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 Research | Napoleonic Spectateur Militaire Histoire de l'armée d'Italie French 11e légère

HISTOIRE
Régimentaire et Divisionnaire
DE L'ARMÉE D'ITALIE

11e DEMI-BRIGADE D'INFANTERIE LÉGÈRE.

La 11e demi-brigade d'infanterie légère, commandée par le chef de bataillon Giuseppi, descendit, le 12 avril 1796, de la montagne Saint-Jacques, et marcha sur Carcare. Elle culbuta l'ennemi, et poussa sur Cossaria, vieux château ruiné, où s'était jetée une colonne autrichienne. Sommée de mettre bas les armes, celle-ci éludait, usait le temps. La demi -brigade ouvrit l'attaque, et, quelques difficultés que lui opposassent les lieux et les troupes qu'elle avait en tête, elle fut bientôt aux pieds du vieux manoir. Mais là se trouva un obstacle dont aucune bravoure ne pouvait triompher. Les murs étaient d'une hauteur qui rendait l'escalade impossible, et de tous les points pleuvait une grêle de pierres et de balles. Le général Joubert persistait cependant encore à continuer l'attaque; il annonçait même l'intention de s'aventurer dans une étroite ouverture que présentait l'enceinte. Le lieutenant Mallerat le retint, "Ce n'est pas à vous, lui dit-il, à faire semblable chose; il y a ici des officiers qui sauront se sacrifier quand il sera temps." Cet officier n'avait pas achevé, que son chapeau était percé de balles, et que Joubert, frappé par un large caillou, tombait dans ses bras. L'attaque, aussitôt suspendue, fut convertie en blocus. La garnison, forte de 1,400 hommes, se rendit quelques heures après. La demi-brigade eut 150 hommes hors de combat; elle laissa sur le champ de bataille quatre braves officiers, Creuston, Girard, Leonardi, Gaillochon ainsi que le sergent-major Liege. Renversé d'un coup du pierre en s'élançant sur l'enceinte, cet intrépide jeune homme se relève aussitôt, et, presqu'au même instant, reçoit au front une balle qui l'étend mort sur la place. Ses talents, son caractère, son courage. le firent vivement regretter.

Cossaria était enlevé; la demi-brigade se mit immédiatement en route. Elle gagna Millesimo, Montesimo, les redoutes de Ceva , et déboucha, le 18, sur le Tanaro. Serrurier manoeuvrait pour tourner un grand camp retranché qui se trouvait sur la rive gauche; la 11e ouvrit une fausse attaque pour masquer la véritable, et jeta son 1er bataillon en tirailleurs. Celui-ci engagea vivement le feu; mais l'ennemi, toujours plus nombreux était couvert par des haies et soutenu par de l'artillerie. Augereau porta le reste de la demi-brigade en ligne. L'escarmouche devint alors un véritable combat , où Français et Sardes, n'ayant entre eux que l'espace occupé par la rivière, se fusillèrent jusqu'à la nuit. Comme de coutume, le soldat se montra gai, ardent, peu soucieux de la vie. Le sergent Marcellat, frappé par un boulet, tomba en criant: Vive la République! Le caporal Champagne, atteint à la joue d'un coup de feu, essuya froidement le sang qui coulait de sa blessure. Il paraît, dit-il, qu'ils ne veulent pas que je les ajuste. Voyons toutefois! Et il continua de combattre. La demi-brigade eut 2 officiers tués, 4 blessés, et 72 sous-officiers et soldats hors de combat.

Revenue sous les murs de Ceva, le 20, la demi-brigade se remit en mouvement dans la nuit du 22; elle atteignit, le 25, l'arrière-garde piémontaise, traversa Cherasco, passa la Stura, et arriva , le 26 , à Alba, où elle reçut la nouvelle de l'armistice que le roi de Sardaigne et la République française avaient conclu.

D'Alba elle gagna Saluces, les bords du Pô, Gerolla Voghera et Castel-San-Giovanni. Arrivée, le 5 mai, dans la nuit, elle se remit en marche le 6 avant le jour, traversa Plaisance, passa le Pô, et se porta le lendemain, sur Lodi, où l'avant-garde paraissait vivement engagée Les chasseurs courent plus tôt qu'ils ne marchent; mais, quelque diligence qu'ils fassent, ils ne peuvent prendre part au combat. Ils trouvent l'ennemi vaincu, fuyant de toutes parts. Ils passent le pont, devenu dès lors si fameux , et vont bivouaquer sur le champ de bataille.

La 11e se remit en marche le 15, et s'avança sur Milan. Accueillie par la population, reçue solennelle. Par la garde nationale elle entra dans la capitale au milieu des plus vives acclamations. Elle investit ensuite le château, puis quitta le blocus de cette forteresse, revint sur Lodi, gagna Crema, Brescia, et arriva encore à Borghetto au moment où le combat finissait. Mais ici du moins elle n'était pas restée étrangère au succès. Ses carabiniers, réunis à ceux de la 1re demi-brigade, s'étaient jetés d'élan sur l'ennemi. Ils avaient bravé la mousqueterie et la mitraille, reçu les hulans à la pointe de leurs baïonnettes, et emporté le village après une mêlée sanglante, où plusieurs d'entre eux, avaient été cruellement atteints. Le capitaine Porte était percé de dix coups de sabre; le caporal Champagne, qui avait montré tant de constance sur les bords du Tanaro, pris au dépourvu par un cavalier ennemi, se défendit longtemps avec son fusil déchargé, mais enfin succomba dans cette lutte inégale. Tous se battirent avec une intrépidité qui a peu d'exemples. Le brave Ordiony se distingua entre les plus intrépides, et fut nominé lieutenant pour prix de la bravoure qu'il montra.

