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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 4e légère

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

4e DEMI-BRIGADE D'INFANTERIE LÉGÈRE.

La 4e demi-brigade d'infanterie légère portrait, au commencement de la campagne, le numéro 8 de l'arme. Elle fut embrigadée à Savone le 7 avril 1796, et partit le jour même pour Cadibone. Elle comptait environ 1,200 hommes.

Spectatrice du combat de Montelegino, elle contemplait les masses autrichiennes collées au pied de la redoute, lors qu'elle fut jointe par la 21e, devenue plus tard la 32e de bataille. Elles se formèrent l'une et l'autre en colonnes, et se tinrent prêtes à marcher.

Montenotte. Elles se mirent en mouvement une heure après minuit, se portèrent sur le flanc droit de la division ennemie entassée devant la redoute de Montelegino. Le chef de brigade Blondeau formait l'avant-garde avec les carabiniers et les grenadiers. Le général Mesnard était à la tête de la 8e, Masséna conduisait la 21e. Arrivée, au point du jour, à la vue de Montenotte, la colonne se divisa. L'avant-garde et la 21e marchèrent droit aux Autrichiens, déjà rangés sur les hauteurs; la 8e prenant un détour s'avança par des sentiers difficiles sur leur flanc droit. L'avant-garde se trouva de la sorte rendue à terme long-temps avant la 8e. Elle se mit aussitôt en bataille, ayant la 21e en seconde ligne, et engagea ses tirailleurs. Le 8e cependant gravissait à la course des montagnes escarpées. Elle débusquait successivement les postes ennemis et touchait au terme qu'elle devait atteindre, lorsque les carabiniers, emportés par l'impatience de combattre, se jetèrent en tirailleurs et attaquèrent, soutenus par les grenadiers en bataille. La ligne ennemie fut enfoncée, mise en fuite; mais la 8e, encore trop en arrière, ne put lui couper la retraite. Les Autrichiens du reste furent poursuivis avec chaleur par l'aide-de-camp Murat.

Du champ de bataille la 8e marcha sur Carcare; elle y marcha sans les carabiniers, qui emportés sur les traces de l'ennemi, se trouvaient à plus de trois lieues de distance. Le général en chef avec son état-major avait joint la demi-brigade; l'ennemi fut rejeté sur les montagnes. La 8e s'était attachée à ses pas; elle marchait, combattait depuis vingt-quatre heures; la nuit était à moitié écoulée qu'elle luttait encore. Enfin, elle fit halte; mais le jour n'était pas éclos que déjà elle reprenait l'attaque. Elle débusqua l'ennemi de toutes les hauteurs, lui fit une centaine de prisonniers et le rejeta sur Cossaria.

Cossaria. Quoique cerné, Cossaria refusait de se rendre; la 8e escalada les montagnes qui se trouvent sur la droite de cette position; elle culbuta les postes ennemis et les mena battant l'espace de deux lieues. Provera, malgré la dispersion de ses troupes, persistait à se défendre; on décida de lui donner l'assaut. La résolution était fâcheuse: les Autrichiens n'avaient pas de vivres, force était qu'ils se soumissent à la fortune. L'attaque, mal conçue, fut plus mal exécutée encore. L'un s'amusait à fusiller pendant que l'autre escaladait les murs. On échoua faute d'ensemble, et le brave général Danel paya de sa vie cette échauffourée. On se décida enfin au seul parti qu'on aurait dû prendre; on se borna à bloquer le château, qui ouvrit ses portes dès le lendemain. La 8e en avait à peine pris possession que déjà elle était obligée de se remettre en route. L'ennemi occupait toujours les montagnes qui s'étendent de Cossaria à Cairo. Elle le joignit, la brigade Dommartin s'avança de son côté; elles attaquèrent ensemble et firent 4 à 500 prisonniers.

L'armée avait marché sur Dego. Le chef Blondeau la suivit avec une partie de la demi-brigade. Il la trouva aux prises, s'engagea vivement lui-même avec les carabiniers, tourna la gauche le l'ennemi, s'empara d'une de ses batteries et contribua au succès de la journée. Le reste de la 8e, chargée de le rejoindre, se mit en marche dans la nuit. Le temps était affreux, l'obscurité profonde, la troupe fut long-temps à se débattre au milieu des précipices. Enfin, elle sortit de ce périlleux dédale, et arriva à Cairo par une pluie battante avec trente hommes couverts de contusions.

2e attaque de Dego. Les Autrichiens avaient mis le temps à profit. Ils s'étaient jetés sur Dego au milieu du désordre, de la sécurité qu'amène la victoire, et l'avaient enlevé. Le combat était engagé lorsque la demi-brigade se présenta; mais il était encore incertain, elle lui donna bientôt une autre face. Le général Menars, qui la commandait, avait ordre de prendre la droite, de pousser à une redoute qui formait la gauche de l'ennemi. Une colonne aux ordres du général La Salcete était chargée de la tourner. La marche de celle-ci était un peu lente; Mesnard fait faire halte au milieu du feu, afin de lui donner le temps de gagner de l'espace. Mais au lieu de marcher, elle s'arrête; au lieu de se porter sur la redoute, elle interrompt son mouvement. Mesnard pousse en avant; il charge Destaing de se jeter sur l'ouvrage avec un bataillon, et se met en devoir de le tourner avec les deux autres. Destaing, repoussé d'abord, rallie sa troupe à quinze pas de la batterie et lui fait mettre le ventre à terre pour éviter les projectiles. Il n'avait sous la main que 200 hommes, mais la colonne de gauche était en déroute, celle du centre ne se reformait qu'avec peine à la voix du général en chef. Destaing donna le signal; sa troupe s'élança comme un trait enleva la redoute et se jeta sur les derrières des autres positions. Le mouvement fut décisif: les masses autrichiennes n'essayèrent pas de faire une plus grande résistance. Elles abandonnèrent 4,000 prisonniers, 13 pièces de canon, et s'éloignèrent. Le succès de cette attaque fut attribué dans le temps au général Lannes. C'est à tort, le général Lannes ne la commandait pas; il n'arriva qu'au moment où la victoire se décidait. La demi-brigade perdit dans cette affaire neuf officiers et une centaine de sous-officiers ou soldats.

Les Piémontais s'étaient retirés sur le camp retranché de Ceva; la demi-brigade les attaqua sans pouvoir les enfoncer. Le général Augereau menaça de les tourner, ils fléchirent et passèrent le Tanaro. La division se mit à leur suite; elle gagna Mondovi, Cherasco, et alla s'établir à Larmorrec. Elle se remit en route après quelques jours de halte, et se porta à Salo, entre Alexandrie et Tortone. Arrivée dans cette position, elle multiplia les reconnaissances, ébaucha des redoutes, réunit des matériaux. L'ennemi fut dupe de ces démonstrations; il éleva des batteries, construisit des retranchements, des ouvrages de toute espèce sur la rive opposée. Une contra-marche qui n'avait pas échappé à la sagacité des soldats rendit tous ces apprêts inutiles. L'avant-garde se porta rapidement sur Plaisance et y passa le Pô. La cavalerie autrichienne essaya de l'arrêter; mais elle était seule, sans infanterie, elle s'épuisa en vains efforts.

L'ennemi s'était replié sur l'Adda. L'armée s'avança sur Lodi. Le général en chef avait résolu d'effectuer son passage sur ce point, et voulait redescendre par la rive gauche sur Pizzighetone, qu'il eut été difficile de forcer de front.

L'avant-garde avait franchi le Pô et était en position devant Casale. Elle attaqua vers trois heures. La demi-brigade accourut à son aide et eut bientôt atteint Lodi. Le pont était déjà enlevé, elle passa la rivière et détacha divers pelotons qui firent bon nombre de prisonniers. Le lendemain elle marcha sur Crema, d'où elle se reportait en diligence sur Pizzighetone, lorsqu'elle apprit que cette place était rendue. Elle repassa l'Adda et gagna Lodi Elle s'attendait à pousser sur Mantoue, mais le général en chef voulait lui laisser reprendre haleine; il la dirigea sur Milan et la chargea de faire le blocus du château.

Elle quitta cette capitale sur la fin de mai. Elle revint à Lodi, où elle changea de numéro. De 8e devenue la 4e de l'arme, elle prit la tête de la division et arriva à Borghetto, sur les pas de l'avant-garde. Ses carabiniers se jetèrent sur l'ennemi, le refoulèrent sur la rive opposée d'une manière si brusque qu'ill ne put détruire qu'une des arches du pont. Le carabinier Guignard franchit la coupure. Quelques uns de ses camarades bravèrent la rapidité du courant sans s'inquiéter de la mousqueterie ni de la mitraille. Ils réunirent des portes, assemblèrent des poutrelles, construisirent un nouveau tablier et donnèrent passage à la colonne, qui, abordant les Autrichiens avec son audace accoutumée, les força dans toutes leurs positions. La demi-brigade, animée par le bruit du canon, accourut en toute hâte; mais le trajet qu'elle avait à parcourir était trop long, elle n'arriva que pour jouir de la victoire. Elle se porta sur Villafranca, sur Castel-Novo, et déboucha devant Vérone. Le gouverneur, après quelques pourparlers, baissa ses ponts-levis. La 4e s'établit en avant du faubourg Saint-Georges après s'être saisie des portes, des ponts et de la place d'armes.

