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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 18e de bataille

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

18e DEMI-BRIGADE DE BATAILLE.

Composée des débris de plusieurs corps, réunis d'abord sous le no 69, la 18e demi-brigade de bataille eut sa part de la longue misère qu'endura l'armée dans les rochers de la Ligurie. Le général Bonaparte prit enfin la direction des troupes et les lança à travers les montagnes au pied des quelle sel les avaient si cruellement souffert.

La 18e suivit le mouvement. Assemblée le 11 avril, elle se présenta le 12 devant le château de Cucheria; c'était un fort défendu par une garnison choisie, et bâti sur un mamelon élevé. La nature et l'art semblaient s'être réunis pour le mettre hors d'atteinte. De la prise de ce poste, cependant, dépendait en partie le succès de l'entrée en campagne. La demi-brigade l'attaqua; elle était impatiente d'entrer dans l'arène dont il fermait l'avenue; elle lui donna vivement l'assaut. Mais l'ennemi, protégé par l'élévation des remparts, la couvrit de feux. Le chef de brigade Riondet et son adjudant-major périrent dès les premiers coups. Les capitaines Rey, Charlat, Gallet, Florent, furent mis hors de combat. Les lieutenants Saint-Orans et Vitte éprouvèrent le même sort. La troupe vit en un instant tomber une partie de ceux qui étaient chargés de la conduire. L'action cependant se soutenait toujours plus vive: le soldat était ardent, intrépide, et les officiers qu'avait épargnés la mitraille le poussaient incessamment à l'assaut. Le sous-lieutenant Fasse se signalait entre tous par l'énergie dont il lui donnait l'exemple: blessé, couvert de sang, il l'entraînait encore sur le mamelon fatal, et l'excitait à venger ceux de ses chefs, de ses camarades qui avaient succombé. Mais le cratère continuait de vomir des torrents de feux. Le combat fit halte, et la troupe alla reprendre haleine à quelques pas. Cette disposition si simple paraît faiblesse au grenadier Mille-Homme; il refuse de s'y associer, reste seul et continue le feu. Les ennemis étonnés admirent son courage, le félicitent sur son intrépidité , et l'invitent à se rafraîchir. Mille-Homme accepte, entre dans le fort, s'assied au banquet qu'on lui offre; mais, champion imperturbable, il reprend l'attaque dès que son appétit est satisfait. La demi-brigade entre elle-même en action. Le combat s'allume et devient ardent. Le sergent Duval tombe en fredonnant: Je meurs pour ma patrie, etc.; le caporal Sabattier, atteint comme lui, quitte, comme lui, la vie en chantant. Mais la défense se soutient, et la lutte se prolonge inutilement jusqu'à la nuit. La 18e comptait 107 morts et 206 blessés. Elle alla s'établir à quelque distance, résolue de revenir à la charge avec le jour. L'ennemi ne jugea pas à propos d'en courir la chance; il ouvrit ses portes et se rendit à discrétion.

La demi-brigade marcha immédiatement sur Dego; Dego était rendu. Elle s'avança sur Cairo, gagna Courtimille, Acqui, Plaisance. Les troupes de l'avant-garde passaient le Pô, lorsqu'elle arriva sur les bords du fleuve; ses grenadiers les joignirent, attaquèrent l'ennemi avec elles, et contribuèrent à la prise de quelques pièces de canon. Ils assistèrent encore avec elles au passage du pont de Lodi, et partagèrent la gloire et les périls de cette grande journée. Le corps fut moins heureux; il ne put atteindre les Autrichiens, et alla successivement s'établir sur les hauteurs de la Sega, à Rivoli, au camp de la Mort, à Paolo. C'est dans cette position qu'il se trouvait, lorsque Wurmser déboucha. Attaqué inopinément, le 29 juillet, par des masses formidables, il les arrêta d'abord et les contint; mais ses forces ne tardèrent pas à s'épuiser dans cette lutte inégale; il perdit du terrain, les ennemis purent se déployer, sa position devint critique. L'intrépidité cependant, la résolution de vaincre, étaient générales. Le capitaine Florent se jette au devant d'une colonne autrichienne, et lui oppose une résistance dont elle ne peut triompher. L'adjudant sous-officier Garrigue se présente devant une autre, et brise son mouvement. Cette admirable résolution change l'état des choses. La demi-brigade, qui était au moment d'être enveloppée se dégage, et prend une position qui lui permet de tenir les Autrichiens en échec jusqu'à la nuit.

