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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 22e Légère

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

22e DEMI-BRIGADE D'INFANTERIE LÉGÈRE.

La 22e demi-brigade d'infanterie légère entra en campagne avec l'armée. Elle fournit, le 13 avril 1796, l'avant-garde de la colonne qui marcha sur Saint-Michel. Tombée au milieu des ennemis, cette avant-garde fut sommée de mettre bas les armes. Le chef de brigade Aylies, qui la commandait, repoussa vivement la proposition. Il engagea un combat désespéré, et tomba en recommandant de tenir ferme et de ne pas laisser ternir la gloire de la demi-brigade. L'adjudant-major Doriol, qui lui succéda, continua le feu jusqu'au moment où une balle le coucha lui-même dans la poussière. La troupe néanmoins eut beau redoubler d'audace; prise en flanc et en queue, elle fut forcée de céder. Le sergent-major Simon essaya vainement de la ramener à la charge; il fut blessé, obligé de fuir. L'ennemi, maître des derrières, enleva jusqu'au pont, par lequel l'avant-garde cherchait à s'écouler.

Le 20, chargée d'enlever une redoute qui couvrait l'entrée de la ville de Mondovi, la demi-brigade hésita un instant devant les torrents de feu qui jaillissaient de cet ouvrage. Le capitaine Camas ne put supporter cette indécision. Il s'élança dans les rangs ennemis, fut entouré, sommé de rendre ses armes. "Jamais, répondit-il; ma vie est à vous, mais mon sabre m'appartient." Le lieutenant Toulouse, emporté par le même élan, reçoit la même sommation, et abat d'un coup de sabre l'imprudent qui la lui adresse. Les soldats s'animent à ce bouillant courage, et la redoute est emportée. Le sous-lieutenant Curialan ne montra pas moins de constance. Vivement pressé par sa troupe d'aller faire panser sa blessure: "Non, non, dit-il, le coup est grave, il faut qu'il soit vengé." Il continua de combattre, et partagea même les souffrances du bivouac par une nuit cruelle.

De Mondovi, la 22e gagna Vérone; ses carabiniers se réunirent à ceux des autres demi-brigades, et prirent position à la Corona. Attaquée le 29 juillet, elle fit tête pendant 10 heures à une masse de 24,000 hommes qui cherchait à l'enlever. Vainement l'ennemi revint à la charge; il fut constamment mis en désordre. Culbuté huit fois à travers les rochers, il paraissait peu disposé à essayer une neuvième tentative; mais la fusillade était moins ardente, les soldats demandaient à grands cris des cartouches. Il jugea que les munitions étaient épuisées, il reprit l'attaque, et parvint enfin à s'emparer de la Corona. Reliée pendant deux jours, repoussée jusqu'à Goito, la demi-brigade rallia une colonne de 4,000 hommes, avec laquelle elle s'avança au-devant des Autrichiens. Elle les joignit après une marche forcée de 36 heures, et, quoique exténuée de fatigue et de faim, elle se déploya avec l'assurance, la résolution qu'elle avait tant de fois montrées. Elle était conduite par le général en chef; elle se forma sans reprendre haleine, s'avança au pas de charge sur l'ennemi, qui, épouvanté de sa contenance, gagna les gorges. La colonne le poursuivit jusqu'à Nave, sans néanmoins s'engager. Bonaparte n'avait pas vu les Impériaux en fuite, qu'il avait pris la plus grande partie des troupes pour marcher au-devant d'un autre corps ennemi. Il n'avait laissé que trois demi-brigades, pour tenir en échec celui qui avait décliné le combat. Mais ces demi-brigades avaient la conscience de leurs forces; pendant que le général en chef triomphait à Castillon, elles poussèrent de gorge en gorge les troupes qu'elles avaient en tête, et les refoulèrent jusqu'à la Rocca d'Anfo. La position où était bâti ce fort le rendait inaccessible. La 22e, conduite par le chef de bataillon Arnaud, fut chargée de le tourner, ce qu'elle exécuta d'une manière si heureuse et si prompte, que l'avant-garde ennemie se trouva presque aussitôt coupée. Celle-ci ne manqua pas néanmoins à la circonstance. Voyant des chasseurs, dont elle ne connaissait pas le nombre, s'élancer d'un rocher à l'autre et pousser à la course sur le défilé, elle chercha à les prévenir; mais la demi-brigade était réunie au bas de la gorge. L'ennemi fut repoussé, obligé de fuir, après avoir eu 600 hommes faits prisonniers. La 22e reprit sa marche, et mena les fuyards battant jusqu'à Condino, où elle resta quelques jours sur la défensive, puis se remit en mouvement, atteignit Cavraste le 14 septembre, et se trouva, le 15, en présence des masses ennemies. Elle les culbuta, les poursuivit encore, et fut portée par le mouvement du combat sous une batterie qui la couvrit de feux. Ébranlée d'abord par cette grêle de mitraille, elle ne tarda pas à se remettre, marcha aux pièces et les enleva. Elle s'abandonna alors à son élan. Elle se jeta sur les Autrichiens, qui, consternés, éperdus, s'embarrassaient eux-mêmes dans ces gorges étroites, se précipitaient les uns sur les autres, et tombaient sans résistance sous les coups qui leur étaient portés. Le demi-brigade formant l'avant-garde fut la seule qui en vint aux mains. Elle eut 21 tués, 9 blessés dont 2 officiers. Elle passa l'Adige dans la nuit, et gagna Trente le lendemain Elle était exténuée, rendue de fatigue, mais un ordre du général l'appelait à l'ennemi, elle continua sa marche et se disposa à franchir le Lavis. L'eau était profonde, le village défendu par une colonne épaisse. Vains obstacles! Les carabiniers étaient impatients d'atteindre la rive opposée; ils se jetèrent dans le torrent et le passèrent sous le feu le plus terrible. L'ennemi, ébranlé par tant d'assurance, chercha vainement à se rallier. Tourné, attaqué de front, il fut obligé de s'éloigner. L'adjudant-major Pouyet était déjà sur ses derrières. Suivi de deux chasseurs, cet officier s'était intrépidement jeté sur la route, et semait le désordre parmi les fuyards, lorsque l'obscurité amena un piquet de cavalerie sur lui. Il ne s'effraya pas de la disproportion du nombre; il s'adossa froidement à un mur, somma les cavaliers de mettre bas les armes, en tua un, en prit un autre et contraignit le reste à se tenir au large.

