l'adjudant-général Verdier, se dirigent vers une hauteur qui se trouve sur la gauche. Le 1er et le 2e gagnent la plaine à droite, et feignent de laisser Castiglione derrière eux. L'ennemi leur oppose en vain une grêle de balles et de boulets. L'un s'empare du point qu'il voulait atteindre, les antres se forment où ils avaient dessein de se déployer. Les tirailleurs poussent alors en avant, ceux du 1er bataillon renversent les Autrichiens et leur font un nombre considérable de prisonniers; ceux du 2e prennent deux bouches à feu avec leurs caissons; ils enlèvent un drapeau, et font mettre bas les armes à une colonne de 1,500 Hongrois. Le 1er bataillon, chargé trois fois par la cavalerie ennemie, la repoussa autant de fois.

Le champ de bataille était gagné. L'armée se reposa le 4 sur le terrain qu'elle avait conquis. L'ennemi cependant était resté en présence; l'action recommença dès le lendemain. A neuf heures, la demi-brigade était en ligne, commandée comme la surveille par l'adjudant-général Verdier. Elle s'avança dans la plaine, et poussa à une redoute protégée par une nombreuse artillerie légère, et flanquée de masses épaisses de cavalerie et d'infanterie. Le feu s'ouvre, en un instant devient terrible. La 4e reste impassible sous la mitraille qui la déchire; elle est inébranlable sous les feux qui la sillonnent. Enfin, l'artillerie est en batterie et riposte avec vigueur. Peu à peu l'ennemi fléchit, ses coups sont moins pressés, moins nombreux. Les grenadiers se jettent sur la redoute et s'en emparent. Les colonnes autrichiennes, privées de cet appui, se débandent et abandonnent pièces et munitions. La 4e gagne les collines, refoule au loin tout ce qui se trouve devant elle et pousse jusqu'à la Volta.

Pertes. - Officiers: Beyrand, général de brigade; Pourailly, chef de brigade; Fauché, capitaine; Desparbis, idem; Fescheneau, idem; Caraguel, lieutenant; Planti, idem; Sarraz, idem; Berges, idem; Carles, sous-lieutenant; Audibert, idem; Berthin, idem, tués; Gros, chef de bataillon; Arnaud, idem; Boucault, capitaine; Ramadier, lieutenant; Larousse, idem; Castagnès, sous-lieutenant; Talon, idem; Boulet, idem, blessés. - Sous-officiers et volontaires: 61 tués, 147 blessés.

Cette grande bataille donna lieu à une foule de traits de courage qui méritent d'être recueillis.

Nogues, sous-lieutenant, prit un drapeau; le caporal Mariot enleva une pièce de canon.

Le capitaine Fauché, atteint d'un boulet qui lui avait emporté une cuisse, exhortait encore ses soldats à faire leur devoir, et à mourir s'il le fallait pour la France.

Le capitaine Fecheneau, frappé comme lui, montra comme lui les plus généreux sentiments. J'ai perdu une jambe, dit-il à ceux qui le relevaient sur le champ de bataille; mais je l'ai perdue pour mon pays, et il m'en reste une pour le servir encore. La mort l'avait déjà saisi; il expira en faisant des voeux pour l'armée.

Au milieu de tant de dévouement et d'insouciance de la vie, le sang-froid de l'adjudant-général Verdier se fit remarquer encore. Arrivé devant la redoute, cet officier fait halte, et se porte sur la droite pour rectifier l'alignement. Au moment où il ouvre la bouche pour faire le commandement que la circonstance exige, un obus tue son cheval et le jette au loin. Il n'en tient compte, et achève son opération comme si de rien n'était.

Le 6, la 4e demi-brigade marcha sur Borghetto. Obligée de rétrograder devant les masses ennemies, elle gagna Peschiera , repassa le Mincio le 7, entra le 8 à Vérone, où elle fit des prisonniers. Elle passa quelques jours dans cette ville pour se remettre des fatigues qu'elle avait essuyées, puis alla fouiller les montagnes du Tyrol, et descendit après une vaine excursion dans la vallée de l'Adige.

