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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 24e régiment de chasseurs

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

24e RÉGIMENT DE CHASSEURS A CHEVAL.

Des succès inouïs avaient déjà signalé l'armée d'Italie, lorsque le 24e régiment de chasseurs, chargé de la joindre, se rendit à Nice. Il gagna aussitôt la rivière de Gênes, à travers les nombreux prisonniers qu'avaient produits les affaires de Dego, de Montenotte, de Mondovi, et arriva, le 23 avril 1796, à Cassano, où se trouvait la cavalerie.

L'armistice de Cherasco avait été conclu. L'armée, débarrassée des Sardes, marchait aux Autrichiens. Le 24e se mit en mouvement avec elle, et se présenta, après une marche de trente-six heures, devant Plaisance. Il passa le Pô, le 8 mai, dans la nuit, gagna Casal-Pusterlengo, pénétra dans le pays, sous la conduite du général Kilmaine, fouilla les bois, les villages, se répandit dans les comtes de Saint-Ange, de Cassano, de Marignan, et arriva devant Lodi encore embrasé des feux de la bataille. Il poussa de là sur Milan. Il entra dans cette capitale aux acclamations du peuple, et assista quelques jours au blocus du château. Il prit ce pénible service, puis marcha sur Borghetto. L'armée était rassemblée autour de cette ville, ayant l'ennemi en face. Une affaire décisive était imminente.

La malveillance prit la cause autrichienne en mains. Une insurrection violente éclata à Pavie. Cette ville, jadis témoin des désastres des Français d'un autre âge, se flattait de voir renouveler leurs funérailles. Mais son mouvement n'était pas commencé qu'une colonne accourait la punir. Le régiment, déjà à Romengo, revint en toute hâte sur Milan. Il fit d'une seule haleine une traite de 15 lieues, arriva à 8 heures du main , repartit à 10 , et se trouva bientôt devant le foyer de l'insurrection. Le feu était engagé. Maîtres des forts, les rebelles, ne voulurent rien entendre. L'artillerie s'approcha, les portes furent enfoncées et le 24 s'élança dans la ville. Les pierres , les coups de feu partirent aussitôt de tous les toits, de toutes les fenêtres, Le régiment n'en tint compte. Il atteignit, dissipa les insurgés, dégagea les prisonniers français que la fureur populaire allait immoler.

Resté à Pavie après cette vive répression, il se montra sage, réservé, et calma par sa conduite l'irritation qu'elle avait produite. Le 17 juin, il se remit en marche pour Milan, prit part à tous les travaux du siége, et partit pour Castiglione dès qu'il fut terminé. Le sort de l'Italie était encore indécis. Mantoue opposait la plus vigoureuse résistance; Wurmser débouchait. Le pays et l'armée étaient dans l'attente.

Sur ces entrefaites une colonne ennemie se présente devant Brescia. Une centaine de chasseurs que le 24e avait dans cette ville sont surpris dans leur quartier. Sans carabines, sans pistolets, sans autres armes que leurs sabres, ils se mettent néanmoins en défense. Ils intimident, arrêtent l'ennemi et l lui opposent une résistance qu'il est longtemps à vaincre. Mais enfin ils suc combent, et sont faits prisonniers. En patrouille dans la campagne avec 15 hommes, le sous-lieutenant Orenson ignore cette extrémité fâcheuse, et rentre plein de sécurité. Il est aussitôt attaqué; les portes se ferment; de toutes parts on fond sur lui. Mais son courage est à l'épreuve de la fortune. Il lute et combat jusqu'à ce qu'atteint aux deux poignets, ses Forces s'épuisent avec son sang. Il succombe alors, et les chasseurs sont tués ou blessés.

Les patrouilles et les reconnaissances annonçaient que les Autrichiens se formaient à Castiglione. Le régiment se mit en route pour Salo, ayant la tête de a division Sauret. Il rencontra l'ennemi sur la route, l'attaqua, le rejeta dans la ville et lui enleva deux pièces de canon. Les divisions se concentraient sur Brescia il s'y porte, mais au jour toutes s'acheminent sur Castiglione et Lonato. L'armée ne pousse qu'un faible détachement sur Salo. Les ennemis néanmoins ne peuvent s'y maintenir; obligés de céder la place, ils gagnent les hauteurs, et ouvrent un feu roulant continu. Les Français, confinés dans la place, sont hors d'état de les débusquer; ils sont sans munitions, harassés de fatigue et de faim. Le régiment, en arrêt pendant vingt-quatre heures, lance parfois un boulet, puis se jette sur les ennemis; pendant vingt-quatre heures, il ne cesse de prendre ou de plus fâcheuse : il n'a plus qu'une gargousse dans ses caissons. La charge se fait entendre, il touche à sa défaite. Mais il s'exalte au danger qui le menace: il tire son dernier boulet, fond sur les colonnes autrichiennes et les enfonce. A ce succès inespéré chacun s'anime, chacun met pied à terre et va combattre avec les fantassins qui tiraillent dans les avenues. L'ennemi repoussé, s'aperçoit bientôt du petit nombre de braves qui le chassent; il revient sur eux, et les refoule dans la ville. Mais la division Massena paraît; l'action se ranime, le régiment charge, et fait 1,100 prisonniers.