Ses pertes étaient déjà nombreuses. Le chef de bataillon Michel, toujours si brave, si intrépide , se trouvait hors de combat. Le sous-lieutenant Boyand avait un bras fracassé; les lieutenants Lievaux et Lestrade étaient couverts de blessures; 69 volontaires étaient morts, et 92 plus ou moins grièvement blesses. 200 autres jetés dans une position difficile s'étaient mal à propos obstinés à la défendre, et avaient été faits prisonniers.

La retraite donna lieu à divers actes de courage. Le lieutenant Goyon, poursuivi par un Autrichien, se retourne brusquement sur son adversaire , l'étourdit d'un coup de pied, et lui passe son sabre au travers du corps. Le sous-lieutenant Seguin en saisit un autre, le désarme, et le tue avec le fusil qu'il lui arrache. Le capitaine Quiot escalade, à la tête de quatre volontaires, une position élevée; il renverse le groupe d'Autrichiens qui l'occupe, et s'y établit. Ceux-ci reviennent à la charge, et attaquent vivement la hauteur; le capitaine la défend avec non moins d'énergie et repousse trois fois les assaillants; mais, enfin, blessé, hors d'état de faire face à la multitude qui le presse, il se retire après avoir, lui cinquième, tenu en échec une colonne entière.

Le grenadier Mille-Homme, toujours des premiers au feu, signale aussi son courage; il se jette sur une colonne ennemie et lui fait 6 prisonniers. Mais celui de tous qui montra le plus de dévouement, de bravoure, est assurément le fusilier Julien. Excédé des fatigues de la journée, le chef de brigade Fugières était hors d'état de suivre sa troupe; cependant les Autrichiens accouraient, et Julien restait seul auprès de lui. "Éloigne-toi, lui dit Fugières; fuis pendant qu'il en est temps. - Non, répond Julien; mon devoir est de vous défendre; je courrai la fortune que vous courrez." Ii s'attacha en effet à ce chef intrépide. Il protégea, couvrit sa retraite, ajustant, tirant avec calme, avec précision; il ne put néanmoins contenir les Autrichiens qui se pressaient sur leurs traces. Ils furent obligés l'un et l'autre de se précipiter du haut d'un rocher, et n'échappèrent à la captivité qu'au péril de leur vie.

La demi-brigade évacua pendant la nuit sa nouvelle position, et alla se rallier à Peschiera. Trop faible pour faire tête aux flots d'ennemis qui la pressaient, elle continua son mouvement, et se replia sur Brescia, où elle joignit la division qui marchait sur Lonato.

Le premier bataillon, conduit par le général Victor, se porta sur les hauteurs qui sont à droite de la ville; le deuxième, s'avançant sur la route, prit la gauche de la 32e, et le troisième couronna les monticules qui se trouvent à gauche de la route.

La 18e était impatiente de venger les pertes qu'elle avait faites; elle aborda l'ennemi avec impétuosité: mais il était lui-même déterminé, intrépide, et lui opposa une résistance qu'elle fut long-temps à vaincre. La 32e, le deuxième bataillon, écrasés par la mitraille, semblaient même hors d'état d'en triompher, lorsque le capitaine Galler, accourant avec sa compagnie, ouvrit un feu de file qui força les pièces de rétrograder. Les deux corps prirent alors leur élan. La demi-brigade poussa devant elle, le bataillon tourna, enleva la batterie et ceux qui la défendaient. L'action était toujours vive, animée; les chaloupes canonnières continuaient de vomir des torrents de feu; le fusilier Nicas tourna sur elles une des pièces qu'on venait de prendre, et leur envoya plusieurs boulets.

