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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 2 Chapitre 8

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.597}

(DEUXIÈME PARTIE)
CHAPITRE VIII
BATAILLE DE MARENGO

Dispositions du Premier Consul dans la matinée du 14. – Les divisions Lapoype et Boudet éloignées du champ de bataille. – Effectif de l'armée de réserve. – Rapports des généraux commandant les troupes françaises: Gardanne, Rivaud et Victor, Watrin et Lannes, Monnier et Boudet, Murat et Kellermann ; extraits de quelques mémoires. – Rapports de Berthier et de Dupont. – Bulletin de l'armée et journal de Brossier. – Relations autrichiennes. Relations faites après la campagne par ordre de Napoléon.

14 JUIN
Bataille de Marengo.

Le Premier Consul, dans les premières heures du 14, ne reçoit aucun renseignement sur l'armée autrichienne.

Le combat de la veille lui a donné la conviction que Mélas refuse la bataille et se dérobe par une marche de flanc. Aucun mouvement n'est signalé du côté d'Alexandrie avant 8 heures du matin (1). Le Premier Consul {p.364} demeure donc persuadé que Mélas marche sur Valenza au nord ou sur Gênes au sud.

En conséquence, vers 9 heures du matin, il envoie la division Lapoype sur la rive gauche du Pô (2). C'est ainsi que cette réserve se trouve éloignée du champ de bataille. A peu près en même temps il expédie l'ordre à Desaix de marcher de Rivalta dans la direction du sud vers Pozzolo-Formigaro. (V. p. 394.)

Rapport du 24 au 25.

Bivouac près Tortone, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800).

Les reconnaissances de la nuit n'ont rien produit de nouveau; celles du côté de Castel-Nuovo-di-Scrivia ont été sans rencontrer l'ennemi et celles du côté de la montagne sur notre gauche n'ont pu être poussées aussi loin qu'on le désirait, les chemins en rapprochant de la montagne étant tous coupés de fossés.

Un déserteur a été trouvé de ce côté sans pouvoir nous donner de renseignements.

Un dragon du 9e régiment a eu le bras cassé en allant à Tortone pour les distributions qui n'ont pu avoir lieu.

Le Général de brigade,

CHAMPEAUX.

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Le général de division Lapoype, au lieutenant général Moncey.

Castel-Nuovo-di-Scrivia, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

Nous n'avons pas pris part à l'affaire d'hier, mon Général, l'ordre de me rendre sur Valenza m'étant parvenu à 10 heures à Ponte-Curone. {p.365}

Le combat s'étant engagé, et l'ennemi nous ayant pressé, on m'a dépêché des courriers et des officiers d'état-major pour me faire revenir. Mais le courrier ne m'a atteint qu'à 6 h. 1/2, et j'étais déjà sur le pont volant avec une partie de ma division (3).

Je n'ai pu arriver que fort tard à Voghera et, de là, je me rends par Castel-Nuovo-di-Scrivia à l'armée qui doit être au bord de la Bormida (4).

L'ennemi a été battu complètement, après nous avoir repoussés pendant trois heures.

Plusieurs demi-brigades sont abîmées: les 40e, 24e, 96e, etc. Plusieurs régiments: 12e de chasseurs, 1er et 6e de dragons.

Mais l'ennemi a perdu deux fois plus que nous, et sans compter 5 à 6,000 prisonniers. Plusieurs de ses régiments à cheval ont aussi beaucoup souffert.

Renvoyez-nous notre compagnie de carabiniers, notre compagnie {p.366} de chasseurs; vous nous aviez promis des forces, et rien n arrive.

Je vous salue; aimez-nous toujours.

LAPOYPE.

P.-S. – Le brave général Desaix a été tué hier.

* * *

La bataille de Marengo, dans ses grandes lignes, peut se résumer en quelques mots:

Pendant que le Premier Consul croyant Mélas en retraite, éloigne deux divisions du gros de l'armée vers 9 ou 10 heures du matin, détachant Lapoype au nord et Desaix au sud pour arrêter les Autrichiens sur les routes de Milan et de Gênes, ceux-ci passent la Bormida dans la matinée du 14 (5) et attaquent l'armée française (6). {p.367}

Victor, avec les divisions Gardanne et Chambarlhac, résiste longtemps à Marengo et sur les bords du Fontanone à l'attaque de la principale colonne autrichienne. Lannes avec la division Watrin le soutient à Marengo et au nord {p.368} de ce village. La garde à pied des Consuls appuie la droite de Watrin. La division Monnier, restée d'abord en réserve, vient prolonger la ligne et s'empare de Castel-Ceriolo.

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{p.369}

Victor, manquant de munitions, est obligé de reculer son mouvement entraîne la retraite de toute l'armée, qui se replie sur San-Giuliano en perdant une partie de sa faible artillerie.

Lapoype et Desaix ont été rappelés sur le champ de bataille : le premier reçoit l'ordre trop tard: Desaix arrive à la fin de la journée à San-Giuliano avec la division Boudet, au moment où l'armée française semble entièrement vaincue.

L'artillerie de Boudet, réunie aux quelques pièces encore intactes, arrête les premières troupes autrichiennes; Desaix les attaque avec une grande vigueur, et Kellermann profite d'un instant favorable pour les charger avec le peu de cavalerie dont il dispose. Une panique inexplicable s'empare de l'armée autrichienne, dont aucun élément n'oppose une résistance sérieuse et qui {p.370} recule en désordre jusqu'au pont de la Bormida, en éprouvant des pertes considérables.

Les forces engagées s'élevaient à peu près pour les Autrichiens à 30,000 hommes, et pour les Français à 22,000 pendant l'après-midi et à 28,000 environ quand Boudet rejoint le soir; mais les premiers disposaient de plus de 100 canons (7), tandis que le Premier Consul n'avait qu'une quinzaine de pièces pendant la plus grande partie de la journée (8).

On trouvera ici la discussion de trois points historiques très controversés:

Où était Desaix le matin du 14?. – A-t-il reçu l'ordre de venir sur le champ de bataille ou a-t-il rallié l'armée de sa propre inspiration?

Quelle a été l'importance dans la bataille de la charge de cavalerie du général Kellermann? L'a-t-il exécutée par ordre ou sans ordre ?

La droite française a-t-elle formé pivot à Castel-Ceriolo ou a-t-elle battu en retraite avec le reste de l'armée ? {p.371}

Le récit de la bataille se trouvera fait en détail :

1 ° Par les rapports des généraux commandant les troupes françaises, écrits le lendemain ou le surlendemain de la bataille;

2° Par les rapports d'ensemble faits à l'états-major de l'armée de réserve;

3° Par les relations autrichiennes.

Les premiers rapports se suivent ici dans l'ordre suivant :

Situation de l'armée de réserve le 14 juin;
Rapport du général Gardanne;
de l'adjudant général Dampierre, de la division Gardanne;
du chef d'escadron Ismert, commandant la cavalerie de la division Gardanne;
du général Rivaud, de la division Chambarlhac;
du commandant de l'artillerie de la division Chambarlhac;
du général Victor.
Rapport du général Watrin;
du commandant de l'artillerie de la division Watrin ;
du général Lannes:
Rapport du général Monnier.
Extrait du journal des marches et opérations de la division Boudet.
Rapport du général Murat;
du général Kellermann.
Extrait des mémoires de Marmont.

On trouvera dans les notes des extraits d'une relation du général Quiot, aide de camp du général Victor, des mémoires de Bourrienne et de Savary et de la Campagne de 1800, par le duc de Valmy. {p.372}

Situation de l'armée de réserve, le 25 prairial, avant la bataille de Marengo (9).

{p.373}{p.374}
LIEUTENANTS
GÉNÉRAUX
GÉNÉRAUX
commandant
les divisions.
DÉSIGNATION
de
l'arme.
NUMÉROS
des
corps.
FORCE
des
corps.
TOTAUX
par
division
EMPLACEMENT
des
divisions et observations.
Infanterie.
DESAIX
LANNES
VICTOR
MONCEY
DUHESME
GARDANNE De ligne 44e 1,748 3,638
(10)
Ces cinq divisions,
présentant une force de
22,938 hommes, formèrent
la ligne de bataille
à Marengo.
101e 1,890
 
CHAMBARLHAC Légère 24e 1,801 5,287
De ligne 43e 1,901
96e 1,586
 
MONNIER Légère 19e 914 3,614
De ligne 70e 1,460
72e 1,240
 
WATRIN Légère 6e 1,114 5,683
De ligne 22e 1,255
28e 998
40e 1,716
 
BOUDET Légère 9e 2,014 5,316
De ligne 30e 1,430
59e 1,872
 
LOISON Légère 13e 1,127 5,304 A Plaisance.
De ligne 58e 2,079
60e 2,098
 
LAPOYPE Légère 1re 850 3,462 Reçut à Ponte-Curone,
pendant la bataille,
l'ordre de retourner sur
la Rive gauche du Pô et
d'y prendre position.
De ligne 29e 1,632
91e 980
 
LORGE De ligne 67e 1,800 4,400 Devant Créma.
Legion Italique » 2,600
 
GILLY De ligne 1re 1,800 3,300 Devant la citadelle de Milan.
102e 1,500
 
CHABRAN 3 demi-brigad.
formées des
bataill. supp.
de l'armée
d'Orient
1re 811 3,373 Sur la rive gauche du Pô.
2e 1,066
3e 987
De ligne 12e 509
 
TURREAU » » 1,000 Devant Turin.
BETHENCOURT » » 500 Devant Arona.
TOTAL de l'infanterie active 44,277
Corps annoncés par le Ministre:
6e légère Une comp. de carabinrs 80 3,468
13e légère Détachement 896
19e légère 3e bataillon 400
70e de ligne Détachement 1,360
Légion italique Détachement 1,732
 
TOTAL de l'infanterie 47,745
Garde des Consuls.
Grenadiers à pied 800 1,232 Toute la garde des
Consuls fit partie de la
ligne de bataille de
Marengo.
Grenad. à chev. et chass. 360
Artillerie légère 72
Troupes à cheval.
MURAT,
commandant
toute la cavalerie.
HARVILLE
KELLERMANN
RIVAUD
CHAMPEAUX
DUVIGNAU
Cavalerie 1er 120 550 Ces différents corps de
troupes à cheval étaient
en ligne à Marengo.
 
Le 12e hussards et le 21e
de chasseurs n'ont pas
donné le jour de la bataille,
ils ont attendu
les ordres à Spinetta
(11)
3e 120
5e 110
20e 100
21e 100
 
Dragons 1er 450 1,551
6e 345
8e 328
9e 428
 
Chasseurs 12e 340 699
21e 359
 
Hussards 1er 120 420
12e 300
 
Cavalerie 2e 182 1,112 En marche de Milan pour
rejoindre l'armée.
14e 150
15e 300
22e 200
25e 280
 
Chasseurs 2e 400 850 A Plaisance, avec le lieutenant
général Duhesme.
15e 450
Hussards 11e 420 420
 
TOTAL des troupes à cheval actives 5,602
Corps de troupes à cheval annoncés par le Ministre de la guerre
Cavalerie 11e 120 240
18e 120
 
Dragons 7e 370 800
9e 280
19e 150
Chasseurs 15e 384 384
TOTAL les troupes à cheval 7,026
Artillerie et génie.
MARMONT, commandant l'artillerie Artillerie à pied 1,466
Artillerie à cheval 283
MARESCOT, command le génie. Pontonniers, sapeurs, etc. 269
TOTAL de l'artillerie 2,018
Récapitulation.
DÉSIGNATION
DES TROUPES.
EN LIGNE
à Marengo
DEVANT LES PLACES
sur les rives
droite et gauche du Pô
CORPS EN MARCHE
pour
se rendre en Italie.
TOTAUX
Infanterie 22,938 21,339 3,468 47,745
Troupes à cheval 3,220 2,382 1,424 7,026
Garde des Consuls 1,232 » » 1,232
Artillerie et génie 618 1,400 » 2,018
TOTAUX 28,008 25,121 4,892 58,021

Le général Gardanne, au général Dupont.

Marengo, le 26 prairial an 8 (15 juin 800).

. . . . . (12) . . . . .

. . . . . C'est dans cette position qu'elle (l'avant-garde) fut attaquée le 25, à 9 heures du matin, par la première ligne de l'armée ennemie, forte d'environ 15,000 hommes, qui s'avançait {p.375} en bon ordre, sous la protection d'une nombreuse artillerie.

Je n'ai rien à ajouter à ce qu'a dû dire le général Victor sur la manière dont l'avant-garde disputa le terrain pied à pied à un ennemi si supérieur.

L'adjudant général (13), qui avait reçu ordre de faire tenir la gauche, n'ayant point exécuté ce mouvement de retraite, se trouva isolé avec moins de 200 hommes, à l'extrémité de cette gauche; il eut à lutter pendant plusieurs heures contre un ennemi qui le pressait de toutes parts; enfin, après avoir perdu plus de la moitié de son monde et fait beaucoup de mal à la droite de l'armée ennemie, qui fut obligée de se former sous son feu, il fut fait prisonnier de guerre à 6 heures du soir, avec le petit nombre d'hommes qui auraient été en état de combattre, si des munitions et des armes eussent pu seconder leur courage.

On sait trop le service que l'avant-garde a rendu à la fin de la journée, pour que je me permette de rien ajouter aux éloges du Premier Consul et du général en chef.

Officiers et soldats, tous ont fait leur devoir.

GARDANNE.

L'adjudant général Dampierre, au général Mathieu-Dumas.

Alexandrie, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

. . . . . (14) . . . . .

Mon petit détachement, qui était affaibli par le feu de l'ennemi, le fut encore plus par la désertion de 100 et quelques hommes de la 101e, qui allèrent rejoindre leur brigade. C'est avec 200 ou 300 hommes de la 44e demi-brigade que je fus chargé de défendre la gauche de l'armée, n'ayant d'autre aide qu'une seule pièce de canon, qui ne tirait point faute de munitions (15), et un peloton de chasseurs.

L'ennemi attaqua la droite vers les 9 heures et, une demi-heure après, le feu s'étendait sur toute la ligne. J'avais placé la moitié de ma petite troupe dans {p.376} une espèce de retranchement que forment les fossés d'une cassine sur le bord de la Bormida. L'autre moitié s'étendait sur la droite, dans des ravins qui couvraient les hommes jusqu'à la tête; j'étais à cheval entre ces deux corps.

L'ennemi vint se former à une très petite portée de fusil de nous; l'irrégularité du ravin nous procurant des feux de flanc pendant son déploiement, nous l'avons beaucoup incommodé: nous voyions tomber des hommes dans ses rangs à chaque décharge.

Nous tînmes dans cette position pendant la déroute de la droite, qui eut lieu à 3 heures; il était 7 heures du soir que nous tenions encore.

Enfin, battus par six pièces de canon ou obusiers à mitraille, entourés par tout le régiment des hussards de Nauendorf, par plusieurs régiments d'infanterie, sans cartouches, sans artillerie, n'entendant plus le feu de notre droite, nous avons été obligés de nous rendre au prince qui sert dans le régiment de Nauendorf. Voyant que nos soldats ne tiraient plus, il s'avança, et nous fimes une sorte de capitulation pour conserver les armes aux officiers.

Il n'a pas tenu qu'à ce prince autrichien qu'elle ne fût tenue, mais, pendant qu'il était occupé à distribuer des coups de plat de sabre à ses hussards, pour faire respecter un officier, on en pillait un autre. en de ces hussards est venu auprès de moi, m'a pris mon sabre qu'on m'avait laissé; un autre m'a tiré une épaulette; j'ai tellement tenu l'autre qu'ils n'ont pas pu l'avoir. C'étaient comme des filous;, aussitôt qu'un officier paraissait, tous se sauvaient; mais il était impossible de retrouver ni le voleur ni les effets.

. . . . .

J'ai été au désespoir, en apprenant le succès de la journée, de ne pas avoir pu tenir une demi-heure de plus. J'aurais fait perdre beaucoup de monde à l'ennemi dans sa retraite précipitée et, quoique je puisse dire qu'il n'est pas un soldat de notre détachement prisonnier qui n'ait fait périr un ennemi, j'ai regretté de ne pas avoir pu doubler encore leur nombre sur les bords de la Bormida.

J'ai perdu la moitié de mon monde (d'après un relevé fait depuis, j'ai 194 hommes de blessés sur mes 300). Presque tous les officiers étaient blessés; j'en soutenais deux qui ne pouvaient plus se porter au moment de notre reddition. Mon cheval a été blessé à la cuisse et à l'oreille, et, par une bizarrerie inconcevable, les fuyards de l'armée française pillaient mes effets arrivés de la veille, tandis que les Autrichiens me dévalisaient.

. . . . .

DAMPIERRE.

(Revue de Paris du 15 juin 1900, p. 804 à 806.)

Rapport fait par le citoyen Ismert, chef d'escadron, au 11e régiment de hussards.

. . . . .

Le 25 (14 juin), le général Victor nous a envoyés sur la gauche, pour couvrir nos flancs entre la Lemme et l'Orba, et inquiéter ceux de l'ennemi. J'ai manoeuvré dans cette partie en exécutant de petites charges de temps à autre, {p.377} jusqu'à 11 h. 1/2, où je fus contraint de repasser la Lemme (16). Là, j'ai trouvé un faible bataillon de la 43e commandé par son chef. Un aide de camp du général Victor est venu nous dire de nous maintenir dans cette position.

Vers les 2 heures, l'ennemi nous força, par sa supériorité, à la retraite. Son artillerie et son infanterie faisaient un grand ravage; nous étions sans canons et sans munitions. Nous la fîmes donc (la retraite) par 400 toises. Les ennemis nous assaillirent de tous côtés sans nous entamer. Leur cavalerie, qui avait coupé la retraite, exécuta une charge sur nous ; les obstacles qu'elle avait à traverser mirent un peu de désordre dans ses rangs. J'en profitai et exécutai une charge vigoureuse; je parvins à percer leur ligne et je ralliai ma troupe à 4 ou 500 toises de cette dernière action.

Pendant que l'ennemi était occupé de notre infanterie, que je ne pouvais plus secourir, je donnai des ordres pour faire ramasser tous les fuyards. Cette recherche m'a procuré une cinquantaine de fantassins, un capitaine du 2e de cavalerie et douze hommes qui menaient des vivres, lesquels m'ont servi très utilement. J'ai divisé mes hussards en trois parties: la droite commandée par le capitaine Sainte-Marie, la gauche par le capitaine Briche et le centre, où j'avais placé les cavaliers du 2e et l'infanterie, fut sous ma direction.

La cavalerie ennemie, devenue plus audacieuse par la petite capture qu'elle venait de faire, vint pour me charger. Mon infanterie embusquée fit une décharge sur elle et de mon côté je fis faire une légère charge et retirer mon infanterie. L'ennemi, devenu plus circonspect, m'a suivi, mais sans acharnement.

Le brave capitaine Briche a reconnu une colonne de cavalerie qui débouchait sur ma gauche, venant de San-Carlo. Cet officier intelligent s'est éloigné aussitôt de moi, afin d'attirer l'ennemi le long de la Lemme pour ne pas lui laisser le temps de se reconnaître. Cette petite manoeuvre a parfaitement réussi. De mon côté, j'ai profité de tous les avantages des positions et je me suis retiré jusqu'à San-Giuliano.

A deux milles de distance, j'ai jugé par la canonnade que l'ennemi était repoussé.

J'ai fait faire une charge par les cavaliers du 2e et l'ennemi s'est replié en ordre. Le capitaine Briche m'a fait sou rapport le lendemain, dans lequel il a porté la cavalerie ennemie à environ 400 hommes; de mon côté j'en ai compté 600 et plus.

Dans cette journée mémorable, j'ai eu beaucoup il me louer du courage et de la bravoure des officiers, sous-officiers et soldats qui étaient sous mon commandement et particulièrement du capitaine Noël, qui s'était déjà distingué à l'affaire de Romano et qui, dans cette journée du 25, a été blessé et a eu un cheval tué. Le capitaine Briche mérite également les plus grands éloges pour son sang-froid, son courage héroïque et ses talents militaires. Le capitaine Sainte-Marie s'est parfaitement conduit.

Je ne dois pas oublier de faire une mention honorable de l'intrépidité des {p.378} citoyens Charpentier, Paton et Moreau, maréchaux des logis (ce dernier, le plus ancien de ce corps, s'est signalé antérieurement dans plusieurs autres reconnaissances et depuis il s'est encore illustré au dernier passage du Mincio en prenant une pièce de canon à l'ennemi) ; Patrin, brigadier; Truchot (ce cavalier a remonté son capitaine dont le cheval était tué et a continué à se battre à pied) ; Deshayes, Bitry et Morat, hussards, ont fait des prodiges de valeur et ont contribué, avec les braves ci-dessus désignés, aux succès que nous avons eus dans cette campagne.

ISMERT,
Chef d'escadrons au 11e hussards,
actuellement au 2e carabiniers.

Le rapport fait par le chef d'escadrons Ismert sur la conduite qu'a tenue la partie du 11 e hussards sous ses ordres à l'armée de réserve, est très sincère.

Je me fais un nouveau plaisir d'en assurer le témoignage.

Le général de division,

BOUDET.

Je certifie la véracité de cette relation honorable pour le 11e hussards et pour le chef d'escadrons qui a rendu des services très importants en Italie.

Général DUPONT,
Chef d'état-major général.

(Historique du 11e hussards.)

Le général Rivaud, au général Dupont.

Marengo, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

. . . . . (17). . . . .

. . . . . Le 25, dès 3 heures du matin, l'ennemi s'est mis sous les armes, un tiers de son armée entre la Bormida et Alexandrie, et les deux autres tiers derrière Alexandrie. Son armée était d'environ 28,000 hommes d'infanterie et 7,000 de cavalerie, avec une artillerie formidable. Il est resté dans cette situation, attendant d'être attaqué, jusqu'à 8 heures du matin. Voyant alors que notre armée ne faisait aucun mouvement, Mélas, commandant l'armée autrichienne, a pensé que Bonaparte avait jugé trop dangereux d'attaquer de front une position qui avait devant elle la Bormida, à son centre la place d'Alexandrie, et derrière, le Tanaro. Mélas a supposé que Bonaparte avait détaché une partie de son armée pour passer le Tanaro sur notre droite, afin de tourner sa position et, de là, lui faire abandonner; il s'est, en conséquence, décidé {p.379} à attaquer de suite la portion d'armée que Bonaparte laissait devant lui, espérant l'écraser par le nombre et battre ensuite la portion détachée (18).

A 9 heures du matin, Mélas a formé son plan d'attaque, et, pour lui donner plus d'impétuosité, il a placé à l'avant-garde 3,000 grenadiers; il a fait déboucher ses colonnes par ses ponts de la Bormida et a commencé, sur la division de Gardanne, l'attaque la plus vive. Les Français ont reçu le combat avec beaucoup de valeur, et des feux d'artillerie, de peloton, de bataillon se sont fait entendre tout à coup à 500 pas au delà de Marengo.

J'ai, d'après les ordres du lieutenant général Victor, mis ma brigade sous les armes, et j'ai établi ma ligne, la droite au village de Marengo, le centre en avant de Spinetta, et la gauche proche d'un ruisseau nommé l'Orba; ma brigade était en plaine rase, et, cependant, je n'avais pas une seule pièce d'artillerie (19) pour répondre à celles, très nombreuses, de l'ennemi qui, déjà, me tuait beaucoup d'hommes; je n'avais, derrière ma gauche, que quatre escadrons de cavalerie, formant environ 400 hommes. Le général Victor sentit, comme moi, l'importance du village de Marengo, qui, formant un angle saillant très aigu dans la plaine, offrait à l'ennemi l'avantage de découvrir toute notre armée sans être aperçu, et de diriger contre nous telle portion de ses forces qu'il aurait cru nécessaire pour nous accabler sur un point faible.

A peine l'attaque était-elle commencée depuis une demi-heure, que, déjà, la petite division de Gardanne était accablée par le nombre et cédait pied à pied du terrain à l'ennemi. Pour conserver l'importante position de Marengo, je plaçai sur le front du village le 1er bataillon de la 43e et je donnai ordre au commandant de se défendre avec acharnement. A peine ce bataillon fut-il placé; que les troupes de Gardanne, repoussées, se jetèrent en désordre sur ce village et que ce bataillon eut à soutenir tout l'effort de l'ennemi. Mélas {p.380} avait dirigé ses principales forces sur ce village, qui formait le centre de sa ligne et qui lui offrait trois belles routes pour déboucher dans la plaine. Un corps de 3,000 grenadiers formait son avant-garde, et, à l'aide de trente pièces d'artillerie, il culbutait tout ce qu'il rencontrait. Comme le 1er bataillon de la 43e aurait été accablé par le nombre, malgré sa valeureuse résistance, à midi, je le fis soutenir par le 2e de la même demi-brigade.

L'ennemi, à son tour, augmente ses forces et ses attaques sur le village, qui continua d'être tenu par nos troupes, mais dont les cartouches commençaient à manquer. A 1 heure, je me portai moi-même au secours du village avec le 3e bataillon de la 43e et le 3e de la 96e; j'appuyai ma droite au village et je prolongeai ma gauche en offensive sur l'ennemi. Je fus aussitôt chargé par les 3,000 grenadiers qui formaient l'avant-garde et qui venaient de repousser en désordre nos troupes dans le village; j'arrêtai l'ennemi par des feux de peloton très nourris, et je le fis rétrograder; il revint aussitôt à la charge, renforcé de troupes fraîches; j'arrêtai encore cet effort et voulus avancer sur l'ennemi; un ravin m'arrêta à dix pas de là; alors, il s'engagea une fusillade extrêmement vive, à bout portant; elle dura un gros quart d'heure; les hommes tombaient comme grêle de part et d'autre; je perdis dans cet instant la moitié de ma ligne; ce ne fut plus qu'un champ de carnage; tout ce qui, dans ma brigade, était à cheval, fut tué ou blessé; les chefs de bataillon, les capitaines furent atteints dangereusement; mes ordonnances furent tués; mon aide de camp eut la cuisse droite traversée d'une balle; je fus moi-même blessé à la cuisse par un biscaïen; la plaie était horrible; mais je sentais que, si je cédais, l'ennemi s'emparerait du village, déboucherait dans la plaine avec sa cavalerie et son artillerie et prendrait toutes les troupes qui avaient déjà pris part au combat et qui étaient en désordre dans la plaine.

L'ennemi, désespéré de n'avoir pu m'ébranler avec son infanterie, forma une charge de cavalerie; mais cette troupe vint s'arrêter devant le feu de mes bataillons; n'ayant pu franchir le ravin; elle se culbuta en désordre sur elle-même, et perdit une soixantaine d'hommes.

De nouvelles troupes étant venues renforcer l'ennemi, il tenta une quatrième charge, tant sur moi que sur une première {p.381} ligne du général Lannes qui arrivait au combat. Les troupes de Lannes furent ébranlées et plièrent; mes deux bataillons plièrent également. Je jugeai que tout était perdu si l'on ne ralliait pas; malgré que déjà ma blessure me fit beaucoup souffrir, je me portai au centre de mes deux bataillons, j'arrêtai les tambours qui fuyaient, je les mis en avant, je leur fis battre la charge; mes troupes s'arrêtèrent; je les remis face en tête, et, sous le feu très vif. de l'ennemi, je les reportai en avant; je culbutai les grenadiers qui, déjà, passaient le ravin, et je fis replier l'ennemi à son tour, jusqu'à 300 pas du village; alors, les troupes du général Lannes, s'avançant également sur le front du village, le combat fut rétabli. Il était alors 2 heures après-midi. Les deux autres bataillons de la 96e agissaient sur la gauche et étaient dirigés par le général Victor. Ayant la cuisse très enflée, et ne pouvant plus tenir à cheval, je profitai de cette heureuse situation des choses, pour me retirer du combat et me rendre à l'ambulance pour me faire panser.

Les bataillons de la 43e et le 3e de la 96e qui ont agi sous mes yeux se sont très bien conduits dans cette affaire. Les quatre chefs de bataillon ont été blessés, 45 autres officiers et 700 sous-officiers et soldats ont été tués ou blessés. Lorsque j'aurai reçu les détails de ce qui s'est passé dans le reste de la journée, je donnerai un rapport plus circonstancié dans lequel je ferai connaître les noms des braves qui se sont particulièrement distingués et qui méritent de l'avancement (20). {p.382}

D'après les rapports ultérieurs reçus le lendemain, les six bataillons de ma brigade ont eu 82 officiers tués ou blessés et 1900 sous-officiers et soldats (21).

RIVAUD.

Résumé du Rapport du citoyen Demarçay, chef de bataillon qui commande l'artillerie de la division Chambarlhac.

Après avoir décrit les mouvements de l'artillerie dans les deux journées, cet officier annonce en résultat:

1° Que l'ennemi s'est emparé de quatre bouches à feu servies par la 4e compagnie du 5e régiment d'artillerie à cheval; qu'une pièce de 4 commandée par le citoyen Michel, lieutenant de ladite compagnie, s'est sauvée (22).

Cette compagnie a eu cinq canonniers blessés dont trois ont perdu des membres;

2° Que le 1er bataillon du train a perdu trois hommes. Le capitaine commandant ce bataillon, le citoyen Paillard dont il fait l'éloge, disant qu'il s'est montré avec zèle et bravoure et le citoyen Sabathier, lieutenant, ont eu leurs chevaux blessés du même coup.

Les citoyens Lausanne, Legret et Pisson, soldats du train, méritent une récompense, surtout le premier, pour avoir sauvé leur pièce, étant abandonnée des canonniers;

3° Qu'ayant pris le commandement de l'artillerie de la division Monnier, composée d'une pièce de 8, un obusier, servis par une escouade et demie de la 5e compagnie du 1er régiment {p.383} d'artillerie à pied et de deux pièces de 3 piémontaises (23) servies par une escouade de la 10e compagnie du 6e régiment d'artillerie à pied, le tout commandé par le citoyen Douvernelle, premier lieutenant de la 1re, ces quatre bouches à feu, supérieurement servies par ces deux détachements, ont fait plier la gauche de l'ennemi; mais l'infanterie ayant, dans ses différents mouvements, laissé cette batterie sans appui, la cavalerie ennemie l'a chargée et prise avec l'officier et les canonniers qui la servaient.

Un canonnier, le citoyen Renaud, de la 5e compagnie du 1er régiment d'artillerie à pied, qui s'est déjà distingué au fort de Bard et qui pointait l'obusier, s'est distingué par son adresse et sa bravoure; en visitant les batteries de Bard, le général en chef lui promit les grenades d'or; le général Marmont en réitère la demande. Le lieutenant d'artillerie romaine, le citoyen Bruggi, a été blessé mortellement le 25. Le chef de bataillon Demarçay a eu un cheval tué sous lui.

(Extrait du rapport envoyé le 16 juin 1800, de San-Giuliano, par Sénarmont, chef de l'état-major général de l'artillerie.)

Le lieutenant général Victor, au général en chef Berthier.

Spinetta, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

. . . . . (24). . . . .

Le 25, à 9 heures du matin, l'armée autrichienne, réunie sous les murs d'Alexandrie, s'est dirigée en trois colonnes: celle de droite, remontant la Bormida, sur Frugarolo; celle du centre, par la grande route de Tortone sur Marengo et celle de gauche sur Castel-Ceriolo, pour nous attaquer.

Les deux premières colonnes ont attaqué le général Gardanne par un feu d'artillerie auquel la nôtre a répondu avec avantage; la fusillade la plus terrible s'est ensuite engagée; elle s'est soutenue de part et d'autre avec un acharnement incroyable pendant près de deux heures, après lesquelles la {p.384} division Gardanne, pressée par un ennemi bien supérieur, a cédé ce premier champ de bataille en ordre d'échelons pour prendre une ligne oblique se liant par la droite au village de Marengo, et par la gauche à la Bormida, pour battre de revers les deux communications qui le traversent.

Là, un combat plus meurtrier encore que le premier s'est engagé, l'intervalle qui nous séparait des ennemis n'était que de quelques toises; toutes les armes étaient en action; des charges d'infanterie et de cavalerie soutenues d'un feu des plus violents se sont multipliées pendant près de deux heures. Les ennemis cédaient déjà du terrain, lorsqu'une partie de leur réserve vint à leur secours; leur colonne de gauche s'avançait sur Castel-Ceriolo; le général Lannes la reçut avec la vigueur qui lui est familière.

Je fis alors remplacer les bataillons de nos troupes qui avaient le plus souffert, par ceux de la division Chambarlhac; le combat fut aussitôt rétabli et devint en un instant plus opiniâtre et plus sanglant; les ennemis sont repoussés une seconde fois; on les poursuit la baïonnette aux reins; ils reçoivent de nouveaux secours en infanterie et en cavalerie; nos troupes, après une forte résistance, se retirent quelques pas, soutiennent les efforts de l'ennemi jusqu'à ce qu'un tiers au moins de nos forces aient été mises hors de combat et que le reste ait manqué de munitions de guerre (25). {p.385}

Ce moment critique commandait des dispositions rétrogrades, pour éviter la confusion inévitable presque toujours dans les dangers de ce genre; je les ordonnai, et elles ont été exécutées avec calme et dans le plus grand ordre, sous le feu de l'ennemi, auquel nos troupes répondaient avec beaucoup de valeur. La retraite fut ainsi effectuée par bataillons formés en colonnes d'attaque jusqu'à la plaine de San-Giuliano (26), où le général Desaix arrivait avec le corps à ses ordres.

Celui-ci a aussitôt repris l'offensive; nos troupes, encouragées par cet exemple et celles de la droite, commandées par le général Lannes, se sont reportées en avant au pas de charge, ont mis l'ennemi en fuite et lui ont pris des canons et des prisonniers (27). La victoire s'est enfin décidée pour nous et les divisions Gardanne et Chambarlhac ont pris position sur le champ de bataille.

Depuis bien longtemps, il ne s'est vu une affaire aussi sanglante; les ennemis, ivres d'eau-de-vie et désespérés de leur position, se battaient en lions; nos soldats, connaissant la nécessité d'une défense vigoureuse, ont fait des prodiges de valeur; toutes les troupes se sont couvertes de gloire.

Les généraux Gardanne et Rivaud; les chefs de brigade Ferey, de la 24e légère; Bisson, de la 43e, et Lepreux, de la 96e de ligne; les aides de camp Fabre, Quiot, Boudignon et Thomières se sont particulièrement distingués; les officiers, en général, ont donné l'exemple du courage et de l'ordre. {p.386}

L'ennemi a perdu, dans cette journée, un tiers au moins de ses forces; les campagnes sont couvertes de ses morts; la quantité de ses blessés est énorme. Notre perte est aussi très sensible; sur les rapports qui m'ont été faits, on compte plus de 3,000 hommes hors de combat. Parmi les blessés, sont: le général Rivaud et son aide de camp; l'aide de camp Boudignon; trois chefs de bataillon; environ soixante officiers particuliers; beaucoup d'autres de ces derniers ont été tués.

Le général Kellermann, commandant la cavalerie attachée à la gauche de l'armée, a déployé, dans cette bataille, autant d'intrépidité que de connaissances militaires; plusieurs charges, faites à propos, ont puissamment secondé mes dispositions et ont fait un grand mal à l'ennemi.

Il est une infinité de traits distingués que je recueillerai pour vous en adresser le tableau. Je regrette de ne pouvoir les faire connaître de suite au public; il y verrait des hommes qui honorent leur patrie (28).

Salut et respect.

VICTOR.

Le général Watrin, au général Berthier.

Spinetta, 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

L'ennemi ayant attaqué le corps de troupes aux ordres du général Victor, sur les 8 heures du matin, j'ai reçu ordre du lieutenant général Lannes de quitter la position que j'occupais en avant de San-Giuliano pour me porter sur le point d'attaque, près de la Bormida. J'ai formé ma division en bataille, entre Spinetta et Marengo, la droite vers Castel-Ceriolo et la gauche, un peu sur la gauche de la route d'Alexandrie à Tortone. La 28e et la 40e sont restées en réserve à la hauteur et sur la gauche de Spinetta.

