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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 2 Chapitre 6

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.219}

(DEUXIÈME PARTIE)
CHAPITRE VI
BATAILLE (1) DE MONTEBELLO

Occupation du défilé de Stradella. – Crue du Pô; lenteur et difficultés du passage. – Nouvelle de la capitulation de Gênes. – Pénurie d'artillerie. – Bataille de Montebello, le 9 juin. – Surveillance de la rive gauche du Pô. – Organisation de la marche stratégique vers l'Ouest.

8 JUIN

Lannes prend l' offensive et s'établit sur la chaussée de Plaisance à Alexandrie, après avoir repoussé depuis Stradella jusqu'au delà de Broni l'arrière-garde ennemie.

F. Watrin, général de division, au général en chef Berthier.

Vescovera, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

. . . . . (2) . . . . .

Le 19, à 2 heures du matin, le lieutenant général Lannes m'ordonna de me diriger sur Stradella (3), où l'on ne rencontra {p.220} que l'arrière-garde des Autrichiens qui avaient filé hier au soir et toute la nuit avec beaucoup d'artillerie et des chariots emmenés de Plaisance (4). Un bataillon de la 28e, conduit par son excellent chef de brigade, les a poursuivis jusqu'à Broni et leur a fait 200 prisonniers. Le citoyen Maucune, mon aide de camp, chef de bataillon, y a été blessé à la tête des tirailleurs; cet officier, d'un rare mérite, d'une audace peu commune, avait été déjà blessé à notre dernière affaire de la Chiusa (5). Nous n'avons eu qu'une dizaine de blessés (6).

Nous avons notre droite au Scuropasso (7) et notre gauche à Cigognola. Les reconnaissances n'ont pas encore rencontré l'ennemi. J'en fais partir une de cavalerie qui a ordre de ne rentrer que lorsqu'elle l'aura vu (8). {p.221}

S'il se retire sur Tortone ou Alexandrie, il doit passer la Scrivia sur un bac à Castelnuovo. S'il a plu de ce côté-là comme de nos côtés, ce torrent ne peut se passer, et nous pourrions y acculer l'ennemi.

Salut et respect.

F. W ATRIN.

Extrait du journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

19 prairial. – Occupation de Stradella et de Broni. – Le 19, le général Lannes donne ordre au général Watrin de s'emparer de Stradella. Il y marche aussitôt avec la 28e et la 1re compagnie de carabiniers de la 6e légère, mais il ne rencontre que l'arrière-garde des Autrichiens, qui avaient filé pendant la nuit sur Voghera et Tortone avec les 60 pièces de canon qui étaient parties le 18 de Plaisance.

Un bataillon de la 28e les poursuit jusque par delà Broni et leur fait 200 prisonniers. La division Watrin suit ce bataillon et prend position: sa droite appuyée au torrent nommé Scuropasso, son centre à Vescovera et sa gauche à Cigognola Le citoyen Maucune, aide de camp du général Watrin, fut blessé à Broni; il l'avait été déjà à l'affaire de la Chiusella.

La nouvelle de la reddition de Gênes se confirmait de jour en jour; le général Masséna, enfermé dans cette place, l'avait défendue avec une opiniâtreté et un courage sans exemple; mais ne voyant point arriver les secours qu'il attendait de l'armée de réserve et ne pouvant avoir connaissance de ses succès, se trouvant d'ailleurs réduit aux horreurs de la plus affreuse famine et voulant sauver le reste de ses valeureux soldats, il s'était vu forcé à la remettre aux Anglais et aux Autrichiens, le 16 prairial, deux heures avant que ces derniers n'en levassent le blocus, conformément aux ordres qu'ils venaient de recevoir de leur gouvernement.

On ignorait aussi les articles de l'honorable capitulation de Masséna, par laquelle le vaincu semble dicter des lois au vainqueur et l'on était loin d'espérer qu'il eût conservé la faculté de combattre (9). {p.222}

Cependant les troupes ennemies employées au blocus de Gênes allaient renforcer l'armée autrichienne et lui donner une supériorité manifeste en nombre sur l'armée de réserve. Il était donc important de lui livrer bataille avant la réunion de ses forces.

Les divisions des généraux Murat, Victor et Lannes se trouvant placées sur la rive droite du Pô, le Premier Consul et le général en chef se rendirent à Broni (10).

* * *

Une active correspondance, établie entre Pavie et Milan, permet au Premier Consul de donner des instructions précises pour la suite des opérations, Le courrier de Mélas, intercepté la veille à Plaisance et traduit à Milan, lui donne des renseignements exacts sur la position des Autrichiens. Malgré la crue du Pô qui retarde beaucoup le passage des troupes, le Premier Consul ordonne de porter le 9 juin l'avant-garde dans la direction de Voghera.

Le Premier Consul, au général Berthier (11).

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800), 4 heures du matin.

Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 18 (12). Le général Dumoulin observant l'ennemi à Casale (13), il est nécessaire que vous envoyiez des espions et un parti de cavalerie pour l'observer du côté de Valenza, afin d'être à temps instruit de tous ses mouvements. {p.223}

Faites établir un troisième ponton intermédiaire et envoyez voir si l'on ne pourrait pas rétablir celui de Parpanese. Nous avions un pont au delà du Tessin; voyez à faire établir dans cet endroit un cinquième ponton.

J'ai envoyé, hier à midi, Lauriston du côté du général Murat (14); j'attendrai son retour pour partir.

Vous vous serez assuré, avant de faire partir le général Lannes (15), que l'ennemi n'est pas en mesure pour attaquer aujourd'hui le général Victor, et qu'il n'est pas arrivé à Voghera.

Toute la division du général Lannes est bien loin d'être nécessaire pour attaquer Plaisance. Ordonnez donc que ses demi-brigades restent en échelons, de manière à pouvoir venir au secours du général Victor.

Tenez pour bien sûr que, le 20 au plus tard, Stradella sera attaquée par 20,000 hommes.

Si le général Lannes pousse avec toute sa division sur Plaisance, vous ne l'aurez pas le 22. Ordonnez-lui d'envoyer sur Plaisance une avant-garde, et de se tenir, avec le reste de sa division, très à portée de Stradella (16). Il doit, d'ailleurs, apprendre à Castel-San-Giovani des nouvelles du général Murat.

Faites reconnaître, du côté où sont vos pontons, une position concentrée qui puisse servir de retraite. Il doit y avoir des maisons, des canaux, des chaussées. S'il y a une île, faites-y mettre deux ou trois pièces de canon de siège, afin de protéger le plus possible votre passage (17).

Le passage du Gravellone et le pont de Pavie méritent aussi que vous fassiez faire quelques reconnaissances et préparer {p.224} des emplacements pour y mettre quelques pièces de canon (18).

Je vous salue.

BONAPARTE (19).

Je reçois votre seconde lettre du 18 (20).

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Pavie, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Citoyen Consul,

J'ai l'honneur de vous rendre compte que le Pô a tellement augmenté pendant la nuit qu'un de nos ponts volants ne peut plus nous servir; le second, sur lequel on passe l'artillerie et les chevaux, passe encore; mais on craint qu'il en soit comme le premier si le Pô continue à augmenter.

Il n'y a de passé dans ce moment que l'infanterie et l'artillerie du corps du général Lannes, environ 200 chevaux et près de 4,000 hommes d'infanterie de la division Chambarlhac.

Les divisions Monnier et Gardanne sont à attendre leur tour, ce qui sera long, et, dans le cas où le Pô monterait encore de 2 pieds, il faudrait que nous allions le passer à Plaisance.

Il paraît que les forces que l'on avait envoyées à Plaisance et que le général Murat a battues avaient été détachées de Gênes et venaient par Bobbio (21).

S'il était vrai que Gênes eût capitulé, ce qui ne se dit pas encore assez publiquement pour ne pas laisser des doutes, il y aurait, je pense, des dispositions à faire qui rendent votre présence ici nécessaire. {p.225}

Le général Victor et le général Lannes n'ont aucun rapport sur les mouvements de l'ennemi.

J'ordonne au général Lannes de prendre position à Stradella, de s'éclairer sur la route de Voghera (22). Il a dû faire partir, vers la pointe du jour, un corps pour se mettre en communication avec le général Murat (23). Quand la division du général Victor aura passé, elle se portera également à Stradella.

Je désirerais connaître vos intentions pour donner des instructions ultérieures au général Loison et au général Murat.

A l'instant, je reçois une lettre du général Lechi, en date du 18, de Lecco; il a attaqué l'ennemi et forcé le passage; il a pris quatre pièces de canon de 4, deux barques canonnières, fait une vingtaine de prisonniers et environ 800 sacs de farine et des munitions (24).

Le général Vignolle me mande que deux bataillons de la légion italique, forts de 700 hommes, arrivent aujourd'hui à Milan; votre intention est sûrement qu'ils rejoignent la légion.

Dans le moment, je reçois votre lettre du 19, à 4 heures du matin (25); je vais donner des ordres pour augmenter le nombre de nos pontons; mais ce sera long et difficile par le peu de moyens que nous avons.

Le général Murat m'envoie à l'instant une dépêche (26) par laquelle il me mande qu'à peine avait-il eu le temps de prendre sa position à Plaisance, qu'il a été attaqué par un corps d'environ 1000 hommes, venant à marches forcées d'Ancône, qu'il a attaqué ce corps qu'il a complètement culbuté, que tout a été fait prisonnier, qu'il a pris deux pièces de canon, leurs caissons et un drapeau. Parmi les prisonniers, il y a 29 officiers et un major. Le général Murat me demande de l'infanterie; il paraît vouloir faire des mouvements sur Parme, tandis que c'est ici où toute l'armée doit être réunie. {p.226}

Vu la longueur et la difficulté du passage ici, et l'ennemi pouvant attaquer en forces d'un moment à l'autre, notre position à Plaisance ne serait-elle pas plus sûre?