Le troisième bataillon n'était pas moins vivement engagé. Aux prises avec une colonne épaisse, il combattait depuis plusieurs heures sans pouvoir ni l'enta mer ni la rompre. Mais tout-à-coup le sous-lieutenant Boyand se jette au plus. fort de la mêlée; le caporal Troche le suit avec sa bravoure accoutumée, et entraîne trois volontaires sur ses pas; ils poussent droit à une pièce, ils la prennent, et sèment le désordre dans les rangs ennemis.

Le premier bataillon cependant occupait toujours les hauteurs où il s'était placé. Assailli inopinément par une colonne épaisse, par une colonne mêlée d'artillerie, de cavalerie, qui le somme de mettre bas les armes, il ne perd pas courage; loin de là, il prend l'attaque; et le général en chef, témoin de son énergie, somme à son tour les Autrichiens, qui cèdent et se livrent à sa merci. Hommes, artillerie, drapeaux, fléchissent devant la bravoure de ce bataillon intrépide.

Le premier bataillon suivit le lendemain 1e général Victor à Castiglione, et les deux autres se portèrent avec leur chef de brigade sur Salo. L'ennemi était en position sur les hauteurs; ils l'attaquèrent sans pouvoir l'enfoncer. La mêlée durait depuis cinq heures, depuis cinq heures le sang coulait, et les Autrichiens se maintenaient toujours fermes, intrépides. Le capitaine Cassagne était hors de combat, le lieutenant Raymond atteint d'une balle. Fatigué de cette lutte obstinée, Fugières lit un mouvement par la droite. La retraite de l'ennemi se trouvait coupée; chacun redoubla de courage, tenta de nouveaux efforts. Le lieutenant Rabbe, suivi du volontaire Escoffier, enleva un poste de grenadiers hongrois; le sergent Rouge et le caporal Forestier contraignirent avec quelques hommes une compagnie entière à mettre bas les armes. L'ennemi fut obligé de fléchir, et s'éloigna en désordre.

Les deux bataillons se mirent en marche pour Castiglione; ils rallièrent, le 4, celui qui s'y trouvait déjà, et s'avancèrent, le 5, au secours de Peschiera ; ils n'arrivèrent devant la place qu'au milieu de la nuit. La colonne autrichienne ne s'attendait pas à les voir paraître, elle fut d'abord mise dans un affreux désordre. Le sergent Rougé s'était jeté dans les redoutes, la troupe avait fait irruption dans le camp. Le corps de siége semblait irrévocablement battu; mais il était formé de soldats éprouvés, aguerris; il prit à son tour l'attaque; la demi-brigade ne put se maintenir. Elle avait perdu 200 hommes dan cette échauffourée; le lieutenant Gardel avait succombé; le chef de bataillon Michel, le capitaine Gallet, le lieutenant Bardel étaient blessés. Le combat se soutenait cependant; depuis cinq heures on était aux prises et on se chargeait toujours avec fureur. La demi-brigade comptait 62 morts et 104 blessés. Exaspérée d'une résistance aussi vive, elle redoubla d'efforts, contraignit enfin l'ennemi de fuir, et lui prit deux pièces de canon et une masse de prisonniers assez considérable.

Elle s'avança ensuite sur les montagnes, aida à reprendre la Corona, et alla s'établir à Cistermano, qu'elle quitta le 2 septembre. Elle joignit alors la division, et gagna Roveredo. L'ennemi était en position devant la place; l'attaque s'ouvrit et fut poussée de la manière la plus vive. Les Autrichiens opposèrent une longue, une opiniâtre résistance. Le capitaine Germain fut blessé dans cette rencontre sanglante, et le brave, le vaillant Mille-Homme y perdit la vie. Chéri, honoré de la brigade entière, il fut vivement regretté.