Le lendemain, la 22e fit halte. Aylies s'établit au poste de la Croix, et Arnaud, chargé du commandement d'une colonne de 1,200 grenadiers, prit celui de la Traille. Ce vigilant officier voulut connaître le terrain qu'il devait défendre. Il multiplia les détachements, explora les avenues, les gorges, les défilés, et ne laissa pas un buisson sans le battre. Surpris dans une de ces excursions par la cavalerie autrichienne, il faillit être enlevé. Sa présence d'esprit le sauva. Il avait aperçu des tonneaux, il s'en saisit et présenta aux Impériaux un rempart qui les arrêta. Voyant bientôt que la partie était trop inégale, il se mit en retraite; mais trop à découvert pour se maintenir contre cette cavalerie tumultueuse qui le pressait de toutes parts, il fut obligé de se réfugier dans des vignes et de gagner les hauteurs. Une partie de ses carabiniers, échappée à cette rude alerte, avait depuis long-temps rejoint le premier poste, et Arnaud ne paraissait point. Désolée comme une famille qui a perdu son chef, toute la troupe se répandait en regrets, quand tout-à-coup il se présenta. Il était déchiré, la figure saignante, sans chapeau, sans épée, mais il était sauf; chacun fut consolé. Ce vaillant officier ne se conduisit pas avec moins de bravoure dans une autre circonstance. Il enleva Saint-Michel à la tête de quelques carabiniers, et s'empara de deux pièces de canon. Moins heureux cette fois, il fut atteint d'un coup de feu. Blessé dans la même rencontre, le sergent Fabre fait bander sa plaie, se jette sur les Autrichiens, abat le premier qui se présente et se retire satisfait. Le chef de brigade Aylies montra plus de dévouement encore. Malade depuis huit jours, affaibli par une fièvre qui le minait depuis deux mois, ce brave officier apprit sur le soir, que la 22e marchait le lendemain. Il se leva aussitôt, joignit sa troupe et, tout épuisé qu'il était, chargea deux fois à la tête de la demi-brigade et fit 200 prisonniers. Pertes: tués, 1 officier et 5 sous-officiers ou chasseurs; blessés, 2 officiers, 11 sous-officiers et soldats.