Le blocus de Mantoue était formé. La division Masséna, chargée de le couvrir de lac de Garda à l'Adige, prit position à Torbole, à Rivoli, et l'avant-garde, commandée par le général Joubert, se plaça à la Corona.

La Corona est peut-être la plus belle position que l'armée ait eue à attaquer ou à défendre pendant cette mémorable campagne. Si les neiges encombrent le Montebaldo, elle devient inexpugnable et ne peut être tournée que par Montagna ou Rivoli. Sa droite et son front sont défendus par un ravin qui n'est praticable que sur deux points qui eux-mêmes sont en quelque sort hors d'insulte. Sa gauche est fermée par le Montebaldo, qui est inaccessible dans sa pente et n'est abordable sur sa cime que par un ou deux sentiers étroits. Celui de ses versants qui donne sur le lac, tout aussi abrupte, ne peut être atteint que par la route de Malsazena à Montagna. Le versant opposé est presque aussi difficile. De l'un on ne peut attaquer l'autre que par deux sentiers où 100 hommes arrêteraient une armée, et dont le débouché ne peut être défendu avec avantage qu'a Rivoli.

Ou avait placé la 11e légère à Brentin et à Preabano. C'était une faute: la demi-brigade eût été plus utile à la Corona. Établie dans le canal, elle était perdue du moment où la Corona était forcée. Mais, si l'on exepte le général Joubert, personne ne sentait l'importance de cette magnifique position. On avait chargé un ingénieur de la reconnaître, et celui-ci, la parcourant dans une matinée, l'étudia avec si peu de soin qu'il prit pour de nouveaux ouvrages une ligne que les Français avaient autrefois occupée sur ce plateau. Il ordonna quelques constructions, et laissa pour les diriger un jeune homme qui, n'ayant du génie que l'uniforme, dé pensa beaucoup de temps et d'argent en travaux inutiles ou dangereux. Ceux qui servirent à la défense furent exécutés la plupart sur les plans des chefs de corps. Quelque bonne du reste que fût cette ligne, elle n'avait pas le nombre de troupes nécessaires pour la défendre: elle ne comptait pas 2,000 hommes lorsqu'elle fut attaquée. Une demi-brigade, il est vrai, devait accourir au secours si la chose était nécessaire; mais la Corona ne pouvait être enlevée que par surprise ou de premier choc, et la demi-brigade avait besoin de plusieurs heures pour se rendre sur les lieux. Elle ne pouvait donc être utile.

Expédition sur le col du Campion. L'ennemi était établi en face de la Corona; il avait ses avant-postes sur le col du Campion, et chaque jour il élevait de nouveaux ouvrages, chaque jour il rendait sa position plus forte. Les carabiniers de la 4e furent chargés de troubler ses travaux et se mirent en marche au milieu de la nuit. Il dépassèrent le col sans être aperçus, surprirent, enlevèrent la montagne connue dans l'armée sous le nom de Casque. Ils culbutèrent les postes qui la couvraient, firent mettre bas les armes aux uns, précipitèrent les autres à travers les rochers et ruinèrent les ouvrages. La position ne valait pas celle de la Corona, elle fut évacuée. L'ennemi la couvrit de nouvelles constructions; ou attaqua de nouveau, on enleva redoutes, camps bagages, et 500 prisonniers.

Attaque de la Corona. La colonne fut attaquée à son tour. Elle prit le change sur les mouvements, les desseins de l'ennemi; elle crut, en le voyant lever son camp, qu'il se mettait en retraite. Il était loin d'y songer; il faisait filer ses troupes par la cime du Montebaldo. Au point du jour il dispersa les avant-postes, se jeta sur le poste principal, qui n'était pas suffisamment gardé, et poussant en avant, il ouvrit l'attaque sur deux colonnes. Ici la scène changea de face: il fut repoussé, battu, mis dans un affreux désordre. Il revint à la charge, fut rompu de nouveau, et courait risque de se voir arrêté lorsqu'une colonne de 3,000 hommes, descendant sur Valfresco, aborda vivement le 3e bataillon de la 4e. Celle qui attaquait le front de la gauche profita de la circonstance: elle força un petit sentier éloigné du champ de bataille et obligea grenadiers et chasseurs de faire un mouvement rétrograde. Ceux-ci se replièrent sur une batterie qui se trouvait à 5 ou 600 pas en arrière. L'ennemi, ne pouvant pas les débusquer, se jeta sur le 2e bataillon, qui, pris en flanc et en queue, fut cerné après une résistance énergique. Les carabiniers de la demi-brigade, ceux de la 11e, qui étaient un peu plus bas, montrèrent la même constance. A la fin cependant, la troupe comprit que la position n'était pas tenable; elle laissa 200 hommes dans les redoutes, et s'avançant la baïonnette haute, elle s'ouvrit passage à travers les rangs autrichiens. La 18e légère accourut au secours, mais toutes ressources étaient épuisées lorsqu'elle se présenta; la 4e continua son mouvement. Du reste elle dut être flattée de la relation que les Autrichiens firent de ce combat. Ils l'avaient attaquée avec 15,000 hommes, ils l'avaient complétement cernée, et pourtant ils n'avaient pu ni la prendre ni même intercepter sa retraite, et ce qui n'était pas moins rare, elle leur avait mis 1,200 hommes hors de combat. Il est vrai qu'elle-même en avait une centaine morts ou blessés, et qu'elle en avait laissé 150 dans les mains de l'ennemi.

La demi-brigade s'établit partie à Rivoli partie à Caprino, et déploya dans cette position une constance à la baïonnette, et trois fois elle les chassa d'un hameau dont ils s'étaient emparés sur sa gauche, puis gagna la butte de la Croix. L'ennemi voulut la suivre; elle fit demi-tour, se jeta sur lui et le culbuta. La nuit était close, la division alla s'établir sur les hauteurs qui s'étendent de Campana à Guarda, où la demi-brigade la joignit le lendemain.

Affaire du 30 juillet. L'ennemi avait employé la matinée à se former, à manœuvrer dans la plaine; à midi il poussa en avant et marcha sur la division. L'avant-garde, commandée par le général Joubert, reçut l'attaque et la repoussa avec vigueur; mais à sa droite, dans la gorge de Campana, se trouvaient deux bataillons de la 11e de bataille. Ces bataillons fléchirent à la vue de quelques centaines de hulans, revinrent à la charge, se prirent encore de frayeur et abandonnèrent l'artillerie, qui pourtant n'était pas attaquée, qui fut même plus d'une heure encore avant de se mettre en retraite. Cette folle terreur faillit devenir fatale à la 4e. En pleine sécurité sur sa droite, elle marchait dans ce moment même à l'ennemi et le mettait en déroute pour la seconde fois; elle se trouva débordée et fut obligée de charger encore pour se frayer passage. Le tumulte se propagea, le désordre devint général. Accouru au milieu de la débandade, Massena essaya de l'arrêter; les généraux, les chefs de corps joignirent leurs efforts aux siens. La troupe, un peu rassurée par leur présence, commençait à reprendre du calme; mais cinq hulans paraissent, la terreur n'a plus de bornes, et ces hommes naguère si braves, ces hommes qui tout à l'heure eussent défié l'armée autrichienne tout entière, s'éloignent comme un troupeau de daims. Un officier, l'intrépide Germain, essaie alors ce que cette multitude éperdue n'ose entreprendre. Il se jette au-devant des hulans; il en blesse trois et les met tous les cinq en fuite. Il est lui même couvert de coups de sabre, mais il a arrêté une charge malheureuse, il a garanti la division qui fuyait éperdue.

Cependant la brigade du général Victor était toujours aux prises. Placée sur les bords du lac, elle continuait de combattre et opposait à l'ennemi une résistance opiniâtre. La nuit vint à son aide; elle gagna Castel-Nuovo, où était la division; mais elle le gagna aux dépens du 3e bataillon de la 4e. Victor le retint d'autorité, le chargea de garder les positions qu'il devait défendre et disparut. Heureusement les paysans vinrent au secours de la troupe ainsi compromise; ils lui firent prendre des chemins détournés et la conduisirent à Peschiera, où elle rejoignit la demi-brigade.

Bataille de Lonato. L'armée se dirigea le 1er août sur Brescia, prit position le 2 sur les hauteurs qui vont de Castillon à Salo. L'avant-garde, qui ne se composait que de la 4e et des carabiniers de la 11e, s'établit à Lonato. Malheureusement elle n'avait plus le général Joubert pour la commander.