La division s'était mise sur les traces de l'ennemi; la 18e, emportée dans le mouvement, atteignit Cinone, Bassano, et tournant tout-à-coup sur la gauche, elle suivit l'armée autrichienne sur Mantoue. Elle passe l'Adige près de Ronco, et arriva le 11 à la vue de Cerea. Elle était exténuée d'une marche aussi longue, rendue de chaleur, de lassitude; mais les Autrichiens avaient mis en désordre la 18e légère. Elle les aborda au pas de charge, et leur enleva, après une lutte opiniâtre deux pièces de canon dont il s'étaient rendus maîtres. Ce ne fut pas-sans perte: les capitaines Bose et Florent gisaient sans vie; le chef de bataillon Suchet était hors de combat; les lieutenants Bourlot, Huet, le capitaine Grégoire étaient blessés, et le capitaine Charlat, entré encore tout sanglant dans l'arène, était atteint une seconde fois. La 18e se maintint néanmoins malgré ces pertes; long-temps elle fit tète à l'orage, et rendit vains les efforts qu'on tenta pour l'ébranler. A la fin, cependant, obligée de lâcher prise, elle abandonna les pièces qu'elle avait si vaillamment enlevées, et, ce qui était plus cruel encore, deux de ses compagnies, trop lentes à se mettre en retraite, furent coupées, contraintes de mettre bas les armes. La demi-brigade n'avait pas encore éprouvé un si sanglant échec. Les trophées de sa défaite avaient été acheminés sur Legnago; elle les suivit, se présenta devant la place par une nuit profonde; elle s'en fit ouvrir les portes, ressaisit ses prisonniers, son drapeau, et se remettant aussitôt en marche, elle se porta d'une haleine sur le champ de bataille qu'elle avait quitté. L'infanterie autrichienne ne jugea pas à propos de l'attendre; elle fit volte-face et s'éloigna. Il n'en fut pas ainsi de la cavalerie: elle vint à sa rencontre et chargea avec vigueur; mais elle fut accueillie par un feu si vif qu'elle ne tarda pas elle-même à se disperser.

La demi-brigade poussa, le 15, sur Saint-Georges; elle attaqua les Autrichiens, les mit en fuite et les suivait vivement, lorsqu'elle aperçut une masse de grenadiers hongrois qui manoeuvrait pour la tourner par sa gauche. Elle fit aussitôt un changement de direction et s'avança à leur rencontre. Le capitaine Pineau les joignit avec 1e second bataillon; le lieutenant Trouillet, à la tète de sa compagnie, en aborda. une colonne épaisse, lui prit ses pièces, les tourna sur elle et l'accabla de projectiles. La demi-brigade fit même accueil aux troupes qui se présentaient devant elle; elle les rompit et les poussa au loin. Un escadron de cuirassiers voulut vainement relever la charge, il fut accablé de feux et périt presque en entier. La 18e, de son côté, avait 64 morts et 174 blessés. En retour, elle n'était pas seulement maîtresse du champ de bataille, elle avait 6 pièces de canon et une foule de prisonniers dans les mains.

Elle quitta presque aussitôt le théâtre d'une lutte aussi vive; elle se rendit à Bassano, où elle séjourna jusqu'au 4 novembre. Elle se mit alors en mouvement, joignit l'ennemi sur la rive droite de la Brenta, et engagea une action qui se prolongea jusqu'à la nuit. Repris le lendemain au point du jour, le combat fut plus vif, plus sanglant encore.

Les chefs de bataillon Boyer et Delga, le capitaine Grégoire, les lieutenants Lestrade, Boyand, Robert, les sous-lieutenants Leyx, Leval, Materre, tous intrépides officiers que les troupes aimaient à suivre, étaient grièvement blessés. L'ennemi crut pouvoir franchir la rivière; mais le 1er bataillon le contint par son feu. La nuit arriva et mit fin à cette sanglante affaire. La demi-brigade comptait 48 morts ; elle avait la plupart de ses officiers couverts de blessures, et 98 volontaires hors de combat. Elle fit un mouvement rétrograde et se replia sur Vérone. Le séjour qu'elle fit dans cette ville ne fut pas long. Elle se remit en mouvement le 11, et se porta sur Saint-Martin; elle y trouva les Impériaux, engagea un combat long, opiniâtre, que la nuit vint interrompre encore, et qui, recommencé le lendemain, ne finit qu'avec le jour. Le capitaine Jalamas, le lieutenant Lestrade, les sous-lieutenants Fay et Seguin avaient Perdu la vie; le capitaine Bast était hors de combat; 52 volontaires gisaient sur le champ de bataille, 95 autres étaient blessés. La demi-brigade rétrograda encore sur Vérone, et quitta de nouveau cette ville le 15 dans la nuit.