Deux escadrons de cavalerie autrichienne se montrent au même instant. Le chef de brigade Barthélemy les joint à la tête d'une centaine d'hommes. Son impétuosité leur impose; ils s'effraient, mettent pied à terre et se rendent avec 400 fantassins.

L'ennemi, battu, s'éloignait en désordre - le 24e le suivit et le refoula sur la Rocca d'Anfo. Défendue par le lac de Garda, qui s'étend à droite, par la montagne qui s'élève à gauche, protégée par deux ponts-levis, cette position semblait imprenable; la division Sauret néanmoins essaya de la forcer. Les chasseurs étaient en tête; ils s'abandonnèrent à l'impétuosité de leur courage, et arrivèrent bientôt devant le rocher formidable qu'ils devaient emporter. Ils chargent, surprennent sentinelles et ponts-levis, et tournent le fort, avant que la garnison puisse soupçonner leur approche. Ils continuent leur course, débordent comme un torrent dans la plaine, et sèment la mort au loin. En vain les troupes ennemies coururent aux armes , en vain elles cherchèrent à se former en carrés. Le 24e pénétra leurs colonnes, et tailla tout en pièces. Ce qui échappa au tranchant du sabre fut fait prisonnier. 1,100 hommes, six pièces de canon, tels furent les résultats de cette belle charge.

Le brigadier Casse donna dans cette affaire l'exemple d'une rare intrépidité. Il avait pris un capitaine d'infanterie; celui-ci ayant intérêt à repasser sur la rive opposée, pria, supplia; le brigadier se laissa entraîner et accompagna son prisonnier. Tout-à-coup il se trouva devant une compagnie prête à faire feu. "Votre vie dépend de la mienne, dit-il à l'Autrichien en lui appliquant la pointe de son sabre sur la poitrine; vous êtes mort si cette troupe ne met bas les armes à l'instant." L'officier, subjugue, ordonne à la colonne de les rendre. Fusils et sabres tombent aussitôt à ses pieds, et 150 hommes partagent sa captivité.

Le général en chef arriva au moment où les Autrichiens prenaient la fuite; il applaudit au courage que le 24e avait montré. Il emmena le régiment à Brescia, puis à Mercaria, lui donna l'avant-garde de la colonne du général Dallemagne, et le porta sur Borgoforte. Deux batteries croisées vomissaient la mitraille au loin; le 24e, ne pouvant se présenter de front, tourne l'ennemi, le contraint de fuir, et le pousse jusqu'à Castillon. Arrivé sur ce point, il se retranche et plante ses bivouacs devant la porte de Pradella. Les fièvres éclatent presque aussitôt; la plupart des chasseurs en sont atteints, et ceux qui restent sur pied sont obligés de faire le service le plus pénible.

Le régiment se déploya, le 14 septembre, devant Saint-Georges. L'armée atteignait le faubourg et Wurmser Le défendait avec une infanterie et une cavalerie nombreuses. L'action fut vive, opiniâtre, et resta indécise pendant deux jours. Enfin la victoire se déclara pour les Français, et les Autrichiens, battus, furent rejetés dans la ville. Le régiment eut dans cette sanglante affaire sa part de gloire et de dangers. Les colonnes de secours, soutenues par la garnison, portèrent un moment le trouble dans ses rangs; mais il se rallia, joignit ses efforts à ceux du reste de la cavalerie, et ramena la fortune prête à s'échapper.

Saint-Georges était pris, et la tête de pont saisie. Le 24e se porta il Governolo; sa marche ne pouvait être plus opportune. Wurmser, faisant descendre des troupes par le Mincio, se présenta, le 23 septembre, devant ce poste; il emporta une partie du village, et débouchait déjà sur le pont lorsque les chasseurs se présentèrent. Ils fondirent aussitôt sur l'infanterie autrichienne et lui enlevèrent ses pièces. A ce coup de vigueur, tout se ranima, tout redoubla d'énergie. Les ennemis, battus, perdirent 1,10 0 prisonniers; mais une nouvelle armée venant encore prendre la place de celle qui avait été vaincue, se montrait déjà du côté de Rovigo; le 24e alla observer ses mouvements. Le capitaine Cavaignac ouvrait la marche avec son détachement; il traversa Padoue avec 8 hommes, et déploya dans son excursion la sagacité qui lui était propre. Le corps lui-même donna par sa modération la plus haute idée de l'armée française, et lorsque, le 9 novembre, il reçut l'ordre d'accourir à Vérone, il put jouir des regrets que sou départ causa à toute la population.