La 6e légère et la 22e de bataille, en se déployant entre Marengo et Castel-Ceriolo, ont repoussé avec impétuosité un corps nombreux d'infanterie et de cavalerie ennemi qui avait déjà fait de rapides progrès dans cette partie, et l'ont forcé de repasser le ruisseau entre Marengo et la Bormida. Quoique {p.387} accablées par un feu terrible de mousqueterie et d'artillerie, elles ont longtemps maintenu, dans cette position, l'ennemi, à qui elles ont tué et blessé beaucoup de monde. M'apercevant que l'ennemi se présentait en force à Castel-Ceriolo et lui voyant déployer une forte colonne sur ma droite, j'ai fait porter un bataillon de la 22e vers Castel-Ceriolo pour soutenir la 6e légère qui allait être tournée par le corps ennemi qui débordait en entier notre droite. Le général Lannes fit seconder ce mouvement par la 28e, qu'il porta de suite sur ce point, tandis que la 40e soutenait avec vigueur plusieurs charges de cavalerie que l'ennemi lui faisait sur la grande route de Marengo.

Les troupes ont pris et repris ces positions et se sont longtemps maintenues, quoique criblées par l'artillerie ennemie. Alors, le général Lannes m'envoya l'ordre de me replier en ordre et toujours à la même hauteur de la gauche de l'armée qui opérait le même mouvement de retraite. Vous avez été vous-même, mon Général, témoin de la bravoure avec laquelle les troupes ont soutenu et repoussé les diverses charges que l'ennemi a souvent tentées contre elles jusqu'à San-Giuliano, où elles se sont réunies au corps de troupes du général Desaix.

Vous-même, mon Général, avez conduit à l'ennemi les troupes à qui vous avez de suite fait reprendre l'offensive, et vous connaissez les succès éclatants qu'elles ont obtenus. Je ne pourrais vous dire le nombre de prisonniers qui a été fait par la division; les troupes les laissaient en arrière et ne s'occupaient que de repousser l'ennemi avec impétuosité. Trois pièces de canon et plusieurs caissons d'artillerie sont tombés en notre pouvoir, ainsi que deux drapeaux, dont l'un, enlevé par le citoyen Lignère, hussard au 12e régiment, d'ordonnance auprès de moi, vous a été remis, et l'autre vous a été porté par un officier de l'état-major du général Lannes. La déroute de l'ennemi a été on ne peut plus complète, et la nuit nous a empêchés de le poursuivre plus avant.

Les 6e légère, 22e, 40e et 28e de bataille ont soutenu leur réputation bien connue d'audace et de sang-froid. Les généraux de brigade Malher et Mainoni, se battant avec intrépidité à la tête de leurs troupes, ainsi que l'adjudant général Isard, ont été blessés. Leurs blessures ne sont pas dangereuses. {p.388}

Le citoyen Valhubert, chef de la 28e, le général de brigade Gency, le chef de brigade Legendre se sont particulièrement distingués, ainsi que le chef de bataillon. . . . . (29), mon aide de camp, qui, quoique déjà blessé, est venu, malgré moi, à cette affaire, où il a eu deux chevaux tués sous lui. Tous les officiers du corps d'état-major se sont signalés par leur bravoure; il n'en est pas un de ces derniers qui n'ait eu plusieurs chevaux de blessés ou leurs habits percés de balles. Les chefs de bataillon Fertel et Soubières sont blessés. L'artillerie, dont une partie des pièces a été démontée, s'est couverte de gloire.

La division, d'après les rapports des chefs de corps, a eu 13 officiers tués, 83 blessés et près de 2,000 hommes tués ou blessés ou pris; elle a beaucoup souffert du feu de l'ennemi, à qui elle a pris ou blessé une immense quantité d'hommes.

Pardon, mon Général, du désordre qui règne dans mon rapport, mais il provient de la douleur que me cause la mort de mon frère, Lucien Watrin, capitaine-adjoint aux adjudants généraux, qui a été emporté d'un boulet en chargeant à la tête de la 22e de bataille. Ce bien brave officier faisait concevoir les plus belles espérances.

Salut et respect.

WATRIN.

Résumé du Rapport du citoyen Pernety, chef de bataillon qui commande l'artillerie de la division Watrin.

Il rend compte:

1° Que le citoyen Marin, lieutenant d'artillerie de la garde des Consuls, commandant une pièce de 8, s'est parfaitement conduit et a eu son cheval tué.

Deux soldats du train ont été blessés et 7 chevaux tués;

2° Que le lieutenant Enillot, son adjoint, commandant deux pièces de 6 (30), a montré beaucoup de présence d'esprit et de courage. {p.389}

Deux soldats du train ont été blessés;

3° Que la 2e compagnie du 2e régiment d'artillerie à cheval s'est conduite avec la plus grande bravoure.

Le capitaine Lechoux a eu son cheval blessé et lui-même l'a été légèrement au pied.

Elle a eu 3 hommes tués et 13 blessés.

(Extrait du rapport envoyé le 16 juin 1800, de San-Giuliano, par Sénarmont, chef de l'état-major général de l'artillerie.)

Le général Lannes, au général Berthier.

Spinetta, 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

L'ennemi a attaqué hier matin, vers les 8 heures, les troupes du lieutenant général Victor, et, après une fusillade d'environ deux heures, il a débouché en grand nombre sur sa droite. J'envoyai de suite les 22e et 40e demi-brigades pour le prendre en flanc; ce mouvement réussit parfaitement bien, et tout ce qui se trouva devant ces deux dernières demi-brigades fut culbuté et repoussé jusqu'à la Bormida. Les canons établis à la tête du pont qu'occupait l'ennemi forcèrent nos troupes à se retirer hors de portée.

Deux colonnes d'infanterie et de cavalerie vinrent encore à la charge; elles furent reçues comme la première fois, c'est-à-dire culbutées avec impétuosité.

Après une canonnade et une fusillade de huit heures, l'ennemi enfonça le centre et força les troupes du lieutenant général Victor à battre en retraite. Dans ce moment-là, je me trouvai presque enveloppé par les troupes ennemies qui enfonçaient le centre, et, voyant que la gauche avait plié tout à fait, j'ordonnai la retraite.

Vous avez été témoin, citoyen Général, de la manière avec laquelle elle s'est opérée; il n'y a pas eu un seul moment de désordre; je me suis retiré par échelons, sous un feu d'artillerie des plus vifs et chargé par une cavalerie formidable à plusieurs reprises. Je n'avais pas un seul canon (31) ni un {p.390} homme à cheval pour soutenir ma retraite, et, malgré cela, elle s'est terminée dans le plus grand ordre.

Vous avez ordonné que les troupes que je commande attaquassent de nouveau l'ennemi, en soutenant la droite du général Desaix. Je n'ai jamais vu de troupes attaquer avec plus de courage et de sang-froid. Tout ce qui s'est trouvé devant elles a été repoussé et culbuté une seconde fois jusqu'au delà de la Bormida. Nous lui avons fait beaucoup de prisonniers, pris trois pièces de canon et deux caissons, et sa perte en tués et blessés est incalculable.

De notre côté, nous avons eu environ 1800 hommes blessés ou pris par l'ennemi; mais le nombre des prisonniers est très petit; 14 officiers ont été tués et 83 blessés; environ 300 sousofficiers et soldats ont été également tués dans cette journée. Parmi les officiers supérieurs blessés, se trouvent les généraux Malher, Mainoni et le citoyen Valhubert, chef de brigade de la 28e.

Citoyen Général, la bravoure des troupes à mes ordres s'est tellement soutenue pendant la bataille, qu'il m'a été impossible de désigner aucun corps en particulier, tous ayant combattu avec un courage invincible. Néanmoins, je dois vous dire que la 28e a montré un sang-froid des plus rares dans tous les divers mouvements en présence de la cavalerie ennemie; et cela est dû au brave chef qui la commande et au citoyen Taupin, chef de bataillon de ce corps.

Le général de brigade Gency et le citoyen Macon, chef de la 6e demi-brigade légère, se sont également parfaitement bien conduits. Le capitaine Watrin, adjoint aux adjudants généraux, a été tué au moment de la retraite.

Je vous ai demandé, Général, le grade de général de brigade pour l'adjudant général Noguès, officier distingué, et qui s'est fait remarquer de toute l'armée. Mes aides de camp m'ont bien servi; je vous demande le grade de lieutenant pour le citoyen Montbrun et celui de sous-lieutenant pour le citoyen Dubois.

L'artillerie des Consuls, commandée par le citoyen Marin, lieutenant, a fait beaucoup de mal à l'ennemi; elle a arrêté une colonne pendant près de deux heures. Je vous demande, pour ce brave officier, le grade de capitaine. Un hussard, {p.391} du 12e régiment, d'ordonnance auprès du général de division Watrin, a enlevé un drapeau de vive force a l'ennemi (32).

Je vous salue respectueusement,

LANNES.

Rapport du général de division Monnier, au général en chef.

Castel-Ceriolo, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

La division arriva hier sur le champ de bataille, à 2 heures après-midi (33); elle fut dirigée sur notre droite, où l'ennemi s'avançait en force. La 19e, conduite par le général Cara-Saint-Cyr, se porta à droite, s'avança en colonne serrée sur le village de Castel-Ceriolo; elle l'enlevait de vive force (34), {p.392} tandis que la 70e, commandée par le général Schilt, qui suivait à hauteur son mouvement sur sa gauche, menaçait de prendre à revers le centre de l'ennemi. Les colonnes, nombreuses en infanterie et cavalerie, ne purent résister à notre choc impétueux; elles se replièrent dans le plus grand désordre dans les marais en avant de la Bormida, en nous abandonnant deux pièces d'artillerie (35) et trois caissons.

Notre attaque dégagea la droite; mais l'ennemi, qui s'était renforcé sur son centre, ayant obligé les troupes qui soutenaient notre gauche à se replier, nos deux colonnes se trouvèrent enveloppées dans le village et dans la plaine; elles se défendirent avec vigueur; l'ennemi ne put jamais les entamer. Après une heure de résistance, n'ayant pas été secourues, elles se dégagèrent et firent leur retraite dans le plus grand ordre sur San-Giuliano, où l'armée se ralliait; elles prirent leur rang de bataille à gauche de la division Chambarlhac (36).

L'attaque ayant recommencé, elles attaquèrent, réunies à la garde des Consuls (37), conduite par l'adjudant général Léopold Stabenrath, et à la 40e, les colonnes nombreuses qui longeaient sur notre droite et manoeuvraient pour nous envelopper; elles les chargèrent avec vigueur, les culbutèrent et les obligèrent à la retraite la plus précipitée. La 24e légère {p.393} soutenait l'attaque. A 8 heures, nous rentrâmes de vive force à Castel-Ceriolo. L'ennemi se retira par la route d'Alexandrie.

Deux bataillons de la 72e, qui étaient restés en réserve, combattirent à gauche avec les troupes de la division du général Boudet. Le 3e essuya, au centre, trois charges de cavalerie sans être ébranlé.

La conduite des 19e, 70e et 72e est digne des plus grands éloges; elles prouvèrent, hier, que les braves ne savent que vaincre, mais qu'ils ne comptent jamais le nombre des ennemis qu'ils ont à combattre.

La perte de l'ennemi est incalculable; le champ de bataille était couvert de morts, de blessés, d'armes et de chevaux. Nous lui enlevâmes deux pièces de canon et quatre caissons; sa cavalerie souffrit considérablement. Les généraux de brigade Carra-Saint-Cyr et Schilt dirigèrent leurs troupes avec autant de talent que de sang-froid.

J'ai vu les adjudants généraux Girard et Delage et l'aide de camp, chef d'escadron Demoly, se montrer avec distinction à la tête des colonnes.

J'ai perdu deux pièces d'artillerie (38). Il manque aux appels d'aujourd'hui de 8 à 900 hommes sur les trois demi-brigades, mais il rentre toujours quelques hommes (39).

MONNIER.

Extrait du Rapport des marches et opérations de la division Boudet.

Le 25 (40), à 2 heures du matin, le lieutenant général Desaix me fit parvenir l'ordre de faire une forte reconnaissance d'infanterie et de l'appuyer même d'une brigade jusqu'à Serravalle, {p.394} si je croyais que cette force fût nécessaire. J'avais envoyé, dès le soir, un détachement de 30 cavaliers du 3e régiment, conduit par le capitaine adjoint à l'état-major de la division (L'Héritier) (41), et j'observai au lieutenant général Desaix que je croyais nécessaire d'attendre préalablement le rapport de ce détachement. Il m'approuva et changea l'ordre qu'il m'avait donné.

Au point du jour, l'eau ne permettait pas encore de passer à gué, mais une barque avait été établie avec le secours des bateliers qu'un détachement avait enlevés à Tortone pendant la nuit. La troupe passa promptement et vint prendre position à Rivalta. Vers les 10 heures du matin, l'eau était baissée, et l'artillerie put passer la rivière au gué (42).

Dans cet intervalle, le général Desaix avait envoyé au quartier général pour savoir quelles dispositions devaient suivre l'action de la veille. Il reçut l'ordre (heureusement très tard) de se porter à Pozzolo-Formigaro, position intermédiaire, d'où nous pouvions nous porter, il est vrai, mais avec trop de temps, sur Alexandrie ou sur les débouchés de Gênes, eu cas que l'ennemi eût tenté sa retraite de ce côté (43).

Ma division n'était qu'à 1 mille de Rivalta, quand un aide de camp du général en chef (44), expédié par le Premier Consul, vint à la hâte me porter l'ordre de marcher sur {p.395} San-Giuliano (45), et, de là, sur Marengo, où les deux armées ennemies étaient à se battre depuis le point du jour (46).

Ma division, précipitant sa marche, fut bientôt rendue à San-Giuliano (47). Elle y fut témoin du désordre qui commençait {p.396} à régner dans l'armée, le désordre qu'occasionnaient, d'une part, la marche d'un grand nombre de blessés et de camarades qui les conduisaient en obstruant tout le passage et, de l'autre, l'encombrement des charrettes et la foule des domestiques, des vivandiers et des mauvais soldats qui se joignent communément à ceux-ci.

Je plaçai sur la gauche de la grande route ma première brigade, dont une partie déployée et l'autre en colonne serrée.

J'ordonnai aussi à ma deuxième brigade la même disposition sur la droite du chemin (48).

Le lieutenant général Desaix et moi, considérant la position de l'armée, nous décidâmes à faire porter en avant ma première brigade, composée de la 9e légère. L'ordre fut donc donné pour ce mouvement, dont l'exécution devait au moins rappeler le courage des troupes qui se retiraient, et par suite, les faire retourner.

Je me portai donc en avant et jusque sous le front de l'ennemi, {p.397} à portée de sa mousqueterie, laquelle se rapprochant sensiblement, m'obligea de faire jeter des tirailleurs en avant, afin de retarder sa marche. Cette brigade, commandée par le général Musnier, exécuta plusieurs mouvements à la vue de l'ennemi, et ses manoeuvres se firent avec une fermeté et une sécurité assez grandes pour qu'il soit permis de leur attribuer cette confiance qui parut renaître parmi les troupes éparses qui fuyaient. La contenance vigoureuse que tint la brigade sous le feu de l'artillerie et de la mousqueterie de l'ennemi donna le temps à ma deuxième brigade, composée de la 30e et de la 59e demi-brigade, commandée par le général de brigade Guénand, de s'établir sur la droite, et aux autres corps de l'armée qui avaient combattu le matin et opéraient leur retraite, de venir prendre position derrière elle (49).

Pendant que je contenais, avec la 9e légère, l'ennemi sur son front, et que je protégeais le ralliement de l'armée, le Premier Consul tenait son conseil, où se trouvait le général en chef, le lieutenant général Desaix et autres généraux rassemblés sous le feu le plus fort de l'artillerie ennemie (50). Ils s'occupaient à préparer un grand mouvement, capable d'as-surer la victoire.

Bonaparte harangua les troupes, et, dans cet intervalle, le général Desaix fit réunir toute l'artillerie de sa division en {p.398} avant du front de ma deuxième brigade (51). Il s'engagea alors une canonnade dans laquelle l'ennemi avait une trop forte supériorité par le nombre de ses pièces pour que la partie pût être égale (52). Chaque instant voyait enlever des files de nos troupes, dont l'impatience augmentait pour en venir aux mains.

J'étais beaucoup plus avancé que le reste de ma ligne avec ma première brigade, et je n'aurais pas tardé à avoir un engagement sur tout le front de la 9e légère, lorsque le général Desaix m'envoya l'ordre de faire retirer mes troupes par échelons. Cette manoeuvre devenait, à la vérité, indispensable, si l'attaque générale était retardée; mais elle compromettait aussi les tirailleurs que j'avais en avant; j'ordonnai cependant le mouvement, en ne le faisant exécuter qu'à pas très lents, et je me rendis très promptement auprès du lieutenant général Desaix pour lui présenter mes observations. L'attaque allait commencer, et le général Desaix, connaissant les dispositions que j'avais faites sur le front de l'ennemi, me chargea alors d'arrêter la marche rétrograde, ce que je fis en me reportant sur le front de ma première brigade, qui s'était retirée de 200 pas au plus.

Je pourrais observer ici que ce mouvement rétrograde nous devint favorable, car l'ennemi, qui s'en aperçut, redoublant d'espoir, se porta en avant avec plus d'audace, et la {p.399} surprise qu'il y éprouva en se voyant ensuite chargé, nous fut avantageuse (53).

Le lieutenant général Desaix se rendit à ma première brigade, formant la gauche de l'armée, et me dit de me porter à ma deuxième, qui occupait le centre, en me chargeant de percer celui de l'ennemi et de l'enfoncer avec assez de rapidité pour le séparer entièrement et déranger par là son plan d'opérations.

Toute la ligne se mit en mouvement au pas de charge, et ma division formait le premier front. Ma brigade de gauche, composée de la 9e légère, eut à combattre devant elle les grenadiers hongrois qui venaient d'être réunis par le général Mélas, afin que ce corps d'élite pût poursuivre avec avantage la victoire qu'il regardait déjà comme assurée pour lui. Ce corps de grenadiers était soutenu d'une très forte cavalerie qui débordait les ailes de ma première brigade; leur résistance fut très opiniâtre; mais la valeur de la 9e légère la rendit nulle (54), et une heureuse charge de notre cavalerie couronna cette attaque.

L'habile et valeureux Desaix l'avait dirigée, et il n'eut pas le bonheur de jouir de nos succès. La mort venait d'enlever ce grand capitaine à ses frères d'armes. Il recommanda, par ses dernières paroles, de cacher son sort, dans la crainte que {p.400} cette nouvelle produisît quelque alarme et ne nuisît à la victoire (55).

A différentes reprises, la cavalerie ennemie tenta de tourner et d'entourer la 9e légère; mais elle fut reçue de manière à être découragée.

C'est absolument à la contenance et aux actes de valeur de ce corps qu'on doit les avantages marquants qui ont été remportés sur la gauche et surtout la prise de l'artillerie et des prisonniers. La cavalerie y a également contribué avec beaucoup d'à-propos et de courage.

Ma deuxième brigade, composée de la 30e et de la 59e demi brigade et dirigée par moi, enfonça avec une audace, une force et une rapidité étonnantes le centre de l'armée ennemie et la coupa en deux. Cette brigade eut continuellement à défendre à la fois son front et ses flancs et ses derrières contre l'artillerie et la mousqueterie et contre différents corps de cavalerie. Ces derniers particulièrement vinrent à la charge plusieurs fois pour attaquer nos derrières; mais l'ordre parfait de colonnes serrées dans lequel s'étaient maintenus nos bataillons, quoique traversant des vignes et autres obstacles, non seulement rendit la tentative de la cavalerie inutile, mais encore lui occasionna une perte considérable.

La résistance de l'ennemi, dans certaines positions, fut terrible. On se fût amusé inutilement à vouloir le chasser par la mousqueterie. Les charges à la baïonnette purent seules le débusquer, et elles furent exécutées avec une prestesse et une intrépidité sans exemple. Assurément, on ne peut donner assez d'éloges à cette brigade, en partie composée de conscrits qui ont rivalisé de courage et de fermeté avec les plus anciens militaires (56). {p.401}

Dans la charge à la baïonnette, deux drapeaux ont été pris, l'un par le citoyen Coqueret, capitaine de grenadiers de la 59e, et l'autre par le citoyen Georges Amptil, fusilier et conscrit de la 30e demi-brigade, lequel poursuivit et tua celui qui le portait et l'enleva à la vue d'un peloton qui cherchait à le ravoir (57).

Ainsi, je puis et je dois dire à la gloire, de ma division que, par son extrême courage, elle a eu le bonheur de contre-balancer les avantages obtenus par nos ennemis jusqu'à son arrivée et de concourir de la manière la plus efficace à fixer de notre côté l'illustre victoire de Marengo, victoire qui doit tenir une première place dans nos annales, tant par la valeur plus qu'héroïque qui l'a arrachée que par les grands intérêts qui y étaient attachés (58).

Le général Murat, au général Berthier.

Garofoli, 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

J'ai l'honneur de vous faire parvenir, mon Général, les différents rapports que je reçois des généraux de brigade, commandant les brigades de la cavalerie à la bataille de Marengo (59). J'essayerais en vain, si vous n'en aviez été témoin, de vous peindre la bravoure et l'intrépidité de toute la cavalerie; il n'y a pas eu d'escadron qui n'ait eu à soutenir, dans {p.402} la journée, plusieurs charges de cavalerie; toutes ont été reçues et données avec le plus grand succès.

Le général Kellermann, placé à la gauche, a soutenu la retraite de la division Victor avec le plus grand courage; le général Champeaux, à la droite, se comportait avec la même intrépidité; au centre, le général Duvignau, de sa personne, n'imitant point ses camarades, et, sous prétexte de maladie, avait abandonné sa brigade qui s'est, du reste, parfaitement bien battue (60).

Je dois surtout vous parler du général Kellermann, qui, par une charge faite à propos, a su fixer la victoire encore flottante et vous faire 5 à 6,000 prisonniers; du chef de brigade Bessières qui, en chargeant à la tête de ses grenadiers, a montré autant de bravoure que de sang-froid; de l'adjudant général César Berthier, qui a été partout également brave, intelligent et actif; il n'a cessé de rendre les plus grands services dans cette journée et dans toute la campagne.

La cavalerie a beaucoup souffert; je dois des éloges à tout le monde. La cavalerie a pris plusieurs drapeaux et plusieurs canons. J'ai eu, dans cette journée, environ 800 hommes et chevaux hors de combat.

Le général Kellermann s'est particulièrement distingué; le général Champeaux a été blessé avec une infinité d'officiers supérieurs et autres dont vous trouverez l'état ci-joint.

Je vous prie de m'accorder, pour le chef de brigade Bessières, commandant la garde des Consuls, le grade de général de brigade; je vous le demande aussi pour l'adjudant général Berthier et pour le chef de brigade du 8e régiment de dragons, qui, depuis la guerre d'Italie, n'a cessé de se distinguer avec le corps qu'il commande.

Je demande aussi le grade d'adjudant général pour mon aide de camp Colbert; le grade de chef de brigade pour mon aide de camp Beaumont qui, m'accompagnant partout, a contribué, par son courage, son activité et son intelligence, au succès de la cavalerie dans la journée, et qui, depuis le commencement de la campagne, a eu deux chevaux tués sous lui. {p.403} Mon aide de camp Didier, blessé également par un biscaïen, mérite des éloges particuliers.

Les citoyens Bigarne, lieutenant au 1er régiment de dragons; Deblou, capitaine au 2e régiment de chasseurs; Decoux, sous-lieutenant au 2e régiment de chasseurs, Renaud, sous-lieutenant au 11e de hussards ; officiers de correspondance près de moi, se sont comportés avec le plus grand courage. Didetes, officier piémontais, s'est bien battu.

Salut et respect.

MURAT.

P.-S. – Les grenadiers à pied des Consuls que vous m'avez envoyés, ont soutenu à la droite plusieurs charges de cavalerie l'arme au bras, et ont arrêté pendant longtemps le succès de l'ennemi. Ce corps a perdu 121 hommes tués ou blessés. Je lui dois des éloges particuliers, et, si j'ai pris quelques soins à l'organiser, je suis bien récompensé de le voir répondre d'une manière si brillante à mon attente.

L'adjudant général Berthier fera passer à votre chef d'état major l'état des pertes des différents corps de cavalerie de l'armée.

Le général de brigade Kellermann, au lieutenant général Victor.

Castilnanova, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

Mon Général,

J'ai l'honneur de vous adresser, ci-joint, le rapport des actions éclatantes qui ont distingué la brigade des 6e (61), 2e et 20e régiments de cavalerie pendant la bataille d'Alexandrie.

La brigade arriva à 9 heures du matin à Marengo, et fut immédiatement placée à la gauche en avant du village, près du 8e de dragons. Vers midi, l'ennemi fit déboucher par la droite, vis-à-vis de la brigade, une forte colonne de cavalerie; {p.404} nous la laissâmes avancer. Je donnai ordre au 8e de dragons de la charger; je le soutenais, marchant en bataille; le 8e culbuta la cavalerie ennemie; mais, la charge ayant mis du désordre, il fut chargé à son tour; je lui donnai ordre de me démasquer et de se rallier derrière la brigade qui s'avança avec sang-froid sur la ligne ennemie, la chargea à 50 pas, la mit en déroute et la culbuta dans les fossés, jusque sur son infanterie. L'ennemi perdit, dans ces deux charges, plus de 100 chevaux. Son infanterie allait se débander pour peu que la nôtre eût donné; mais on s'observa un quart d'heure; pendant ce temps, le feu de l'artillerie et de l'infanterie ennemie nous abîmait et nous obligea à reprendre notre ancienne position.

La brigade resta deux heures en panne sous le feu du canon. Il y eut un intervalle d'une heure pendant laquelle le feu cessa. A 2 heures, la brigade restant seule, sans infanterie et sans les dragons, on vit déboucher une colonne de 2 à 3,000 chevaux, précédée d'une nombreuse artillerie; il fallut se retirer. L'infanterie, n'ayant plus de cartouches, se porta sur Marengo (62). La brigade se mit en bataille sur la droite à la gauche du chemin, toujours sous le feu d'artillerie le plus meurtrier, couvrant la retraite de l'infanterie, lui donnant le temps de se rallier, se retirant en pelotons au pas, faisant, de distance en distance, ses demi-tours à droite, sans permettre que l'ennemi fit un seul prisonnier sur ce point, et déployant, dans cette circonstance, ce courage froid qui voit le danger, la mort, l'attend avec constance.

Arrivée à hauteur de la division Desaix, la brigade des 6e, 2é et 20e de cavalerie, réduite alors à 150 chevaux, fut réunie à un peloton du 1er et à deux escadrons du 8e de dragons. Je les formai sur une seule ligne, suivant la division Desaix, à 200 toises à droite de la route (63). J'aperçus que l'infanterie qui marchait sur la gauche de la route de Marengo, à hauteur {p.405} de Casina-Grossa, commençait à fléchir, et que les grenadiers ennemis la chargeaient à la course. Je pensai qu'il n'y avait pas un moment à perdre, et qu'un mouvement prompt pouvait ramener la victoire sous nos drapeaux. J'arrêtai la ligne, je commandai: « Peloton à gauche et en avant! » (64) ; les 2e {p.406} et 20e de cavalerie se trouvent avoir alors la tête de la colonne (65) qui se précipita avec impétuosité sur le flanc des grenadiers autrichiens au moment où ils venaient de faire leurs décharges. Le mouvement fut décisif; la colonne fut anéantie en un instant (66). {p.407}

Trois bataillons de grenadiers et le régiment entier de Wallis, tout est sabré ou pris; le citoyen Le Riche, cavalier au 2e régiment, fait prisonnier le général chef de l'état-major; six drapeaux, quatre pièces de canon sont enlevés.

Cependant, je ralliai un parti de 200 chevaux, avec lesquels je me portai en avant pour en imposer à leur formidable cavalerie, qui pouvait nous enlever notre avantage; elle fut contenue; elle commença même à se retirer. Je la suivis pas à pas jusque vers la nuit, où, nous étant réunis à la cavalerie de la garde consulaire, nous fîmes une nouvelle charge sur la seule cavalerie ennemie, dans laquelle elle fut taillée en pièces et ne dut son salut qu'à la nuit.

Les citoyens Alix, chef d'escadron du 2e, et Gérard, du 20e, ainsi que tous leurs officiers, sous-officiers et cavaliers, se sont parfaitement bien conduits. J'ignore les noms des chefs d'escadrons qui commandaient les 8e et 1er de dragons qui ont coopéré avec toute la valeur possible au succès de cette charge. Sur 11 officiers, le 2e de cavalerie en a 7 hors de combat; le 20e, 6. Le chef d'escadron Alix et le cavalier Leboeuf, au 2e, ont enlevé chacun un drapeau; le 20e a pris quatre pièces de canon; le cavalier Godin a enlevé un drapeau; le capitaine Tétard, du 20e, a chargé avec beaucoup de courage. Je vous prie de solliciter pour eux du général en chef les récompenses honorifiques que le Premier Consul a destinées à la valeur. {p.408}

Les capitaines Montfleury, Girardot et Terret; les lieutenants Gavory, Vergé, Poitel et Delord, tous du 2e, ont eu leurs chevaux tués sous eux.

Le capitaine Tétard, du 20e, les lieutenants Picquet, Courtois et Moraux ont eu leurs chevaux tués, et le capitaine Frély et le lieutenant Fraunoux ont été blessés.

Je vous demande, pour le citoyen Lamberty, officier plein d'intelligence, de bravoure et d'exactitude, la première place de capitaine qui viendra à vaquer dans le 2e de cavalerie, où il sert actuellement avec le brevet de capitaine surnuméraire audit corps. Je vous demande le grade de lieutenant pour le citoyen Petitot, sous-lieutenant, et celui de sous-lieutenant pour le citoyen Jalland, adjudant.

Je vous prie aussi de vous intéresser à faire indemniser les officiers dont les chevaux ont été tués dans l'affaire.

Je vous en adresserai un état nominatif.

Je vous demande le grade de sous-lieutenant pour le citoyen Velaine, maréchal des logis chef de la 1re compagnie du 20e régiment de cavalerie, qui s'est particulièrement distingué et qui a toutes les qualités requises pour faire un bon officier (67).

Salut et respect.

KELLERMANN.

J'approuve cette demande.

Le lieutenant du général en chef,

VICTOR (68).

Extrait des mémoires de Marmont.

. . . . . Le général Desaix. . . . . vint rejoindre le Premier Consul. Il trouvait l'affaire dans ce fâcheux état; il en avait mauvaise opinion. On tint, à cheval, une {p.409} espèce de conseil auquel j'assistai; il dit au Premier Consul (69) : « Il faut qu'un feu vif d'artillerie impose à l'ennemi avant de tenter une nouvelle charge; sans quoi, elle ne réussira pas; c'est ainsi, Général, que l'on perd les batailles. Il nous faut absolument un bon feu de canon. »

Je lui dis que j'allais établir une batterie avec les pièces encore intactes et au nombre de cinq (70) ; en y joignant cinq pièces restées sur la Scrivia et venant d'arriver (71), et, de plus, les huit pièces de sa division (72), j'avais une batterie de dix-huit pièces. « C'est bien, me dit Desaix: voyez, mon cher Marmont, du canon, du canon, et faites-en le meilleur usage possible. » Les dix-huit pièces furent bientôt mises en batterie. Elles occupaient la moitié de droite du front de l'armée, tant ce front était réduit. Les pièces de gauche étaient à la droite du chemin de San-Giuliano. Un feu vif et subit causa d'abord de l'hésitation à l'ennemi, puis l'arrêta.

Pendant ce temps, la division Boudet se formait, partie en colonne d'attaque par bataillon, et partie déployée. Quand le moment fut venu, le Premier Consul la parcourut et l'électrisa par sa présence et quelques paroles. Après environ vingt minutes de feu de cette artillerie, l'armée se porta en avant. Ma batterie fut bientôt dépassée, et je donnai l'ordre de suivre le mouvement. Je fis faire demi-tour à mes pièces pour marcher, mais j'avais peine à l'obtenir. Les canonniers tiraient malgré moi, par les grands intervalles de nos petits bataillons.

Enfin, le mouvement général s'était successivement établi, pièce par pièce, et j'étais arrivé à la gauche, près du chemin où étaient trois bouches à feu, deux pièces de 8 et un obusier servi par des canonniers de la garde des Consuls; à force de menaces, je les mettais en mouvement, et les chevaux étaient à la hauteur des pièces, à la prolonge, pour faire le demi-tour, quand, tout à coup, je vis, en avant de moi et à gauche, la 30e demi-brigade en désordre {p.410} et en fuite (73). Je fis remettre promptement les trois bouches à feu en batterie et charger à mitraille; mais j'attendis pour faire tirer. J'aperçus, à cinquante pas de la 30e, au milieu d'une fumée épaisse et de la poussière, une masse en bon ordre; d'abord, je la crus française; bientôt, je reconnus que c'était la tête d'une grosse colonne de grenadiers autrichiens. Nous eûmes le temps de tirer sur elle quatre coups à mitraille avec nos trois bouches à feu, et, immédiatement après, Kellermann, avec 400 chevaux, reste de sa brigade, passa devant mes pièces et fit une charge vigoureuse sur le flanc gauche de la colonne ennemie, qui mit bas les armes (74).

Si la charge eût été faite trois minutes plus tard, nos pièces étaient prises et retirées; et peut-être que, n'étant plus sous l'influence de la surprise causée par les coups de canon à mitraille, la colonne ennemie aurait mieux reçu la cavalerie. Il en aurait peut-être été de même si la charge eût précédé la salve. Ainsi, il a fallu cette combinaison précise pour assurer un succès aussi complet, et, il faut le dire, inespéré. Jamais la fortune n'intervint d'une manière plus décisive; jamais général ne montra plus de coup d'oeil, plus de vigueur et d'à-propos que Kellermann dans cette circonstance.

3,000 grenadiers autrichiens, à la tête desquels se trouvait le général Zach, quartier-maître général, chef véritable de l'armée, furent sabrés ou pris. Cette réserve de l'armée avait été mise en mouvement à l'instant où notre nouvelle résistance avait exigé un nouvel effort. 2,000 hommes de cavalerie autrichienne, placés à une demi-portée de canon, virent tout ce désordre sans' tenter d'y remédier. En chargeant les 400 chevaux français, ils pouvaient facilement reprendre leurs prisonniers et tout réparer; leur repos couvrit de honte leur commandant.

Voilà les circonstances exactes de la crise de la bataille de Marengo. C'est sous mes yeux mêmes et à quelques pas de moi que tout cela s'est passé. On a beaucoup discuté sur cet événement; mais les choses furent telles que je viens de les raconter. Kellermann avait été mis aux ordres du général Desaix; il avait pour instruction de suivre le mouvement des troupes et de charger quand il verrait l'ennemi en désordre et l'occasion favorable. Il a reconnu, en homme habile, l'urgence des circonstances; car c'est quand le désordre commençait chez nous, et non pas chez l'ennemi, qu'il a chargé et qu'il a exécuté sa résolution avec une vigueur incomparable. Il est absurde et injuste de lui contester la gloire acquise dans cette mémorable circonstance et l'immense service qu'il a rendu. . . . . » (Mémoires du duc de Raguse, t. 2, p. 131-135. – Ces mémoires ont paru en 1857).

* * *

Après les récits des combattants, peut-être lira-t-on aussi avec intérêt. les rapports faits par l'état-major peu {p.411} de temps après la bataille. S'ils n'ont pas le même cachet de sincérité, leur lecture est cependant fort instructive.

Ils sont ici dans l'ordre suivant:

Rapport d'un officier d'état-major présent à la bataille;

Rapport sommaire de Berthier, modifié par le Premier Consul;

Lettre de Berthier, au Ministre de la guerre;

Bulletin de l'armée de réserve;

Rapport de Dupont, au Ministre de la guerre;

Rapport détaillé de Berthier;

Journal de campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

Milan, le 30 prairial an 8 (19 juin 1800).