La division tout entière s'engagea le 2 septembre dans ces gorges; elle chercha deux jours l'ennemi sans le joindre, et arriva le 4 à Roveredo; elle reprit sa course le lendemain, et, laissant Trente sur la gauche, gagna Vigorel. Elle continua son mouvement, dépassa Caldanezo, et entra dans la vallée du Borgo, où la Brenta prend sa source. Elle suivit le cours de cette rivière, et rencontra à Primolano un gros d'Autrichiens qui voulut lui disputer le passage. Après un combat très vif, la 4e, qui, pendant ces différentes marches, avait toujours tenu la droite de l'armée, voyant que les fusils étaient inutiles contre des hommes embusqués derrière des rochers, marcha sur eux la baïonnette en avant, et prit une partie de leur colonne. Le terrain était tourmenté, abrupte, l'ennemi voulut profiter de la difficulté des lieux pour se rallier; mais la demi-brigade le suivait à la trace, elle lui livra plusieurs petits combats où il fut constamment défait. La division, chargée d'un nombre de prisonniers considérable, vint bivouaquer à Auguadano; elle reprit sa route le lendemain, passa la Brenta à Salage, où la gorge commençait à s'élargir. Pendant qu'Augereau attaquait par la rive gauche, elle aborda l'ennemi par la droite; elle le chargea sans lui laisser le temps de se reconnaître, et lui enleva 3,700 prisonniers et six pièces de canon.

Le général. autrichien lança contre elle un bataillon de grenadiers qui venaient de jurer de vaincre ou de mourir, et les fit soutenir par quatre bouches à feu. Mais elle fondit elle-même sur cette colonne; elle la brisa, la renversa, la prit avec ses canons, et enleva un convoi de 800 voitures chargées de munitions de guerre.

Pertes. - Officiers: Lechague, chef de bataillon; Mariès , sous-lieutenant, tués; Frère, chef de brigade blessé; Darquier, capitaine, prisonnier. - Sous-officiers et volontaires: 6 tués, 13 blessés.

Louis Durant pénétra au milieu d'une colonne ennemie et lui arracha un drapeau. Le sous-lieutenant Fabreguis se jeta avec quelques volontaires sur deux pièces de canon; il s'en rendit maître, et prit avec elles les canonniers qui les servaient. Le brave Magendie fut moins heureux: il s'engagea avec un grenadier autrichien qui escortait un obusier, et reçut dans ses habits un coup de baïonnette qui le cloua à la muraille; il riposta avec son sabre, coucha son ennemi dans la poussière, mais la pièce gagna l'espace et lui échappa.

Plus intrépide encore que ses officiers, Lannes obtint de plus vastes résultats. La fusillade continuait de se faire entendre, il accourut à la tête d'une trentaine de tirailleurs, et aperçut un général ennemi entouré de son état-major. Il poussa à lui, et le somma de se rendre. L'Autrichien , indigné qu'un homme seul prétendit l'enlever au milieu de sa troupe, s'avança lui-même pour le saisir. Malheureux! lui cria Lannes, sais-tu que derrière moi sont quatre mille hommes qui n'attendent qu'un signe pour te pisser par les armes toi et les tiens? Le général subjugué n'essaya pas de prolonger la lutte; sa troupe mit bas les armes et défila devant son audacieux vainqueur.