La demi-brigade s'engagea de nouveau à Coleandre. Elle était placée à la droite de la colonne, et combattait avec sa vigueur accoutumée, lorsqu'elle vit la gauche fléchir et se débander. Consternée de cette déroute inattendue, elle recule, hésite un instant, mais elle se remit bientôt et attend l'ennemi de pied ferme. Quoique blessé, le chef de brigade Aylies reste à la tête de sa troupe. Les capitaines Beaume et Bouzenac, les lieutenants Hugues, Turin, redoublent de courage, le combat s'anime et devient ardent. Soldats et officiers ont juré de vaincre; c'est à qui montrera le plus d'audace. Le lieutenant Fertoret s'élance sur deux houlans; vainqueur de l'un, il est accablé par l'autre, et périt en demandant que sa mort soit vengée. Le capitaine Camas aperçoit quelques soldats qui fuient, il s'élance au milieu d'eux, et, traçant une ligne avec la pointe de son sabre, jure d'immoler qui la dépassera; mais sa résolution leur a déjà rendu leur audace, tous le suivent, tous retournent avec lui au combat, et l'ennemi vaincu est obligé de vider le champ de bataille.

Le 18 octobre, la droite de la demi-brigade est encore compromise à Rivoli par la retraite inopinée de la gauche. Elle se trouble fléchit un moment, mais rendue presque aussitôt à elle-même, elle se maintient calme, intrépide. L'ennemi essaie en vain de forcer les retranchements qui la couvrent. Deux fois il vient à la charge, deux fois il est repoussé. Il fait une nouvelle tentative qui lui réussit. Officiers, sous-officiers, chasseurs essaient en vain de l'arrêter. Ils sont accablés par le flot qui les presse et ne peuvent que s'ouvrir passage à travers les baïonnettes autrichiennes. Un escadron court à leur poursuite, mais le capitaine de carabiniers Daltel a vu le danger; il s'avance avec sa compagnie à la rencontre des houlans, il les arrête, les met en fuit et leur fait 150 prisonniers. Le lieutenant Bernard montre un autre genre de courage. Grièvement blessé, il veut encore se rendre utile; il court de rang en rang, encouragement le soldat et lui distribuant des cartouches. Mais ce qu'il y eut de plus admirable dans cette journée sanglante, c'est le dévouement, la constance que déployèrent quelques chasseurs. Maîtres du rocher de Rivoli, après une lutte des plus vives, ils se trouvèrent presque aussitôt en face des Autrichiens qui venaient de tourner la division. Ils les attendirent, les arrêtèrent plus d'une heure, et donnèrent à la colonne le temps de se rallier. Cernés, épuisés de forces et de munitions, ils furent enfin contraints de mettre bas les armes, mais la division était sauvée.

La demi-brigade, commandée par le chef de brigade Chavardès, s'établit quelque temps après à la Corona et s'y maintint jusqu'au 12 janvier 1797. Convaincu qu'il ne parviendrait pas à forcer une position défendue par les hommes et les neiges, l'ennemi poussa une forte colonne sur le Montebaldo. La 22e courait risque d'être prise entre deux feux, elle se replia sur Rivoli; mais le 3e bataillon que le temps l'obscurité, avaient empêché de prévenir, fut cerné dans la nuit même et attaqué de toutes parts. Le capitaine Paul qui le commandait ne perdit pas contenance. Trop faible pour s'ouvrir passage, il se déploya, rangea sa troupe sur un rang et se donna l'apparence d'une force qu'il n'avait pas. Le stratagème lui réussit. Les troupes ennemies, rencontrant sur le Montebaldo une colonne qui paraissait formidable, arrêtèrent leur marche, mais au jour la méprise fut reconnue et le bataillon sommé de mettre bas les armes. Composé de 237 hommes, celui-ci hésitait sur ce qu'il avait à faire lorsque le capitaine Davanne élevant la voix: "Que je me rende, moi, s'é crie-t-il; que je m'humilie devant les Autrichiens que nous avant tant de fois vaincus, jamais!" Cela dit, il s'élance à travers les baïonnettes ennemies et rejoint la demi-brigade, les habits déchirés, en lambeaux, le chapeau criblé de balles. Le caporal Guillemain déploya un autre genre de courage. Le bataillon, cerné de toutes parts avait perdu ses communications, et cependant il fallait faire connaître la position où il se trouvait. Guillemain se charge du message. Il se glisse de rocher en rocher, et parvient, à force de courage et d'adresse, au terme qu'il doit atteindre. Il se remet en marche avec la réponse, échappe encore aux sentinelles, et arrive si las, si exténué qu'il s'évanouit en se félicitant d'avoir pu rendre un service qui lui coûte la vie.