. . . . . (75). . . . .

. . . . . C'est avec ces moyens qu'il (l'ennemi) se porta sur nous dès la pointe du jour (76). Il déboucha de sa position en déployant le feu de cinquante à soixante pièces d'artillerie. Nous n'en avions que sept à lui opposer (77), et nous ne pouvions avoir de munitions que pour cinq à six heures de combat.

L'ennemi recommença plusieurs attaques et fut sans cesse repoussé depuis le matin jusqu'à midi; mais, en le repoussant, il fallait toujours s'arrêter à la Bormida, et même se replier pour ne pas rester sous le feu des batteries placées de l'autre côté de la rivière. La continuité et la durée de ces attaques épuisaient nos moyens et les forces du soldat. Ce fut alors que la gauche plia et se mit même en déroute.

Le général Bonaparte s'était porté à 9 heures sur le champ de bataille (78). Nous étions au centre. La droite avait eu besoin de renforts. On y avait envoyé les grenadiers à pied. Ils ont soutenu, pendant plusieurs heures, le feu de l'artillerie, {p.412} celui de plusieurs régiments et des charges de cavalerie, sans reculer d'un pas. Ils ont eu le tiers de leurs forces hors de combat. La gauche était découverte. Le feu de notre artillerie était éteint. Le centre et la droite furent obligés de se replier. Ils le firent en bon ordre. Ce fut alors que le général Bonaparte se porta sur la ligne. Les généraux s'étaient rassemblés autour de lui. Nous étions sous le feu du canon et de la mousqueterie de l'ennemi; les hommes tombaient dans les rangs derrière nous. Le général se plaça devant la 72e. Il voulait se porter en avant avec elle. Ce fut alors qu'on l'entoura et qu'on l'obligea de se retirer. Il est cependant toujours resté exposé aux boulets qui tombaient à chaque instant.

Le général Desaix arrivait, avec la division Boudet. En arrivant, le général Bonaparte lui dit en riant: « Eh bien! Général Desaix, quelle échauffourée! » « Eh bien! Général, lui répond Desaix avec beaucoup de calme et d'intrépidité, j'arrive, nous sommes tous frais; et, s'il le faut, nous nous ferons tuer (79). »

Il y eut une espèce de conseil au milieu du feu. Le centre et la droite étaient rangés en bon ordre. La 9e légère, qui faisait la tête de la colonne du général Desaix, se porta de suite à la gauche.

La même division amenait cinq à six bouches à feu qui furent placées au centre (80). « Général, dit Desaix, il n'y a qu'à faire un feu d'artillerie bien nourri pendant un quart d'heure, et ensuite, nous nous ébranlerons. » Ce moyen eut le plus heureux succès. L'artillerie donna à propos et fit le plus grand effet.

L'ennemi, animé par ses avantages, nous poussait vivement. Tous les généraux étaient derrière la ligne pour la faire avancer. Notre feu fut très meurtrier et le força de s'arrêter.

Le général Desaix s'était porté à sa colonne et s'était mis à la tête de la 9e.

Le général Bonaparte m'avait ordonné de l'accompagner.

Le général Boudet et Dalton faisaient notre gauche avec deux demi-brigades.

Je précédais le général Desaix. Nous marchions avec la 9e. Un régiment, placé dans des vignes, n'était qu'à dix pas, et nous recevait avec un feu très vif de mousqueterie ; derrière lui était le chef d'état-major de l'armée ennemie.

C'est alors, et en commençant la charge, que le général Desaix fut frappé d'une balle qui était venue obliquement. Elle l'a frappé au-dessus du coeur et elle est sortie par l'épaule droite; si elle était venue directement, c'est moi qui l'aurait reçue, car j'étais devant lui, à cheval. Je me retourne, et je le vois tomber. Je m'approche; il était mort. Il n'avait eu que le temps de dire à Lefebvre, qui était auprès de lui: « Mort 1 » (81). Comme il n'avait point {p.413} d'uniforme, les soldats ne l'ont point remarqué (82). Lefebvre le fit emporter (83), et je continuai d'avancer avec la 9e.

Dans ce moment, le général Kellermann fit, par la gauche, une charge de cavalerie sur les troupes qui nous étaient opposées. Elle eut un plein succès. Il fit de 3 à 4,000 prisonniers. On prit le chef d'état-major, le général Zach et plusieurs drapeaux; dès lors, la bataille fut gagnée.

Toutes les colonnes s'avançaient et se déployaient en bon ordre. L'artillerie les suivait et les soutenait par son feu. L'ennemi cède et recule sur tous les points. Cependant, il s'arrêtait quelquefois; alors se déployait un feu de file presque à bout portant. La crainte d'occasionner quelque nouveau désordre faisait qu'on ne s'avançait sur tous les points qu'au pas mesuré. L'ennemi nous avait repoussés l'espace d'une lieue; on regagna tout le terrain en continuant de marcher ainsi jusqu'à la nuit. Vers la fin, il avait plusieurs escadrons qui voulurent faire un mouvement sur la droite pour nous mettre en désordre. L'infanterie, d'abord, les reçut bien. On appelle ensuite la garde à cheval qui était restée toute la journée en bataille. Bessières marche avec les grenadiers en très bon ordre, et, chargeant avec le reste de la cavalerie, ils ont haché tout ce qui était devant eux. Le combat finit alors avec le jour.

Vous jugez, d'après ces détails, que, de part et d'autre, on a beaucoup souffert. Au dire de tout le monde, il y a eu peu de batailles où l'on ait mis plus d'acharnement; celle-ci était décisive. J'évalue notre perte à 6 à 700 tués, 2,000 blessés et 1500 prisonniers. L'ennemi a eu probablement 1600 morts, 3 à 4,000 blessés et 4 à 5,000 prisonniers.

N'eût-il perdu personne, sa défaite était complète, par cela seul qu'il n'avait pu nous forcer; car il était sans vivres et cerné de toutes parts. Il a été obligé de demander, le lendemain, à capituler. Vous savez déjà tout ce qui a été fait, et comment nous nous trouvons, sans coup férir, maîtres de toute l'Italie. Ce sont là, sans doute, les préliminaires de la paix. Il n'est guère possible qu'après de pareilles leçons, l'Empereur ait envie de recommencer à se faire donner sur les oreilles.

Vous serez bien aise d'apprendre que la division Boudet a été regardée comme ayant sauvé l'armée; car, à vrai dire, à 2 heures, la bataille était perdue. Cette division est une de celles où il y a le plus d'ordre. On loue l'activité de son général ; on ne fait pas moins d'éloges de celle de Dalton, son chef d'état-major.

Je ne connaissais point personnellement le général Desaix; mais je lui payais le tribut d'estime que sa vue seule inspirait. Je l'ai vu tomber avec le plus vif regret. Je regrettais de n'être pas frappé à sa place. Il n'y a point de soldat qui n'ait exprimé les mêmes regrets. Son aide de camp Savary m'a chargé de le rappeler à votre souvenir. {p.414}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul (84).

Sur le champ de bataille de Saint-Juliano (85), le 25 prairial an 8 (14 juin 1800), à 9 heures du soir (86).

J'ai à vous rendre compte, Citoyen Consul, de la bataille de Saint-Juliano, où vous avez déterminé la victoire indécise pendant treize heures du combat le plus opiniâtre.

Après la bataille de Montebello, près Casteggio, la division Gardanne, formant l'avant-garde, repoussa l'ennemi de Garofoli et Saint-Julien jusqu'à Marengo, où il prit position le 24 au soir.

Le général Gardanne, soutenu de la 24e légère, l'a attaqué dans cette position, a enlevé le village de Marengo, fait environ 200 prisonniers et pris deux pièces de canon.

Bataille de Saint-Juliano. – Le 25 au matin, le général Mélas, avec toutes ses forces, a débouché par ses ponts et par les gués de la Bormida, et a attaqué avec vigueur notre centre à Marengo, tandis que, profitant de sa nombreuse cavalerie, ses ailes se déployaient par notre droite et par notre gauche.

Le corps du général Victor tenait la gauche et le centre; celui du général {p.415}

Lannes, la droite; notre cavalerie couvrait les ailes et formait une réserve.

L'ennemi a démasqué plus de cent bouches à feu. L'attaque et la résistance de nos troupes ont été également opiniâtres.

Les ennemis se battaient comme des hommes qui voulaient se faire une trouée et qui n'avaient plus d'alternative entre la victoire ou leur perte entière (87); ils étaient parvenus à se rendre maîtres du village de Marengo. Notre gauche a fait un mouvement de retraite, soutenu par la cavalerie; le centre a suivi ce mouvement, et notre droite, combattant avec avantage, a arrêté les progrès que l'ennemi cherchait à faire pour tourner notre droite qui, soutenue par les grenadiers de la garde des Consuls (88), a maintenu sa position jusqu'au moment de l'arrivée de la division Boudet, aux ordres du général Desaix (89).

Cette division, que vous avez dirigée au combat (90), a attaqué le centre de l'ennemi au pas de charge. La 9e demi-brigade légère, incomparable par sa bravoure, était en première ligne; le général Desaix marchait à sa tète.

Votre présence donnait à l'armée cette impulsion qui a, tant de fois, décidé la victoire. La charge a été battue; toute la nouvelle ligne s'est ébranlée, suivie des divisions qui s'étaient battues depuis le jour.

Le général Kellermann, qui avait soutenu le mouvement de retraite de notre gauche, saisit le moment où l'infanterie ennemie, après avoir été ébranlée, cherchait à attaquer de nouveau. Il charge avec impétuosité, fait plus de 6,000 prisonniers, prend dix pièces de canon et le général Zach, chef de l'état-major de l'armée.

La gauche de l'ennemi continuait à combattre avec ordre et opiniâtreté la division Watrin, appuyée des grenadiers à pied des Consuls, qui se sont signalés pendant toute la bataille. La garde à cheval des Consuls, commandée par le chef de brigade Bessières, et l'artillerie, se sont couvertes de gloire. La cavalerie, aux ordres du général Murat, a fait plusieurs charges décisives.

Le général Monnier a attaqué le village de Castel-Ceriolo, où était la gauche de l'ennemi, a culbuté plusieurs bataillons dans la Bormida. Des corps de cavalerie ennemie ont été coupés. Un escadron des dragons de Latour a été entièrement détruit par le feu des grenadiers de la garde des Consuls.

Le résultat de cette sanglante bataille a jeté les restes de l'armée du général Mélas au delà de la Bormida, sous le canon de la citadelle d'Alexandrie. Nous {p.416} avons fait environ 7 ou 8,000 prisonniers, parmi lesquels le général Zach, chef de l'état-major général, et beaucoup d'officiers de marque. Nous avons pris beaucoup de canons; le nombre n'en est pas encore connu.

Le nombre des tués ou blessés de l'ennemi s'élève à 6,000 hommes. Jusqu'à ce moment, on m'a remis douze drapeaux. Il y en a d'autres dans les divisions.

Notre perte est d'environ 600 hommes tués, 1500 blessés et 500 prisonniers.

Je vous ferai connaître les détails de cette mémorable journée et les noms de ceux qui se sont distingués lorsque j'aurai les rapports des divisions.

Le général Murat a eu ses habits criblés de balles ; le général Lannes, son chapeau emporté par un boulet; les généraux Mainoni, Malher, Rivaud ont été blessés (91).

Alex. BERTHIER.

La République a fait aujourd'hui une grande perte. Desaix a été tué. Il était arrivé depuis deux jours. Sa mort a vivement affecté toute l'armée.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

San-Giuliano, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

La journée d'hier, citoyen Ministre, est une des plus glorieuses pour les armes de la République. Une bataille sanglante, disputée pendant treize heures de combat le plus vif; 7,000 prisonniers, dont trois généraux, parmi lesquels le général Zach, chef de l'état-major général, dix pièces de canon et neuf drapeaux sont le résultat de cette journée. M. de Mélas s'est retiré sous la citadelle d'Alexandrie (92).

Le Premier Consul fait connaître le précis de cette mémorable journée (93); demain, il enverra, par un nouveau courrier, la relation détaillée que je vais rédiger (94).

Salut et attachement.

Alex. BERTHIER.

P.-S. – Parmi les officiers tués, nous' avons à regretter le général Desaix. {p.417}

Bulletin de l'armée de réserve (95).

Torre-di-Garofoli, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

Après la bataille de Montebello, l'armée s'est mise en marche pour passer la Scrivia. L'avant-garde, commandée par le général Gardanne, a, le 24, rencontré l'ennemi, qui défendait les approches de la Bormida et les trois ponts {p.418} qu'il avait près d'Alexandrie (96), l'a culbuté, lui a pris deux pièces de canon et fait 100 prisonniers.

La division du général Chabran arrivait en même temps le long du Pô, vis-à-vis Valenza, pour empêcher l'ennemi de passer ce fleuve. Ainsi, M. Mélas se trouvait cerné entre la Bormida et le Pô. La seule retraite de Gênes qui lui restait, après la bataille de Montebello, se trouvait interceptée. L'ennemi paraissait n'avoir aucun projet et très incertain de ses mouvements (97).

Le 25, à la pointe du jour, l'ennemi passa la Bormida sur ses trois ponts, résolu à se faire une trouée, déboucha en force, surprit notre avant-garde et commença, avec la plus grande vivacité, la célèbre bataille de Marengo, qui décide enfin du sort de l'Italie et de l'armée autrichienne.

Quatre fois, pendant la bataille, nous avons été en retraite, et quatre fois nous avons été en avant. Plus de soixante pièces de canon ont été, de part et d'autre, sur différents points et à différentes heures, prises et reprises. Il y a eu plus de douze charges de cavalerie, et avec différents succès.

Il était 3 heures après-midi; 10,000 hommes de cavalerie débordaient notre droite dans la superbe plaine de San-Giuliano. Ils étaient soutenus par une ligne de cavalerie (sic) (98) et beaucoup l'artillerie. Les grenadiers de la garde furent placés comme une redoute de granit au milieu de cette immense plaine; rien ne put l'entamer. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout fut dirigé contre ce bataillon; mais en vain; ce fut alors que vraiment l'on vit ce que peut une poignée de gens de coeur (99). {p.419}

Par cette résistance opiniâtre, la gauche de l'ennemi se trouva contenue et notre droite appuyée jusqu'à l'arrivée du général Monnier, qui enleva à la baïonnette le village de Castel-Ceriolo.

La cavalerie ennemie fit alors un mouvement rapide sur notre gauche qui, déjà, se trouvait ébranlée; ce mouvement précipita sa retraite.

L'ennemi avançait sur toute la ligne, faisant un feu de mitraille avec plus de 100 pièces de canon. Les routes étaient couvertes de fuyards, de blessés, de débris; la bataille paraissait perdue. On laissa avancer l'ennemi jusqu'à une portée de fusil du village de San-Giuliano, où était en bataille la division Desaix, avec huit pièces d'artillerie légère en avant (100) et deux bataillons en potence, en colonne serrée, sur les ailes (101). Tous les fuyards se ralliaient derrière. Déjà l'ennemi faisait des fautes qui présageaient sa catastrophe. Il étendait trop ses ailes.

La présence du Premier Consul ranimait le moral des troupes. « Enfants, leur disait-il, souvenez-vous que mon habitude est de coucher sur le champ de bataille (102) ».

Aux cris de : « Vive la République! Vive le Premier Consul! », Desaix aborda au pas de charge et par le centre. Dans un instant, l'ennemi est culbuté.

Le général Kellermann qui, avec sa brigade de grosse cavalerie, avait, toute la journée, protégé la retraite de notre gauche, exécuta une charge avec tant de vigueur et si à propos, que 6,000 grenadiers et le général Zach, chef de l'état-major. général, furent faits prisonniers, et plusieurs généraux ennemis tués.

Toute l'armée suivit ce mouvement. La droite de l'ennemi se trouva coupée; la consternation et l'épouvante se mirent dans ses rangs.

La cavalerie autrichienne s'était portée au centre pour protéger la retraite. {p.420} Le chef de brigade Bessières, à la tête des casse-cols et des grenadiers de la garde, exécuta une charge avec autant d'activité que de valeur, et perça la cavalerie ennemie; ce qui acheva l'entière déroute de l'armée.

Nous avons pris quinze drapeaux, quarante pièces de canon, et fait 6 à 8,000 prisonniers. Plus de 6,000 ennemis sont restés sur le champ de bataille.

La 9e légère a mérité le titre d'Incomparable (103). La grosse cavalerie et le 8e de dragons se sont couverts de gloire (104). Notre perte aussi est considérable: nous avons eu 600 hommes tués, 1500 blessés et 900 prisonniers.

Les généraux Champeaux, Mainoni et Boudet sont blessés.

Le général en chef Berthier a eu ses habits criblés de balles; plusieurs de ses aides de camp ont été démontés. Mais, une perte vivement sentie par l'armée, qui le sera par toute la République, ferme notre coeur à la joie. Desaix a été frappé d'une balle au commencement de la charge de sa division; il est mort sur le coup. Il n'a eu que le temps de dire au jeune Lebrun, qui était avec lui: « Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le regret de n'avoir pas assez fait pour vivre dans la postérité (105) ». {p.421}

Dans le cours de sa vie, le général Desaix a eu quatre chevaux tués sous lui et reçu trois blessures. Il n'avait rejoint le quartier général que depuis trois jours; il brûlait de se battre, et avait dit deux ou trois fois, la veille, à ses aides de camp: « Voilà longtemps que je ne me bats plus en Europe. Les boulets ne nous connaissent plus; il nous arrivera quelque chose ». Lorsqu'on vint, au milieu du plus fort du feu, annoncer au Premier Consul la mort de Desaix, il ne lui échappa que ce seul mot: « Pourquoi ne m'est-il {p.422} pas permis de pleurer? » (106). Son corps a été transporté en poste à Milan (107) pour y être embaumé (108).

Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Garofoli, le 28 prairial an 8 (17 juin 1800).

. . . . . (109). . . . .

Bataille de Marengo (110). – Le même champ de bataille devait servir, le lendemain, à l'un des plus grands événements qui puissent illustrer les armes françaises. M. de Mélas, voyant sa ligne de communication coupée et craignant d'être attaqué de front par le général Berthier, pendant que le général Masséna marcherait sur ses derrières, pour l'enfermer entre le Pô, le Tanaro et les deux armées, a pris le parti de tenter le sort d'une bataille générale, pour se frayer la route de Plaisance. La jonction de toutes ses forces s'est opérée, le 24, à Alexandrie, et le 25, il a passé la Bormida sur deux ponts, dont l'un a été jeté pendant la nuit.

La division Gardanne et la division Chambarlhac, composée des brigades {p.423} des généraux Rivaud et Herbin, sous le commandement du général Victor, étaient placés, dès la veille, en avant de Marengo. Le corps du général Lannes, composé de la brigade du général Mainoni et de la division Watrin, où se trouvent les brigades des généraux Malher et Gency, s'est porté à leur hauteur à droite; la cavalerie, aux ordres du lieutenant général Murat, et composée des brigades des généraux Rivaud, Champeaux et Kellermann, a été placée sur les ailes et dans les intervalles; c'est dans cet ordre que la bataille s'est donnée.

L'ennemi, en débouchant dans la vaste plaine qui sépare Alexandrie et Tortone, a manoeuvré de manière à nous déborder par les deux ailes, et il avait, à son centre, trois divisions destinées à faire effort sur le village de Marengo. Une artillerie, composée de plus de 100 bouches à feu, couvrait tout son front. Sa supériorité numérique dans toutes les armes était considérable. Il n'avait cependant fait aucun progrès après six heures de combat. Le feu le plus violent régnait sur toute la ligne et des charges audacieuses se renouvelaient souvent; mais notre droite, se trouvant menacée par un corps qui se prolongeait du côté de Castel-Ceriolo, nous avons abandonné Marengo et pris position en arrière de ce village. Ce mouvement était nécessaire pour ne pas être débordé; le feu n'a pas été interrompu un instant.

La division Monnier, qui était campée à Garofoli, est alors arrivée sur le champ de bataille; la 19e légère et la 70e demi-brigade, aux ordres des généraux Carra-Saint-Cyr et Schilt, ont marché sur la droite, et elles ont repris une partie du terrain que nous y avions cédé. La garde à pied et à cheval des Consuls a beaucoup contribué à soutenir le combat de ce côté.

Cependant, l'ennemi, déployant les forces qu'il tenait en réserve, et enhardi par sa grande supériorité en artillerie, cherchait toujours à dépasser notre droite; il renouvelait en même temps ses efforts au centre, où il avait placé trois profondes colonnes, sur lesquelles il avait fondé l'espérance de pénétrer jusqu'à San-Giuliano.

Il était alors 5 heures du soir. Tous les généraux, avides de danger, parcouraient les rangs pour ranimer l'ardeur des troupes; rien ne pouvait l'exciter plus vivement que la présence du Premier Consul, bravant tous les hasards et opposant sa fortune à la confiance momentanée de l'ennemi. C'était l'instant décisif.

La division Boudet, composée des brigades des généraux Monnier et Guénand et faisant partie du corps commandé par le général Desaix, s'était dirigée de Ponte-Curone sur Rivalta; mais, ayant reçu l'ordre de se réunir à l'armée, elle est arrivée en ce moment, par une marche rapide, en avant de San-Giuliano (111). {p.424}

Le général Desaix fait aussitôt ses dispositions avec cette habileté qui lui a acquis une si juste célébrité, et il aborde l'ennemi qui était alors à hauteur de Cassina-Grossa. Le combat se ranime avec une nouvelle chaleur; la 9e demi-brigade légère et les grenadiers des Consuls font des prodiges d'audace; tous les corps oublient les fatigues et les pertes de la journée; ils combattent avec une vigueur qui semble croître.

La victoire ne pouvait rester plus longtemps incertaine; le général Kellermann, à la tête du 8e régiment de dragons et des 2e et 20e de cavalerie, charge avec impétuosité un corps ennemi de six bataillons de grenadiers qui s'avançait vers la Cassine; il l'enveloppe et lui fait mettre bas les armes. Ce brillant succès est le signal, pour l'armée, d'une attaque générale (112); l'ennemi est ébranlé de toutes parts; il dispute encore un terrain qui lui avait coûté tant de sacrifices; mais il reconnaît enfin sa défaite, et il se met en pleine retraite. Nous le poursuivons jusqu'au delà de Marengo, sur les bords de la Bormida, et la nuit ne nous permet pas de le harceler plus longtemps.

Cette bataille a duré treize heures; il en est peu où l'audace et le talent aient plus évidemment fixé la fortune.

L'ennemi a perdu environ 12,000 hommes, dont 6,000 prisonniers, 4,000 blessés et 2,000 tués, huit drapeaux, vingt bouches à feu et des munitions de guerre (113). Il a eu 400 officiers de tous grades et huit généraux hors de combat. Les généraux Haddick et Bellegarde sont du nombre; le général Zach, chef de l'état-major, a été pris.

L'armée de la République a fait la perte irréparable du général Desaix; ses campagnes sur le Rhin et en Égypte rendent son éloge superflu. Son corps a été transféré à Milan, où il sera embaumé. Les généraux Rivaud (d'infanterie), Mainoni, Malher et Champeaux ont été blessés. Le général en chef Berthier a eu le bras légèrement atteint d'une balle; ses aides de camp Dutaillis et Laborde ont eu leurs chevaux tués sous eux à ses côtés. Le frère du général Watrin, officier d'état-major, a été tué. Je vous adresserai l'état des pertes de chaque corps, lorsqu'il m'aura été remis.

Le 26, le général Mélas, pour sauver les débris de son armée, s'est engagé à évacuer toutes les places qu'il occupe jusqu'à l'Oglio. Je vous rendrai compte, dans une autre lettre, des détails de cette évacuation, dont j'ai été chargé de déterminer les époques avec le général Mélas (114). Cet événement extraordinaire rend la victoire de Marengo la plus éclatante peut-être de toutes celles qui ont consacré la gloire du nom français.

L'héroïsme des officiers généraux, la valeur des chefs de corps et des officiers particuliers, l'intrépidité des troupes méritent tous les éloges de la nation qui n'a jamais été plus grande que dans cette journée.

DUPONT. {p.425}

Rapport du général en chef Alex. Berthier. sur la bataille de Marengo, le 25 prairial an 8 (115).

S'emparer de Milan, opérer la jonction avec la division du général Moncey, couper les derrières de l'ennemi à Brescia, Orzinovi, Marcaria, Plaisance, prendre ses immenses magasins, fermer ses communications, enlever ses dépôts, ses malades et ses parcs: tels étaient les mouvements qui avaient été ordonnés à des partis, tandis que notre armée observait celle de l'ennemi, l'inquiétait sur le Pô et effectuait le passage de ce fleuve devant Stradella. L'activité de nos mouvements nous avait donné l'initiative des mouvements; le génie de Bonaparte en a profité.

L'ennemi, battu à Montebello, allait être renforcé successivement des troupes aux ordres de MM. les généraux Elsnitz et Bellegarde. J'étais instruit d'un autre côté que M. de Mélas avait rassemblé toutes ses forces à Alexandrie. Il était important de prévenir ses mouvements ultérieurs. Tout fut disposé pour atteindre ce but.

L'ennemi pouvait, ou se porter sur Gênes et de là pénétrer dans la Toscane, ou passer le Pô et le Tessin pour gagner Mantoue, ou se faire jour par la rive droite du Pô en combattant notre armée, ou enfin se renfermer dans Turin.

Les divisions Chabran et Lapoype reçoivent l'ordre de garder le Pô ; le détachement laissé à Ivrée observe l'Orco; le corps du général Moncey occupe Plaisance, observe Bobbio, garde le Tessin, la Sesia et l'Oglio, depuis le confluent de cette rivière jusqu'au Pô et pousse des reconnaissances sur Peschiera et Mantoue; la légion italique occupe Brescia. Le reste de l'armée, Bonaparte à la tête, marche à l'ennemi.

Le 24 prairial (116), à la pointe du jour, l'armée se dirige sur Tortone et Castel-Nuovo-di-Scrivia. Le corps du général Victor, qui forme l'avant-garde, passe la Scrivia à Ova (117), celui du général Lannes s'empare de Castel-Nuovo, où l'ennemi abandonne 1500 malades, parmi lesquels 600 convalescents prêts à grossir son armée. Le corps aux ordres du général Desaix prend position en avant de Ponte-Curone.

Le même jour (118), l'armée marche sur San-Giuliano que l'avant-garde de l'ennemi évacue pour aller prendre position à Marengo. Il y est attaqué par la division Gardanne, soutenue de la 24e légère, et est forcé de se retirer jusqu'à son pont sur la Bormida, après avoir perdu 2 pièces de canon et 180 prisonniers. {p.426}

L'ennemi venait de refuser la bataille dans la plaine située entre San-Giuliano et Marengo, où il pouvait tirer un grand avantage de sa nombreuse cavalerie. Tout devait faire présumer qu'il ne nous attaquerait pas, après nous avoir laissés acquérir la connaissance du terrain et de sa position et qu'il avait le projet soit de passer le Pô et le Tessin, soit de se porter sur Gênes et Bobbio.

Des mesures sont prises pour lui opposer des forces sur la route d'Alexandrie à Gênes et sur la rive gauche du Pô, dont il pouvait tenter le passage à Casale ou à Valenza. Une division du corps aux ordres du général Desaix se porte sur Rivalta en tournant Tortone; des ponts volants sont établis à hauteur de Castel-Nuovo, pour passer rapidement le Pô et par un mouvement de flanc se réunir aux divisions d'observation sur la rive gauche de ce fleuve (119).

Mais le 25, à 7 heures du matin, la division Gardanne, qui faisait notre avant-garde, est attaquée. L'ennemi par le développement de ses forces fait connaître ses projets.

Les troupes aux ordres du général Victor sont aussitôt rangées en bataille; une partie forme le centre qui occupe le village de Marengo; l'autre forme l'aile gauche qui s'étend jusqu'à la Bormida. Le corps du général Lannes est à l'aile droite. L'armée, formée sur deux lignes, avait ses ailes soutenues d'un gros corps de cavalerie.

L'ennemi se déploie successivement et débouche par trois colonnes: celle de droite débouche sur Frugarolo en remontant la Bormida, celle du centre sur Marengo par la grande route, enfin celle de gauche sur Castel-Ceriolo.

Le général Victor me fait prévenir qu'il est attaqué par toutes les forces ennemies. Je fais aussitôt marcher la réserve de cavalerie et le corps du général Desaix dont je rappelle la division qui se dirigeait sur Serravalle (120).

Le Premier Consul se porte rapidement sur le champ de bataille: nous trouvons en y arrivant l'action engagée sur tous les points; on se battait de part et d'autre avec un égal acharnement.

Le général Gardanne soutenait depuis deux heures l'attaque de la droite et du centre de l'ennemi sans perdre un pouce de terrain, malgré l'infériorité de son artillerie. La brigade aux ordres du général Kellermann, composée des 2e et 20e régiments de cavalerie et du 8e de dragons, appuyait la gauche du général Victor. La 44e et la 101e de ligne soutenaient leur réputation.

Le général Victor envoie des ordres à la brigade de cavalerie du général Duvignau; mais ce général avait quitté sans autorisation le commandement de sa brigade (121), ce qui retarde l'exécution des mouvements. 200 hommes de ce corps sont commandés pour remonter la Bormida et observer le mouvement de la droite de l'ennemi. Le reste reçoit l'ordre d'appuyer la gauche de l'armée et se conduit avec valeur.

Le général Gardanne, obligé de quitter sa position d'avant-garde, se retire par échelons et prend une position oblique. La droite est au village de {p.427} Marengo, la gauche sur les rives de la Bormida. Dans cette nouvelle position il prend en flanc la colonne qui marche sur Marengo et dirige sur elle une fusillade terrible. Les rangs de cette colonne sont éclaircis; elle hésite un instant; déjà plusieurs parties commençaient à plier, mais elle reçoit de nouveaux renforts et continue sa marche.

Le général Victor dispose successivement la 24e légère, la 43e et la 96e de ligne pour défendre le village de Marengo.

Tandis que ces mouvements s'exécutent, la brigade du général Kellermann soutient la gauche; le 8e de dragons charge et culbute une colonne ennemie, mais il est chargé. à son tour par des forces supérieures. Les 2e et 20e de cavalerie le soutiennent et font plus de 100 prisonniers.

La gauche de l'ennemi s'avance vers Castel-Ceriolo; son centre, recevant toujours de nouveaux renforts, parvient à s'emparer du village de Marengo où il fait prisonniers 400 hommes qui se tenaient dans une maison (122). Quelques-uns de nos tirailleurs, manquant de cartouches, abandonnent en désordre le champ de bataille et l'ennemi, encouragé par ce succès, charge avec plus d'impétuosité.

Le général Lannes le combat avec avantage. Sa ligne, découverte dans la plaine, résiste à l'artillerie et soutient la charge de la cavalerie; mais il ne peut pousser l'ennemi sans se trouver débordé par la gauche. Il envoie la 40e demi-brigade et la 22e renforcer la division Chambarlhac qui perdait du terrain.

L'ennemi, souvent repoussé au centre, revient toujours à la charge et finit par déborder le village de Marengo. Le général Victor ordonne un mouvement rétrograde sur la réserve.

Le général Lannes se voit alors attaqué par des forces infiniment supérieures: deux lignes d'infanterie marchent à lui avec une artillerie formidable. La division Watrin et la 28e sont inébranlables; sur le point d'être tournées par un corps considérable, elles sont soutenues par la brigade de dragons aux ordres du général Champeaux.

Le changement de position du général Victor oblige le général Lannes à suivre le même mouvement. Le Premier Consul instruit que la réserve du général Desaix n'était pas encore prête se porte lui-même à la division Lannes pour ralentir son mouvement de retraite. Cependant l'ennemi s'avançait.

Il ordonna différents mouvements à la 72e demi-brigade; il veut même prendre l'ennemi en flanc et charger à la tête de cette demi-brigade; mais un cri sort de tous les rangs: « Nous ne Voulons pas que le Premier Consul s'expose », et l'on vit alors une lutte intrépide du soldat qui, oubliant le danger, ne pensait qu'à celui que courait son chef.

Cependant l'on gagne du temps, la retraite se fait bientôt par échiquier sous le feu de 80 pièces d'artillerie, qui précèdent la marche des bataillons autrichiens et Vomissent dans nos rangs une grêle de boulets et d'obus. Rien ne peut ébranler nos bataillons, ils se serrent et manoeuvrent avec le même ordre et le même sang-froid que s'ils eussent été à l'exercice; le rang qui vient d'être éclairci se trouve aussitôt rempli par d'autres braves ; jamais on ne vit un mouvement plus régulier ni plus imposant.

L'ennemi se croyait assure de la victoire; une cavalerie nombreuse, soutenue {p.428} de plusieurs escadrons d'artillerie légère, débordait notre droite et menaçait de tourner l'armée.

Les grenadiers de la garde du Consul marchent pour appuyer la droite; ils s'avancent et soutiennent trois charges successives. Au même moment arrive la division Monnier qui faisait partie de la réserve. Je dirige deux demi-brigades sur le village de Castel-Ceriolo, avec ordre de charger les bataillons qui soutiennent la cavalerie ennemie. Ce corps traverse la plaine et s'empare de Castel-Ceriolo après avoir repoussé une charge de cavalerie; mais notre centre et notre gauche continuant leur mouvement rétrograde, il est bientôt obligé d'évacuer ce village; en se retirant il suit le mouvement de l'armée, entouré de la cavalerie ennemie qu'il tient en échec.

L'armée arrive à la plaine de San-Giuliano où la réserve aux ordres du général Desaix était formée sur deux lignes (123) flanquées à droite de 12 pièces d'artillerie commandées par le général Marmont (124) et soutenues à gauche par la cavalerie aux ordres du général Kellermann (125). Le Premier Consul, exposé au feu le plus vif, parcourt les rangs pour encourager les soldats et fait arrêter ce mouvement rétrograde; il était 4 heures après-midi.

Le général Desaix, à la tête de la brave 9e légère, s'élance avec impétuosité au milieu des bataillons ennemis et les charge à la baïonnette. Le reste de la division Boudet suit ce mouvement sur la droite. Toute l'armée sur deux lignes s'avance au pas de charge.

L'ennemi étonné met son artillerie en retraite; son infanterie commence à plier. Le général Desaix est atteint d'une balle mortelle. La mort de cet officier distingué, dont la France pleurera longtemps la perte, enflamme d'une nouvelle ardeur les braves qu'il commandait. Tous brûlant de lè venger, ils se précipitent avec fureur sur la première ligne de l'infanterie ennemie qui résiste après s'être repliée sur la deuxième ligne. Toutes les deux s'ébranlent à la fois pour faire une charge à la baïonnette. Nos bataillons sont arrêtés un moment, mais le général Kellermann ordonne la charge avec 800 cavaliers qui culbutent l'ennemi et lui font 6,000 prisonniers, parmi lesquels le général Zach, chef de l'état-major de l'armée autrichienne, le général Saint-Julien, plusieurs autres généraux et presque tous les officiers de l'état-major.

L'ennemi avait encore une troisième ligne d'infanterie soutenue du reste de l'artillerie et de toute la cavalerie. Le général Lannes avec la division Watrin, les grenadiers à pied de la garde des Consuls et la division Boudet, marchent contre cette ligne et sont soutenus dans cette charge par l'artillerie que commande le général Marmont. La cavalerie aux ordres du général Murat, les grenadiers à cheval commandés par le chef de brigade Bessières chargent à leur tour la cavalerie ennemie, l'obligent à se retirer avec précipitation et la mettent en déroute. Son arrière-garde est taillée en pièces. {p.429}

L'ennemi en désordre était arrivé sur le pont de la Bormida; on se battait depuis une heure dans les ténèbres. La nuit seule a sauvé les débris de l'armée autrichienne.