Portée par le mouvement du combat sous les murs de Citadella, la 4' continua sa marche: elle entra le 9 septembre à Padoue, arriva le 10 à Este, et se présenta le 11 sous les murs de Legnago. Les troupes qui défendaient cette place ayant mis bas les armes, elle reprit son mouvement le 12, traversa Villapenta le 13, atteignit Governolo le 14, et déboucha le 15 sur la porte Saint-Georges. Elle attaqua immédiatement, échoua, réattaqua le lendemain, sans être plus heureuse. L'ennemi était nombreux, fortement retranché; elle ne put entamer ses colonnes et s'éloignait en désordre, lorsque deux bataillons de la 51e accoururent à son secours. Elle se rallia à leur approche; l'action recommença plus vive, plus animée, et resta longtemps indécise; enfin , la cavalerie autrichienne brisée trois fois devant les carrés qu'elle cherchait à rompre, perdit courage; l'infanterie plia, tout fut rejeté dans Mantoue.

Pertes. Officiers: Farcy, capitaine; Boulet, lieutenant; Pergras, sous-lieutenant; Perducit, idem, tués; Lannes , général de brigade; Michel , adjudant-major; Langue, capitaine; Barège, idem; Lajonquières, idem; Tollit, adjudant, blessés; Deville, capitaine; Pinoneau, lieutenant; Martin, sous-lieutenant; Villemin, adjudant, prisonniers. - Sous-officiers et soldats: 48 tués, 109 blessés, 247 prisonniers.

Un de ceux-ci, le grenadier Cambret, échappa aux Autrichiens avec un bonheur, une intrépidité rares. Conduit à Mantoue par deux Croates, il les désarma, se jeta à travers champs, aperçut son capitaine qui venait aussi d'être enlevé, attaqua son escorte et le délivra.

Établie à Governolo à la suite de ce combat, la 4e ne tarda pas à y être attaquée. Les Autrichiens fondirent sur ses postes, le 26, et les replièrent vivement; mais, assaillis à leur tour, ils furent presque aussitôt battus: la demi-brigade se jeta sur la porte Cerèse et l'enleva.

Elle se mit en route quelques jours après pour l'Adige. Les Autrichiens s'avançaient eux-mêmes. L'action s'engagea et fut d'abord heureuse; mais l'ennemi, qui avait déjà perdu des prisonniers, du canon, reprit l'avantage; l'armée fut obligée de se mettre en retraite.

Pertes. - Officiers: Lacase, adjudant-major, tué; Rousseau, lieutenant, prisonnier; Massi, capitaine; Darguier, idem; Fidelle, lieutenant; Champion, idem, blessés.-Sous-officiers et soldats: 40 tués, 88 blessés.

La 4e formait l'arrière-garde; elle contint, éloigna d'abord les hussards ennemis; mais ceux-ci devenant toujours plus entreprenants, elle fit halte, feignit de leur prêter le flanc et les vit bientôt accourir. Ils arrivaient tumultueux, confiants; lute décharge meurtrière en étendit une partie dans la poussière , et rendit les autres plus circonspects.

La division ne tarda pas à reprendre l'offensive, Elle se mit en marche le il novembre, et s'avança sur Caldiero. La 4e qui avait la tète de la colonne, n'eut pas dépassé Saint-Martin qu'elle aperçut l'ennemi. Elle le tourna, le battit, lui enleva 500 hommes et deux pièces de canon. Le 12, ce fut encore même manoeuvre. La demi-brigade était parvenue sur les hauteurs qu'elle devait atteindre. Elle jeta un de ses bataillons sur le flanc des Autrichiens et les joignit de front avec les deux autres. Elle donna dans une colonne épaisse que masquait un ravin, l'aborda avec sa bravoure ordinaire et le rompit. Mais de toutes parts accouraient des réserves, des troupes fraîches; elle fut obligée de prendre une position en arrière, où elle se maintint malgré les ravages de la mitraille. Enfin arriva la nuit; l'armée regagna Vérone.

Pertes. - Officiers: Floquet, adjudant-major; Rigaud, sous-lieutenant, tués; Candras, chef de bataillon; Donna, capitaine; Teulet, idem; Gros, idem; Lebeau, idem; Duthu, idem; Deville, idem; Paussy. lieutenant; Blangir, idem; Dors sous-lieutenant; Belbèze, idem; Courtois, idem; Richard, idem; Laplane, idem, blessés. Sous-officiers et volontaires: 33 tués, 131 blessés.

