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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 2 Chapitre 7

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.285}

(DEUXIÈME PARTIE)
CHAPITRE VII
CONCENTRATION DE L'ARMÉE

Le quartier général à Stradella. – Duhesme garde le pont de Plaisance. – Moncey et Chabran surveillent la rive gauche du Pô. – Concentration du gros de l'armée entre Voghera et Stradella. – Nouveau groupement des divisions. – Marche vers Tortone. – Incertitude sur la position de l'ennemi. – Combat de Marengo, le 13 juin. – Marche de Desaix sur Rivalta. – Second combat de Crémone.

10 JUIN

Le Premier Consul a passé le Pô. Il ne doute pas qu'il y ait une bataille générale le 12 juin, et prend des mesures en conséquence.

Le Premier Consul, au citoyen Merlin (1).

Stradella, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

Le citoyen Merlin se rendra à Pavie; il y verra le général Marmont. Il s'informera:

1° Des 18 pièces d'artillerie qui devraient être arrivées depuis longtemps (2), savoir: 6 de la division Boudet, 6 de la {p.286} garde, 6 de. . . . . (3). Il lui fera sentir qu'il est indispensable que nous ayons ces pièces dans la journée de demain, parce que, si nous n'avons pas bataille demain, il y en aura une générale après-demain à la pointe du jour;

2° Les 2 pièces de canon qui avaient été envoyées pour la division Gardanne et la division Monnier ne sont pas arrivées (4); faire sentir combien cela est essentiel;

3° Il a été pris 5 pièces de canon à la bataille de Montebello, elles manquent de canonniers et d'attelages; prendre des mesures telles qu'elles puissent servir après-demain (5).

On a demandé 100,000 cartouches pour l'avant-garde: elles ne sont pas encore arrivées. Il en faudrait au moins 400,000 ou 500,000, que l'on pourrait diriger sur Serravalle (6).

Il faudrait également deux ou trois milliers de boulets de canon, de différents calibres (7), afin de pouvoir subvenir à la {p.287} consommation dans la bataille générale qui aura lieu après-demain (8).

Il avait été ordonné que la traille de Casatisma (9) à Corti (10) fut établie dans la journée; elle ne l'a point été Quand le sera-t-elle?

Il fallait également faire rétablir la traille qui, de Voghera, va à Pavie, de Sommo (11) à Bastida (12); cela pourrait-il être fait dans la journée de demain? Il y a à Pavie différents détachements des corps de cavalerie et d'infanterie; en prendre l'état et faire que tous ces détachements rejoignent leurs corps dans la journée de demain. Tous ces détachements pourraient passer la traille de Casatisma; le chemin est meilleur et cela est plus court. {p.288}

A-t-on nouvelle de la 72e (13)? La faire passer par le plus court chemin pour rejoindre le général Monnier.

Prendre des renseignements sur tous les corps, infanterie, cavalerie, artillerie, qui seraient arrivés à Pavie et presser tout le monde pour que l'on soit à son poste après-demain.

Le citoyen Merlin ira de là voir le général Lapoype, reconnaître sa position (14); il lui fera connaître qu'il serait possible qu'il reçut dans la journée de demain l'ordre de passer à la traille de Casatisma ou à celle de Sommo; il faut donc que ces trailles soient bien établies.

Il apportera la situation exacte de la division Lapoype et il s'informera s'il ne serait pas annoncé quelque bataillon ou détachement arrivé à Milan et qui serait sur le point de rejoindre.

Il s'informera avec exactitude s'il n'y a rien de nouveau du côté de Verceil et de Valenza (15); il passera à la traille de {p.289}

Casatisma et aura soin d'être de retour dans toute la journée de demain.

BONAPARTE (16).

Le Premier Consul, au citoyen Petiet, conseiller d'État.

Broni, 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

J'apprends avec plaisir que les 100 chevaux que je vous ai demandés arrivent (17); c'est une chose fort essentielle.

Nous avons eu hier une affaire fort brillante. Sans exagération, l'ennemi a eu 1500 tués; on peut supposer deux fois autant de blessés; nous avons fait 4,000 prisonniers et pris 5 pièces de canon (18). C'est le corps du lieutenant général Ott, qui est venu de Gênes à marche forcée; il voulait rouvrir la communication avec Plaisance (19).

Faites mettre la somme de 50,000 francs à la disposition du citoyen Gassendi, directeur du parc d'artillerie. Nous avons un grand besoin de cartouches d'infanterie et de munitions à canon de tous les calibres.

Voyez le général Vignolle pour prendre les mesures afin que les prisonniers qui vont à Milan ne s'échappent point (20).

Point d'inconvénient à ce que l'on prenne tout ce qui est Français pour l'incorporer dans nos corps. {p.290}

Prenez des mesures pour nous faire des souliers, car nous sommes tous pieds nus.

BONAPARTE.

P.-S. – Comme je n'ai pas le temps d'expédier un courrier, je vous prie d'écrire aux Consuls et de leur donner ces nouvelles (21).

Le Premier Consul, montant à cheval après avoir dicté cette lettre, m'a ordonné de la signer.

BOURRIENNE (22).

Le Premier Consul, aux Consuls.

Stradella, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800), à 11 h. 1/2 du soir.

J'ai reçu, citoyens Consuls, vos courriers des 14 et 15. Je vous prie de faire imprimer la lettre ci-jointe du général Masséna et la capitulation de Gênes (23).

Je vous salue fraternellement.

BONAPARTE. {p.291}

Le général en chef Masséna, au général Bonaparte, Premier Consul de la République.

Gênes, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

J'ai l'honneur de vous rendre compte de l'évacuation de la place de Gênes, conformément à la convention ci-jointe (24); j'espère que vous la trouverez digne de la résistance opiniâtre de la brave garnison qui s'y trouvait renfermée. Nous n'avons pas jusqu'ici perdu un seul pouce de terrain. Partout nous avons conservé une supériorité constante, et, sans le défaut de subsistances, nous eussions tenu éternellement dans Gênes. Aujourd'hui j'ai donné aux soldats les trois dernières onces de ce que nous appelions du pain, et qui n'était qu'un mauvais mélange de son, de paille d'avoine et de cacao, sans froment. Nous avons mangé tous nos chevaux.

La mortalité, causée par la famine, était à son comble dans le peuple et dans les troupes. La faim et le bombardement ont excité des mouvements insurrectionnels, toujours étouffés dès leur naissance. C'est dans l'espoir de vous voir arriver à notre délivrance que j'ai poussé si loin la rigueur des mesures qui pouvaient nous mettre à même de vous attendre. Mais la machine tombait en dissolution, et il a fallu songer à se retirer pour ne pas tout perdre, et pour conserver à la République les restes d'un corps de troupes dont la constance n'a pu être altérée par des peines, des fatigues et des privations jusqu'alors inouïes. Les forces physiques leur ont entièrement manqué et il ne me restait plus que des squelettes ambulants. L'officier qui porte mes dépêches pourra vous dire à cet égard tout ce qui a été fait et souffert pour vous conserver Gênes.

Je vais avec la garnison joindre le centre de l'armée, et y agir conformément aux instructions que je vous prie de m'y envoyer. C'est de là que je vous donnerai de mes nouvelles.

Salut et respect.

MASSÉNA. {p.292}

* * *

La division Boudet, partie de Plaisance dans la soirée du 9 juin (25), rejoint l'armée dans la journée du 10.

« Le 21, ma division était rendue sur les bords de la Trebbia. Le gonflement de la rivière empêchait de la passer à gué et nous ne pûmes nous servir que d'une barque, la seule qui se trouva, ce qui prolongea notre passage jusqu'au jour. Dès qu'il fut exécuté, ma division suivit son chemin jusqu'à Stradella.

« Pendant la route nous eûmes connaissance de la bataille de Broni, livrée et gagnée la veille par les généraux Watrin et Chambarlhac, et nous eûmes en même temps l'ordre de forcer la marche; ma division se porta en arrière de Casteggio. »

(Rapport des marches et opérations de la division Boudet.)

Rapport de la division Boudet du 21 prairial (10 juin).

La division s'est mise en mouvement dans la nuit et s'est rendue sans s'arrêter dans ses positions entre Broni et San-Giuletta.

Il a été porté des reconnaissances de cavalerie et d'infanterie à deux milles sur la gauche, qui n'ont rien rencontré.

Il est rentré de ce côté 6 déserteurs qui ont rendu leurs armes.

A San-Giuletta, le 22 prairial an 8e.

Certifié véritable:

L'adjudant général,

W. DALTON.

Lapoype, en exécution des ordres reçus (26), prend des dispositions pour surveiller toute la rive gauche du Pô entre la Sesia et le Tessin. {p.293}

Le général de division Lapoype, au chef de l'état-major général de l'armée de réserve.

Pavie, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

D'après les ordres du général en chef, citoyen Général, je viens de mettre en marche le 3e bataillon de la 1re légère, qui arrivera demain matin à Piève del Cairo, où doivent rester cinq compagnies de ce bataillon et deux se porteront à Lomello.

Ces compagnies pousseront des reconnaissances jusqu'à Frascarolo, très près de Valenza et éclaireront aussi les rives du Pô jusqu'à Sartirana et Brême.

Le général Digonnet se mettra en marche demain, lui-même avec les deux bataillons de la 29e de ligne, une pièce de 4 et un obusier; il se portera par Gropello jusqu'à Lomello, qui deviendra son point central.

Aussitôt que le 1er régiment de dragons sera arrivé, je lui enverrai deux escadrons, au moyen desquels il éclairera toutes les routes et les rives du Pô jusqu'à l'embouchure de la Sesia.

Le général Digonnet se charge, en outre, de surveiller, au moyen des espions, toutes les marches de l'ennemi.

Les deux bataillons de la 91e sous les ordres du général Chabert, restent pour couvrir Pavie en avant de San-Martino. Ce corps poussera des partis jusque sur les rives du Pô.

Je crois, citoyen Général, par ces dispositions, avoir rempli les intentions du général en chef.

Je vais rendre compte, au lieutenant général Moncey, des ordres que j'ai reçus et des dispositions que j'ai faites.

LAPOYPE.

Duhesme est à Plaisance avec une partie des troupes de Loison, pendant que le reste de cette division, sous les ordres de Broussier, couvre Crémone et bloque Pizzighettonne. Dans la journée du 10, ce dernier général reçoit l'ordre d'abandonner Crémone et de venir à Plaisance. {p.294}

Le lieutenant général Duhesme, au Général en chef.

Plaisance, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

Mon Général,

Conformément aux différents ordres et instructions que j'ai reçus (27) de vous, je suis arrivé hier à Plaisance, après avoir passé le Pô vers Crémone (28).

J'ai laissé au général Broussier le 5e régiment de dragons, fort de 180 chevaux, le 15e régiment de chasseurs, fort d'une centaine, et quatre compagnies de la 58e demi-brigade pour tenir en avant de Crémone, éclairer les routes de Mantoue et de Brescia et communiquer avec Orzinovi. Ce général a investi Pizzighettone des deux côtés avec le strict nécessaire et ménage, avec le surplus, une réserve qui, placée à Acqua-Negra, sera à portée de soutenir le blocus et Crémone.

Je viens de lui mander de nous envoyer le 15e de chasseurs si l'ennemi, qui a un corps en arrière de Bozzolo, ne le menace pas. Il s'occupe, en outre, de faire remonter tout ce qu'il pourra des différents magasins sur Plaisance.

J'ai fait porter, dès ce matin, le 9e régiment de dragons, le 3e de cavalerie et le détachement du 21e sur Stradella.

Le général Loison investit le fort, garde le pont de Plaisance avec deux bataillons et demi de la 58e, sous les ordres du général Gobert, à qui on laisse un escadron du 2e de chasseurs à cheval pour s'éclairer sur Modène et Bobbio.

Le général Loison, avec le reste de ses troupes, composé de deux bataillons de la 60e, six compagnies de grenadiers et trois escadrons du 2e de chasseurs à cheval, se portera sur Stradella.

Je n'ai pas encore pu obtenir des états de situation. Aussitôt que j'en aurai, je vous les enverrai.

J'ai touché à Crémone 3,177 livres de Milan qui étaient à la douane; j'ai déjà donné au général Broussier 600 livres de {p.295}

France pour ses frais extraordinaires et secrets; je vous donnerai l'emploi du surplus.

Je compte me rendre sur-le-champ auprès de vous.

J'ai l'honneur, mon Général, de vous saluer.

G. DUHESME.

De la main de Berthier:

Les dispositions ci-dessus me paraissent très bonnes et sont celles que le général Duhesme et le général Loison doivent exécuter dans ce moment. Elles remplissent tous les objets, couvrent Crémone, Pizzighettone, Plaisance, et nous envoient un renfort dont nous avons besoin.

Alex. BERTHIER.

(Archives de M. le général comte Duhesme.)

Broussier, général de brigade, au général de division Dupont, chef de l'état-major général.

Acquanegra, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800), à 8 heures du soir.

Mon Général,

Je reçois à l'instant l'ordre de partir, ainsi que celui de laisser 300 hommes pour le blocus (29). Je donne de suite l'ordre à la cavalerie qui est à Crémone de passer le Pô dans cet endroit et de se porter de suite sur Broni, sans attendre l'infanterie, qui marchera bien plus lentement qu'elle.

Je suis obligé de réunir mes troupes à Malleo. De là, je me porterai sur Plaisance; c'est la route la plus courte. Je laisserai 300 hommes pour le blocus; mais, d'après les renseignements certains que j'ai, il sera difficile de tenir la rive gauche de l'Adda. Les 100 hommes que je laisserai de ce côté seront donc placés de manière qu'à la première attaque sérieuse, ils puissent repasser l'Adda, en emmenant avec eux le pont volant. Je laisserai le premier bataillon de la 13e légère, fort de 300 hommes, pour remplir vos intentions.

J'ai l'honneur de vous envoyer ci-inclus une réponse du commandant de Pizzighettone, à la première sommation que {p.296} je lui ai faite (30) et la copie d'une sortie faite sur Géra; vous y verrez qu'ils ont été repoussés vivement (31).

Salut et respect.

BROUSSIER.

La division Chabran, rendue disponible par la prise de Bard, surveille la rive gaucho du Pô.

Chabran, général de division, au général Dupont.

Verceil, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

N'étant ici que depuis hier (32), citoyen Général, je me suis adressé au général de brigade Dumoulin pour connaître les troupes et l'artillerie qui pouvaient y avoir passé depuis cinq jours. Il me répond qu'il n'est rien passé depuis le 17, que les troupes que j'ai amenées (33). Ma lettre de ce jour contient, à cet égard, tous les renseignements que je puis vous donner. Du moment que j'aurai reçu ceux du commandant de la place de Romano, je les transmettrai au commandant en chef.

Je me conformerai exactement aux dispositions de votre {p.297} lettre d'hier, que je reçois par le courrier qui vous rapporte la mienne.

La division a appris avec joie les succès de l'armée à Montebello et la prise de Crémone et de Plaisance.

Demain, deux bataillons cisalpins, arrivés aujourd'hui ici, partiront pour Novare et poursuivront, de là, leur route vers le quartier général.

Le 7e régiment de dragons, fort d'environ 200 hommes, est arrivé aujourd'hui; il me demande séjour. Les chevaux m'ont paru si fatigués que j'ai cru devoir l'accorder.

Salut et fraternité.

CHABRAN. {p.298}

11 JUIN

La division Gardanne et une partie de la cavalerie avec Murat sont à Voghera, ayant devancé le corps Lannes qui demeure à Montebello et la division Boudet qui est à San-Giuletta.

Tandis qu'on recueille quelques renseignements sur la retraite du maréchal Ott et sur la position de Mélas, de nouveaux moyens de passage sont aménagés sur le Pô à hauteur de Stradella; leur établissement fait espérer pour le lendemain l'arrivée de l'artillerie qui n'a pas rejoint depuis Bard.

La division Lapoype surveille la rive gauche du Pô de la Sesia au Tessin.

Amédée Gardanne, général divisionnaire, commandant l'avant-garde de l'armée de réserve, au général Dupont, chef d'état. major général.

Voghera, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Citoyen Général,

L'ennemi ne paraît point se préparer à faire aucune attaque; tous les rapports s'accordent à nous dire qu'il est hors d'état de le tenter dans le moment. Les gens du pays assurent qu'il est difficile de se faire une idée du désordre avec lequel leurs dernières troupes se sont retirées le soir du 20. Il y a tout à croire que, si la nuit et quelques escadrons de cavalerie n'avaient caché leur désordre, on aurait fait 2 ou 3,000 prisonniers des corps découragés et qui ne demandaient pas mieux de se rendre; presque tous les déserteurs et prisonniers s'accordent sur ce point.

Un déserteur de Mariassy a fait le rapport, ce matin à {p.299} 3 heures, que l'ennemi était sous Tortone et n'avait qu'un poste de 50 hommes à pied et 10 à cheval à Ponte-Curone.

C'est là tout ce que nous avons pu apprendre de certain sur la position qu'il occupe.

Une partie des patrouilles, que l'on a mise en mouvement d'après un ordre du Premier Consul, n'étant pas encore rentrée, je ne puis vous donner plus de détails sur les différents endroits qu'occupent les avant-postes de l'ennemi (34).

S'il y a quelque chose de nouveau, je vous le ferai savoir de suite (35).

Le général divisionnaire commandant l'avant-garde n'a pas un seul cavalier pour lui servir d'ordonnance. Il en a fait demander au général Kellermann en lui envoyant l'ordre du Premier Consul de faire des reconnaissances pour découvrir la position de l'ennemi; voici la lettre qu'il a reçue (36).

Vous devez juger qu'on ne peut se passer à l'avant-garde d'un corps de cavalerie pour en presser les opérations. Si vous pouviez aussi m'envoyer un obusier, la compagnie d'artillerie est dans le cas d'en faire le service (37).

L'adjudant général chef de l'état-major de la division,

DAMPIERRE. {p.300}

César Berthier, adjudant général, chef de l'état-major de la cavalerie, au général de division Dupont.

Voghera, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

J'ai l'honneur, citoyen Général, de vous envoyer l'état général de situation des troupes à cheval qui se trouvent cantonnées depuis Stradella jusqu'à Voghera, à l'époque du 22 prairial, sous les ordres du lieutenant général Murat. Le nombre est l'effectif des combattants.

J'ai l'honneur de vous prévenir qu'il manque à plusieurs régiments des cartouches et des pierres à feux. Demain, si nous avons un instant, je vous enverrai un état répondant à la lettre que vous m'avez adressée.

Excusez à la rapidité de nos marches, si je ne suis pas plus exact.

Salut et respect.

César BERTHIER.

Le pain et la viande sont dus à la troupe à cheval pour aujourd'hui et demain, et nous ne savons où en faire prendre.

Il n'existe pas d'ambulance pour la cavalerie.

C. B.

État général de la situation de la cavalerie qui se trouve cantonnée depuis Stradella jusqu'à Voghera sous les ordres du lieutenant général Murat, à l'époque du 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

DÉSIGNATION
DES REGIMENTS.
NOMBRE
D'HOMMES
présents sous
les armes.
TUÉS,
BLESSES OU PRIS
a la dernière
affaire.
EMPLACEMENT
ACTUEL.
1er régiment de hussards 99 Au camp sous Voghera.
11e régiment de hussards 113 Près Casteggio.
12e régiment de hussards 245 65 à l'affaire du 20 prairial Sous Voghera.
12e de chasseurs à cheval 229 A Redavalle.
21e de chasseurs à cheval 350 Sous Voghera.
6e régiment de dragons 350 A Redavalle.
8e régiment de dragons 381 Sous Voghera.
9e régiment de dragons 169 A Montebello.
2e régiment de cavalerie 215 Sous Voghera.
3e régiment de cavalerie 114 A Broni.
20e régiment de cavalerie 160 Sous Voghera.
TOTAL 2,428

Certifié par l'adjudant général, chef de l'état-major,

César BERTHIER. {p.301}

F. Watrin, général de division, au général en chef Berthier.

Montebello (38), le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Mon Général,

J'ai l'honneur de vous adresser M. de Weslschav (39), commissaire des guerres autrichien et en même temps commandant de Voghera. Il s'y était caché et s'est rendu prisonnier hier.

Cet officier vous donnera la note exacte de tous les généraux et corps sous les ordres du général Ott. Il vous remettra aussi la note de tous les divers magasins qu'il vous dira avoir été pillés par les habitants de Voghera. Il désire retourner chez lui.

Le pain nous manque. Le général Gardanne a enlevé celui que j'avais fait faire à Voghera pour ma division.

Je vous prie de donner ordre pour qu'on lasse de suite passer le Pô à celui qui nous est destiné, car nous n'avons aucune ressource. J'y envoie mon commissaire des guerres.

M. de Mélas est à Alexandrie; M. Ott s'est retiré en désordre sur Tortone; M. de Mélas est venu l'y voir.

Salut et respect.

F. WATRIN.

L'adjudant général, chef de l'état-major de l'avant-garde, au Général de division, chef de l'état-major général.

Montebello, 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Citoyen Général,

Votre lettre en date de ce jour (40) m'est parvenue à 4 heures précises du soir, au moment où le lieutenant général Lannes partait pour passer en revue les troupes de la division. {p.302}

J'ai pris l'état de l'armement et des présents sous les armes que vous trouverez ci-joint.

Je réponds à la seconde de vos questions:

Les sous-officiers sont armés;

Chaque homme a 50 cartouches;

On n'a pas reçu de pain pour le 22;

La viande a été distribuée pour aujourd'hui seulement.

Le commissaire des guerres de la division est parti dès hier pour procurer le pain que l'on dit être sur les bords du Pô et destiné pour la division.

L'ambulance de la division est arrivée ce matin à Montebello. Elle n'a fait aucun service dans la journée du 20 prairial, et les blessés n'ont été pansés que par les officiers de santé attachés aux divers corps de la division. Je me ferai informer des motifs qui ont pu retarder l'arrivée de l'ambulance et j'aurai l'honneur de vous en rendre compte.

Salut et respect.

ISARD.

L'adjudant général Dalton (41), au général de division Dupont, chef de l'état-major de l'armée de réserve, à Stradella.