Cette journée a coûté à l'ennemi 12 drapeaux, 26 pièces de canon et 15,000 hommes dont 3,000 tués, 5,000 blessés et 7,000 faits prisonniers. 7 de ses généraux et plus de 400 de ses officiers ont été blessés.

Nous avons à regretter 7 à 800 tués, 2,000 blessés et 1100 faits prisonniers. Parmi les blessés se trouvent les généraux de brigade Rivaud, Champeaux, Malher et Mainoni.

Jamais combat ne fut plus opiniâtre, jamais victoire ne fut disputée avec plus d'acharnement; Autrichiens et Français admiraient respectivement le courage de leurs ennemis. Les deux armées se sont trouvées engagées pendant quatorze heures à portée de la mousqueterie.

Dans cette journée mémorable les troupes de toutes armes se sont couvertes de gloire. Pour citer tous les braves qui se sont distingués, il faudrait nommer tous les officiers et plus de la moitié des soldats.

Le général Victor rend hommage au sang-froid et aux talents qu'ont déployés le général Rivaud et les citoyens Ferey et Bisson, chefs des 24e et 43e demi-brigades.

Le général Lannes a montré dans cette journée le calme d'un vieux général.

Le général Watrin, qui l'a secondé partout, mérite les plus grands éloges. Son frère, qui était adjoint aux adjudants généraux, a été tué à ses côtés.

Le chef de brigade Valhubert de la 28e et le chef de bataillon Taupin, le général de brigade Gency, le citoyen Macon, chef de brigade de la 6e légère, le citoyen Alix, chef d'escadron au 2e régiment de cavalerie, se sont particulièrement distingués.

L'adjudant général Noguès a donné des preuves de bravoure.

Le général Murat, qui a rendu tant de services dans cette campagne, fait l'éloge du courage et des talents qu'a déployés le général Kellermann, qui a puissamment contribué à la victoire.

L'adjudant général César Berthier a montré talents, activité et bravoure. Le général Murat se loue des services qu'il a rendus dans cette campagne.

Le chef de brigade Bessières, commandant l'escadron de la garde à cheval des Consuls, a saisi avec précision tous les moments d'attaquer avec avantage. Les succès qu'il a obtenus en manoeuvrant devant l'ennemi avec des forces très inférieures lui assignent un rang distingué. Le citoyen Rignon, capitaine de la garde à pied des Consuls, a été blessé. Le chef d'escadron Colbert a mérité le grade d'adjudant général. Le citoyen Beaumont, aide de camp du général Murat, a contribué à la gloire dont se sont couvertes toutes les troupes à cheval. L'aide de camp Didier a été blessé.

Le cavalier Leboeuf (126) a enlevé un drapeau; le capitaine Montfleury, {p.430} Girardot et Terret, le chef de brigade Gérard du 20e de cavalerie, le capitaine Tétard qui s'est fait remarquer à la charge, les lieutenants Picquet, Courtois, Moraux, Gavory, Vergé, Poitel et Faure ont eu leurs chevaux tués. Le citoyen Frély et le lieutenant Fraunoux ont été blessés. Le maréchal des logis Velaine a déployé les talents d'un officier distingué.

Le citoyen Lamberty, capitaine à la suite du 2e de cavalerie, le sous-lieutenant Petitot et l'adjudant Jalland méritent de l'avancement.

Le citoyen Conrad, lieutenant du 2e régiment d'artillerie à cheval, a la jambe emportée d'un boulet; il se soulève pour observer le tir de sa batterie. Les canonniers veulent l'emporter, il s'y refuse: « Servez vos batteries, dit-il, et ayez soin de pointer plus bas ».

Reynal, canonnier du 2e régiment; Mainerod, brigadier des canonniers de la garde des Consuls; Renaud, canonnier au 1er régiment, se sont distingués par la justesse du tir.

Le lieutenant d'artillerie de la garde des Consuls Marin a particulièrement mérité les éloges des généraux de l'armée; cet officier est d'un zèle et d'une bravoure remarquable. Le citoyen Digeon, lieutenant d'artillerie de la garde des Consuls, a montré du sang-froid et du courage.

J'ai été content de l'activité du général Dupont, chef de l'état-major général de l'armée. Mes aides de camp Dutaillis, chef de brigade, et Laborde, capitaine, ont eu leurs chevaux tués. Mon aide de camp Arrighi mérite de l'avancement. Mon aide de camp Berruyer a rallié un bataillon en plantant un drapeau près des rangs ennemis. Mon aide de camp Lejeune a montré du zèle;

Je demande le grade de sous-lieutenant pour le citoyen Jalland, adjudant au 2e régiment de cavalerie; pour le citoyen Velaine, maréchal des logis au même régiment; pour le citoyen Dubois, volontaire auprès du général Lannes; pour le citoyen Brunet, dragon au 9e régiment; une grenade d'or pour le citoyen Reynal, canonnier au 2e régiment d'artillerie légère; pour le citoyen Mainerod, brigadier de la garde des Consuls, et pour le citoyen Renaud, canonnier au 1er régiment d'artillerie.

Alex. BERTHIER.

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

25 prairial. – Bataille de Marengo. – Desaix: Monnier, Boudet. – Murat: garde des Consuls, cavalerie. – Victor: Gardanne, Chambarlhac. – {p.431} Lannes: Watrin. – La jonction de toutes ses forces (de Mélas) se fit le 24 à Alexandrie; et, le 25, il prit toutes ses dispositions pendant la nuit, et passa la Bormida sur les trois ponts qu'il avait établis à cet effet (127). Son armée était forte d'environ 40,000 hommes, et le général Zach la commandait sous ses ordres (128).

La première ligne marchait sous la conduite de plusieurs généraux-majors, sans être précédée de cette foule de tirailleurs qui accompagnent ordinairement les attaques des Autrichiens.

Une nombreuse artillerie légère précédait cette première ligne et en protégeait tous les mouvements.

La seconde ligne, commandée par le général Mélas en personne, était formée de l'élite de l'armée, tant en officiers qu'en soldats, et elle avait ordre de faire feu sur tous ceux de la première ligne qui oseraient faire un pas rétrograde.

Des effets d'habillement avaient été distribués la veille; la solde payée pour cinq jours, et l'eau-de-vie donnée abondamment le matin.

L'armée française, bien inférieure en nombre, n'était que d'environ 23,000 hommes d'infanterie et 2,00e de cavalerie, en comptant toutes les troupes qui ont combattu dans cette journée; mais, au commencement de l'affaire, elle n'était réellement que de 15,000 . . . . .

. . . . . (129). . . . .

. . . . . Les divisions commandées par le général Victor. . . . . enfoncées d'ailleurs sur leur centre, se virent obligées à faire une marche rétrograde. Quelques fuyards mirent un moment le désordre dans les rangs; mais la fermeté des chefs en contint la masse, et le général Kellermann, à la tête de sa brigade, protégea la retraite avec l'activité et le courage réfléchi qui lui sont familiers. L'impulsion de retraite une fois donnée dut être suivie par tous les autres corps qui allaient nécessairement être enveloppés, parce que l'ennemi, profitant de cette circonstance, poursuivait vigoureusement ses succès et marchait, avec la majorité de ses forces, sur San-Giuliano. . . . .

. . . . .

. . . . . La division du général Monnier. . . . . parvint à se faire jour à travers la ligne autrichienne et à opérer, sous la protection de la brigade aux ordres du général Champeaux, sa retraite sur San-Giuliano, où la totalité de l'armée se réunissait à la division Boudet qui, conduite par le général Desaix, venait d'arriver sur ce point.

Le sort de la bataille était encore douteux à 6 heures du soir; tous les généraux, avides de danger, parcouraient les rangs pour ranimer l'ardeur des soldats; mais rien ne pouvait l'exciter davantage que la présence du Premier Consul, au milieu des plus grands dangers, bravant tous les hasards et opposant le calme de la constance aux caprices de la fortune. C'était l'instant décisif. {p.432}

Le Premier Consul confère quelques instants avec le général Desaix et passe presque toute la ligne en revue; l'ordre d'une nouvelle attaque est donné.

Le lieutenant général Desaix se place au centre, sur la grande route, entre San-Giuliano et Cassina-Grossa, avec la division Boudet; la 9e légère occupant la gauche de la route sous les ordres du général Monnier, et la 30e et la 59e de ligne, commandées par le général Guénand, portées sur la droite; il avait sur son front: une pièce de 12, quatre de 8 et deux obusiers.

Les grenadiers de la garde des Consuls, conduits par le chef de bataillon Goulez, sont à droite entre ces corps et les troupes aux ordres du général Lannes. La division Gardanne occupe la gauche de la division Boudet et s'appuie à la droite de la brigade du général Kellermann. La division Monnier, un peu en arrière de la division Boudet, est prête à se porter où les événements nécessiteront sa présence, et la division Chambarlhac, avec le surplus de la cavalerie, forme la réserve.

L'ennemi, croyant la victoire assurée, avançait avec rapidité, et déjà il avait atteint la hauteur de Cassina-Grossa.

Desaix marcha à sa rencontre au pas de charge. La présence du héros avait réchauffé tous les courages et chacun brûlait d'impatience de suivre son généreux exemple. l'ennemi s'arrête et la fusillade s'engage à la petite portée de pistolet. La valeur, l'audace, la persévérance, toutes les vertus guerrières se font également admirer dans les deux armées. Une partie de la division Watrin marche par la gauche et court appuyer ce premier mouvement, laissant la 40e en ligne.

Le général Monnier, s'apercevant que la droite se trouvait dégarnie par la manoeuvre du général Watrin et qu'elle était déjà dépassée par plus de 2,000 chevaux, appuyés par une artillerie formidable, marche à la tête de la majeure partie de sa division et de la 40e. Les grenadiers de la garde consulaire s'ébranlent en même temps, se réunissent à lui et, tous ensemble, se présentent à l'ennemi.

Ce fut là qu'il s'engagea une, charge terrible et telle que cette journée mémorable n'en avait point encore vue d'aussi meurtrière.

Les troupes des demi-brigades semblaient disputer l'honneur du danger aux intrépides grenadiers.

La mort volait dans tous les rangs et frappait de tous les côtés; elle moissonna plus du tiers de ces braves, sans que leur masse en fût ébranlée.

Ils ont conservé, dans les plaines de San-Giuliano, au milieu du plus affreux carnage, le sang-froid et l'attitude qu'on admire en eux, lorsqu'ils défilent en parade au palais des Tuileries; enfin, leur héroïque résistance a contenu la gauche de l'ennemi et a préparé la victoire.

Au centre, le combat se continue avec un acharnement sans exemple et paraît se ranimer à tout instant avec une nouvelle ardeur.

La division Gardanne et deux bataillons de la 72e se réunissent aux divisions Boudet et Watrin.

Les deux armées se rapprochent encore, se serrent et s'attaquent à la baïonnette.

La cavalerie autrichienne se précipite dans les rangs de l'infanterie française qui se mesure corps à corps et la force à reprendre sa ligne. {p.433}

Mélas tente un dernier effort; il porte en avant un corps d'élite de 5,000 grenadiers hongrois sur lequel il fondait tout son espoir et qui devînt la. cause première de sa défaite.

La 9e légère, contre laquelle ce corps se trouve particulièrement dirigé, marche à sa rencontre au pas de charge.

Tant d'intrépidité en impose à l'ennemi, qui s'arrête et balance. . . . . La victoire ne pouvait rester plus longtemps indécise, et le général Kellermann la fixe par une charge aussi audacieuse que faite à propos (130).

A la tête du 8e de dragons et des 2e et 20e de cavalerie, il s'avance au grand trot en face de cette colonne; puis il se déploie habilement par sa droite, met sa troupe au galop, dépasse rapidement l'ennemi et le charge impétueusement de revers, pendant que la 9e légère l'attaque de front. Vainement il veut fuir; le désordre dans lequel il se trouve ne lui en laisse ni le temps ni les moyens; la frayeur s'en empare, et le seul parti qui lui reste est de mettre bas les armes.

Le premier coup était porté!

Un si brillant succès devient pour l'armée le signal d'une charge impossible à décrire.

L'ennemi est ébranlé de toute part; il veut disputer encore un terrain qui lui avait comité tant de sacrifices ; mais l'impétuosité française ne laisse point à sa tactique méthodique le temps de se rallier; la déroute gagne simultanément toutes ses colonnes; il est attaqué sur tous les points, chassé du village de Marengo, poursuivi sans relâche, battu et culbuté partout et obligé de repasser en désordre la Bormida, abandonnant une partie de son artillerie et laissant le champ de bataille couvert de morts et de blessés. Ce fut une charge dernière, exécutée par Kellermann à la tète d'un parti de 200 hommes réunis à la cavalerie de la garde consulaire qui mit fin au combat, et la nuit ne permit pas de harceler plus longtemps l'ennemi.

Les divisions Gardanne et Chambarlhac reprirent position sur le champ de bataille, en face de la tête du pont d'Alexandrie, à peu près sur le terrain qu'elles avaient occupé le matin.

Mort du lieutenant général Desaix. – Cependant, ce triomphe éclatant devenait, pour l'armée, une source de regrets éternels, puisqu'il fut acheté au prix du sang du général Desaix.

Le champ de l'honneur est devenu le tombeau de celui dont la vie tout entière fut consacrée à l'honneur.

Il a péri au sein de la victoire, frappé d'une balle à la poitrine, au moment où il conduisait la division Boudet à la reprise du village de Marengo.

Ses campagnes sur le Rhin et en Égypte rendent son éloge superflu; mais sa mort enlève un appui à la République, un père aux soldats et un modèle aux vertus sociales.

L'ennemi a perdu, dans cette journée, environ: 12,000 hommes, dont 6,000 prisonniers; 4,000 blessés et 2,000 tués; 8 drapeaux, 20 bouches à feu et des {p.434} munitions de guerre considérables (131). Il a eu 400 officiers de tous grades et 8 généraux hors de combat des généraux Haddick et Bellegarde sont du nombre de ceux-ci) ; le général Zach, chef de l'état-major général, a été fait prisonnier.

L'armée française a souffert aussi très sensiblement; mais une bataille décisive qui a duré treize heures, pendant lesquelles il a fallu lutter sans cesse contre un ennemi bien supérieur et lui arracher la victoire, devait coûter de grands sacrifices. Elle a perdu environ 6,000 hommes, dont plus des trois quarts blessés ou prisonniers.

Honneur à la mémoire des braves qui ont péri dans les champs de Marengo! Honneur aux soldats qui ont fixé la victoire et aux chefs qui les conduisaient! La reconnaissance nationale écrira les noms de tous sur la colonne élevée à la victoire.

Le général en chef Berthier a ordonné tous les mouvements avec la précision qui caractérise le guerrier consommé, et a soutenu, à Marengo, la célébrité qu'il a si justement acquise en Italie et en Égypte sous les ordres de Bonaparte. Il a été atteint d'une balle au bras. Deux de ses aides de camp, Dutaillis et La Borde ont eu leurs chevaux tués.

Le général Dupont, chef de l'état-major général, s'est, pour ainsi dire, multiplie ; aussi profond militaire qu'administrateur habile, il unit à la théorie de la guerre l'art si difficile des dispositions et sait les exécuter avec autant de précision que d'intrépidité.

L'armée de réserve, organisée, dirigée et conduite tant de fois par lui à la victoire durant sa glorieuse campagne, n'oubliera jamais qu'elle lui doit une partie des succès qu'elle a obtenus à Marengo. Le citoyen Decouchy, son premier aide de camp, n'a pas cessé de combattre à ses côtés.

Les lieutenants généraux Victor, Murat et Lannes ont acquis de nouveaux droits à l'admiration générale des armées françaises.

Les généraux de division n'ont pas cessé de combattre à la tête de leurs colonnes. Leur exemple a été suivi par tous les autres généraux.

Le général Boudet a été atteint d'une balle qui s'est amortie sur l'argent qu'il portait dans sa poche.

Le même hasard est arrivé au général Guénand.

Les généraux de brigade Mainoni, Malher, Champeaux et Rivaud ont été blessés.

Le général Champeaux est mort de la suite de ses blessures.

La conduite héroique du général Kellermann se trouve consignée dans les détails de cette célèbre journée.

L'adjudant général Berthier, le chef de brigade Bessières, commandant la garde à cheval des Consuls, le chef de brigade du 8e de dragons et les citoyens Colbert, Beaumont et Didier ont mérité les suffrages du lieutenant général Murat.

L'adjudant général Léopold Stabenrath a chargé la cavalerie ennemie avec les grenadiers de la garde des Consuls. {p.435}

L'adjudant général Pamphile Lacroix mérite une mention particulière par le zèle dont il a fait preuve et par les talents militaires qui le distinguent.

Les adjudants généraux Nogues, Isard, Delage, Pannetier, Girard et Dalton ont fixé, par leur bravoure, l'attention de toute l'armée. Le second a été blessé.

L'adjudant général Dampierre a été fait prisonnier au moment de la retraite, après s'être défendu opiniâtrement, avec 200 hommes, contre un corps entier de cavalerie autrichienne; il avait perdu la moitié de son monde.

Tous les officiers d'état-major se sont disputé l'honneur des dangers et ont singulièrement contribué à rallier les troupes et à les ramener au combat.

Les lauriers que Lucien Watrin avait cueillis à Montebello, le 20, ont été changés en cyprès, le 25, à Marengo. Ce jeune guerrier a été emporté d'un coup de canon au moment ne la retraite en chargeant à la tête de la 22e de bataille. Sa mort est une perte sensible pour la patrie qui avait lieu d'attendre beaucoup de ses talents et de sa valeur.

Le citoyen Soules, commandant des grenadiers de la garde consulaire, s'est couvert de gloire et s'est montré digne chef de cette troupe intrépide.

Le citoyen Rigaud, chef de brigade du 10e de hussards et commandant du quartier général, a eu deux chevaux tués.

Tous les corps, en général, ont honoré le nom français, et chacun d'eux en particulier s'est distingué par quelque action d'éclat. Un même sentiment les enflammait tous: la victoire! ou la mort!

Les chefs ont montré un dévouement et une intrépidité au-dessus de tout éloge, ainsi que les officiers de tous les grades.

Les rapports des généraux désignent plus particulièrement:

Les citoyens:

{p.436}
Legendre Chefs de brigade.
Valhubert, blessé
Maçon, de la 6e légère
Ferey de la 24e légère
Bisson, de la 43e de ligne
Lepreux, de la 96e de ligne
Le chef du 1er de dragons
Le chef de la 28e de ligne
 
Gérard, du 2e de cavalerie Chefs d'escadron
et de bataillon.
Fertel,
Dauturre,
Taupin,
 
Blou, du 2e de chasseurs Capitaines.
Tétard, du 20e de cavalerie
Montfleury, du 2e de cavalerie
Girardot,
Terre,
Lamberty,
Frely,
Bigarne, du 1er de dragons
 
Gavory, du 2e de cavalerie Lieutenants.
Vergé,
Poitel,
Picquet,
Courtois,
Moraux,
Fraunoux,
 
Decoux,Sous-lieutenants.
Petitot,
Renaud, du 11e de cavalerie
Jalland, adjudant au 2e de cavalerie.
Velaine, maréchal des logis au 2e de cavalerie.

Le citoyen Alix, chef d'escadron au 2e de cavalerie, a enlevé un drapeau.

Le citoyen Jolle, capitaine au 1er bataillon de la 59e, a eu le même honneur.

Les citoyens Leboeuf, cavalier au 2e, et Georges Amptil, conscrit à la 30e, en ont aussi enlevé chacun un.

Le citoyen Leriche, cavalier au 2e, a fait prisonnier le général Zach, chef de l'état-major de l'armée autrichienne.

Sur tous les points, l'artillerie des Consuls et celle des divisions se sont illustrées par leur activité et leur valeur.

Un boulet coupe une jambe au citoyen Conrad, lieutenant d'artillerie à cheval. Il tombe, et l'on s'empresse autour de lui pour le porter à l'ambulance; mais il s'était soulevé et observait froidement le tir de sa batterie.

« Laissez-moi, dit-il, et allez ordonner aux canonniers de tirer plus bas » . . . . . Généreux dévouement! Oubli sublime de soi-même, au-dessus de tout éloge et de toute récompense!

* * *

Les relations autrichiennes, lues après les rapports français, permettront de connaître le jeu des deux adversaires, d'apprécier exactement les faits par la comparaison des deux récits et de porter un jugement impartial sur la bataille de Marengo.

Après le rapport du maréchal de Mélas, fait quelques jours après la bataille, on trouvera la relation publiée officieusement en 1823 par l'état-major autrichien. {p.437}

Rapport du maréchal Mélas, à l'archiduc Charles (132).

Plaisance, le 19 juin 1800.

A Son Altesse Royale Monseigneur l'Archiduc Charles d'Autriche.

Lorsque j'eus la faveur de représenter à Votre Altesse Royale, dans mon humble rapport, du 5, combien il serait désirable, étant donnée la situation critique de l'armée stationnée ici, de pouvoir compter sur la chute de la place de Gênes, j'avais la conviction certaine que le rappel du corps qui assiégeait cette ville, ainsi que l'arrivée du corps commandé par le maréchal lieutenant Elsnitz, resté à Nice, sur le Var, m'auraient procuré des forces suffisantes pour m'opposer à la marche rapide de l'ennemi, et pour le repousser, s'il était possible, hors de la Lombardie.

Mais, depuis mon départ de Nice, les incidents survenus au corps du maréchal lieutenant Elsnitz ont été si nombreux et si divers, que les 19,000 hommes tirés du noyau de l'armée pour le composer ont été réduits à 6,000.

En outre, la garnison de Gênes enleva environ 10,000 hommes au corps de siège, et ainsi s'évanouit l'espoir de pouvoir réunir un corps de troupes considérable pour tenir tête à l'ennemi.

Ce dernier avait, sur ces entrefaites, déployé tous ses efforts pour réunir aux six divisions de l'armée dite « de réserve » qui se trouvaient déjà dans la plaine lombarde, les divisions qui, après les malheurs éprouvés par les troupes d'Allemagne, avaient été envoyées par le col du Splugen pour renforcer l'armée d'Italie.

L'ennemi, avec ces forces vraiment considérables, envahit la Lombardie jusqu'à l'Oglio si impétueusement et si rapidement que la division du maréchal lieutenant Vukassevich qui, depuis l'occupation de Milan et de Pizzighettone, ne comptait plus que 4,000 hommes, se trouva dans l'impossibilité d'opposer une résistance efficace en un point quelconque.

Une partie de l'armée ennemie se dirigea vers le Pô, {p.438} et, comme le point important de Plaisance n'avait pas été pourvu de troupes dans la mesure où celà eût été nécessaire, l'ennemi s'empara, dès le 5, de la tête de pont, et, le 6, il poussa un nombre assez considérable de troupes sur la rive du Pô, près de Broni. Le 7, il attaqua Plaisance sur la même rive, et obligea le maréchal lieutenant O'Reilly à se retirer, avec ses faibles troupes, jusqu'à Voghera.

En raison de ce changement de situation, je décidai de rassembler sur la rive droite du Pô, près d'Alexandrie, toutes les troupes disponibles et d'attaquer avec elles les forces de l'ennemi, pendant qu'elles étaient encore séparées par le Pô.

Les divisions Kaim et Haddick, restées dans le Piémont, quittèrent, le 6, Turin, après que j'eus décidé qu'elles se joindraient au restant du corps d'Elsnitz, près d'Alexandrie.

Le maréchal lieutenant Ott s'était déjà mis en marche, le 5, avec le corps de siège, par Novi et Tortone, sur la route de Voghera; le 7 (sic), ce corps se heurtait à l'ennemi, pendant qu'il se disposait à occuper la bonne position de Casteggio, et, après un combat défavorable et acharné, il fut obligé de battre en retraite. Le maréchal lieutenant Ott se dirigea alors sur la Scrivia; mais, le 9, il dut aussi se retirer au delà de ce cours d'eau.

Enfin, le 11, toutes les divisions étaient arrivées de Turin et avaient campé sur la rive gauche de la Bormida, près d'Alexandrie. Le 12, l'ennemi passait la Scrivia et forçait le corps du maréchal lieutenant Ott à se porter, lui aussi, sur la rive gauche de la Bormida. Pendant que cette marche en avant de l'ennemi vers Alexandrie devenait de plus en plus menaçante, il se produisit un événement très grave et fort critique: le général Suchet (qui, après le départ de nos troupes de la Rivière, s'était porté, avec environ 12,000 hommes, vers Savone et Voltri et bloquait déjà Savone) avait expédié quelques détachements vers Acqui, dans la vallée de la Bormida, et le général Masséna lui-même s'était également rendu de ce côté, le 13, avec la majeure partie de son corps, composé de 10,000 hommes (133). {p.439}

Les forces ennemies s'élevaient à 60,000 hommes (134), tandis que les troupes péniblement réunies par nous près d'Alexandrie pouvaient être estimées à 27,000 fantassins et 8,000 cavaliers.

Dans un pareil état de choses, pour décider de notre sort en Italie, il ne restait plus d'autre moyen que d'attaquer l'ennemi, dans le but de se frayer un passage vers les pays héréditaires, sur la rive droite du Pô, en portant en même temps secours aux forteresses menacées de Mantoue, Legnano et Vérone, et en couvrant le Tyrol occidental aussi en danger.

La valeur éprouvée de l'armée tant de fois victorieuse, la confiance dans la prépondérance et la supériorité de notre cavalerie et de notre artillerie (135), comparées à celles de l'ennemi, et le courage dont était animée toute l'armée, me parurent assurer une victoire certaine.

L'attaque avait donc été fixée au 14, dès le point du jour; mais elle dut être retardée de plusieurs heures, parce que l'ennemi, vers la fin de l'après-midi du 13, refoula nos avant-poste s jusqu'à la tète de pont sur la Bormida.

Le 14, toute l'armée passa par les d'eux ponts sur la rive droite de cette rivière.

L'attaque eut lieu en deux colonnes principales, dont l'une devait se diriger sur Marengo, en suivant la route de Tortone, tandis que l'autre devait couvrir le flanc gauche de la colonne marchant sur le centre et tenir en échec la colonne principale ennemie venant de Salé.

A peine la colonne de droite eût-elle dépassé la tête de pont, qu'elle se forma aussitôt sur trois lignes d'infanterie, sous la protection de la cavalerie, placée sur les ailes; les bataillons restants suivaient, en une seule colonne, comme réserve.

Le maréchal lieutenant Haddick commandait la première ligne; il avait derrière lui le corps du maréchal lieutenant {p.440} Kaim, ensuite les divisions de grenadiers de Morzin et enfin la division de cavalerie d'Elsnitz.

L'attaque fut menée avec tant d'impétuosité et de résolution que l'ennemi fut obligé de reculer partout de telle sorte que les trois lignes gagnèrent immédiatement du terrain. Toutefois, la première de ces lignes, en s'approchant du village de Marengo, fut contrainte de s'arrêter, à cause d'un fossé considérable, flanqué d'épais buissons, qui se trouvait devant cette localité, et elle fut accueillie, à cet endroit, par une fusillade meurtrière. Malgré cela, nos troupes ne se laissèrent pas ébranler; elles ouvrirent à leur tour un feu vif contre l'ennemi, et elles auraient certainement franchi rapidement l'obstacle difficile, si la cavalerie, pendant qu'elle s'efforçait de passer le fossé, n'avait été repoussée par la fusillade ennemie. Dans l'intervalle, arrivèrent les sapeurs, qui réussirent à jeter les ponts nécessaires pour permettre aux troupes de franchir le ruisseau. Cela détermina l'ennemi à abandonner sa position et à se retirer sur Marengo.

Tandis que la première colonne obtenait ce résultat, la seconde et la troisième passaient la tête de pont. La troisième, conduite par le maréchal lieutenant O'Reilly, dans la direction de Frugarolo, chassa l'ennemi de partout et arriva bientôt à la hauteur de la colonne principale, où elle se maintint toujours.

A une heure de distance de Frugarolo s'était déployé un bataillon ennemi qui, enveloppé par la cavalerie et attaqué de front par le bataillon d'Ogulin, fut obligé de se rendre (136).

La seconde colonne, sous les ordres du maréchal lieutenant Ott, qui s'était avancée à gauche de la colonne principale, vers Salé, ne rencontra, jusqu'à Castel-Nuovo-Scrivia, aucun détachement ennemi, et, comme le maréchal lieutenant ne réussit pas à découvrir la colonne ennemie qui était présumée venir de Salé, il résolut de faciliter à la colonne principale son attaque de front, en faisant une conversion à droite, de façon à mieux se relier avec le centre et à menacer en même temps les derrières de l'ennemi.

Ce mouvement habile et opportun amena les Français à abandonner Marengo. {p.441}

La colonne principale exécuta son attaque, chassant l'ennemi de Spinetta jusqu'au delà de Cassina-Grossa.

La colonne du maréchal Ott continua à marcher vers le sud avec un succès toujours croissant contre le flanc droit de l'ennemi.

Ce dernier était très préoccupé de cette attaque de flanc, et, pour esquiver tout danger, il se jeta sur le flanc gauche de la colonne d'attaque, débanda les premières troupes et s'empara de nouveau du village de Castel-Ceriolo.

Un nouvel et décisif assaut du maréchal lieutenant Ott fut suffisant pour reprendre à l'ennemi la localité perdue. L'ennemi n'opposa dès lors que peu de résistance et se retira, sur toute la ligne, en hâte et en désordre.

Vers les 6 heures du soir, nous étions non seulement maîtres du terrain, mais encore les Français étaient obligés de laisser entre nos mains victorieuses dix canons et deux obusiers.

Mais le général en chef Bonaparte avait déjà, dès le début du combat, en prévision d'un échec, fait avancer ses divisions de réserve campées près de Ponte-Curone et, sous la protection d'une batterie de douze canons, les avait conduites sur la route de San-Giuliano, devant le village.

Après un feu violent et accéléré, qui eut pour effet de démonter notre artillerie, les troupes, demeurées victorieuses jusqu'à ce moment, commencèrent à hésiter.

Le général Zach fit avancer les trois bataillons du régiment Wallis, avec l'espérance de pouvoir, par ce moyen, rétablir l'ordre; mais ce régiment lui-même céda. Il restait encore un dernier espoir dans les deux bataillons de grenadiers demeurés en arrière, en soutien.

Ils s'avancèrent avec le plus grand élan et le plus grand courage à travers les files rompues du régiment de Wallis et renouvelèrent l'attaque. Mais, au moment où le feu des grenadiers était le plus intense, la cavalerie ennemie apparut, les contourna (137), et mit en désordre complet notre cavalerie, qui combattit comme d'habitude, avec une valeur admirable (138). {p.442}

Ce brusque et terrible changement de fortune finit par briser complètement le courage des troupes; le désordre de la cavalerie, qui avait désorganisé les groupes, précipita la retraite de notre infanterie, qui, spécialement en cette journée, avait si vaillamment combattu. Et, avec la plus vive douleur, vers les 7 heures du soir, nous nous voyions ravir une victoire que jamais nous n'avions mieux ni plus chèrement gagnée.

Les pertes furent extrêmement graves, spécialement en officiers supérieurs et subalternes, et aussi en soldats, qui s'étaient précédemment distingués dans tant de campagnes et qui étaient doués des plus rares qualités. Le fait que les maréchaux lieutenants Haddick et Vogelsang et les généraux majors Belle-garde, Lattermann, Gottesheim et La Marseille sont parmi les blessés, et spécialement les pertes éprouvées par notre brave artillerie, sont la preuve trop claire que l'armée tout entière, ainsi que ses chefs, ont déployé la plus grande valeur et la plus inébranlable fermeté en affrontant l'ennemi, comme, d'ailleurs, c'était une stricte obligation dans une journée aussi mémorable.

J'ai eu moi-même deux chevaux blessés, et bien peu de gens de ma suite sont restés sains et saufs. Le quartier-maître général Zach est resté prisonnier entre les mains de l'ennemi avec l'infanterie qu'il conduisait. Et ainsi, l'armée, qui avait si longtemps combattu victorieusement, dut se retirer sur la tête de pont.

Les pertes de l'ennemi furent assez considérables; on lui fit 2,600 prisonniers; le général de division Desaix tomba mort sur le champ de bataille et de nombreux généraux furent blessés.

L'ennemi, profitant du changement de fortune de cette journée, faisait avancer encore dans la nuit, sur la rive droite de la Bormida, les troupes arrivées plus tard, et paraissait vouloir tirer parti immédiatement de sa victoire.

Au point du jour, son avant-garde se mit en marche et nos avant-postes commencèrent à se retirer.

Le maréchal MÉLAS (139). {p.443}

Extrait de la Revue militaire autrichienne.

{p.444}{p.445}{p.446}
Pendant la nuit du 13 au 14 juin, l'armée devait se placer dans l'ordre suivant et commencer à l'aube ses mouvements pour le combat.
La première colonne, ou colonne du centre, ou colonne principale, dans laquelle le général de cavalerie baron Mélas devait se tenir, se composait de :
Avant-garde.
Commandant: colonel FRIMONT, des chasseurs à cheval de Bussv.
Hommes.
4 compagnies des chasseurs Mariassy 164
1 bataillon léger de Bach 277
1 bataillon léger Amende 291
1 compagnie de pionniers 100
2 escadrons de dragons impériaux 272
2 escadrons de chasseurs de Bussy 186
Au total: 832 hommes d'infanterie et 458 hommes de cavalerie.
Colonne.
Feld-maréchal-lieutenant
HADDICK.
Général-major
PILATI.
3 escad. de dragons de l'Empereur. 309
6 escad. de dragons de Karaczay. 1,053
 
Général-major
comte François
BELLEGARDE.
1 bataillon d'infanterie de Jellachich 613
2 bataillons d'infanterie de l'archiduc Antoine 855
 
Général
SAINT-JULIEN.
3 bataillons d'infanterie de Wallis. 2,209
5,039
 
Feld-maréchal-lieutenant
KAIM.
Général-major
DE BRIEY.
2 bataillons 1/3 d'infanterie de Franz Kinsky 1,640
 
Général-major
KNESEVICH.
3 bataillons d'infanterie du grand-duc de Toscane 2,188
 
Général -major
LA MARSEILLE.
2 bataillons d'infanterie de l'archiduc Joseph 1,111
4,939
 
Feld-maréchal-lieutenant
MORZIN.
Général-major
LATTERMANN.
5 bataillons de grenadiers 2,116
 
Général-major
WElDENFELD.
6 bataillons de grenadiers 2,240
4 compagnies de pionniers 400
4,756
 
Feld-maréchal-lieutenant
ELSNITZ.
Général-major
NOBILI.
6 escadrons de dragons de l'archiduc Jean 859
6 escadrons de dragons de Lichtenstein 1,014
 
Général-major
NIMPTSCH (140).
8 escadrons du 7e régiment de hussards 1,353
6 escadrons des hussards d'Erdödy 988
4,214
 
TOTAL GÉNÉRAL Infanterie 14,204
Cavalerie 6,034
20,238
 
La deuxième colonne ou colonne de gauche, sous les ordres du feld-maréchal-lieutenant OTT, se composait de :
Avant-garde.
Commandant: général-major GOTTESHEIM.
1 compagnie de chasseurs Mariassy 40
2 escadrons de dragons de Lobkowitz 248
1 bataillon d'infanterie Froehlich 523
811
 
Colonne.
Feld-maréchal-lieutenant
SCHELLENBERG.
Général-major
RETZ.
1 compagnie de pionniers 100
2 bataillons d'infanterie Froehlich. 1,046
3 bataillons d'infanterie Mitrovsky. 853
 
Général-major
STICKER.
4 escad. de dragons de Lobkovitz. 492
2 bataillons d'infanterie Spleny 737
3 bataill. d'infant. Jos. Colloredo. 1,369
 
Feld-maréchal-lieutenant
VOGELSANG.
Général-major
Baron ULM.
3 bataillons d'infanterie Stuart 1,282
2 bataillons d'infanterie Hohenlohe 912
6,791
TOTAL 7,602
Dont cavalerie 740
 
La troisième colonne ou colonne de droite, sous le commandement du feld-maréchal-lieutenant O'REILLY:
 
Général-major
ROUSSEAU.
1 compagnie de chasseurs Mariassy 40
3 escadrons 1/2 de hussards Nauendorf 426
2 escadrons du 5e régiment de hussards 230
1 bataillon du 4e régiment de frontière Bannats 533
1 bataillon du 1er régiment de frontière Warasdin 755
1 bataillon de frontière d'Ogulin 602
1 bataillon de frontière d'Ottochan 298
1 escadron de dragons de Wurtemberg 113
AU TOTAL 2,997
Dont cavalerie 769
 
L'armée autrichienne, rassemblée pour le combat décisif, se composait donc de : 30,837 hommes (141), parmi lesquels 7,543 cavaliers.