Je vous envoie quelques lettres que me fait passer le général Murat (27).

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes.

Pavie, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Il est à présumer, citoyen Général, que nous serons attaqués aujourd'hui ou demain sur les positions de Stradella, par les principales forces de l'ennemi.

En conséquence, vous devez vous rendre à Broni, sur la route de Voghera, ayant devant vous le petit torrent de Scuropasso (28). Vous pousserez des reconnaissances en avant vers Casteggio, pour avoir des nouvelles des mouvements que l'ennemi peut faire vers Voghera. Vous vous ferez éclairer sur votre route pour être assuré que l'ennemi ne passe pas entre Broni et Casanova de Lonati. Dans cette position, vous couvrez parfaitement le passage de notre pont volant. Le général {p.227} Victor se portera à Stradella, où se réuniront successivement les autres divisions.

Si l'ennemi vous attaquait avant que je sois moi-même à Stradella, le général Victor commanderait comme le plus ancien lieutenant général.

Le général Murat a été attaqué de nouveau hier au soir à Plaisance par 1000 hommes qu'il a tous fait prisonniers et auxquels il a pris un drapeau, deux pièces de canon avec leurs caissons.

Il est essentiel que vous envoyiez des espions pour savoir ce qui se passe à Voghera, à Castel-San-Giovanni et à Bobbio.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

J'ai reçu, citoyen Général, pendant la nuit, vos différentes lettres (29).

Le général Murat m'a envoyé à Milan le courrier intercepté à l'ennemi (30). Je m'occupe à le faire dépouiller; il renferme des détails très intéressants.

Une lettre de Mélas au Conseil aulique (31), en date du 5 juin, {p.228} de Turin, me fait connaître que, dans la journée du 4, Masséna a capitulé. Son armée n'est point prisonnière de guerre; elle est en marche pour joindre le général Suchet. Il parait, cependant, que Masséna s'est embarqué sur une frégate pour se rendre plus promptement à Nice.

Le général Mélas avoue également, dans ses lettres (32). que {p.229} le baron d'Elnitz n'a pas pu faire sa retraite sur le col de Tende, parce qu'un de ses généraux de brigade a été culbuté an col de Braus, et par là le chemin lui a été coupé (33). Il a {p.230} opéré sa retraite par Oneille. Le général Mélas dit qu'il espère qu'il arrivera à Ormea le 18 prairial.

M. Elnitz n'a avec lui que 6,000 hommes de sa division et 3,400 de la division de Morzin; total: 9,400 hommes, sur lesquels il doit laisser 1000 hommes à Coni, 1000 hommes à Savone et 300 à Ceva,

M. le' général Hohenzollern restera à Gênes.

M. le général Ott, avec 9,000 hommes, reviendra par la Bocchetta et Ovada sur Alexandrie (34).

Ainsi, il paraît que ce ne sera pas avant le 23 ou le 24 du mois que l'ennemi pourra réunir ses forces à Alexandrie, et qu'alors même, il n'aurait que les forces suivantes: {p.231}

Division Elsnitz 7,000 hommes.
Division Ott 9,000
Division Haddick qui est dans
ce moment-ci sur l'Orco
6,000
TOTAL 22,000 hommes.

Faites pousser vivement des partis et écraser toutes les troupes que vous rencontrerez.

L'avant-garde peut pousser jusqu'à Voghera.

Faites passer la cavalerie et l'artillerie, de manière que toutes les divisions soient complètes, ayant leurs cartouches et tout en règle.

Quoique ma voiture soit attelée et que la moitié de mes guides soient partis, j'attendrai le retour de votre courrier pour partir.

BONAPARTE (35).

Le Premier Consul, au Général en chef.

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Je vous envoie, citoyen Général, copie de la traduction des lettres de Mélas (36). Vous verrez la situation de son armée. {p.232}

Il espère que le général Elsnitz sera, le 17, à Ormea; ce qui ferait: le 18 à Ceva, le 19 à Salicetto, le 21 au soir, fort tard et harassé de fatigues, à Acqui, en supposant qu'il prenne cette route (37). Je compte que le général Ott sera parti de Gênes le 17 au matin. Il sera, le 20 au soir, à Alexandrie ou à Voghera (38). Le général Haddick, en supposant {p.233} qu'il ait quitté sa position de l'Orco avec le quartier général, ne peut pas être à Alexandrie avant le 22 (39). Ces trois divisions réunies, après les pertes qu'elles ont essuyées en blessés, tués, prisonniers, malades, ne forment pas plus de 18,000 hommes, Hongrois et Autrichiens, et 2,000 Piémontais. Je ne comprends point la cavalerie.

La division du général Lannes, qui est forte de 8,000 hommes, compris sa brigade de cavalerie, peut se mettre en marche demain pour Voghera.

La division Victor l'appuierait, ainsi que les divisions Monnier et Gardanne, ce qui, compris la cavalerie, vous formerait 23 ou 24,000 hommes.

Le général Murat et le général Duhesme, qui, à eux deux, ont 10,000 hommes, suivraient également le mouvement. Ainsi, vous presseriez Mélas avec ce corps d'armée. Le général Moncey, avec les Italiens, aurait un corps au delà de l'Oglio. Un corps bloquerait la citadelle de Milan. Un troisième corps, pour la défense du Tessin, longerait la rive gauche du Pô, toujours à la hauteur de l'armée, ce qui faciliterait les moyens de passer d'une rive à l'autre; et, enfin, en cas que l'ennemi passât le Pô, ce corps d'armée fuirait devant lui, se réunirait avec tout ce qu'il pourrait y avoir de troupes arrivées à Milan, pour défendre le Tessin.

Je serai bientôt à Pavie; nous nous concerterons ensemble pour ce mouvement.

Pour cette nuit, ordonnez aux généraux Lannes et Victor de prendre, le premier, une bonne position à Voghera; le second, à une lieue et demie en arrière. Donnez au général Victor toute la cavalerie que vous avez. Vous sentez qu'il est essentiel qu'ils aient leurs cartouches, qu'ils en aient même à leur suite, et qu'ils aient leur approvisionnement complet. {p.234}

Les généraux Monnier et Gardanne n'ont point d'artillerie; il est nécessaire qu'on puisse leur en donner de celle qu'on a trouvée à Pavie, n'importe de quel calibre.

On n'entend point parler du général Chabran, de la 72e (40), ni de toute l'artillerie du Saint-Bernard (41). Si le passage du Pô nous avait retardé de manière que vous ne fussiez pas prêt pour ces mouvements, contentez-vous de faire prendre une position à l'avant-garde à Casteggio.

Envoyez l'ordre au général Chabran de filer avec toutes les troupes qu'il a à ses ordres à Verceil, en envoyant à Casale des patrouilles pour prendre langue. Il laissera une bonne garnison au château de Bard et dans la citadelle d'Ivrée.

Je vous salue.

BONAPARTE.

S'il se présente des troupes entre Voghera et Stradella, qu'on les attaque sans ménagement (42); elles sont, à coup sûr, inférieures à 10,000 hommes. {p.235}

Prenez des renseignements. Nommez une municipalité à Pavie; j'en ai nommé une bonne à Milan (43).

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Pavie, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800), à midi et demi.

Citoyen Consul,

Je donne l'ordre au général Marmont de donner quatre pièces d'artillerie à la division Monnier et quatre à la division Gardanne; mais il m'observe qu'il n'a pas un cheval à sa disposition (44); il faudrait en envoyer de Milan.

Le Pô monte toujours; on me fait craindre que les ponts volants ne puissent plus passer. Je vous ai écrit ce matin qu'il y en avait déjà un qui ne pouvait plus servir. Le pont de Plaisance doit être raccommodé; je pense qu'il faudrait nous en servir, du moment où les moyens de passage nous manqueront ici. J'envoie 50 gendarmes avec un adjudant général pour éclairer la route de Pavie à Valenza (45). {p.236}

Le général Marmont fait mettre 4 pièces de 16 (46) sur le pont de Gravellone.

J'apprends à l'instant qu'un parti ennemi s'est présenté à Broni, que la 28e l'a attaqué et chassé (47).

Je vous attends ce matin; car, s'il est vrai que Gênes se soit réellement rendu, je présume que vous aurez de nouvelles dispositions à faire.

Respect et dévouement.

Alex. BERTHIER.

Le général Dupont, qui revient du passage sur le Pô, m'annonce qu'il n'y a qu'un seul pont qui serve et que la 96e demi-brigade n'est pas encore passée. Le général Marmont fait ce qu'il peut pour réunir les moyens de passer. La crue du Pô nous contrarie horriblement.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Pavie, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

J'ai reçu vos deux lettres (48), citoyen Consul, et la dernière sur le bord du Pô, où j'étais occupé à activer le passage. La crue précipitée de ce fleuve rend le service des ponts volants {p.237} extrêmement difficile. Depuis deux jours, on est occupé à les placer et à les déplacer. Il reste encore à passer ce soir l'artillerie de la division Chambarlhac, le 21e de chasseurs, les divisions Monnier, Gardanne et Lapoype et leur artillerie.

Je me suis déterminé à faire partir ce soir pour Plaisance le 12e de chasseurs et le 6e de dragons, afin qu'ils passent le Pô et me rejoignent demain à Stradella (49).

J'ordonne au général Murat de laisser ce qu'il jugera nécessaire pour bloquer la citadelle et garder le pont et de me rejoindre avec le reste de ses forces, infanterie et cavalerie.