San Giuletta, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Le général de division me charge, mon Général, de vous prévenir que son artillerie, que l'aide de camp du général Marmont a annoncé devoir joindre la division ce soir, n'est pas encore arrivée. Il vous prie de donner des ordres pour qu'elle nous parvienne dans la nuit, afin que le général en chef et le Premier Consul, qui la croient arrivée, ne soient pas trompés dans leur attente.

Je vous envoie un état des présents sous les armes, des cartouches existantes et de celles manquantes à la division. Il en a été fourni environ 20,000 aujourd'hui, ce qui ne nous met au plus qu'au complet de trente par homme au lieu de cinquante; {p.303} il nous en manque donc encore, pour le complet, soixante et quelques mille.

Salut et respect.

W. DALTON.

État des présents sous les armes dans les demi-brigades de la division Boudet, et des cartouches existantes.

NUMEROS
DES CORPS.
PRÉSENTS
sous
les armes.
CARTOUCHES
existantes.
CARTOUCHES
manquantes
au complet
de 50
par homme.
OBSERVATIONS.
95 légère 1,745 39,578 47,672 A raison de 50.
59e de ligne 1,670 50,830 32,670 A raison de 50.
11e de hussards 145 1,070 3,280 A raison de 30 coups par homme.
Artillerie 26 » » Il existe une pièce de 8 et un
obusier de 6 pouces (42), pour
lequel il y a 21 cartouches
de calibre de 8, 4 charges à
mitraille id., 103 cartouches
de calibre de 7 autrichiennes,
6 charges à mitraille id., 36
obus et 3 charges à mitraille.
PRÉSENTS 3,586
TOTAL DES CARTOUCHES MANQUANTES. 83,622

Certifié véritable.

L'adjudant général de la division Boudet,

W. DALTON.

Levasseur, adjoint à l'état-major général, au général de division Dupont, chef de l'état-major général, à Stradella.

Parpanèse, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800), à 7 h. 3/4 du soir.

J'ai été forcé, citoyen Général, de faire changer l'ordre de marche des ponts volants que j'avais fait établir sur le Pô, devant le village de Parpanèse, et de renoncer à les faire marcher à la rame, vu le manque d'eau dans cet endroit. Après avoir fait de grandes recherches, j'ai enfin trouvé des ancres qui nous manquaient hier, pour former la traille qui, sous trois heures, sera entièrement finie. Alors, les deux ponts {p.304} dont je vous ai parlé ce matin seront prêts à recevoir, l'un, la cavalerie et les pièces d'artillerie, et l'autre l'infanterie, et marchant ensemble à moins d'une heure aller et revenir. La distance où ils sont établis est à 60 pas du pont de Parpanèse, en face d'une route qui conduit à San-Giovanni et à Stradella, qui est très praticable pour les voitures, etc.

Il m'est impossible de retourner ce soir près de vous, ainsi que vous me l'avez ordonné ce matin, parce que le gouverneur de Castel-San-Giovanni vient de recevoir un ordre du général en chef, en date d'hier 21, de faire établir deux autres ponts volants le plus près possible de ceux établis près de Parpanèse. A l'instant, je monte à cheval avec un membre de la municipalité pour aller à Arena, distance d'une lieue de Parpanèse, à demi route de Stradella. J'ai cru devoir rester pour faire accélérer la construction de ces deux ponts. On ne peut que se louer de la bonne volonté de la municipalité de San-Giovanni, mais les paysans ne sont pas de même. Il faut absolument la force pour les faire aller; sans cela, il serait impossible de faire construire les deux ponts demandés. Comptez sur mon zèle pour l'exécution de l'ordre. Demain, je vous ferai part du résultat de ma nuit.

Je vous salue avec respect.

LEVASSEUR.

Le général de division Lapoype, au lieutenant général Moncey.

Pavie, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

J'ai l'honneur de vous faire passer, mon Général, une copie de la lettre que j'ai écrite au chef de l'état-major général (43) pour lui rendre compte des dispositions que j'ai faites, d'après les ordres du général Berthier.

Il me parait qu'il faut savoir, d'une manière précise, les mouvements de l'ennemi sur la rive droite du Pô, et, pour cela, j'envoie jusqu'à Valenza, et même à l'embouchure de la Sesia. Je ne conserve rien pour la garnison de la place de Pavie; toute ma division est disponible et peut se porter, d'après vos ordres, sur tous les points, soit entre le Tessin et le Pô, soit de l'autre côté du Tessin. {p.305}

Le général Bonaparte m'envoie un de ses aides de camp pour me prévenir de me tenir prêt à passer le Pô, peut-être dans la journée (44). Vous voyez comme tous les ordres se contredisent. D'après l'indication que l'on me donne, c'est sur le chemin de Pavie à Casatisma que je passerai le fleuve, au pont de Mezzana.

Le mouvement de Digonnet était achevé; sans quoi je l'eusse arrêté dans sa marche. Mais le bac qui devra me passer et qui n'est pas encore établi, me donnera le temps de faire revenir sa brigade aussitôt que l'ordre de passer le Pô me sera parvenu.

Les deux compagnies de la 1re légère n'ont point encore rejoint, et le général de Lort n'a pas fait relever la compagnie des carabiniers qui se trouve à Locarno. Celle de Côme, malgré l'ordre que vous aurez donné à Bonamy, y est restée.

Jugez, mon Général, combien il est désagréable, surtout quand on est très faible, de se voir ainsi disséminé.

J'attends vos ordres et ceux de Bonaparte, que je vous communiquerai de suite.

Soyez assuré de ma respectueuse amitié.

LAPOYPE.

P.-S. – Digonnet sait que vous avez donné au général Lorge une gratification de 3,000 francs. Il vous prie de remarquer qu'il vous est aussi tendrement attaché que ce général, qu'il a autant que lui le désir de contribuer à votre gloire et à nos succès. Il ajoute que la guerre lui a peut-être été, jusqu'à présent, ainsi qu'à moi, aussi onéreuse qu'elle a pu l'être au général Lorge.

LAPOYPE.

* * *

L'arrivée à l'armée du général Desaix, les emplacements des différentes divisions et les missions qu'elles {p.306} ont à remplir, nécessitent un nouveau groupement de ces unités sous les ordres des lieutenants du général en chef.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

Stradella, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Organisation de l'armée au 22 prairial.

Le général Lannes commande:
La 28e demi-brigade aux ordres du général Mainoni.
La 6e légère aux ordres du général Watrin.
La 22e de bataille
et 40e id.
Le général Desaix:
La 9e légère commandées par le général Boudet.
30e de bataille
59e id.
 
La 19e légère commandées par le général Monnier.
70e de bataille
72e id.
Le général Victor:
La 24e légère division du général Chambarlhac.
43e de ligne
96e id.
 
La 101e de bataille commandées par le général Gardanne.
44e id.
Le général Duhesme
La 1re légère commandées par le général Lapoype.
29e de ligne
91e id.
1re demi-brigade provisoire des dépôts d'Orient.
2e id.
Enfin ce qui compose la division Chabran.
Réserve:
13e légère division du général Loison.
58e de bataille
60e id. {p.307}
Le général Moncey:
Toutes les troupes venant du Rhin qui ne font point partie
de la division Lapoype.

L'état-major du général Desaix sera celui de la division Boudet.

L'état-major du général Victor sera celui de la division Chambarlhac; en attendant qu'on puisse attacher des adjudants généraux à ces lieutenants.

Le général Murat commande toute la cavalerie, même le 12e de hussards et le 21e de chasseurs. J'ai chargé ce général d'attacher un escadron pour le corps aux ordres du général Lannes, un pour le corps du général Desaix, un pour le corps du général Victor, une compagnie à la division Loison, un escadron au corps du général Duhesme.

Le général Murat me fera connaître les corps qu'il aura désignés pour les dispositions ci-dessus.

Donnez, je vous prie, les ordres pour l'exécution de cette nouvelle disposition. Prévenez le général Marmont, le général Marescot et l'ordonnateur en chef, mes lieutenants et chacun des généraux de division.

Je voudrais avoir, le plus tôt possible, un état de l'emplacement de toutes les troupes composant l'armée et du présent sous les armes.

Faites distribuer dans les différentes divisions les papiers publics ci-joints.

Envoyez le Moniteur à chaque division.

Alex. BERTHIER.

Jaochim Murat, lieutenant général, au Général de division, chef de l'état-major général, à Voghera.

Voghera, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

Je m'empresse de vous faire connaître, citoyen Général, la nouvelle organisation de la cavalerie ainsi que les différents détachements attachés aux divisions.

Brigade du général Rivaud.
Le 11e, 12e d'hussards, 12e, 21e chasseurs.
Brigade du général Champeaux.
2e de chasseurs, 1er, 8e dragons. {p.308}
Brigade du général Duvignau.
15e chasseurs, 7e, 9e dragons.
Brigade Kellermann.
La grosse cavalerie.

J'ai attaché à la division du général Desaix l'escadron du 1er régiment de hussards.

Au général Victor, le 3e de cavalerie (45).

A la division du général Duhesme, l'escadron du 7e de chasseurs.

Au général Lannes, un escadron du 5e régiment de dragons.

Au général Loison, une compagnie du 5e régiment de dragons.

Une compagnie du 5e régiment de dragons à l'état-major général.

Je dois cependant vous dire que je préférerais attacher à ces différentes divisions les escadrons détachés de grosse cavalerie, que de morceler le 5e régiment de dragons.

Salut amical.

MURAT. {p.309}

Armée de réserve.

Composition et force de l'armée à l'époque du 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

NOMS DES GÉNÉRAUX DÉSIGNATION
des corps.
EMPLACEMENT. FORCE. TOTAUX. OBSERVATIONS.
Avant-garde commandée par
le général Lannes, lieutenant
du général en chef.
MAINONI, général de brigade 28e bataille 1,5776,648
WATRIN général divisionnaire
GENCY, généraux de brigade
MALHER
ISARD, adjudant général
6e légère 1,408
22e bataille 1,527
40e bataille 2,136
Deux divisions commandées
par le général Desaix,
lieutenant du général en chef:
BOUDET, général divisionnaire
MUSNIER, généraux de brigade.
GUÉNAND,
DALTON, adjudant général
9e légère 1,833 4,856
30e bataille 1,200
59e bataille 1,823
 
MONNIER, général divisionnaire
GIRARD, adjudant général
19e légère 673 3,983
70e bataille 1,410
72e bataille 1,900
Deux divisions commandées
Par le général Victor,
lieutenant du général en chef:
CHAMBARLHAC, général command.
RIVAUD général de brigade
HERBIN
DELORT adjudant général
24e légère 2,171 6,564
43e 2,326
96e bataille 2,067
 
GARDANNE, général divisionnaire.
DAMPIERRE, adjudant général
44e bataille 2,248 3,178
101e bataille 930
Deux divisions commandées
par le général Duhesme,
lieutenant du général en chef:
LAPOYPE, général commandant 1re légère 852 2,814
29e bataille 1,032
91e bataille 930
 
CHABRAN, général divisionnaire
BRENIER, généraux de brigade
SERIZIAT,
1re demi-brigade, formée
des dépôts de
l'armée
d'Orient
811 3,482
2e id. 1,066
3e id. 987
12 bataille 509
1er escadron du
7e chasseurs
109
Réserve:
LOISON général divisionnaire
GROBERT, généraux de brigade.
BROUSSIER,
MÉRIAGE, adjudant général
13e légère, 1,127 5,304
58e bataille 2,079
60e bataille 2,098
  {p.310}
LORGE, général commandant 12e légère 900 4,500
1re bataille 1,800
67e bataille 1,800
Division du général TURREAU,
environ
3,200 3,200
Légion italique commandée par
le général LECHI
1,704 1,704
Corps de troupes sous les ordres
de l'adjudant général (46)
BETHENCOURT, environ
500 500
Troupes à cheval commandées par le général Murat, lieutenant
du général en chef:
RIVAUD, général de brigade
CHAMPEAUX, général de brigade
12e hussards 340 4,915
21e chasseurs 360
3e cavalerie 262
5e dragons 214
9e dragons 150
2e chasseurs 445
15e chasseurs 243
 
Brigade de cavalerie sous les
ordres immédiats du général
MURAT
1er hussards 120
28e dragons 443
2e cavalerie 258
20e cavalerie 197
 
Brigade du général DUVIGNAU 6e dragons 393
12e chasseurs 391
 
Brigade du général DUMOULIN 1er cavalerie 121
5e cavalerie 127
 
1er dragons 370
11e hussards 481
 
51,648
Corps annoncés et non arrivés:
Troupes envoyées de l'armée du
Rhin
14e cavalerie 150 4,934
15e cavalerie 200
22e cavalerie 250
25e cavalerie 280
1 bat. de la 29e 600
1 b. de la 101e 600
2 b. de la 102e 1,200
 
Corps annoncés par le Ministre de la Guerre 11e cavalerie 120
18e cavalerie 120 Fonds du 9e
9e dragons 280
19e dragons 190
15e chasseurs 384 Fonds du 15e
 
TOTAL 55,982
 

NOTA. – Ne sont pas compris dans la force de l'autre part, les détachements annoncés par le Ministre de la guerre et ci-après désignés, savoir:

746 hommes de la 13e légère;
2 compagnies de carabiniers de la même demi-brigade;
360 hommes de la 70e de bataille;
3e bataillon de la 19e légère;
142 hommes à pied volontaires.
145 hommes à cheval.
  {p.311}

* * *

Berthier donne des ordres pour porter l'armée sur la Scrivia et dans la conviction que l'ennemi livrera bataille le 12, il fait venir la division Lapoype sur la rive droite. Il appelle toutes les forces disponibles et fait établir un pont fixe avec tête de pont à Mezzana-Corti sur la route de Pavie à Casteggio.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Stradella, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Voyez dans vos bureaux, mon cher Dupont, d'où vient l'oubli qu'on a fait de prévenir le général Marmont que le quartier général était à Stradella.

J'avais donné l'ordre au général Marmont d'attacher deux pièces de 3 autrichiennes à la division Gardanne et deux pièces de 3 autrichiennes à la division Monnier. Envoyez un adjoint à Broni où sont ces quatre pièces pour qu'il les fasse conduire deux à chacune de ces divisions.

Le général Marmont a envoyé à Casteggio 40 hommes d'artillerie légère avec des chevaux haut le pied, pour servir et atteler les cinq pièces que nous avons prises dans l'affaire du Pô. Donnez des ordres à Casteggio pour qu'aussitôt que ces canonniers et ces chevaux seront arrivés à Casteggio, on les envoie à la division Lannes où sont les pièces.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes.

Stradella, 22 prairial an 8 (11 juin 1800), à 11 heures du soir.

Je crois nécessaire, citoyen Général, de porter l'armée sur la Scrivia pour nous rapprocher de l'ennemi. En conséquence, vous vous mettrez en mouvement demain 23, aussitôt après le corps du général Victor qui a l'ordre de se diriger sur Tortone. Le corps à vos ordres, composé de la 28e et de la division {p.312} Watrin, marchera sur Castel-Nuovo-di-Scrivia [en deux colonnes] (47); celle de gauche marchera entre Tortone et Castel-Nuovo-di-Scrivia. Vous aurez soin de tenir la tête de vos colonnes toujours obliquement en arrière de la tête du corps du général Victor, qui se dirige sur Tortone, de manière qu'il attire d'abord toute l'attention de l'ennemi.

Le général Murat vous donnera une brigade de troupes à cheval.

Le corps du général Desaix, composé de la division Monnier et de la division Boudet, suivra le mouvement comme réserve.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER (48).

La brigade de cavalerie à vos ordres éclairera toute la partie depuis Castel-Nuovo-di-Scrivia jusqu'au Pô.

B.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Stradella, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Je vous préviens que je donne l'ordre à l'armée de marcher sur la Scrivia. Ordonnez au quartier général de partir demain à 10 heures du matin pour se rendre à Casteggio. Vous ferez bien de faire partir ce soir tous les officiers de l'état-major pour nous attendre à Voghera, où nous serons demain à 5 heures du matin.

Alex. BERTHIER (49). {p.313}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Stradella, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800), à 10 h. 1/2 du soir.

Donnez l'ordre au général Lapoype de laisser 200 hommes à Pavie pour garder le pont de Gravellone et la ville, ce qui suffira avec les autres détachements qui y sont. Ordonnez au général Lapoype de passer cette nuit le Pô avec toute sa division pour être au jour à Casteggio et suivre les mouvements de l'armée qui marche sur Tortone (50).

L'officier d'état-major qui portera cet ordre au général Lapoype ne le quittera que lorsqu'il aura entièrement passé le Pô, et il m'en viendra prévenir sur la route de Tortone. Il accélérera la marche du 1er régiment de dragons qui doit être réuni demain à l'armée de très bonne heure.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Stradella, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800), à 11 heures du soir.

Envoyez cette lettre (51) au général Lapoype par un autre officier que celui qui portera votre ordre.

Prévenez l'ordonnateur que l'armée marche demain en avant pour qu'il ordonne tout pour les ambulances. Prévenez les généraux Marmont et Marescot.

Alex. BERTHIER. {p.314}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Stradella, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Ordre au bataillon italien qui est à Romagnano de se rendre sur-le-champ vis-à-vis Verceil, sur la rive gauche de la Sesia, pour en défendre le passage et y prendre position jusqu'à nouvel ordre.

Ordre au général Dumoulin de partir de Verceil avec la cavalerie à ses ordres pour rejoindre l'armée.

Ordre aux détachements des différents corps qui passent à Verceil d'en partir sur-le-champ pour rejoindre leur corps à Casteggio en passant par Pavie. Le commandant de la place de Verceil y restera sans troupes, étant couvert par les nouvelles positions de la division Chabran (52). Il aura soin de faire fermer les portes de la ville la nuit.

Alex. BERTHIER. {p.315}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve. au général Duhesme.

Stradella, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Il est ordonné au général Duhesme de se rendre, sur-le-champ à Plaisance (53), de prendre le commandement des troupes qui y sont, de celles qui sont à Crémone, Pizzighettone, Orzinovi et Brescia, et d'exécuter; avec ces forces, les instructions qu'il a reçues pour couvrir Crémone et Plaisance.

Alex. BERTHIER.

Il y a, à Brescia, 2,000 cisalpins commandés par le général Lechi.

(Archives de M. le général comte Duhesme.)

Le général Marescot, au général en chef Berthier.

Pavie, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Citoyen Général,

En conséquence de votre lettre, nous avons été reconnaître, le général Marmont et moi, l'emplacement le plus avantageux à donner à un pont et à une tête de pont à placer sur, le Pô entre Pavie et Casteggio.

Vous paraissez désirer que ce pont soit placé entre Mezzana-Corti et Bressina, voulant, sans doute, éviter le saillant du fleuve, à l'endroit où la route de Pavie à Casteggio vient le rencontrer. Vous avez été trompé par la carte de Borgonio, qui n'est plus vraie dans cette partie. Le Pô passe actuellement près de Mezzana-Corti, et en coupant droit vers Rea, il a abandonné la partie saillante vers Bressina-di-Ré, et ce saillant n'existe plus.

Nous avons donc jugé qu'il n'y avait rien de mieux que d'établir le pont à l'endroit où la route de Pavie à Casteggio arrive sur le Pô, à l'endroit où nous l'avons construit autrefois, et où les Autrichiens l'avaient il y a quelques jours. On profitera ainsi d'une route superbe, de pieux déjà frappés dans le fleuve pour la solidité du pont, et d'une tête de pont {p.316} construite par les Autrichiens, qui ne demandera qu'à être réparée, un peu accommodée et palissadée pour être d'une assez bonne défensive. Ailleurs, il eût fallu tout créer et percer un chemin nouveau à travers les champs, les rizières et les marais, et l'on aurait pu mettre à ce travail la diligence que vous paraissez désirer.

La tête de pont actuelle exige pour sa défense quatre ou cinq pièces de canon et 4 à 500 hommes. Si j'en ai le temps, j'ajouterai deux petits ouvrages qui augmenteront cette garnison de 100 à 150 hommes.

Il existe, en outre, une autre tête de pont au même point, sur la rive gauche. Effectivement, il semble, par la position respective des armées, que ce pont peut être attaqué par l'ennemi, également sur l'une et l'autre rive. Je vous prie de me dire si votre intention est qu'on mette en état de défense les deux têtes de pont. Dans ce cas, le travail sera, comme de raison, plus long. Cette seconde tête de pont exigera à peu près la même artillerie et la même garnison que l'autre.

J'ai établi ce matin le peu de sapeurs que j'ai à ma disposition, ainsi que les officiers du génie. Le travail est commencé; mais, comme 100 ou 140 sapeurs ne peuvent suffire pour ce travail, j'ai été obligé de requérir en votre nom, sur l'une et l'autre rive, des travailleurs. Je vous prie de vouloir bien approuver cette réquisition. Dans les armées où j'ai servi, il était d'usage de donner aux communes des certificats du nombre de journées employées aux travaux de l'armée à valoir sur leurs contributions. Je vous prie de me faire connaître vos intentions à ce sujet.

Je vous renouvelle, citoyen Général, ma demande pour quelques fonds. Il y a douze ou quinze jours que ceux que vous avez affectés à mon service au commencement de la campagne sont épuisés, et, comme je ne touche pas d'appointements, je ne puis faire des avances.

Quelques paysans m'ont dit que l'ennemi fait un pont à Valenza.

MARESCOT.

Comme je présume que la tête de pont sera, sous peu de jours, en état de défense, je vous invite à y envoyer la troupe destinée à sa garde.

(Livre d'ordres du général Marescot. Archives du génie.) {p.317}

* * *

Pendant que l'armée se prépare à se porter en avant, la sûreté de la ligne d'opérations est assurée avec peu de troupes.

Vignolle, général de brigade, commandant à Milan et le blocus du château, au général Dupont, chef de l'état-major.