Rivoli fut attaqué le 12 au matin. La demi-brigade défendait les hauteurs de Saint-Marc; elle fit ferme, combattit avec sa valeur accoutumée. La lutte recommença le 13 avant le jour et ne finit qu'à la nuit close. Elle fut sanglante, opiniâtre, et, comme celle de la veille, elle fut encore sans avantages marqués. Le chef de brigade Chavardès disposa sa troupe avec art et opposa aux Autrichiens la plus opiniâtre résistance. Officiers sous-officiers, chasseurs, sentaient que la ligne de la division dépendait de leur constance. Tous combattirent avec la plus rare audace; mais le caporal Boutet se distingua entre tous. Fatigué des ravages qu'une pièce de canon portrait sur la hauteur, il s'avance, se glisse de rocaille en rocaille, arrive à trente pas sans être aperçu. Il fait feu alors, blesse un des canonniers, s'élance avec deux de ses camarades sur les autres et les prend avec la pièce. Le carabinier Boutel fait mieux encore. Au moment où la mêlée est le plus ardente, il aperçoit un bataillon ennemi qui s'avance enseignes déployées: il forme aussitôt le projet de les enlever. Il s'associe son camarade Charriot; tous deux se jettent à travers une pluie de balles sur le flanc du bataillon; tous deux fondent sur le drapeau et s'en emparent. Le sergent Chapuis fit aussi preuve de bravoure. Aux prises sur les hauteurs de Saint-Marc, il est entouré, sommé de se rendre, continue de faire feu, et ne cède que lorsqu'il est désarmé. Il se laisse alors conduire sur les derrières; il choisit son temps, se jette sur les soldats qui le gardent, les blesse, les étourdit et s'échappe.

L'action recommença le 14, et s'ouvrit avec plus de violence encore que les jours précédents. Officiers et soldats sentaient également l'importance d'une affaire dont dépendait le sort de Mantoue; officiers et soldats étaient résolus de vaincre. Il était onze heures; le combat devenait à chaque instant plus vif, et la troupe, tantôt victorieuse, tantôt vaincue, commençait à se rebuter de cette longue latte, lorsque derrière elle se présente une colonne qui la cerne et se répand en bruyants cris de joie. Elle est un instant ébranlée; mais les représentations des officiers, les suites qu'entraînerait un moment de faiblesse lui rendent bientôt son énergie. Le feu devient plus animé, plus ardent et se soutient deux heures encore. Le soldat se lasse de cette éternelle fusillade; il s'arrête tout-à-coup; il s'élance à travers les rochers, il les gravit, les escalade et enlève la chapelle de Saint-Marc. Le chef de brigade Chavardès n'avait pu le suivre. Atteint d'une balle au moment où l'ennemi commençait à lâcher prise, il veut encore prendre part au combat. Il s'assied tout sanglant sur un quartier de roche et continue de guider de la voix et du geste ses intrépides chasseurs, jusqu'à ce qu'épuisé de sang et de fatigue, il ne peut plus se faire entendre.

Le chef de bataillon Pouyet fut plus maltraité encore. Blessé deux fois le 23 octobre, il ne rejoignit la demi-brigade que pour être atteint une troisième fois. Plus heureux que ses chefs, le capitaine Guizard poussa avec quelques braves jusqu'au Passon. Il fut repoussé, revint à la charge et se trouva cerné. Les Autrichiens étaient 45; il n'avait que 7 hommes, amis l'audace pouvait seule le sauver. Il poussa au détachement ennemi, brava son feu, et le joignant à la baïonnette le força de se rendre prisonnier. Le chasseur Mérode aperçoit une batterie qui se dispose à faire retraite; il court sur elle, coupe les traits des chevaux et s'empare de deux pièces. Le sous-lieutenant Andouel survient: les pièces sont mises en batterie, tirent au hasard dans les gorges, mais n'achèvent pas moins de porter l'épouvante dans les ranges ennemis. Attaqué par deux puissants croates, le chasseur Nacier les tue l'un et l'autre; il est ressaisi par un groupe d'Autrichiens, leur laisse sac, chapeau, giberne, mais s'échappe avec son fusil.