Les Autrichiens, retranchés dans Arcole, opposaient une résistance qu'aucun effort ne pouvait vaincre. Elle marcha à eux , et combattit long-temps sans obtenir le moindre avantage. A force de constance cependant, elle triompha des colonnes qu'elle avait en tête, et pénétra dans Arcole. Elle s'empara de 6 pièces de canon, fit 600 prisonniers, sans pouvoir néanmoins se maintenir dans le village. La nuit survint et mit fin au combat. Mais l'une n'était pas dissipée que l'autre se rallumait déjà plus vif, plus animé que la veille. Les Autrichiens avaient l'attaque et se déployaient nombreux. La 18e battit la charge, la division l'appuya; en un instant la mêlée devint ardente. On se joignit sur la chaussée, dans les marais, partout on se serra corps à corps. Enfin, l'ennemi, rompu, vida le champ de bataille, et la demi-brigade recueillit ses prisonniers. La lutte restait néanmoins indécise; il fallut de nouveau en venir aux mains, attaquer, combattre tout un jour. Français et Impériaux, également résolus de vaincre, se chargeaient avec une fureur qui menaçait de se prolonger encore. La 18e serra ses rangs et poussa droit sur Arcole. Elle y trouva la même intrépidité, la même énergie que sur la chaussée. Si long carnage devait cependant avoir un terme. Le sous-lieutenant Fasse se jette avec quelques braves à travers les marais: il est atteint d'une balle; le capitaine Bohier, le sous-lieutenant Beaufils, prennent sa place et sont frappés comme lui. Mais le tambour-major Dasser continue de faire battre la charge; le soldat s'exalte, force d'abord les colonnes autrichiennes à reculer, puis les rompt, les chasse d'Arcole et la bataille est gagnée. Ainsi finit cette lutte opiniâtre; la 18e y eut 99 morts et 143 blessés.

Elle se mit en route dès que l'action fut à terme. Elle se porta successivement à Bussolengo, à Castel-Novo, sur les hauteurs de Garda. Elle quitta celles-ci le 25 décembre, et entra dans la place qu'elles dominent. A peine arrivée, elle apprend que 600 Autrichiens se sont établis dans les positions qu'elle vient de quitter. Elle fait aussitôt volte-face, joint cette troupe imprudente, la bat, la disperse et se rend à Rivoli. Le général en chef était venu à sa rencontre; il lui montre les colonnes autrichiennes qui couronnent au loin les cimes des montagnes. "Elles sont nombreuses, lui dit-il; mais je connais la brave 18e; je vous connais tous, l'ennemi ne tiendra pas devant vous." Les cris d'en avant! éclatent de toutes parts à ces flatteuses paroles; le soldat est impatient de justifier la confiance que lui montre Bonaparte. Il joint l'ennemi, il le culbute: en moins d'une heure tout est dispersé. Les capitaines Bart et Cassagne, le lieutenant Fasse, se distinguèrent entre les plus braves, ainsi que le volontaire Franchet. Tombé dans un groupe d'Autrichiens, celui-ci ne se borne pas à se défendre; il blesse, tue plusieurs de ceux qui le pressent, et se dégage.

Cependant. un détachement de 45 hommes était resté à Garda, sous les ordres du capitaine René. Sommé de mettre bas les armes par une colonne nombreuse, cet officier ne se laissa pas imposer; il rendit menaces pour menaces, se prévalut des forces qu'il n'avait pas, et fit si bien qu'il prit hommes et drapeaux.