Alvinzi avait concentré ses forces sur l'Adige. Bonaparte réunit les siennes. Le 10, les deux armées se trouvaient en présence sous les murs de Vérone. L'action s'engagea le 11, et se prolongea jusqu'à la nuit sans avantage marqué. Le temps était affreux, mais l'ennemi paraissait décidé, intrépide; tout annonçait pour le lendemain une collision sanglante. Le régiment, placé à l'avant-garde, poussa en avant dès qu'il fut jour, et culbuta les postes autrichiens; mais il eut l'imprudence de marcher aux pièces, et fit des pertes assez sensibles. L'attaque néanmoins continuait à s'étendre; elle était toujours vive, animée. Les Autrichiens furent repliés sur les hauteurs, où ils restèrent inébranlables. Le temps et la position les protégeaient; il fallut lâcher prise. Dès le lendemain, tout se remit en mouvement, tout se porta sur Ronco. Le régiment resté à Saint-Michel s'ébranlait à son tour, lorsqu'il apprit que la bataille était décidée, et que l'ennemi, chassé d'Arcole, fuyait dans toutes les directions, Ramené sous les murs de Mantoue, le 24e prit part aux diverses rencontres qui eurent lieu devant la place, et montra dans toutes le même élan et la même fermeté. Il assista à la bataille de Saint-Georges, se rendit à Bussolengo, à Vérone, où il reçut la nouvelle de la capitulation de Mantoue. Il gagna Stradella le 20 février 1797, et jeta sur les bords de la Piave un détachement de 65 hommes. Un escadron de hussards ennemis survint presque aussitôt. Il est disposé en colonnes et par quatre; il parade, et jouit de l'inégalité des forces qu'il a devant lui. Enfin il reçoit l'ordre de se former. Le chef Barthelemy entend le commandement; il saisit l'à-propos et fait sonner la charge. Les hussards sont trois contre un, mais le courage supplée au nombre. L'ennemi est ébranlé rompu et rejeté dans les retranchements, où les chasseurs pénètrent pêle-mêle avec lui. Vainement sillonnés par les feux de l'infanterie autrichienne, ils continuent de sabrer, tuent ou prennent tout ce qui fait résistance. Pas un des hussards n'échappe. Barthelemy cependant n'est pas encore satisfait. Il pousse la charge et se saisit du pont. Mais, atteint par une balle, et voyant la cavalerie autrichienne s'ébranler, il fait demi-tour et s'éloigne. Le capitaine Feldenheim, le lieutenant Mossel, firent preuve de courage dans cette chaude rencontre, mais nul ne montra plus de bravoure que le brigadier Loquet. Cet homme intrépide gagne l'ennemi de vitesse, et se place à l'entrée du pont. Il veut arrêter les fuyards, mais il est blessé, démonté et jeté à l'eau; il ne s'en émeut pas, regagne le poste qu'il s'est donné, et se bat encore que la vie s'est déjà retirée de lui.

Le régiment passa la Piave le 12 mars, et, toujours sabrant, toujours combattant, arriva, le 13, devant Sacile. Il entra dans cette ville au milieu de la nuit la plus noire, et tomba dans une embuscade qui le força de se replier. En vain il reprit a charge. Il avait de l'infanterie devant lui, et chaque fois qu'il se présenta il fut couvert de feux. Enfin des carabiniers accoururent il la fusillade, et l'ennemi fut obligé de vider les lieux.

L'armée passa le Tagliamento en bataille, sous le feu de la mitraille, et se trouva en face des colonnes autrichiennes. Le régiment, placé au centre, avait devant lui trois divisions de hussards. Il joignit la plus voisine, la rompit, et donna, en la poursuivant, sur cinq pièces d'artillerie qu'il dépassa. Emporté bien en avant de la ligne d'attaque, il fut enveloppé, et serré de toutes parts; mais il combattit vaillamment, s'ouvrit la voie, et ramena les pièces qu'il avait d'abord laissées en arrière. Le lendemain il gagna Udine, où il fit 60 prisonniers et prit d'immenses magasins.

Placé, le 25, à l'avant-garde de la division Massena, il ne passa pas un jour sans combattre. L'ennemi, enfonce à Clamfort, atteignit Saint-Veit harrassé et hors d'haleine. Il demanda un sursis de quelques heures sans pouvoir l'obtenir, continua sa retraite, et prit position à Freysach. Le 24e l'attaqua; mais les Autrichiens étaient exaltés par le désespoir, et il ne put les ébranler. Le reste de la colonne survient; l'action s'anime; de part et d'autre on se bat avec fureur. Le régiment charge les hulans au milieu du feu de l'infanterie, et les rompt; la colonne, emportée par la déroute de cette cavalerie, essaie en vain de se rallier; il l'aborde chaque fois qu'elle veut tenir ferme. et la met en fuite chaque fois. Mais il s'engage dans 1a gorge de Undsmarck, et tombe sous le feu de l'infanterie qui, occupant les hauteurs, est hors de ses atteintes. Les carabiniers surviennent et la débusquent. Elle essaie néanmoins encore d'arrêter la marche des colonnes françaises; elle coupe les ponts, déchausse les routes, et les couvre d'arbres et de tranchées. Inutiles précautions L'avant-garde, commandée par le chef d'escadron Cavaignac, ne tint compte des obstacles, et se présenta sous les murs de Judenbourg. Les préliminaires venaient d'être signés; elle fit halte, et ne pensa plus qu'à se remettre de ses fatigues.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 303-311