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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 39e de bataille

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

39e DEMI-BRIGADE DE BATAILLE.

Les 46e et 121e demi-brigades, et le 4e bataillon des Basses-Alpes, entrèrent en campagne avec le reste de l'armée.

Ces corps assistèrent tous trois à l'affaire de Battifolo, à celle de Pampara, à l'attaque de Saint-Michel. Cette attaque, il est vrai, n'eut pas le succès qu'on devait en attendre, mais la troupe n'y fit pas moins preuve de constance. Elle força le pont, emporta le village, et avait déjà une multitude de prisonniers dans les mains, lorsqu'un surcroît d'ennemis, fondant inopinément sur elle, la força de lâcher prise.

De Saint-Michel, les trois corps marchèrent avec la division Serrurier sur Mondovi, et contribuèrent par leur sang-froid, leur courage, aux succès de la journée. Ils suivirent l'ennemi, occupèrent successivement Fossano, Alba, Serravalle et Tortone, où ils furent embrigadés avec le 10 bataillon de l'Ain. Ces quatre corps amalgalmés ensemble formèrent la 39e de bataille.

Cette demi-brigade se porta aussitôt sur Lodi, et en voya ses 3 compagnies de grenadiers devant le château de Milan. De ce siége, les compagnies passèrent à celui de Mantoue, et se distinguèrent à l'un et à l'autre par leur courage et leur constance dans le danger.

Le reste de la demi-brigade, employé d'abord à comprimer la révolte de Pavie, les insurrections d'Arguata, s'avança enfin sur l'Adige. il se répandit de Vérone à Ronco, où les grenadiers ne tardèrent pas à arriver eux-mêmes. Les Autrichiens reprenaient l'attaque; la 39e se porta à Goito, traversa avec l'armée la plaine de Montechiaro, atteignit Brescia et s'avança le lendemain sur les hauteurs de Nave. Elle attaqua les Impériaux, et les eût enlevés malgré toute leur bravoure, si l'échec que reçut à la droite le général Despinois ne l'eût obligée de faire halte sur les hauteurs de Santo-Sexto, dont elle venait de s'emparer. Elle avait alors 42 hommes hors de combat, mais elle en avait tué ou blessé 70 à l'ennemi, et lui avait fait 200 prisonniers.

Elle joignit la division Sauret à la suite de cette affaire, et marcha avec elle sur Rocca d'Anfo. Les Autrichiens occupaient en forces cette position formidable; mais ni leur courage, ni les difficultés des lieux ne purent amortir l'attaque. Le château fut enlevé. L'ennemi, obligé de fuir, nous abandonna 157 prisonniers; vive ment poursuivi, il fut atteint, battu à Flore, et perdit encore 5 pièces de canon, des bagages et 1,000 hommes.

Le mois d'août acheva de s'écouler sans combat, mais avec septembre recommencèrent les opérations. La division Sauret se mit en mouvement le 2; elle entra dans le Tyrol et s'avança d'abord sans rencontrer d'obstacles. Arrivée à Mori, elle trouva les Autrichiens en position et les attaqua sur-le-champ. Les Allobroges et la 39e avaient la tête de la colonne. Ils se jetèrent sur les ennemis, et leur prirent 500 prisonniers et 2 pièces de canon. La demi-brigade poussa jusqu'à Roveredo, où elle resta paisible jusqu'à la fin de décembre.

Les Impériaux avaient réparé les pertes qu'ils avaient faites. Ils levèrent leurs camps et fondirent de toutes parts sur la division Vaubois. Elle les repoussa d'abord, prit à son tour l'attaque, et alla les chercher le lendemain à Saint-Michel. L'action fut vive, opiniâtre; mais enfin le village fut enlevé à la baïonnette, et l'ennemi nous abandonna 300 prisonniers. Le général Valette voulut suivre ces avantages. Il prit avec lui quelques compagnies et poussa sur Borgo. Il trouva dans ce lieu des forces si considérables qu'il se replia sur-le-champ. Un escadron de hulans essaya de le troubler; mais 8 grenadiers de la 39e s'avancèrent au-devant de cette cavalerie, et, chose inouïe, ils la forcèrent de faire halte.