En outre des canons de ligne, partagés entre les diverses colonnes (142), il y avait 92 pièces de réserve.-->

Les points principaux du plan consistaient en ce que le feld-maréchal-lieutenant Ott, avec l'aile gauche de l'armée, devait marcher droit sur Salé, et là (qu'il trouvât de grandes ou de petites forces ennemies), commencer le combat, tandis que la colonne principale, au centre, s'avancerait par Marengo vers San-Giuliano, et, là, inclinerait un peu à gauche pour tomber sur les derrières et sur le flanc de l'ennemi, se trouvant à Salé. Si le feld-maréchal-lieutenant Ott se heurtait à une force supérieure en nombre, il lui était prescrit de se retirer derrière la Bormida. Mais si l'attaque de la colonne principale réussissait, ce qui éviterait la marche en retraite du feld-maréchal-lieutenant Ott, l'armée française devait se trouver vraisemblablement rejetée sur le Pô, sans aucun chemin pour se retirer. Toutefois, s'il restait à l'ennemi une route de retraite, l'armée impériale avait tout au moins la perspective de pouvoir revenir vers les pays héréditaires.

Mais pour le cas où, dans ce mouvement, l'armée se verrait obligée de se retirer par Novi, sur Gênes ou Bobbio, le feld-maréchal-lieutenant prince Hohenzollern reçut l'ordre de faire à Gênes tous les préparatifs possibles pour que l'armée pût être ravitaillée de cette place par Bobbio. A Bobbio se trouvaient encore les majors Mamulla et Frühauf, avec le reste de l'ancienne brigade Gottesheim, qui, en partie, n'avait pu atteindre Plaisance, et, en partie, avait été rejetée là par les Français.

Le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, avec la colonne de droite, devait couvrir l'aile droite de la colonne principale et attaquer énergiquement l'ennemi partout où il le rencontrerait.

On avait, dès les premiers jours de juin, travaillé activement à l'amélioration de la vaste tète de pont, existant déjà sur la rive droite de la Bormida, au point où la route de Marengo à Alexandrie franchit cette rivière. Après le combat de Casteggio, on y installa quatorze canons. Ce retranchement couvrait deux ponts de bateaux. La colonne principale devait se servir du pont supérieur; celle du feld-maréchal-lieutenant Ott, du pont inférieur. La troisième colonne se trouvait déjà sur la rive droite de la Bormida. Elle devait prendre son chemin par Frugarolo et Bosco, sur Novi.

Un ordre du jour énergique expliqua aux Autrichiens l'importance des dangers {p.447} qui les entouraient, mais aussi la gloire qui les attendait, s'ils étaient vainqueurs. L'armée était pleine de courage, et les paroles du généralissime avaient encore augmenté l'excellent esprit qui animait ces troupes, habituées à la victoire. Dans ces derniers jours, le généralissime ne négligea point de prouver à ses troupes sa bienveillance; il fit remplacer tous les effets d'équipement, d'habillement et de chaussures détériorés, par d'autres apportés des magasins d'Alexandrie, et fit distribuer aux hommes de la viande, du riz et du vin (143).

Le résultat du combat du 13 fit modifier l'heure de l'attaque.

. . . . .

Le plan d'attaque de l'armée impériale, que nous avons donné plus haut, devait donc être changé. Les colonnes ne pouvaient plus se mettre en marche à minuit, puisqu'elles devaient conquérir la place pour leur déploiement. Le passage de la Bormida fut donc fixé à 8 heures du matin, le 14 juin. Les colonnes devaient sortir de la tète de pont en face de l'ennemi et commencer le combat par la prise de Marengo. Tout le reste fut laissé comme il était indiqué dans les premières dispositions, parce qu'on croyait que ce ne pouvait être qu'une faible partie de l'armée française qui s'était emparée de Marengo (144). . . . .

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. . . . . Le 14 juin 1800 (145), à la pointe du jour, les Autrichiens marchaient au combat dans l'ordre accoutumé et avec leur sang-froid ordinaire. Des deux ponts très rapprochés sur lesquels ils devaient passer la Bormida, l'un était destiné à la colonne principale, l'autre à celle du général Ott. La tête de pont n'avait qu'une seule issue; cette circonstance retarda singulièrement leur marche. Les troupes que conduisait le général Ott furent même forcées d'attendre que la colonne principale eût débouché. Pendant que celle-ci sortait de la tête de pont, le général O'Reilly se porta vers Pedrebona avec l'avant-garde qui avait passé la nuit en dedans et en dehors de la tète de pont (146). Elle arriva bientôt au point qui lui était indiqué, et attaqua avec vigueur les avant-postes de la division Gardanne.

Bonaparte avait appris dans la nuit, par les rapports, que l'armée autrichienne devait passer la Bormida à la pointe du jour pour attaquer l'armée française.

De son côté, le général Desaix l'avait prévenu qu'il n'avait découvert aucun {p.418} mouvement ennemi dans les reconnaissances qu'il avait poussées jusqu'à Acqui, et en avant de Novi; ainsi, le dessein qu'avait le général en chef autrichien de livrer bataille lui était doublement signalé (147).

Bonaparte ordonna donc au général Desaix de quitter Rivalla avant le jour pour arriver à San-Giuliano: mais ce général ne put marcher qu'avec la division Monnier (148), attendu que la division Boudet était éparpillée et qu'il fallait, avant tout, faire rentrer les détachements.

D'une autre part, en même temps que le colonel Frimont engageait le combat à la tête de l'avant-garde de la principale colonne autrichienne, le général O'Reilly s'étendait sut sa droite, le long de la Bormida, afin de menacer le flanc gauche de la division Gardanne, de l'inquiéter, et de gagner ainsi le chemin de Frugarolo.

. . . . . (149) . . . . .

L'armée autrichienne ne pouvait se déployer tant que Gardanne était posté en deçà du Fontanone. Cependant, elle ne devait pas perdre de temps pour gagner l'espace nécessaire. Le général O'Reilly sur le flanc gauche, et le colonel Frimont, appuyé au centre par le général Haddick, avaient ouvert avec leurs 16 pièces une canonnade très vive sur la division Gardanne; ils parvinrent à l'ébranler. La cavalerie autrichienne chargea alors les Français et les força à se retirer sur leurs réserves qui occupaient Marengo.

. . . . .

Pendant cette manoeuvre, la première ligne des Autrichiens s'était déployée sous les ordres du général Haddick. L'extrémité de l'aile droite, appuyée à la Bormida, était formée par les troupes du général O'Reilly. A côté se trouvait le colonel Frimont, et, en face de Marengo, la division Haddick; la division Kaim formait la deuxième ligne; le corps de cavalerie du général Elsnitz et les grenadiers étaient derrière en réserve et en colonnes. Afin de gagner du temps pour la formation de la ligne de bataille, le général Haddick entretînt, avec cinq batteries, une canonnade ininterrompue contre la ligne des Français derrière le Fontanone et bombarda Marengo.

A peine les troupes autrichiennes étaient-elles en bataille, que le général Haddick, à la tête de la brigade Bellegarde, mit toute la première ligne en mouvement. Lui-même se disposa à prendre Marengo d'assaut. Ce mouvement en avant se fit au son de la musique et drapeaux déployés, sous un feu meurtrier de la mousqueterie française. On atteint le fossé; les braves soldats ne s'occupent pas à en sonder la profondeur; animés par l'exemple de leurs généraux, {p.449} ils bravent tout danger et se mettent en devoir de le franchir. Déjà, les Français semblent hésiter et vouloir dégarnir le bord opposé, lorsque le général Victor arrive avec ses réserves et se porte au-devant des Autrichiens.

Dans cette rencontre, le feld-maréchal-lieutenant Haddick reçoit une balle mortelle; il venait de commander la retraite de toute la ligne. Le feld-maréchal-lieutenant Kaim suivait les progrès de l'attaque avec attention. Il reçut et protégea la première ligne en désordre. Lui-même marcha avec sa division sur Marengo. Mais ses efforts pour franchir le fossé furent inutiles, car ce ruisseau de Fontanone, marécageux et profond, était défendu, du bord opposé, par le feu meurtrier de la division Victor. On sentit alors la faute qu'on avait commise en abandonnant aussi légèrement aux Français la possession de Marengo. En effet, que de sang ne se vît-on pas obligé de répandre pour reconquérir une ligne de bataille dont il eût été d'abord si facile de se rendre maître. Mélas ordonna alors au général Pilati d'appuyer sur la droite de Marengo avec sa brigade de cavalerie, afin de chercher un passage sur le fossé et de charger l'ennemi sur l'autre rive.

Le général Lannes venait d'arriver au poste qui lui était assigné dans la ligne sur la droite de Marengo et prenait part à la bataille. La division Haddick, ralliée sous les ordres du général Bellegarde, se porta contre Lannes, sur la gauche de la division Kaim. Pendant que le combat s'engageait sur toute la ligne, le général Pilati était parvenu à faire passer quelques escadrons des dragons de l'Empereur. Les cavaliers n'avaient pli gagner l'autre rive que lentement et avec beaucoup de peine, car ils n'avaient pu franchir le fossé qu'un à un. Toutefois, le passage s'était effectué sans que l'ennemi s'en fût aperçu. Mais, à peine les escadrons avaient-ils quitté la partie boisée pour se rendre dans la plaine, afin de charger l'infanterie française par le flanc, qu'ils furent aperçus par Kellermann. Ce général s'ébranla aussitôt avec toute sa brigade de cavalerie, pour aller à leur rencontre. Il les joignit, qu'ils avaient eu à peine le temps de se former, les attaqua avec des forces supérieures, les culbuta d'autant plus facilement qu'ils n'étaient pas soutenus, et les rejeta en-deçà du fossé. Les dragons impériaux, ainsi dispersés, se précipitèrent, en désordre et au grand galop, dans le fossé, qui, comme on l'a dit, était presque impraticable. Hommes et chevaux y tombèrent pèle-mêle. Tout ce qui ne perdit pas la vie dans cet affreux désordre fut sabré et fait prisonnier. Un très petit nombre d'hommes furent assez heureux pour regagner le bord opposé.

Pendant cet engagement, le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly avait attaqué avec succès la ferme appelée la Stortigliona, située entre la Bormida et le fossé de Fontanone, et occupée par les troupes légères françaises que soutenaient une pièce de canon. Celles-ci furent obligées de céder, et se retirèrent à Cassina-Bianca. Le feld-maréchal-lieutenant Kaim venait également de rallier ses troupes, afin d'essayer une troisième attaque sur Marengo. Le général Lattermann le soutint en réserve avec cinq bataillons de grenadiers. Les troupes pénétrèrent sous une grêle de balles jusqu'au fossé et essayèrent de forcer ce passage difficile; quelques fractions du régiment d'infanterie archiduc Joseph atteignirent le bord opposé, et parvinrent à s'y maintenir. Aussitôt, le général autrichien Lamarseille fit pointer ses pièces à proximité de l'emplacement dont l'occupation avait coûté tant de sang, afin d'entretenir un feu de mitraille qui pût faciliter le passage des autres bataillons et l'établissement de quelques ponts volants. {p.450}

Le feld-maréchal-lieutenant Ott, avec la colonne de gauche, venait de pénétrer jusqu'à Castel-Ceriolo, et n'avait trouvé aucun ennemi dans cette direction. Le général Lannes y avait jeté quelques compagnies, mais destinées plutôt à observer qu'à défendre; elles ne firent que peu de résistance.

Le feld-maréchal-lieutenant Ott, d'après les ordres de Mélas, devait se diriger sur Salé; mais, n'apercevant pas les colonnes ennemies, qu'on supposait être dans cette direction, il fit un changement de front sur le flanc droit du général Lannes, afin de faciliter, par cette manoeuvre, l'attaque de front des divisions Kaim et Haddick. Ce mouvement fut décisif. Le général Lannes fut obligé d'opposer sa réserve au feld-maréchal-lieutenant Ott sur son flanc droit et en première ligne, et chaque instant vint augmenter les craintes que devait avoir le général français d'être entouré et de voir Marengo tomber au pouvoir des Autrichiens. Déjà, le corps de Victor, qui avait soutenu jusquelà le général Lannes, était considérablement affaibli par les pertes qu'il venait de faire. Il avait même engagé sa dernière réserve pour la défense de Marengo; c'était la brigade d'infanterie Rivaud.

Les pionniers autrichiens étaient occupés à construire des ponts volants sur le fossé, à l'emplacement qu'on leur avait assigné; le général Rivaud avança avec quelques bataillons pour les troubler. Le feld-maréchal-lieutenant Kaim joignit sa batterie à celle du général Lamarseille pour les protéger. Le général Victor concentra également ses pièces sur ce point; la canonnade devint bientôt extrêmement vive; on réussit néanmoins, malgré la vivacité du feu, à jeter un pont. Le général Lattermann le franchit le premier avec ses grenadiers, et donna, tête baissée, sur Marengo. Les Français plièrent; toutefois, le général Rivaud s'avança avec ses bataillons de réserve et arracha aux grenadiers autrichiens la possession du village, sans pouvoir cependant les rejeter au delà du ruisseau. Le général Lattermann demeura maître du passage, mais reçut une blessure grave.

. . . . .

D'après ces dispositions, l'aile gauche du feld-maréchal-lieutenant Ott fut simultanément attaquée à son extrémité, par Carra-Saint-Cyr, et sur son front par le général Lannes. Les troupes autrichiennes furent forcées de plier; Carra-Saint-Cyr se dirigea droit sur Castel-Ceriolo, qu'il enleva, après une courte résistance, aux détachements autrichiens qui le défendaient. Mais le feld-maréchal-lieutenant Ott, quelque occupé qu'il fût sur son centre, ordonna au feld-maréchal-lieutenant Vogelsang, qui était en seconde ligne, de se porter sur ce point. Carra-Saint-Cyr avait à peine eu le temps de s'établir sur le terrain et de s'y disposer à la défense, que le feu du canon lui annonça l'approche de Vogelsang. Le régiment d'infanterie de Stuart monta le premier à l'assaut, et força les Français à abandonner Castel-Ceriolo.

Il est probable que si Bonaparte avait dirigé la division Monnier tout entière sur Castel-Ceriolo, elle aurait conservé ce point et aurait prévenu l'échec que subit le général Lannes. Mais, quand même cette disposition aurait eu lieu, Bonaparte ne pouvait plus songer à la conservation de sa ligne de bataille. Le corps du général Victor avait considérablement souffert, et les efforts réitérés des Autrichiens avaient ébranlé le courage des troupes françaises.

Le général Bellegarde venait de se frayer, avec la division Haddick, un passage vis-à-vis le corps de Lannes. En un mot, la position de flanc du {p.451} feld-maréchal-lieutenant Ott, les attaques opiniâtres de la principale colonne autrichienne, et l'effet très meurtrier du canon, forcèrent enfin les Français d'abandonner la défense du fossé de Fontanone, et de se retirer derrière Marengo; 400 Français, laissés dans la ferme voisine de Marengo pour couvrir la retraite, rendirent bientôt les armes et furent faits prisonniers.

Le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly avait continué, sur ces entrefaites, d'avancer dans la direction de Cassina-Bianca. Il y trouva quelques escadrons et un bataillon français. A l'apparition des hussards autrichiens, la cavalerie ennemie prit la fuite; le bataillon fut enveloppé et fait prisonnier. O'Reilly, après ce succès, reprit son mouvement et se dirigea sur Frugarolo.

La division Gardanne avait battu en retraite sur la grande route, et la division Chambarlhac, à sa gauche, sur Spinetta, lorsque la principale colonne autrichienne franchit, sur plusieurs points, le fossé de Fontanone et se déploya au delà de ce ruisseau, sous la protection d'une canonnade si vive, qu'il paraissait impossible que les Français ne fussent immédiatement dispersés.

C'est dans ce moment décisif que Bonaparte ordonna à la garde consulaire à pied de se faire jour à travers le corps de Lannes, qui se retirait en désordre, et de se porter en avant. Il espérait que ce corps d'élite ralentirait la retraite et lui ferait gagner du temps.

La garde consulaire, formée en colonne de déploiement, traversa la plaine et marcha à la rencontre du feld-maréchal-lieutenant Ott; elle avait déployé des tirailleurs, qui l'accompagnaient à environ soixante pas et couvraient son mouvement. Le feld-maréchal-lieutenant Ott l'aperçut bientôt, et ordonna au régiment de dragons de Lobkowitz de la charger. Elle se serra, disposa ses quatre pièces de canon, couvrit les dragons de mitraille au moment où ils arrivaient au grand galop, et les força à faire demi-tour. Une partie de la brigade de cavalerie de Champeaux se mit aussitôt sur leurs traces, et la garde consulaire reprit son mouvement offensif. Le général Gottesheim s'avança, au milieu de la plaine, en ligne déployée avec le régiment autrichien de Spleny contre les troupes à cheval qui soutenaient la garde consulaire. Celles-ci n'attendirent pas, et se retirèrent dès les premiers coups de canon.

Le régiment Spleny, qu'appuyait un bataillon du corps de Frôhlich, continua d'avancer contre la garde et l'action s'engagea. L'ennemi s'était aussi déployé; le feu était roulant, mais rien ne présageait encore de quel côté pencherait la victoire. Tout à coup, le colonel Frimont arrive; il se porte avec la rapidité de l'éclair sur les derrières de la garde consulaire, la charge à la tête de quatre escadrons de hussards, restés jusque-là en dehors de la colonne principale, du côté de Marengo. La garde fut enfoncée, rompue; les soldats dont elle se composait furent presque tous tués ou pris, et ses pièces enlevées (150).

Cette action brillante paraît décider de la journée. Il est 1 heure; les Français n'opposent plus qu'une faible résistance, et la retraite ne tarde pas à commencer pour toutes les divisions. Le corps du lieutenant général Victor touche à une dissolution complète. Le moment était arrivé où la cavalerie autrichienne devait, non seulement profiter de la victoire qu'elle avait {p.452} obtenue, mais achever, par une charge générale, l'anéantissement total de l'armée française. Malheureusement, la plus grande partie de cette cavalerie, sur laquelle le général en chef, ainsi que l'armée, avaient fondé leur espérance, et que l'ennemi redoutait à juste titre, était trop éloignée du champ de bataille dans ce moment important.

Déjà, à 9 heures du matin, lorsque l'armée autrichienne était occupée à opérer son déploiement et à chasser la division Gardanne de la Pedrebona et environs, le capitaine Ceiwrany, qui était détaché avec un escadron des dragons de l'Empereur, auprès d'Acqui, pour observer le général Suchet, avait fait le rapport qu' « il avait été attaqué par une forte colonne de cavalerie française, suivie par de l'infanterie, et rejeté jusqu'à Alexandrie ». Le général de cavalerie baron Mélas crut que la réunion des généraux Masséna et Suchet, à laquelle on s'attendait, avait été effectuée, et que la colonne qui avait paru devant Acqui était l'avant-garde de Masséna. Dans la crainte que ce corps ne parvînt à exécuter, sur les derrières de l'armée autrichienne, un mouvement qui aurait pu avoir une influence fâcheuse sur l'issue de la bataille, il ordonna au général Nimpsch de se porter, avec sa brigade de cavalerie, jusqu'à. Alexandrie, d'y recevoir l'escadron battu et de marcher au-devant de l'ennemi jusqu'à Cantalupo. Le général Nimpsch repoussa, en effet, la cavalerie française sur Acqui; mais l'armée fut privée, par ce moyen, de 2,341 cavaliers qui auraient été si utiles sur le champ de bataille, dans la grande plaine qui sépare Marengo de San-Giuliano. De plus, le régiment de hussards archiduc Rodolphe avait été envoyé, la veille, à Casale, et enfin les régiments de dragons l'Empereur et Karaczay avaient déjà éprouvé des pertes considérables au passage du fossé de Fontanone; ces contre-temps mirent les Autrichiens hors d'état de tenter une charge générale et de profiter de l'hésitation et du désordre des Français. Leurs troupes à cheval ne formaient que des pelotons isolés; les régiments de dragons Lichtenstein et archiduc Jean étaient les seuls qui présentassent des masses un peu compactes et fussent à même de porter un coup décisif.

Le général Mélas, qui avait été légèrement blessé, et qui avait eu deux chevaux tués sous lui, crut la victoire décidée en sa faveur; pensant qu'il ne s'agissait plus que de faire un dernier effort pour réaliser les espérances qu'il avait conçues dès le commencement de l'affaire, il n'en attendit pas l'issue, et quitta le champ de bataille. Il remit le commandement au feld-maréchal-lieutenant Kaim, le chargea de la fin de la poursuite, et retourna de sa personne à son quartier général d'Alexandrie. Ce subit éloignement du général en chef dut nécessairement produire un mauvais effet; le changement de commandement occasionna de l'hésitation dans les dispositions primitives. Le quartier-maître général Zach, qui se trouvait dans ce moment à l'avant-garde, n'était-pas assez rapproché pour y remédier et donner à l'ensemble des opérations la direction qu'exigeaient les circonstances; il avait formé une nouvelle avant-garde à la tête de la colonne principale, avec laquelle il s'était mis à la poursuite des Français; il l'avait composée de la brigade Saint-Julien et de la brigade de grenadiers Lattermann ; il essayait, avec ces huit bataillons, soutenus à gauche par le régiment de dragons de Lichtenstein, d'empêcher l'ennemi de se former de nouveau à San-Giuliano. Le général de Briey, avec le régiment d'infanterie François Kinsky, quitta Spinetta et se dirigea, à droite de {p.453} la route, vers Cassina-Grossa. A mille pas environ derrière l'avant-garde et sur la route, venait la colonne principale dans l'ordre suivant: la brigade Belle-garde; la brigade Knesewich; la brigade Lamarseille. Cette colonne était suivie, à mille pas plus loin, par sa réserve, la brigade Weidenfeld. Plus à gauche, et à hauteur de la colonne principale, était en première ligne la brigade de cavalerie Pilati; en deuxième ligne, se trouvait le régiment de dragons archiduc Jean. Le colonel Frimont soutenait, d'une part, la brigade Sticker, et, de l'autre, maintenait en partie la communication avec le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, qui avait pris position à Frugarolo. Ce dernier poussait, jusqu'à Novi et le long de l'Orba, des reconnaissances qui découvraient partout des coureurs du corps de Suchet. Le feld-maréchal-lieutenant Ott, au contraire, n'aperçut pas l'ennemi vers Salé; en conséquence, il prit le chemin de Villa-Nuova, vers Casa-Chilina, avec toute sa colonne; le régiment de dragons de Lobkowitz était sur les traces de l'ennemi. L'avantage obtenu par l'armée autrichienne l'avait exalté: elle marchait avec la confiance que donne la victoire, et n'imaginait pas rencontrer de résistance sérieuse, attendu que la bataille paraissait perdue pour les Français. Les chemins étaient couverts de fuyards, de blessés et de morts ; mais le général Desaix arrivait; les choses ne tardèrent pas à changer de face. Il pouvait être 5 heures environ, lorsque ce général arriva de Rivalta avec la division Boudet devant San-Giuliano; l'armée française, presque désorganisée, se retirait, à droite et à gauche de ce point, dans la direction de Torre-di-Garofoli. Bonaparte, plaçant tout son espoir sur cette division tant attendue, jugea qu'elle était en état de rétablir la balance et de donner une autre tournure à la bataille.

Le corps de Lannes et la division Monnier prirent position à la droite du général Desaix; le corps du général Victor, qui n'était plus capable de combattre ce jour-là, se mit derrière la division Boudet, sur l'action de laquelle reposait tout l'espoir des Français: Celle-ci fut placée sur deux lignes, devant San-Giuliano. La première ligne s'étendait sur un terrain couvert de vignes et d'arbres; douze pièces de canon protégèrent sa droite, et la brigade de cavalerie du général Kellermann appuya sa gauche (151).

Le général Zach n'eut pas plutôt débouché par les hauteurs de Cassina-Grossa qu'il déploya son avant-garde sur deux lignes: la première était composée de trois bataillons du régiment de Michel Wallis, qui avaient, sur leur gauche, le régiment de dragons Lichtenstein et la deuxième ligne de la brigade de grenadiers Lattermann (152). Le mouvement offensif vers San-Giuliano continua au son de la musique. Déjà, l'avant-garde allait atteindre les vignes, lorsque soudain le régiment Wallis fut surpris par une canonnade et une fusillade effrayantes. Il fut repoussé, et se replia sur la deuxième ligne. Les grenadiers tinrent ferme, s'ouvrirent pour laisser passer les fuyards et répondirent au feu de l'ennemi en avançant lentement. En même temps, on dirigea le feu de deux batteries sur la position des Français à San-Giuliano. Le régiment de Wallis se rallia, pendant cette manoeuvre, et se porta de nouveau au-devant de l'ennemi. {p.454}

Bonaparte découvrit alors la cavalerie de l'aile gauche autrichienne, qui lui donna de l'inquiétude pour ses pièces; il ordonna, en conséquence, au général Kellermann de se porter à l'aile droite de la division Boudet; ce mouvement se fit au trot, en passant entre les deux lignes (153). Le général Desaix, à la tête de la 9e demi-brigade légère, déboucha avec impétuosité des enclos de vigne, et se jeta, tête baissée, au milieu des bataillons autrichiens: le reste de la division Boudet suivit ce mouvement; les troupes des généraux Lannes et Monnier prirent aussi part au combat.

La rapidité de cette attaque imprévue ébranle les Autrichiens jusque-là vainqueurs; leurs batteries se retirent rapidement pour ne pas être prises; l'avant-garde commence à plier. C'est dans ce moment critique que le général Desaix tombe de cheval, frappé par une balle.

Les Français, avec un élan extraordinaire, pénètrent dans la première ligne de l'avant-garde autrichienne. Toutefois, le général Zach, réussit, avec ses grenadiers, à arrêter leurs progrès; mais le général Kellermann débouche avec sa cavalerie en colonnes. Le régiment de dragons Lichtenstein ne pouvait résister à la supériorité de ces forces; il n'attend pas même la charge, et se replie sur la cavalerie autrichienne qui se trouve à la tête de la colonne principale. Kellermann fait poursuivre ce régiment par une partie de sa brigade, enveloppe, avec le reste, les huit bataillons de l'avant-garde, et les pénètre de toutes parts. Cette attaque inopinée et exécutée avec une eélérité surprenante, met en désordre l'infanterie autrichienne et la disperse après une courte résistance. Beaucoup d'hommes sont sabrés; le général Zach, 37 officiers et 1627 soldats sont faits prisonniers. Le général Saint-Julien est également au pouvoir des Français; mais il est délivré presque aussitôt par quelques dragons impériaux.

La défaite de l'avant-garde de la principale colonne autrichienne ranima le courage des Français; leurs divisions, battues auparavant, s'avancèrent avec résolution; le général Kellermann fut appuyé très à-propos par la garde consulaire à cheval et par un régiment de la brigade Champeaux. Il rallia rapidement sa cavalerie, aussitôt que l'avant-garde autrichienne eut mis bas les armes, et se mit à la poursuite des dragons de Lichtenstein. Ceux-ci s'étaient jetés en droite ligne sur la brigade de cavalerie Pilati, qui venait d'arriver, à la tête de la colonne principale, sur les hauteurs de Cassina-Grossa. Le désordre se communiqua à cette brigade; les cavaliers, saisis d'une terreur panique, se jettent en partie sur la colonne du feld-maréchal-lieutenant Ott ; le plus grand nombre tombe sur l'infanterie de la colonne principale, afin de gagner la grande route.

Cependant, personne dans la colonne principale ne pouvait s'expliquer la {p.455} fuite de la cavalerie. On avait entendu, à la vérité, gronder soudain le canon du côté de San-Giuliano, mais on ignorait ce qui s'était passé; la plupart des cavaliers eux-mêmes ne savaient pas non plus pourquoi ils fuyaient si précipitamment. La principale colonne autrichienne, rompue par les cavaliers qui la traversaient en fuyant, commença également à plier.

Le feld-maréchal-lieutenant Kaim fit déployer les premiers bataillons pour s'opposer à l'ennemi; mais, avant qu'ils se fussent formés, une nouvelle cohue de cavaliers vint les culbuter, et, semblable à un torrent, les entraîna dans sa fuite. Au même instant, arrive Kellermann, avec sa cavalerie, qui se jette sur la colonne d'infanterie; le désordre est bientôt au comble; les bataillons qui essaient de se reformer sont rompus par les fuyards; tous fuient pèle-mêle le long de la route. Les six bataillons de grenadiers que commande le général Weidenfeld, et qui sont placés en réserve sur les hauteurs de Spinetta, tiennent ferme, sans pouvoir arrêter les fuyards. Ils prennent position à gauche de la route, et leur chef se prépare à recevoir l'ennemi avec toute son énergie. La nuit arrive, et la fuite continue en désordre sur Marengo. Les généraux et les officiers font de vains efforts pour rétablir l'ordre et rallier les troupes derrière le fossé de Fontanone ; le soldat est sourd à leur voix, et se jette en tumulte dans la tête de pont; cavaliers, fantassins, canons et chariots s'y précipitent à la fois; chacun se hâte, chacun veut échapper au danger. Arrêté par la multitude, désespérant de passer le pont, un soldat du train, avec sa pièce, se hasarde à traverser la Bormida et atteint heureusement la rive gauche; on suit aussitôt son exemple ; mais le fond marécageux ne supporte pas le poids toujours croissant, et vingt ou trente pièces, avec leurs fourgons, restent embourbées dans la rivière.

Un temps considérable s'était écoulé depuis que les fuyards avaient dépassé les grenadiers de Weidenfeld, et, cependant, l'ennemi ne se présentait pas encore. Le général Kellermann avait ralenti sa poursuite, afin de laisser gagner du terrain à l'infanterie française; mais à peine fut-elle à proximité, qu'il s'avança sur Marengo, où se retirèrent les grenadiers autrichiens; ils s'y arrêtèrent assez longtemps, pour permettre au feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, venant de Frugarolo, de se placer à leur hauteur. Le général Weidenfeld reçut les Français par une canonnade et un feu de mousqueterie très vifs, et arrêta ainsi leur poursuite.

Le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, qui avait observé de loin l'issue inopinée de la bataille, fit sa retraite le long de la Bormida; il marcha d'abord sans être inquiété; mais, arrivé à la hauteur de Marengo, il fut assailli vivement. Aussitôt que le général Weidenfeld l'aperçut, il se retira en bon ordre sur la tête de pont, protégé par les troupes légères du feld-maréchal-lieutenant O'Reilly. La résistance des Croates empêcha l'ennemi de pénétrer en même temps que les troupes autrichiennes dans la tête de pont.

Le feld-maréchal-lieutenant Ott n'avait point pris part à cette deuxième partie de la bataille. Pendant le combat meurtrier de San-Giuliano, ce général, dont la tête de colonne était à la même hauteur que l'avant-garde de la colonne principale, fit arrêter la sienne en ordre serré. Renforcé par la cavalerie dispersée de la brigade Pilati, il pouvait espérer quelque succès d'une attaque contre l'ennemi, qu'avait affaibli le combat soutenu contre le feld-maréchal-lieutenant Kaim. Il résolut donc de se former en ordre de bataille et de {p.456} prendre en flanc les Français qui avançaient rapidement sur la route de Marengo. Déjà, quelques bataillons du centre commençaient à se déployer; mais la colonne principale s'était enfuie avec une telle vitesse, que le moment opportun était passé avant que le feld-maréchal-lieutenant Ott eût fait ses dispositions d'attaque (154). Le feu indiquait que les efforts des Français se dirigeaient sur Marengo. La nuit était déjà noire; il était impossible de distinguer leur force; le feld-maréchal-lieutenant Ott ordonna donc à ses troupes de faire demi-tour et de battre en retraite sur Castel-Ceriolo.

Bonaparte, qui hésitait à faire avancer le corps du général Lannes, à cause des manoeuvres attendues de la colonne de Ott, eut à peine aperçu le mouvement rétrograde de celui-ci, qu'il ordonna à Murat de prendre toute la cavalerie disponible et de le harceler. Murat le pressa si vivement qu'il l'obligea plusieurs fois à se déployer. A la fin, cependant, il atteignit Castel-Ceriolo, qui était déjà occupé par l'ennemi.

Le général Vogelsang se mit à la tête du régiment Stuart, pénétra dans le village au pas de charge et se fit jour, mais fut grièvement blessé. Il était nuit noire lorsque Ott arriva à la tête de pont, par où il rentra, d'après les ordres reçus, dans le vieux camp.

La division du général Gardanne reprit, à 10 heures du soir, sa position de la matinée à Pedrebona. Le général Rivaud, avec sa brigade de cavalerie, occupa Castel-Ceriolo; le général Champeaux se porta à la Barbotta; les divisions Monnier, Lannes, Boudet et Chambarlhac s'établirent derrière Marengo, sur les hauteurs de Spinetta et à cheval sur la grande route. Elles campèrent sur une seule ligne qu'appuyait, à son aile gauche, la cavalerie du général Kellermann.

La perte des Autrichiens était de 963 tués, dont 14 officiers;
de 5,518 blessés,
(dont faisaient partie le général Haddick, qui mourut le 18 juin, à Alexandrie; les généraux Vogelsang, Lattermann, comte Frédéric Belle-garde, Lamarseille, Gottesheim et 238 officiers supérieurs et autres.)
De plus l'armée perdait 2,921 prisonniers,
parmi lesquels se trouvaient le général Zach et 74 officiers supérieurs et autres.
Par conséquent, la perte des Autrichiens s'élevait à 9,402 hommes.
On comptait 1493 chevaux tués ou blessés. 12 canons, 1 obusier, 13 fourgons chargés de munitions tombèrent au pouvoir de l'ennemi.

. . . . .

Nous avons donné le récit fidèle de la bataille de Marengo, la plus sanglante de la campagne de 1800. D'abord gagnée, un événement imprévu la fit terminer {p.457} d'une façon déplorable. Mélas avait quitté, à midi, son armée victorieuse; il la retrouva, le soir, vaincue et touchant à une entière dissolution; ce revers cruel, cette transition subite de la victoire à la défaite consterna les troupes et les frappa d'un morne désespoir. Elles se voyaient arracher, par des circonstances imprévues, un succès si chèrement acheté. La terreur inexplicable d'un' corps isolé s'était propagée avec la rapidité de l'éclair: le général en chef s'était éloigné du champ de bataille; le quartier-maître général avait été pris; l'armée était restée sans guide et sans direction. Le malheur arriva si vite qu'aucun général ne put prendre le commandement en chef. Chacun se borna à exécuter partiellement les dispositions que lui dictait sa prudence et que réclamait la situation des affaires.

Ce état de choses suffisait à lui seul pour paralyser toutes les mesures qui auraient pu assurer encore le salut de l'armée après le déplorable événement survenu à San-Giuliano.

* * *

Deux relations de la campagne de l'armée de réserve furent rédigées au Dépôt de la guerre par ordre du Premier Consul, l'une en 1803, l'autre en 1805. Toutes les deux ont été publiées en 1828 dans le Mémorial du Dépôt de la guerre (155). On ne les a pas reproduites ici, parce que leur sincérité doit être mise en doute et qu'elles n'apportent aucun renseignement nouveau sur la bataille, ni aucune indication utile, au lecteur de 1900 qui a sous les yeux les documents de la première heure (156). On lira peut-être avec intérêt, ne fût-ce qu'au point de vue psychologique ce qui a été écrit dans le Mémorial sur la méthode de rédaction de ces relations. {p.458}

Notice rédigée par le Maréchal de camp de Castres.