Les Autrichiens passèrent la nuit à faire leurs dispositions d'attaque. Une colonne fila par la gauche, deux autres se formèrent en face, à une portée de canon. Tous ces apprêts étaient d'heure en heure signalés au général Pigeon, qui sans doute les transmettait avec la même exactitude au général Massena. Cependant les heures s'écoulaient, et la belle ligne de Lonato, sur laquelle les troupes étaient disséminées, restait sans défense. Enfin, le jour parut, l'ennemi ouvrit le feu et déborda sur l'avant-garde. Du premier coup celle-ci se trouva placée dans une position pénible. Quatre compagnies de carabiniers fermaient la route de Lonato, deux autres établies à gauche défendaient le chemin qui mène au plateau. Les trois bataillons de la 4e, trop faibles pour garnir le vaste espace qu'ils ont à garder, suivent les mouvements de l'ennemi; ils l'arrêtent, ils le repoussent partout où il se présente. Quoique battue par une nombreuse artillerie, cette poignée de braves reste impassible et ne se laisse pas ébranler. Enfin, les Autrichiens, cessant d'attaquer de front, se portent sur la droite. Le chef de la 4e n'est pas long-temps à pénétrer leurs vues; il voit qu'il va être pris en flanc et qu'il est hors d'état de résister si la division n'accourt; mais il a beau attendre, examiner, il n'aperçoit aucun nuage de poussière, et se convainc qu'il ne doit compter sur aucun renfort. Il cherche alors la position la plus propre à couvrir son flanc: il y jette 12 compagnies, en range 4 sur son front, et place les 8 autres en seconde ligne. Ces dispositions ne sont pas achevées que déjà 6,000 Autrichiens gravissent le coteau; les uns marchent sur la 4e, les autres cherchent à saisir ses derrières. Le feu s'engage, toute l'économie du combat est aussitôt changée. Au lieu de pousser en avant, la 1er colonne ne songe qu'à fusiller; l'autre revient sur ses pas et se jette sur la seconde ligne. Celle-ci est rompue, poussée en désordre sur la première, où elle répand le trouble qui l'emporte. Alors s'engage une mêlée épaisse: les compagnies de la 4e ont d'abord l'avantage, mais la première colonne autrichienne fond sur elles. Pressées en tête et en queue, elles ne peuvent soutenir le choc; elles se fraient la voie avec peine et s'échappent en laissant bon nombre de prisonniers. Elles vont se rallier derrière la seconde ligne, se mettent successivement en retraite, mais ne cèdent jamais qu'elles ne soient tournées. Il y avait cinq heures que le combat durait, et la division ne paraissait point. Enfin, un nuage de poussière se montra sur la route. La troupe se ranima, elle se mit en devoir de prolonger la lutte, d'arrêter l'ennemi, de le contenir encore; mais la chose n'était plus possible. Les compagnies de carabiniers qui combattaient en avant de Lonato, épuisées de fatigues et de munitions, avaient été rejetées dans la place. Celles qui tenaient les hauteurs venaient elles-mêmes d'y être refoulées, et les Autrichiens les pressaient de toutes parts. La 4e se forma alors en colonne serrée, et essaya de rejoindre la division. Chargée aussitôt par la cavalerie, elle la reçut avec calme, joncha la terre d'hommes, de chevaux, mais elle n'en restait pas moins dans une position pénible lorsque l'apparition inopinée du 15e dragons la dégagea. Elle se mit aussitôt en devoir de reprendre la position qu'elle avait perdue, et se dispersa en tirailleurs. Elle était soutenue par la division en colonnes; elle n'employa à culbuter l'ennemi que le temps qu'il lui fallut pour l'atteindre. Le chef de brigade Destaing traversa Lonato avec ses éclaireurs et enleva une masse de prisonniers. Le mouvement du combat l'avait porté sur un butte; il aperçoit de l`` ceux qu'on lui a faits à lui-même. Il les aperçoit qui s'éloignent sous l'escorte d'un escadron de cavalerie et gagnent Desenzano. Il court à Junot, qui se trouvait à quelque distance avec une quinzaine de guides, et lui propose de charger une masse de hussards qui intercepte la route. Junot marche au groupe, Destaing l'appuie avec une vingtaine de tirailleurs à pied; le 15e de dragons survient, ils fondent tous ensemble sur les hussards, et poussent à Desenzano. La colonne qu'ils voulaient dégager n'y était plus, ils la suivent, se jettent chemin faisant sur un corps ennemi, et lui prennent six pièces de canon. Le succès les enhardit, ils fondent sur l'escorte; l'un attaque la cavalerie, l'autre serre l'infanterie et lui fait mettre bas les armes. Junot, atteint de plusieurs coups de sabre, était hors de combat; Destaing prit sa place et poussa les hussards avec vigueur; mais presque aussitôt blessé lui-même, il se retira avec une vingtaine de dragons qui lui restaient, et rejoignit le gros du régiment sur la route de Desenzano, où il s'était replié, laissant la voie libre aux cavaliers ennemis, dont une partie cependant fut prise par les prisonniers qui venaient d'être délivrés.

L'ennemi perdit dans cette affaire 2,000 prisonniers, et eut 2,000 hommes hors de combat. La demi-brigade eut six officiers et une centaine de volontaires tués ou blessés.

La colonne qui s'était jetée sur les derrières de l'avant-garde se présenta le lendemain devant Lonato. Arrivée par la route de Brescia, elle somma les troupes du général Victor, dont la 4e faisait partie, de mettre bas les armes. Le général en chef survint au moment même où le parlementaire se présentait. Il le reçut avec la fermeté, avec la présence d'esprit qui lui étaient propres, et comme on sait, il le chargea d'aller rendre à son chef la sommation qu'il lui apportait; mais ce qu'on ne sait pas, et ce qui pourtant mérite d'être recueilli par l'histoire, c'est que l'officier autrichien était à peine congédié que Bonaparte, se jetant lui-même au milieu de la colonne impériale, alla lui faire déposer les armes. Il n'avait cependant avec lui que 1,200 hommes, et les Autrichiens en comptaient 4,000.

La 4e continua de faire l'avant-garde. Elle prit part aux affaires de Solferino, de Pui Vesano et gagna Rivoli. L'ennemi occupait encore la Corona et le canal de l'Adige. Elle reçut ordre de marcher sur lui. La chaleur était suffocante, le soldat fut bientôt exténué. On ne lui laissa pas néanmoins le temps de reprendre haleine; on le poussa en avant, on le lança de front contre un rocher taillé à pic. Il n'avait que 150 hommes en tête, mais ces 50 hommes étaient hors d'atteinte, et, comme l'aigle du haut de son aire, ils choisissaient leur temps et leurs ennemis. En quelques minutes une partie des assaillants se trouva hors de combat; l'autre, rebutée de cet inutile carnage, refusa de se faire plus long-temps décimer. Massena prit alors l'attaque en main; il laissa à la troupe le temps de recueillir ses forces, et tourna le rocher. La 4e s'avança en bataille; elle attaqua les retranchements de front et les enleva. Trois pièces de canon, 200 prisonniers, une position formidable ne lui coûtèrent que six hommes, tant est puissante la bonne direction des forces.

Expédition de Trente. L'armée se mit en mouvement le 2 septembre 1796. La division Massena, chargée d'enlever les positions de la rive gauche de l'Adige, passa ce fleuve à Paolo. L'avant-garde, composée des 4e, 18e, demi-brigades et due 5e régiment de dragons rencontra l'ennemi en avant de Borghetto. Elle le chassa du village, des postes qu'il occupait, et le rejeta sur Alla. Alla était couvert de bons retranchements, les tirailleurs firent prévenir la colonne et s'engagèrent. Les Autrichiens, qui avaient aperçu leur faiblesse, fondirent sur eux et cherchèrent à les refouler au-delà du défilé qui avait été franchi. La résistance fut vive: une partie du 5e dragons mit pied à terre, les carabiniers chargèrent avec leur vigueur accoutumée. Un détachement de l'avant-garde eut le temps d'accourir. La troupe reprit l'attaque; les retranchements, le village furent enlevés d'élan, et les Autrichiens, poursuivis jusqu'à Saint-Valentino. Deux compagnies de la 4e se portèrent le lendemain sur cette position importante, trois autres gravirent les rochers qui la dominent, le reste de la demi-brigade suivit les bords de l'Adige. L'ennemi fut mené battant jusqu'à Roveredo. Les carabiniers, les chasseurs descendus de la montagne, joignirent leur drapeau et prirent la tête de la colonne qui débouchait devant la Pietra.

La Pietra est une position formidable. L'Adige, qui dans ce lieu se rapproche de la chaîne, ne laisse que la largeur de la route, et la route est fermée, défendue par un château que dominent des rochers perpendiculaires. La route était garnie de canons, de cavalerie, et le château, des rochers remplis de soldats, parfaitement couverts.

Le général en chef fit lui-même les dispositions d'attaque. Il porta les carabiniers de la 4e, ceux de la 18e sur les rochers de droite, engagea la 4e le long de l'Adige, et gardant un détachement de 100 hommes: "Vous allez, leur dit-il, passer entre le château et les rochers; vous essuierez deux coups de mitraille, peut-être même serez-vous faits prisonniers, mais vous serez promptement délivrés. Marchez!" Ils marchèrent, le château fut pris, la montagne enlevée et la retraite interceptée. L'armée autrichienne voulut accourir au secours de ses ouvrages, mais le général Bonaparte porta le 1er de hussards en ligne; ce régiment, lancé à propos, acheva la déroute et fit mettre bas les armes à plus de 3,000 hommes. Le succès l'avait enhardi; il poussa trop loin et essuya une décharge qui coucha par terre le chef de brigade Carové et le général Dubois; mais aidé de quelques chasseurs qui accoururent à son aide, il reprit la poursuite et arriva sous les murs de Trente. La cavalerie ennemie voulut vainement lui disputer la possession de cette ville; les carabiniers de la 4e venaient de le joindre, il la poussa au loin.