Milan, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Le général Moncey m'a confié, mon cher Général, le commandement du blocus du château et m'a laissé seulement pour cette opération un bataillon de la 12e légère et deux de la 67e de ligne, dont la force totale ne s'élève qu'à 1300 hommes (54). Le général Bonamy a emmené la compagnie de carabiniers, sans doute d'après l'autorisation du général Moncey. Ajoutez qu'il faut encore prendre sur ces trois bataillons le nombre d'hommes nécessaires au service de la place et les escortes de munitions, vivres, prisonniers de guerre.

La première disposition que j'ai faite à l'égard du blocus a été de le resserrer, de manière à employer le moins de monde possible, et à empêcher cependant qu'on ne puisse sortir du château ni y entrer. Le rapprochement que j'ai fait de la ligne de circonvalation, a occasionné hier une forte canonnade. Aujourd'hui, tous nos postes sont à l'abri du feu de la place par des épaulements que j'ai fait élever, et comme je les fais relever tous les matins, avant le jour, ils seront peu inquiétés.

Le plus grand nombre de mes troupes sont placées au faubourg des Ortolans, à la droite et à la gauche, et de manière à être garanties du feu de la place. Le bataillon de la 42e légère tient par sa droite la porte Verceline et bivouaque dans les fossés de ce faubourg; il fournit quelques postes au débouché des rues et à la ligne qui, partant de la porte Verceline, se joint à celle établie par les troupes du faubourg des Ortolans, suivant l'une et l'autre le cours d'un ruisseau qui couvre le château, et jetant des sentinelles en avant de ce ruisseau. Les troupes du faubourg des Ortolans fournissent aussi quelques postes aux débouchés des rues vis-à-vis le château, et les postes se lient avec ceux fournis par le bataillon de la 12e légère. Voilà, mon cher Général, les seules dispositions que je puis faire avec le peu de troupes qui me sont restées.

Le général Moncey est parti ce matin pour aller s'établir sur le Tessin, conformément aux ordres que vous lui avez adressés, et ne m'a pas laissé un seul homme de cavalerie pour servir d'escorte aux prisonniers de guerre que vous m'annoncez. Ils sont en si grand nombre qu'il est indispensable que l'escorte, {p.318} que vous leur aurez sans doute donnée à leur départ du quartier général, continue à les escorter, car vous sentez que je ne puis la fournir; j'ai déjà un détachement de 40 hommes d'infanterie et de quelques gendarmes qui escortent 800 prisonniers partis depuis quatre jours.

La nouvelle de la victoire que vous avez remportée me comble de joie; le général Moncey l'a proclamée et elle a fait un bon effet.

J'éprouve les plus grandes difficultés pour l'organisation de la garde nationale qui, organisée, nous sera d'un grand secours. On craint ici les revenants plus qu'on ne les aime et c'est ce qui occasionne beaucoup de refus.

Dans cinq à six jours j'aurai organisé, j'espère, un bataillon de cisalpins de 500 hommes, et je leur ferai faire le service de la place.

Je n'écris pas au général en chef; vous voudrez bien vous charger de lui communiquer ma lettre.

Je vous embrasse de coeur.

VIGNOLLE.

Vignolle, général de brigade, commandant la Lombardie, au général Dupont, chef de l'état-major général.

Milan, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

Le général Moncey avant son départ pour Buffalora, mon cher Général, m'a envoyé la lettre que vous lui avez écrite hier, et par laquelle vous l'engagez à vous faire passer tous les moyens d'ambulance qu'il pourra rassembler (55). Je vous préviens que je me suis occupé avec empressement de cet objet important et que je viens de faire partir pour Pavie le linge à pansement, la charpie et les médicaments nécessaires pour le pansement de 800 blessés. Je ferai tout mon possible pour en faire partir successivement une plus grande quantité.

Les prisonniers de guerre ne sont point encore arrivés (56).

Les troupes du général Moncey, qui sont restées en arrière avec son artillerie, n'arrivent point. Quant à la 72e demi-brigade, elle doit être rendue au quartier général.

Il paraît que, si le général Chabran n'était pas retourné à Verceil, l'ennemi aurait été s'y établir; sans doute que l'établissement de son pont à Casale avait pour but cette opération. Maintenant nous sommes couverts de ce côté là et, dans le cas où l'ennemi s'y porterait en force majeure, Chabran et le général Moncey l'arrêteraient assez de temps pour vous donner celui de repasser le Pô et de prendre position sur le Tessin avec une partie de l'armée.

Je suis bien affecté de la reddition de Gênes! De quel avantage n'est-elle pour l'ennemi! Il peut maintenant, si vous lui en donnez le temps, prendre une ligne bien formidable, surtout si les troupes de Masséna sont rendues nulles, par quelque anicroche à son traité.

Le Premier Consul a écrit au citoyen Petiet que, sans exagération, vous {p.319} aviez fait 4,000 prisonniers (57). Il ne nous en arrivera donc point 6,000, et je vous préviens que je prendrai encore sur les 4,000 tous les Français qui désireront rentrer au service dans leurs anciens corps ou dans tout autre. Je prendrai aussi tous les Italiens qui désireront servir dans les troupes cisalpines que je m'occupe d'organiser.

Recevez, mon cher Général, l'assurance de mon attachement sans bornes.

VIGNOLLE.

Chabran, général de division, au lieutenant du général en chef Moncey.

Verceil, le 23 prairial an 8 (11 juin 1800).

Je reçois, citoyen Général, votre lettre de ce jour; je m'empresse d'y répondre.

La force de l'ennemi à Casale s'est augmentée depuis hier; je ne la connais pas précisément; les affidés l'estiment de 5 à 600.

Toutes les barques qui étaient dans l'intervalle de Chivasso à Valenza, ont été conduites depuis plusieurs jours sous le canon de Casale (58). Le général Dumoulin, qui a été aujourd'hui à Buffalora pour avoir l'avantage de vous voir, vous aura sans doute instruit que l'ennemi avait menacé, ces jours derniers, d'y jeter un pont. Tous ses mouvements me font présumer qu'il a des projets par ce point. Si je parviens à les découvrir, je vous en instruirai de suite.

L'ennemi paraissait hier vouloir menacer Ivrée (59). Ce mouvement n'a pas eu de suite.

J'ai environ, avec moi, 2,000 combattants, je n'ose dire 1500 (ils sont presque tous conscrits), dont 100 chasseurs du 7e.

Mon artillerie est composée de deux pièces de 12, une de 8 et une de 4, avec quelques approvisionnements; les canonniers me manquent pour les servir. {p.320}

J'ignorais que le général Bethencourt fit le blocus d'Arona. Je communiquerai avec lui. Je vous prie, citoyen Général, de lui en écrire.

Salut et fraternité.

CHABRAN.

Faites-moi passer vos ordres, citoyen Général; ce sera avec bien du plaisir que je les exécuterai.

CH.

J'ai reçu la lettre du général en chef.

J'apprends à l'instant, qu'à l'entrée de la nuit, l'ennemi a tiré le canon sur toute ma ligne. J'ignore pourquoi. {p.321}

12 JUIN

L'armée se porte sur la Scrivia. Les Autrichiens évitent le combat et se retirent dans la direction d'Alexandrie (60).

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve par l'adjudant-commandant Brossier:

23 prairial. – Positions de l'armée française. – L'armée se trouvait, le 23, sur la rive droite de la Scrivia, dans les positions suivantes:

La division Watrin et celle de Mainoni à Castel-Nuovo-di-Scrivia, sous les ordres du général Lannes (61). Les divisions Boudet et Monnier sous le commandement du général Desaix, en avant de Ponte-Curone, avec tous les corps de cavalerie commandés par le lieutenant général Murat, à l'exception de la brigade du général Kellermann et d'un régiment de dragons qui furent placés en avant de Tortone à côté des divisions Gardanne et Chambarlhac, conduites par le lieutenant général Victor (62). {p.322}

Le lieutenant général Moncey était resté avec une partie de ses troupes à Milan, chargé du blocus et de l'attaque du château. Le général Lapoype avait reçu, le même jour, 23, l'ordre de se rendre à marche forcée avec toute sa division auprès du général Desaix. Le lieutenant général Duhesme veillait sur Plaisance, observant l'ennemi qui, disait-on, faisait filer des troupes par Bobbio; il avait à sa disposition la division du général Loison qui occupait Castel-San-Giovanni, entre Stradella et Plaisance. Le quartier général suivait les mouvements et vint s'établir, le 23, de Stradella à Voghera.

. . . . .

Le général Ott, voyant le mouvement de l'armée française sur la Scrivia, en fit un rétrograde, jeta 2,000 hommes dans la citadelle de Tortone et passa la Bormida, laissant une arrière-garde considérable entre Spinetta et Marengo.

Division Boudet. – Rapport du 23.

Ponte-Curone, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

La division s'est mise en mouvement à 7 heures du matin, elle a quitté les positions de San-Giuletta et s'est portée en avant de Ponte-Curone.

Le pain présenté à la division, étant moisi et d'une très mauvaise qualité, n'a pu être accepté; on espère cependant pourvoir à sa subsistance. La viande est fournie pour les 23 et 24.

Sur les 83,622 cartouches qui manquaient à la division pour la compléter à 50 coups par homme, il n'en a été fourni que 30,000; elle en aurait donc besoin de 53,622.

La 30e demi-brigade s'est réunie à la division (63). Il a été {p.323} donné à la division deux obusiers et quatre pièces de 8, servis par l'artillerie légère (64). L'obusier et la pièce de 8 qui tenaient à la division ont passé à celle du général Monnier (65).

W. DALTON.

« Le 23, la division Monnier et la mienne partirent sous les ordres du lieutenant général Desaix et furent destinées à faire la réserve de l'armée qui marcha ce même jour à l'ennemi, l'obligea de se renfermer dans le fort de Tortone et d'établir son corps d'armée sur cette ligne. Ma division, passant par Voghera, vint prendre position à Ponte-Curone. »

(Rapport des marches et opérations de la division Boudet.)

Rapport du général Duvignau.

Le 23 prairial (12 juin), les divisions d'infanterie commandées par les généraux Boudet et . . . . . partirent dans la matinée des bivouacs qu'elles occupaient sur les côtés de la route, en arrière de Voghera, où elles avaient passé la nuit.

La cavalerie, sous les ordres du général Murat et composée des brigades du général Champeaux et de la mienne (celle du général Kellermann avait une autre direction), reçut l'ordre de se mettre en mouvement, vers 9 heures du matin. Ma brigade était composée du 12e régiment de chasseurs, du 6e dragons et du 9e idem (66). Je me mis donc en marche, la droite en tête, d'après les ordres que j'avais reçus, me dirigeant par Voghera. Je reçus, à environ une lieue de la ville, l'ordre de prendre le trot et de passer les colonnes d'infanterie des divisions Boudet et . . . . . ce que j'exécutai. {p.324}

Arrivé au pont, non loin des murs de Voghera, je trouvai le général Murat; il m'ordonna de faire ployer les manteaux, que la pluie avait fait prendre; cela fut exécuté. Il se mit à la tête des deux brigades, marchant en colonne à distance de régiment et marchant quatre. Le général Murat nous fit traverser la ville de Voghera au trot, afin de défiler devant le Premier Consul, qui était à une fenêtre avec un officier autrichien venu en parlementaire (67), et auquel il faisait voir l'armée en marche.

La colonne ayant en entier évacué la ville, le général Murat m'ordonna de faire une halte pour reposer les chevaux; ce que je fis. La brigade Champeaux qui marchait après la mienne, suivit le mouvement.

Ce fut pendant cette halte que le général Murat fit passer le 9e régiment de dragons dans la brigade de Champeaux et le remplaça dans la mienne par le 3e régiment de grosse cavalerie avec un détachement du 2e. Pendant cette halte, le Premier Consul et le général en chef Berthier passèrent, venant de Voghera et se dirigeant par Tortone. Je leur rendis les honneurs militaires.

La colonne commandée par le général Lannes marchait sur Castel-Nuovo, où il rencontra l'ennemi qu'il attaqua. Son canon se faisait entendre, et le général en chef jugeant qu'il était sur les bords de la Scrivia, me fit ordonner de communiquer sur ma droite avec le général, vers la rivière de Castel-Nuovo. J'envoyai de suite 25 chasseurs du 12e et un officier, éclairer cette partie et communiquer avec le général Lannes. Sur la gauche, je jetai de même un détachement du 6e régiment de dragons.

D'après l'ordre que j'en reçus, je me mis à marcher avec ma brigade et celle de Champeaux, suivant la route de Tortone. Je continuai ma marche jusqu'à environ une petite lieue de cette ville. Là, je reçus ordre de me mettre en bataille à cheval sur la route, ma brigade en première ligne et celle de Champeaux en deuxième; j'exécutai cet ordre. Le 12e régiment de chasseurs se mit en bataille dans la plaine à droite de la route; je fis suivre l'alignement à la gauche par le 6e régiment de dragons et le 3e régiment de cavalerie. La brigade de Champeaux se mit en bataille en deuxième ligne, à distance de ligne, aussi à cheval sur la route; elle était alors composée du 2e régiment de chasseurs, 8e de dragons, 9e de dragons, et avait avec elle deux pièces de l'artillerie du Consul.

Nous restâmes en bataille jusqu'à la fin du jour, et après un long temps, le Premier Consul, retournant à Voghera, me donna ordre de bivouaquer dans le même ordre et sur le même terrain où j'étais en bataille; cet ordre fut de suite et strictement exécuté.

A son passage, le général Murat, qui aussi retournait à Voghera, me donna {p.325} ordre d'envoyer aux vivres à Voghera et de faire fourrage aux environs. Sur-le-champ, j'appelai le général Champeaux, nous donnâmes les ordres nécessaires et sans perdre de temps les fourriers et les hommes de corvée partirent.

A peine furent-ils en marche que l'adjudant général César Berthier les fit rétrograder, et, comme chef d'état-major du général Murat, me dit d'envoyer à Tortone, pour y prendre les vivres. Sur l'objection que je fis, que la ville était occupée par l'ennemi, il me dit qu'il était convenu qu'on pouvait y envoyer et que je devais le faire. J'y envoyai mon aide de camp avec les fourriers et hommes de corvée; mais, loin d'y entrer, ils furent reçus à coups de fusils, obligés de rétrograder, et j'eus un dragon du 6e dangereusement blessé.

Il fallut donc penser aux vivres et se tourner d'un autre côté. J'envoyai dans les villages environnants, j'y trouvai des fourrages; j'avais fait faire des chariots de pain (que j'avais fait cuire la veille, du 22 au 23), du vin et des boeufs vivants. Ma brigade eut ses distributions; je dois à cet égard des éloges au capitaine Denizot, adjoint, que j'en avais chargé. La deuxième brigade fut moins heureuse.

Les postes de surveillance placés, le mot d'ordre donné, le détachement d'éclaireurs que j'avais envoyé vers la colonne du général Lannes rentra; l'officier me fit son rapport. Il avait vu le général Lannes qui avait délogé l'ennemi de Castel-Nuovo et avait passé la Scrivia. J'en rendis compte de suite au général Murat et au général en chef, vers qui un de ses aides de camp (le capitaine Berrurier) était déjà rendu, venant de Castel-Nuovo.

Le canon de Tortone tira quelques coups pendant la nuit du 23 au 24, qui se passa du reste dans la plus grande tranquillité.

. . . . . (68) . . . . .

. . . . .

DUVIGNAU.

Extrait de la Revue militaire autrichienne.

« Lorsque le feld-maréchal-lieutenant Ott eut passé la Scrivia, il envoya les restes du régiment d'infanterie Reiszky et 300 hommes sortis guéris de l'hôpital militaire de Castel-Nuovo, comme renforts à Tortone, au général major Brigido, de telle sorte que ce général disposait de 700 hommes, comme garnison de la citadelle Victor, et se trouvait dans la possibilité de la défendre. Il ne pouvait assurer la défense de la basse forteresse, c'est-à-dire de Tortone même, parce que cela aurait provoqué un nouveau morcellement des forces impériales et n'aurait point pour cela empêché les Français de passer la Scrivia. L'objectif principal du généralissime autrichien était de rassembler le plus grand nombre possible de combattants pour le jour prochain de la lutte décisive. Pour cette raison Tortone ne fut pas occupé. »

. . . . .

« Le feld-maréchal-lieutenant Ott avait, dès le 11 au matin, rassemblé ses deux divisions devant San-Giuliano et donné l'ordre au feld-maréchal-lieutenant {p.326} O'Reilly de ne battre en retraite que lorsque l'ennemi s'avancerait réellement et de repasser la Scrivia. Afin d'éviter tout combat isolé le feld-maréchal-lieutenant Ott se retira le soir derrière la Bormida.

« Le 12 juin, à l'approche des colonnes ennemies, le colonel Schusteck passa la Scrivia à Castel-Nuovo où le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly le recueillit et ensuite, avec toute son arrière-garde, prit position à Marengo. »

. . . . .

« Aussitôt après que le colonel Schusteck, avec l'arrière-garde, eut repassé la Scrivia, le général major autrichien Brigido avait, à Tortone, fait tirer trois coups de canon comme signal indiquant à tous les postes extérieurs et à tous les hommes appartenant à la garnison, de rentrer dans la place. Après un délai de quelques heures, le lieutenant général Victor envoya son aide de camp à Tortone et fit proposer une convention pour épargner la ville. Mais le général major Brigido avait calculé les avantages qui en pourraient résulter pour les opérations ennemies et refusa la proposition.

« Cependant une troupe française essaya de pénétrer dans la basse forteresse. Mais le feu de la citadelle Victor tua le chef de cette troupe et plusieurs autres des plus audacieux. Le lieutenant général Victor écrivit donc au général major Brigido qu'il avait l'intention de placer 300 hommes de garnison dans la ville, et qu'il espérait que ces hommes seraient reçus. Le général major Brigido répondit: « qu'il pouvait protéger lui-même la ville et que ce n'est que dans le cas où il n'en serait plus capable qu'il entrerait en négociations ». Ainsi Tortone resta aux mains des Autrichiens. Toutefois Bonaparte ne fit aucune attention à cette place. »

(OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 131,133 et 134.)

* * *

La division Lapoype passe lentement sur la rive droite du Pô. Au quartier général on craint toujours que Mélas ne s'échappe par la rive gauche ou par l'Apennin.

L'adjudant général, chef de l'état-major de la division Lapoype, au Général chef de l'état-major général de l'armée de réserve.

Pavie, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

Mon Général,

Malgré toute mon activité, je n'ai pu répondre plus tôt à votre lettre d'hier (69) que j'ai reçue à 6 h. 1/2. Les troupes de la division, ayant fait divers mouvements, n'ont envoyé que ce soir les divers états que vous m'avez demandés. {p.327}

Ci-joint la force, sous les armes, des différents corps qui composent la division, ainsi que l'endroit où ils se trouvent actuellement.

L'ordre a été donné le 19 de ce mois, à tous les chefs de corps, de faire armer leurs sous-officiers ; ils y ont satisfait. Mais il y a 19 hommes des deux bataillons de la 29e de ligne non armés et il leur manque 17 baïonnettes.

La 91e de ligne a 50 cartouches par homme. Il manque à la 29e, 455 paquets pour le complet de 50; on les prendra à Casteggio.

Les troupes ont le pain et la viande jusqu'au 24 inclus. Le pain pour les 25 et 26 suivra la division.

L'ambulance suit toujours le quartier général de la division.

J'ai l'honneur de vous observer aussi, mon Général, qu'il reste sur la force des présents, 100 hommes de chaque brigade pour faire le service de la place de Pavie; on a choisi les malingres et c'est avec leurs armes et leurs cartouches que l'on pourra se compléter en guerre.

Salut et respect.

En l'absence du chef de l'état-major,
PERDIGAU,
Capitaine adjoint.

ARMÊE DE RÉSERVE
AILE GAUCHE.
1re Division.

Situation des troupes composant la 1re division de l'aile gauche de l'armée de réserve à l'époque du 23 prairial an 8 (12 juin 1.800).

DESIGNATION
DES CORPS.
NUMÉROS
des
BATAILLONS.
COMPAGNIES
ou
ESCADRONS.
PRÉSENTS
SOUS LES ARMES
HOMMES
Non armés.
EMPLACEMENTS
DES TROUPES.
Officiers. Sous-officiers
et soldats.
1re demi-brigade légère 3e 15 623 » San-Martino.
29e demi-brigade de ligne 1er et 2e 39 1,018 19 San-Martino.
91e demi-brigade de ligne 1er et 2e 40 862 » San-Martino,
2e régiment d'artillerie à pied » 3e compag. 2 45 » San-Martino.
1er régiment de dragons » 4e escadron. » 430 » Casteggio.
TOTAUX 96 2,978

Certifié conforme aux différents états qui m'ont été remis par les chefs de corps de la division.

En l'absence du chef de l'état-major,

Le Capitaine adjoint,

PERDIGAU. {p.328}

Le général de division Lapoype, au lieutenant général Moncey.

Pavie, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

J'ai l'honneur de vous prévenir, mon Général, qu'une partie de ma division a déjà passé le Pô, que cette nuit le reste le passera. Je marche sur Tortone. Je ne sais rien sur la journée d'aujourd'hui.

Je vous salue.

LAPOYPE.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Voghera, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800) (70).

Envoyez ce soir un adjoint à l'état-major auprès du général Lapoype pour savoir de lui s'il a quelques nouvelles des mouvements de l'ennemi sur la rive gauche du Pô. Cet adjoint doit être de retour avant 3 heures du matin. Écrivez au général Duhesme qu'il doit envoyer beaucoup d'espions sur Bobbio pour savoir ce qui s'y passe; on dit que l'ennemi y fait filer des troupes pour marcher sur Plaisance.

Prévenez le général Loison qu'il doit rester jusqu'à nouvel ordre à Castel-San-Giovanni et qu'il doit envoyer des espions à Bobbio pour savoir ce qui s'y passe. Prévenez-le que si l'ennemi attaquait Plaisance en force il marcherait à son secours. Donnez-lui l'ordre d'envoyer le plus promptement possible à l'armée le 2e régiment de chasseurs qui est à ses ordres.

Ordonnez au général Marmont d'envoyer des cartouches au général Loison.

Faites distribuer l'eau-de-vie demain matin au jour à toute l'armée.