Partie de Rivoli le 16 à deux heures du matin, la demi-brigade atteignit Roverbella à neuf heures du soir. Elle fit une courte halte dans cette ville, se remit en route et gagna la Favorite. Le soldat avait fait 39 milles d'une seule traite; il était exténué, accablé de sommeil, de lassitude; mais une colonne sortie de Mantoue se présentait: il court aux armes, l'action s'encage et devient meurtrière. Le chef de bataillon Laverriere est tué; son collègue Michel, dont la blessure saigne encore, est frappé une seconde fois. Le capitaine Sarralier, le capitaine Grégoire, sont couverts de contusions; le capitaine Daila reçoit une balle en frayant à travers les buissons une voie à sa compagnie. Le feu devient à chaque instant plus animé; le chef de bataillon Delga ressaisit l'attaque; l'ennemi fléchit, il abandonne ses pièces, ses retranchements, et regagne la place en désordre. Il avait tué 53 hommes à la demi-brigade, et en avait mis 95 hors de combat.

La 18e ne tarda pas à se reporter sur l'Adige. Stationnée d'abord à Vérone, elle Gagna Montebello, Bassano, Feltre, et séjourna dans cette ville jusqu'au 10 mars. Elle se mit alors en route pour Bellune. La rupture des ponts, le mauvais état des chemins, ne lui permirent pas de s'avancer avec sa célérité ordinaire. Elle n'arriva sur la Piave que le 13. Les Autrichiens, en position dans les gorges de Cadore, se maintenaient contre les tentatives de la 2e légère, et se jouaient de ses efforts. La 18° prit l'attaque, chargea avec son impétuosité accoutumée, et renversa tout ce qui se trouva devant elle. Le général Lusignan fut fait prisonnier avec 150 hussards et 600 fantassins.

La demi-brigade continua le mouvement; elle passa le Tagliamento et déboucha devant Tarvis. Les Autrichiens étaient en face; l'action ne tarda pas à s'engager. La 2e légère, la 75e, combattaient sur la gauche. La demi-brigade se formait sur la route en colonnes serrées, lorsqu'elle aperçoit des masses ennemies qui se montrent au loin. Elle s'avance aussitôt à leur rencontre; elle les replie, les pousse devant elle, et bivouaque au milieu des neiges qui couvrent les montagnes d'où elle les a débusquées. Les Autrichiens, cependant, ne se tinrent pas pour battus. Ils revinrent courageusement à la charge et attaquèrent avec vigueur. La demi-brigade reçut le choc avec son intrépidité habituelle. Néanmoins, les difficultés qu'elle avait à vaincre ne pouvaient être plus grandes les lieux étaient abruptes, couverts de glace; un pont escarpé, étroit, et cinq pièces qui en défendaient les approches, compliquaient étrangement la position. La troupe ne se rebuta pas cependant; elle poussa au pont et l'enleva. Les Autrichiens paraissaient ébranlés; les capitaines Cariel et Pastol se jetèrent au milieu d'eux et achevèrent d'y porter le désordre; et tel était déjà l'abandon des fuyards que le lieutenant Rabbe en prit 30 à raide de 4 volontaires; mais trois compagnies de grenadiers survinrent et relevèrent le combat. Le feu se propagea au milieu des rochers. La lutte devenait des plus vives, lorsque le capitaine Bart se jeta avec sa troupe au milieu de la mêlée. Le capitaine Grégoire l'appuya avec la sienne; l'ennemi fléchit, abandonna pièces et équipages; bientôt même il mit bas les armes et livra à la demi-brigade 3,500 prisonniers.

Ce beau fait d'armes avait exalté la troupe; elle poussa en avant, traversa Willach, Clagenfurt, et arriva à la vue de Freisach. L'ennemi, établi sur les hauteurs, avait son artillerie couverte par des marécages, et se flattait de prendre sa revanche; mais ni sa belle position ni les secours imprévus qui lui survinrent ne purent le sauver. La demi-brigade l'aborda avec ses compagnies d'élite; elle le culbuta, le rompit, le mena battant jusqu'à Bruck, où la nouvelle de la suspension d'armes arrêta sa course.

Le chef de demi-brigade,

FUGIÈRES.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 93-106