Le passage n'est pas assez avancé pour que je me porte sur Voghera; je me contenterai de porter mon avant-garde à Casteggio, soutenue par le corps du général Victor. Je rassemblerai les autres divisions à Broni et à Stradella. J'espère que, après-demain, nous serons assez réunis pour attaquer l'ennemi à Voghera et partout où il sera en force.

Je vous ai mandé que je ne pouvais donner d'artillerie aux divisions Monnier et Gardanne, faute de chevaux (50).

J'ai vu, avec bien de la peine, que Masséna a pensé à capituler au moment même où l'ennemi recevait l'ordre de lever le blocus de Gênes. Je compte passer demain du côté de la rive droite du Pô, et établir mon quartier général à Stradella ou à Broni. Je désirerais savoir si vous avez donné des ordres au général Duhesme.

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes.

Pavie, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Il est ordonné au général Lannes (51) de partir demain matin avec le corps à ses ordres pour prendre position à Casteggio, sur le torrent de Coppo. Il sera soutenu par le corps du général Victor. Il doit attaquer sans ménagement tout ce qu'il rencontrera. {p.238}

J'ai des renseignements que toutes les forces que l'ennemi peut présenter entre Casteggio et Stradella sont inférieures à lui.

Mon intention est que le général Lannes prenne position à Casteggio sans pousser l'ennemi plus loin, ne voulant l'attaquer à Voghera qu'après-demain, où j'espère que toutes mes forces seront réunies.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Je reçois dans l'instant, citoyen Général, votre lettre de midi (52). Lauriston, qui arrive de Plaisance, me dit que le pont est entièrement fini.

Je vous ai fait connaître, par mes deux derniers courriers, la vraie situation de l'ennemi. Vous ne devez avoir aucune espèce d'alarmes.

Il serait très essentiel que vous me fissiez passer très exactement le rapport de tous les prisonniers, afin de connaître à quelle division ils appartiennent.

Il serait, par exemple, très essentiel de savoir si le parti ennemi, qui s'est présenté a Broni, était du corps du général Ott qui était, il y a trois jours, devant Gênes, ou de celui du général Haddick.

L'essentiel est qu'on ne se laisse point surprendre; que l'avant-garde, à la pointe du jour, soit sous les armes pour éclairer le terrain.

S'il se présente demain un corps contre Stradella, comme cela est possible, qu'on l'attaque en grand, afin d'en avoir 2,000 ou 3,000 prisonniers (53).

Il est certain que ce corps ne peut être que faible. {p.239}

Faites connaître aux généraux Victor et Lannes une partie des nouvelles que je vous ai communiquées. Le général Lapoype est parti ce matin et doit être arrivé. Le général Lorge arrive.

Je ne suis point d'opinion que vous fassiez passer vos troupes par Plaisance; cela mettrait la troupe sur les dents et cela serait susceptible de mille inconvénients. Le Pô baissera; d'ailleurs, avec une traille, l'on passe bien du monde dans vingt-quatre heures.

Ce qui rend votre position belle, c'est qu'à tout événement le corps qui est à Stradella a sa retraite naturelle sur Plaisance.

Je dis à Vignolle qu'il fasse partir les 800 Italiens, qui sont arrivés ce matin, pour Plaisance, où ils se trouveront sous les ordres du général Murat.

Je n'ai point de nouvelles du général Duhesme; je ne sais pas s'il est arrivé à Crémone; si j'ai des nouvelles dans la nuit qu'il y soit arrivé, je lui écrirai directement qu'il envoie 500 hommes et 500 chevaux du côté de Parme, où il arriverait à temps pour prendre 1000 chariots qui composent les bagages de l'armée ennemie.

Murat attend ce soir deux bataillons du régiment de Thurn; il en a pris un ce matin. S'il pouvait prendre ces deux bataillons ce serait un très beau succès.

On a intercepté à Plaisance un courrier venant de Mantoue, qui pourrait porter des dépêches assez intéressantes; on est après à les traduire (54).

Je vous salue.

BONAPARTE (55).

* * *

La division Loison franchit le Pô à Crémone, ce qui assure à l'armée de réserve un troisième point de passage. {p.240}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Pavie, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800), à 11 h. 1/2 du soir.

Citoyen Consul,

Le général Broussier me mande qu'il a investi Pizzighettone; que, s'il avait quatre pièces de siège, il espérerait s'en rendre maître. J'ordonne au général Marmont de les lui envoyer (56).

Le général Duhesme m'écrit qu'il est entré à Crémone, pris des magasins immenses, fait quelques prisonniers, et qu'il s'occupe de passer le Pô.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Extrait du journal de la campagne de l'armée de réserve par l'adjudant-commandant Brossier.

. . . . . Le lendemain 19 (57), une forte reconnaissance poussa ses avant-postes (de l'ennemi) jusqu'à Bozzolo et fit quelques prisonniers, pendant que le citoyen Ordonneau, s'étant emparé de quelques barques, commence le passage du Pô, après {p.241} avoir débusqué les postes autrichiens qui défendaient la rive droite et les avoir obligés à se retirer sur Guastalla.

Le même jour, le général Loison revint de l'expédition sur Brescia, passa le fleuve (58) et marcha sur Plaisance, où il arriva le lendemain (59).

* * *

Le Premier Consul fait connaître en France les succès remportés par l'armée de réserve.

Le Premier Consul, au général Suchet.

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Vous trouverez ci-joint, citoyen Général, différents imprimés qui vous feront connaître la situation de l'armée.

Nous avons passé le Pô à Stradella et Plaisance. Nous sommes maîtres d'Orzinovi, Crema, Brescia, Crémone. Mélas est sans communication. Ses parcs, ses magasins, ses hôpitaux, ses courriers, tout est pris.

Un courrier, intercepté ce matin à Plaisance, nous apprend que Gênes a capitulé. La garnison n'est point prisonnière de guerre; ainsi, elle doit être réunie à vous lorsque vous recevrez ce courrier.

Elsnitz est arrivé hier, 18, à Ormea. J'imagine que vous êtes à sa piste.

Le général Gorrupp, que vous avez poussé à Brans, a seul pu gagner le col de Tende. Il commande à Coni, dont son corps forme la garnison.

Si le corps du général Masséna vous a joint, vous devez être fort. Je vais me mettre à la poursuite de l'ennemi, qui a le projet de se réunir sur Alexandrie. Il est possible que, lorsque j'arriverai, il ne soit pas en mesure et qu'il recule, soit du côté de Turin, soit du côté de la rivière de Gênes (60). {p.242}

Il est difficile que je vous donne des instructions positives, parce que je ne connais ni vos forces, ni ce qui est arrivé; mais votre seul but doit être celui-ci: tenir en échec un corps égal au vôtre (61).

Une fois que vous aurez la tête sur Ceva, vous aurez indirectement, par les habitants du pays, des nouvelles de l'armée, ce qui vous mettra à même de manoeuvrer pour la rejoindre.

Je vous salue.

BONAPARTE (62).

Le Premier Consul, aux Consuls.

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

J'ai reçu, citoyens Consuls, votre courrier du 13. Vous trouverez ci-joint une proclamation du commandant de la Lombardie (63); vous y verrez les événements qui ont eu lieu en Italie; ils sont strictement vrais (64).

L'armée ne se trouvait qu'à trois journées forcées de Gênes; l'ordre de lever le blocus avait été donné par Mélas. Au reste, je ne connais cet événement que par les lettres du général Mélas à Vienne, dont vous trouverez ci-joint les originaux et copie de la traduction. Je désire que vous les fassiez toutes imprimer dans le Journal officiel, c'est-à-dire les deux lettres du général Mélas à M. le comte de Tige, celle de Mélas à M. de Mosel, celle au lord Grenville, celle de {p.243} M. Hartzer, aide de camp, et celle du commandant de Coni (65).

Je vous enverrai, par le premier courrier, des lettres parti culières qui vous feront connaître l'inquiétude extrême dans laquelle se trouve cette armée; elle se trouve absolument coupée (66). Il serait possible qu'elle fût obligée de se concentrer à Gênes.

Vous trouverez ci-joint le petit bulletin de l'armée (67).

BONAPARTE (68).

Bulletin de l'armée de réserve.

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Le général Loison s'est porté d'Orzinovi sur Brescia. Le général Loudon, qui était dans cette ville, n'a eu que le temps de se sauver tout seul.

La légion cisalpine, commandée par le général Lechi, s'est emparée de la flottille que l'ennemi avait sur le lac Majeur, a passé l'Adda à Lecco, s'est porté sur Bergame, a fait 50 prisonniers et pris 4 pièces de canon.

Le général Murat, étant parvenu à réunir 5 à 6 bateaux sur le Pô, a passé ce fleuve à Nocetto, s'est emparé de vive force de Plaisance et a fait un grand nombre de prisonniers. Le 19, à la pointe du jour, un corps ennemi s'étant présenté pour entrer dans le château de Plaisance, il l'a enveloppé et l'a fait prisonnier en entier.

Le général Murat a trouvé à Plaisance tous les magasins de l'armée et a intercepté un courrier de M. Mélas, avec des dépêches extrêmement intéressantes. Il a fait plus de 2,000 prisonniers.

Les dépêches du général Mélas à la cour de Vienne annoncent qu'au moment même où l'ordre arrivait à M. Ott de lever le blocus, le général Masséna envoyait un parlementaire pour capituler. Il paraît, par la lettre du général Mélas, qu'il a rendu Gênes, mais que son armée n'est pas prisonnière de guerre.

Le général Elsnitz, qui a évacué Nice, n'a pas pu effectuer sa retraite par le col de Tende. Le général Suchet l'ayant chassé du col de Braus, il a gagné les sources du Tanaro, et était, le 17 au soir, à Ormea. Par les lettres interceptées du général Mélas, il paraîtrait qu'Alexandrie est mal approvisionnée.