Arrivée à Tomba le 13, la division se rendit le 14 à Ronco. Elle passa l'Adige le 15, et s'avança sur Arcole. Elle trouva la 5e légère déjà décomposée par la fusillade, blottie sur le flanc droit de la chaussée; elle prit sa place, fut décomposée comme elle, vit successivement accabler tout ce qui se présenta. Le général en chef accourut ranimer l'attaque; mais la troupe était rebutée, éperdue; il chercha vainement à lui rendre son audace, vainement il lui rappela l'intrépidité dont elle avait si souvent fait preuve, et lui peignit l'humiliation de l'attitude qu'elle présentait. Sa voix, pour la première fois sans puissance, n'éveillait ni enthousiasme ni souvenirs; il se saisit d'un drapeau, Augereau en prend un autre, et tous deux s'avancent à travers les éclats de la mitraille. L'exemple est aussi stérile que les paroles tout reste immobile, et la journée s'achève dans cette terrible position.

A la nuit, l'armée se replia sur Ronco. Chargée, le 16, de la garde du pont, la 4e franchit l'Adige, le 17, sous la conduite du général Augereau ; et, appuyant à droite, elle traversa un canal qui dégorgeait dans le fleuve. Le passage était défendu par une batterie; elle ne l'effectua pas sans perte, mais elle était lancée; elle joignit une colonne ennemie qui venait de repousser la 51e, et la jeta dans Arcole. Ce village était rempli de troupes que couvrait une suite de murs, de fossés. Elle éprouva une résistance qu'elle fut long-temps à vaincre. Trois fois elle enleva la position, et la perdit autant de fois; elle recueillit ses forces, et réussit enfin à rompre les colonnes qui l'arrêtaient. Un parti nombreux, poussé dans un château, essayait encore de prolonger la lutte; elle lui signifia que s'il ne se rendait sur l'heure, les flammes feraient justice de son obstination: il mit bas les armes.

Cette bataille si longue, si sanglante, fut mêlée de traits divers, d'actes de courage et de dévouement qui méritent d'être recueillis. Le général en chef tomba dans un marais: le sergent Boulet s'élança à son secours; mais au moment où il allait le dégager, il fut atteint d'une balle qui le perça de part en part: Je suis mort, dit-il, je le sens; mais, du moins, n'est-ce pas le général qui est frappé. Et il le montra à un caporal, qui , plus heureux , le retira de la fondrière. Le grenadier Cambret, dont il a déjà été question dans le récit de l'attaque de Saint-Georges , ne se montra pas moins intrépide à celle d'Arcole. La troupe était tapie derrière la jetée; il ne put supporter une position si humble, il poussa en avant, et ne fit halte que lorsqu'il fut à demi-portée de l'ennemi. Il mit alors un genou à terre, ouvrit le feu, et s'interrompant parfois: "Vous le voyez, criait-i! à ses camarades on ne me tue pas; avancez donc, ou tout au moins passez-moi des cartouches." Personne ne lui en apportait: il se releva pour en aller chercher lui-même, et fut abattu d'un coup de feu.

Pertes. - Officiers: Sauniers, capitaine; Derbey, idem; Andrien, idem; Bellanger, lieutenant; Peyret, sous-lieutenant; Bourgeois, idem; Vignon, idem, tués; Servin, capitaine; Ragouis, adjudant-major; Teulet, capitaine; Delpil, idem, blessés. - Sous-officiers et volontaires: 44 tués, 211 blessés.