Lorsqu'en l'an XII (1803), on s'occupa d'une relation réfléchie et complète de la bataille de Marengo, on se proposait seulement d'en faire un article d'instruction destiné au Mémorial topographique et militaire, ainsi qu'on avait fait au sujet de la bataille de Leuthen; mais Bonaparte voulut qu'on en fit un ouvrage particulier. Les matériaux dont on se servit d'abord furent: le rapport officiel inséré au Moniteur; celui du général Dupont, chef d'état-major de l'armée; le journal du colonel Brossier, chargé du service topographique, et deux notices extraites des journaux militaires allemands; les Annales de l'Europe, par Posselt, et la Nouvelle Bellone, par Venturini. Mais aucun de ces écrits ne précisait assez les mouvements des troupes françaises; on interrogea les officiers généraux présents à la bataille, qui se trouvaient alors à Paris; on demanda par écrit des renseignements à ceux qui étaient éloignés; enfin, on fit venir en poste, de leurs garnisons, et l'on interrogea, au Dépôt de la guerre, les officiers supérieurs de divers corps, entre autres ceux des demi-brigades qui avaient composé le corps du général Lannes, et particulièrement les officiers de la brigade Carra-Saint-Cyr, qui faisait partie de la division Monnier; ces troupes étant celles sur les mouvements desquelles on avait le moins de données.

L'officier (M. de Castres), chargé alors de dessiner les planches de mouvements, fut désigné pour confronter les renseignements écrits ou verbaux de ceux à qui ils avaient été demandés.

Le rapport des officiers de la brigade Carra-Saint-Cyr était positif. Ils étaient, disaient-ils, partis le matin de Torre-di-Garofoli, où ils avaient passé la nuit. A leur arrivée sur le champ de bataille, ils avaient été dirigés sur Castel-Ceriolo. Après s'être emparés de ce village et l'avoir quelque temps défendu contre l'infanterie légère autrichienne, voyant que toute la plaine de gauche était abandonnée par les troupes françaises, et qu'ils se trouvaient les derniers restés sur le champ de bataille, ils abandonnèrent Castel-Ceriolo et revinrent à Torre-di-Garofoli; ils disaient encore qu'ils avaient exécuté ce mouvement à travers des vignes, qui les avaient protégés contre la cavalerie autrichienne; qu'il y avait cinq quarts d'heure ou une heure et demie qu'ils avaient quitté le village et qu'ils marchaient isolés et sans avoir connaissance du reste de l'armée française, quaud un aide de camp les rencontra et leur dit qu'elle se reportait en avant, et qu'il était envoyé pour donner l'ordre à toutes les troupes qu'il rencontrerait de reprendre l'offensive; qu'en conséquence, ils étaient revenus sur leurs pas; qu'ils avaient atteint le village à la chute du jour; qu'ils en avaient chassé quelques troupes ennemies qu'ils y avaient trouvées, et s'y étaient établis pour y passer la nuit.

Le rapport du général Kellermann différait peu, quant au fait matériel de la charge qu'il avait exécutée, de ce qu'on lit dans l'une et l'autre relation. Seulement, il disait ne pas avoir reçu l'ordre de charger, mais bien s'y être déterminé de lui-même et par sa propre impulsion; et, en réalité, pendant tout le cours du travail et les différentes discussions auxquelles ce travail a donné lieu, aucun autre témoignage n'est venu infirmer cette assertion, d'autant plus vraisemblable, qu'une résolution de cette nature ne peut être réellement prise que par celui qui peut l'exécuter sur-le-champ et sur place. {p.459} Après avoir, toute la journée, combattu à la gauche de la division Chambarlhac, disait le général Kellermann, il en avait couvert la retraite jusqu'à ce qu'il eût rencontré la division Boudet; alors, il avait reçu ordre de passer derrière le front de cette dernière, et de se porter à son aile droite (157), pour y soutenir l'artillerie du général Marmont, qui l'appuyait. Formé en colonne, à cause de la difficulté de marcher en ligne à travers des vignes qui pendaient en guirlande d'un arbre à l'autre, il suivait, parallèlement à la grande route, le mouvement de toute l'armée française, qui se reportait en avant, lorsqu'il aperçut une longue colonne ennemie qui s'avançait par la grande route et se trouvait déjà à même hauteur que lui; alors, il avait sur-le-champ commandé: « Tête de colonne à gauche » et lancé ses premiers escadrons sur le flanc de cette infanterie, tandis que, arrêtant les derniers, il les avait formés en ligne, et portés, au trot, contre un corps de cavalerie ennemie qu'il avait au même instant découvert dans la plaine (158).

Ce fut d'après toutes ces données, que l'officier chargé de ce travail dessina sept à huit planches de mouvements, sous la direction du colonel Pascal Vallongue, sous-directeur du Dépôt, qui, lui-même, rédigeait le texte. Quand ces planches furent terminées, le Ministre de la guerre, Alex. Berthier, les soumit à Bonaparte. Elles revinrent des Tuileries tellement biffées ou corrigées à la plume ou au crayon qu'il fallut les recommencer toutes, à l'exception de la première et de la dernière, qui donnaient les positions des armées avant et après la bataille.

Dans les deuxième et troisième planches, le Premier Consul avait, avec raison, élagué plusieurs mouvements épisodiques qui jetaient de la confusion sur l'ensemble; mais, dans les suivantes, il commença à s'éloigner de la vérité historique, en exigeant que le corps du général Lannes fût représentê comme exécutant par bataillons le passage des lignes en retraite, tandis qu'il résulte des renseignements donnés par les officiers de la division Watrin, que les demi-brigades de cette division, réduites de près de moitié après un combat opiniâtre, s'étaient retirées accablées par le nombre, et que l'une d'elles seulement (la 6e ou la 28e) avait obéi directement, jusqu'à la fin, aux ordres du général Lannes, qui, pendant la retraite, l'avait ramenée plusieurs fois sur l'ennemi. Napoléon, mécontent du général Monnier, qui était resté en réserve avec la 72e, au lieu de suivre, dans Castel-Ceriolo, les deux autres demi-brigades de sa division, n'avait pas voulu que son nom parût dans la relation, et il avait donné à la division qu'il commandait le nom de Carra-Saint-Cyr, qui était à la fois, et le plus ancien général de brigade, et celui qui avait commandé les deux demi-brigades dans le village (159). Ce point ne devait avoir été abandonné que peu de temps avant l'arrivée du général Desaix, et les troupes françaises {p.460} devaient y être rentrées de vive force au moment où l'armée s'était reportée en avant. Ainsi, il n'était pas encore question, comme on voit, que l'on eût pivoté autour de Castel-Ceriolo et refusé l'aile gauche pour, en cas d'échec, prendre une autre ligne d'opérations; la direction de retraite de toutes les troupes était parallèle à la grande route de Tortone.

Les mouvements, ainsi arrêtés, furent présentés à l'Empereur par le maréchal Berthier; ils reçurent son approbation, et l'on s'occupa de graver toutes les planches de mouvement pour les porter en superposition sur celle du champ de bataille (160).

Pendant ce temps, Napoléon, ayant été se faire couronner roi d'Italie, et devant passer une grande revue sur le champ de bataille même de Marengo, le ministre Berthier eut l'idée de lui présenter l'ouvrage sur les lieux témoins de sa gloire, et au jour anniversaire de la bataille. Le frontispice fut dessiné d'après cette intention. Cinq exemplaires, imprimés de format in-folio, contenant chacun dix planches, accompagnées de la relation qui les expliquait, furent portés, de Paris à Milan, par le colonel Vallongue. Mais les idées de Napoléon avaient changé; il ne voulut plus ni de la relation ni des planches, quoiqu'il les eût successivement annotées, corrigées et définitivement approuvées avant son départ de Paris. L'un des cinq exemplaires fut bâtonné à l'encre de sa main, page par page et planche par planche. Il ne voulut plus que la retraite se fût opérée parallèlement à la grande route, ni que la brigade Carra-Saint-Cyr se fût autant éloignée de Castel-Ceriolo. Il parait qu'on lui rappela les documents existant au Dépôt de la guerre qui démentaient cette nouvelle assertion, et qui serviraient un jour à prouver à la postérité qu'on avait voulu la tromper; car, en renvoyant les cinq exemplaires au Dépôt de la guerre, il donna au général Samson, qui en était alors directeur, l'ordre formel de les détruire par le feu, et avec eux tous les documents historiques et descriptifs qu'on avait eu tant de peine à recueillir; enfin, tout ce qui avait été dessiné et gravé, comme aussi de faire briser toutes les formes d'impression et effacer tous les cuivres. Mais, pendant que cet ordre recevait son exécution, le colonel Muriel trouva moyen de soustraire un de ces exemplaires, déjà dépouillé de sa reliure; il l'a conservé, jusqu'à ce moment, dans les archives du Dépôt de la guerre.

Au retour du Ministre, on refit toutes les planches de mouvement; il fut décidé que, pour s'éviter la peine de recommencer de nouveau tout le travail, on soumettrait les feuilles à l'Empereur l'une après l'autre et à mesure qu'elles seraient dessinées, et que l'officier qui en serait chargé travaillerait sous les yeux du Ministre, dans son cabinet particulier, afin qu'il pût continuellement surveiller et contrôler les corrections. Les premières planches éprouvèrent peu de difficultés. Les grands changements ne commencèrent qu'à la retraite du corps du général Lannes. Le Ministre, ayant expliqué la pensée de Napoléon, fit dévier la direction de sa ligne de retraite, autant qu'on le pût, de celle de la grande route. La division Carra-Saint-Cyr était supposée ne s'être retirée qu'à quelques cents toises de Castel-Ceriolo. Cette feuille, ainsi dessinée, fut {p.461} portée aux Tuileries par le Ministre; quand elle en revint, Napoléon avait encore fait, au crayon, une croix sur la position de la division Carra-Saint-Cyr, et avait écrit, à la marge de la carte: « La division Carra-Saint-Cyr dans Castel-Ceriolo; elle s'y barricade (161) ».

Quelques temps après, la campagne de 1805 s'ouvrit; l'officier chargé du travail des cartes fut envoyé à l'armée. Mais il est évident que la variante qu'il venait de dessiner ne fut pas la dernière; il y avait de six à huit planches de mouvement, et, dans l'édition qui a paru sous formats in-f°, in-4e et in-8e, il n'y en a que quatre.

Le texte ne souffrit pas une moindre altération, mais les variantes en furent moins nombreuses, parce que les relations ne furent rédigées que d'après les planches, et après qu'elles eurent été successivement adoptées. Ces rédactions n'ont jamais été qu'au nombre de deux: ce sont celles qu'on présente ici au public. Leur lecture laissera pressentir avec quelle précaution il faut admettre les assertions de Napoléon toutes les fois qu'il s'agit de lui personnellement, et montrera avec quelle rapidité l'idée de sa force et l'ivresse de ses succès avaient enflé ses pensées. Un coup d'oeil jeté sur chaque épigraphe suffirait, d'ailleurs, pour produire ce dernier effet; celle de la première variante est modeste; on ne recherche que la vérité:

Inter ancipitia clarescunt.

Mais, après la bataille d'Austerlitz, époque à laquelle la seconde version fut définitivement fixée et arrêtée, on trouve partout, dans la victoire de Marengo, le résultat obligé d'une conception sublime, et qui mérite d'autant mieux d'être offerte à l'admiration du siècle présent et de ceux à venir, qu'elle est celle:

Per quam. . . . .
Crevêres vires, famaque, et impéri
Porrecta majestas.

(Mémorial du Dépôt de la guerre, t. 4 (1828), p. 270 à 275.)

La notice du Maréchal de camp de Castres, ayant fait saisir la façon dont la vérité historique a été sacrifiée dans les relations officielles de 1803 et 1805, il est inutile de citer ici le passage des Mémoires de Napoléon (Œuvres de Ste-Hélène), relatif à la bataille de Marengo.

La prétendue retraite volontaire autour du pivot de Castel-Ceriolo y est exposée sommairement. {p.462}

« . . . . . Au commencement de l'action, le Premier Consul avait changé sa ligne de retraite et l'avait dirigée entre Salé et Tortone. . . . .

« . . . . . Le corps de Lannes refusait constamment sa gauche. . . . .

« . . . . . Carra-Saint-Cyr qui, à notre droite, se trouvait en potence sur le flanc gauche de l'ennemi, était beaucoup plus près des ponts sur la Bormida que l'ennemi lui-même . . . . . (162) »

On peut considérer les modifications faites par l'Empereur comme un corrigé de la bataille de Marengo, comme la mise au point d'une oeuvre qu'il juge imparfaite, comme la description d'une des batailles-types que rêve son génie. C'est le combat en retraite d'une partie de l'armée attirant l'adversaire sur une réserve fraîche pendant qu'une autre fraction marche sur son flanc et menace sa retraite (163).

Il est certain que la vraie bataille de Marengo s'est livrée en réalité d'une façon moins complexe, par la succession naturelle d'épisodes non prévus: attaque et défense du Fontanone et de Marengo; renforcement des troupes de première ligne; position critique des Français dont l'artillerie est très inférieure en nombre et dont les munitions s'épuisent; retraite vers les points où ils ont campé la veille; enfin entrée en scène de la division Boudet, qui ne semblant d'abord susceptible que d'arrêter la poursuite, attaque avec tant de vigueur, et est aidée {p.463} avec tant d'à-propos par la cavalerie de Kellermann, que l'avant-garde ennemie est dispersée et que toute l'armée autrichienne, prise de panique, s'enfuit en désordre et abandonne le champ de bataille.

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    {p.363}
  1. Il paraîtrait que le Premier Consul fût averti à 8 heures, par le capitaine Deblou, du 2e chasseurs à cheval, officier de correspondance du général Murat: « Le 25 prairial an 8 (Marengo), à 8 heures précises du matin, il instruit le Premier Consul des dispositions de l'ennemi et le prévient qu'il y aura une affaire majeure et décisive dans cette journée ». (Extrait des états de service du capitaine Deblou. Mémoires de duc de Bellune, p. 432.)

    Il semble probable, si ce renseignement a vraiment été donné au Premier Consul, que {p.364} celui-ci n'y attacha pas une très grande importance et qu'il attendit des nouvelles plus certaines.

    Gardanne n'est attaqué qu'à 9 heures, à Pedrebona (V. p. 374). La relation autrichienne donne l'heure de 8 heures comme celle indiquée pour le départ. (V. p.447.)

    Ce n'est donc qu'à 10 heures environ que le Premier Consul doit savoir qu'il est attaqué par des forces importantes.

  2. Cet ordre a du être donné vers 9 heures du matin, puisque Lapoype le reçoit à 10 heures à Ponte-Curone. – Torre-di-Garofoli à Ponte-Curone: 14 kilomètres environ. {p.365}
  3. Sur quel pont volant peut être Lapoype?

    Il semble que ce doit être celui de Bastida, par lequel il est venu de Pavie le U juin et qu'il ne nomme pas, précisément parce que c'est celui qu'il connaît.

    Ce passage est à 22 kilomètres environ de Ponte-Curone et les chemins sont sans doute médiocres, ce qui peut expliquer le temps employé à faire ce trajet.

    Voghera est bien sur le chemin qui ramène de Bastida à Castel-Nuovo-di-Scrivia.

    On ne s'étonnera pas que, pour aller de Ponte-Curone à Valenza, Lapoype ait fait le grand détour de passer à Bastida, si l'on songe qu'il n'y avait en amont ni pont ni moyen de passage assuré, de quelque nature qu'il fût.

    La Revue militaire autrichienne mentionne cependant l'existence d'un mode de passage préparé sur la Scrivia et le Pô.

    « . . . . . Dans le cas où Mélas voudrait passer avec l'armée sur la rive gauche du Pô, à Valenza ou à Casale. le Premier Consul avait, dès le 13 au matin, donné l'ordre de construire deux ponts volants sur la Scrivia, au nord de Castel-Nuovo ; il avait également fait rassembler une quantité de bateaux et de radeaux pour que ses divisions pussent rapidement traverser le fleuve. » (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 146.)

    L'existence de ponts volants est également mentionnée dans le rapport de Berthier. (V. p. 426.)

    En tout cas, Je passage commencé par Lapoype semble bien le passage du Pô, et le point est forcément à l'est de Voghera, puisqu'il passe le soir par cette ville en marchant vers Castel-Nuovo.

  4. Si le pont volant, vers lequel s'est dirigé Lapoype, n'est pas absolument déterminé, les positions de la division dans la matinée et la soirée sont fixées par cette lettre d'une manière très exacte. Lapoype est à Ponte-Curone jusqu'à 10 heures du matin; le soir, très tard, il est à Castel-Nuovo-di-Scrivia.

    Il y a donc erreur absolue dans le tableau de la « Position des Français en Italie le jour de la bataille » sur lequel on lit : « Division Lapoype à Pavie ». Ce tableau accompagne la. « Carte générale de la campagne de l'armée de réserve en Italie en l'an 8 ». On le trouve aussi dans les Mémoires de Napoléon (Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 387) et dans beaucoup d'autres ouvrages. (V. l'annexe n° 9.) {p.366}

  5. V. la carte du champ de bataille, à la fin du chap. VIII. Cette carte a été faite au Dépôt de la guerre quelques mois après la campagne, d'après des levés faits sur le terrain. Elle accompagnait les relations officielles de 1803 et de 1805, et portait des dispositifs de troupes pour les différents moments de la bataille.
  6. Ce n'est pas la première fois que les Français combattent à Marengo.

    A deux reprises différentes, pendant l'année 1799, l'armée d'Italie s'est engagée contre les alliés dans la plaine de San-Giuliano, entre la Scrivia et la Bormida, entre Tortone et Alexandrie.

    La coïncidence est assez curieuse pour qu'on fasse ici un récit sommaire des combats de Marengo, des 16 mai et 20 juin 1799 :

    Dans le premier, les armées ne sont pas orientées comme en 1800. Les Français venant d'Alexandrie, sont face à l'est. Il offre cet intérêt particulier que le général des troupes françaises est Victor, le même qui commande l'avant-garde du Premier Consul le 14 juin 1800.

    Dans le second combat, les positions des armées adverses sont identiques à celles de 1800; les Français viennent des bords de la Scrivia, et repoussent les Autrichiens jusqu'à la Bormida. Une division, arrivant dans la soirée à San-Giuliano et Cassina-Grossa assure aux Français le succès jusque-là incertain. La bataille du 14 juin 1800 semble calquée sur le combat du 20 juin 1799.

    Premier combat de Marengo. – 16 mai 1799.

    Moreau, général en chef de l'armée d'Italie depuis le 27 avril 1799, après avoir replié ses troupes sur le Pô supérieur, vers Turin, vient de se porter du côté d'Alexandrie et borde la rive gauche de la Bormida.

    Les alliés, sous le commandement de Souvarow, sont dans la position suivante dans la soirée du 15 mai:

    Karatchï a un détachement russe en avant de Marengo et un corps autrichien à {p.367} Marengo. Lusignan, avec 7 bataillons et 6 escadrons autrichiens est à San-Giuliano. Mélas est à Garofoli avec 18 bataillons 1/2, formant les divisions Frôlich et Kaim. Bagration a 10 bataillons, 6 escadrons et 2 régiments cosaques vers Novi. Souvarow est à Salé.

    Le mouvement ordonné pour le 16 mai porte toutes les troupes alliées vers le nord, pour repasser sur la rive gauche du Pô. C'est pendant l'exécution de cette marche de flanc que les Austro-Russes doivent faire face à l'ouest pour repousser la reconnaissance offensive de la division française Victor.

    (Voir la Campagne de 1799 en Italie et en Suisse par le général russe Milioutine.)

    « Le 24, le 25 et le 26 (prairial), je rassemblai l'armée sur la Bormida, ayant appris que la grande armée abandonnait son projet de marche contre l'armée de Naples et se rapprochait de moi. Je voulus m'en assurer et ayant fait jeter un pont sur la Bormida, je chargeai le général Victor de faire une forte reconnaissance vers Tortone, de culbuter l'avant-garde et de voir ce que nous avions devant nous. . . . . Notre reconnaissance, faite avec environ 1200 chevaux, 6 pièces d'artillerie et 7 ou 8 bataillons . . . . . (Rapport de Moreau, général en chef de l'armée d'Italie, au Directoire. Carmagnola, 22 mai 1799.)

    « Dans la nuit du 27 (16 mai), la division Victor effectue son passage; nos troupes emportèrent rapidement les villages de Marengo, Spinetta et San-Giuliano, replièrent tous les avant-postes ennemis et lui firent 300 à 400 hommes prisonniers; mais l'armée autrichienne, forte de 26,000 à. 30,000 hommes, se montrant déployée derrière le village de San-Giuliano, ne permit pas de pousser plus loin nos avantages. Le général Victor ordonna la retraite et vint prendre position sur la Bormida. Ce mouvement s'exécuta avec tout l'ordre possible; pas une bouche à feu, pas un caisson ne restèrent en arrière et nous emmenâmes nos prisonniers; la nombreuse artillerie de l'ennemi nous a occasionné quelques pertes, mais elle n'a pas un seul instant ébranlé nos troupes. Les généraux Gardanne et Colli se sont particulièrement distingués dans cette affaire. »

    (Bulletin historique des opérations de l'armée d'Italie pendant le mois de floréal an 7, par Dessole.)

    Un plan conservé aux Archives de la guerre, fournit quelques détails intéressants: La gauche de la division Victor s'est étendue bien au delà de Castel-Ceriolo, dans la direction de Piovera. Cette gauche et le centre ont dû, dans la marche en retraite, se retirer par Marengo, à cause des « marais impraticables » du Fontanone. L'infanterie française a passé la Bormida sur un pont de bateaux à l'est d'Alexandrie, la cavalerie a passé à gué à quelques centaines de toises en amont.

    Deuxième combat de Marengo. – 20 juin 1799.

    Moreau, ayant sous ses ordres directs les divisions Grouchy et Grenier, environ 12,000 hommes, débouche de Gênes le 17 juin. Son but est d'immobiliser Souvarow du côté d'Alexandrie, pendant que Macdonald, venant de l'Italie méridionale, arrivera dans le bassin du Pô.

    Mais Souvarow le prévient, marche avec le gros de ses forces au-devant de Macdonald, qu'il va battre sur les bords de la Trebbia, les 17, 18 et 19 juin. Il a chargé le général autrichien Bellegarde, avec 14,500 hommes, de faire le siège d'Alexandrie et de Tortone.

    Moreau, descendant les deux rives de la Scrivia, a, le 18 juin, la division Grouchy à Novi et la division Grenier à Serravalle.

    A son approche, les Autrichiens (général Alkany) lèvent le siège de Tortone dans la nuit du 18 au 19 et se retirent dans la plaine de San-Giuliano.

    Le 19, Moreau appelle Grouchy sur la rive droite de la Scrivia et, faisant face à l'est, {p.368} marche sur Voghera pour atteindre Souvarow. Mais Bellegarde, qui veut livrer bataille pour retarder Moreau, fait renforcer Alkany par la Marseille. Moreau est obligé d'arrêter son mouvement et de faire face à l'ouest. Grouchy campe dans la soirée sur la rive droite de la Scrivia; son avant-garde est à Rivalta, sur la rive gauche. Une brigade de Grenier est à Castel-Nuovo-di-Scrivia; le reste de la division entre Voghera et Tortone.

    (Consulter les Archives de la Guerre, Armée d'Italie, 1799, et la Campagne de 1799 en Italie et en Suisse, par le général russe Milioutine,)

    Le 20 juin, Grouchy attaque les Autrichiens et les bat, avec l'aide de la division Grenier, restée pendant la matinée sur la rive droite de la Scrivia.

    Les rapports des généraux et les croquis des ingénieurs géographes donnent à ce combat le nom de San-Giuliano ou de Cassina-Grossa.

    Le général de division Grouchy au général en chef.

    Marengo, le 3 messidor an 7 (21 juin 1799).

    « Mon Général, en exécution de vos ordres, qui me prescrivaient de chasser l'ennemi avec ma division, des positions qu'il occupait à Pozzolo, Quatro-Cascine, et San-Giuliano, je dirigeai, dès 3 heures du matin, le général Garreau, avec ma brigade de gauche, renforcée par la 26e légère qui arrivait de Serravale, sur Pozzolo, Je fis soutenir cette attaque par l'avant-garde, aux ordres de l'adjudant général Serras, que j'envoyai sur le chemin dit della Levata; je plaçai la brigade de droite aux ordres du général Colli, à la hauteur de Pademima, les corps étant ainsi à portée de se soutenir au besoin. Après avoir chassé l'ennemi de Pozzolo, la brigade de Garreau et le corps de Serras devaient se porter, Serras sur San-Giuliano et attaquer l'ennemi sur son flanc gauche; Garreau, sur ses derrières, et la brigade de Colli de front. Cette disposition permettait d'espérer d'enlever tout ce qu'il avait à San-Giuliano.

    « Mais, à 8 heures du matin, voyant que Garreau ne m'avait pas encore donné de ses nouvelles, et craignant qu'un plus long retard dans l'attaque de San-Giuliano ne nuisît à vos projets, calculant d'ailleurs Garreau plus fort qu'il ne le fallait pour enlever Pozzolo, je me décidai à marcher sur San-Giuliano, avec la brigade de Colli et l'avant-garde de Serras, auquel je donnai ordre de commencer le mouvement qui devait le porter sur la gauche de San-Giuliano.

    « Arrivé à Garofoli, je trouvai l'ennemi, qui avait repoussé jusque-là le 6e hussards, qui avait été en reconnaissance à San-Giuliano. Je dégageai ce régiment, et chassai l'ennemi de San-Giuliano, le poursuivant jusqu'à l'entrée de Cassina-Grossa. Serras m'avait parfaitement secondé en arrivant, ainsi qu'il le fallait, au moment où j'attaquais San-Giuliano. A Cassina-Grossa, je trouvai l'ennemi très en force et avec beaucoup d'artillerie. Cependant, Garreau ayant enlevé Pozzolo et m'ayant joint après mon attaque de San-Giuliano, j'attaquai sur quatre points Cassina-Grossa et je l'enlevai, mais ma gauche, se laissant un peu emporter par son ardeur, déboucha de Cassina-Grossa et poursuivit au loin les Autrichiens. Ayant reçu do nouveaux renforts, entre autres 4 bataillons de grenadiers hongrois, ma gauche dut céder quelque terrain et rentrer dans Cassina-Grossa: alors j'étais de 7 bataillons moins fort que l'ennemi, dont l'artillerie et la cavalerie étaient aussi infiniment supérieures en nombre à la mienne.

    « Le général Grenier, arrivant en ce moment avec sa division, nous fûmes à même de reprendre le dessus; la charge fut battue sur toute notre ligne et l'ennemi, successivement {p.369} chassé de Spinetta, de Marengo et des diverses Cassines où il essaya de tenir. Il fut jeté jusque sur la Bormida et poursuivi pendant plus de deux lieues, Il était 10 heures du soir que nous étions encore à sa suite.

    « Nous prîmes position, occupant Spinetta et Marengo, d'où je vous écris. L'ennemi avait cherché à tourner notre gauche, mais il y fut si bien reçu, qu'une partie des troupes qu'il y envoya fut faite prisonnière.

    « Les résultats de l'affaire sont la prise de 5 pièces de canon, 8 caissons, 2,000 prisonniers et autant de tués ou blessés. Vous avez été témoin, Général, de la valeur et de l'excellente conduite des troupes; toutes se sont distinguées. L'infanterie chargés plusieurs fois par la cavalerie, l'a toujours attendue à 15 pas et ne s'est jamais laissé entamer par elle. Les autres armes se sont également bien comportées.

    « Je dois vous demander de l'avancement pour le capitaine Wagner, qui a commandé le bataillon de la 20e et a mérité d'être élevé au grade de chef de bataillon, ainsi que de l'aide de camp du général Colli, le capitaine Hache, et le capitaine adjoint Lacroix, qui, par leur ancienneté en grade, comme par leurs services, sont dignes de cette récompense.

    « Dans une reconnaissance que je viens de faire sur les bords de la Bormida, j'ai perdu le capitaine Colla, un de mes aides de camp, qui a été tué d'un boulet de canon. »

    Emm. GROUCHY,
    Général divisionnaire.

    Malgré cette victoire, le mouvement de Moreau doit échouer. En effet, il apprend, le 21 juin, la défaite de Macdonald à la Trebbia, qui rend impossible la jonction avec ce général. Après être resté plusieurs jours entre la Scrivia et la Bormida, sans oser passer cette rivière pour attaquer de nouveau Bellegarde, il se retire sur Gênes, pendant que Souvarow revient à Alexandrie. {p.370}

  7. Peut-être de 200.

    La relation autrichienne porte l'artillerie de Mélas à 92 pièces de réserve, en plus des canons de ligne. (V. plus loin, p. 446.)

    Le nombre de ces canons do ligne n'est pas déterminé, mais il paraît probable que chacun des 47 bataillons présents sur le champ de bataille en avait au moins un, et peut-être deux, puisque l'armée autrichienne ramenait, quelques jours plus tard, 270 pièces d'Alexandrie à Mantoue, d'après la constatation faite par Loison, les 20 et 22 juin, à Plaisance. (V. chap. IX.)

  8. Des lettres des jours précédents et des rapports sur la bataille, il semble ressortir que Chambarlhac avait 5 pièces; Monnier, 2; Gardanne, 2; Watrin 3 ou 4; Boudet 8; la cavalerie, 2. En ne comptant pas celles de Boudet, le Premier Consul ne disposait donc que de 14 ou 15 pièces jusqu'à 5 heures du soir.

    Dans une brochure anonyme, écrite en 1828 et attribuée à Kellermann, on lit: « Napoléon pressait Mélas avec moins de 20,000 hommes, 12 pièces de canon et un approvisionnement de combat incomplet ». (Réfutation de M. le duc de Rovigo, ou La Vérité sur la bataille de Marengo.) {p.371} {p.372}

  9. Cette situation existe aux Archives de la Guerre; elle n'est pas signée. Elle est reproduite dans le Journal de Brossier (exemplaire de la Bibliothèque du Ministère de la guerre, A. II, d. 147).

    Une autre situation parut dans la Relation de la bataille de Marengo, rédigée au Dépôt de la guerre et publiée en 1805. Elle ne diffère de celle-ci que par la forme et quelques détails pour certains effectifs. On l'a reproduite dans les Mémoires de Napoléon (Corresp. de Napoléon, t. XXX, p. 386). Elle est pupliée à la fin de ce volume, à l'annexe n° 8.

    On trouvera à l'annexe n° 9 le tableau des positions des armées françaises et autrichiennes, tel qu'il a été publié dans la Relation de la bataille de Marengo, parue en 1805, et dans les Mémoires de Napoléon.

  10. « . . . . . La division Gardanne, où l'on m'envoya adjudant général, ne forme pas, {p.373} à bien dire, une bonne brigade; elle ne compte qu'environ deux mille hommes; le 2e bataillon de la 44e demi-brigade n'a plus que 120 hommes au drapeau. . . . . » (L'adjudant général Dampierre au général Mathieu-Dumas, Alexandrie, 16 juin 1800. Revue de Paris du 15 juin 1900, p. 803.)

    Le rapport de Gardanne sur le combat du 13, porte aussi son effectif à 2,000 hommes. (V. p. 342.)

  11. Au lieu de Spinetta, il faut lire: Salé. {p.374}
  12. Le début du rapport a trait au combat de Marengo du 13. (V. p. 342.) {p.375}
  13. L'adjudant général Dampierre. (V. le rapport suivant.)
  14. Le début de ce rapport a trait au combat du 13. (V. p. 343.)
  15. Des deux pièces de sa division, Gardanne en avait donné une à Dampierre. Le manque d'artillerie et la disette de munitions sont un des points capitaux de cette bataille; les rapports officiels n'en parlant point, il a fallu la publication des documents originaux pour les faire connaître. {p.376} {p.377}
  16. Le confluent de la Lemme et de l'Orba est à 15 kilomètres au sud de Marengo. Il paraît probable qu'Ismert commet une erreur et qu'au lieu de « la Lemme » il faut lire « le ruisseau de Bosco », lequel, d'ailleurs, est relié à la Lemme par des canaux. Avec cette modification, on s'explique très bien l'opération du 11e de hussards dans la matinée. {p.378}
  17. Le début du rapport a trait au combat du 13. (V. p. 344.) {p.379}
  18. L'idée, que Rivaud prête au généralissime autrichien, est sans doute très logique. En réalité, Mélas était décidé depuis la veille à prendre l'offensive sur la rive droite de la Bormida, (Consulter les relations autrichiennes, p. 439 et 443.)
  19. L'artillerie de la division Chambarlhac, comprenant 5 pièces (V. p. 382), était donc placée avec l'autre brigade (24e légère). {p.380} {p.381}
  20. Le général de brigade Rivaud, au général en chef Berthier.

    Milan, le 1er messidor an 8 (20 juin 1800).

    Mon Général,

    J'ai l'honneur de vous demander le grade de chef de bataillon pour le citoyen Favre, mon aide de camp, qui est capitaine depuis huit ans, qui a fait les neuf campagnes de la Révolution dans les armées les plus actives et est mon adjoint ou aide de camp depuis six ans.

    A l'affaire du 20, devant Montebello, l'aide de camp Favre a conduit une colonne de la 43e avec le plus grand courage, il a partout repoussé l'ennemi et a rendu de très grands services.

    A la bataille de Marengo, le 25, le général Rivaud a soutenu, avec deux bataillons, trois charges d'infanterie faites sur lui et une de cavalerie; pendant qu'il était à la droite de sa ligne; son aide de camp Favre était à la gauche où, par son sang-froid et son courage, il a beaucoup contribué à maintenir les militaires à leurs rangs et à les porter en avant. Au {p.382} même instant où le général Rivaud a reçu un biscaïen à la cuisse, son aide de camp Favre a eu une cuisse traversée par une balle, ce qui l'a forcé à quitter le combat.

    Cet aide de camp, mon Général, mérite sous tous les rapports l'avancement que je sollicite pour lui et qu'a déjà demandé le lieutenant général Victor.

    Salut et respect.

    RIVAUD.

    Vu et demandé par moi, général en chef,

    Alex. BERTHIER.

  21. Ce rapport, tiré des Archives de la Guerre, a déjà été publié dans la Campagne de 1800, par le duc de Valmy, p. 255.
  22. La division Chambarlhac avait donc cinq pièces.

    Provenaient-elles de l'arsenal de Pavie ou de l'artillerie française venant du Grand-Saint-Bernard et de Bard? Aucun document ne permet de résoudre cette question. {p.383}

  23. Les pièces de 3 piémontaises venaient d'être prises aux Autrichiens par la division Monnier dans sa première marche sur Castel-Ceriolo. (V. le rapport de Monnier, p. 392.)

    La pièce de 8 et l'obusier avaient été donnés à la division Monnier par la division Boudet, le 12 juin. (V. p. 323.) Ces deux pièces faisaient partie des six arrivées le 26 mai à Ivrée et ayant pu passer sous le feu du fort de Bard.

  24. Le début du rapport a trait au combat du 13. (V. p. 345.) {p.384}
  25. Le lieutenant général baron Quiot, qui était aide de camp du général Victor à Marengo, fit, en 1845, une relation de cette bataille, sur la demande du duc de Bellune, fils du maréchal.