La rapidité avec laquelle l'armée a passé la Sesia, le Tessin et le Pô, fait l'étonnement des Italiens et des ennemis mêmes. Les combats de la Chiusella, du Tessin, de Stradella, de Plaisance, leur persuadent que ce n'est point une armée de recrues, ni une armée de plaisance.

La position du général Mélas est extraordinaire. L'armée française est à cheval sur le Pô, occupant Stradella et le Tessin.

Il y a des personnes qui croient que, si les premiers événements ne lui sont pas favorables, le général Mélas se réfugiera dans Gênes (69).

Bulletin sur les événements militaires, imprimé par ordre du commandant militaire de Lombardie.

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Partageant les sollicitudes que doit avoir le brave peuple cisalpin pour des événements de guerre qui l'intéressent à tant de titres, je m'empresse à lui donner la nouvelle des victoires que l'armée remporte sur tous les points. {p.245}

Le général Lannes, qui a passé le Pô entre Belgiojoso et Stradella, le 17 à 4 heures du matin, a été attaqué par une division ennemie, venant partie de Plaisance, partie d'Alexandrie, et l'a culbutée; 200 Autrichiens sont restés sur le champ de bataille et 300 sont restés prisonniers.

Le 16, le général Murat s'est emparé de la tête de pont du Pô, vis-à-vis de Plaisance, et a fait 100 prisonniers.

Il s'est emparé de tout le pont, hormis les trois derniers bateaux, que l'ennemi a eu le temps de couler bas.

Le 17 (70), à 10 heures du matin, il a passé le Pô à' Nocetto, s'est porté sur Plaisance, est entré dans la ville au pas de charge, s'est emparé des immenses magasins de l'ennemi et d'une partie de son parc de réserve attelé. Il a trouvé plusieurs hôpitaux avec une grande quantité de malades.

Le 18, au matin (71), un corps ennemi de 1000 hommes, venant à marches forcées d'Ancône et de la Toscane, s'est présenté devant Plaisance. Le général Murat l'a fait entourer et l'a fait prisonnier. Il a pris une pièce de canon et un drapeau. Ainsi, le général Murat a fait dans cette circonstance plus de 2,000 prisonniers. Un courrier expédié à Vienne par le général Mélas a été pris ainsi que toute sa correspondance.

Les bagages qui se trouvaient à Plaisance, portés par plus de 1000 chariots, se sont retirés sur Parme et Modène, escortés seulement par 150 hommes. Sans doute les citoyens de Bologne et Modène les arrêteront.

Le camp volant, aux ordres du général Loison, après avoir occupé Crema et Orzinovi, ayant appris que M. Loudon était retourné à Brescia, y avait rassemblé des traîtres, qui ont trahi le peuple pour servir la cause de la tyrannie et des barbares, marcha rapidement sur Brescia où il est entré le 17.

Il a pris prisonnière toute l'escorte du général Loudon et un convoi assez considérable de poudre.

Loudon s'étant sauvé du côté de Crémone, il s'est mis sur-le-champ à sa poursuite où il a dû se joindre au corps du général Duhesme.

Le général Lechi, à la tête de la brave légion cisalpine, a forcé le passage du pont de Lecco, a pris 4 pièces de canon et a fait quelques prisonniers. Il s'est emparé de toute la flottille que l'ennemi avait sur le lac de Côme.

Le général Turreau, instruit que le général autrichien Kaim s'était avancé au delà du village de Saint-Ambroise, a marché à lui, l'a repoussé et lui a fait quelques prisonniers. Après quoi, il est venu prendre sa position d'observation entre Suze et Rivoli.

Le général en chef Masséna s'étant aperçu que l'ennemi avait garni d'artillerie tous les retranchements du blocus, de manière qu'avec un corps moins nombreux que celui qu'il avait dans Gênes, il l'empêchait cependant d'entrer en campagne, a proposé un arrangement au général autrichien Ott, par lequel il est sorti avec toute son artillerie, montant à 20 pièces de canon, sa garnison et tous les patriotes italiens qui étaient dans Gênes, pour se rendre à Oneille, où se trouve le général Suchet, et marcher en Piémont,

Le général Suchet s'étant aperçu que l'intention du général Elsnitz, qui était dans le comté de Nice, était de faire sa retraite par le col de Tende, l'a {p.246} gagné de vitesse dans la journée du 11, l'a culbuté de sa position du col de Braus, a rejeté au delà de la Roya le général major Gorrupp, ce qui a obligé le général Elsnitz à faire sa retraite par Ormea. Toute la partie de la Rivière de Gênes jusqu'à Savone est reconquise par l'armée républicaine.

Le second corps, aux ordres du général Moncey, qui a passé par le Saint-Gothard, vient d'arriver.

Ainsi le drapeau cisalpin est aujourd'hui arboré dans presque toute l'étendue du territoire, hormis dans les départements voisins de l'Adriatique, où il y a peu de troupes impériales.

Citoyens de Bologne, de Reggio, de Modène, aurez-vous besoin des colonnes françaises pour chasser cette poignée de fuyards. Le Premier Consul Bonaparte vous ordonne de prendre les armes, d'arborer sur vos clochers les trois couleurs italiennes et de faire connaître aux barbares que leur dernière heure est sonnée. L'infortunée Italie renaît à l'indépendance et que l'espoir soit désormais dans toutes les âmes. C'est ainsi que vous serez dignes de vos aieux.

VIGNOLLE (72). {p.247}

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9 JUIN
Bataille de Montebello.

Lannes rencontre à Casteggio un corps autrichien marchant sur Plaisance. Soutenu par la division Chambarlhac il parvient, après un combat violent, à enlever les hauteurs situées au sud de Casteggio et à s'emparer de ce village. Il fait poursuivre les Autrichiens au delà de Montebello.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Broni, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'ayant appris que M. le Général Ott était parti de Gênes avec trente bataillons et qu'il était arrivé hier à Voghera (73), j'ai ordonné au général Lannes de quitter sa position de Broni pour attaquer l'ennemi au point où il le rencontrerait (74) et au général Victor de le soutenir avec son corps.

Le général Watrin a rencontré les premiers postes ennemis à San-Giuletta; les forces principales de l'ennemi occupaient Casteggio et les hauteurs qui étaient à sa droite ayant beaucoup d'artillerie en position. Il présentait une force d'environ {p.248} 18,000 hommes. La 28e demi-brigade, la 6e, la 22e et la 40e, après avoir enlevé l'avant-garde ennemie, attaquent la ligne de front en cherchant à tourner sa droite. L'ennemi s'est montré opiniâtre à tenir ses positions. Jamais on n'a fait un feu plus vif; les corps se sont réciproquement chargés à plusieurs reprises.

Un bataillon de la 40e, qui s'abandonna à un mouvement rétrograde, donna quelque avantage à l'ennemi. Alors le général Victor fit avancer la division Chambarlhac. La 24e attaqua la gauche de l'ennemi, la 43e, où était le général Victor, tournait les hauteurs de sa gauche, tandis que la 96e perça le centre de l'ennemi qu'elle culbuta et décida la victoire.

Le village de Casteggio a été pris et repris plusieurs fois, ainsi que plusieurs positions, Le brave 12e régiment d'hussards, qui luttait seul contre la cavalerie ennemie, a fait des prodiges. L'ennemi a été poursuivi jusques auprès de Voghera.

Le résultat de cette journée nous donne 6,000 prisonniers et 5 pièces de canon avec leurs caissons. L'ennemi a eu plus de 2,000 hommes tués ou blessés; nous en avons eu environ 500, parmi lesquels se trouvent le chef de la 22e demi-brigade et mon aide de camp Laborde, blessé légèrement à la tête.

Je vous ferai connaître les noms des braves qui se sont particulièrement distingués.

Tous les corps méritent des éloges.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER (75).

Le général Watrin, au général Dupont (76).

Montebello, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

D'après les ordres du lieutenant général Lannes, la division que je commande est partie hier, à 6 heures du matin, de la {p.249} position qu'elle occupait à Broni, pour venir attaquer l'ennemi, placé à Casteggio et sur les hauteurs en avant de ce bourg.

La 6e légère, conduite par le général Gency, a trouvé les avant-postes autrichiens à la villa de San-Giuletta, et les a repoussés jusqu'à Rivetta Gandolfi (77). L'ennemi, déployant alors des forces considérables et nous faisant un feu bien vif d'artillerie et de mousqueterie, je mis en bataille deux bataillons de la 6e légère sur la droite de la route, avec ordre de tourner les pièces de l'ennemi, tandis que l'autre bataillon et la 40e, conduite par le général Malher, s'empareraient des {p.250} hauteurs de Casteggio pour tourner ce bourg. Le mouvement de la 40e étant trop long, et, m'apercevant que les Autrichiens étaient en force sur les hauteurs, je détachai de suite un bataillon de la 22e pour s'en emparer, tandis que le reste de ce corps restait en bataille des deux côtés de la route avec l'artillerie consulaire (78), celle de ma division (79) et un escadron du 12e de hussards.

Le bataillon de la 22e marchait au pas de charge sur l'ennemi qui tenait ferme dans les montagnes, lorsque, accablé par un nombre bien supérieur de troupes, il fut obligé de se retirer. Notre gauche était déjà tournée. Mais la 40e de bataille qui arrivait en ce moment, est tombée sur l'ennemi avec vigueur, et l'a forcé d'abandonner les hauteurs dont il s'était rendu maître. Ces positions furent vivement attaquées par nos troupes et défendues avec opiniâtreté par l'ennemi. La {p.251} 28e de bataille arrive alors, et, la réunissant avec les 22e et 40e, je parviens à entrer dans Casteggio par les derrières, et à chasser entièrement, de ce bourg et des hauteurs, les Autrichiens qui les ont abandonnés dans le plus grand désordre, laissant le champ de bataille couvert de leurs morts et de leurs blessés.