Envoyez un officier qui parle italien pour passer le Pô vis-à-vis Voghera et tâcher de nous rapporter des nouvelles des mouvements que l'ennemi pourrait faire sur la rive gauche {p.329} du Pô du côté de Plaisance (71). Il est très essentiel que cet officier soit de retour demain à 4 heures du matin.

Vous ferez connaître au général Lapoype combien le retard qu'il met dans le passage de ses troupes peut nuire aux succès des opérations de l'armée.

Alex. BERTHIER.

Stradella, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

Général,

J'ai pris ce matin le commandement de la place de Stradella. J'ai fait passer sur Broni toutes les voitures que la municipalité a requis pour transporter les munitions de guerre, etc., qui se trouvaient à Broni.

Il passe sans cesse des militaires de tous les corps qui voyagent isolément et qui ne savent où est leur demi-brigade. S'il était un effet de votre bonté de me faire parvenir un état de la position des différents corps ou demi-brigades, pour pouvoir les diriger, je vous serais infiniment obligé.

Je vous observerai que je suis ici sans troupe et n'ai pas un seul homme pour servir à la correspondance; je fais ici les fonctions non seulement de commandant de place mais bien encore de commissaire des guerres et de municipalité.

Je fais, en outre, délivrer le logement et les vivres aux militaires isolés à Stradella, autant que faire se peut.

Salut et respect.

Le commandant de la place,

BALLANDIER.

Des hussards du 11e régiment me disent à l'instant qu'il passera demain, 24 courant, deux régiments de chasseurs à cheval, un régiment de dragons et plusieurs demi-brigades.

B.

* * *

Duhesme., dont les troupes avaient évacué Crémone le 9 juin, reçoit l'ordre d'occuper de nouveau cette place. En conséquence il se dirige avec la brigade Broussier vers cette ville par la rive gauche du Pô, passe l'Adda et bat un parti autrichien à Spinade, tandis que Gobert bloque le château de Plaisance. {p.330}

Extrait du Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.

Le 23, le général Duhesme reçut l'ordre d'évacuer Crémone, de se porter de suite sur Plaisance, et de ne laisser que 300 hommes pour faire le blocus de Pizzighettone (72). Quoique le général Duhesme eût déjà fait habiller et équiper les divisions du général Loison et Boudet et plusieurs régiments de cavalerie, il laissait encore des magasins pleins d'effets et de vivres. Après avoir fait partir 50,000 paires de souliers, il abandonna Crémone dans la nuit.

A peine arrivé à Plaisance, il y reçut l'ordre de s'en emparer de nouveau (73). En conséquence, il donna ordre au général Broussier de rassembler sa brigade et de marcher sur Crémone. L'ennemi avait déjà profité de notre départ et défendit longtemps le passage de l'Adda (74). Après un combat assez vif il fut forcé de rentrer dans Pizzighettone que le général Broussier resserra de nouveau.

(Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.)

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

23 prairial. – Affaire à Spinade près Crémone. – Division Loison. – Brigade Broussier. – Un corps ennemi sorti de Mantoue s'était avancé jusqu'à Crémone, qu'il avait trouvé (on ne sait trop pourquoi) évacué par les troupes françaises et y était rentré. Ce mouvement pouvait être combiné avec la marche présumée des Autrichiens par Bobbio et aurait compromis la sûreté de l'armée, en donnant un point d'appui aux ennemis. {p.331}

Le général Duhesme résolut de reprendre cette place et de rompre ainsi la ligne qu'ils paraissaient vouloir établir. La brigade du général Broussier reçoit ordre de marcher sur Crémone avec une partie de la division Loison. Elle part de Plaisance le 23; l'ennemi s'était emparé des barques et des ponts volants de Castel-Nuovo sur l'Adda et semblait vouloir en disputer le passage à l'avant-garde. L'aide de camp Ordonneau se jette dans une barque avec 15 hommes de la 13e légère et traverse la rivière devant l'ennemi qui se décide à se retirer après un feu assez vif. Ordonneau débarque et s'empare des ponts volants. Les troupes passent aussitôt, se mettent à la poursuite de l'ennemi et le rencontrent à Spinade; une charge de cavalerie s'engage; il se replie jusques à Cava; on l'y poursuit et le feu recommence sur ce point et se continue jusques à la nuit. Alors le général Broussier fait prendre position à sa troupe, l'avant-garde à Cava, la ligne de bataille à Spinade et la réserve à la tête du pont de Castel-Nuovo.

Le général de brigade Gobert, au général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée, à Voghera.

Plaisance, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

Mon cher Dupont, j'étais en route pour me rendre à l'armée avec ma brigade, on m'a fait revenir ici avec une partie. Cet ordre me ferait plaisir si l'on avait envie de prendre le château de Plaisance, mais si c'est pour me faire assister à un blocus que j'ai fait et dont j'avais chargé un chef de bataillon, je suis sans doute bien inutile ici. Ce n'est pas à toi que je démontrerai l'utilité du pont de Plaisance pour l'armée, l'utilité du fort à cause des magasins immenses qu'il protège. Je pense qu'il faut le prendre, surtout quand il doit en coûter fort peu de chose. Nous avons eu 6 hommes tués aujourd'hui, quelques-uns les jours précédents et peut-être la prise du fort n'en coûterait pas autant. Fais-moi donner huit pièces de 12 ou de 16, deux obusiers et je te réponds que la place sera à nous avant quarante-huit heures et cela dérangerait-il beaucoup les opérations de l'armée de faire prendre, de Pavie, la route de l'armée à ces objets par Plaisance. Qu'on me donne seulement {p.332} des affûts pour monter quelques pièces que nous avons ici et je me charge du reste.

Fais cela pour ton ami, c'est bien peu de chose et tu rendras un grand service à moi et à l'armée, en donnant les ordres nécessaires pour qu'on fasse filer ici les canons et les munitions que je demande. Tu pourrais donner l'ordre aussi qu'on nous envoie des outils pour ouvrir la tranchée.

Adieu, je t'embrasse et t'aime bien; je t'aimerai encore plus si tu peux me fournir cette occasion d'être utile.

GOBERT (75).

On me donne avis qu'il descend un corps de troupes du côté de Bobbio pour faire lever le blocus du château; je vais m'en assurer.

Le lendemain, 13 juin, Duhesme continue son mouvement et occupe de nouveau Crémone après un sanglant combat de cavalerie.

Le général Duhesme, au général en chef.

Crémone, le 24 prairial an 8 (13 juin 1800).

J'ai l'honneur de vous prévenir, mon Général, que nous sommes rentrés dans Crémone.

L'ennemi, ayant voulu tenir avec 600 chevaux, le général Broussier a fait faire plusieurs charges vigoureuses qui, exécutées par le 5e régiment de dragons et le 15e de chasseurs, lui ont mis 200 hommes et chevaux hors de combat dont la majeure partie sont prisonniers.

Je fais courir à droite et à gauche du Pô pour prendre des barques, où les Autrichiens évacuaient leurs magasins. J'envoie {p.333} un parti à Brescia pour avoir des nouvelles du général Lechi.

L'adjudant général Paulet transmet tous ces rapports détaillés au chef d'état-major (76). Deux bataillons de la 58e arrivent.

Le général Gobert est à Plaisance; des bruits vagues semblent annoncer une menace de l'ennemi depuis Bobbio. Je me tiendrai en mesure pour courir à son secours par le plus court chemin, en passant le Pô vis-à-vis Crémone.

J'ai l'honneur, mon Général, de vous saluer.

DUHESME.

L'adjudant général Paulet, au général de division, chef de l'état-major général.

Crémone, le 24 prairial an 8 (13 juin 1800), dans la nuit.

J'ai l'honneur de vous rendra compte, mon Général, que, d'après les ordres du général Duhesme, les troupes se sont mises en marche, dans la nuit du 23 au 24, pour se porter sur Crémone. L'ennemi s'était avancé vers Pizzighettone et voulait défendre le passage de l'Adda; quelques décharges ont suffi pour chasser l'ennemi.

Le 24, nos troupes se sont portées sur Crémone. L'ennemi, fort de 600 hommes de cavalerie, nous attendait sur la route de Mantoue. Le général Broussier, après l'avoir ébranlé par {p.334} quelques coups de canon, donna l'ordre au 5e régiment de dragons et au 15e de chasseurs de charger.

L'action fut très chaude, et les troupes se sont battues, de part et d'autre, avec acharnement. Nos dragons et chasseurs ont pris 200 et tant de chevaux, une centaine de prisonniers et blessé la plupart des cavaliers ennmnis. M. Curtius, colonel de la légion de Bussy, a reçu trois coups de sabre de l'aide de camp du général Broussier; le colonel Barko a été blessé; plusieurs officiers sont restés sur le champ de bataille. L'état-major chargeait à la tête des dragons; le citoyen Boyer, aide de camp du général Duhesme, le citoyen Ordonneau et le citoyen Exelmans, aide de camp du général de brigade Broussier, étaient à la tête de la cavalerie.

Ce corps de cavalerie est presque entièrement détruit, et, parmi ceux qui restent, on en compte peu qui s'en soient tirés sans blessure. Nos troupes ont suivi l'ennemi pendant 2 lieues ; il a pris position à Bozzolo, où il avait de l'infanterie.

Nous avons trouvé les magasins presque évacués, mais nous avons repris des barques chargées de culottes, vestes et guêtres.

Nous n'avons perdu qu'une trentaine d'hommes, et quelques-uns balafrés, mais légèrement.

Ma première vous donnera des détails sur la position de nos troupes; je suis excessivement pressé, et je cherche à rat-trapper des barques qui descendent le Pô.

J'ai l'honneur de vous saluer.

PAULET.

Extrait du Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.

Le 25 (77), les trois bataillons de la 58e marchèrent sur Crémone et 4 à 500 chevaux du 5e régiment de dragons et 2e de chasseurs chassèrent devant eux les partis que l'ennemi avait envoyés pour reconnaître notre force. L'ennemi occupait la ville avec l'infanterie. 600 chasseurs de Bussy, soutenus par 600 chasseurs de Toscane, étaient en bataille en arrière de la ville, sur la route {p.335} de Mantoue (78). A notre approche, les chasseurs de Bussy essayèrent une charge sur notre cavalerie; mais le feu de deux pièces de canon chargées à mitraille et masquées par un peloton de dragons, les arrêta et leur fit rebrousser chemin.

Le général Duhesme profita de ce moment de désordre pour faire charger sa cavalerie. Les officiers de son état-major, à la tête des dragons des 5e et 9e et chasseurs du 2e régiment, chargèrent l'ennemi avec une audace remarquable, tantôt vainqueurs, tantôt repoussés. La victoire fut longtemps indécise, mais nos braves la décidèrent enfin en notre faveur. L'ennemi partout culbuté se rallia quatre fois et quatre fois fut enfoncé (79).

M. de Curtius, commandant en second la légion des émigrés, et le général Barko voulant réparer l'honneur de la cavalerie autrichienne, imitant notre exemple et se mettant à la tête de leurs troupes, cherchèrent à ramener la victoire et chargèrent en enragés. Le combat s'engagea avec un acharnement inconcevable. M. de Curtius, cherché longtemps par les officiers de l'état-major, qui tous briguaient l'honneur d'un combat singulier, fut enfin rencontré par l'aide de camp du général Broussier, le citoyen Exelmans, qui lui donna trois coups de sabre et le fit rouler dans la poussière. M. le général Barko eut le même sort; blessé et culbuté, il ne dut son salut qu'à la grande poussière qui le déroba aux recherches. Nos cavaliers, mêlés avec les Autrichiens, firent deux lieues ensemble, se sabrant toujours ; enfin, n'en pouvant plus, et leurs sabres changés en scies, ils s'arrêtèrent près de Carettolo.

Nous avons pris à l'ennemi, dans cette glorieuse affaire, 300 chevaux et détruit le régiment émigré de Bussy. Ceux qui ne sont pas restés sur le champ de bataille se sont renfermés dans Mantoue, où ils y ont caché leur défaite.

Le général Duhesme a les témoignages les plus avantageux à rendre de tous les officiers et soldats, et particulièrement de son état-major qui était à la tête des charges.

L'aide de camp Exelmans s'est particulièrement distingué. L'aide de camp Ordonneau a été blessé. Le 5e régiment de dragons, le citoyen Domanget, chef d'escadron, à sa tête, déjà connu par les affaires précédentes, n'avait plus rien à ajouter à sa gloire, et le général Duhesme, en le citant comme un des meilleurs régiments de l'armée, a rendu hommage à la vérité. Les 2e régiment de chasseurs et 9e de dragons se sont conduits d'une manière distinguée.

Je regrette, citoyen Consul, de ne pouvoir vous faire connaître les traits particuliers de valeur; ils étaient si communs que tous ceux qui se sont trouvés à cette affaire ont acquis également des droits à votre estime.

L'infanterie ennemie n'a pas voulu essuyer le sort de sa cavalerie et s'est retirée le mieux qu'elle a pu.

Le général Duhesme, laissant alors le commandement de Crémone au général Broussier, se porta sur Plaisance pour hâter la reddition du château qui eut lieu le surlendemain. {p.336}

* * *

De Milan, Petiet dirige sur l'armée des approvisionnements de toute sorte.

Le citoyen Petiet, conseiller d'état près le Premier Consul, au Premier Consul.

Milan, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

J'ai fait part aux Consuls, conformément à vos ordres, de la bonne nouvelle que vous avez bien voulu m'annoncer (80).

Je ferai donner à Gassendi 50,000 francs. Il en a déjà reçu 24,000, d'après la demande qu'il m'en avait faite le 20.

On trouvera ici 5 à 600 chevaux pour l'artillerie, qu'on offre de vendre ou de louer. Je préfère le second parti, attendu qu'il doit en arriver 1400 de France.

J'ai chargé le commandant du train d'artillerie de m'amener les hommes qui peuvent disposer de ces chevaux.

Vignolle fait le triage des prisonniers. On fera partir tout ce qui sera allemand en deux convois: l'un dirigé sur le Saint-Gothard, l'autre sur le Simplon. Le commandant des cisalpins fournira les escortes, notre garnison de Milan étant beaucoup trop faible pour pouvoir rien détacher.

On travaille à faire des souliers; tous les cordonniers de Milan s'en occupent (81). J'envoie un de mes jeunes gens à {p.337} Genève pour activer l'arrivée de ceux qui ont été promis par la Compagnie Masson et qui sont en chemin.

J'ai visité les hôpitaux, ainsi que tous les édifices où l'on peut en établir; il y a, dans ce moment, 1400 malades français et 800 autrichiens; il y a place pour 6,000 malades, et les fournitures nécessaires. En faisant partir les prisonniers, on évacuera les malades étrangers qui seront transportables.

La municipalité de Milan met beaucoup de zèle et de bonne volonté à seconder nos agents. Elle désirerait qu'on réglât une indemnité à chacun de ses membres, la plupart ne vivant que de leur état, qu'ils sont obligés d'abandonner. Je crois qu'on pourrait leur accorder à chacun 500 francs de Milan par mois, ce qui ne ferait guère que 400 francs de France. Ils demandent à être autorisés à rappeler les juges qui ont été renvoyés par les Autrichiens, mais ils sont convenus que, dans le nombre, il y en avait qui n'étaient ni assez éclairés, ni assez bien famés pour mériter la confiance publique. Je leur ai recommandé de faire des listes et de ne présenter que des hommes dont les talents, l'expérience et les moeurs soient bien connus, et d'éviter surtout de désigner des révolutionnaires trop exaltés.

Le million tant attendu est à la fin arrivé, mais avec 400,000 francs de moins qui ont été payés sur la route à divers corps qui l'ont exigé; le payeur a emporté le reste au quartier général. Tous les corps qui ont passé par ici ont reçu un acompte sur leur solde. Ce qui a été perçu dans les caisses publiques a été employé à ces acomptes.

J'attends avec bien de l'impatience de vos nouvelles et de vos nouveaux succès.

PETIET.

(Registre de correspondance du citoyen Petiet, Conseiller d'État, détaché près le Premier Consul. – Archives du Comité de l'Artillerie.) {p.338}

13 JUIN

Dans les journées. des 12 et 13 juin, le Premier Consul semble avoir été dans une grande incertitude sur la direction prise par l'armée autrichienne.

Le Général de division, chef de l'état-major général, au Ministre de la guerre.

Sous Tortone, le 24 prairial an 8 (13 juin 1800).

Nous sommes entrés hier soir dans la ville de Tortone.

L'ennemi se rassemble sous Alexandrie. Il est incertain s'il recevra la bataille; mais nous allons le forcer à prendre un parti (82).

La bataille de Montebello est plus importante qu'elle n'avait d'abord paru; elle a pour nous les suites les plus heureuses.

Salut et inviolable attachement.

DUPONT.

P.-S. – Étant presque toujours à cheval, je suis forcé de différer quelquefois le compte que je vous dois de nos opérations. {p.339}

A défaut de documents contemporains, on peut lire les récits faits après la campagne.

« Le 24 prairial (13 juin), à 3 heures du matin, veille de la bataille de Marengo, on apprit, par le général Chabran, que l'ennemi n'avait fait aucune disposition et que son pont de Casale était toujours ployé (83).

« Bonaparte avait donc toujours le temps de revenir sur ses pas et de repasser le Pô, si l'ennemi se décidait à effectuer l'opération.

. . . . .

« Le 24 prairial, à. 8 heures du matin, on apprend à Castel-Nuovo-di-Scrivia, que l'ennemi a réuni toutes ses forces à Alexandrie, et qu'il n'a point de postes à San-Giuliano, ni dans la plaine. Cet avis augmente l'incertitude et le besoin d'être promptement éclairé sur ce qu'il médite.

« Avait-il passé le Pô depuis les dernières nouvelles? S'était-il mis en mouvement sur Gênes? Se dirigeait-il sur Acqui? L'une de ces conjectures était probable, puisqu'il devait craindre une bataille générale, dont la perte eût entraîné celle de son armée, en lui coupant toute retraite, et qu'en effet il refusait le combat dans la plaine de San-Giuliano, malgré l'avantage qu'elle présentait pour le développement de sa nombreuse cavalerie et de son immense artillerie.

« Toute la cavalerie légère de l'armée française reçoit sur-le-champ l'ordre de battre la plaine; l'armée la suit, mais sans autre but que celui de pénétrer les projets de l'ennemi, et sans penser à engager une affaire sérieuse dans le champ de Marengo. . . . . »

(Relation de la campagne de 1800, faite en 1803 au ministère de la guerre (84). – Mémorial du Dépôt de la guerre, t. IV, p. 291 et 292.)

« Dans ce mouvement (du 12juin) on n'obtint aucune nouvelle de l'ennemi; on n'aperçut que quelques coureurs de cavalerie qui n'indiquaient pas la présence d'une armée dans les plaines de Marengo. Le Premier Consul ne douta plus que l'armée autrichienne ne lui eût échappé.

« Le 13, à la pointe du jour, il passa la Scrivia et se porta à San-Giuliano, au milieu de l'immense plaine de Marengo. La cavalerie légère ne reconnut pas d'ennemi; il n'y eût plus aucun doute qu'il ne fût en pleine manoeuvre, puisque, s'il eût voulu attendre l'armée française, il n'eût pas négligé le bon champ de bataille que lui offrait la plaine de Marengo, si avantageuse au développement de son immense cavalerie. Il parut probable que l'ennemi marchait sur Gênes. . . . . »

(Mémoires de Napoléon. – Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 384.) {p.340}

D'après la Revue militaire autrichienne, le Premier Consul aurait été induit en erreur par un espion.

« Déjà le quartier-maître général autrichien général Zach, avait au moyen d'un espion, qui servait des deux côtés, mais sur la fidélité duquel il pouvait se fier, fait parvenir de Turin de faux renseignements au généralissime français. Après le combat de Casteggio, cet homme revint du quartier général français en apportant en notes plusieurs points sur lesquels le Premier Consul désirait être renseigné. Les deux plus importants étaient:

a) L'armée autrichienne passe-t-elle le Pô à Valenza ou à Casale?

b) Hohenzollern vient-il de Gênes, quand et par quel chemin ?

Le général Zach imagina le stratagème suivant: Il persuada à l'espion de donner au généralissime français l'assurance « que l'armée autrichienne, effrayée par les pertes éprouvées à Casteggio, passerait le Pô et s'ouvrirait un chemin sur Pavie ». Afin de donner plus de créance à cette indication, Mélas fit construire un pont à Casale et rassembler plusieurs bateaux à Valenza, afin que des nouvelles identiques puissent arriver au quartier général ennemi par d'autres espions. En outre, cet espion devait faire remarquer au Consul « que s'il voulait se mettre rapidement à la poursuite de l'armée impériale sur Salé, il pourrait tomber sur ses derrières et la mettre en déroute ». Le général Zach lui donna en outre un itinéraire supposé pour le corps du feld-maréchal-lieutenant Hohenzollern, venant de Gênes, dans lequel était marqué jour par jour l'endroit où il devait se trouver.

Bonaparte était inquiet de savoir d'une façon précise les mouvements des Autrichiens, par la raison qu'il voulait les rencontrer en disposant du plus de forces possibles. Il lui importait donc énormément de savoir s'il pourrait faire venir ou non la division Lapoype sur la rive droite du Pô, ou bien s'il devait s'affaiblir en faisant un détachement du côté de Gênes. Toutefois, soit hasard ou résultat des faux renseignements de cet espion, Lapoype resta avec sa division sur la rive gauche du Pô (85). De même le généralissime autrichien connut la marche du lieutenant général Desaix.

Dans ces conditions on prit des dispositions pour attaquer l'ennemi du côté de Garofoli et de Salé. Le feld-maréchal-lieutenant Ott avait passé la Bormida et l'armée maintenant réunie se trouvait entre Alexandrie et la Bormida, campée sur deux lignes. Seul le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly restait de l'autre côté de la Bormida, à Marengo, comme arrière-garde. »

(OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 137 à 139.) {p.341}

* * *

Les corps de Lannes (division Watrin) et de Victor (divisions Gardanne et Chambarlhac) débouchent dans la matinée du 13 sur la rive gauche de la Scrivia sans rencontrer l'ennemi. Le corps de Desaix (divisions Monnier et Boudet) et la division Lapoype sont maintenues sur la rive droite de cette rivière.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes (86).