L'ennemi cependant tenait encore sur les hauteurs de la Corona. La division marcha contre ces rochers si souvent teints de sang; elle les enleva de haute lutte et poussa sur Campadel les troupes qui les défendaient. La demi-brigade se mit à la poursuite d'une colonne de 3,000 hommes qui avait eu la malheureuse pensée de se retirer par l'escalier de l'Ermitage. Cet escalier est un passage étroit qui court à travers d'affreux précipices. La 22e se saisit des hauteurs, fusilla, écrasa à coups de pierres la colonne qui s'était engagée dans cette funeste voie et la prit tout entière.

Pertes des quatre journées: tués; officiers 3, sous-officiers officiers et chasseurs 106; blessés, officiers 2, sous-officiers et chasseurs 137.

La demi-brigade s'établit après cette affaire sur la Corona, et malgré le froid, le manque de vivres, elle conserva cette position jusqu'au moment où elle reçut ordre de suivre la division. Elle se mit aussitôt en marche. Elle s'engagea au milieu de la nuit à travers les gorges, franchit le Montebaldo avec des peines infinies, tantôt engloutie dans la neige, tantôt obligée de se glisser le long d'affreux précipices. Elle arriva à la chute du jour en face des Autrichiens qui refusèrent l'attaque et s'échappèrent. Une partie de leur arrière-garde, trop vivement pressée, se jeta dans l'Adige on hommes et chevaux se noyèrent. La demi-brigade continua de les pousser devant elle; elle passa le fleuve sur des radeaux et atteignit Trente sans éprouver de résistance. La division reprit la ligne du Lavis.

La demi-brigade, conduite par le général Belliard, se porta de Trente sur Segunzano. Elle y trouva un corps de troupes autrichiennes qu'elle était habituée à combattre, et 8 à 900 paysans qu'elle voyait pour la première fois. Déjà rompue à ce genre de guerre, elle laissa les insurgés faire leur première décharge et s'élança sur eux sans leur donner le temps de recharger. Cette manière leur imposa. Ils se troublèrent, et emportés par un mouvement de terreur subit, ils abandonnèrent retranchements et canons.

Après avoir guerroyé quelque temps dans ces lieux sauvages, avoir eu diverses rencontres, dans l'une desquelles le carabinier Gaçon prit un drapeau, la 22e quitta les Montagnes Bleuâtres, et pénétra dans le Tyrol. Elle passa le Lavis au-dessous de Cembra, dans la nuit du 29 au 30 novembre. L'eau était profonde, couverte de glaçons; le chef de brigade Chavardès voulut donner l'exemple, et descendit le premier dans la rivière. Le courant trop rapide commençait à le faire trébucher, les capitaines Guigard et Boyard coururent à son aide, et l'arrachèrent au péril qui le menaçait. Chavardès fit saisir les hauteurs par les carabiniers, et, dès que le jour parut, il marcha à l'ennemi. La 22e était animée, ardente; elle se déploya dans la plaine, et ouvrit le feu avec une vivacité sans égale. Le combat cependant durait depuis une heure, et ne se décidait point. La troupe s'emporta, s'ébranla au terrible cri d'en avant, et chargea à la baïonnette. L'ennemi épouvanté n'osa l'attendre. Il se rompit, et s'éloigna dans un incroyable désordre. La demi-brigade le suivit au pas de charge. Le capitaine Gelin, à la tête d'une centaine de chasseurs, se jeta en même temps sur la redoute carrée, et la prit avec les 3 pièces de canon et les 450 hommes qui la défendaient, et, chose singulière, il s'en empara sans même avoir un blessé. Les Autrichiens cependant ne perdent pas courage. Leur première ligne est rompue, la deuxième s'avance nombreuse, en bon ordre et lance des torrents de feux; mais la 22e est sous les yeux des autres demi-brigades; elle a pour juges du combat les généraux Joubert, Belliard, Liebaut, Dumas. Elle pousse au-devant de l'ennemi, elle l'aborde comme elle a abordé ceux dont il veut venger la défaite; en un instant, elle le rompt et le met en fuite. Les carabiniers, qui s'étaient emparés des hauteurs, débouchent alors sur ses derrières. Ils se saisissent de la gorge par la quelle il s'échappe, ils lui ferment la voie et lui enlèvent 900 hommes. Une foule de braves se signalent dans cette journée. Le chef de brigade Chavardès, non content de charger à la tête de sa troupe, pousse an chef qui commande la colonne ennemie, et la fait prisonnier. Le carabinier Mante s'empare d'un drapeau; le fourrier Juliard attaque un peloton tout entier, et lui fait mettre bas les armes; le chasseur Humbert enlève un obusier, le chasseur Laurent une pièce de canon; le sergent-major Baud, le caporal Chevos, les chasseurs Mittalos, Billion, Vincent, font à eux cinq un détachement de 33 hommes prisonnier.