Pendant ce temps-là, le lieutenant général Lannes s'emparait du bourg par la grande route et le général Gency repoussait, avec la 6e légère, l'ennemi qui tenait encore sur sa droite.

Il y avait déjà cinq heures que nous étions aux prises avec l'ennemi, lorsque la division Chambarlhac arriva; alors, toutes les troupes réunies sont tombées sur l'ennemi avec fureur et l'ont poursuivi jusqu'à Voghera.

Cinq pièces de canon, trois caissons, environ 5,000 prisonniers, parmi lesquels plusieurs colonels et officiers de marque, sont tombés en notre pouvoir.

Cette journée a détruit à l'ennemi près de 10,000 hommes (80) du corps des généraux autrichiens Ott et Vogelsang; il a eu une quantité considérable de morts et de blessés. Notre perte peut être de 3 ou 400 tués ou blessés (81).

Les 6e légère, 22e, 40e et 28e de bataille et l'artillerie se sont couverts de gloire. Il a fallu disputer le terrain pas à pas; l'ennemi est revenu plusieurs fois à la charge. Les généraux de brigade Malher, Gency et l'adjudant général Noguès se sont particulièrement distingués. Une infinité de traits de bravoure ont illustré ce combat, qui a duré depuis 11 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir.

Le citoyen Schreiber, chef de la 22e de bataille, a été blessé; il s'est conduit avec beaucoup d'intrépidité et de sang-froid, de même que les chefs de brigade Maçon et Legendre, les chefs de bataillon Dauture, Michel et Fertel (82).

Je vous demande, mon Général, de l'avancement pour les {p.252} citoyens Dupuy, capitaine à la 22e; Millet, lieutenant des grenadiers de la 40e; Chamorin, capitaine, et mon aide de camp Laborde, capitaine adjoint aux adjudants généraux; Cocher, capitaine aide de camp du général Malher, et Eichman, lieùtenant adjoint aux adjudants généraux (83). Ces officiers, ainsi que les citoyens Saint-Omer et Sainte-Claire, capitaines à la 6e légère, sont restés constamment à la tête des troupes, ont eu leurs habits percés de balles et ont chargé avec vigueur l'ennemi à qui ils ont fait une grande quantité de prisonniers. Il est encore bien des traits de bravoure que je recueille et que je me ferai un devoir de vous faire connaître: officiers et soldats, tous se sont surpassés à l'envi. {p.253}

Les lieutenants généraux Lannes et Victor vous rendront sans doute un compte plus détaillé des troupes sous leurs ordres.

Salut et respect.

WATRIN.

Le général Rivaud, au général Chambarlhac (84).

Montebello, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

J'ai l'honneur de vous rendre un compte détaillé succinctement des événements militaires qui ont eu lieu dans la journée d'hier dans la brigade que je commande.

Je partis le 20 à 11 heures du matin, à la tête des 43e et 96e demi-brigades de Stradella, où ma brigade avait bivouaqué. Je marchai sur Broni pour soutenir l'attaque formée par l'avant-garde commandée par le général Lannes. Dès que j'eus dépassé Broni je reçus ordre de presser le pas et je marchai au pas de course avec ma brigade pendant une heure.

Arrivé à 2 heures devant Casteggio, où un combat très vif s'était engagé depuis une heure, je reçus ordre du lieutenant général Victor de me porter sur la gauche de Casteggio et d'y attaquer, avec la 43e, un groupe de montagnes sur lesquelles 3,000 Autrichiens étaient avantageusement postés et y avaient deux pièces de canon et un obusier.

Je jetai le premier bataillon sur ma gauche et le deuxième bataillon sur ma droite en tirailleurs et je marchai avec le troisième bataillon en colonne au centre. Dans cet ordre je formai mon attaque; je contins d'abord l'ennemi qui repoussait très vivement quatre bataillons des 22e, 28e et 40e et menaçait de s'emparer du chemin de Casteggio à Broni et couper ainsi la retraite aux troupes de l'avant-garde du géné-Lannes. Je fis rallier ces quatre bataillons, mais ils se trouvèrent trop fatigués pour reprendre l'avant-garde; ils marchèrent derrière afin de me soutenir si j'en avais besoin.

Je continuai mon attaque de la montagne à la gauche de {p.254} Casteggio (85) et faisant toujours marcher le troisième bataillon en colonne, au centre des deux autres en tirailleurs. J'emportai la position et; y fis 50 prisonniers que j'envoyai de suite sur les derrières.

Je poursuivis l'ennemi qui se retira sur un autre coteau et j'éprouvai une nouvelle résistance très vive; mais malgré le feu de l'infanterie et celui du canon et de l'obusier de l'ennemi, je marchai toujours à la tête du troisième bataillon en colonne et sur le centre de l'ennemi sans tirer un coup de fusil, pendant que les deux autres bataillons de la 43e attaquaient en tirailleurs à droite et à gauche; j'emportai de nouveau la position, j'y tuai beaucoup de monde; j'y fis quelques prisonniers. Dans cet ordre de bataille, j'ai successivement enlevé six montagnes, coteaux ou mamelons sur lesquels l'ennemi se retirait, et je suis parvenu jusqu'au château de Jordone (86) qui a été cerné et attaqué par deux compagnies du 3e bataillon; il a été forcé, on y a tué 150 hommes et pris un pareil nombre; une pièce de canon qui m'incommodait fort sur mon centre a été tournée par des compagnies du 2e bataillon et la pièce a été prise. J'ai continué de marcher en avant et de chasser l'ennemi qui s'affaiblissait par des pertes considérables en tués, en blessés et en prisonniers.

Enfin, à 8 heures du soir, je me suis arrêté à 3 milles en avant de Montebello et à 6 milles du point d'où j'étais parti. Je n'avais plus devant moi rien qui résistât et je n'apercevais plus d'ennemis. J'ai réuni mes trois bataillons de la 43e, à quelques hommes égarés près, et je me suis retiré sur ma droite pour me concentrer avec le reste de la division. Je me suis établi en avant du village de Montebello où j'ai bivouaqué et passé la nuit.

Les trois bataillons se sont battus avec beaucoup de valeur dans cette action, où ils ont rendu un service important à l'armée; les conscrits ont rivalisé de courage avec les vieux soldats. {p.255}

Pendant qu'avec la 43e j'exécutais les opérations dont je viens de vous rendre compte, les 1er et 2e bataillons de la 96e ont reçu ordre de marcher sur la grande route de Voghera par le village de Casteggio. Dès que ces deux bataillons ont eu passé le village de Casteggio, le chef de brigade Lepreux les a formés en colonnes serrées par pelotons et a marché à leur tête malgré un feu violent d'artillerie qui a emporté beaucoup d'hommes. Ces deux bataillons ont battu le pas de charge, marché en avant avec beaucoup d'intrépidité, et repoussé, un mille, l'artillerie et la cavalerie ennemies. Le chef de bataillon Leriget s'est distingué dans une charge par l'ardeur et le courage qu'il a imprimés au bataillon qu'il commande; le capitaine de grenadiers de ce bataillon a été grièvement blessé.

Après cette charge les deux bataillons ont été jetés en tirailleurs à droite et à gauche de la route de Casteggio à Voghera et ont repoussé l'ennemi sur tous les points. La nuit a arrêté la poursuite et on n'a pu rallier ces deux bataillons que ce matin à la pointe du jour, tant ils étaient acharnés à poursuivre l'ennemi.

Dans cette journée, ces deux bataillons ont rendu des services importants, en arrêtant sur la grande route les efforts de l'ennemi qui gagnait beaucoup de terrain sur Casteggio. Le 3e bataillon de la 96e est resté en arrière à l'entrée de Casteggio avec quelques pièces d'artillerie (87).

Je ne puis préciser, mon Général, le nombre des hommes que nous avons tués ou blessés ou pris à l'ennemi; mais j'estime que ma brigade a tué et blessé 1500 hommes, en a pris environ autant et une pièce de canon. Je n'ai pas encore l'état des hommes que nous avons perdus mais, d'après les différents rapports, ma brigade a eu 300 hommes en tués et blessés. J'en ferai former l'état exact et je vous le ferai passer; je vous ferai également connaître les hommes qui se sont particulièrement distingués; tous se sont conduits parfaitement. Les chefs de brigade et de bataillon ont donné l'exemple et ont bien conduit leurs corps. On doit rendre à ma brigade la justice qui lui est due; c'est qu'elle a servi dans cette bataille {p.256} d'une manière distinguée et qu'elle a rendu les plus grands services. Les généraux Victor, Lannes et Watrin ont vu ce qu'elle a fait et lui ont donné des éloges.

RIVAUD.

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

20 prairial. – Bataille de Montebello. – Lieutenants généraux Lannes et Victor. – Divisions Watrin et Chambarlhac.

. . . . . (88) . . . . .

Une intrépidité peu commune se fit remarquer sur ce dernier point (Casteggio), où l'ennemi, voulant réparer sa défaite, fit des efforts extraordinaires, se ralliant derrière son artillerie à mesure qu'il était poussé. Celle des Consuls la suivait constamment à 30 pas de distance et faisait ou recevait un feu épouvantable.

La cavalerie autrichienne, bien supérieure en nombre et couverte par une haie épaisse, où elle s'était ménagé des issues, fondit avec impétuosité sur la cavalerie française qui la chargea à son tour avec un acharnement sans exemple et parvint à la repousser. A l'entrée du bourg, un choc de même nature s'engagea, et il ne fut ni moins violent ni moins heureux que le premier.