Voghera, le 21 prairial an 8 (13 juin 1800), 5 heures du matin.

Nous n'avons pas eu de rapport de vous cette nuit, citoyen Général, ce qui me fait penser qu'il n'y a rien de nouveau, autre que ce que vous avez écrit hier au Premier Consul. Son intention est que vous attaquiez et que vous culbutiez tout ce qui est devant vous. Le général Victor se porte du côté de San-Giuliano (87). La réserve du général Desaix est en avant de Ponte-Curone.

Alex. BERTHIER (88).

« . . . . . A 1 heure après-midi, les divisions Gardanne, Victor et Lannes se réunissent à San-Giuliano et prennent quelques instants de repos. . . . . ».

(Relation de la campagne de 1800, faite en 1803 au ministère de la guerre. – Mémorial du dépôt de la guerre, t. IV, p. 292.)

Rapport du général Duvignan.

. . . . . (89) . . . . .

Le 24, à l'aube du jour, je fis monter à cheval tous les régiments des deux lignes; deux heures après, on mit pied à terre, on fit la soupe et on la mangea. {p.342}

Vers les 5 h. 1/2, le général en chef Berthier passa et fit sonner à cheval. Un officier du 1er régiment d'hussards, attaché au général Murat, vint me demander le rapport de la nuit; je le lui remis. Un deuxième m'apporta l'ordre de me mettre en marche avec les deux brigades; je formai donc la colonne et je la mis en mouvement; je la dirigeai par un chemin de traverse sur Castel-Nuovo, laissant Tortone à gauche.

Arrivé à Castel-Nuovo, l'adjudant général César Berthier vint me joindre, me fit tourner la ville et passer la Scrivia au gué. Sur l'autre rive, je trouvais le général Murat; nous nous mîmes en bataille. Il vit un instant les régiments et me donna ordre de me mettre en marche, par le bois que nous avions devant nous. Arrivé à Salé, village sur la route de San-Giuliano, nous trouvâmes le Premier Consul qui déjà y était rendu; il était midi.

Je reçus l'ordre de me rendre à San-Giuliano avec la cavalerie et de hâter sa marche. L'ennemi était à Marengo, il occupait le village, celui de Spinetta, la rive de la Bormida, et avait son armée à Alexandrie. Je forçais donc la marche. Le général Murat me joignit et marcha à notre tête jusqu'à San-Giuliano. J'avais sur la droite et sur la gauche des éclaireurs des régiments à mes ordres; ceux du 12e de chasseurs s'aventurèrent trop et partie d'entre eux furent pris par l'ennemi.

A 3 heures de l'après-midi nous nous trouvâmes dans les belles plaines de San-Giuliano, les seules que nous ayons rencontrées dans toute l'Italie où la cavalerie puisse être employée utilement; nous vimes devant nous le village de Marengo et nous brulâmes du désir d'y être bientôt.

Des divisions d'infanterie aux ordres des généraux Lannes, Chambarlhac, Gardanne et Victor étaient déjà rendues sur le terrain avec plusieurs régiments de cavalerie, le 12e de hussards entre autres. La brigade de Kellermann et les autres divisions et l'artillerie nous suivaient.

Le général Murat nous fit mettre en bataille à droite de la route de San-Giuliano à Marengo, sur deux lignes.

(Ce fut là que le beau 1er régiment de dragons rejoignit la brigade de Champeaux.)

. . . . . (90) . . . . .

DUVIGNAU.

Victor et Lannes continuent leur marche vers Alexandrie. La division Gardanne, qui forme l'avant-garde, s'engage contre les Autrichiens dans la soirée et enlève très facilement le village de Marengo.

Le général Gardanne, au général Dupont.

Marengo, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

Le 24 prairial à 6 heures du soir, l'avant-garde, forte d'environ 2,000 hommes, reçut l'ordre d'attaquer le village de {p.343} Marengo, défendu par 4,000 hommes et sept pièces de canon.

Mes dispositions furent bientôt prises. J'attaquai le village de front, tandis que l'adjudant général Dampierre y entrait par la gauche avec 400 hommes, malgré les efforts de l'ennemi. Sa résistance fut vaine; en moins d'une heure, culbuté de toutes parts, il fut obligé de s'enfuir dans le plus grand désordre, en nous abandonnant deux pièces de canon et quelques centaines de prisonniers. Nous poursuivîmes l'ennemi jusque sous le feu des retranchements de la Bormida et de la tête du pont d'Alexandrie, où le combat finit à 10 heures du soir (91).

Le chef de la 101e demi-brigade a eu un cheval tué sous lui; un commandant de bataillon de la 44e et plusieurs autres officiers de ces deux corps furent blessés dangereusement ou restèrent sur le champ de bataille.

L'avant-garde bivouaqua à portée de canon des retranchements, sa gauche appuyée à la Bormida et la droite s'étendant au delà du chemin d'Alexandrie à Marengo (92): . . . . .

GARDANNE.

L'adjudant général Dampierre, au général Mathieu-Dumas (93).

Alexandrie, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

. . . . .

C'est avec cette prétendue division (division Gardanne) que. nous fûmes chargés d'attaquer le village de Marengo le soir du 24. On me donna un piquet de 500 hommes pour l'attaquer par la gauche, pendant que les grenadiers l'attaqueraient par la droite. Mes 500 hommes (ou, pour mieux dire, 3 ou 400 qui me restaient, après les détachements de tirailleurs ou de garde d'artillerie fournis) emportèrent le village avant qu'aucune autre attaque eût commence. Deux pièces de canon et quelques caissons furent le fruit de la rapidité de cette attaque. Trop d'ardeur dans la poursuite, et le peu de jour qui restait pensèrent nous être fatals. Nous nous avançâmes {p.344} jusqu'au pied des retranchements de la Bormida. Le jour qui nous quittait ne permettait pas aux autres divisions de combiner une attaque capable de forcer des retranchements qui avaient plutôt l'air d'une ville que d'un ouvrage de campagne. Après nous être rapprochés à portée de pistolet, au milieu d'une pluie de balles et de mitraille, il fallut se retirer à 9 heures du soir et aller asseoir le bivouac à la portée du canon des retranchements. . . . .

DAMPIERRE.

Le général Rivaud, au général Dupont.

Marengo, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

Le 24, ma brigade, composée des 43e et 96e demi-brigades de ligne (94), formant environ 4,000 hommes, a appuyé l'avant-garde, commandée par le général Gardanne, et s'est successivement portée jusqu'à Marengo et Spinetta, où, étant arrivée à 10 heures du soir, elle s'y établit militairement et y a passé la nuit.

Ce même jour, l'avant-garde de l'armée, commandée par le général de division Gardanne, forte d'environ 5,000 hommes, a attaqué l'ennemi à 4 heures du soir à San-Giuliano (95) et l'a repoussé jusqu'à la Bormida. Ma brigade a soutenu cette attaque en suivant de près l'avant-garde et en faisant des manoeuvres dans la plaine qui ont reçu les éloges du lieutenant général Victor.

L'ennemi a conservé, le soir du 24, non seulement une tête de pont sur la Bormida, mais a maintenu les avant-postes entre la Bormida et notre avant-garde très près de la Bormida.

. . . . . (96) . . . . .

RIVAUD (97). {p.345}

Le lieutenant général Victor, au général en chef Berthier.

Spinetta, 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

Le 24 du courant, la division commandée par le général Gardanne, s'est portée de San-Giuliano à Marengo pour attaquer les ennemis réunis dans ce village au nombre de 3,000 hommes d'infanterie, soutenus de quatre pièces de canon. Elle s'est dirigée en deux colonnes sur les routes de San-Giuliano et de Spinetta. L'attaque a été formée aux débouchés de ces deux routes, les ennemis étant en ordre de bataille; elle a été engagée par une canonnade, suivie d'une fusillade assez vive. Nos bataillons, marchant au pas de charge, ont rompu les ennemis, et les ont forcés à se retirer en désordre jusque sur le pont de la Bormida, laissant en notre pouvoir deux pièces de canon, leurs caissons et environ 100 prisonniers. Quelques tirailleurs ont été portés sur la rive droite de la Bormida; mais le feu de trente pièces de canon les ont forcés à se retirer (98).

La division Gardanne s'est aussitôt établie sur une ligne parallèle au courant de la Bormida, la droite appuyant au ruisseau de Marengo, la gauche à celui de San-Carlo.

La division Chambarlhac est venue se placer en seconde ligne sur le même front (99).

. . . . . (100). . . . .

VICTOR. {p.346}

Milan, le 30 prairial an 8 (19 juin 1800).

Mon cher Général (101),

Après l'affaire du 25, je n'eus que le temps de vous en apprendre le résultat; je me proposais de vous en donner les détails; mais je n'ai pu le faire encore, parce que le général m'a envoyé porter la nouvelle de l'armistice et faire cesser les hostilités sur toute la ligne des avant-postes depuis Plaisance jusqu'à Brescia. J'en arrive à l'instant.

Vous avez déjà vu, sans doute, le récit officiel de ce qui s'est passé. Je crois devoir cependant vous faire l'exposé succinct de ce dont j'ai été le témoin et dont je puis vous garantir l'exactitude.

. . . . .

Le lendemain (13 juin), la droite et le centre de l'armée se dirigea par Castel-Nuovo, pour éviter Tortone. Nous suivîmes ce mouvement. Nous étions à 1 heure à San-Giuliano. L'armée, composée des deux divisions Victor et Lannes, se mit en bataille. Le général Murat conduisait la cavalerie. Le général Chambarlhac faisait la réserve.

On marcha sur le village de Marengo en très bel ordre. L'ennemi était aussi fort que nous. Il avait de plus une nombreuse artillerie. Il fit un feu très vif; mais enfin il fut forcé de céder et poussé très vivement jusqu'à la Bormida.

Le général m'avait ordonné de me porter en avant pour voir ce qui se passait et lui en rendre compte. Je m'avançai à la droite de la division Victor; j'entrai avec les tirailleurs dans le village de Marengo au moment où il fut emporté.

La nuit arriva et fit cesser le feu. Je revins rejoindre le général à Garofoli (102). La plaine de San-Giuliano, théâtre de plusieurs combats qui y ont eu lieu, est entièrement ruinée (103). {p.347}

En rentrant le soir dans ce mauvais quartier général (104) quoiqu'on n'eût presque rien pris de la journée, il fallut se coucher par terre sans souper. La marche a été si rapide que les provisions n'avaient pu suivre. D'ailleurs, l'administration de cette armée ne parait pas être des plus actives, ni des mieux organisées; elle n'a point fait merveille. . . . . (105).

Rapport du général Duvignan.

. . . . . (106) . . . . .

Le Premier Consul arriva; le général en chef le joignit ainsi que les lieutenants généraux; l'attaque fut concertée et décidée.

Les divisions d'infanterie commandées par les généraux Chambarlhac, Gardanne, Lannes, sous les ordres du général Victor, se mirent en marche vers Spinetta et Marengo, et les autres généraux suivirent aussi les mouvements qui furent ordonnés.

Alors l'adjudant général Berthier vint me donner de la part du général Murat l'ordre de traverser la route et de marcher avec ma brigade sur la gauche et à la hauteur des colonnes des généraux Gardanne et Chambarlhac, afin de les soutenir au besoin sur-le-champ par un mouvement à gauche. Quoique en ordre inverse, je traversais la route et fus même obligé d'attendre que le troisième bataillon de la 43e demi-brigade eût passé; je me remis la droite en tête, en colonne par peloton et marchant à distance.

Je soutins la tête de ma colonne à hauteur de celle d'infanterie tant que le terrain me le permit. L'infanterie et l'artillerie suivaient une grande route ferrée, et ma cavalerie était obligée de marcher dans des terrains coupés; plusieurs fois je marchais en bataille et au trot, éclairant toujours ma gauche et faisant fouiller les maisons, les bouquets de bois, et quelque peu de cavalerie ennemie qui se trouvait sur ma gauche se retira à mesure que j'avançai. Le terrain devint de plus en plus coupé de fossés larges, profonds et d'un difficile accès, de défilés où il fallait que deux régiments passassent par homme; à peine reformé, ce qui était fort long, des vignes où il fallait se faire jour avec le sabre, tant elles étaient enlacées, présentaient de nouveaux obstacles.

Tous les accidents de terrain retardèrent la marche de la brigade; joignez à cela la fatigue des chevaux qui étaient sans avoine depuis beaucoup de jours. Il fallait prendre le trot pour regagner une hauteur; j'y parvins cependant et j'y étais lorsque le feu commença à Spinetta. Après un combat opiniâtre l'ennemi {p.348} battu se retira de Spinetta (107); il fut suivi à Marengo; je suivis les colonnes toujours sur le flanc gauche.

L'adjudant général Berthier vint pendant ce temps me demander ce qu'était un peloton de cavalerie que l'on voyait galoper dans la plaine; c'était un peloton de mes éclaireurs poursuivant quelques tirailleurs ennemis.

Je continuai ma marche toujours en manoeuvrant sur le flanc gauche des colonnes, lorsque deux bataillons se trouvant séparés sur la gauche et marchant en flanqueurs, allaient, par leur marche lente, se trouver à découvert et plus soutenus. Un adjudant, que j'avais envoyé au général Gardanne, me rapporta l'ordre de les soutenir; je le fis, cela me retarda; alors Marengo était vigoureusement attaqué.

L'ennemi fit sa retraite par la grande route, regagnant son pont sur la Bormida, toujours poursuivi. Je reçus ordre d'avancer, j'avançai de suite au trot; ce fut mon aide de camp qui m'apporta cet ordre du général Victor. Des fossés me forcèrent à un défilé. L'ennemi était toujours en retraite.

Un cavalier vint me dire, sans savoir de quelle part, de me porter sur la droite: d'immenses fossés s'opposaient à l'exécution d'un tel ordre avec célérité. (D'ailleurs est-ce ainsi que des ordres se donnent?) Enfin, un officier de l'état-major du général Victor vint me donner l'ordre d'avancer promptement et dans ma direction. Je le fis autant que je le pus, eu égard au terrain qui ne laissait pas dix toises planes sans qu'il y eût un grand fossé plein d'eau. Enfin, ayant trouvé un passage, je joignis le général en chef et le général Victor, qui auraient désiré que je fusse arrivé plus tôt, mais qui en reconnurent l'impossibilité physique.

(NOTA. – Les chefs des 12e régiments de chasseurs et 6e de dragons peuvent attester tous les faits.)

Enfin, je rencontrai un aide de camp du général en chef Berthier, qui venait me dire que je devais prendre les ordres du lieutenant général Victor et que je faisais partie du corps qu'il commandait. Jusque-là je savais bien que j'étais sous les ordres supérieurs du général Murat, commandant toute la cavalerie; je savais que j'avais reçu, pendant toute la soirée du 24, des ordres du général Gardanne et du général Victor, mais je ne savais pas positivement sous les ordres immédiats de qui j'étais.

Instruit par cet aide de camp du général en chef et voyant les autres corps de troupe prendre des positions, j'allai donc chercher les ordres du lieutenant général Victor. Après l'avoir cherché longtemps avec la plus grande difficulté, je le trouvai à Spinetta. Là, il m'ordonna de placer le 6e régiment de dragons en arrière de Marengo, près de la 43e demi-brigade, et le 12e régiment de chasseurs dans la plaine à gauche, par des postes et des grand'gardes portées en avant de mon front; sur la droite, d'éclairer du côté de Tanaro; et, après avoir placé une grand' garde de dragons sur la route, pour soutenir une grand'-garde de grenadiers de la 43e demi-brigade qui gardait deux pièces de canon en avant de Marengo, d'aller reconnaître le terrain et placer, en un mot, tous les postes convenables pour être bien gardé.

Je le quittai pour aller exécuter ses ordres. Je rejoignis le 12e régiment de {p.349} chasseurs (il était 10 heures du soir) et je le plaçai; je réunis ensuite le 6e régiment de dragons, que j'allai bivouaquer comme le général Victor l'avait ordonné. Je partis de là pour aller établir les postes et reconnaître le terrain sur la droite, vers Tanaro. C'est dans cette reconnaissance que je fis ma malheureuse chute!. . . . . (108) . . . . .

DUVIGNAU.

Extrait de la Revue militaire autrichienne.

Tandis que dans le camp autrichien on faisait tous les préparatifs de la bataille qui, le lendemain, devait décider du sort de l'Italie, et tandis que tous les équipages de l'armée étaient rassemblés dans un parc au nord de la ville d'Alexandrie, une violente canonnade éclata tout à coup le 13 juin vers 5 heures du soir, du côté de Marengo. Elle provenait de l'attaque du lieutenant général Victor contre le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly qui, avec l'arrière-garde, occupait Marengo.

Le général de division Gardanne devait exécuter cette attaque. Il partagea sa division en deux parties. Avec la plus importante, il s'avança tout droit sur la route de San-Giuliano. La partie la plus faible sous les ordres du colonel Dampierre devait seconder, de Spinetta, l'attaque principale. Avec la division Chambarlhac, Victor suivait sur la route. Gardanne attaqua avec une telle énergie, que le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, qui ne voulait se laisser entraîner à aucun combat sérieux, fut bientôt repoussé jusqu'à la tète de pont et que l'ennemi se trouva avec lui à proximité de cet ouvrage.

Le général Zach donna immédiatement l'ordre au régiment d'infanterie Spleny, qui campait près de la route, de traverser le pont afin d'exécuter une sortie hors de la tête de pont. Il fit également mettre en position, devant le camp lui-même, 3 batteries de campagne qui, avec les pièces de la tête de pont, obligèrent le général Gardanne à renoncer à son attaque.

Ce dernier s'établit, à la faveur de la nuit, à Pedrebona, tandis que le lieutenant général Victor conduisait la division Chambarlhac à Marengo. Les Autrichiens pouvaient donc passer de nouveau, sans être inquiétés, la tête de pont. Mais le canal de Fontanone et Marengo, où la colonne principale devait se former, étaient entre les mains de l'ennemi.

Cet événement, qui n'était pas dans les calculs, devait naturellement avoir une influence sensible sur la bataille elle-même, puisque la lutte devait ainsi commencer le lendemain avant le déploiement des forces de l'armée autrichienne. Il était à prévoir que l'ennemi défendrait le plus sérieusement possible la position de Marengo, si facilement abandonnée, et que seul un combat sanglant pourrait faire reconquérir ce que l'on avait perdu.

Avec cette perte de Marengo se trouvait également perdue une partie du temps nécessaire pour les mouvements du combat proprement dit. Au contraire, Bonaparte gagna ainsi l'avantage très important de pouvoir, pendant la défense des lignes de Marengo, contre lesquelles les Autrichiens devaient diriger leurs premières attaques, rassembler ses divisions et attendre le développement des projets de l'adversaire (109). {p.350}

* * *

A midi, le corps de réserve, qui est vers Ponte-Curone. est disloqué. Desaix est envoyé au sud avec la division Boudet pour couper à Mélas la route de Gênes; il ne peut passer la Scrivia, et s'arrête sur la rive droite de cette rivière en face de Rivalta. La division Monnier passe la Scrivia et rejoint le gros de l'armée vers Garofoli (110).

Pendant ce temps Lapoype vient servir de réserve vers Ponte-Curone (111).

L'adjudant général Dalton, au général Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

Ponte-Curone, le 24 prairial an 8 (13 juin 1800).

Je vous préviens, mon Général, que nous n'avons pu obtenir à Voghera, que 20,000 cartouches qui, jointes aux 30,000 que nous avons reçues dans la journée d'hier et à 13,000 que nous avons en réserve, font 63,000 sur 83,622 dont nous avions besoin pour compléter la division à 50 coups par homme. Vous voyez qu'il nous en manque encore 20,000, non compris ce qu'il serait nécessaire que nous ayons en réserve.

La division part à l'instant pour se diriger sur Serravalle.

Je vous prie, mon Général, de m'en en faire passer le plus tôt possible, autant que vous pourrez.

Salut et considération.

W. DALTON. {p.351}

Division Boudet. – Rapport du 24.

Rivalta, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800).

Le lieutenant général Desaix donna ordre à la division de partir de Ponte-Curone pour se rendre par Sarezano à Rivalta et se diriger ensuite sur Serravalle. Il était déjà midi (112) lorsque la division reçut cet ordre; elle se mit en marche de suite, mais il survint des pluies très abondantes qui rendirent la route très défectueuse. La 9e légère avec le 1er de hussards, qui marchaient en tête, arrivèrent sur les bords de la Scrivia sur les 5 heures. On tenta le passage de cette rivière qui était très grosse en ce moment et on ne put parvenir à passer quelques hommes d'infanterie qu'en leur faisant prendre la queue des chevaux. Douze hommes furent entraînés en un instant; on les sauva avec peine, mais ils perdirent leurs armes. Le général se trouva forcé de la faire camper sur la sive droite. Les 30e et 59e de ligne étaient restées sur la montagne de Sarrezano, sous les ordres du général de brigade Guénand, pour protéger l'artillerie qu'on eut beaucoup de peine à faire passer et ce ne fut qu'à l'aide de vingt paires de boeufs qu'on réussit à la faire arriver sur les bords de la Scrivia à 9 heures du matin.

Pendant la nuit on s'était occupé à rétablir une barque et à passer la 9e légère. On se servit de ce moyen pour toute l'infanterie; des découvertes furent envoyées dès le soir et pendant la nuit sur Serravalle, par les deux rives de la Scrivia ; on reconnut que l'ennemi occupait ce poste; les découvertes nous apprirent aussi que quelques troupes républicaines occupaient Novi (113).

L'adjudant général,

W. DALTON. {p.352}

Extrait du rapport des marches et opérations de la division Boudet.