Hors d'état de résister aux colonnes épaisses qui se développaient devant lui, Vaubois donna l'ordre de la retraite; mais cet ordre fut si mal expédié, qu'il ne parvint pas à divers corps. Le 1er bataillon et la 2e compagnie de Grenadiers de la 39e, entre autres, ne furent pas prévenus. Oublié dans la position qu'il avait mission de défendre, le 1er bataillon fut contraint de subir sa destinée, et rendit en partie les armes. Il n'en fut pas ainsi des grenadiers. Ils se trouvèrent avec un bataillon de la 25e, oublié comme eux, et comme eux sommé de céder à la fortune. On se réunit pour aviser à ce qu'il y avait à faire. Le capitaine Maucune, devenu plus tard général de division, commandait les grenadiers de la 39e. Il émit son avis en deux mots. "Toute discussion lui paraissait superflue; il fallait se battre, se faire jour; ses grenadiers se regarderaient comme déshonorés s'ils pensaient seulement qu'on les crût capables de délibérer sur une proposition comme celle qui leur était faite." Tous les officiers applaudirent à ces généreuses paroles; on le chargea de l'arrière-garde, et l'on se mit en mouvement. L'ennemi voulut en vain arrêter cette colonne intrépide. Elle lui opposa tour à tour le feu, la baïonnette, et arriva devant les hauteurs de Cagliano. Mais ici les Autrichiens étaient en masses profondes: on hésitait à les aborder, on balançait sur ce qu'il y avait à faire. Maucune accourut plus ardent, plus intrépide. Ce qu'il y a à faire, s'écrie--il, vous ne le voyez pas, vous ne voyez pas qu'il n'y a qu'à briser cette ligne épaisse, que c'est le seul moyen de salut qui nous reste! Ses grenadiers arrivaient; il prit la tête de la colonne, se jeta sur les Autrichiens, les rompit, et joignit enfin le général qui le croyait perdu.

La division Vaubois était en arrière de Cagliano Les Impériaux marchèrent à elle, et l'abordèrent sans pouvoir l'ébranler. Ils n'en revinrent que plus vivement à la charge. Dès le lendemain, ils reprirent l'attaque et la soutinrent avec une persistance peu commune. Mais, plus malheureux encore que la veille, ils furent repoussés, battus, et rejetés sur Cagliano dans un affreux désordre. Vainement ils essayèrent de se reformer à la faveur du village; la 39e les suivit, et se jeta sur eux avec une violence irrésistible. Le caporal Durand saisit un obusier; le capitaine Maucune brise avec quelques hommes une charge de cavalerie. Il s'engage avec un houlan qui arrive sur lui la lance haute; il l'arrête, le démonte avec son briquet de fantassin, et le fait prisonnier. Cet acte d'intrépidité avait exalté la troupe. Le lieutenant Teulet fondit sur deux cavaliers, et parvint à les mettre hors de combat. Les Autrichiens stupéfaits fuyaient de plus belle. La victoire semblait décidée, lorsqu'un malheureux soldat, qui se trouvait à la gauche de la ligne, s'écrie que l'ennemi a franchi l'Adige, que nos derrières sont coupés. A ce funeste cri, la gauche perd contenance et s'éloigne; la 39e a beau redoubler d'énergie, son flanc est découvert, elle est elle-même obligée de plier.

Témoins du désordre, les Autrichiens reprennent courage et veulent profiter du trouble qu'a entraîné ce mouvement rétrograde. Mais le sergent-major Toucasse est chargé du drapeau; il agite ces couleurs révérées, appelle les braves à le défendre, et fond sur l'ennemi. Quelques grenadiers se précipitent sur ses pas; la mêlée devient épaisse. Les soldats de la 39e défendent l'honneur de leur corps; Toucasse fait de la lance de son étendard une arme meurtrière. Il frappe à coups redoublés sur ceux qui l'entourent, tue les uns, blesse les autres, se dégage, et emmène deux prisonniers. Le quartier-maître Roremens ne se montre ni moins ardent ni moins intrépide. Quoique chargé de fonctions plus administratives que guerrières, il accourt un des premiers au danger; il rallie la troupe, tombe sur un piquet autrichien et le fait prisonnier. Ce trait de vigueur rend au soldat son élan habituel. Il ne se borne pas à arrêter les Impériaux; il les bat, les replie et leur enlève 300 hommes.