    Son récit, absolument conforme au rapport de Victor, contient, en plus, quelques détails sur le commencement du mouvement de retraite:

    « . . . . . Leurs rangs (des Français) étaient considérablement éclaircis; les restes de leur artillerie étaient sans approvisionnements et les soldats avaient épuisé leurs cartouches. Quelques tirailleurs, manquant de munitions, abandonnent en désordre le champ de bataille. Les Autrichiens, encouragés par ce succès, chargent avec plus d'impétuosité; leur cavalerie et de gros corps d'infanterie parviennent à déborder l'armée française. . . . . » (Mémoires du duc de Bellune, pièces justificatives, p. 425.)

    Le grenadier Coignet, de la 96e (division Chambarlhac) a donné quelques renseignements vécus:

    « A force de brûler des cartouches, il n'était plus possible de les faire descendre dans le canon de notre fusil. Il fallut pisser dans nos canons pour les décrasser, puis les sécher en y brûlant de la poudre sans la bourrer.

    Nous recommençâmes à tirer et à battre en retraite, mais en ordre. Les cartouches allaient nous manquer, lorsque la garde consulaire arriva avec 800 hommes chargés de cartouches dans leurs sarraux de toile; ils passèrent derrière les rangs et nous donnèrent des cartouches. Cela nous sauva la vie. . . . . » (Cahiers du capitaine Coignet, p. 105.) {p.385}

  26. Le général Quiot, dans sa relation, décrit cette retraite :

    « Les corps qui se trouvent au centre se retirent par échiquier, étant appuyés par deux colonnes serrées en masse et prêtes à former le carré dans le besoin; notre faible cavalerie, également aux ailes, secondée par les colonnes d'infanterie, éloignaient ces corps qui nous serraient de trop près et les obligeaient à nous suivre à pas lents. . . . . »

    Le même officier indique la disposition adoptée par les Autrichiens pour la poursuite:

    « . . . . . leur cavalerie, chargent nos bataillons et cherchent à les déborder; l'infanterie avançait toujours en ordre de bataille et sur deux lignes, étant précédée de 80 pièces de canon qui vomissaient dans les rangs des Français une grêle de boulets et d'obus. » (V. plus loin la relation autrichienne, p. 451.)

  27. Le général Quiot donne quelques détails sur la retraite des Autrichiens:

    « L'armée ennemie ayant son aile droite découverte et craignant d'être prise de flanc et de revers, veut faire un mouvement pour refuser sa droite et la porter au village de la Spinetta; elle est attaquée dans son mouvement par les troupes des généraux Victor et Lannes; elle veut résister, mais c'est en vain, elle est forcée et mise dans une déroute complète. Pour protéger sa retraite, la cavalerie exécute plusieurs charges, mais infructueusement; elle fut toujours repoussée et culbutée pèle-mêle avec son infanterie, dans le ruisseau fangeux qui, partant de Marengo, se jette dans la Bormida. » {p.386}

  28. Ce rapport a déjà été publié dans la Campagne de 1800 par le duc de Valmy, p. 260. {p.387} {p.388}
  29. Lacune dans le texte.
  30. Ces pièces de 6 semblent être des pièces piémontaises de l'arsenal de Pavie, puisque l'armée de réserve n'avait pas de canons do ce calibre.

    La division Watrin avait, depuis le 26 mai, une pièce de 8 et un obusier. (V. p. 20.) Si on lui a donné des pièces piémontaises, c'est sans doute parce que le reste de l'artillerie de l'armée de réserve n'avait pas encore rejoint l'armée. {p.389}

  31. Une pareille affirmation paraît surprenante, puisque la division Watrin a plusieurs pièces. (V. p. 388.) Cette artillerie aurait-elle été prise au moment de la retraite comme celle des divisions Chambarlhac et Monnier? (V. p. 382, 383 et 393.) {p.390} {p.391}
  32. Ce rapport a déjà été publié dans la Campagne de 1800 par le duc de Valmy, p. 264.
  33. On a vu, p. 350, note 1, que la division Monnier avait passé la nuit du 13 au 14 vers Torre-di-Garofoli.

    Le Journal de Brossier, dans le récit de la bataille du 14, affirme que Monnier et Boudet ont marché ensemble vers le sud:

    « . . . . . Les divisions Boudet et Monnier, sous les ordres du lieutenant général Desaix. avaient marché le 24 (13 juin), sur Serravalle par Rivalta. Là, elles avaient reçu l'ordre de se porter sans retard à Torre-di-Garofoli. La division Monnier, qui tenait la tête de cette colonne, avait accéléré sa marche et venait d'arriver sur le champ de bataille. Elle est aussitôt dirigée sur Castel-Ceriolo, où elle se réunit aux divisions Gardanne, Chambarlhac et Watrin. . . . . »

    Le Journal de Brossier a commis là une erreur, qui n'a été reproduite, d'ailleurs, dans aucune des relations postérieures, sauf dans la Revue militaire autrichienne. (V. p. 448.)

    On a vu, au 13 juin, dans le journal de la division Boudet:

    « Le 24, ma division, séparée de celle du général Monnier et restée avec le lieutenant général Desaix, eut ordre de se porter à Rivalta. . . . . » (v. p. 352.)

    On lit, dans le rapport de Dupont du 17 juin, au récit de la bataille du 14 :

    « La division Monnier, qui était campée à Garofoli, est alors arrivée sur le champ de bataille. » (V. p. 423.)

    Il paraît donc presque certain que la division Monnier était vers Torre-di-Garofoli, dans la matinée du 14.

    De ce point, on compte environ 10 kilomètres jusqu'à Castel-Ceriolo, ou 8 kilomètres jusqu'au point où se livrait le combat vers 2 heures.

    Monnier est donc parti de Torre-di-Garofoli vers 11 heures ou midi.

    D'après cette donnée, il semble probable que, dans la matinée, le Premier Consul ne juge pas l'attaque de Marengo et de Castel-Ceriolo comme une offensive importante de toute l'armée de Mélas. Ce n'est que vers 11 heures que le déploiement des Autrichiens lui montre clairement la situation et qu'il appelle sur le champ de bataille la division Monnier, sa réserve immédiate et les deux divisions détachées au sud et au nord. Boudet, prévenu vers 1 heure, arrive vers 4 heures, à San-Giuliano (V. note 3, p. 395); Lapoype n'est rejoint qu'à 6 heures du soir par le courrier du Premier Consul et ne peut pas arriver dans la journée. (V. p. 365.)

  34. Carra-Saint-Cyr a 700 hommes. Voir son rapport à la note 2, p. 392. {p.392}
  35. Ces deux pièces sont reprises quelques heures après par les Autrichiens. Voir le rapport du chef de bataillon Demarçay, p. 383.
  36. Ce rapport du général Monnier, daté du lendemain de la bataille, établit donc nettement que sa division a abandonné Castel-Ceriolo et a battu en retraite vers l'est, en suivant le mouvement de recul de toute l'armée.

    Le plan, fait peu de temps après la campagne, par les ingénieurs géographes et joint au Journal de Brossier, donne aussi une indication très précise. Dans la Nouvelle position de l'armée française, la division Monnier est figurée à l'extrême droite de la ligne française placée entre San-Giuliano et Cassina-Grossa.

    Dans une lettre du 21 octobre 1800, Carra-Saint-Cyr écrit au Ministre:

    « A la bataille de Marengo, à la tête de 700 hommes de la 19e légère, j'ai enlevé le village de Ceriolo, à la face de l'armée ennemie, au moment même où l'armée était en retraite; j'ai opéré la mienne en ordre, soutenu seulement par la 70e de ligne; il n'en a pas été question dans les différents rapports, mais ma conduite n'en a pas moins été connue de toute l'armée. . . . . »

    Il est donc certain que c'est après coup, dans le silence du cabinet, que l'on a imaginé de présenter la bataille sous un autre jour, en faisant de la retraite un mouvement prémédité s'exécutant autour du pivot de Castel-Ceriolo, que la division Monnier n'abandonne pas. (Consulter la notice du lieutenant général de Castres, à la fin de ce chapitre, p. 458).

  37. « Une charge de cavalerie dirigée par le général Bessières à la tête des grenadiers et chasseurs à cheval de la garde consulaire, déterminait la retraite de l'aile gauche autrichienne. » (Relation du général Quiot, aide de camp du général Victor. Mémoires du duc de Bellune, pièces justificatives, p. 427.) {p.393}
  38. D'après le rapport du chef de bataillon Demarçay, qu'on a vu plus haut, p. 383, la division Monnier a perdu les 4 pièces qui formaient son artillerie. Deux d'entre elles étaient des pièces piémontaises que cette division avait prises aux Autrichiens quelques heures auparavant. (V. p. 392.)
  39. Ce rapport n'a pas été trouvé aux Archives de la Guerre. Il est tiré des pièces justificatives de la Campagne de 1800 par le duc de Valmy, p. 271.
  40. On a vu (p. 351 et 352) que le soir du 24 prairial (13 juin), la division Boudet était arrivée en face de Rivalta et qu'une crue de la Scrivia n'avait permis de faire passer qu'une compagnie de carabiniers sur la rive gauche de cette rivière. {p.394}
  41. Voir le rapport de la division Boudet, du 13 juin, p. 351.
  42. Ce texte fixe d'une façon très précise la position de la division Boudet le 13 au soir et le 14 au matin et le point où elle a franchi la Scrivia.

    Il semble donc que l'on doit écarter toutes les hypothèses, peu justifiées, des auteurs qui indiquent que le passage a eu lieu à Castellar-Ponzano, ou plus en amont.

  43. Cet ordre est sans doute donné par le Premier Consul, le 14 dans la matinée, alors qu'il considère comme certain que Mélas se dérobe à la bataille et cherche à s'échapper par le nord ou par le sud. Il est probable qu'il est envoyé à peu près en même temps que l'ordre à Lapoype de marcher sur Valenza, vers 9 heures du matin, ou peut-être seulement vers 10 heures, alors que le combat s'engage en avant de Marengo et que le Premier Consul ignore encore l'importance de l'attaque de Mélas.

    L'ordre du Premier Consul parvient à Desaix à Rivalta et la division Boudet se met en marche sur Pozzolo-Formigaro vers midi. Les souvenirs de Savary semblent donc l'avoir trompé quand il écrit: « Nous quittâmes la position de Rivalta; nous marchâmes sur Novi; mais à peine le jour commençait à poindre que nous entendîmes une canonnade redoublée s'ouvrir au loin, en arrière de notre droite. (Mémoires du duc de Rovigo, t. Ier, p. 266.)

  44. L'aide de camp Bruyère. (Mémoires du duc de Rovigo, t. 1er, p. 267.) {p.395}
  45. Un historien a donné le texte de cet ordre :

    « Le Premier Consul avait écrit de Torre-di-Garofoli au général Desaix dans la matinée du 14: « Je croyais attaquer l'ennemi, il m'a prévenu. Revenez, au nom de Dieu, si vous le pouvez encore ». Ce billet a été vu entre les mains du général Desaix, au moment où il le recevait, par un jeune Hongrois, attaché comme ordonnance à ce général. C'est le général de Faverges qui a recueilli le fait de la bouche du témoin oculaire. »

    (Campagne de 1800, par le duc de Valmy, p. 176.)

    Si l'authenticité des termes de ce billet paraît discutable, le sens de l'ordre est absolument vraisemblable; il correspond exactement à la situation stratégique de l'armée française. Le Premier Consul est surpris en pleine manoeuvre et prévenu par l'offensive des Autrichiens, qu'il comptait atteindre le soir ou le lendemain, dans leur marche de flanc vers le nord ou le sud.

  46. Les rapports précédents sont explicites; les Autrichiens n'ont attaqué Gardanne que vers 8 ou 9 heures du matin.
  47. Ce journal des marches et opérations de la division Boudet, qu'on a lu par fragments dans tout cet ouvrage, semble rédigé sinon au jour le jour, au moins peu de temps après la campagne; il paraît avoir été écrit avec une grande sincérité. Son récit doit donc être admis comme véridique. Desaix a été appelé sur le champ de bataille par un ordre du Premier Consul. Ainsi disparaîtront sans doute toutes les légendes écrites sur ce sujet.

    Mentionnons celle qui nous dépeint « Bonaparte assez heureux, pour rencontrer dans le lieutenant auquel il confia l'exécution de cet ordre imprudent, cette étincelle du génie, qui fit ramener à temps sur le champ de bataille une division indispensable. . . . . »

    En effet « Le général Desaix. . . . . descend de cheval et, penché contre terre, prête une oreille attentive. Toute incertitude cesse pour lui, des coups de canon répétés et distincts se succèdent et le bruit vient du nord. La résolution de marcher sur le canon est aussitôt arrêtée par le général. . . . . » (Etude sur le général Desaix, par Martha Beker, p. 438 et 441.)

    Au lieu de nous montrer Desaix penché contre terre sur la route de Rivalta à Novi, un autre auteur l'a supposé sur les collines de la rive droite de la Scrivia.

    « . . . . . Le général français pointe sa lunette, et dirigeant son regard loin, loin, du côté d'Alexandrie, aux alentours de laquelle il sait qu'une bataille est possible, il est frappé par le continuel scintillement d'armes, qui atteste qu'il y a là beaucoup de troupes. . . . . Le Sultan Juste réfléchit un peu, puis la décision est prise. La haute qualité militaire de l'initiative l'a emporté, dans son esprit, sur l'obéissance absolue. Il conduira sa division où le canon gronde, où l'on meurt pour la France. . . . .

    « Il descend des hauteurs, décidé à passer la Scrivia pour atteindre au plus vite le champ de bataille. . . . .

    « . . . . . Si Desaix n'avait pas eu cet éclair d'initiative, peut-être les aides de camp de Bonaparte ne l'auraient pas trouvé. . . . . Il n'est pas niable que c'est uniquement à l'initiative de Desaix, éprouvée déjà dans plus d'une circonstance, que l'on fut redevable que la division Boudet put rejoindre, ce soir là, le champ de bataille. » (La bataglia di Marengo, par le capitaine Pittaluga, p. 59 à 61.)

    On doit citer aussi le récit écrit en 1828 par Savary, aide de camp de Desaix, en constatant qu'il ne s'accorde pas avec le journal de la division Boudet.

    « Nous prîmes aussitôt les armes et quittâmes la position de Rivalta; nous marchâmes sur Novi, mais, à peine le jour commençait à poindre que nous entendîmes une canonnade {p.396} redoublée s'ouvrir au loin, en arrière de notre droite. Le pays était plat; nous ne pouvions apercevoir qu'un peu de fumée. Le général Desaix, étonné, arrêta sa division et m'ordonna d'aller rapidement reconnaître Novi. Je pris cinquante chevaux, que je lançai à toute bride sur la route; j'atteignis promptement le lieu où j'étais envoyé. Tout était calme et dans l'état où je l'avais laissé la veille; personne n'y avait encore paru. Je remis mon détachement au galop et je rejoignis le général Desaix.

    « Je n'avais été que deux heures à exécuter ma mission. Elle pouvait influer sur les combinaisons de la journée je courus annoncer au Premier Consul que tout était tranquille à Novi, que le général Desaix avait supendu son mouvement et attendait de nouveaux ordres . . . . . »

    (Mémoires du duc de Rovigo, t. IV, p. 266.)

    Le journal des marches et opérations de la division Boudet (V. p. 394) et le rapport daté de Rivalta le 14 juin (V. p. 351) fixent d'une façon certaine l'emplacement de la division Boudet dans la matinée du 14 : l'infanterie passe la Scrivia en barque à Rivalta dans les premières heures du jour et l'artillerie passe à gué à 10 heures.

    Les autres mouvements de la journée peuvent être reconstitués avec quelque vraisemblance. Desaix attend les ordres du Premier Consul qu'il a fait demander. Puis la division Boudet se met en marche vers Pozzolo-Formigaro, sans doute vers midi. Vers 1 heure arrive le second ordre du Premier Consul; la division fait demi-tour et marche vers San-Giuliano qu'elle atteint entre 4 et 5 heures.

  48. D'après Savary, aide de camp de Desaix « ses troupes, qui comptaient neuf bataillons, étaient formées sur trois lignes, un peu en arrière du petit village de Marengo (sic), près du grand chemin de Tortone à Alexandrie », (Mémoires du duc de Rovigo, t. 1er, p. 273.)

    Cette disposition peut se concilier avec celle indiquée par le journal de Boudet, les deuxième et troisième lignes correspondant, dans chaque demi-brigade, aux fractions en colonne serrée.

    Dans le plan de la bataille fait par les ingénieurs géographes de l'armée, les neuf bataillons de la division Boudet sont figurés sur une seule ligne. {p.397}

  49. Ainsi, la position de la division Boudet est nettement indiquée: les 30e et 59e demi-brigades sont à la droite du chemin, c'est-à-dire au nord de ce chemin, la 9e légère seule est au sud.

    Kellermann, au contraire, dans un récit publié en 1834, place toute la division Boudet au sud du chemin. (V. p. 404, note 2.)

    Il est évident que c'est au journal de la division Boudet que l'on doit ajouter foi.

    Dans le plan de la bataille fait par les ingénieurs géographes de l'armée, la division Boudet est figurée d'une façon absolument conforme aux indications du journal des marches et opérations, la 9e légère au sud du chemin, la 59e au nord, puis la 30e; cette ligne est environ à 1000 toises à l'ouest de San-Giuliano.

    Quant au dispositif adopté dans chaque demi-brigade, il était le suivant d'après le général Quiot, aide de camp de Victor:

    « La 9e légère, ayant deux bataillons en ordre de bataille à la gauche de la route de San-Giuliano à Spinetta, et le 3e à 200 pas en deuxième ligne. Les 30e et 59e demi-brigades étaient à la droite de la route, également en ordre de bataille et 8 pièces de canon placées par le général Marmont pour battre la route, et toute la cavalerie que l'on put réunir formaient l'aile gauche. Voilà les dispositions que prit le général Desaix pour attendre l'ennemi et assurer la victoire, ayant masqué la majeure partie de ses troupes derrière les haies. » (Mémoires du duc de Bellune, pièces justificatives, p. 426.)

  50. Ce conseil de guerre est mentionné dans les Mémoires de Marmont. (V. plus loin, p. 409.) {p.398}
  51. Voir la composition de cette artillerie dans l'extrait des Mémoires de Marmont, p. 409, Les deux rapports placent cette batterie au nord de la route.
  52. Résumé du Rapport du citoyen Duport, chef de bataillon, qui commande l'artillerie de la division Boudet.

    L'artillerie de cette division, commandée par le chef de bataillon Duport, était servie par la 4e et une partie de la 3e compagnies du 2e régiment d'artillerie à cheval.

    Le citoyen Conrad, lieutenant de cette compagnie, à peine en batterie, a eu une jambe emportée par un boulet de canon; il tombe, se relève et s'assied pour observer l'effet de ses pièces sur l'ennemi. En même temps, passe l'aide de camp du général Desaix, le. citoyen Savary; Conrad lui crie: – Commandant, écoutez! – Tout à l'heure, répond l'aide de camp, on va vous faire emporter, prenez patience. – Ce n'est pas cela, répond Conrad, cela viendra quand cela pourra; faites-moi le plaisir de dire à mes canonniers de tirer un peu plus bas.

    La 4e compagnie du 2e régiment d'artillerie à cheval a eu 4 hommes de blessés et 1 cheval; la 3e a eu 3 chevaux tués et l blessé.

    Au quartier général, à San-Giuliano, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

    Le chef de l'état-major général d'artillerie,

    Al. SENARMONT. {p.399}

  53. « . . . . . La division du général Desaix occupait le point le plus rapproché de l'ennemi, qui s'avançait en colonnes serrées, profondes, le long de la route d'Alexandrie à Tortone, qu'il laissait à gauche. Il était près de nous joindre et nous n'étions plus séparés que par une vigne que bordait le 9e régiment d'infanterie légère, et un petit champ de blé dans lequel entraient déjà les Autrichiens. Nous n'étions pas à plus de cent pas les uns des autres; nous distinguions réciproquement nos traits.

    « La colonne autrichienne avait fait halte à la vue de la division Desaix, dont la vue lui était si inopinément révélée. La direction qu'elle suivait la portait droit sur le centre de notre première ligne. Elle cherchait sans doute à en évaluer le nombre avant de commencer le feu. La position devenait à chaque instant plus critique. . . . . »

    (Mémoires du duc de Rovigo, t. 1er, p. 274.)

  54. D'après d'autres récits, cette phase de la bataille ne se passa pas d'une façon aussi simple. La 9e légère commença par être repoussée et par reculer.

    « . . . . . C'est à ce point de Cassina-Grossa que le corps de Desaix vint heurter et se briser contre la masse formidable de l'armée autrichienne. Le 9e d'infanterie légère, qui marchait déployé, ne put soutenir le choc de la colonne hongroise, qui chargeait en tête.

    « Il s'arrête, il chancelle, se retire en hâte et entraîne la ligne avec lui; la colonne ennemie s'abandonne inconsidérément à sa poursuite, dépasse à la course le général Kellermann et lui prête un flanc sans défense. . . . . » (Réfutation de M. le duc de Rovigo ou La vérité sur la bataille de Marengo, par un ami de la Vérité, p. 12. Ouvrage attribué au général Kellermann. Rosier 1828.)

    V. plus loin, l'Extrait des Mémoires de Marmont, p. 409. {p.400}

  55. Au sujet des dernières paroles que Desaix a prononcées. ou n'a pas prononcées, voir la note 3, p. 420, et les extraits des différents auteurs.
  56. Les chefs des 30e et 59e demi-brigades de ligne au général Dupont, chef de l'état-major général.

    Lobi, le 29 prairial an 8 (18 juin 1800).

    Nous vous transmettons, Citoyen général, le précis historique de la division Boudet à la bataille du 25 dans la plaine d'Alexandrie, que nous avons demandé officiellement au général de brigade Guenand qui nous commandait. Nous nous flattons que ce rapport, qui est la vérité toute nue, aura votre assentiment et nous vaudra la récompense que nous demandons, celle de sa publicité.

    Salut et respect.

    MUGNIER. VALTERRE. {p.401}

  57. Berthier demande pour Amptil un fusil garni d'argent. (V. note 1, p. 429.)
  58. Le général Boudet adressait, de Lobi, le 18 juin, au général en chef Berthier, un rapport qui est en grande partie la reproduction textuelle de ce journal. On y lit, en plus, quelques éloges particuliers:

    « . . . . . Les généraux de brigade Guenand et Musnier ont dirigé les troupes avec un dévouement particulier. Le général Guenand a reçu une balle à l'aine droite dont l'effet fut amorti par l'argent qu'il avait dans la poche de sa montre.

    L'adjudant général Dalton, mérite particulièrement d'être cité par le sang-froid et la connaissance avec laquelle il a dirigé différents points d'attaque.

    Le chef de brigade Labassé, de la 9e légère; Valterre, de la 30e; Mugnier, de la 59e, ont marqué une intrépidité digne des plus grands éloges. Ce dernier a reçu deux légères blessures.

    Mes aides de camp et officiers d'état-major, nous ont aussi parfaitement secondé par leur activité. L'un d'eux, le citoyen Bagnet eut son cheval tué d'un coup de boulet.

    Enfin, Général, je crois devoir vous assurer que les plus grands éloges doivent être rendus à tous les officiers et soldats de la division. Tous ont montré un véritable courage.

    J'aurais particulièrement à réclamer de vous une récompense d'avancement pour le chef de bataillon Pastres, pour mon aide de camp Bagnet et pour l'officier de correspondance Diens. Le premier est lieutenant, le deuxième est sous-lieutenant. »

    Salut et respect.

    BOUDET.

  59. Le rapport de la brigade Kellermann a seul été retrouvé. {p.402}
  60. V. au chapitre suivant, p. 492, note 2, la justification de Duvignau. En expliquant les causes de son absence, pour cause de blessure, il insinue qu'il doit la disgrâce dont il fut l'objet à l'inimitié de Murat. {p.403}
  61. Il semble qu'il y a ici une erreur dans les numéros des régiments. Le 6e de cavalerie n'était pas à l'armée de réserve. (V. p. 300, 307 et 310.) La brigade Kellermann comprenait la grosse cavalerie, d'après la lettre de Murat du 12 juin (V. p. 308), c'est-àdire les 2e et 20e de cavalerie, le 3e régiment étant attaché au corps Victor (même lettre):

    On voit d'ailleurs, à la fin de ce rapport, que Kellermann ne demande de récompenses que pour le 2e et le 20e de cavalerie. De plus, les rapports de Dupont (V. p. 424) et de Berthier (V. p. 426 et 427) indiquent que la brigade Kellermann ne comprend que les 2e et 20e de cavalerie auxquels se joint le- 8e de dragons. On peut consulter aussi la situation du 14 juin (V. p. 373) et les annexes nos 2, 3, 5, 8 et il. {p.404}

  62. Sic. Lisez: San-Giuliano.
  63. Kellermann a écrit, en 1834, quelques détails complémentaires sur cette formation. On y trouve une légère différence pour l'effectif de sa brigade:

    « La division Boudet reçut l'ordre de se mettre en bataille en avant de San-Giuliano, à gauche de la route de Tortone; la brigade Kellermann, réduite à 400 hommes et renforcée de 200 à 300 cavaliers, débris de la brigade Champeaux, à la droite de Desaix; les grenadiers à cheval de la garde consulaire, forts de 600 chevaux frais, à la droite et à une portée de canon de Kellermann; es que l'en avait pu réunir des débris des corps de Lannes et de Victor, se prolongeant sur la droite, un peu en arrière de la brigade {p.405} Kellermann et se trouvant adossé à des vignes. » (Campagne de 1800, par le duc de Valmy, p. 178.)

    D'après ce passage, Kellermann est à droite de Desaix et, par conséquent, au nord de la route. Suivant son rapport, il est aussi au nord, « à 200 toises à droite de la route ». Le mouvement de peloton à gauche fait par Kellermann, le jette en colonne sur le flanc gauche des Autrichiens, qui suivaient à peu près la route.

    Marmont met aussi Kellermann au nord de la route (V. p.410.). Savary explique que c'est sur le flanc gauche des Autrichiens que la charge a en lien. (Mémoires du duc de Rovigo, p. 276, note 1.)

    Il semble donc qu'on doit considérer comme inexact, pour ce détail, le plan des ingénieurs géographes, qui figure la brigade Kellermann à gauche de la division Desaix, c'est-à-dire au sud de la route et la charge passant près Ge Cassina-Grossa, pour tomber sur le flanc droit des Autrichiens et derrière eux.

    La relation du général Quiot ne précise point si Kellermann a chargé la droite ou la gauche des Autrichiens, mais montre la colonne de grenadiers, qui arrivait en colonne serrée, pour rétablir le combat « attaquée aussitôt et au même instant, de front, par l'infanterie, et en flanc et de revers, par la cavalerie, aux ordres du général Kellermann. »

    D'après la relation autrichienne et un autre récit de Kellerman, celui-ci, placé d'abord à gauche de Boudet, se serait porté à sa droite. (V. p. 454 et 459.)

  64. Les évolutions de la cavalerie étaient réglées par l'ordonnance du 20 mai 1788. On sera peut-être étonné de constater à quel point les règlements actuels ressemblent encore à leur ancêtre.

    L'article VII du titre III est' relatif à la « marche en colonne ». On y lit :

    « L'escadron étant en bataille, le rompre à droite par peloton. »

    « On commandera:

    • Garde à vous.
    • 1. Pelotons à droite.
    • 2. MARCHE.

    « Au premier commandement, les brigadiers de l'aile gauche de chaque peloton se prépareront à déboiter légèrement.

    « Au second commandement, la conversion s'exécutera, et au moment où elle sera près de finir, les deux capitaines et les deux lieutenants commanderont chacun à leur peloton: HALTE, à gauche, ALIGNEMENT; les cavaliers étant alignés, ces officiers commanderont: FIXE; ils resteront au centre de leur peloton. »

    . . . . .

    « Marcher la droite en tête.

    « Le chef d'escadron commandera:

    • 1. Colonne en avant.
    • 2. MARCHE.

    « On aura soin, auparavant, de donner un point de direction au brigadier guide de la première subdivision: celui-ci choisira des points intermédiaires, afin d'être sûr de marcher droit. . . . . »

    (L'escadron en bataille était rompu de même à gauche, par pelotons, par les commandements: Garde à vous, Pelotons à gauche, MARCHE, HALTE, à droite, ALIGNEMENT et FIXE.)

    L'ordonnance provisoire du 1er vendémiaire an 13 (23 septembre 1804) apporta quelques {p.406} modifications à « l'exercice et aux manoeuvres de la cavalerie ». On y trouve en particulier le paragraphe suivant qui n'est pas dans l'ordonnance du 20 mai 1788:

    « L'escadron étant en bataille, le rompre à droite par pelotons, pour le porter en avant par conversion et sans arrêter.

    « On commandera:

    • 1. Garde à vous.
    • 2. Peloton à droite.
    • 3. MARCHE.
    • 4. EN AVANT.
    • 5. Guide à gauche.

    . . . . . »

    Il paraît probable que ce mouvement était en usage avant d'être réglementé, puisque Kellermann le fait exécuter en 1800.

  65. On lit dans le Mémorial du Dépôt de la guerre, t. IV, p. 272, un autre récit fait par Kellermann en 1803.

    Ce général expose que sa troupe était déjà en colonne, vu la difficulté de marcher en ligne dans les vignes; en apercevant l'ennemi, il aurait « sur-le-champ commandé tête de colonne à gauche » et aurait lancé ses premiers escadrons sur les Autrichiens. (V. plus loin, p. 459.)

    En 1828 parut une brochure anonyme, mais inspirée évidemment par Kellermann: Réfutation de M. le duc de Rovigo ou La Vérité sur la bataille de Marengo. On y lit, p. 13 :

    « Kellermann voit le flanc de l'ennemi sans défense, passe rapidement de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne, la gauche en tête, et, ne prenant conseil que du danger de ses camarades, tombe comme l'éclair sur le flanc gauche des Autrichiens, les surprend dans le désordre de la victoire, dégarnis de leur feu. . . . . »

    Ces divers textes de Kellermann différent complètement pour la formation de sa brigade avant la charge et pour l'évolution exécutée, mais ils sont d'accord pour l'exécution même de la charge, qu'ils montrent faite en colonne et dirigée sur le flanc gauche des Autrichiens, c'est-à-dire au nord de la route.

  66. On a souvent discuté à qui revient l'initiative de la charge de Kellermann.

    Les rapports officiels de Berthier ne lui attribuent pas le rôle prépondérant dans la victoire, tandis que le duc de Valmy, fils du général Kellermann, prétend prouver, dans la Campagne de 1800, que c'est l'à-propos et la vigueur de la charge de la brigade de grosse cavalerie qui changea la retraite de l'armée française en triomphe.

    Savary affirme que c'est lui qui porta, de la part du Premier Consul, l'ordre à Kellermann de charger:

    « Vous lui direz de charger sans compter, aussitôt que Desaix démasquera son attaque. » (Mémoires du duc de Rovigo, t. 1er, p. 275.)

    Bourrienne est d'avis que c'est « l'inspiration instantanée de Kellermann » qui détermina le gain de la bataille.

    Il raconte qu'en rentrant au quartier général, le Premier Consul lui dit:

    « Ce petit Kellermann a fait une heureuse charge, il a donné bien à propos; on lui doit beaucoup. Voyez à quoi tiennent les affaires! » Mais, quelques heures après, le Premier Consul aurait reçu froidement Kellermann, lui disant: « Vous avez fait une assez bonne charge»

    A quelque temps de là, le Premier Consul aurait eu connaissance d'une lettre de {p.407} Kellermann à Lasalle, dans laquelle il disait: « Croirais-tu, mon ami, que Bonaparte ne m'a pas fait général de division, moi qui viens de lui mettre la couronne sur la tête! » De là serait venu le peu de faveur dont a joui le général Kellermann. (Voir les Mémoires de Bourrienne, t. IV, p. 122 à 126.)

    Notons cependant qu'il fut nommé général de division le 6 juillet suivant.

    Dans la brochure de Kellermann citée plus haut, on lit, p. 10 : « Ce fut là (près de San-Giuliano), que l'aide de camp Savary le joignit (Kellermann) et lui transmit, de la part du Premier Consul, l'ordre de marcher à hauteur du corps du général Desaix et de l'appuyer dans le nouveau combat qui allait s'engager. Tel est le seul rapport, la seule relation qui, dans cette journée, aient eu lieu entre le général Kellermann et l'aide de camp Savary. Sa mission remplie, il dut aller rejoindre son général qui ne pouvait être loin. On ne le revit plus».

    Kellermann, en réponse à ses détracteurs, a écrit lui-même en 1834 :

    « Cette action décisive et imprévue ne fut ni préparée, ni combinée; elle fut moins longue à exécuter qu'à raconter. L'armée française aurait eu le temps d'être culbutée, si un ordre avait dû être transmis pour l'exécution de cette charge. Le général Kellermann avait reçu l'ordre d'appuyer Desaix, ce qui implique l'ordre de charger dans un moment favorable, mais l'intelligence de ce moment, l'inspiration soudaine qui l'a fait réussir, appartiennent au général Kellermann. (Campagne de 1800, par le duc de Valmy, p. 190.) {p.408}

  67. Le 19 juin, Kellermann adressait aussi ses demandes d'avancement et d'armes d'honneur au lieutenant général Murat, par une lettre datée de Bosco. Il ajoutait: « J'observe que tous ces officiers désirent avoir leur avancement dans leur corps et que je crois plus utile de les y conserver, puisqu'ils sont un sujet d'émulation pour le régiment ».
  68. Ce rapport n'existe pas aux Archives de la Guerre, Il a été imprimé dans la Campagne de 1800, par le duc de Valmy; pièces justificatives, p. 267, En le reproduisant ici, on a cru devoir rectifier, d'après d'autres documents, l'orthographe de plusieurs noms propres; on a aussi rétabli le sens véritable de la dernière phrase, dans laquelle, par une plaisante erreur, Victor était qualifié de secrétaire du général en chef. {p.409}
  69. Il est aussi question de ce conseil de guerre dans le journal des marches et opérations de la division Boudet. (V. p. 397.)

    C'est à ce moment qu'on doit placer, s'il est authentique, le mot célèbre rapporté par Bourrienne:

    « Le Premier Consul ayant demandé à Desaix ce qu'il en pensait, ce bon et brave général lui répondit, sans aucune jactance: « La bataille est complètement perdue; mais il n'est que 2 heures, nous avons le temps d'en gagner une aujourd'hui ». Ce fut le Premier Consul qui, le soir même, me rapporta ces simples et héroïques paroles de Desaix. » (Mémoires de Bourrienne, t. IV, p. 122.)

    Si la parole n'a pas été prononcée, ce dont les mots de 2 heures doivent faire douter. elle correspond absolument à la réalité de la situation tactique de l'armée française et au résultat final de la journée. (V. la note 3, p. 420.)

  70. Ces 5 pièces, seule artillerie française disponible pendant un moment sur le champ de bataille, semblent être:

    Les 2 pièces de la division Gardanne (V. p. 345, note 1);

    3 pièces de la division Watrin. (V. p. 388.)

    On a vu que les divisions Chambarlhac et Monnier ont perdu leur artillerie (5 et 4 pièces) pendant la retraite vers San-Giuliano. (V. p. 382.)

  71. Ces 5 pièces étaient sans doute celles prises aux Autrichiens à Montebello.
  72. La division Boudet a bien 8 pièces, d'après le rapport de la division du 15 juin.

    (V. p. 469.) D'après le Journal de Brossier, elle n'en aurait que 7. (V. p. 432.) Scion Lauriston, 5 ou 6 seulement. (V. p. 412.) {p.410}

  73. Cette fuite de la 30e demi-brigade n'est pas mentionnée dans le rapport des marches et opérations de la division Boudet. Il s'agit sans doute du mouvement de retraite de-la 9e légère. (v. p. 399.)
  74. Marmont place donc Kellermann au nord de la route. (V. la note l, p. 404.) {p.411}
  75. Suite du rapport d'un officiel' de l'état-major de Berthier ou du Premier Consul, sans doute Lauriston. Le début se rapporte à la journée du 13. (V. p. 346.)
  76. Tous les autres rapports sont d'accord pour montrer l'attaque des Autrichiens ne se produisant qu'à 8 ou 9 heures du matin.
  77. Il s'agit sans doute des divisions en première ligne. On a vu, p. 382, que Chambarlhac avait 5 pièces, et, p. 345, note 1, que Gardanne en avait 2.
  78. On doit avoir quelque doute sur cette heure. L'attaque des Autrichiens se produisit, en réalité, à 9 heures; le Premier Consul ne dut pas en être informé avant 10 heures a Garofoli.