Le 24, ma division, séparée de celle du général Monnier et restée avec le lieutenant général Desaix, eut ordre de se porter à Rivalta et de s'étendre jusqu'à Serravalle. Pour faire le trajet de Ponte-Curone au bord de la Scrivia, je fus obligé de passer par la gauche de Tortone, passage difficile et montueux et d'autant plus pénible qu'alors il pleuvait abondamment. Une autre difficulté fut le gonflement des eaux de la Scrivia. La nuit qui survint ne nous permit de faire passer qu'une compagnie de carabiniers dont plusieurs, emportés par le courant, perdirent leurs armes et ne durent leur salut qu'au hasard. Dans la nuit, ceux qui avaient passé furent prendre position à Rivalta où se rendit aussi le général Desaix. Pendant ce temps on s'occupa de pourvoir aux moyens de passer la Scrivia dès le lendemain de très bonne heure, dans le cas que la rivière ne serait pas plus guéable (114).

* * *

Pendant que le gros de l'armée de réserve marche à la rencontre de l'ennemi, la sécurité de la zone où passe la ligne d'opérations est assurée avec peu de troupes et {p.353} d'après les instructions données le 9 juin par le Premier Consul (115).

La division Loison garde les points de passage du Pô, contre une offensive qui viendrait du sud, sert de réserve sur la rive droite et est prête à se porter au besoin sur la rive gauche.

Moncey place quelques bataillons sur le Tessin pour le défendre, face à l'ouest, contre une marche de Mélas tandis qu'il dirige le général Lorge sur l'Oglio pour s'opposer à une offensive venant de l'est.

La route du Saint-Gothard qui relie l'armée de réserve à Moreau est fort inquiétée par des partisans ennemis et n'est que très faiblement défendue.

L. H. Loison, général de division, au général de division Dupont.

San-Giovanni, le 24 prairial an 8 (13 juin 1800).

J'occupe, avec le corps, particulièrement sous mes ordres (116), Castel-San-Giovanni (117), mon cher Général, et ai établi mes avant-postes à Trevos, Monte-Bolzone, afin d'être instruit des mouvements que l'ennemi pourrait faire à Bobbio. J'ai donné au général Gobert l'ordre de prendre, pour la défense du pont de bateaux de Plaisance, une position qui puisse réunir l'avantage d'en défendre l'approche et de pouvoir être secouru par moi. Il doit pousser ses avant-postes à Castel-del-Bosco, parallèlement aux miens et se garder sur la route de Parme.

Je ne crois pas à un mouvement de l'ennemi sur Plaisance. {p.354} Cependant, s'il le tentait, il serait bien urgent d'être maître du château, ce qui faciliterait singulièrement la défense du pont de bateaux et permettrait de lui opposer plus de troupes. Le général Gobert n'aurait besoin pour ce coup de main que de huit pièces de 16 ou 12 et de deux obusiers, et dans l'espace de quarante-huit heures au plus tard, il s'en emparerait (118).

Vous me marquez bien que le général Marmont doit m'envoyer des cartouches. J'eusse préféré que vous m'eussiez indiqué où je devais les prendre ; j'aurais eu, du moins, la certitude d'en avoir; il ne m'en reste pas deux par homme.

Je n'ai pas une pièce de canon. Ordonnez qu'il m'en soit envoyé; vous savez que j'ai laissé celles attachées à ma division au château d'Orzinovi (119).

J'enverrai sur Bobbio des émissaires et vous tiendrai instruit des mouvements de l'ennemi. Je désire bien ardemment être employé sous les yeux du général en chef et surtout être débarrassé du général Duhesme qui, par ses idées, voit les ennemis où ils ne sont pas et prend ses rêves pour des réalités.

Dans le cas où l'ennemi marcherait sur Plaisance, je vous avertirais de suite et marcherais au secours de Gobert, chargé de la défense du pont.

Salut amical.

O. LOISON.

Je désirerais vous voir et vous parler de ce qui ne peut s'écrire.

Ordre.

Buffalora, le 24 prairial an 8 (13 juin 1800).

Ordre au commandant des deux compagnies de la 1re de ligne, qui ont dû arriver aujourd'hui à Galarate, se rendant à Buffalora, par ordre du général Bethencourt, de partir, à la réception du présent ordre, pour se rendre à Sesto, remontant le Tessin et sur le bord du lac Majeur, par le grand chemin {p.355} de Gallarate à Sesto, où elles resteront jusqu'à nouvel ordre, sous celui du général Bethencourt (120).

Ce commandant marchera à la tête des deux compagnies avec armes et bagages en bon ordre et discipline, et fera en sorte d'être rendu le plus matin possible à Sesto.

MONCEY.

(Livre d'ordres du général Moncey.)

Moncey, lieutenant du Général en chef de l'armée de réserve, au général Bonaparte, Premier Consul de la République française.

Milan, 25 prairial an 8 (14 juin 1800).

Général Premier Consul,

J'ai l'honneur de vous envoyer copie d'un rapport que j'adresse aujourd'hui au général en chef Berthier (121).

J'aurai celui de vous envoyer demain ma reconnaissance du Tessin, de Vigevano au dégorgement du lac Majeur. J'ai envoyé un officier du génie, pour reconnaître le Tessin de Vigevano à Pavie; mon rapport contiendra ma manière de voir sur sa défense.

Le camp volant du général Lorge est en mouvement pour couvrir Brescia et Crémone. Sur les trois bataillons que je lui devais donner, deux sont partis; le troisième, je le lui enverrai, lorsque j'en aurai un de disponible. J'ai complété ses 400 chevaux avec la réserve qui est toute arrivée (122).

Le général Bonnamy est arrivé d'hier à Plaisance avec un bataillon; le second que je dois lui donner pour compléter sa brigade, je le lui enverrai, dès que j'en aurai un de disponible (123). {p.356}

J'ai l'honneur, Général Premier Consul, de vous présenter mes hommages respectueux.

MONCEY.

Moncey, lieutenant du Général en chef de l'armée, au général en chef Berthier.

Milan, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800).

Citoyen Général,

L'adjudant général Foy (124) me rend compte, le 19 prairial, d'Altdorf, que l'ennemi a un corps de 5,000 hommes, de Feldkirck à Coire (125).

Voici les noms des régiments:

Peterswardin, infanterie;

Kaiser, infanterie;

Un régiment d'infanterie à parement rouge, dont on ignore le nom;

Le corps franc Strozcky-Odonel ;

Granitz, hussards.

Le chef de la 1re ligne écrit, du 18 prairial, de la position d'Andeer, qu'il occupait à cette époque avec deux de ses bataillons, qu'il a été attaqué le 17; que l'affaire a duré tout le jour, et qu'enfin il est parvenu à repousser l'ennemi jusqu'à Thusis; il lui a fait quelques prisonniers, blessé et tué beaucoup de monde. Six de nos grenadiers ont été blessés, un officier tué.

L'ennemi a occupé Tavanaze avec ses avant-postes; Ilanz avec cinq compagnies; Thusis et Reichenau avec de fortes réserves. Il occupe, de plus, le Val-San-Pedro et Splongen; il pousse des patrouilles jusqu'au confluent de la Sernt et de la Lenth; de plus, les paysans de ces contrées sont armés.

D'après cet exposé, il est nécessaire que le Premier Consul prononce si les vallées de la Reuss, Urseren, Leventine et, par conséquent, le Gothard doivent être gardés, ou s'il faut, en en retirant les troupes, les abandonner. Dans le premier cas, il faut prononcer encore si c'est l'armée de réserve ou celle du Rhin qui doit être chargée de cette défensive; dans le second, {p.357} il sera nécessaire de faire refluer sur les derrières l'immense quantité de munitions que le Ministre de la guerre fait arriver continuellement à Lucerne.

La position de l'ennemi, sa tentative indiquent assez qu'il est disposé à prendre la position du Gothard que nous abandonnerons et que déjà il aurait occupée, si je n'avais laissé des troupes en arrière pour la barrer; au reste, ces troupes sont peu nombreuses; elles se réduisent à un bataillon de la 29e, à un de la 101e, formant, les deux, une totalité de 1000 hommes, distribués sur tous les débouchés des vallées de la Reuss et Urseren.

Les deux bataillons de la 1re de ligne, qui, comme je vous l'ai dit, ont eu à soutenir, le 17, un combat, occupent les débouchés qui tombent sur Bellinzona et sont d'une force de 1200 hommes.

Déterminé par vos ordres pressants de pourvoir à la défense du Tessin, que l'ennemi menaçait de passer en jetant des ponts sur le Pô; de porter des forces entre Brescia et Crémone; d'en envoyer à Pizzighettone et Plaisance; d'en porter de suite de Buffalora; de laisser trois bataillons à Milan pour le blocus du château (126); ne pouvant remplir toutes vos intentions sans appeler deux bataillons sur quatre de mes derrières, ces deux bataillons de la 1re de ligne ont reçu l'ordre d'arriver promptement. Je désire que l'ennemi ne soit pas tenté de prendre les postes que nous aurons abandonnés.

Du 3e bataillon de la 91e, du 3e de la 12e légère, des deux de la 102e, annoncés déjà depuis longtemps, il n'en est pas question; arriveront-ils? je l'ignore.

J'attends vos décisions avec la plus vive impatience; et dites-moi catégoriquement: Je veux qu'on garde le Gothard, qui comprend les vallées de la Reuss, Urseren et Leventine ; ou, je veux qu'on l'abandonne.

Salut et fraternité.

MONCEY.

P.-S. – J'ai oublié de vous rappeler, dans le cours de mon rapport, que le général Moreau, par sa dépêche du 8 prairial, me mande qu'effectivement 5 ou 6,000 hommes sont dans les {p.358} Grisons; que si ce corps s'augmente, alors il fera un détachement pour rappeler celui de l'ennemi.

Toutes ces circonstances réunies, Général, me font désirer un ordre impératif de votre part; car il n'est pas aimable d'être chargé de faire arriver de l'artillerie et des munitions de guerre par un pays qui doit être couvert et de savoir que le bruit propagé que les troupes que j'ai en arrière devraient être arrivées, se soutienne toujours.

Vignolle, général de brigade, commandant Milan et le blocus de la citadelle, au général Dupont, chef de l'état-major général.

Milan, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800).

Plusieurs rapports parvenus du côté des Grisons portent, mon cher Général, que l'ennemi a un corps d'environ 5,000 hommes dans ce pays-là. J'ai vu même un officier qui, venant d'Altdorf, a failli être fait prisonnier après le passage du Gothard par des patrouilles autrichiennes.

Le général Moncey a bien couvert par quelques troupes cette principale communication. Mais il est incertain si elles sont encore aux débouchés où il les a placées, ce qui lui cause de l'inquiétude, ayant encore des bagages, de l'artillerie et des munitions en arrière.

N'y a-t-il pas aussi à craindre, mon cher Général, que le prince de Reuss, que l'on dit commander ce corps de troupes dans les Grisons, informé de la situation actuelle de l'armée autrichienne dans le Piémont, ne cherche à descendre de ces montagnes pour intercepter entièrement nos communications par le Gothard et le Simplon, et faciliter par ces points la retraite de Mélas qui, dans e cas, passant le Pô, se dirigerait par Arona, qui est encore au pouvoir des Autrichiens, ainsi que le lac Majeur qu'ils gardent par des barques canonnières. Dans toutes les hypothèses, il est important de garder en force le Gothard, et le général Moreau devrait bien rendre ce service à l'armée de réserve; il paraît qu'il y met à cet égard un peu d'égoïsme.

Vous êtes sans doute informé que les Autrichiens sont rentrés en nombre à Crémone et ont forcé, de concert avec leurs partisans du pays, les patriotes à s'enfuir. Les prêtres ont joué, dit-on, dans cet acte un rôle principal.

L'ennemi était aussi hier à Crema, mais le général Lorge, allant s'établir sur l'Adda avec sa division, les en aura bientôt chassé.

Les trois bataillons italiens, arrivés hier à Milan, sont partis ce matin pour rejoindre leur légion à Brescia. Ils ont éprouvé, en passant en Piémont, beaucoup de désertions; leur force que, d'après ce qu'on m'avait assuré, j'avais marquée au général en chef être de 1400 hommes, n'est plus que de 1100.

Le Premier Consul m'ayant dit avant son départ de Milan que, si j'avais besoin de fusils pour les bataillons que j'organise, je pourrais en envoyer prendre à Pavie, de ceux abandonnés par les Autrichiens, je vais y envoyer un officier, avec un ordre de Gassendi, pour qu'il m'en soit fait un envoi de 1500 dont j'ai un besoin indispensable.

Salut et amitié inviolable.

VIGNOLLE. {p.359}

* * *

Le Premier Consul passe la nuit à Torre-di-Garofoli; attendant des renseignements sur les mouvements de son adversaire.

« Dès que la nuit est venue et que les divisions ont établi leur bivouac, Bonaparte part en toute hâte pour se rendre au quartier général à Voghera, et recevoir des nouvelles de tous les points de l'armée, mais particulièrement du général Desaix envoyé en reconnaissance sur Novi et Gênes; du général Chabran, placé en observation sur le Pô; et du général Suchet, qui devait avoir eu, dans Acqui, des agents sûrs dont on attendait le retour. Il apprend, à moitié chemin, à Torre-di-Garofoli, qu'aucun mouvement n'a eu lieu sur la rive gauche du Pô, au corps du général Chabran; il est informé que la Scrivia grossit de manière à rendre le passage difficile; il se décide à fixer dans ce hameau son quartier général. »

(Relation de la bataille de Marengo rédigée en 1803, par Berthier.)

« Cet ordre donné (de brûler les ponts de la Bormida), Bonaparte part pour se rendre au quartier général à Voghera, où il devait recevoir les rapports de tous les postes de son armée et ceux des espions; il espérait par les mouvements de l'ennemi, deviner ses véritables pensées; mais, à peine arrivé à Torre-di-Garofoli, il reçoit des nouvelles de Rivalta et du Pô. Il s'arrête dans cette ferme le reste de la nuit. »

(Relation de la bataille de Marengo rédigée en 1805, par Berthier.)

L'occupation facile de Marengo, et la retraite des Autrichiens sur la rive gauche de la Bormida, font penser au Premier Consul que Mélas se dérobe encore à la bataille et va se porter soit au nord vers Valenza, soit au sud vers Novi ou Acqui.

« On sut, par les prisonniers faits dans ce combat (du 13), que le matin M. de Mélas avait envoyé un détachement sur Acqui, mais que le corps d'armée était encore sous Alexandrie. Dès lors, on put croire qu'il voulait tomber sur le général Suchet, puis, en s'appuyant sur Gênes, Alexandrie et Turin, voltiger entre ces places, nourrir la guerre dans ces contrées, et prendre conseil des circonstances pour améliorer sa position.

« Pouvait-on croire, en effet, qu'une armée de 50,000 hommes eût cédé, presque sans combat, le village de Marengo, si son projet était de se battre sur la rive droite de la Bormida, pour se frayer un passage à travers l'armée française? »

(Relation de la bataille de Marengo rédigée en 1803, par Berthier.) {p.360}

« Bonaparte se confirme dans son idée que, puisque l'ennemi, au lieu de l'attendre dans la plaine de Marengo, avait laissé prendre le village, c'est qu'il était décidé à suivre un des trois partis dont il a été fait mention. » (Marcher sur Valenza, Gênes ou Acqui.)

(Relation de la bataille de Marengo rédigée en 1805, par Berthier) (127).

« Le Premier Consul était resté fort tard à parcourir les lignes de son armée. Il rentrait lorsqu'il reçut le rapport de la reconnaissance que j'avais poussée jusqu'à Novi. Il m'a fait l'honneur de me dire depuis qu'il avait eu de la peine à se persuader que les Autrichiens n'eussent pas cherché à lui échapper par une route qui n'était pas observée, et qui leur offrait une retraite plus sûre, puisqu'elle les éloignait de Masséna, qui avait repris les hostilités. Une circonstance particulière contribuait à lui faire paraître la chose plus invraisemblable. Il s'était tenu à cheval, à ses vedettes, une bonne partie de la nuit, et n'avait aperçu qu'un petit nombre de feux ennemis. Il n'avait plus douté dès lors que les Autrichiens ne fissent un mouvement, et avait ordonné au général Desaix de se porter avant le jour à Novi avec la division Boudet. »

(Mémoires du duc de Rovigo, t. 1er, p. 266.)

La croyance du Premier Consul à la retraite de Mélas a pu être augmentée par ce fait qu'il semble avoir été convaincu, dans la soirée du 13, que le pont sur la Bormida était détruit, si l'on s'en rapporte aux relations officielles faites après la campagne et aux Mémoires de Marmont, de Savary et de Bourrienne.

« L'avant-garde reçoit l'ordre de repousser les postes ennemis au delà de la Bormida, et, s'il est possible, d'en brûler les ponts. »

(Relations de la bataille de Marengo rédigées en 1803 et 1805, par Berthier. - V. Mémorial du Dépôt de la Guerre, t. IV, p. 292 et 293.)

« Ses coureurs (de Victor) arrivèrent sur la Bormida à la nuit tombante; ils mandèrent que l'ennemi n'y avait point de pont (128) et qu'il n'y avait qu'une simple garnison à Alexandrie; ils ne donnèrent point de nouvelles de l'armée de Mélas. . . . . Le Premier Consul était fort inquiet. . . . . »

(Mémoires de Napoléon. – Corresp. de Napoléon, t. XXX, p. 384.)

{p.361}

« . . . . . Arrivé près de la Bormida, je reconnus une tête de pont construite sur la rive droite, et occupée par l'ennemi; la rivière, à ce point, fait un coude, et, contre tous les principes, la tête de pont étant placée à un saillant de la rivière (129), je pouvais la prendre dans le revers en m'enfonçant dans le rentrant. Je crus que nous ferions une attaque prochaine de cette tête de pont, et, pour la favoriser, je pris avec moi huit pièces de canon, afin d'en battre obliquement la gorge; mais je fus reçu par le feu d'une batterie à embrasure, construite sur la rive gauche, qui m'obligea à me retirer, après avoir perdu plusieurs hommes et avoir eu plusieurs pièces démontées. Ayant pris position en arrière, j'allai trouver le général Gardanne pour savoir ce qu'il comptait entreprendre. Je le trouvai dans un fossé, et n'ayant pris aucune mesure ni pour attaquer la tête de pont ni pour empêcher l'ennemi d'en sortir et de déboucher. Là-dessus, je le quittai, n'ayant aucun ordre à lui donner et la nuit étant voisine.

. . . . .

(Le lendemain matin) le Premier Consul, étonné de cette nouvelle d'attaque générale de l'ennemi), dit qu'elle lui paraissait impossible: « Le général Gardanne m'a rendu compte, ajouta-t-il, de son arrivée sur la Bormida, dont il avait coupé le pont ». « Le général Gardanne, lui répondis-je, vous a fait un faux rapport; j'ai été hier soir plus près que lui de la tête de pont et je lui ai proposé de tenter de s'en emparer; mais il s'y est refusé, quoique j'eusse disposé du canon pour le soutenir; et la tête de pont n'ayant pas été enlevée ni bloquée par nos postes, l'ennemi a pu déboucher à son aise pendant cette nuit (130), sans être aperçu. Ainsi vous pouvez hardiment croire à la bataille. »

(Mémoires du duc de Raguse, t. II, p. 127.)

« . . . . . Il (le Premier Consul) avait ordonné qu'on rejetât de l'autre côté de la rivière tout ce qui l'avait passé, et, qu'à quelque prix que ce fût, on détruisît un pont qui pouvait nous être si funeste, annonçant même l'intention de s'y porter de sa personne, si les circonstances l'exigeaient. Un de ses aides de camp, le colonel Lauriston, fut chargé de suivre l'opération et de ne revenir que lorsqu'elle serait accomplie.

« L'action s'engagea: on se canonna toute la journée (131), mais l'ennemi tint ferme; on ne put l'obliger à retirer le pont. Lauriston vint rendre compte de l'état des choses. Le Premier Consul, exténué de fatigue, ne l'entendit pas ou comprit mal ce que son aide de camp lui rapportait, car Lauriston, auquel il reprocha souvent dans la suite la fausse sécurité qu'il lui avait donnée, répondit constamment que, loin d'avoir à se reprocher une faute aussi grave, il était au contraire accouru le prévenir que ses ordres n'avaient pu s'exécuter. . . . . »

(Mémoires du duc de Rovigo. t. Ier, p. 265.) {p.362}

« Le Premier Consul coucha, le 13, à Torre-di-Garofoli. Il donna le soir l'ordre d'envoyer un officier d'état-major reconnaître si les Autrichiens avaient un pont sur la Bormida. J'étais présent lorsqu'on vint fort tard lui faire un rapport d'après lequel il n'en existait pas. Cet avis tranquillisa le Premier Consul, il se coucha fort content. Mais, lorsque le lendemain le canon se fit entendre de grand matin, et qu'il apprit que les Autrichiens avaient débouché dans la plaine et qu'on se battait, il témoigna le plus grand mécontentement de la fausseté du rapport de l'officier d'état-major, l'accusa d'être un lâche et de ne pas s'être assez avancé; il parla même de le faire mettre en jugement. On parvint à calmer le Premier Consul, et je tais aujourd'hui par discrétion le nom de cet officier. . . . . »

(Mémoires de Bourrienne, t. IV, p. 120.)

{p.363}
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    {p.285}
  1. Merlin était aide de camp du Premier Consul.
  2. Il s'agit sans doute de l'artillerie arrêtée par le fort de Bard. On a vu p. 234, note 2, qu'il parait probable qu'un petit nombre de pièces seulement avaient pu passer sous le feu du fort. Il y en avait six à Ivrée le 26 mai, soit à peu près l'artillerie do la division Watrin. {p.286} Celle de la division Boudet aurait dû passer aussitôt après les pièces de la division Watrin, puisque ces deux divisions formaient à Ivrée la tête de colonne.

    Il paraît donc certain que le passage des pièces sous le feu du fort n'avait pas été continué ou n'avait pas réussi après le 26 mai, c'est-à-dire après le départ de Berthier.

    L'artillerie n'avait pu passer qu'après la capitulation de Bard, c'est-à-dire le 2 juin. Elle avait dû séjourner à Ivrée, où elle était encore le 5 juin, attendant une escorte pour continuer sa route sur Verceil. (V. la lettre de Carra-Saint-Cyr, p. 177.)