Au lieu de gagner Bolzano, Wurmser s'était jeté dans le canal de la Brenta. Les divisions Massena et Augereau se mirent sur sa trace; mais dans des défilés comme ceux qu'il fallait franchir, les têtes de colonne seules pouvaient agir. Les troupes d'Augereau firent les frais de l'expédition; elles forcèrent les postes, enlevèrent 5,000 prisonniers et débouchèrent dans la vallée de Bassano. La division Massena put alors prendre son essor. Elle suivit Wurmser à marches forcées, dépassa le Montebaldo, atteignit Ronco. Il était temps; quelques carabiniers avaient à peine passé l'Adige avec le général en chef, qu'un parti de cavalerie autrichienne s'y présenta. Il fit volte-face, la division pressa son passage et l'acheva dans la nuit.

Affaire de Cerea. Une foule de soldats étaient en arrière. La division se mit néanmoins en marche et s'avança sur la route de Legnago. L'avant-garde, composée du 10e de chasseurs, du 15e de dragons, commandés par Murat, éclairait les routes latérales. Le 1er de ces deux régiments ne tarda pas à rencontrer les hussards de Wurmser, et s'engagea avec eux sur la route d'Imola; le général Pijeon prit celle de Cerea, laissant un bataillon sur la première pour observer l'ennemi. Le général Murat suivit la même voie après avoir jeté, sur les chemins de la gauche, des partis qui avaient ordre de charger vivement les Autrichiens. Ils les joignirent en effet, fondirent sur eux en avant de Cerea, et les poussèrent jusqu'au village; là étaient des forces considérables, les dragons furent ramenés. Ils se rallièrent à leurs pièces, prirent de nouveau la charge et enlevèrent le pont de Cerea. Le général Pijeon crut devoir les soutenir. Il mit à la course sa troupe déjà exténuée, et s'avança au secours de la cavalerie. Celle-ci poussa à l'ennemi, fut de nouveau ramenée et se rallia de nouveau à son artillerie. Une trentaine de carabiniers arrivaient en ligne, ils se jetèrent sur le village et y prirent position. Le général Pijon ne tarda pas à les suivre; mais il n'avait cessé de presser sa marche, il n'avait pas 200 hommes quand il arriva. Cependant, sans les rallier, sans leur laisser reprendre haleine, il les engage, les disperse, les lance à travers le village. La tentative, d'abord heureuse, l'enhardit, il pousse sur la tête de la colonne ennemie, qui se déploie et recueille les fuyards. Il est reçu par une fusillade des plus vives; la cavalerie le devance et s'empare du village. Alors commence la déroute la plus entière qu'on ait jamais vue, déroute facile à prévoir, puisqu'au lieu de serrer la troupe, on l'avait présentée au combat exténuée, décousue. La division, dispersée sur trois lieues de route, regagna Ronco, et Wurmser fila sur Mantoue. La colonne se remit en marche le lendemain; elle traversa Cerea, où elle ne trouva personne, alla bivouaquer au-delà de Sanguinetto, et s'avança le 14 sur Saint-Georges. L'avant-garde, accrue de la 29e légère et due 6e bataillon de grenadiers, se mit en bataille sur la grande route, les trois demi-brigades à droit dans les champs. Les carabiniers avaient en tête une cavalerie nombreuse; ils s'embusquèrent derrière un fossé, à l'angle des anciennes fortifications, laissèrent approcher les hulans, et, ouvrant inopinément le feu, couvrirent la route d'hommes et de chevaux. Cette troupe impétueuse courut à la charge et fut accueillie de la même manière; mais beaucoup moins forte. La demi-brigade combattit avec le même succès; elle repoussait vivement les Autrichiens dans leurs ouvrages lorsqu'elle fut prise en flanc par un corps considérable. Elle passa aussitôt un large ruisseau dont il s'était couvert, elle le culbuta et le mena battant jusqu'à Saint-Georges, où quelques chasseurs entrèrent avec lui. Les troupes qui avaient la gauche fléchirent malheureusement sur ces entrefaites. La 4e fut obligée de se replier sur la 29e; l'ennemi se jeta dans la lacune que le mouvement produisit; les carabiniers furent tournés, enlevés et rudement traités pour la résistance qu'ils avaient faite.

La 4e cependant continuait de se battre avec succès. Elle avait couvert de feux un escadron de hulans, poussé au loin un régiment de cuirassiers. L'action semblait à terme et la victoire près de se déclarer lorsque la gauche, qui n'avait pas un homme à cheval devant elle, s'imagina que la cavalerie la tournait. Un cri d'alarme partit de ses rangs; elle se mit en déroute, tout fut entraîné. Les hulans accoururent alors; ils se répandirent comme un torrent au milieu des colonnes éperdues, et firent un grand nombre de prisonniers. La 4e réussit enfin à se rallier; elle s'établit sur la route, opposa à l'ennemi une résistance dont il ne put triompher. Le caporal Gausserant, avec une douzaine de chasseurs, présenta la baïonnette à une colonne de hussards, et la contraignit de rétrograder. La demi-brigade ne comptait plus alors que 200 hommes; 500 étaient restés sur le champ de bataille ou gisaient sur le lit de douleur; 500 étaient prisonniers. Les officiers avaient été maltraités d'une manière particulière; presque tous étaient tués ou blessés, il n'en restait pas deux en état de combattre.

Toute mutilée qu'était la 4e, elle ne craignit pas cependant de se présenter encore dans l'arène. Elle avait rafraîchi ses cartouches, elle poussa en avant et s'empara d'une butte voisine de Saint-Georges. Elle y fut aussitôt attaquée; des masses d'infanterie et de cavalerie se précipitèrent successivement sur elle, mais elle resta inébranlable et ne céda le terrain que lorsqu'elle eut ordre de le céder. Le lendemain elle fut chargée de faire ce que les carabiniers avaient fait la veille. Elle reçut ordre de s'établir sur la grande route, de s'y mettre en mesure contre la cavalerie et d'avancer, si l'on s'engageait à Saint-Georges; mais Saint-Georges fut presque aussitôt enlevé; elle se porta sur la gauche, où elle contribua à la défaite des cuirassiers.

Elle se rendit à Legnago à la suite de cette affaire. Les prisonniers qui lui avaient été enlevés à Cerea, à Mantoue, rentrèrent dans ses rangs; les blessés que l'art et la nature avaient rétablis la joignirent; en quelques jours elle présenta une force de 600 hommes. Le général en chef vint la passer en revue; il loua son courage, déplora ses pertes et réveilla, parses flatteuses paroles, l'énergie dont elle avait si souvent fait preuve.

Départ de Legnago. Alvinzi débouchait; l'armée française s'avança sur la Brenta. La 4e, chargée de prendre la tête de la division Augereau, quitta Legnago par une pluie battante et se mit en marche au milieu des boues et de l'obscurité. Le soldat, hors d'état de se conduire, se jetait de fossé en fossé; la voix était le seul moyen de ralliement.

Rendue à Montebaldo, la demi-brigade reçut une autre destination, et gagna Rivoli, où elle arriva le 10. Le général Vaubois était en pleine retraite, et la Corona encore inoccupée; la 4e poussa une reconnaissance sur le col du Campion, et le général Joubert s'établit à Rivoli et à Caprino avec le reste de la division.

Retraite de Rivoli. Le général en chef retira une partie des troupes de la division pour renforcer la ligne de l'Adige. La Corona fut évacuée, par suite de cette disposition, dans la nuit du 14 au 15 novembre. Le général Vaubois se porta avec deux demi-brigades et la cavalerie à Bussolengo, d'où il couvrait l'Adige et se trouvait à portée de Vérone. L'ennemi s'étendit de Saint-Mac à Passon; c'est dans cette position respective que les troupes reçurent la nouvelle de la bataille d'Arcole.

17 novembre. La distribution des troupes ne fermait pas les débouchés de la gorge. La droite, composée des carabiniers et de la 22e légère, défendait le front de Rivoli, au grand ravin qui en sépare le plateau. Au centre, la grande route était gardée par la 4e légère et une pièce d'artillerie. La 17e occupait les buttes à gauche. Ces troupes composaient la brigade Joubert; celle du général Valette, formée de la 85e de bataille, était rangée à gauche sur les hauteurs qui dominent le bassin de Caprino. La ligne ennemie avait sa droite appuyée à la chute du Montebaldo, son centre aux crêtes de Sainte-Marie, sa gauche avec sa cavalerie dans le canal de l'Adige.