La 22e partit de Cembra le 21 mars, deux heures avant le jour. Elle s'engage dans les montagnes, chemine long-temps au milieu de précipices dont l'œil n'ose mesurer la profondeur, et quand elle croit enfin avoir surmonté tous les obstacles, elle se trouve en face d'un rocher dont les Autrichiens tiennent la cime. Cette rencontre inattendue ne fait qu'irriter son audace. Elle demande la charge, gravit, escalade la position et fait la troupe qui la défend prisonnière. Libre d'ennemis, elle se livre alors au spectacle qui se déroule devant elle. La plaine déploie sa robe de verdure, les arbres sont en fleurs, le printemps avec toute sa magnificence se montre à ses pieds. Mais comment atteindre cette plaine délicieuse? comment franchir les abîmes qui la couvrent? Le soldat est stimulé par le froid, la faim, le spectacle de la végétation. Il ne tient compte ni de la fatigue, ni des obstacles. Il se laisse aller sur le dos, à la ramasse, et arrive presque au pied de la montagne. Les Autrichiens en force défendent les approches du village de Padena. La nuit commence à être sombre; les généraux sont loin encore. La troupe incertaine ne sait d'abord quel parti prendre, puis se jetant sur le village, elle l'emporte, continue sa marche, atteint Bolzano, Brixen , où elle arrive le 2 avril. Les villages étaient déserts, les paysans réfugiés dans les montagnes. Le général Joubert cherche à mettre fin à un état de choses qui causait au pays des dommages irréparables, et pouvait devenir funeste à son corps d'armée. La magistrature de Clausen lui avait demandé une demi-brigade qui respectât les personnes, les propriétés et dissipât par sa conduite les préventions dont le peuple était rempli. Il lui envoya la 22e comme la plus disciplinée et la plus sûre. Chavardès entra dans les vues du général. Il vit les prêtres, leur montra des sentiments de religion, d'humanité; il les invita à user de leur ascendant sur le peuple, à détourner les malheurs dont ces montagnes étaient menacées. Ce moyen eut le succès qu'il devait s'en promettre. Les villages se repeuplèrent; les habitants, rassurés et tranquilles, rendirent leurs armes et abandonnèrent les drapeaux de l'insurrection. Alarmé d'une désertion semblable, le général autrichien Laudon se jeta brusquement sur Bolzano. Le 2e bataillon de la 22e, qui se trouvait à Clausen, était attaqué avec violence. Le chef de brigade appelle les deux autres, et n'apprend pas sans surprise que toutes les communications sont coupées, qu'une nuée de paysans encombre la route et les gorges. Mais le 1er bataillon, qui était le plus éloigné avait prévenu ses ordres. Il s'était ouvert passage à travers les masses ennemies, et allait joindre le 3e, lorsqu'un surcroît de montagnards mit son avant-garde entre deux feux. Celle-ci d'abord étonnée, reprit bientôt courage. Elle fondit sur cette multitude furieuse, la mit en déroute, et rallia la colonne qu'elle voulait atteindre. Les deux bataillons réunis balayèrent la route, se mirent en communication avec le 2e. La 11e accourut bientôt après. Les insurgés regagnèrent leurs montagnes. Le corps d'armée néanmoins courait trop de chances. Le général Joubert le rallia rapidement à Brixen et, trompant les ennemis en position sur la route d'inspruck, il s'écoula par celle de Lientz. Il pénétra en Carinthie, gagna Villach, où il reçut la nouvelle qu'une suspension d'armes était conclue; juste et glorieuse récompense de tant de peines et de dangers. Le plus implacable ennemi de la France était vaincu, la cause de la révolution était sauvée.

Le chef de la 22e demi-brigade,

CHAVARDÈS.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 14-28