La division quitta le village d'Arcole. Elle traversa Caldiero, Saint-Martin, s'arrêta un jour à Vérone, et se mit en route pour les montagnes du Tyrol. Arrivée à Sainte-Cenne, la 4e fut chargée de se porter sur Péry; elle joignit l'arrière-garde ennemi, lui prit 400 hommes, et lui enleva des bagages considérables qu'elle détruisit faute de transport pour les emmener.

Rentrée, le 23, à Vérone, elle alla presque immédiatement s'établir à Ronco; elle y stationna jusqu'au moment où les Autrichiens, reprenant l'attaque, se présentèrent sur l'Adige. Elle leur opposa son premier bataillon, qui, ramené d'abord, reprit peu à peu l'avantage, fit 250 prisonniers et enleva deux pièces de canon.

Pertes. - Officiers: Chausson, sous-lieutenant, tué; Lafranque, sous-lieutenant, blessé; Cassan, chef de bataillon; Cortemberg, capitaine; Ragouis, adjudant-major; Lebeau, lieutenant, prisonniers. - Sous-officiers et volontaires: 11 tués, 17 blessés.

La demi-brigade se réunit à la suite de cette affaire; elle prit la tête de la division, s'avança sur Bassano, en chassa l'ennemi, et revint s'établir à Castel-Franco, qu'elle occupa jusqu'au 27 février. Elle marcha alors sur Trévise, se répandit le long de la Piave; et quand, le 12 mars, l'armée leva son camp, elle alla se mettre en bataille à portée de canon des Autrichiens. Elle avait passé les deux tiers de la journée dans cette attitude : ceux-ci considérèrent son déploiement comme une vaine menace, et posèrent les armes. C'est ce qu'elle attendait. Elle descendit aussitôt par pelotons dans la rivière, franchit la Piave ayant de l'eau jusqu'à la ceinture ; et, tombant sur ses imprudents ennemis elle les dispersa, les poussa au loin. L'armée se jeta sur leurs traces: elle traversa Conegliano, Sacile, atteignit le Tagliamento. Les Autrichiens étaient en bataille sur la rive opposée. Le feu s'ouvrit, et la mitraille se croisa jusqu'à une heure d'un bord à l'autre. Les grenadiers venaient de se réunir: ils s'élancèrent à travers le torrent, la 4e les suivit en colonnes par bataillon: elle traversa la plaine ayant son artillerie dans les intervalles; elle marcha, combattit, n'arrêta pas qu'elle ne fût à Valvassone.

Pertes. - Officiers: Cassagnet, sous-lieutenant; Montagueil, idem, blessés. - Sous-officiers et soldats: 18 tués, 14 blessés.

La demi-brigade dépassa successivement Passeriano, Palma-Nova , Trevigliano, et arriva le 24 devant le fort de la Chiusa. L'ennemi était retranché avec soin, et le poste réputé imprenable: elle l'attaqua néanmoins avec un bataillon de la 27e légère; elle s'élança à travers les rochers, escalada des hauteurs qui paraissaient inaccessibles. La division, de son côté, essaya de faire une diversion, et ne recueillit que des sarcasmes. Les Impériaux, qui s'amusaient de ses efforts, daignaient à peine répondre à son feu. Mais tout-à-coup descendent avec fracas des blocs de rochers. Ils lèvent la tète et voient le danger qui les menace : ils ne se déconcertent pas cependant; loin de là, ils s'emportent, veulent venger par les flammes une si audacieuse agression. Une forêt épaisse ceint la montagne, ils y mettent le feu. Mais la division arrive au pas de charge. Le sous-lieutenant Larousse prend son élan, les troupes le suivent, et le fort est emporté. Enlevée d'assaut, la garnison devait passer par les armes; mais le soldat, aussi humain que brave , se borne à la constituer prisonnière.

Le passage était ouvert: la division occupa successivement Trevisano, Villach, Clagenfurth, et arriva le 3 avril à Neumark. La 4e gagna Judembourg, elle entra le '10 à Leoben, où elle trouva le terme de ses travaux.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 107-121