L'attaque s'ouvrit au point du jour par le feu d'une batterie placée au-delà du fleuve, en face du plateau. En même temps une première colonne déboucha par la grande route avec quelques pièces de trois; une autre s'avança au centre et marcha sur la position qu'occupait la 17e; enfin, une troisième, partant de la droite de l'ennemi, se dirigea par les crêtes sur la 85e. La colonne du centre arriva la première et emporta les retranchements de la 17e, au moment où celle de gauche commençait à se déployer devant la 4e. Le général Joubert rallia la 17e. Destaing, à la tête de deux de ses bataillons, s'avança à la rencontre de la ligne ennemie qui arrivait à lui. Il la chargea à la baïonnette et la dispersa La 17e, se jetant presque simultanément sur celle qui lui était opposée, la mit aussi en déroute. Les deux demi-brigades la suivirent avec vigueur et lui firent 500 prisonniers; le reste alla se rallier derrière la seconde ligne: la colonne qui attaquait la 85e se trouva ainsi placée entre deux feux; cette situation ralentit d'abord son mouvement et la décida bientôt à la retraite.

L'affaire eût fini là, tout ce qui était dans la plaine eût été pris ou jeté dans le canal de l'Adige, si la 85e eût poursuivi l'ennemi avec la même vivacité que les deux autres demi-brigades; mais elle ne poussa en avant qu'un bataillon, qui refusa même de descendre le coteau. Le général Joubert fut obligée de rentrer dans ses positions. Il écrivit aussitôt au général Valette, et lui manda qui si les Autrichiens reparaissaient, ce qu'il y avait de mieux à faire était de les charger avec les deux brigades réunies. Les Autrichiens en effet ne tardèrent pas à reparaître. Dès qu'ils furent revenus de leur stupeur, ils reprirent l'attaque et s'avancèrent dans le même ordre qu'ils s'étaient présentés d'abord. La 17e les reçut derrière ses ouvrages; la 4e, qui n'était pas retranchée, courut au-devant d'eux et les culbuta comme la première fois; mais la 85e restant immobile, elles furent encore contraintes de faire halte pour ne pas être prises en flanc, et regagnèrent leurs positions. Elles laissèrent toutefois un bataillon de la 4e à l'angle de la route où commence le grand ravin. Ce bataillon gênait les mouvements des Impériaux; une cavalerie nombreuse s'avança pour le débusquer, mais elle était obligée de défiler devant son front, le ravin entre deux; un feu de file bien nourri la força de s'éloigner. Les choses allaient moins bien à la gauche: la 85e perdait du terrain et ne faisait rien de convenable pour remédier au mal. Elle avait sur son flanc droit une poignée de tirailleurs qui la fusillaient à bout portant; 100 hommes descendus du coteau eussent suffi pour prendre ou mettre en fuite cette troupe audacieuse, elle ne les envoya pas. Elle n'avait fait jusque là que de faux mouvements; plusieurs fois, au lieu de présenter le front à l'attaque, elle lui avait offert le flanc: cette maladresse amena le désordre. La demi-brigade ne forma plus qu'une foule disséminée, une foule dont l'allure fut constamment rétrograde. De temps en temps se groupaient quelques braves, de temps en temps une irruption subite semait le trouble dans les rangs autrichiens; mais ces élans de courage n'étaient pas soutenus, et ceux qui d'abord avaient porté la confusion au milieu des colonnes ennemies étaient eux-mêmes refoulés sur celles qui pliaient. La gauche de la 17e se trouva bientôt découverte. Assaillie par des masses formidables, la demi-brigade fut obligée de céder. Il fallut rappeler le bataillon placé en avant, bataillon qui jusque là avait contenu la colonne que la 4e avait en face.

Cette colonne voulut profiter de la circonstance; elle essaya une troisième fois de se déployer, mais elle fut encore contenue par la mousqueterie et la mitraille. La cavalerie impériale se présenta à son tour et ne fut pas plus heureuse. Elle fila alors par sa droite, un bataillon de la 4e la suivit et la tint à bonne distance. La déroute de la 85e continuait, la 17e fut contrainte de se retirer. Le général Joubert, voyant qu'il n'y avait pas moyen de relever le combat, profita de la résistance qu'opposait la 4e légère pour évacuer les redoutes de Rivoli. Cela fait, la demi-brigade se mit en retraite; elle fit son mouvement en échelons, menant sa pièce à la prolonge, et se joignit à la 17e pour contenir encore l'ennemi. Elle se flattait que la 85e s'arrêterait quelque part et que les troupes de Bussolengo arriveraient enfin. Il n'en fut rien. Quelques tirailleurs qui s'étaient jetés à la suite de la 85e suffirent pour la pousser au loin. La colonne qui avait mis cette demi-brigade en déroute se porta sur le flanc gauche de la 4e, qui, toujo attaquée de front par celle due centre, était encore menacée par celle qui, déjà repoussée trois fois, se présentait encore, soutenue par une cavalerie nombreuse.

Le général Joubert, voyant se développer une attaque si formidable, concentra la 4e sur la route pour attendre les troupes qui défendaient Rivoli; mais ces troupes gagnèrent les hauteurs qui dominent le village, la demi-brigade se trouva réduite à ses propres forces. La pièce qu'elle avait ramenée arrêta encore la colonne qui s'avançait par la grande route et la rejeta sur celle du centre; ces deux colonnes réunies marchèrent alors de conserve, elles poussèrent sur le flanc de la demi-brigade tandis que la troisième faisait irruption sur ses derrières et cherchait à lui couper la retraite. La 27e légère arrivant de Bussolengo débouchait; Joubert croyant qu'elle arrêterait cette colonne, fit tête aux deux autres et se retira au petit pas vers les hauteurs de Rivoli. Malheureusement la 27e était disséminée, découse, lorsque les Autrichiens se présentèrent. Elle voulut se mettre en avant en bataille, mais en marche par le flanc, elle le fit avec lenteur, elle s'arrêta même en partie à la vue de la 85e qui fuyait toujours devant une poignée de tirailleurs. Ainsi surprise, brisée dans son mouvement, la 27e ne put soutenir le choc; elle fut rompue, perdit une foule de prisonniers et laissa enlever son chef ainsi que le général Fiorella. Le général Valette fut pris de son côté avec quelques officiers qui cherchaient à sauver.

La grande route se trouvait coupée, la 4e n'eut plus qu'à gagner en toute hâte les hauteurs de Rivoli; la cavalerie autrichienne s'élança sur ses pas, tout ce qui ne fit pas diligence fut enlevé. Le chef de brigade rallia une partie de sa troupe, avec laquelle il força le passage en perdant quelques prisonniers. Un autre détachement se réunit à la butte de la Croix, mais il ne put se faire jour, et fut contraint de mettre bas les armes. Le général Joubert s'échappa avec une vingtaine de cavaliers et quatre ou cinq officiers montés à travers les hulans et les tirailleurs ennemis. La demi-brigade perdit dans cette affaire la moitié de ses officiers et 120 sous-officiers ou volontaires, qui furent tués ou pris. Les chefs de bataillon Bribas et Marchand étaient au nombre des derniers.

Retraite sur Peschiera. La colonne se rallia à la Sega, puis gagna Peschiera, qu'elle traversa sans être inquiétée. Le 29 au matin, la 4e se porta avec un détachement de cavalerie sur la route de Castel-Nuovo, pour couvrir les approches de la ville et éclairer les mouvements de l'ennemi. Elle rentra à Peschiera, suivit la division sur Borghetto, passa le Mincio et se rendit à Villafranca. Le général Massena venait d'y arriver avec ses troupes. Les deux divisions s'avancèrent à la rencontre du corps ennemi qui descendait du Tyrol sous les ordres de Davidowich.

Affaire du 21 novembre. La 4e était détachée sur la droite; elle aperçut bientôt les feux de l'ennemi en position dans le bassin. Elle marcha sur Puyvesano, descendit à la Sega, où elle joignit un détachement du 1er de hussards. Les carabiniers, qui étaient en tête, furent attaqués en avant du village par un gros de hulans. La 4e se déploya entre la route et la montagne, et marcha dans cet ordre à l'ennemi, qu'elle rejeta de l'autre côté du ravin. Destaing plaça un de ses bataillons sur les bords de ce ravin, et, formant les deux autres en colonne, passa le pont, suivi par le 1er de hussards, qui se déploya à la gauche de la grande route, chassa au loin quelques escadrons de hulans qui cherchaient à l'arrêter, et se trouva maître de la plaine. La fusillade faisait des progrès sur les montagnes de la gauche; il prit à droite et poussa sur celles de Rivoli. Voulant tâter une triple ligne d'infanterie dont la présence gênait les mouvements des hussards, Destaing appela à lui son 3e bataillon, fit défiler deux ou trois fois la même troupe par les ravins, puis se forma sur un seul rang derrière des murs et des haies. La première ligne autrichienne n'était guère plus nombreuse que les troupes qu'il menait lui-même; il crut pouvoir l'attaquer. Il répandit des tirailleurs dans les rochers, multiplia les feux, poussa, enfin, deux bataillons en avant. Au lieu de l'attendre de pied ferme, les Impériaux se mirent immédiatement en retraite; il comprit qu'ils n'avaient d'autre but que de couvrir Rivoli jusqu'à ce qu'ils eussent réuni leurs colonnes et gagné l'Adige ou le Passon; il donna à l'attaque une impulsion plus vive, plus animée. Il montra des têtes de colonne à l'issue de plusieurs ravins, lança les carabiniers en tirailleurs avec ordre de suivre, d'inquiéter l'ennemi dans tous ses mouvements. Puis il s'avança avec deux bataillons sur la ligne autrichienne, qui s'éloigna comme la première fois; il se jeta sur elle et la talonna tant que dura sa retraite, qui du reste, se fit en ordre et par échelons. Le 1er hussards eût pu charger, culbuter les hulans qu'il avait en face. Destaing engagea à diverses reprises Picard à marcher. Les hussards le demandaient à grands cris. Quelles considérations arrêtèrent leur chef? On ne sait, mais il resta immobile.