    Elle pouvait être au plus tôt le 6 à Santhia, le 7 à Verceil, le 8 à Mortara, le 9 à Pavie et le 10 à Stradella, en supposant qu'elle ait trouvé une escorte. Il semble qu'elle rejoint l'armée le 12. Consulter à cette date l'ordre du jour de la division Boudet, daté de Ponte Curone. (V. p. 323.)

  3. Lacune dans le texte. Sans doute division Chambarlhac.
  4. Ces pièces venaient de l'arsenal de Pavie. (V. p. 234 et 235.)
  5. Cette disette d'artillerie et cette utilisation des canons autrichiens prouvent encore que l'artillerie de l'armée n'avait pas rejoint depuis Bard.
  6. L'original porte le nom de Serravalle très lisible et souligné.

    Ce point est à mi-distance entre Alexandrie et Gênes.

    Il semble donc que le Premier Consul, persévérant dans son idée du 8 juin (V. p. 241, note 3, p. 243 et 244), supposait à Mélas l'intention de se porter d'Alexandrie sur Gênes, et d'y rallier le corps de Hohenzollern, soit avant de livrer bataille, soit après un échec dans la journée du 12. Le Premier Consul comptait atteindre sa ligne de retraite et lui livrer bataille vers Serravalle. On a vu que Suchet estimait aussi que l'engagement décisif aurait lieu vers Novi et Pozzolo, qui sont à quelques kilomètres au nord de Serravalle. (V. p. 270, note 1.)

  7. Parmi ces différents calibres, il semble qu'il y ait des pièces de 3, d'après la lettre de Saint-Vincent. (V. la note suivante.) Le fait semble étonnant, puisque l'armée de réserve n'en avait pas amené de France (V. t. 1er, p. 256, 316 et 663), et que, d'autre part, il n'en existait pas dans les pièces prises à Pavie. (V. annexe n° 1.)

    La division Watrin avait pris deux pièces de 3 autrichiennes au combat de Chatillon, le {p.287} 18 mai, mais elles avaient été employées à la batterie d'Albard et ne semblent pas avoir suivi l'armée.

    On est ainsi amené à penser qu'il s'agit de pièces pièmontaises de 4, qui revenaient au 3 français. (V. annexe n° 1.)

  8. Le commandant d'artillerie en cette place, au général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve.

    Pavie, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

    En conséquence des ordres du général Marmont, j'ai l'honneur de vous adresser, citoyen Général, deux convois de munitions de guerre, que je vous prie de diriger relativement aux besoins de l'armée.

    Ils comprennent:

    83,000 cartouches d'infanterie;
    510 cartouches à boulets de 4;
    60 cartouches à boulets de 3 sabotés;
    140 cartouches à boulets de 3 roulants.

    Salut et respect.

    Auguste SAINT-VINCENT.

    Saint-Vincent, commandant l'artillerie à Pavie, au citoyen Courtoisier, chef du personnel,

    Pavie, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

    Je vous prie de commander un caporal et deux canonniers, lesquels partiront de suite, peur escorter un convoi de cartouches d'infanterie. Ce sous-officier se rendra avec son convoi à Broni, où il recevra de nouveaux ordres du chef de l'état-major général de l'armée. Les cartouches remises aux commandants de division d'artillerie, il rétrogradera sur Pavie avec son détachement, les voitures et attelages.

    Auguste SAINT-VINCENT.

  9. Casatisma, sur la rive droite du Pô, à 5 kilomètres au nord de Casteggio, est écrit Casa de Pisma, sur la carte de Bacler d'Albe, et Casa de Tisma sur celle de Borgonio.
  10. Corti ou Mezzana Corti, sur la rive gauche du Pô, à 8 kilomètres au sud de Pavie.
  11. Sommo, sur la rive gauche du Pô, à 9 kilomètres au sud-ouest de Pavie.
  12. Bastida-Pancarana, sur la rive droite du Pô, à 12 kilomètres au nord-est de Voghera, est appelée Rafada Pancarana, sur la carte de Bacler d'Albe. {p.288}
  13. La 72e demi-brigade devait faire partie de la division Monnier. (v. t. 1er, p. 202, 207, 649 et 657.) Elle n'était à Dijon que vers le 16 ou 18 mai (Ibidem, p. 649) et passait sans doute le Grand-Saint-Bernard à la fin du mois de mai, ayant quinze jours de retard sur le gros de l'armée.
  14. Lapoype couvrait Pavie dans l'hypothèse d'une offensive ennemie, débouchant de Valenza sur la rive gauche du Pô. (V. p. 272 et 273.)
  15. Les craintes d'une offensive de Mélas, par la rive gauche du Pô, avaient dû être augmentées par la lettre suivante, reçue sans doute dans la soirée du 9 juin:

    Charles Dumoulin, général de brigade, au général en chef Alex. Berthier.

    Verceil, le 20 prairial au 8 (9 juin 1800), à 11 heures du matin.

    J'ai profité de ]a remise, de deux prisonniers que j'avais à faire à l'ennemi, pour observer ses dispositions. J'ai passé la nuit sur les bords du Pô. Il se fait véritablement un mouvement sur Casale; toute la nuit on a travaillé à la construction de deux ponts; ils seront achevés dans le jour, l'un à Frasinetto et l'autre à Casale. Devant. cette dernière place, il existe une tête de pont garnie de 14 canons, et l'on m'assure qu'il est arrivé considérablement d'artillerie dans la place.

    A juger par le nombre des feux que l'ennemi a faits cette nuit, sur le bord du Pô depuis Casale jusqu'à Monté, moitié chemin de Casale à Valenza, on peut l'estimer à 10,000 hommes.

    Il paraît qu'ils ont faim. J'ai donné la chasse à quelques détachements d'hussards qui venaient enlever les denrées dans les campagnes et j'ai arrêté une centaine de sacs de blé de Turquie que les paysans leur faisaient passer.

    D'un autre côté, j'ai fait reconnaître la ligne ennemie depuis Chivasso, longeant l'Orco, jusqu'à Courgne. Des espions portent sa force à 8,000 hommes, mais gardant l'offensive (sic). Ayant brûlé tous les ponts sur cette rivière, ils se contentent d'envoyer des émissaires pour soulever les paysans.

    Dans ma position, mon Général, je ne puis qu'observer; je le ferai. L'ennemi est un peu étonné de me trouver continuellement sur sa ligne et c'est peut-être ce qui l'a empêché d'établir des postes d'interruption sur la nôtre; nos communications sont toujours libres. {p.289} J'ai des gens qui sont allés à trois milles de Turin sans rencontrer un poste de 15 hommes; çà et là 4 ou 5 miliciens piémontais qui gardent les villages.

    On dit que les Autrichiens ont désarmé la garde nationale de Turin, et que la rareté des vivres y excite une grande fermentation.

    Tout est parfaitement tranquille dans cette province.

    La division Chabran couche ici aujourd'hui; elle marche très lentement, car un adjoint est venu au-devant d'elle il y a trois jours croyant la trouver à Novare.

    Je vous salue, mon Général.

    Ch. DUMOULIN.

  16. Correspondance de Napoléon, n° 4904.
  17. V. la seconde lettre, de Petiet du 9 juin, p. 273, note 1.
  18. Comparer tous ces chiffres à ceux des divers rapports sur la bataille de Montebello, p. 248, 251, 262, 269, et à ceux du bulletin de l'armée p. 259.
  19. Outre le succès matériel, la bataille de Montebello a donc fourni au Premier Consul un renseignement assez précis sur la situation d'une partie seulement de l'armée ennemie.

    On a vu qu'il n'en avait pas été de même pour les Autrichiens, qui n'avaient recueilli qu'un renseignement inexact. (V. p. 268, note 4.)

  20. Ces prisonniers, au nombre de 3,000, arrivent à Milan le 12 juin. (V. p. 251, note 2.) {p.290}
  21. Petiet écrit le même jour, 10 juin, de Milan au consul Cambacérès, transcrivant le paragraphe relatif à la bataille de Montebello, puis le post-scriptum avec quelques modifications. Il ajoute:

    « L'armée continue sa marche sur Tortone et Alexandrie.

    « La division de l'armée du Rhin est arrivée en entier; il y en a déjà une portion au delà du Pô.

    « Je saisis avec bien de l'empressement, citoyen Consul, cette occasion de vous renou-veller les hommages de mon respectueux et fidèle attachement.

    « Mes respects au consul Le Brun.

    « PETIET. »

    La lettre de Petiet est publiée dans le Moniteur du 27 prairial (16 juin).

    Elle était arrivée la veille à Pavie et le Ministre de la guerre avait reçu de Maret la lettre suivante, qui donne au Premier Consul la gloire de la victoire de Montebello et dans laquelle le nombre de pièces prises à l'ennemi subit une légère augmentation:

    Le Secrétaire d'État au Ministre de la guerre.

    Paris, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

    Le Premier Consul a quitté Milan le 20, est arrivé à Pavie, a complètement battu, le lendemain 21, le corps du général Ott, qui venait pour rétablir la communication avec Plaisance. Les ennemis ont eu 1500 tués et 3,000 blessés. Nous avons fait 4,000 prisonniers et pris 8 pièces de canon.

    Ce glorieux événement, joint à la prise de Crémone et de Plaisance et à celle des immenses magasins de Pavie, donne une grande confiance à l'armée.

  22. Cette lettre a été insérée dans la Correspondance de Napoléon sous le n° 4906, après avoir subi quelques modifications de forme dont l'utilité semble très contestable. Elle est citée ici avec son texte primitif.
  23. Masséna avait obtenu l'autorisation d'envoyer le chef de bataillon Graziani pour porter au Premier Consul la nouvelle de la capitulation. Mais les Autrichiens dirigèrent cet officier vers Casale en passant par Novi et Alexandrie, et ce n'est que le 9 juin qu'on {p.291} lui laissa passer le Pô, après quoi il dut gagner Verceil, puis Milan, (OEst. milit. Zeitschrift, t. XXIX, p. 119.)

    Ce fait explique l'arrivée à Stradella, dans la soirée du 10 juin, de l'envoyé de Masséna apportant la nouvelle officielle de la capitulation.

    La prise du courrier de Mélas à Plaisance le 7 juin, suivie de la traduction de ses lettres le 8 juin à Milan, avait fait connaître deux jours et demi plus tôt la reddition de Gênes au Premier Consul.

  24. Les clauses principales de la convention, signée le 4 juin, sont les suivantes:

    La garnison française sort de Gênes avec armes et bagages pour rejoindre l'armée d'Italie.

    8,110 hommes prennent la route de terre et se dirigent vers Nice. Le reste des troupes valides et les convalescents sont transportés par la flotte anglaise à Antibes et nourris pendant le trajet.

    L'artillerie et les munitions appartenant aux Français sont de même transportées à Antibes ou au golfe Jouan.

    Tous les prisonniers autrichiens faits par les Français sont rendus.

    La population de Gênes sera approvisionnée dans le plus court délai.

    L'artillerie et les munitions appartenant à la ville de Gênes sont remises aux alliés. {p.292}

  25. V. p, 281.
  26. V. la lettre du Premier Consul à Berthier, 9 juin, p. 271. {p.293} {p.294}
  27. V. p. 281 l'ordre du 9 juin de Berthier à Duhesme.
  28. V. p. 282 le passage du Pô à Crémone et la marche de Loison sur Plaisance par la rive droite du Pô, dans la nuit du 9 au 10 juin. {p.295}
  29. Ces ordres n'ont pas été retrouvés. {p.296}
  30. Cette pièce n'a pas été retrouvée.
  31. Rouzière, chef de bataillon, au citoyen Castillon, chef de brigade (13e légère).

    Géra, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

    L'ennemi vient de faire une sortie, citoyen Chef, et avait, malgré la résistance de mes gardes, pénétré sur mes flancs jusqu'aux casemates. J'ai fait sur-le-champ donner mes réserves au pas de charge et, dans un instant, il fut forcé de rentrer dans son fort. Nous lui avons fait 4 prisonniers grièvement blessés; ils ont laissé 7 morts sur la place, 10 à 12 fusils et une caisse. Je n'ai eu qu'un chasseur de tué et un de blessé.

    Le commandant autrichien vient de me faire demander les blessés par le billet que je vous joins. Je n'ai pas cru devoir en disposer; j'attends vos ordres à ce sujet.

    Je n'ai plus de cartouches; je ne pourrai tenir davantage si l'on ne m'en envoie de suite.

    Ils ont emporté plusieurs de leurs blessés. 5 à 6, qui s'étaient laissés couper, viennent de passer la rivière à la nage. J'envoie une patrouille de ce côté afin de tâcher d'en arrêter quelques-uns.

    ROUZIÈRE.

  32. Chabran, arrivé le 9 juin à Verceil, avait sans doute fait étape à Ivrée et à Santhia. Il avait donc dû quitter Bard le 7 juin, cinq jours après la prise du fort, qui avait capitulé dans la soirée du 1er, et avait été occupé le 2.
  33. L'artillerie était sans doute passée le 17 (6 juin). (V. p. 285, note 2.) {p.297} {p.298} {p.299}
  34. « . . . . . Le feld-maréchal-lieutenant Ott avait, sur ces entrefaites, fait passer le 10 juin son corps au delà de la Scrivia. La division Schellenberg campa devant Rivalta et la division Vogelsang à San-Giuliano. Le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly établit son avant-garde à Castel-Novo-di-Scrivia et laissa le colonel Schusteck avec les troupes légères à Ponte-Curone, d'où il envoya ses extrêmes avant-postes en avant vers Voghera, à gauche vers Silvano et à droite vers Volpedo. . . . .

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 130).

  35. L'adjudant général Dampierre, au général Dupont, chef de l'état-major de l'armée de réserve.

    Voghera, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

    Citoyen Général,

    Vous m'avez envoyé Mariotti. Quand je l'ai vu arriver, je croyais que c'était pour rester auprès de moi à poste fixe, d'après la demande que je vous en ai faite. J'ai bien un adjoint mais il m'est impossible de me passer de quelqu'un qui parle bien la langue du pays, que je n'entends pas assez bien pour prendre tous les renseignements que les paysans peuvent fournir. Vous ne pouvez pas me le refuser, Général, dans la position où je me trouve. L'adjudant général Pannetier a quelqu'un à vous proposer pour le remplacer.

    A.-P. DAMPIERRE.

    Je prie le général Dupont de faire droit à la demande du général Dampierre.

    Salut et respect.

    GARDANNE.

  36. Cette lettre n'a pas été retrouvée,
  37. Il semble que la division Gardanne n'a pas encore d'artillerie. {p.300} {p.301}
  38. Il semble que le gros du corps Lannes n'avait pas poursuivi l'ennemi beaucoup au delà de Montebello.

    Cependant on lit dans le Journal de Brossier:

    « . . . . . 22 prairial (11 juin). – Les troupes françaises victorieuses à Montebello, le suivirent dans sa retraite et furent incessamment jointes par les divisions Gardanne. Boudet et Monnier et par toute la cavalerie. . . . . »

  39. Ce nom n'est pas écrit très lisiblement dans l'original.
  40. Cette lettre n'a pas été retrouvée. {p.302}
  41. L'adjudant général Dalton est chef d'état-major de la division Boudet.

    Cette division est à San-Giuletta depuis la veille (v. 10 juin, p. 292) et y reste le 11 juin.

    « . . . . . Le 22, ma division séjourna dans les positions prises la veille. . . . . »

    (Rapport des marches et opérations de la division Boudet.) {p.303}

  42. Le canon de 8 et l'obusier qui sont à la division Boudet sont les deux pièces qui lui ont été données provisoirement le 26 mai. (V. p. 20.)

    On verra au chap. VIII, que la division Boudet a huit pièces le 14 juin. Son artillerie la rejoint le 12 juin. (V. p. 323.) Il est probable qu'il en est de même de la majeure partie de l'artillerie de l'armée. {p.304}

  43. Lettre écrite la veille. (V. p. 293.) {p.305}
  44. V. p. 288 la mission dont était chargé Merlin. Berthier envoie dans la soirée un officier au général Lapoype, pour lui donner l'ordre de passer le Pô dans la nuit du 11 au 12. (V. p. 313.) {p.306} {p.307} {p.308}
  45. La division Gardanne, du corps Victor, reçoit une partie du 11e de hussards.

    « Le 11e régiment de hussards a eu l'honneur de fournir 330 hommes commandés par le soussigné dans les premiers jours de prairial jusqu'au 26 du même mois. Cette troupe fut divisée en deux parties: une dans la division du général Boudet et l'autre dans celle du général Loison. . . . . »

    (Récits des combats de la Chiusella (V. p. 12, note 1) et de Plaisance (V. p. 201).

    « . . . . . Revenu à la grande armée le 23, à Tortone, j'ai reçu ordre de passer à la divinant Gardanne. . . . . »

    (Rapport fait par le citoyen Ismert, chef d'escadron au 11e régiment de hussards.) {p.309} {p.310}

  46. Par erreur. Il était général. {p.311} {p.312}
  47. Les mots en deux colonnes ont été ajoutés ici pour l'intelligence du texte. Ils ne figurent pas sur le document existant aux Archives de la guerre, lequel n'est qu'une copie de l'original.
  48. Cet ordre et les suivants montrent nettement que la marche du 12 est décidée dès le 11 au soir.

    On peut les rapprocher de cette assertion des Mémoires de Napoléon:

    « Le 12, dans l'après-midi, le Premier Consul, surpris de l'inaction du général Mélas, conçut des inquiétudes. . . . . il résolut donc de quitter Stradella et de se porter sur la Scrivia en forme d'une grande reconnaissance. . . . . »

    (Corresp. de Napoléon, t. XXX, p. 383.)

  49. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Stradella, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

    Je vous prie, citoyen Général, d'affecter un brigadier de gendarmerie et six gendarmes {p.313} à l'escorte des équipages du général en cher, pour ne point les quitter de toute la campagne. Ils se rendront ce soir chez moi.

    Alex. BERTHIER.

  50. On a vu, par les lettres de Lapoype à Dupont, le 10 juin (p. 293) et à Moncey le 11 (p. 304), combien sa division était dispersée. Il lui était donc impossible de passer le Pô dans la nuit du 11 au 12 juin.

    La division Lapoype passe en partie dans la journée du 12 et en partie dans la nuit du 12 au 13. (V. p. 328.)

  51. Cette lettre n'a pas été retrouvée. {p.314}
  52. Chabran se portait, en effet, au sud de Verceil, surveillant la rive gauche du Pô, entre Casale et Valenza.

    Chabran, général de division, au général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

    Sartirana, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800).

    Je reçus hier matin, citoyen Général, à 5 heures, à Cozzo, vos dernières dépêches. Leur contenu était déjà exécuté, le général en chef m'ayant envoyé directement des instructions pour tous les mouvements que vous me prescriviez.

    Le bataillon cisalpin arrivera à Verceil dans la nuit du 23 au 24, à! heures du matin. Le 11e régiment d'hussards y arriva hier, ainsi que plusieurs détachements; ils en partiront aujourd'hui pour se rendre à Pavie.

    J'ai retardé le départ de l'officier que vous m'avez envoyé pour envoyer au général en chef le résultat de mes reconnaissances d'hier.

    Le général en chef, par sa lettre du 21, me prévient que je dois correspondre avec le lieutenant général Moncey; par votre lettre du 22, vous me prévenez que la division que je commande est sous les ordres du lieutenant général Duhesme; veuillez bien me mander où je puis correspondre avec ce dernier.

    La force réelle de la division (à peine ai-je 1500 hommes pour le service) diminue chaque jour. Deux compagnies de carabiniers de la 13e légère sont arrivées hier au soir Je vous prie de m'autoriser à les garder quelques jours, ou de me les faire remplacer par un corps de vieilles troupes.

    Salut et fraternité.

    CHABRAN.

  53. Duhesme a déjà reçu, le 9 juin, l'ordre de venir à Plaisance (V. p. 281) et est arrivé le jour même dans cette ville. (V. p. 294.) {p.316} {p.317}
  54. C'est par ordre du Premier Consul que Moncey ne laissait que trois bataillons pour le blocus du château de Milan. (V. la lettre du 9 juin, du Premier Consul à Berthier, p. 271.) Moncey modifiait seulement le choix de ces bataillons. {p.318}
  55. Cette lettre n'a pas été retrouvée.
  56. Les prisonniers faits à Montebello le 9 juin, n'arrivent à Milan que le 12. Il y en avait « plus de 3,000 ». (V. note 2, p. 251.) {p.319}
  57. V. la lettre du 10 juin, p. 289.
  58. En effet, Mélas faisait réunir des bateaux et construire un pont à Casale, pour induire le Premier Consul en erreur. (V. plus loin, une citation de la Revue militaire autrichienne, p. 340.)
  59. Le général Carra-Saint-Cyr; au général Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

    Milan, le 22 prairial an 8 (11 juin 1800).

    Le général Chabran a cru, Général, devoir ne laisser que 700 hommes à Ivrée sous le commandement du chef de brigade Miquel qui m'a remplacé.

    J'ai suivi la division du général Chabran jusqu'à Verceil, d'où je me suis dirigé ici, parce qu'on m'assurait que la division Monnier était chargée du siège de la citadelle. J'attends mes chevaux aujourd'hui, et demain j'espère rejoindre le quartier général ou la division Monnier; déjà j'y serais si mes chevaux avaient pu aller aussi vite que mes désirs.

    Je te prie, Général, de faire connaître au général en chef ces dispositions nouvelles, ainsi que mon empressement à retourner à mon nouveau poste et continuer à y mériter sa confiance et son estime.

    Salut fraternel.

    CARRA-SAINT-CYR. {p.320} {p.321}

  60. « . . . . . Son camp (du général Ott) a été établi à San-Giuliano et un corps d'observation a été placé à Castel-Nuovo-di-Scrivia. Il était dans cette position lorsque nous nous sommes portés, le 23, sur le bord de cette rivière. Il a fait aussitôt un mouvement rétrograde. . . . . »

    (Rapport du 17 juin de Dupont au Ministre de la guerre.)