La demi-brigade se remit en marche le 16. Elle traversa Villafranca, Castelnovo, Saint-Georges et Vérone, la plaine de Compara. Elle passa ensuite l'Adige, et alla s'établir partie à la Corona, partie dans les villages de Preabano et de Brentonico. Chargée de faire une excursion dans ces montagnes, elle s'avança à travers des passages affreux; elle culbuta les avant-postes ennemis, les poursuivit au milieu de rochers inaccessibles, et les poussa bien au-delà des points qu'elle devait atteindre. Le capitaine Carrère ne se borna pas à saisir les hauteurs qui dominent les gorges que parcourut la demi-brigade, il suivit les ondulations de ce sol abrupte, gravit les cimes, tourna les précipices, et alla tomber sur les derrières des ennemis embusqués dans ces rochers. Il n'avait avec lui qu'une poignée d'hommes, mais son apparition fut si inopinée, que les Autrichiens éperdus s'enfuirent, laissant une soixantaine de prisonniers dans ses mains. La demi-brigade en avait fait elle-même une centaine. Elle se disposait à se mettre en retraite, lorsque les Autrichiens ouvrent subitement le feu, et accablent de projectiles une chapelle où sont déposés quelques blessés et une quinzaine de prisonniers. De suite on avise aux moyens de tirer ces malheureux d'une position semblable; mais le lieutenant Robert est déjà à la chapelle avec quelques braves. Il jette ceux qu'a mutilés la guerre sur les épaules de ceux pour qui elle a été moins sévère, et s'éloigne sous une grêle de balles.

La demi-brigade, rentrée dans ses positions, y fut d'abord assez tranquille; mais le 29 juillet éclata un orage subit, un orage comme on en voit peu. 8 à 10,000 hommes se présentèrent devant la e qui n'en comptait pas 750. Foudroyée de front, elle fut encore prise en flanc par les batteries de la rive gauche. Ses avant-postes fléchirent; la gauche était dominée, la droite sillonnée par la mitraille. Sa position semblait désespérée. Elle resta néanmoins inébranlable. Elle fit ferme, elle attendit, et renversa tout ce qui l'approcha. Trois fois déjà l'ennemi s'était jeté sur elle, et trois fois elle l'avait refoulé au loin. Ses munitions épuisées, elle s'arma de pierres, de cailloux, et brava encore les assaillants, mais enfin elle fut obligée de céder. Le 3e bataillon se retira sur la Corona, où il fut fait prisonnier. Les deux autres, suivant le long de l'Adige, furent accablés à la barrière des Vénitiens, et contraints, eux aussi, de rendre les armes. Ainsi succomba cette malheureuse demi-brigade. Le champ de bataille attestait que ce n'était pas faute de constance. 300 Autrichiens avaient péri sous ses coups, et ses soldats les plus braves, ses chefs les plus intrépides étaient morts ou agonisants. Le vaillant Robert avait rendu l'âme, l'audacieux Giuseppi avait un bras emporté, Loriol, Calvi étaient sans vie.

Cependant les carabiniers avaient échappé au désastre. Établis à la Corona, longtemps ils continrent, arrêtèrent l'ennemi, mais enfin ils furent obligés de céder. Tout-à-coup ils apprennent que Joubert malade est à la Corona. A cette nouvelle, ils font volte-face, vont chercher le général, le mettent au milieu d'eux, et reprennent leur mouvement à travers d'épaisses colonnes qui essaient en vain de les arrêter.

Cette troupe déterminée continua de faire partie de l'avant-garde. Elle combattit à Compara, à Lonato, et se trouvait sous les murs de cette ville lorsqu'une colonne de 4,000 Autrichiens somma 1,200 Français de mettre bas les armes. Le général en chef Bonaparte arrivait; il renvoya le parlementaire avec dédain, et ordonna à la troupe de se tenir prête à combattre. Les carabiniers de la 11e lui répondirent en demandant la charge, et entonnèrent aussitôt l'hymne patriotique. La colonne autrichienne mit bas les armes.

Les carabiniers se redirent ensuite à la Corona; ils suivirent la colonne qui s'avança sur Trente, revinrent sur Saint-Georges, et donnèrent de nouvelles preuves de courage dans la bataille qui fat livrée à Provera.