Les Autrichiens, parvenus à la dernière butte, cherchaient encore à faire résistance. La 4e poussa deux bataillons sur eux et porta l'autre sur leurs derrières. Tout s'enfuit en désordre sur Rivoli. Les carabiniers, les tirailleurs se jetèrent à la traverse. Deux bataillons accoururent leur prêter main-forte; le village fut enlevé; 7 à 800 hommes qui n'avaient pu le traverser à temps furent vivement poursuivis. Les batteries ennemies firent feu, couchèrent une centaine des leurs sur la poussière. Le reste mit bas les armes et fut fait prisonnier.

La 4e arriva au pied des hauteurs de Saint-Marc. Joubert la joignit presque aussitôt. La vallée de l'Adige fut saisie. Ce qui était encore vaguant dans la plaine se trouva coupé. Ainsi, les mêmes troupes qui, trois jours auparavant, avaient été forcées, suffirent pour battre l'ennemi qui les avait mises en fuite; les autres ne brûlèrent pas une amorce. C'est que dans ces dernières affaires Joubert commandait, et que tout marchait d'ensemble.

Joubert prit bientôt après le commandement de la division. Il fit fortifier le plateau de Rivoli, et mit le plus grand ordre dans le service. Le général en chef, de son côté, donna un soin particulier à l'organisation des troupes. Il fit des promotions, récompensa le mérite et la bravoure, ranima l'énergie de l'armée qui commençait à s'affaiblir. Tous les corps furent renforcés. La demi-brigade reçut pour sa part 200 recrues et fut rejointe par un détachement qu'elle avait sur les vaisseaux.

Attaque due 12 janvier 1797. Alvinzi avait réparé les pertes qu'il avait faites à Arcole, à Rivoli. Il avait réorganisé ses troupes et s'avançait avec une nouvelle armée plus belle et plus nombreuse. Trop faible pour lui résister sur tous les points, le général Bonaparte s'était concentré à Vérone, et attendait le développement du plan de son adversaire, lorsque la Corona fut attaquée le 12 janvier 1797. Comme les neiges rendaient le col de Campion peu praticable, qu'une partie des forces autrichiennes était obligée de remonter l'Adige par un chemin étroit et difficile, le mouvement d'Alvinzi fut lent, et le général Joubert put se rendre à la Corona avec des troupes suffisantes. Le feld-maréchal attaqua avec 12 à 15,000 hommes; l'action fut vive, meurtrière; on en vint plusieurs fois à l'arme blanche, mais la 4e et la 17e entre autres montrèrent une contenance si ferme que l'ennemi arrête sur toute la ligne s'épuisa en vains efforts. A la fin du jour, le feu fit halte, et les deux colonnes bivouaquèrent en présence.

Retraite sur Rivoli. Le général Joubert apprit dans la nuit qu'une colonne ennemie filait sur Montagna, qu'il avait été obligé de dégarnir. Il apprit qu'une partie de cette colonne avait, malgré les neiges, surpris un bataillon qui se trouvait à Montebaldo; enfin, que des forces considérables menaçaient Rivoli. Il ordonna sur-le-champ l'évacuation de la Corona et alla s'établir, la droite, à la chapelle Saint-Marc, le centre, sur les hauteurs de Saint-Martin, et la gauche sur celles de Caprino.

Alvinzi, de son côté, se porta en avant du Passon, où il se déploya, usa le temps en vaines dispositions. Le général en chef connaissait maintenant les vues de son adversaire. Il poussa sur Rivoli. Les troupes de Joubert, qui commençaient à se mettre en retraite, reçurent ordre de faire volte-face, de reprendre de suite les positions qu'elles avaient quittées.

Bataille de Rivoli. La 4e s'achemina sur la chapelle Saint-Marc, força le poste qui l'occupait, et se mit en bataille. Les carabiniers, soutenus par le 1er bataillon, marchèrent aux buttes dont ils devaient se rendre maîtres. Ils s'emparèrent de la première, la remirent à un bataillon de la 17e qui venait d'arriver, et s'avancèrent sur la deuxième qu'ils enlèvent avec la même rapidité L'officier qui dirigeait l'attaque n'avait pas dessein de pousser plus avant; mais les carabiniers étaient emportés par leur courage; une colonne accourait leur prêter main-forte; ils s'abandonnèrent à leur élan, et couronnèrent le plateau du Signal où se formait l'ennemi. Leur apparition jeta d'abord dans ses rangs le trouble et l'épouvante, mais il comptait 3,000 hommes d'élite, et n'en avait pas devant lui plus de 150; il reprit courage, la mêlée s'engagea, et devint d'autant plus vive que l'obscurité était encore profonde. Le 1er bataillon s'avança, les carabiniers redoublèrent d'énergie et finirent par se dégager. Trois officiers et quarante soldats restèrent dans les mains de l'ennemi. Ainsi commença, deux heures avant le jour, la fameuse bataille de Rivoli.

Dès le début, c'en était fait des Autrichiens, s'il y eût eu une colonne prête pour seconder l'attaque des carabiniers. On arrivait à la Corona avant que les premiers eussent le temps de se reconnaître; mais les troupes étaient encore en arrière, l'action fut engagée plus tôt qu'elle n'eût dû l'être.

Destaing avait à Saint-Marc un de ses bataillons. Il lui ordonna de se construire un épaulement, et fit marcher l'autre avec celui de la 17e sur une butte élevée qu'un ravin profond séparait du plateau du Signal. Les autres troupes, déjà en bataille sur cette cime, faisaient un feu roulant sur les ennemis. Le reste de la 17e joignit la 4e. Les deux demi-brigades chargèrent de concert et mirent en déroute une masse autrichienne qui s'avançait par un bois situé à gauche. Enfin, la jour parut, les deux lignes se trouvaient en présence; elles détachèrent leurs tirailleurs. La droite de la ligne française, déployée sur le plateau de Rivoli et les hauteurs de Sainte-Marc, était commandée par le général Joubert. le général Berthier menait le centre sur les hauteurs de Saint-Martin, et le général Massena la gauche sur celles de Caprino. Il y avait près de 13,000 hommes en ligne.

L'ennemi cherchait à forcer le plateau pour faire déboucher sa cavalerie et son artillerie, retenues dans le canal de l'Adige. Il avait porté sur sa gauche l'élite de ses troupes. Il se proposait de balayer toute la crête de Saint-Marc, et de tomber sur le flanc de la position que devait attaquer une colonne de grenadiers placée sur la rive droite du fleuve. Il réunit des masses imposantes devant les deux autres divisions, et détacha une colonne de 4,000 hommes sur sa droite.

Cependant il ne cessait de presser Saint-Marc. Repoussé dans une attaque, il revint à la charge plus nombreux, plus animé, et réussit enfin à forcer les premiers ouvrages. Il commençait à couronner la première butte, lorsque Joubert se présenta; ce général amenait des troupes fraîches, il fondit sur les Hongrois, et leur enleva 200 grenadiers. Il voulut pousser plus avant, et donna l'ordre d'escalader le plateau du Signal. On fit de vains efforts pour l'emporter. Le général Sandos périt au milieu de la mêlée. Le chef de bataillon Lacroix, Destaing et une foule d'officiers supérieurs furent blessés sans pouvoir se rendre maîtres de la position. La lutte se soutenait cependant encore lorsqu'une colonne s'avançant à la faveur des bois vint cerner la butte déjà pressée par celle qui l'attaquait de front. La troupe se rallia à la vue de ce surcroît d'ennemis, et fondant sur la colonne qui avait saisi ses derrières, elle la culbuta et lui fit une centaine de prisonniers. Mais celle qui se présentait de front mit la circonstance à profit. Elle enleva la butte, força la 33e et lui prit un drapeau.

L'attaque et la défense étaient partout des plus vives. Les troupes françaises néanmoins fléchirent un instant à gauche, une batterie fut prise au centre; il fallut céder le terrain, se replier sur la chapelle. Mais la ligne ne tarda pas à se rétablir, la batterie elle-même fur reprise. Cependant on ne put tenir, le plateau fut forcé; la cavalerie autrichienne déboucha, la colonne qui avait tourné les troupes françaises se déploya à droite et à gauche de la route sur les hauteurs de Rivoli.