Enfin, cette colonne chassa l'ennemi de Casteggio par la grande route, tandis que les quatre bataillons, secourus par le général Rivaud, s'étant réunis aux corps dont ils faisaient partie, le poursuivirent par la gauche, le forçant à rentrer dans le bourg et l'en débusquèrent aussi.

L'ennemi, chassé de Casteggio, veut y rentrer et prend position sur la grande route, auprès du moulin qui se trouve à demi portée de fusil du second pont; trois pièces d'artillerie lançaient un feu perpétuel de mitraille. Les troupes françaises, que l'ardeur de vaincre élevait au-dessus d'elles-même s, s'élancent trois fois sur l'ennemi et trois fois sont repoussées.

Enfin, il y avait cinq heures que les deux armées étaient {p.257} aux prises, lorsque la division Chambarlhac acheva de décider le succès de la bataille.

Par ordre du général en chef, la 24e légère et la 96e de bataille s'avancent sous le commandement du général Victor.

L'avant-garde de la 24e légère s'était déjà portée en avant pour soutenir les deux bataillons de la 6e, aux ordres du général Gency; alors, la 6e légère et le 3e bataillon de la 96e passent le Coppo, au-dessous du bourg, à l'effet de tourner les pièces et d'envelopper l'ennemi, et les 1er et 2e bataillons de la 96e se réunissent à l'attaque centrale.

L'ennemi, justement effrayé de ce mouvement, veut battre en retraite, pour éviter d'être pris en flanc sur sa gauche par la 6e légère, réunie à la 24e. Attaqué en même temps de front par le général Lannes et les deux bataillons de la 96e, chargé, en outre, par les troupes à cheval, il se débande et fuit en déroute.

Cependant, le général Rivaud continuait à combattre autour et dans le village de Montebello les corps autrichiens qui faisaient une vigoureuse résistance. Enfin, il parvient à leur faire abandonner le village, leur livre un dernier combat, sur la gauche de la grande route, et leur fait éprouver une perte considérable.

A ce moment, les troupes françaises, qui venaient de forcer le passage si difficile du moulin, près Casteggio, se réunissent à celles commandées par le général Rivaud, et, toutes ensemble, poursuivent l'ennemi sur le chemin de Voghera, jusqu'à 8 heures du soir. Elles ne s'arrêtent qu'à 3 milles en avant de Casteggio et lorsque la nuit dérobe l'armée autrichienne à leur vue.

Le général de division Watrin a montré, dans cette affaire, comme dans toute sa marche depuis le passage du Grand-Saint-Bernard, que les talents militaires, réunis à un grand courage, peuvent changer le sort des combats. Les généraux de brigade Malher, Mainoni, Gency et Rivaud ont fait passer dans l'âme de leurs troupes l'ardeur guerrière dont ils sont animés.

L'adjudant général Noguez, à peine remis des blessures qu'il a reçues à Châtillon, s'est particulièrement distingué.

Le citoyen Huard, capitaine du génie, a été légèrement {p.258} blessé, Il est constamment resté à la tête de la colonne du centre et n'a pas peu contribué à diriger les troupes.

Le citoyen Lucien Watrin a fait prisonnier, au milieu de la mêlée, un colonel autrichien. Bien jeune encore, il a déjà fourni une longue carrière de gloire.

Les citoyens Chamorin, aide de camp du général Watrin; Cocher, aide de camp du général Malher; Laborde, Joannon, Biaumé et Eichmann, officiers d'état-major, se sont élancés au milieu des plus grands dangers, partout où les ordres des généraux les appelaient.

L'artillerie des divisions (89) a rivalisé d'intrépidité et d'activité avec celle des Consuls.

Les chefs de brigade Schreiber, Maçon, Legendre et Lepreux ont fait, à la tête de leurs troupes, des prodiges de valeur, ainsi que les chefs de bataillon Dauture, Michel, Fertel et Leriget.

La conduite du citoyen Dupuis, capitaine à la 22e demi-brigade, et du citoyen Millet, lieutenant de grenadiers à la 40e, a mérité les éloges particuliers du général Watrin.

Le citoyen Millet sauva un jeune soldat de la 28e, pris par trois Autrichiens, en sabra deux et fit le troisième prisonnier. Il a singulièrement contribué, en outre, à conserver les hauteurs de Casteggio et à rallier les troupes.

Le citoyen Duval, lieutenant de la 8e compagnie du 2e bataillon de la 40e, se trouvant enveloppé par un peloton d'ennemis, parvint, avec l'aide de 4 cavaliers, à se dégager de leurs mains, et fit mettre bas les armes à 25 Autrichiens. Les sous-officiers Gimont, Lavigne et Lainé ont prouvé, par leur valeur, qu'ils sont dignes d'un grade supérieur.

On a vu un jeune tambour, nommé Gabriel Coctil, natif de Romagny, s'élancer seul au milieu des champs, marcher en avant, battre la charge, et attirer à lui un peloton de braves qui débusquèrent l'ennemi d'une des hauteurs qu'il occupait.

Trois hommes ont fait mettre bas les armes, dans le bourg de Casteggio, à 60 Autrichiens. Les noms de ces valeureux soldats sont restés ignorés. {p.259}

Bulletin de l'armée de réserve (90).

Stradella, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

Le 20, le Premier Consul est parti de Milan pour se rendre à Pavie; il n'y est resté qu'une heure, est monté à cheval et a passé le Pô pour rejoindre l'avant-garde, qui déjà était aux prises avec l'ennemi (91).

Le général Ott était arrivé de Gênes à Voghera en trois marches forcées, avec un corps de 15,000 hommes qui bloquaient cette place. Il avait été renforcé par un corps de 4,000 à 5,000 hommes, qui avait été destiné par le général Mélas à défendre le Pô. L'avant-garde de cette armée et celle de l'armée française se rencontrèrent sur les midi. L'ennemi occupait les hauteurs en avant de Casteggio. On s'est battu toute la journée avec la plus grande opiniâtreté.

Le général Victor a fait donner la division Chambarlhac d'une manière extrêmement heureuse.

La 96e, par une charge à la baïonnette, a décidé le succès de la bataille encore incertain. L'ennemi a laissé 3,000 morts ou blessés, 6,000 prisonniers et 5 pièces de canon. La déroute a été entière. Le 12e de hussards s'est couvert de gloire. Nous avons eu 600 tués ou blessés. {p.260}

Il parait que M. le général Mélas a évacué Turin et concentre toutes ses forces à Alexandrie.

L'ennemi a été poursuivi au delà de Montebello.

Le général Watrin a montré du talent et un enthousiasme qui enlève les troupes (92).

La bataille de Montebello a porté l'épouvante et le découragement dans les partisans de l'Autriche. Ils voient que les événements qui vont avoir lieu n'ont plus pour but la conservation de l'Italie, mais la retraite de l'armée autrichienne. Un général ennemi a été tué; plusieurs généraux ont été blessés.

Le général en chef Masséna doit avoir joint le général Suchet, être arrivé le 16 à Oneille et va bientôt aussi déboucher en Piémont (93).

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Casteggio, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

Bataille de Casteggio, le 20 prairial. – Je m'empresse, citoyen Consul, de vous rendre un compte plus détaillé de la bataille de Casteggio.

J'avais appris que le général autrichien Ott avait passé la Scrivia avec les troupes qui formaient le blocus de Gênes et s'était rendu à Voghera. J'ordonnai au général Lannes de partir de Broni dans la matinée du 20 et d'attaquer l'ennemi partout où il le rencontrerait; au général Chambarlhac de suivre ce mouvement et aux généraux Monnier et Gardanne d'effectuer promptement le passage du Pô avec leurs divisions. Nous n'avions encore au delà de ce fleuve que les corps des généraux Lannes et Victor, 300 chevaux et quelques {p.261} pièces d'artillerie (94); mais je sentais l'importance de remplir vos intentions en attaquant sans délai l'ennemi fatigué d'une marche pénible.

L'avant-garde du corps commandé par le général Lannes a rencontré les avant-postes autrichiens à San-Giuletta et les a repoussés jusqu'à Rivetta que l'ennemi occupait en force avec beaucoup d'artillerie. Deux bataillons de la 6e légère se portent sur la droite pour tourner l'artillerie ennemie, tandis que le 3e bataillon et la 40e demi-brigade s'emparent des hauteurs de Casteggio, afin de tourner ce bourg. La droite de l'ennemi cherche à déborder ces corps; le général Watrin s'en aperçoit et détache sur-le-champ un bataillon de la 22e avec ordre de gagner les hauteurs; des forces supérieures pressent ce bataillon de tous côtés et l'obligent à un mouvement rétrograde. Mais la 40e de ligne, en marchant par sa gauche, enlève bientôt à l'ennemi tous les avantages qu'il avait obtenus. Au même instant la 28e arrive, le général Watrin la réunit aux 22e et 40e, tourne Casteggio et parvient à en chasser l'ennemi. Tandis que ce mouvement s'exécutait, le général Lannes s'emparait du bourg par la grande route et le général Gency était aux prises avec l'ennemi qui tenait avec opiniâtreté dans la position qu'occupait la gauche.

L'avant-garde se battait depuis quatre heures, le terrain était disputé pied à pied, les positions importantes étaient tour à tour prises et reprises; jamais combat ne fut plus opiniâtre.