La division, à la suite de cette affaire, se mit en marche pour Vérone, gagna Villafranca, joignit les Autrichiens qui s'étendaient jusqu'à Castel-Novo, et les mit en désordre. Elle avait couronné le plateau de Rivoli; elle fut chargée de le garder et y resta paisible plus d'un mois; mais le 12 janvier éclate un feu d'artillerie qui, le lendemain, devient plus violent encore. La demi-brigade est foudroyée de la rive droite, sans que de la rive gauche aucune tentative la menace. L'ennemi manoeuvre, tourne les postes de la Corona, s'établit sur les hauteurs en avant de la chapelle de Saint-Marc. La colonne qui doit enlever Rivoli suit le mouvement pendant la nuit. Au jour l'attaque commence; l'infanterie et la cavalerie abordent les avant-postes et les rejettent sur le plateau.

Vers midi l'attaque prend une allure plus vive, plus décidée. L'ennemi force les postes de la chapelle de Saint-Marc, ceux de Passon, de Caprino; il s'étend sur les hauteurs qui couvrent le flanc du plateau. Les troupes françaises sont obligées de faire un mouvement rétrograde. La colonne qui file le long de l'Adige s'en aperçoit, marche au plateau et s'en empare. La 39e se trouve alors dans une position critique. Attaquée à la fois par les troupes qui descendent de la chapelle et par celles qui viennent du fleuve, elle a besoin de toute son énergie pour se maintenir. Elle y parvient cependant. Les troupes qui ont été forcées à Saint-Marc se rallient, prennent l'attaque et dégagent à leur tour la demi-brigade dont la constance les a sauvées. Les grenadiers quittent aussitôt la position qu'ils ont si vaillamment défendue; ils marchent à la colonne de l'Adige; en un instant la mêlée devient terrible; officiers et soldats veulent avoir satisfaction des angoisses de la journée. Le sous-lieutenant Roger va chercher trois Autrichiens au-delà du retranchement qui les abrite; mis en joue par l'un d'eux, il l'abat d'un coup de sabre, et fait les deux autres prisonniers. Le tambour-major Sigaud se jette à travers une colonne épaisse, tue trois grenadiers, saisit un obusier, s'empare d'un fourgon et les emmène. Le capitaine Guilbert, le lieutenant Hongrebeoulus, combattent avec la même ardeur, le même abandon. L'ennemi se disperse en abandonnant 8 pièces de canon.

La 39e, chargée de garder le champ de bataille, s'établit dans les lieux où elle avait si vaillamment combattu, et y séjourna jusqu'au 26, c'est-à-dire jusqu'au moment où Joubert entra dans Tyrol.

Elle remonta alors la droite de l'Adige, refoulant devant elle un piquet de hulans. Cette troupe cherchait à mettre à profit les moindres accidents de terrain. Le sous-lieutenant Roger s'impatiente de sa ténacité. Il prend avec lui 4 grenadiers, braves, intrépides comme lui, et, devançant ces incommodes cavaliers, essaie de leur intercepter la retraite. Le chemin qu'ils suivent est creux, étroit; il s'en saisit et leur présente la baïonnette. Malheureusement la pluie n'arrêtait pas depuis plusieurs jours; les fusils étaient hors d'état de faire feu. Roger fut foulé aux pieds, obligé de se rendre avec 3 de ses grenadiers; le 4e parvint à s'échapper, mutilé, sanglant, avec un poignet abattu et trois doigts de moins. Une si courageuse entreprise méritait un autre résultat. La demi-brigade continua son mouvement; elle prit possession d'Ala, gagna Roveredo, Trente; la population soulevée était protégée par les neiges. Chaque jour amenait une rencontre, une action nouvelle. La 39e se montra constamment vigilante, intrépide; elle triompha constamment des embûches et des efforts des montagnards.