C'est dans ce moment critique, dans ce moment où tout semblait perdu, que se manifestèrent le sang-froid des généraux et le courage des soldats. Personne ne désespéra du salut de l'armée. Berthier et Joubert se rencontrèrent sur la grande route, à l'endroit où prend naissance le ravin qui sépare le plateau du village de Rivoli. Ils se fixèrent, pénétrés du même sentiment: Eh bien, demanda le premier au second, où prends-tu ta ligne? Ici, répond Joubert avec feu. Il saisit en même temps deux carabiniers par le bras; il les met en bataille et rallie sa troupe. Le chef de la 4e fond sur l'ennemi, paye de sa personne, se bat corps à corps. Les hulans qui débouchent par la grande route, d'abord arrêtés par la cavalerie française, sont culbutés à l'approche de l'infanterie. Le plateau est nettoyé avec la même vigueur. Les troupes se rallient partout, partout elles se jettent sur les Autrichiens qui se croient sur le Passon après leur avoir fait une foule de prisonniers. Les 4,000 hommes qui couvraient les hauteurs de Rivoli étaient encore intacts. Bonaparte fit marche à eux. On les attaqua, on les plia comme un éventail, on les poursuivit jusqu'à Guarda, où ceux qui n'avaient pas été enlevés en route mirent bas les armes le lendemain. L'ennemi fuyait; le général en chef s'éloigna emmenant avec lui les généraux Berthier et Massena.

Continuation de la bataille. La bataille continuait; la 4e marcha sur la Chapelle, et ne s'en empara qu'après la résistance la plus vive. Chassés de ce poste, les Autrichiens essayèrent de l'enlever à leur tour. Ils revinrent vivement à la charge, et ne cessèrent de combattre tant que dura la nuit. La 17e s'avançait, ils se retirèrent dès qu'ils l'aperçurent. Mais alors s'agrandit la scène. Joubert avait fait ses dispositions de combat, Alvinzi avait rallié ses troupes; tous deux se cherchaient, se préparaient à en venir aux mains. Le feld-maréchal était loin de s'attendre que son adversaire songeât à prendre l'initiative; sa surprise fut extrême lorsqu'il le vit s'avancer: sa résolution déjà si affaiblie la veille s'évanouit tout-à-fait. L'attaque fut poussée avec ensemble, avec vigueur. Les Autrichiens, partout rompus, furent obligés de se mettre en retraite, et bientôt après de fuir en désordre. Ils trouvèrent le général Murat déjà en position sur la Corona, perdirent courage, et se rendirent par milliers. Il en fut de même sur les crêtes de Saint-Marc où combattait la 4e légère. L'ennemi chassé du plateau du Signal, se retira en désordre partie sur la Corona, partie par le sentier qui du Signal mène à l'Adige. Arrivé à la Corona, il se jeta en tumulte dans l'escalier qui va à la Madone et de là à Brentin, à travers des rochers et des précipices effroyables. Des soldats français gagnent les hauteurs qui de droite et de gauche dominent le gouffre; ils font rouler sur les fuyards des quartiers de roche qui reversent des files entières, ou les derniers poussent avec violence ceux qui les précèdent. A chaque tournant, 30 à 40 de ces malheureux sont lancés dans l'abîme. Alvinzi lui-même, au moment d'être atteint, n'échappe qu'avec une jambe blessée. Enfin ses officiers font signe qu'ils se rendent. Le feu, les quartiers de roches cessent aussitôt d'accabler cette masse éperdue, et le massacre s'arrête. 1,000 à 1,200 hommes succombèrent dans ce tortueux sentier. L'artillerie fut prise; la cavalerie n'échappa qu'en gagnant précipitamment le sentier qui conduit à l'Adige.

Expédition de Trente. Le général Bonaparte ne laissa pas le temps de respirer aux Autrichiens; il fit aussitôt marcher sur eux. Massena s'avança par la vallée de la Brenta, Joubert prit celle de l'Adige, ce général dirigea son avant-garde sur la Corona, sur le Montebaldo, et remonta la rive droite du fleuve avec le gros de sa division. Les trois colonnes avaient mori pour point de réunion.

Le temps était pluvieux, la terre couverte de neige; le mouvement ne se fit pas sans difficultés. L'avant-garde surtout éprouva les peines les plus vives à surmonter les lieux abruptes qu'elle devait parcourir. Elle les franchit enfin et arriva devant une montagne escarpée. La route était fermée par deux redoutes, dominée par deux ranges de retranchements que garnissait un millier d'hommes. La 17e pénétra d'abord dans une des redoutes, mais ne put s'y maintenir. La 4e prit l'attaque; un de ses bataillons conduit par Delzons s'avança soutenu par une partie de la 17e qu'avait ralliée l'adjudant-général Devaux. La redoute, les ouvrages, tout fut également enlevé. La demi-brigade victorieuse poussa en avant; elle joignit une masse de troupes de ligne et d'insurgés considérable, et la prit sans tirer un coup de feu; puis continuant sa marche, elle gagna Brentonico, Mori, Trente et déboucha sur le Lavis. Les Autrichiens semblaient résolus à faire résistance. Le général Vial marcha à eux et leur fit 800 prisonniers. La division prit position. Elle se prolongea de l'Adige au château de Segonzano et jeta une brigade au-delà du fleuve pour contenir le général Laudon qui occupait le val de None. Les escarmouches devinrent continuelles, souvent même elles se changèrent en engagements assez vifs.

Expédition du Tyrol. Joubert résolu de forcer la rive gauche de l'Adige pour arriver à Bolzano, fit plusieurs reconnaissances sur le val de None. Puis quand il eut bien éveillé l'attention de l'ennemi, il chargea le général Serviez de couvrir Trente, et porta toutes ses forces sur la ligne du Lavis. Son plan était simple: Vial devait attaquer le flanc et tourner la droite de cette ligne, Delmas forcer le centre , et Baraguay d'Hilliers la gauche.

La 4e légère eut ordre de se diriger sur le sommet du Monte-Corona après avoir enlevé les retranchements qui en défendaient l'accès. La 17e fut chargée de tourner cette montagne à mi-côte, et la 29e de se porter au village de Fay. Le général Monnier devait attaquer la montagne de front après avoir déblayé les villages qu'elle domine sur le Lavis. Joubert dirigeait cette partie de l'attaque.

Le 3e bataillon de la 4e demi-brigade tomba au point du jour sur les postes ennemis. ce fut le signal de l'attaque. Les colonnes s'ébranlèrent; elles escaladèrent les hauteurs avec sang-froid, l'arme au bras, au milieu du feu le plus vif. Les tirailleurs et les carabiniers de la demi-brigade tournèrent un retranchement qui incommodait le général Monnier et firent successivement évacuer toutes les buttes qui gênaient la marche, puis s'avancèrent sur un grand retranchement qui faisait le pivot de la défense. Cet ouvrage attaqué des deux côtés n'opposa pas une longue résistance. La cime de la montagne fut emportée ainsi que les monticules qui l'entourent, et tell fut la vigueur de l'attaque, que tout était enlevé avant que la colonne du général Monnier fut maîtresse des villages qu'elle devait forcer. Les approches cependant s'étaient faites à découvert. Les colonnes, exposées au feu pendant une demi-heure, avaient tout bravé, tout surmonté.

Un dernier mamelon restait à prendre. La 29e légère s'engagea dans les retranchements qui couvraient Fay.

Une partie de la colonne se précipita sur le village. Le feu devint ardent. Le général Joubert, arrivé sur ces entrefaites, poussait le reste à l'attaque, lorsqu'une fusillade violente s'alluma au pied de la montagne. Un bataillon de la 4e accourut, mais les ennemis tournés se repliaient déjà en toute hâte; la 4e passa le ravin un peu plus haut qu'ils ne le passaient eux-mêmes, et les rejeta sur le général Dumas qui les fit prisonniers. La demi-brigade se dirigea alors sur Salurne. Elle était appuyée par le reste de l'avant-garde; elle enleva des hommes, des chevaux, des munitions.

Les Autrichiens cependant ne tardèrent pas à reprendre l'attaque. Leurs tirailleurs s'avancèrent soutenus par des forces considérables. Destaing fit un mouvement sur la droite. Il se saisit d'un tournant de la route, occupa un petit plateau qui la domine et l'enfile. La plus grande partie de sa troupe lui avait été enlevée pendant sa marche par l'adjudant-général Argod; il n'arriva qu'avec sa tête de colonne. Cependant le chef de son 1er bataillon, se croyant soutenu, fondit sur les Autrichiens et les mit en fuite. Quelques centaines d'hommes appartenant à la 17e et à la 29e vinrent à son aide; il poussa en avant et s'établit aux deux tiers de la montagne; mais les tirailleurs étaient déjà parvenus aux villages qui en couvrent la base. Ils avaient trouvé du vin, des subsistances de toute espèce. Une bonne partie de la troupe que le chef de brigade avait ralliée dans les neiges courut partager leur bonne fortune. Il ne resta au drapeau que les postes et les patrouilles qui étaient déjà organisés. Cet abandon faillit devenir funeste. Des masses d'Impériaux dépassées par la poursuite emplissaient les bois. La colonne ayant derrière elle toute l'avant-garde, n'avait couvert que ses flancs et son front. Les Autrichiens se saisirent d'une route qui restait ouverte, poussèrent au village, surprirent la garde et la firent prisonnière. Destaing et huit de ses officiers venaient d'entrer dans une maison pour se rafraîchir: ils furent au moment d'être enlevés. Bloqués par un poste établi presque en face, ils allaient essayer de se faire jour le sabre à la main, lorsqu'il prit fantaisie an sergent de le changer de place. Ils s'échappèrent à petit bruit, rencontrèrent chemin faisant un détachement ennemi qui cherchait à rallier les siens, lui firent mettre bas les armes et gagnèrent les bivouacs de la 11e de bataille. Le jour venu, l'avant-garde se remit en mouvement, et alla prendre position sur les montagnes à droite de Salurne.