La réserve, commandée par le général Victor, reçoit l'ordre d'appuyer l'avant-garde. La 24e et un bataillon de 500 hommes commandé par le citoyen Delpuech se portent sur la droite, tandis que le général Herbin, avec trois compagnies de carabiniers, charge avec vigueur la gauche de l'ennemi. Les 43e et 96e, commandées par le général Rivaud, s'ébranlent à leur tour et marchent au pas de charge. La 24e tourne l'ennemi par la gauche, gagne les hauteurs, enlève deux pièces de canon et fait un grand nombre de prisonniers (95). La 96e charge avec impétuosité le centre sur la grande route et parvient {p.262} à le percer au milieu d'une grêle de mitraille. Bientôt plusieurs parties de la ligne ennemie commencent à plier; les généraux Victor et Lannes profitent de ce moment, l'ordre est donné à tous les corps de charger à la fois. L'ennemi cède sur tous les points, le désordre et l'épouvante sont dans ses rangs, sa déroute est complète; il est poursuivi dans sa fuite jusqu'à Voghera.

Cette bataille a duré depuis 11 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir. Les conscrits y ont rivalisé d'ardeur avec les vieux soldats; le 12e régiment de hussards, le seul qui ait donné, a fait des prodiges de valeur, il a chargé tour à tour l'infanterie et la cavalerie ennemie. L'artillerie des Consuls a rendu les plus grands services; toujours en avant de l'infanterie, elle a tiré avec cette précision et cette justesse qui caractérisent le sang-froid uni à la valeur.

Nous avons fait dans cette journée plus de 5,000 prisonniers, tué ou blessé plus de 2,000 hommes et pris 6 pièces de canon avec leurs caissons. Le général autrichien O'Reilly a été blessé.

L'ennemi avait 15,000 hommes d'infanterie et 2,000 de cavalerie.

Nous avons à regretter 60 hommes tués et 400 blessés. Au nombre de ces derniers est le citoyen Schreiber, chef de la 22e de ligne.

Parmi les braves qui se sont particulièrement distingués on nomme l'adjudant général Noguès qui avait déjà été blessé dans la vallée d'Aoste; mon aide camp Laborde qui a chargé avec la 96e; le sous-lieutenant Montbrun, aide de camp du général Lannes, les chefs de brigade Macon et Legendre, les chefs de bataillon Dauture et Michel; les citoyens Puisségur, Colin, Pisiere, Dupuis, capitaines; Chamorin, aide de camp du général Watrin; Cocher, aide de camp du général Malher; le citoyen Vincent, lieutenant; le citoyen Charbonier, sous-lieutenant; {p.263} les citoyens Paulot, Cardinal, Baillet, Berthe, Philipot, Ponce, sergents; les citoyens Saint-Pis, caporal et Lieu, chasseur.

Alex. BERTHIER (96).

Extrait de la relation des mouvements et des combats des différents corps composant l'armée de réserve (97).

. . . . .

Ses avant-postes (de l'ennemi) étaient à San-Giuletta; ils furent repoussés jusqu'à Rivetta par la 6e légère, qui les y rencontra à 10 heures du matin.

L'artillerie des Consuls et celle de la division Watrin marchaient après cette demi-brigade, ayant en tête celle des Autrichiens. Le lieutenant général Lannes se mit en bataille sur la droite de la route; la 6e formait l'avant-garde, la 40e et la 22e formaient le corps de bataille, dont la droite était soutenue par un escadron du 12e de hussards; la 28° était en réserve.

Le lieutenant général Lannes envoya le général Gency avec deux bataillons de la 6e légère pour tourner l'artillerie de l'ennemi, tandis que le troisième bataillon et la 22° attaquaient en front le village de Casteggio.

La 40e fut placée à gauche, sur les hauteurs en face de celles de Casteggio. pour observer et contenir l'ennemi; elle devint le pivot de l'attaque déterminée par le lieutenant général Lannes.

La 6e légère attaqua avec une vivacité qui l'emporta un peu loin; elle fut ramenée par l'ennemi et vint se rallier sur l'alignement de la 22e, dont un bataillon fut détaché pour arrêter les Autrichiens.

Le lieutenant général Lannes fit alors avancer sur le centre, par les deux côtés de la grande route, les deux autres bataillons de la 22e qui chassèrent l'ennemi jusque au delà du premier pont de Casteggio.

L'escadron du 12e de hussards suivit ce mouvement par la grande route.

Cependant le bataillon de la 22e, qui avait été envoyé contre l'ennemi lorsqu'il poursuivait la 6e légère, était pressé à son tour et obligé à la retraite. La 28e ayant reçu l'ordre de se mettre en ligne à droite de la 22°, rejette l'ennemi une deuxième fois en arrière.

La division Chambarlhac, aux ordres du lieutenant général Victor, était en marche et commençait à déboucher. Le lieutenant général Lannes alors se détermine à faire usage de toutes ses forces et à poursuivre l'ennemi; mais il avait aussi reçu des renforts, et prenant position partie sur les hauteurs en {p.264} arrière de Casteggio, partie autour du village, il oppose encore une vive résistance.

(NOTA. – Le lieutenant général Victor donna à ce moment une grande preuve de générosité. Il laissa au lieutenant général Lannes, qui avait engagé l'affaire depuis le matin, la libre disposition de ses troupes).

Une colonne d'environ 3,000 hommes et soutenue par une batterie de deux pièces de canon et un obusier, menaçait de couper la retraite de la gauche, en gagnant du terrain sur la route de Casteggio vers Rivetta.

Le lieutenant général Victor envoya la 24e légère au centre, pour renforcer sur ce point important, car une fois maître du défilé et des ponts de Casteggio, la ligne de l'ennemi était coupée. Elle s'avance en colonnes jusqu'au deuxième pont, mais elle trouve là trois escadrons ennemis qui l'attaquent en front et par les flancs, et l'obligent à la retraite. Ce fut en ce moment qu'eut lieu une belle charge de l'escadron du 12e de hussards, qui se précipite avec une grande bravoure sur les escadrons ennemis et les force à repasser au delà du deuxième pont.

L'infanterie profite à l'instant de cet avantage. La 22° force le passage et s'établit de l'autre côté du pont. La 6e légère passe le Coppo plus bas, tourne le flanc de l'ennemi, le met en désordre et lui fait 1800 prisonniers.

La 96e, du corps du lieutenant général Victor, vint aussi prendre position à côté de la 22e, malgré un feu de mitraille et de mousqueterie extrêmement vif. L'escadron du 12e de hussards par son audace et sa contenance en impose à 1500 hommes de cavalerie et oblige l'ennemi à se retirer en arrière d'un cimetière où il avait placé de l'artillerie, et qui était son point d'appui.

La gauche de l'ennemi était forcée et prise. La 6e et la 96e continuèrent leur marche sur Montebello.

En même temps la 40e força la gauche de Casteggio, et la 43e, du corps du lieutenant général Victor, tournant de plus loin encore la position de la droite de l'ennemi, se dirige de même par Montebello; en sorte que l'infanterie autrichienne, qui n'avait plus la grande route pour sa retraite, fut en un instant dispersée. Presque tout ce qui se trouvait entre Casteggio et Montebello fut pris; la cavalerie eut de la peine à se frayer un passage.

Les troupes réunies des deux divisions poursuivirent les fuyards jusqu'à Voghera et ne s'arrêtèrent que lorsque la nuit leur déroba leurs ennemis. Le résultat de cette journée fut de près de 6,000 prisonniers, environ 1500 tués ou blessés, du côté des Autrichiens; le général O'Reilly est au nombre de ces derniers.

Du côté des Français la perte a été de 60 hommes tués et 400 blessés; le chef de la 22° brigade Schreiber est au nombre des derniers.

. . . . . (98) . . . . .

Extrait de la Revue militaire autrichienne (99).

Le feld-maréchal-lieutenant Ott avait, dès le 7 juin, rallié à Novi les divisions {p.265} Vogelsang et Schellenberg (100), lorsqu'il apprit que les Français avaient passé le Pô. Toutefois, dans l'opinion que ce n'était pas encore le gros de l'armée de réserve française qui avait passé le fleuve, et qu'il parviendrait en réunissant toutes les troupes autrichiennes qui se trouvaient dans la région, à battre les forces françaises arrivées jusqu'alors, et même à atteindre Plaisance (101), il décida de partir ce jour-là même pour Voghera.

Mais à la suite des pluies des jours précédents, la Scrivia avait tellement grossi qu'il n'était pas possible de la traverser. Le général major Brigido, qui commandait à Tortone, fit bien construire deux ponts, l'un avec des voitures et l'autre avec des radeaux, mais tous les deux furent emportés par la violence du courant et tout passage fut empêché ce jour-là (102).

Ce n'est que le 8 juin, la rivière étant devenue plus tranquille, que le feld-maréchal-lieutenant Ott put la traverser (103). Il s'avança ce jour-là jusqu'à Voghera, envoya son avant-garde à Casteggio et plaça son corps en ordre de bataille. Le feld-maréchal-lieutenant comte O'Reilly commandait l'avant-garde, qui se composait de 6 bataillons et de 4 escadrons. La première ligne, sous les ordres du feld-maréchal-lieutenant Vogelsang et du général major Gottesheim, comptait 9 bataillons; la seconde ligne, sous les ordres du feld-maréchal-lieutenant Schellenberg et du général major Sticker, en avait 11 ; 6 escadrons de dragons de Lobkowitz constituaient la réserve.

Le général major Gottesheim avait, à son départ de Gênes, divisé sa brigade en deux parties. Il envoya son infanterie sur Plaisance, par le {p.266} chemin le plus court passant par Bobbio (104), tandis qu'avec 3 escadrons de hussards de Nauendorf il prit la direction de Bochetta (105).

. . . . .