    On lit dans les Mémoires de Napoléon: « Le Premier Consul arriva sur le champ de bataille à 10 heures du matin, entre San-Giuliano et Marengo. » (Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 388.) {p.412}

  79. Cette simple phrase n'est pas exempte de grandeur; elle est plus naturelle que le mot rapporté par Bourrienne. (V. note 1, p. 409.)
  80. Boudet avait 7 pièces, d'après le Journal de Brossier (V. p. 132) ; S, d'après les Mémoires de Marmont. (V. p. 409.)
  81. Ce récit de la mort de Desaix, par un témoin qui semble digne de foi et ne paraît avoir eu aucun intérêt à altérer la vérité, réduit à néant la légende des dernières paroles de ce général: « Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le regret de n'avoir pas assez fait. . . . . etc. » (V. p. 420.) {p.413}
  82. Cette assertion, assez vraisemblable, détruit la légende d'après laquelle la division Boudet se serait précipitée en avant pour venger la mort de Desaix. Cette légende est répétée en maintes relations. (V. plus loin le rapport de Berthier, p, 488; V. aussi les Mémoires du duc de Bellune, p. 185.)
  83. Ce fait n'est pas d'accord avec le récit de Savary, aide de camp de Desaix, d'après lequel le corps de ce général ne fut retrouvé que dans la soirée. (V. p. 420, note 3.) {p.414}
  84. Note sur le manuscrit du rapport de la bataille de Marengo, per le général en chef Berthier, au Premier Consul.

    Une première rédaction de ce rapport avait été présentée par Berthier au Premier Consul, qui en avait biffé, modifié et corrigé presque tous les paragraphes. Berthier fit refaire la copie ci-jointe, à laquelle Bourrienne, sous la dictée du Premier Consul, apporta encore quelques modifications.

    Appelé officieusement, en octobre 1870, à recueillir dans les papiers conservés aux Tuileries, les documents qui pouvaient intéresser les Archives du Dépôt de la guerre, je trouvai, parmi un très grand nombre de pièces historiques de guerre, la première rédaction de ce rapport. Je l'emportai pour la confronter avec la seconde, mais sans prendre la précaution de souligner provisoirement, même au crayon, les passages rédigés de la main de Bonaparte et introduits dans la nouvelle copie.

    Je rapportai aux Tuileries le document précieux, qui devait faire retour au Dépôt avec 22 cartons que j'avais formés.

    Mon travail était terminé au moment où éclata l'insurrection de la Commune. Il n'était plus possible d'obtenir de la Commission l'autorisation de faire transporter au Dépôt de la guerre la collection qui lui était destinée.

    L'incendie des monuments de Paris eut lieu et celui du palais des Tuileries entraîna la perte de tous les papiers qui remplissaient trois vastes chambres du rez-de-chaussée du pavillon de l'Horloge.

    Juillet 1874.

    TURPIN.

    (M. Turpin était rédacteur aux Archives historiques du Ministère de la guerre.)

  85. Le manuscrit de Berthier porte: « Saint-Juliano ». C'est donc le nom que le général en chef voulait donner à la bataille. Saint-Juliano a été effacé et remplacé, de la main de Bourrienne, par le nom de « Maringo ».

    On a conservé dans cette lettre l'orthographe de Berthier: Saint-Juliano et Saint-Julien pour San-Giuliano, Maringo pour Marengo.

  86. Le rapport primitif de Berthier a été peut-être rédigé sur le champ de bataille. (V. la note 1, ci-dessus.) {p.415}
  87. Correction de la main de Bourrienne. Berthier avait mis: les ennemis, qui se battaient en désespérés, faisaient venir d'Alexandrie de nouveaux renforts, ils étaient parvenus à se rendre maîtres. . . . .
  88. D'après le général Quiot, aide de camp de Victor: « La garde des Consuls arrive quelques instants avant la réserve; elle est placée en bataillons carrés à la droite de l'armée et repousse trois charges successives ».
  89. D'après une tradition locale, le Premier Consul était monté dans le clocher de San-Giuliano-Nuovo, qui venait d'être construit, et interrogeait anxieusement l'horizon pour voir l'approche de Desaix. La lorgnette dont il se servait aurait été donnée par lui à la famille du marquis Ghilini, qui avait une villa voisine de l'église. (De Rivoli à Marengo, par Trolard, t. Il, p. 130.)
  90. Cette flatterie semble une inexactitude. Aucun rapport, aucun mémoire ne mentionne la présence du Premier Consul avec la division Boudet. Il n'y eut pas été, d'ailleurs, à sa place. {p.416}
  91. La fin de la phrase a été rayée: « . . . . . Dans cette bataille, qui n'a cessé qu'une heure après la nuit. Beaucoup d'autres doivent être cités. »
  92. Dupont avait écrit au Ministre, dès le 14, la lettre suivante, dans laquelle le nombre des canons pris à l'ennemi est de 20, tandis qu'il est de 10 dans la lettre de Berthier et de 40 dans le bulletin de l'armée, écrits tous les deux le 15 juin. D'après la relation autrichienne, Mélas ne perdit que 12 canons et 1 obusier. (V. p. 456.)

    Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

    Torre-di-Garofoli, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800).

    L'armée a remporté aujourd'hui une grande victoire. La bataille de Marengo coûte à l'ennemi 6,000 prisonniers de guerre, un grand nombre d'hommes tués eu blessés, environ 20 bouches à feu et plusieurs drapeaux.

    Je vous salue, citoyen Ministre.

    DUPONT.

  93. Bulletin de l'armée p. 417.
  94. V. p. 424 à 430. {p.417}
  95. La nouvelle de la victoire de Marengo avait été connue officieusement à Paris, le 20 juin:

    Le Secrétaire d'État au Ministre de la guerre.

    Paris, le 1er messidor an 8 (20 juin 1800).

    Il n'arrive pas de courrier, mon cher compatriote. J'en attendais un qui fût confirmatif d'une nouvelle que j'ai lue dans une lettre partie de Milan le 26; voici les propres termes:

    « Nous avons eu une grande bataille qui a été vivement disputée; nous l'avons crue perdue; mais la chance a tourné. Depuis que je vois faire la guerre il n'y a rien eu d'aussi long et d'aussi chaud. Nous avons fait 6,000 prisonniers. »

    Tout ce qui est relatif à l'arrivée de cette lettre et personnel à celui qui l'a reçue ne me laisse guère de doute sur sa véracité.

    Mille amitiés.

    Hugues MARET.

    Le courrier apportant le bulletin de l'armée de réserve arrivait le 21 juin à Paris.

    Ce bulletin était inséré dans le Moniteur du 3 messidor (22 juin).

    Le Secrétaire d'État au Ministre de la guerre.

    Paris, le 2 messidor an 8 (21 juin 1800).

    L'armée a remporté une victoire signalée à Marengo le 25 ; cette bataille a décidé du sort de l'Italie. Nous avons pris 15 drapeaux, 40 pièces de canon et 8,000 hommes; nous avons eu 600 tués, 1500 blessés. L'ennemi nous a fait 900 prisonniers.

    Le général Desaix a été frappé d'une balle en chargeant à la tête de sa division: « Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le regret de ne pas avoir assez fait pour vivre dans la postérité ». Telles ont été ses dernières paroles.

    Le lendemain 26, le général Mélas a envoyé au Premier Consul le général Skal pour régler les conditions d'un armistice qui a été signé le 27.

    Les châteaux de Tortone, Alexandrie, Milan, Turin, Pizzighettone, Arona et Plaisance seront remis à l'armée française du 27 prairial au 1er messidor.

    Les châteaux de Coni, Ceva, Savone, la ville de Gênes, du 1er au 4 messidor. Le fort Urbin, du 4 au 6.

    Les Consuls me chargent d'engager le Ministre de la guerre à faire tirer le canon aujourd'hui à midi.

    Hugues MARET.

    Le Ministre de la guerre, au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve.

    Paris, le 2 messidor an 8 (21 juin IS00).

    Je reçois, citoyen Général, la nouvelle de la victoire mémorable remportée par l'armée que vous commandez, et que vous m'avez fait l'amitié de me transmettre par votre lettre du 26 prairial. {p.418} L'éclat de cette victoire ne peut être égalé que par les fruits qu'on en a recueillis et par ceux qu'on doit en recueillir encore.

    Recevez mes félicitations les plus sincères sur la part distinguée que vous avez eue à un événement aussi heureux pour la gloire et la prospérité de la République.

    CARNOT.

    Le Ministre de la guerre, au général Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

    Paris, le 2 messidor an 8 (21 juin 1800).

    J'ai reçu, mon cher Général, la lettre que vous m'avez écrite la veille de la bataille de Marengo. Je me plaindrais de n'avoir pas reçu de vous la nouvelle de l'éclatante victoire remportée par l'armée française, si je ne songeais que vous avez dû mieux employer votre temps.

    Il était digne, au reste, de l'armée qui n'a mis à s'emparer du nord de l'Italie que le temps nécessaire pour la parcourir et qui en vingt jours en a conquis la moitié, de conquérir l'autre moitié dans une journée. Je vous envierais la gloire d'avoir concouru à cet heureux événement, duquel on a droit d'attendre la paix, si les succès comme les revers n'étaient pas en commun pour tous les amis de la République.

    Salut et fraternité.

    CARNOT.

  96. Il n'y a que deux ponts, d'après la relation autrichienne. (V. p. 446 et 447.)
  97. On voit que dès le 15 juin, on passe sous silence la mission si malencontreusement donnée à la division Lapoype. (V. p. 364 et 372.) Il n'en sera question dans aucune relation officielle.
  98. Il faut sans doute lire: une ligne d'infanterie.
  99. D'après la relation autrichienne, la garde des Consuls, au contraire, fut rompue, presque détruite et perdit ses canons. (V. plus loin p. 451.)

    On n'a retrouvé aucun rapport du commandant de la garde. {p.419}

  100. D'après le journal de Brossier, Boudet a une pièce de 12, quatre pièces de 8 et deux obusiers. (V. p. 432.) Les pièces de 8 et les obusiers étaient considérés comme artillerie légère.

    Le nombre et le calibre des pièces affectées à la division Boudet semble d'ailleurs déterminé exactement par le rapport de cette division le lendemain de la bataille. Elle avait deux pièces de 12, quatre pièces de 8 et deux obusiers. (V. p. 469.)

  101. Une autre formation est indiquée par le général Quiot. (V. p. 397, note 1.)
  102. « Le Premier Consul se porte lui-même auprès des généraux Lannes et Victor pour ralentir le mouvement de retraite. Témoin de la constance et de la valeur des troupes, il parcourait les rangs pour leur témoigner sa satisfaction et les rassurer sur le danger où ils se trouvaient. Là, il reçut les preuves bien touchantes de l'attachement qu'on lui portait: les généraux, les officiers, les soldats ne pensaient qu'au péril auquel il s'exposait lui même et tous d'une voix unanime ils s'écrient: « Sauvons la République, sauvons son premier magistrat. » (Relation du général Quiot, aide de camp de Victor. Mémoires du duc de Bellune, p. 426.)

    Le même ouvrage (p. 433) cite un autre témoignage du général Quiot:

    « J'étais présent au moment où Bonaparte a abordé le général Victor; il n'avait pas l'air ému, mais il était très contrarié, je crois, du mouvement rétrograde. Je ne me rappelle aucune de ses paroles. Quand il parcourut la ligne, il fut accueilli par des vivats et des cris: « En avant! » {p.420}

  103. La 9e légère reçut l'année suivante des drapeaux sur lesquels était inscrit son appellation « l'Incomparable ». Elle est devenue le 84e régiment d'infanterie.
  104. Ce sont les régiments faisant partie de la brigade Kellermann.
  105. Ce mot, soi-disant historique, doit être considéré comme n'ayant pas été prononcé.

    Martha-Beker, dans ses Etudes sur le général Desaix, p. 446, le montre tombant « sans proférer une parole ».

    On a lu, p. 412, le récit d'un témoin oculaire, d'après lequel il ne put dire qu'un mot: « mort ».

    Bourrienne, secrétaire du Premier Consul, a écrit à ce sujet:

    « On a raconté la mort de Desaix de différentes manières et je n'ai pas besoin de dire que les paroles que lui prête le fameux bulletin étaient imaginaires. Il n'est pas mort dans les bras de son aide de camp Lebrun, comme j'ai dû l'écrire sous la dictée du Premier Consul; il n'a pas non plus prononcé le beau discours que j'écrivis de la même manière.

    « Voici ce qui est exact ou du moins ce qu'il y a de plus probable: La mort de Desaix fut inaperçue au moment même où il fut frappé de la balle qui mit fin à ses jours. Il tomba sans rien dire, à peu de distance de Lefebvre-Desnoëttes. Un' sergent du bataillon de la 9e brigade d'infanterie légère, commandée par Barrois, aujourd'hui le général Barrois, le voyant étendu par terre, demanda à celui-ci la permission d'aller prendre sa capote; elle était percée dans le dos, et cette circonstance laisse en doute si Desaix fut tué en se portant à la tête des nôtres, par la maladresse de ses propres soldats, ou par l'ennemi en se retournant vers les siens pour les encourager.

    « Au surplus, le choc dans lequel il a succombé a été si court, le désordre si instantané, le changement de fortune si subit, qu'il n'est pas étonnant qu'au milieu d'une telle confusion, les circonstances de sa mort n'aient pu être constatées d'une manière positive. » (Mémoires de Bourrienne, t. IV, p. 127.)

    Savary, aide de camp de Desaix, a raconté les circonstances dans lesquelles s'est fait le transport du corps de son général :

    « . . . . . Le colonel du 9e léger m'apprit qu'il (Desaix) n'existait plus. Je n'étais pas à cent pas du lieu où je l'avais laissé; j'y courus et je le trouvai par terre, au milieu des {p.421} morts déjà dépouillés et dépouillé entièrement lui-même. Malgré l'obscurité, je le reconnus à sa volumineuse chevelure, de laquelle on n'avait pas encore ôté le ruban qui la liait.

    « Je lui étais trop attaché depuis longtemps pour le laisser là, où on l'aurait enterré sans distinction, avec les cadavres qui gisaient à côté de lui.

    « Je pris à l'équipage d'un cheval mort à quelques pas, un manteau qui était encore à la selle du cheval; j'enveloppai le corps du général Desaix dedans et un hussard, égaré sur le champ de bataille, vint m'aider à remplir ce triste devoir envers mon général. Il consentit à le charger sur son cheval, et à le conduire par la bride jusqu'à Garofoli, pendant que j'irais apprendre ce malheur au Premier Consul, qui m'ordonna de le suivre à Garofoli, où le lui rendis compte de ce que j'avais fait; il m'approuva et ordonna de faire porter le corps à Milan pour qu'il y fût embaumé. » (Mémoires du duc de Rovigo, t. 1er, p. 277.)

    Savary, dans une lettre adressée de Paris, le 22 messidor an 8 (11 juillet 1800), à Mlle Desaix, a donné des détails sur la blessure de Desaix :

    « Presque aussitôt que le général Desaix eut expiré, il fut dépouillé, selon le barbare usage de la guerre; il ne lui est resté que sa chemise, lorsqu'il fut emporté, mais elle était tellement pleine de sang que la putréfaction n'a pas permis de la conserver. Je voulus faire brûler son coeur, mais il était tellement déchiré par la balle meurtrière qu'il était corrompu au bout de douze heures. Je n'ai pu que faire couper sa chevelure et conserver mon mouchoir, tout teint de sang, avec lequel on a essayé d'étancher sa blessure. » (Martha-Beker, Études sur le général Desaix, p. 535, pièce justificative, n° 48.)

    Le fait matériel de la blessure au coeur est confirmé par des témoins oculaires. Après avoir lu le récit suivant, on est obligé de penser que Desaix a dû expirer sans avoir le temps de prononcer une phrase historique :

    « Dès la première charge de sa division, Desaix tomba, non pas frappé à la tête d'un coup mortel, comme le dit Walter-Scott, mais d'une balle dans la poitrine, qui traversa le coeur en entier et sortit par le dos.

    . . . . .

    « L'erreur commise par Walter-Scott, au sujet de la blessure de Desaix, est d'autant plus extraordinaire que son corps, embaumé, fut déposé à l'hospice du Grand-Saint-Bernard, où mille voyageurs anglais ont pu le voir, puisque son cercueil, qui était-couvert d'une glace à l'endroit de sa poitrine, présentait le trou de la balle; et, à cet égard, mon assertion doit avoir quelque poids, car c'est à moi, comme agent principal des hôpitaux, chargé de la direction de ceux de Milan, que le corps de Desaix fut adressé le surlendemain de la bataille, et je fus obligé de recourir, pour le faire embaumer, aux deux seuls chirurgiens français qui se trouvaient à Milan.

    . . . . .

    « Ayant consulté les deux chirurgiens chargés de l'embaumement de Desaix, sur la nature de sa blessure, ils me confirmèrent ce que l'inspection du cadavre m'avait déjà révélé, que le général, en tombant, n'avait pu dire un seul mot. »

    (Examen de l'histoire de Napoléon de Walter-Scott, par M. de Cayrol, sous-intendant militaire en retraite, ancien député. – Campagne de 1800 par le duc de Valmy; pièces justificatives, p. 277.) {p.422}

  106. Le Premier Consul, aux Consuls de la République.

    Torre-di-Garofoli, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

    Les nouvelles de l'armée sont très bonnes. Je serai bientôt à Paris. Je ne peux pas vous en dire davantage; je suis dans la plus profonde douleur de la mort de l'homme que j'aimais et que j'estimais le plus.

    BONAPARTE.

    (Correspondance de Napoléon, n° 4909.)

    La première rédaction de cette lettre avait été différente:

    « Vous trouverez ci-joint, citoyens Consuls, le bulletin de l'armée. Vous verrez que les nouvelles sont très bonnes. Mais je suis inconsolable de la mort de Desaix. La plus vive amitié nous unissait depuis quelques années. Sa mère, la République perdent beaucoup, mais je perds plus qu'elles. Au milieu (effacé). Je suis dans la plus grande douleur de la mort de l'homme de France que j'aimais et que j'estimais le plus. La nature l'avait destiré à une grande carrière, paraissant avoir de grands projets sur lui. La. . . . . »

    Bourrienne croit à la sincérité des regrets du Premier Consul:

    « Ah! que la journée eût été belle, aurait-il dit, si ce soir j'avais pu l'embrasser (Desaix) sur le champ de bataille. Je vis Bonaparte sur le point de verser des larmes, tant était vraie et profonde la douleur que lui causait la mort de Desaix. C'est certainement l'homme qu'il a le plus aimé, le plus estimé et le plus regretté. » (Mémoires de Bourrienne, t. IV, p. 127.)

  107. V. à l'annexe n° 10 les mesures prises pour honorer la mémoire de Desaix.
  108. Ce bulletin a été publié dans le Mémorial du Dépôt de la guerre, t. IV, p. 279, et figure dans la Correspondance de Napoléon avec le n° 4910.
  109. Le début a été cité partiellement à différentes dates, p. 208, note 2; 220, note 3; 321, note 1.
  110. Ce rapport part sans doute du quartier général le 17 ou le 18 juin et doit arriver à Paris le 24. On l'imprime pour le faire paraître au Moniteur, quand le 25 dans la soirée arrive le rapport de Berthier. (V. plus loin, p. 424.) On arrête l'impression du rapport de Dupont et on fait paraître dans le Moniteur du 26 juin (7 messidor) celui de Berthier.

    Maret écrit le même jour au Ministre de la guerre pour lui demander si l'on doit continuer l'impression du rapport de Dupont, malgré les différences qu'il présente avec celui de Berthier. – Carnot ordonne de publier les deux. – Le rapport de Dupont paraît au Moniteur du 27 juin (8 messidor). {p.423}

  111. Ainsi, d'après ce rapport de Dupont, la division Boudet arrive à 5 heures du soir sur le champ de bataille.

    Dans les Mémoires de Napoléon on lit: « Sur les 3 heures après-midi, le corps de Desaix arriva. . . . . » (Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 388.)

    M. Thiers a adopté cette dernière version: « . . . . . A 3 heures ses têtes de colonne commençaient à se montrer dans la plaine, aux environs de San-Giuliano. . . . . » (Consulat et Empire, t. 1er, p. 443.) Beaucoup d'auteurs ont abondé dans le même sens.

    D'après les Mémoires du duc de Rovigo (t. 1er, p.273), Desaix est à 3 heures sur le champ de bataille.

    Il paraît bien difficile de trancher ces questions d'heure d'une manière précise; cependant {p.424} il est vraisemblable que Boudet n'arrive à San-Giuliano que vers 5 heures. (V. la note 3 de la page 395.)

  112. D'après ce rapport, l'influence de la charge de cavalerie sur le gain de la bataille est considérable.
  113. Comparer aux chiffres donnés par les autres rapports, p. 413, 416, 420, 429, 433 et 456.
  114. V. chap. IX, p. 483, 487, 488. {p.425}
  115. Le manuscrit, sans signature, est de la main de Bourrienne. Il est envoyé de Milan par le Premier Consul, le 20 juin (Lettre aux Consuls. Correspondance de Napoléon, n° 4930) et arrive à Paris dans la soirée du 25. Il est publié dans le Moniteur du 7 messidor (26 juin), quatre jours après le bulletin de l'armée. (V. note 1, p. 417, et note 5, p. 422.)
  116. C'est par erreur que ce rapport, fait quelques jours après les événements, donne ici la date du 24 prairial (13 juin). C'est le 12 juin que Lannes s'empare de Castel-Nuovo-di-Scrivia et que Desaix vient en avant de Ponte-Curone. (V. p. 321, 322 et 325.)

    Mais ce n'est que le 13 juin que Victor passe la Scrivia à Ova. (V. p. 341.)

  117. Le manuscrit porte: Dora. Il n'existe pas de localité de ce nom sur la Scrivia. Il semble que l'on doive lire: Ova.
  118. La marche sur San-Giuliano est bien du 24 prairial (13 juin). (V. p. 341 et suivantes.) C'est par erreur que ce rapport confond en une seule journée la marche du 12 et celle du 13. {p.426}
  119. On n'a trouvé aucun autre indice de la construction de ces ponts volants sur le Pô.
  120. Tous ces rapports passent sous silence l'ordre envoyé au général Lapoype de revenir sur le champ de bataille.
  121. Voir la justification du général Duvignau, au chapitre IX, p. 492, note 2. {p.427}
  122. V. au chap. IX, p. 493, l'ordre du jour de blâme (18 juin) concernant ce détachement. {p.428}
  123. Pour la formation de la division Boudet, voir la note l, p. 397, et le bulletin de l'armée, p. 419.
  124. Pour le nombre de pièces, voir plus haut ce qu'a écrit Marmont, p. 409. Le bulletin de l'armée (V. p. 419) et le journal de Boudet (V. p. 397) placent les pièces en avant du front.
  125. D'après ce rapport, Kellermann est donc au sud de la route, ce qui est conforme au Journal de Brossier et en opposition avec le rapport de Kellermann. (V. à ce sujet la note l, p. 404. V. aussi la relation autrichienne, p. 453 et 454, et la notice de M. de Castres. p. 459.) {p.429}
  126. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

    Milan, le 3 messidor an 8 (22 juin 1800).

    Citoyen Consul,

    J'ai l'honneur de vous demander des baguettes d'argent pour le citoyen Conétil, tambour de la 8e compagnie du 1er bataillon de la 40e demi-brigade, qui, après avoir donné des {p.430} preuves de bravoure au passage du Pô et à l'affaire de Casteggio, a été dangereusement blessé à la bataille de Marengo, en battant la charge.

    Je vous demande un fusil garni d'argent pour le citoyen Georges Amptil, conscrit de la 30e de ligne, qui s'est précipité sur un drapeau et a tué celui qui le portait, à la vue d'un peloton envoyé pour le sauver.

    Je vous demande un sabre pour le citoyen Leboeuf, cavalier au 20e régiment, qui a également enlevé un drapeau.

    Alex. BERTHIER.

    Je joins ici la demande que fait le général Rivaud du grade de chef d'escadron pour son aide de camp, qui est très ancien capitaine et qui a reçu une blessure à la bataille de Marengo.

    B.

    (Voir cette lettre du général Rivaud, p. 381, note 1.) {p.431}

  127. On doit plutôt se fier aux relations autrichiennes qui mentionnent seulement deux ponts. V. p. 446 et 447.)
  128. Pour l'effectif réel de l'armée autrichienne, se reporter à la page 445.
  129. Le récit de toute la première partie de la bataille, n'est que la reproduction des rapports des généraux Gardanne, Rivaud, Victor, Watrin, Lannes, Monnier, Boudet et Dupont, rapports déjà lus dans les pages précédentes. {p.432} {p.433}
  130. D'après le rapport de Kellermann, la crise décisive n'a pas été si longue; c'est presque après l'entrée en ligne de la division Boudet que la charge de Kellermann fut exécutée. (V. p. 405.) Le récit de Brossier est à peu près conforme à celui de Boudet. (V. p. 399.) {p.434}
  131. Pour les pertes de l'armée autrichienne, voir à la p. 456. {p.435} {p.436} {p.437}
  132. Ce rapport est extrait de la brochure italienne: La Bataglia di Marengo, par le capitaine Pittaluga, p. 11 à 18. {p.438}
  133. En réalité, Masséna, qui a rejoint Suchet, est encore sur le littoral, à Finale, le jour de la bataille de Marengo. Il écrit le 13 juin, au Premier Consul, que manquant « de tout, absolument de tout », il ne peut pas se mettre en marche avant sept ou huit jours et que ses avant-postes occupent es hauteurs de Savone, Montenotte, Carcare et Dego. {p.439}
  134. L'armée de réserve atteignait l'effectif de 58,000 hommes, en comprenant tous les corps stationnés en Italie; Duhesme, Moncey, Chabran, etc., mais les troupes présentes sur le champ de bataille ne s'élevaient pas à plus de 28,000 hommes, même quand les réserves furent arrivées. (V. p. 370, 372 et 373.)
  135. Cette supériorité d'artillerie, reconnue par le généralissime autrichien, était bien plus forte que Mélas ne pouvait le supposer. (V. p. 370, notes 1 et 2.) {p.440}
  136. Voir le rapport de l'adjudant général Dampierre, p. 315. {p.441}
  137. D'autres rapports, notamment le journal de Brossier, ont aussi indiqué que la charge de Kellermann a pris les Autrichiens à revers. (V. p. 404, note 2, et p. 433.)
  138. Voir ce qu'a écrit Marmont sur le rôle de la cavalerie autrichienne. (V. p. 410.) {p.442}
  139. Mélas (Michael-Friedrich-Benedikt, baron de) avait 71 ans, C'était un vétéran des {p.443} guerres du XVIIIe siècle. Né le 12 mai 1729, il avait été cadet dans l'infanterie en 1746, aide de camp du feld-maréchal Daun, général-major en 1789, feld-maréchal-lieutenant en 1794. Il avait combattu les Français sur le Rhin en 1795, en Italie en 1796 et 1799.

    Il mourut le 31 mai 1806. {p.444}

  140. « Le jour de la bataille, par suite de la marche du général Masséna par Acqui vers Alexandrie, la brigade de cavalerie Nimptsch, comprenant 2,341 hommes, fut détachée du champ de bataille vers Cantalupo sur la Bormida. » (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 150.)

    On a déjà vu (p. 438, note 1) que Mélas avait été mal renseigné et que Masséna était encore dans la rivière de Gênes, n'ayant que des avant-postes dans la haute vallée de la Bormida. {p.445}

  141. Par suite de l'envoi de la brigade de cavalerie Nimptsch pour surveiller la route d'Acqui, l'armée autrichienne ne comprenait sur le champ de bataille que 28,496 hommes. (OEst. milit. Zeitschrift, t. XXIX, p. 150.)

    La Revue militaire autrichienne donne l'effectif des troupes qui étaient éloignées du champ de bataille:

    « . . . . . De leur côté les Autrichiens avaient:

    {p.446}
    Dans la place de Coni 4,390 hommes.
    Dans la place de Turin 3,801
    Forteresse Victor à Tortone 1,200
    Place d'Alexandrie 3,000
    Citadelle de Milan 2,816
    Citadelle de Plaisance 250
    Place de Pizzighettone 800
    Place de Mantoue sous les ordres de Vukassevich 3,500
    Place de Peschiera. 500
    Place de Gênes 5,800
    Place de Savone 1,154
    Château de Santa-Maria dans la Rivière du Levant 1,000
    A l'investissement de Gavi 1,192
    A Bobbio, le reste de la brigade Gottesheim 1,028
    Au château d'Arona sur le lac Majeur 330
    A Vérone 1,025
    A Venise 2,055
    En Istrie 3,337
    Dans les Romagnes et dans le pays de Florence 3,000
    A Casale, où Moncey ainsi que Chabran envoyaient de forts détachements en reconnaissance, se trouvaient:
    Les hussards de l'archiduc Joseph 1,097
    2 bataillons de Strassoldo, 1 bataillon de Jellachich. 1,560
    A Feliziano, le colonel prince Rohan avec 977
    A Acqui, 1 escadron des dragons de l'Empereur en reconnaissance du côté du général Suchet 115
    Enfin la brigade Nimptsch à Cantalupo 2,341
    46,258 hommes.
    Par conséquent étaient employés pour les garnisons nécessaires, ainsi que pour les détachements également nécessaires à l'armée autrichienne 46,258 hommes.
    L'armée à Marengo comptait 28,496
    Ainsi donc, en y comprenant les troupes du Piémont, l'armée autrichienne avait dans toute l'Italie 74,754 hommes.

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t, XXIX, p. 151 à 152.)

  142. La Revue militaire autrichienne n'indique point le nombre des canons attachés aux unités d'infanterie. On verra p. 510 que dans la marche sur Mantoue, après la convention d'Alexandrie, l'armée autrichienne emmenait avec elle 55 obusiers et 215 canons dont 4 seulement de siège. Il est probable qu'une partie de ces pièces provenait des places de Tortone ou d'Alexandrie, mais on est amené à penser que le nombre des canons appartenant aux bataillons était très considérable. {p.447}
  143. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 139 à 143.
  144. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 145.
  145. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX (1823), p. 236 à 262. Cette traduction a paru dans le Mémorial du Dépôt de la guerre, t. IV (1828), p. 318 à 337. On a dû y faire ici quelques modifications.
  146. L'avant-garde seule avait donc passé la nuit sur la rive droite. La réalité est loin du récit de Savary: « M. de Mélas…. avait porté son armée pendant la nuit en deçà de la Bormida, où elle avait pris position. Elle s'était établie devant nous, mais elle n'avait pas allumé de feux nous ne nous étions pas aperçus que les lignes que nous avions en face s'étaient grossies », (Mémoires du duc de Rovigo, t. 1er, p. 270.) {p.418}
  147. Nous avons déjà émis une opinion absolument opposée à celle de la Revue militaire autrichienne. Nous estimons que le Premier Consul était dans une grande incertitude sur les projets de Mélas, et qu'il croyait que celui-ci allait passer sur la rive gauche du Pô ou gagner la Rivière de Gênes. En tout cas, il ne songeait pas à une bataille pour le 14, et il a été surpris dans l'exécution de la manoeuvre enveloppante qu'il préparait soit par sa droite, soit par sa gauche. (V. p. 359 et suivantes.)
  148. Ce passage se trouve doublement inexact, pour l'heure à laquelle Desaix est rappelé (V. p. 394 et 395) et pour la position de la division Monnier. (V. p. 391, note 2.)
  149. On a supprimé toute la partie de la relation autrichienne ayant trait aux intentions et aux mouvements des Français. Ces passages n'auraient présenté qu'un intérêt secondaire après toutes les pièces originales de source française qui ont été mises sous les yeux du lecteur. {p.449} {p.450} {p.451}
  150. Comparer au bulletin de l'armée de réserve qui montre la garde des Consuls repoussant victorieusement toutes les attaques. (V. p. 418.) {p.452} {p.453}
  151. Pour l'emplacement de la brigade Kellermann, se reporter à la note 2, p. 404.
  152. Zach marchait donc sur San-Giuliano en formation de combat, mais sans être éclairé en avant de son front. {p.454}
  153. Ainsi, d'après la relation autrichienne, Kellermann est d'abord à gauche de Boudet, au sud de la route, mais il chargera à sa droite, c'est-à-dire au nord de la route, Cette explication concilie un peu les deux versions opposées qui ont été résumées plus haut. (V. note 2, p. 404.) Par contre, elle ne concorde pas du tout avec le récit de Kellermann et avec la rapidité d'exécution qui, très vraisemblablement, a dû caractériser sa charge.

    Parmi tous ces témoignages contradictoires, il est impossible de prendre parti et de fixer d'une façon sûre l'emplacement de la brigade Kellermann, ni les mouvements qu'elle a exécutés. {p.455} {p.456}

  154. Crossard, aide de camp du général Vogelsang, prétend qu'il donna le conseil de « tomber sur le flanc » des Français, mais que personne ne voulut l'écouter. Le général Vogelsang ayant été blessé, sa division se retirait sans combattre. Crossard put arrêter pour un moment la poursuite avec une compagnie, mais son exemple ne fut pas suivi. (V. les Mémoires du baron de Crossard, t. II, p. 299 et 300.) {p.457}
  155. V. t. IV, p. 283 à 309. La relation de 1805 avait été publiée antérieurement: Relation de la bataille de Marengo. Imprimerie nationale, 1805.
  156. Les inexactitudes de la relation de 1805, ses différences avec le bulletin de l'armée écrit le 16 juin 1800, ont été relevées dès 1823 par la Revue militaire autrichienne; (V. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 268 à 272, ou la traduction dans le Mémorial de Dépôt de la guerre, t, IV, p. 341 à 344.) {p.458} {p.459}
  157. Ce mouvement se rapproche de celui qui est décrit dans la relation autrichienne. (V. p. 454.)
  158. Voir la discussion des différentes versions sur la charge de Kellermann, p. 404, note 2 et p. 406, notes 1 et 2.
  159. On a vu plus haut (p. 392, note 2) qu'en octobre 1800, Carra-Saint-Cyr se plaignait, à tort, d'ailleurs, que son nom n'ait pas été cité dans les rapports. Trois ans après, les relations officielles lui donnent au contraire le premier rôle dans la division où il n'est qu'on sous-ordre. {p.460}
  160. La carte qui figure dans cet ouvrage, p. 366, est la reproduction de la planche dessinée en 1803 au Dépôt de la guerre. {p.461}
  161. Ce fut ici le premier indice du pivot de Castel-Ceriolo et du refus de l'aile gauche. (Note du texte.) {p.462}
  162. Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 389.
  163. C'est, à quelques détails près, la conception d'Austerlitz. Si l'on considère que c'est pendant l'été de 1805 que l'Empereur modifie la rédaction faite au Dépôt de la guerre et arrive à inventer la retraite préméditée et le pivot de Castel-Ceriolo, on est amené à penser que, le 2 décembre suivant, il exécute sur le terrain la manoeuvre qu'il vient de créer et qu'Austerlitz est la brillante exécution de son Marengo théorique.

    Le pivot est à gauche au Santon, pendant que la droite sous Friant, laissée faible à dessein, cède du terrain aux Autrichiens. Gudin, venant de Presbourg, doit arriver sur le champ de bataille dans la soirée et renforcer Friant; il est destiné à jouer le rôle de Desaix à Marengo. Gudin ne peut arriver à temps, mais le centre peut déboucher de Pratzen, tomber sur le flanc de l'ennemi et assurer la victoire. {p.463}

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96