  61. On a vu que les Autrichiens occupaient, le 10, Castel-Nuovo-di-Scrivia, ot Ponte-Curone. (V. p. 299, note 1.)

    On lit, dans une première rédaction du journal de Brossier: « L'avant-garde du lieutenant général Lannes, sous les généraux Watrin et Mainoni, occupait Castel-Nuovo, que l'avant-garde du général Ott ne défendit pas ». (V. plus loin le récit autrichien, p. 326.)

  62. Si l'on se reporte aux emplacements des divisions le 11 juin (V. p. 298), on voit que, dans la marche du 12, le corps Lannes est venu de Montebello à Castel-Nuovo, le corps Desaix de San-Giuletta à Ponte-Curone, et le corps Victor de Voghera à Tortone, faisant respectivement environ 20, 23 et 16 kilomètres.

    Le mouvement du 11 sur Voghera et la marche nettement accusée du 12 vers la Scrivia, sont à rapprocher des Mémoires de Napoléon.

    « Les 10, 11 et 12, le Premier Consul resta à la position de Stradella, employant ce {p.322} temps à réunir son armée, à assurer sa retraite par l'établissement de deux ponts sur le Pô, avec des têtes de pont. Plus rien ne le pressait; Gênes était tombée. Il envoya, par des affidés, à travers les montagnes, l'ordre au général Suchet de marcher sur la Scrivia, par le débouché du col de Cadibone. . . . .

    « . . . . . L'armée du Premier Consul se fortifiait et se retranchait chaque jour dans sa position de Stradella. . . . . »

    (Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 381 et 383.)

    Quelques lignes plus loin, l'Empereur montre l'armée quittant Stradella dans l'après-midi du 12, pour atteindre la Scrivia (40 kilomètres). (V. à ce sujet la note 2, p. 312.)

  63. La 30e demi-brigade était restée au blocus du château de Milan. (V. p. 94 et 199.) {p.323}
  64. Il ne semble pas qu'il puisse y avoir de doute. C'est l'artillerie qui arrive enfin, Elle a été arrêtée jusqu'au 2 juin par la résistance du fort de Bard, puis le manque de sécurité de la ligne d'opérations a retardé sa marche pendant plusieurs jours du côté de Verceil. (V. p. 177.)

    Il est probable qu'avec l'artillerie de la division Boudet arrivait aussi celle des autres divisions.

  65. Ainsi, le corps d'armée Desaix (divisions Boudet et Monnier), a 8 pièces le 12 juin.

    On peut penser que le corps Victor (divisions Gardanne et Chambarlhac) n'en a pas plus, car la division Chambarlhac semble n'avoir pas d'artillerie le 9 juin, à la bataille de Montebello, et la division Gardanne n'a pas encore de canons le 11. (V. p. 299, note 4.)

    Quant au corps Lannes, il a combattu à Montebello avec 4 pièces, en a pris 5 à l'ennemi et en reçoit peut-être quelques-unes le 12 juin.

    Ces chiffres cadrent mal avec l'affirmation de Marmont: « L'artillerie de cette portion de l'armée, sur la rive droite du Pô, s'élevait à 41 bouches à feu savoir: 36 attachées aux divisions et 5 bouches à feu de réserve ». (Mémoires du duc de Raguse, t. II, p. 126.)

    M. Thiers a aussi écrit que le 11 juin « on n'avait pas pu réunir plus de 40 pièces de campagne ». (Histoire du Consulat et de l'Empire, t. Ier, p. 425.)

  66. Comparer à l'organisation donnée par la lettre de Murat à Dupont, écrite le 12 juin de Voghera, et à celle indiquée par la situation du 11 juin. (V. p. 307 et 310.) {p.324}
  67. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

    Voghera. le 23 prairial an 8 (13 juin 1800) *

    Vous donnerez des ordres, citoyen Général, pour que l'aide de camp du général Mélas l'este à Voghera et y soit gardé à vue jusqu'à nouvel ordre par un officier et qu'on ait pour lui les égards qui peuvent lui être dus.

    Alex. BERTHIER.

    * L'original porte la date du 24 prairial, Sur le registre de Berthier (Archives de Gros-Bois), on lit la date du 23. {p.325}

  68. La suite du rapport est au 13 juin, p. 341. {p.326}
  69. Il s'agit d'une lettre antérieure à celles dont il est question dans les ordres de Berthier à Dupont, le 11 juin. (V. p. 313.) {p.327} {p.328}
  70. L'original est daté du 23 prairial. L'enregistrement est fait sur le registre de Berthier (Archives de Gros-Bois) à la date du 24. D'après les prescriptions de la lettre, surtout celles qui concernent Lapoype, la lettre est certainement du 23. {p.329}
  71. L'original porte Plaisance, mais il paraît certain qu'il y a là une erreur de secrétaire et qu'il faut lire Valenza. Rendu à Voghera, Berthier a tout intérêt à savoir si Mélas débouche sur la rive gauche du Pô; à Valenza; il n'a pas de grandes inquiétudes du côté de Plaisance, rive gauche. {p.330}
  72. Duhesme, avec une partie de la division Loison, avait quitté Crémone et était arrivé à Plaisance le 9 juin. (V. p. 282 et 294.)

    Le général Broussier retirait les dernières troupes laissées à Crémone dans la journée du 10 juin (21 prairial). (V. p. 295) La date du 23, donnée par le rapport de Duhesme. semble donc inexacte. Elle s'applique, non pas au mouvement de Crémone sur Plaisance, mais à la nouvelle marche de Plaisance sur Crémone.

  73. Il s'agit sans doute de la lettre de Berthier, du 11 juin, prescrivant à Duhesme de « couvrir Crémone et Plaisance ». (V. p. 315.)
  74. Broussier avait prévu, le 10 juin, que les 300 hommes laissés devant Pizzighettone seraient obligés de se replier sur la rive droite. (V. p. 295.) {p.331} {p.332}
  75. Gobert (Jacques-Nicolas), né à la Guadeloupe le 1er juin 1760, avait été sous-lieutenant à l'École du génie le 1er janvier 1780, lieutenant en second le 1er février 1782, capitaine le 1er avril 1791, adjudant général chef de bataillon à l'armée du Nord le 8 mars 1793, général de brigade le 15 mai 1793.

    Il avait été suspendu de ses fonctions le 30 juillet 1793, puis remis en activité comme chef de bataillon du génie, le 2 janvier 1795. Destitué le 1er septembre 1795, il était réintégré dans le grade de chef de bataillon du génie le 27 février 1796 et dans celui de général de brigade le 20 septembre 1799.

    Il devint général de division le 27 août 1803 commanda des divisions territoriales et mourut des suites de blessures, le 17 juillet 1808, à Guaraman (Andalousie). {p.333}

  76. Le général Broussier envoyait aussi un rapport qui n'a pas été retrouvé. Il était accompagné de la lettre suivante, qui est datée, évidemment par erreur, du 11 prairial, et à laquelle il faut supposer la date du 24 ou 25 prairial.

    Broussier, général de brigade, au général de division Dupont, chef d'état-major général.

    11 prairial an 8 (31 mai 1800).

    Mon Général,

    J'ai l'honneur de vous envoyer ci-inclus le rapport des deux affaires qui ont eu lieu sur l'Adda et à Crémone: ces deux affaires sont assez sérieuses pour mériter une place dans vos rapports et sur les papiers publics; l'intérêt des corps qui s'y sont distingués le demande. Permettez-moi, mon Général, d'être leur interprète près de vous que nous aimons et regrettons tous de bon coeur.

    Salut et respect.

    BROUSSIER.

    P.-S. – Le général Berthier m'a renvoyé près de vous pour mon affaire qu'il a accordée. J'espère que vous voudrez bien me l'expédier demain matin: j'aurai l'honneur, de vous voir. {p.334}

  77. Le manuscrit porte la date du 25 prairial (14 juin). Il y a là une erreur manifeste. Les deux rapports de Duhesme et de Paulet, ainsi que le Journal de Brossier, donnent la date du 24 (13 juin), pour la reprise de Crémone.

    Le passage da Journal de Brossier relatif à ce combat, est la reproduction des récits déjà lus. {p.335}

  78. Le Journal de Brossier ajoute: « Sur la route de Mantoue, en avant du petit pont qui est près de la porte de la ville »,
  79. On lit dans le Journal de Brossier: « . . . . . L'ennemi . . . . . se rallie trois fois, recharge avec avantage et fait même quelques prisonniers; mais la réserve de cavalerie, marchant par quatre sur la grande route et avec beaucoup d'ordre, le renverse et lui prend 200 chevaux; elle poursuit sa victoire jusqu'à la Piève de San-Giacomo. » {p.336}
  80. V. la lettre du 10 juin, dans laquelle le Premier Consul annonce à Petiet la victoire de Montebello et le charge d'en transmettre la nouvelle aux consuls. (V. p. 289, et p. 290, note 1.)
  81. Le citoyen Petiet, conseiller d'État détaché près le Premier Consul, aux officiers municipaux de la commune de Milan.

    Milan, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

    Je vous prie, Citoyens, d'employer votre autorité et vos soins pour faire faire sur-le-champ trente mille paires de souliers pour l'armée. Cette fourniture sera acquittée sur-le-champ et à mesure des livraisons; l'argent sera pris dans les caisses publiques, et le montant en sera imputé sur la contribution qui sera réglée par le Premier Consul.

    Le moyen d'accélérer cette fourniture serait de mettre tous les cordonniers en réquisition et de régler le nombre de paires que chacun aurait à fournir dans cinq jours.

    Cet objet est de la plus grande urgence; je réclame pour son exécution toute votre sollicitude.

    Salut et fraternité.

    PETIET.

    (Registre de correspondance du citoyen Petiet, conseiller d'État détaché près le Premier Consul.) (Archives du Comité de l'artillerie.) {p.337} {p.338}

  82. Une situation analogue s'était déjà présentée sur le même terrain.

    En septembre 1745, le maréchal de Maillebois, commandant l'armée franco-espagnole, avait débouché de la rivière de Gênes et s'était porté dans la plaine entre Scrivia et Bormida, en face d'Alexandrie. Les Autrichiens, venant du Milanais, et les Sardes, venant de la haute vallée du Tanaro, s'étaient concentrés entre Alexandrie et Valenza.

    Les Austro-Piémontais se trouvaient donc dans la position de Mélas, tandis que Maillebois occupait le même terrain que le Premier Consul en 1800. Les deux armées restèrent environ un mois en face l'une de l'autre sans s'attaquer.

    Maillebois ayant dirigé un corps espagnol sur Pavie, pour menacer le Milanais, les Autrichiens passent le Pô et se portent vers Milan. Maillebois reste ainsi sur le Tanaro, en face des seuls Sardes.

    Ceux-ci sont retranchés sur la rive gauche du Tanaro, entre Bassignana et Monte-Castello. Maillebois et l'Infant attaquent cette forte position le 27 septembre 1745; leurs troupes passent le Tanaro à gué et mettent en déroute l'armée du roi de Sardaigne. La bataille de Bassignana force celui-ci à se replier sur Casale et Valenza.

    (Consulter la Guerre de la succession d'Autriche, par le lieutenant général de Vault, annotée par le colonel Arvers, t. 1er, chap. 6.) {p.339}

  83. V. la lettre de Chabran, du 11 juin, p. 319.
  84. Cette relation a été faite officiellement par ordre du Premier Consul, sous la direction de Berthier, ministre de la guerre. Quoique rédigée à une époque bien rapprochée de la campagne, elle ne doit pas être consultée avec une confiance absolue; mais ce passage semble donner une impression réelle de l'incertitude du quartier général dans la journée du 13 juin.

    Cette relation, ayant déplu à l'Empereur, ne fut pas publiée sous l'Empire. Voir à ce sujet la notice du maréchal de camp de Castres, à la fin du chapitre VIII. {p.340}

  85. En réalité, Lapoype est sur la rive droite du Pô, le 13. (V. p. 350.) Le 14, il est d'abord dirigé vers la rive gauche, sans doute d'après un faux renseignement, puis rappelé vers Voghera. En tout cas, il reste éloigné du champ de bataille. (V. p. 364.) Ce résultat est dû probablement aux nouvelles erronnées habilement envoyées par l'état-major autrichien. {p.341}
  86. Le corps Lannes est arrivé le 12 à Castel-Nuovo-di-Scrivia. (V. p. 321.)
  87. Victor passe la Scrivia en aval de Tortone, à Ova, d'après le rapport de Berthier. (V. p. 425,) Il masque la citadelle de Tortone.
  88. Correspondance de Napoléon, n° 4907.
  89. Le début de ce rapport a été lu plus haut. (V. p. 323.) {p.342}
  90. V. la suite p. 347. {p.343}
  91. On lit dans le rapport du citoyen Ismert, chef d'escadron au 11e régiment de hussards, attaché à la division Gardanne: « . . . . . Le 24, nous nous sommes battus sur la droite jusqu'à 10 h. 1/2 du soir. . . . . »
  92. La suite a trait à la bataille du 14. (V. p. 374.)
  93. Revue de Paris, du 15 juin 1900, p. 803. {p.344}
  94. Le général Rivaud fait partie de la division Chambarlhac.
  95. On doit lire: Marengo.
  96. La suite du rapport à trait à la bataille du 14. (V. p. 375.)
  97. Rivaud la Raffinière (Olivier Macoux), né à Civray le 10 février 1766, avait été capitaine d'une compagnie franche à l'armée du Nord, le 15 août 1792; sous-lieutenant au 11e régiment de dragons, le 1er mars 1793; chef de bataillon provisoire, le 27 juillet 1793 ; adjudant général chef de brigade, le 27 septembre 1793, et général de brigade le 15 décembre 1798.

    Il devint général de division le 16 mai 1802, commanda des divisions militaires sous l'Empire, fut fait baron en 1807, comte en 1814, et devint inspecteur général d'infanterie sous la Restauration. Admis à la retraite en 1830, il mourut le 19 décembre 1839. {p.345}

  98. Dans le journal de Brossier, le combat du 13 est nommé « combat de Spinetta » et est décrit en termes presque identiques à ceux des rapports de Gardanne et de Victor. On y lit en plus que la division Gardanne était « forte seulement de 2,000 hommes et deux pièces de canon », et que « en moins d'une demi-heure, le village de Marengo est emporté ». L'effectif autrichien est estimé à 5,000 hommes et à 7 ou 8 pièces de canon.
  99. « La nuit du 24 au 25 prairial fut très calme, on entendit toute la nuit, sur la rive gauche de la Bormida, le bruit du mouvement de l'ennemi. Il est certain que les postes étaient sur le qui-vive. Le général Victor, s'attendant à être attaqué au point du jour, plaça lui-même les troupes et établit son quartier général au presbytère de la Spinetta. » (Renseignements fournis par le général Quiot, aide de camp de Victor à Marengo. Mémoires du duc de Bellune. Pièces justificatives, p. 432.)

    A côté de l'assertion du général Quiot: « la nuit fut très calme », il est utile de rappeler que Marmont a écrit, au sujet de la même nuit: « Un nouvel orage survint. » (Mémoires du duc de Raguse, t. II, p. 127).

    C'est ainsi que les Mémoires développent le scepticisme de ceux qui tentent de faire de l'histoire.

  100. La suite de ce rapport à trait à la bataille du 14. (V. p. 383.) {p.346}
  101. On ne sait pas exactement quel est l'auteur de ce rapport, ni à quel général il est adressé. (V: la note 1, p. 347.)
  102. Ce nom est écrit avec des orthographes très différentes. On trouve souvent Garofolo ou Garafolo. La carte de Borgonio porte Garofola; celle de Bacler d'Albe, Garofoldo. Dans la correspondance de Napoléon, on a écrit Garoffoli. On a adopté ici l'orthographe Garofoli, qui est celle de la carte d'état-major italienne.
  103. Voir à ce sujet la note 2 do la p. 366. {p.347}
  104. La mission donnée à l'auteur du rapport, son retour à Garofoli, indiquent qu'il est officier d'ordonnance de Berthier ou du Premier Consul. En rapprochant ce texte du passage des Mémoires du duc de Rovigo cité plus loin, p. 361, on est porté à croire que le rapport est de Lauriston, mais on n'en a pas la preuve.
  105. Voir la suite au 14 juin, p. 411.
  106. Le passage qui précède a été lu plus haut, p. 341. {p.348}
  107. Nul autre récit ne mentionne la défense de Spinetta par les Autrichiens. {p.349}
  108. Voir la suite de ce rapport au chap. IX.
  109. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 143 à 145. {p.350}
  110. Des officiers de la division Monnier, interrogés en 1803, au moment de la rédaction d'une relation officielle de la bataille de Marengo, dirent qu'ils étaient « partis le matin (du 14 juin), de Torre-di-Garofoli, où ils avaient passé la nuit. » (Mémorial du dépôt de la Guerre, t. IV, p. 271.)
  111. Aucun document n'a été trouvé relativement au mouvement de la division Lapoype, le 13 juin, mais il résulte de celui du 12 et de la position occupée dans la matinée du 14.

    On sait que cette division avait passé le Pô le 12 et dans la nuit du 12 au 13 (V. p. 328). On la retrouve à Ponte-Curone le 14, à 10 heures du matin. (Voir la lettre de Lapoype à Moncey, le 15 juin, p. 364.) {p.351}

  112. Ce renseignement est d'une importance capitale.

    C'est donc par erreur que quelques auteurs ont cru que Desaix était parti de Ponte-Curone dans la matinée du 13. (V. entre autres: La Bataglia di Marengo, par le capitaine Pittaluga, p. 28. Alexandrie, Gazzotti, 1898.)

    L'ordre, reçu à midi, a dû être donné vers 11 heures, au moment où les reconnaissances de cavalerie (V. p. 339) et le mouvement de l'armée ont donné la certitude que les Autrichiens ne sont pas dans la plaine entre Scrivia et Bormida.

  113. Ce fut Savary qui fut chargé de la reconnaissance sur Novi.

    « . . . . . Je poussai jusqu'à Novi. Aucun détachement n'avait paru. Je rentrai à Rivalta dans la nuit du 14 au 15 juin. . . . . 1) (sic. – Lire du 13 au 14 juin).

    (Mémoires du duc de Rovigo, t. 1er, p. 264.) {p.352}

  114. La position de la division Boudet dans la soirée du 13 est très nettement établie par ce document et par celui qui précède.

    La 9e légère est sur la rive droite de la Scrivia, en face de Rivalta; une seule compagnie a pu passer la rivière avec le général Desaix. Les 30e et 59e de bataille sont aux environs de Sarrezano.

    Le capitaine Pittaluga est donc bien près de la réalité quand il écrit: « La tradition la plus accréditée veut que, dans la nuit du 13 au 14 juin, la division Boudet ait cantonné dans les villages de Sarrezano et Carbonaro, situés au sud-est de Tortone, et que, le matin suivant, elle ait repris sa marche, se tenant sur les hauteurs de Monguardone et de Piaggi. » (La Bataglia di Marengo, Alexandrie, 1898.)

    Le même auteur n'est plus d'accord avec les documents cités ici, quand il fixe, dans un croquis, le point de passage de la Scrivia à Villavernia au lieu de Rivalta. {p.353}

  115. V. p. 271.
  116. Loison avait envoyé le général Broussier à Crémone avec les 3 bataillons de la 58e (V. p. 334.) Une fraction de la 13e légère bloquait Pizzighettone. Le général Gobert assiégeait le château de Plaisance.

    Loison ne devait avoir avec lui qu'une partie des 13e légère et 60e de bataille.

  117. Il semble que Loison défendait tout particulièrement les ponts volants que Levasseur avait fait établir à Parpanèse le 11 juin. (V. p. 303.) {p.354}
  118. V. la lettre du général Gobert, du 12 juin, p. 331.
  119. Les pièces laissées à Orzinovi sont quatre pièces autrichiennes prises à Ivrée et données à la division Loison (V. p. 53 et 107). Cette division n'a pas encore, le 13 juin, les pièces qu'elle avait en Suisse. {p.355}
  120. Ordre.

    Buffalora, le 24 prairial an 8 (13 juin 1800).

    Ordre au chef de bataillon Roussot de partir de suite pour Sesto, afin de faire évacuer sur Buffalora l'avoine qui s'y trouvera et connaître les subsistances en tout genre qui peuvent y être rassemblées.

    MONCEY.

  121. Lettre ci-après, p. 356.
  122. Lorge est le 14 juin à Lodi, le 15 à Crema, le 16 à Crémone. (V. chap. 9.)
  123. Son arrivée rend disponible, le 15 juin, les troupes de la division Loison. (V. chap. 9.) {p.356}
  124. L'adjudant général Foy commandait les troupes gardant les vallées de la Reuss et d'Urseren. (V p. 154, note 1 et p. 160.)
  125. V. la carte générale du tome 1er. {p.357}
  126. Se reporter à l'ordre du Premier Consul, du 9 juin, p. 271. {p.358} {p.359} {p.360}
  127. V. à la fin du chap. VIII, une notice sur la rédaction de ces deux relations au dépôt de la guerre, et sur les corrections faites par l'Empereur.
  128. Un auteur, qui a étudié la topographie du champ de bataille, fait remarquer « que l'unique pont étant établi au fond d'un rentrant du fleuve, entre des rives plutôt élevées et étant couvert par des ouvrages improvisés et par des abatis, et aussi par la fumée des canons, on doit conclure qu'il pouvait difficilement être aperçu par les troupes françaises, d'autant plus que l'heure était tardive ». (La Bataglia di Marengo, capitano Pittalugga. Gazzotti, Alexandrie, 1898.) {p.361}
  129. L'examen de la carte ne justifie pas l'affirmation de Marmont. (V. aussi la note 2, p. 360.)
  130. Tout au contraire, les Autrichiens qui devaient d'abord partir de leur camp à minuit, ne se mirent en marche qu'à 8 heures du matin. (V. plus loin, p. 447, l'extrait de la Revue militaire autrichienne.)
  131. D'après les rapports sur le combat du 13, l'engagement ne commence qu'à 4, 5 ou 6 heures du soir. (V. p. 342 à 349.)

    Cette erreur matérielle doit rendre un peu suspectes les autres affirmations de ces Mémoires. On ne doit pas oublier que Savary, aide de camp de Desaix, n'était pas le 13 sur le champ de bataille, mais à Rivalta. {p.362} {p.363}

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96