Affaire de Neumark. L'avant-garde descendue pendant la nuit, s'avança sur Neumark; elle passa l'Adige, et se porta sur Bolzano. Laudon, abandonnant alors le val de Noue, remonta la rive droite de l'Adige. Il déboucha dans la plaine et chargea vivement les troupes qui l'occupaient; mais la 85e de bataille et le 5e de dragons, fondirent sur les colonnes autrichiennes, et leur firent 1,500 prisonniers. Une députation se présenta bientôt après. Bolzano ouvrit ses portes, et l'avant-garde continua son mouvement. La 4e était en tête; elle joignit l'arrière-garde ennemie, elle la culbuta et la suivit avec vigueur. Les masses autrichiennes avaient pris position sous les murs de Clausen; les paysans soulevés s'étaient réunis à la troupe. un ravin profond, encaissé, courait sur le front d'attaque. Les jardins étaient remplis d'infanterie; la cavalerie couvrait les approches avec du canon, et au centre du faubourg se trouvait un mamelon entouré d'un mur élevé que gardaient 400 Croates. Le pont était barricadé, et le ravin garni d'une ligne de troupes dont le feu, se croisant avec celui du château, protégeait la redoute et rendait l'approche de la ville périlleuse. Les crêtes de la montagne de gauche étaient garnies de soldats, de pâtres armés, et les aspérités de la rive gauche chargées de tirailleurs. Tout cet appareil néanmoins ne put arrêter l'élan de la demi-brigade. Les carabiniers avaient forcé les murailles, nettoyé le ravin pendant qu'on disposait l'attaque. Les colonnes se mirent en mouvement; un bataillon de la 4e fondit avec la 17e sur les paysans répandus dans la montagne. Il les battit, marcha aux grenadiers hongrois qui les soutenaient, et en culbuta près de 2,000 dans le ravin. Ce qui restait de la 4e et deux bataillons de la 29e entrèrent de vive force dans le faubourg et pénétrèrent jusqu'au pont. Accueillies par la mitraille, ces troupes furent obligées de rétrograder, mais le gros de la division arrivait. Une colonne, tournant à droite, passa le ravin à son embouchure. L'ennemi pris en flanc s'éloigna en toute hâte, en abandonnant 8 à 900 prisonniers, et, chose singulière! ce feu si vif, si retentissant, ne coûta que trois hommes à l'attaque.

L'avant-garde poussant ses avantages, jeta l'ennemi au loin. Elle dépassa Brixen, porta des partis dans les montagnes qui séparent la route d'Inspruck et celle de Lientz. Les colonnes de Kerpen qui s'étaient jetées dans les gorges d'Inspruck se trouvèrent complètement coupées.

Affaire de Mulbach. L'esprit d'indépendance qui anime ces montagnes ne tarda pas mettre en scène des hommes plus redoutables que les soldats autrichiens. Déjà le général Laudon, profitant de l'humeur guerrière de ces populations, avait formé autour de Bolzano un rassemblement considérable qui avait fini par intercepter la route de Trente; celle même qui va de Brixen à Bolzano était peu sûre. La 22e légère, cantonnée à Clausen pour faciliter le passage était insultée jusqu'aux portes de la ville. Les Tyroliens étaient si animés qu'ils faisaient rougir des quartiers de roche et les lançaient sur nos convois d'artillerie et de munitions. Les bivouacs de Brixen étaient eux-mêmes entourés de bandes; la levée en masse s'organisait partout. Le général Kerpen, se prévalant de ce mouvement et de quelques renforts qu'il avait reçus du Rhin, conçut le projet d'ensevelir l'armée française dans le Tyrol. Il fit vivement menacer Bolzano, afin d'attirer sur ce point l'attention de Joubert, et, se portant sur lui, il l'attaqua avec vigueur. Mais les colonnes françaises se réunissaient. Elles prirent à leur tour l'attaque et ressaisirent bientôt l'avantage. Un régiment qui arrivait du Rhin soutint chaudement la retraite, sa résistance donna le temps de le tourner; il fut obligé de mettre bas les armes après avoir beaucoup souffert.

Cette entreprise était soutenue par deux fausses attaques que les paysans tentèrent sur les flancs de Brixen, et secondée par une attaque réelle sur la montagne de Mulbach. Cette montagne, comme on l'a déjà dit, sépare la gorge qui conduit à Inspruck de celle qui mène à Lientz. Elle est praticable, habitée même jusqu'au tiers de sa hauteur; au-dessus est une vaste forêt de sapins qui s'étend jusqu'aux rochers de glace, aux neiges éternelles dont est couronnée sa cime. Dans cette forêt, s'était formé un rassemblement considérable qui, dès le point du jour, lança sur les postes de la 85e un déluge d'hommes armés de carabines, de haches, de fourches, de pierres, et qui, insouciants du danger, songeaient bien moins à se défendre qu'à atteindre leur ennemi. Ils renversèrent les postes, mais furent rejetés par la demi-brigade jusqu'au-delà de leur repaire. Là sans doute étaient des forces inattendues: car la 85e, brisée à son tour, fut refoulée jusqu'au pied de la montagne. Elle se rallia, reconduisit les paysans jusqu'au bois, et fut de nouveau rompue. Ce va-et-vient se prolongeait; la 4e s'avança pour y mettre fin. Elle arriva au moment où la 85e, ayant de nouveau reconduit les paysans dans le bois, les y contenait sans oser les suivre.

Destaing, chargé de monter par la droite pour tourner les Tyroliens et les rejeter sur la 85e, s'avançait par file, dans une avenue creuse, pour déboucher au-des-sus d'un petit village, lorsqu'une nouvelle irruption des montagnards éparpilla encore cette demi-brigade. Une bonne partie s'enfournant par le chemin que suivait Destaing, traversa, renversa même sa colonne de la tête à la queue; à peine lui resta-t-il 50 carabiniers. Cette petite troupe ne tarda pas à se voir assaillie par une masse de pâtres qui fondirent sur elle avec la plus grande intrépidité. Ces hommes ardents étaient si animés qu'ils se précipitèrent sur les baïonnettes et se percèrent eux-mêmes; mais à mesure que l'un succombait il en reparaissait un autre; il en venait de gauche, de droite, et au lieu de se reporter en ligne, la troupe accablait de balles ceux qui y étaient restés. Les carabiniers furent obligés de la rejoindre en toute hâte, ce qu'ils ne purent faire qu'au pied de la montagne; car en les voyant venir à elle, elle se rompit une seconde fois et prit la fuite. Le général Joubert arriva heureusement avec un bataillon. Il reporta les deux autres sur la montagne; les paysans s'échappèrent, et la colonne s'établit dans la position qu'elle occupait le matin.

Marche sur Lientz. L'armée se trouva après la victoire dans l'état où elle était avant de combattre, c'est-à-dire qu'elle resta sans communications , et par conséquent à la veille de manquer à la fois de munitions et de subsistances. Joubert, sans nouvelles de la grande armée, résolut de se tirer au plus vite de cette fâcheuse position; néanmoins il voulut en sortir d'une manière convenable, en traversant le reste du Tyrol et en marchant sur Trente les troupes nécessaires pour mettre cette place en sûreté; mais en divisant ses forces il se compromettait sur ces divers points. Il fallait, dans les circonstances difficiles où il se trouvait, concentrer ses forces, se porter en masse sur l'Italie ou l'Allemagne.

Le corps d'armée se mit en marche le 5 avril, formé en trois divisions. La 4e avait la tête de l'avant-garde sous les ordres du général Baraguay. Le corps de bataille était commandé par le général Dumas; la division d'arrière-garde par le général Dumas. Les convois, les équipages marchaient dans les intervalles.

Le corps d'armée s'avança ainsi dans le plus grand ordre, précédé d'une proclamation qui promettait sûreté et protection aux contrées qui resteraient paisibles, le feu et la dévastation à celles qui s'insurgeraient. La veille du jour où la colonne arriva à Lientz, 10,000 paysans, qui s'y trouvaient encore, regagnèrent leurs foyers. Cette dispersion sauva la ville d'une exécution qu'elle avait méritée en laissant surprendre, quelque temps auparavant, une reconnaissance dans ses murs, et surtout en laissant égorger des malades à l'hôpital. Elle en fut quitte pour une contribution.

Le corps d'armée continua sa marche jusqu'à Spital, et se trouvait déjà sur la route de Salzbourg, lorsque la nouvelle de l'armistice lui parvint. Il se rendit alors à Villach, où il ne tarda pas à apprendre les événements de Vérone, la révolution de Venise et la signature des préliminaires de Leoben. Il repassa les Alpes par le col de Tarvis, gagna Osoppo, Spitemberg, Trevise, Bassano, où il entra en cantonnement.

Le chef de la 4e demi-brigade,

DESTAING.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 40-81