Les officiers de la 11e, qui étaient tombés dans les mains de l'ennemi, furent échangés sur ces entrefaites. Ils allèrent se reformer à Peschiera, où s'étaient rendues des compagnies d'encadrement; mais bientôt fatigués de rester sur les derrières, ils demandèrent au général en chef l'autorisation de joindre les carabiniers qui se battaient dans le Tyrol. Ils l'obtinrent, et partirent aussitôt pour Trente, où ils eurent la satisfaction de voir plusieurs généraux se disputer à qui les aurait sous ses ordres. Le général Joubert les mit à l'avant-garde de Monnier, qui leur témoigna vivement le cas qu'il faisait de leur courage. C'est sous les ordres de ce général qu'ils joignirent l'armée autrichienne postée sur les hauteurs de Saint-Michel. Ils l'attaquèrent, lui tuèrent quelques hommes et lui enlevèrent une multitude de prisonniers. Deux officiers, Pape et Guillaume, furent blessés; l'adjudant-major Philippi courut à leur aide, s'avança trop, fut fait prisonnier, et eût été immolé sans un officier tyrolien qui le prit sous sa sauvegarde. Cet officier ne tarda pas à éprouver que la générosité n'est jamais inutile. Il fut pris à son tour avec Philippi qui rendit compte de sa noble conduite et le fit traiter avec tous les égards qu'il méritait.

Les carabiniers firent preuve de bravoure dans cette affaire. Détachés sur la rive droite de l'Adige, ils abordèrent une suite de redoutes qui commandaient ce fleuve, et les enlevèrent toutes l'une après l'autre. Le brave capitaine Bretonneau montra cet esprit de dévouement et d'abnégation qui était particulier à l'armée d'Italie. Renversé par un coup de feu, il voit un de ses soldats qui accourt lui porter assistance. Non lui dit-il, la blessure est incurable; bats-toi, et il expira. Le capitaine Labbe, blessé comme lui, mourut cinq jours après. Ces officiers réunissaient l'un et l'autre les qualités que la carrière des armes exige. Ils avaient courage, patriotisme, capacité, expérience, toutes les vertus militaires et sociales; ils furent vivement regrettés.

L'ennemi, vaincu, était en fuite. La demi-brigade traversa Bolzano, Colman, et se déployant devant Clausen, elle culbuta de nouveau les Autrichiens. Le lieutenant Berthier se jeta au milieu d'un groupe de cavaliers, renversa un dragon, et lui prit son cheval.

La demi-brigade, cantonnée d'abord à Brixen, ne tarda pas à se remettre en mouvement. Les paysans soulevés venaient de repousser l'avant-garde; elle marcha à eux. Le combat s'engagea et devint terrible. De part et d'autre on ne s'amusa pas à tirer. Les montagnards, armés de haches, de tridents et de stylets fixés au bout de longues perches, attendaient la troupe. La troupe se précipita sur eux; en un instant la terre fut jonchée de morts. Mais aussi inébranlables que les rocs sur lesquels ils s'appuyaient, ces intrépides Tyroliens ne se bornèrent pas à contenir l'attaque, ils s'ébranlèrent à leur tour, et assaillirent la demi-brigade avec leurs armes meurtrières. Furieux, ivres de courage et d'eau-de-vie, ils saisissaient les soldats corps à corps, et ne cessaient de combattre qu'en cessant de vivre. Enfin ils succombèrent; tous périrent, tous furent immolés aux mânes de ceux dont la hache barbare avait tranché la vie; et ils étaient en grand nombre. Pianelli, qui avait combattu si vaillamment à Cossaria, avait péri; l'adjudant Grimaldi avait la tête fendue; le sergent Berry était coupé en deux tronçons. Une foule de braves, d'intrépides soldats couvraient le champ de bataille de leurs membres épars. Si hideux tableau ne s'était pas encore vu. Deux quartiers-maîtres cependant, deux comptables que leurs attributions dispensaient de paraître dans l'arène, ne craignirent pas d'y descendre. Ils accoururent au combat dès qu'ils le virent s'animer, et montrèrent tous les deux le plus brillant courage. L'un, Soupet, s'attaqua à un des montagnards les plus redoutables, et d'un coup de sabre l'abattit à ses pieds: l'autre, Gaudin, se conduisit avec la même bravoure. Tous deux méritèrent le prix de la valeur.

Après avoir rejeté l'ennemi dans les montagnes, la demi-brigade alla de nouveau s'établir à Brixen. Elle quitta presque aussitôt cette ville, prit l'arrière-garde du corps d'armée, traversa le Tyrol, une partie de la Carinthie, et apprit à Willach les préliminaires de Léoben qui mirent fin à ses travaux.

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Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: B., A.
Main Title: Histoire régimentaire et divisionnaire
de l'armée d'Italie,
commandée par le général Bonaparte :
historiques des demi-brigades rédigés
en vertu des ordres du général en chef Bonaparte
par les chefs de corps ou les conseils d'administration /
recueillis par A.B. ;
avec une carte,
dressée spécialement pour l'intelligence du texte.
Published/Created: Paris : A la direction du Spectateur militaire, 1844.
Description: 328 p., [1] folded leaf of plates : map ; 23 cm.
Subjects: Napoléon I, Emperor of the French, 1769-1821 --Military leadership.
First Coalition, War of the, 1792-1797--Campaigns--Italy.
LC Classification: DC223.4 .B11
Pages: 236-243