Tournée cependant dans l'une de ces rencontres, elle fut un moment ébranlée; mais 3 braves s'élancent généreusement hors des rangs et en appellent à sa vieille énergie: ce sont les caporaux Roy, Michaud, Duboulos, dont l'un vient de se saisir d'un cheval, les deux autres d'enlever une pièce de canon au milieu des colonnes ennemies. La troupe s'inspire de leur courage; elle fond sur l'ennemi et le pousse sur Saint-Michel. Elle continue l'attaque, se jette sur une redoute qu'elle avait en face, et l'emporte malgré la plus opiniâtre résistance. Elle avait frayé la voie, chacun s'y précipita; en un moment, tout fut forcé, tout fut en déroute, et tel fut le désordre des Autrichiens qu'ils perdirent près de 5,000 prisonniers.

La 39e poussa en avant; elle entra le 21 mars à Caltern et prit possession de Botzen le 22. Les paysans tenaient toujours la campagne. Pendant tout le temps qu'elle passa autour de cette ville, elle ne cessa d'être aux prises. Un jour que la rencontre avait été sanglante, ces indociles montagnards regagnaient les gorges qui leur servaient d'asile. Cinq éclaireurs imaginent de leur demander compte de ces alertes continuelles, de ces incessantes agressions qui tiennent la troupe sous les armes. Tous sont hommes de coeur, tous ont fait preuve de bravoure: l'un est cet intrépide Boyond, qui contraignit, au combat de Storo, 15 Autrichiens à lui rendre les armes; l'autre Barailler, qui, laissé sur le champ de bataille de Cagliano, se releva tout sanglant et s'échappa des mains de l'ennemi à travers une fusillade meurtrière; le troisième est Jacquet, qui enleva une pièce de canon à Mondovi; le quatrième, Bastide, qui s'est distingué en vingt rencontres et le cinquième, le sous-lieutenant Bouvier, réputé entre tous pour son brillant courage. Ils ont entrevu une bouche à feu qui s'éloigne, conduite par une centaine d'hommes. Ils forcent de marche, s'emparent de l'une, dispersent les autres et en font 12 prisonniers. Mais les paysans, en s'enfonçant dans la montagne, ont démonté la pièce; Bouvier s'en aperçoit, et veut ressaisir la roue qu'ils emportent. Tous aussitôt se pressent à la suite des fuyards. Ils les joignent, les culbutent encore, et ne cessent de les poursuivre qu'ils n'aient atteint l'espiègle qui s'en allait avec la roue. Ils le ramènent avec pompe, et le forcent de conduire lui-même l'obusier qu'il voulait les mettre hors d'état d'enlever.

Dans une autre circonstance ce fut mieux encore: Autrichiens et Tyroliens étaient retranchés dans une gorge étroite et arrêtaient la division depuis deux heures. Le lieutenant Teulet imagine de les tourner. Il prend avec lui Belon, Lavalette, Filo, Dugua, grenadiers dont il a vingt fois éprouvé la bravoure. Il escalade une hauteur qui commande la position où est déployé l'ennemi, et le somme de se rendre. Les Autrichiens sont stupéfaits de son audace. Ils jettent leurs armes et s'éloignent en désordre. Teulet ne se contente pas de les avoir mis en fuite; il veut les prendre, les faire prisonniers. Il les poursuit, les devance, et tandis que l'intrépide Belon se jette dans le chemin creux par lequel ils s'échappent, il s'établit sur la chaussée avec ses trois grenadiers: l'un oppose sa baïonnette aux fuyards; les autres les fusillent. Les Autrichiens épouvantés perdent contenance et se rendent, au nombre de 60, à cinq hommes déterminés.

Ces rencontres avaient usé le temps; la colonne se mit en marche pour rejoindre la grande armée. Elle s'avança par Brixen, Prunecken, Sachsenburg, et atteignit Spital le 29 avril. Les préliminaires de Leoben étaient arrêtés; elle rentra en Italie.

Le chef de la demi-brigade

GASC.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 167-175