Le feld-maréchal-lieutenant Ott ne pouvait compter être renforcé par la colonne du feld-maréchal-lieutenant prince Hohenzollern, car les soldats, qui avaient été prisonniers de guerre dans Gênes et qui avaient été laissés pour former la garnison de cette place, n'étaient pas capables de faire le service en campagne à cause de leur épuisement extraordinaire.

. . . . .

Les premiers avant-postes des Autrichiens se trouvaient à San-Giuletta. Le général Watrin, qui commandait la tête des forces françaises, les refoula après un court combat jusqu'à Rivetta. Le feld-maréchal-lieutenant Ott venait d'arriver avec sa première colonne à midi à Casteggio, lorsqu'il apprit que l'ennemi s'avançait.

Les deux adversaires étaient partis presque à la même heure (à 9 heures du matin) du point où ils se trouvaient et ils avaient les mêmes intentions. Il semble seulement que le feld-maréchal-lieutenant Ott n'était pas instruit de tous les détails du passage du Pô par l'armée de réserve française; sans cela, il aurait évité un combat aussi inégal (106). Plaisance était perdue, il est vrai; {p.267} mais toutefois la croyance que le feld-maréchal-lieutenant Ott ne pourrait pas s'ouvrir en combattant un passage jusqu'à cette ville n'était pas encore devenue une certitude. C'est uniquement à cause de cette considération que le premier coup fut tiré à Casteggio (107).

Ott fit occuper les hauteurs situées au sud de Casteggio par la division Vogelsang et la petite ville elle-même par 6 bataillons de la division Schellenberg; il plaça ensuite, à gauche de Casteggio, le régiment de dragons Lobkowitz à couvert derrière une haute haie vive, dans laquelle des intervalles ouverts furent ménagés, et 5 bataillons de la division Schellenberg comme réserve à Montebello. Il résolut d'opposer à l'ennemi une vigoureuse résistance, s'il ne pouvait prendre l'offensive.

Le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly ayant fait occuper les hauteurs à droite de Rivetta par quelques bataillons, avait arrêté l'ennemi par le feu de son artillerie, sur la route devant Rivetta et donné ainsi aux colonnes en arrière le temps de prendre leurs positions.

Le général Watrin chercha avec 4 bataillons à s'emparer de ces hauteurs et avec 2 autres à tourner le petit village sur la droite. Les deux avant-gardes se trouvaient donc engagées dans une vive fusillade et canonnade, tandis que les troupes de soutien se déployaient successivement.

Après une énergique résistance d'une demi-heure, les bataillons autrichiens, placés sur les hauteurs, commencèrent à céder devant la supériorité numérique de l'ennemi. Déjà les Français tournaient Rivetta par les hauteurs et obligeaient à la retraite le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, qui était aussi très pressé sur le front, lorsque le général major Gottesheim, qui avait rassemblé ses 6 bataillons (108) sur les hauteurs au sud de Casteggio, s'avança au pas de course contre les assaillants et reconquit les hauteurs perdues. Le feld-maréchal -lieutenant Ott fit avancer le régiment de dragons de Lobkowitz avec {p.268} une batterie de cavalerie, pour recevoir le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly et il reprit ainsi ses premières positions.

Mais la division Monnier et tout le corps du général Victor (109) étaient arrivés sur ces entrefaites et avaient mis le général Lannes en mesure d'ébranler la position autrichienne par une seconde attaque renforcée. Monnier reçut l'ordre d'attaquer l'aile gauche des Autrichiens, tandis que Victor avec la division Chamharlhac devait attaquer la droite (général Gottesheim) et la rejeter sur Casteggio. Le général Watrin resta au centre et derrière lui la division Gardanne (110) fut placée comme réserve. Le général major Gottesheim accueillit par une fusillade meurtrière le général Rivaud (111), qui commandait l'avant-garde de la division Chambarlhac. Toutefois Rivaud déploya 3 bataillons en tirailleurs et les fit marcher sur le flanc droit du général major Gottesheim. Lui-même avec le reste de sa brigade attaqua la position de front. Ce plan réussit. Pressé de tous côtés, Gottesheim se retira en combattant de colline en colline, jusque sur les hauteurs de Casteggio, où se trouvait le feld-maréchal-lieutenant Vogelsang, avec 3 bataillons et 2 batteries, qui recueillit les fuyards.

Le général Watrin s'était emparé de Rivetta et s'était mis en marche sur Casteggio. Le colonel prince Taxis, avec ses dragons, inquiéta cette marche et l'arrêta jusqu'à ce que le feld-maréchal-lieutenant Schellenberg, passé à gauche de Casteggio avec 6 bataillons et 16 canons, pût recevoir le général Watrin. Le combat devint alors général.

Il devint bientôt manifeste que le gros de l'armée de réserve française se trouvait devant Casteggio. Les suppositions erronées faites jusqu'alors et d'après lesquelles une faible partie seulement da l'armée de réserve française avait passé le Pô, pour masquer la marche du corps principal sur Mantoue, furent réfutées par l'évidence (112).

Il fallut abandonner l'espoir que le corps du feld-maréchal-lieutenant Ott pût arriver à Plaisance. Ott se prépara donc à la retraite. Sur ces entrefaites, le feld-maréchal-lieutenant Vogelsang, sur les hauteurs de Casteggio, avait repoussé cinq attaques consécutives de la division Chambarlhac. Toutefois son flanc droit ayant été tourné, il fut obligé de se retirer au delà du Coppo (le ruisseau qui coule à Casteggio), sur Montebello. Sous la protection de 32 canons et de la cavalerie, le feld-maréchal-lieutenant Ott retira peu à peu son infanterie et traversa le Coppo. Casteggio resta occupé par l'ancienne avant-garde afin de couvrir la retraite.

Bonaparte donna l'ordre à toutes ses troupes de marcher sur Casteggio. Le {p.269} feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, aussitôt après que la division Schellenberg eut passé le Coppo, avait envoyé en arrière tous ses canons en conservant seulement une batterie. Il attendit avec une froide résolution le choc de l'armée ennemie. Bonaparte donna l'ordre au général Monnier de passer le Coppo, au-dessous de Casteggio, et fit avancer la réserve sous les ordres de Gardanne pour s'emparer de Casteggio. Après un combat opiniâtre, le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly abandonna la petite ville et, sous la protection des canons en position sur la rive gauche du Coppo, il battit en retraite et passa le ruisseau sur le pont de pierres qui existait à cet endroit. Afin de préserver sa retraite de tout accident important, le feld-maréchal-lieutenant Ott décida de défendre aussi longtemps que possible la rive gauche du Coppo. Les Français se jetèrent, il est vrai, sur le pont, mais le feu à mitraille des Autrichiens fut si meurtrier qu'il rendit vains trois efforts consécutifs de l'adversaire, jusqu'à ce qu'enfin le général Gency (de la division Monnier) passa le Coppo en dessous de Casteggio, avec 5 bataillons et 1 régiment de hussards et décida ainsi le succès (113).

Le feld-maréchal-lieutenant Ott fit renforcer par le régiment de dragons de Lobkowitz et 2e bataillons Spleny, le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly qui maintenant formait l'arrière-garde, et continua sa retraite par Voghera vers la Scrivia. Jusqu'à Voghera le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly fut constamment inquiété par les Français; il prit enfin position à Ponte-Curone, tandis que le feld-maréchal-lieutenant Ott rassemblait ses troupes dans le camp de Castel-Novo. Les pertes des Autrichiens étaient de :

659 morts dont 6 officiers;
1,445 blessés dont 53 officiers;
2,171 prisonniers dont 45 officiers.

Au total 4,275 hommes, 94 chevaux et 2 canons de 3 livres. Les pertes des Français ne s'élevaient, d'après leurs bulletins, qu'à 600 hommes! (114).

* * *

Le Premier Consul part de Milan le jour de la bataille de Montebello. Avant de quitter cette ville, il donne un ordre très important pour organiser la marche de l'armée par les deux rives du Pô et assurer en même temps la sécurité de la ligne d'opérations en organisant {p.270} la défense du Tessin face à l'Ouest et de l'Oglio face à l'Est, de façon à être maître de la zone comprise entre ces deux rivières et le Pô.

Le Premier Consul, au Général en chef.

Milan. le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

Vous trouverez ci-joint, citoyen Général, des lettres du général Suchet (115). Vous y verrez que, depuis la prise de Braus, à l'évacuation de la ligne de Vintimiglia, il a fait 1500 prisonniers à l'ennemi.

Je ne vois pas d'inconvénient que le général Murat passe encore toute la journée d'aujourd'hui à Plaisance.

Je n'ai reçu aucune nouvelle du général Duhesme, ni de Loison; donnez-lui l'ordre de se rendre à Plaisance; il servira de réserve (116).

Il ne faut penser à aucune espèce de siège jusqu'à ce qu'il y ait eu une bataille. Quatre pièces ne sont rien s'il n'y a 1000 coups par pièce (117), et le général Marmont ne peut pas les envoyer sans désorganiser son équipage de campagne.

Il faut penser à la défense du Tessin, à celle de l'Oglio ou de l'Adda, et enfin du pont de Plaisance. Il faut charger le général Moncey de toutes ces opérations.

Le général Lorge, avec les 2,000 cisalpins de Lechi, un {p.271} bataillon de la 12e légère, deux bataillons de la 67e et 400 chevaux, des premiers qui arriveront du Rhin, formerait un camp volant destiné à couvrir Brescia et Crémone. Il manoeuvrerait selon les circonstances, pourrait se tenir entre ta Chiese et Orzinovi. Ce corps serait successivement renforcé à mesure que la queue du général Moncey arriverait.

Un second corps, composé des 1600 cisalpins partis ce matin pour Plaisance, un bataillon de la 12e légère et un de la 1re, serait chargé de bloquer Pizzighettone et le château de Plaisance. Un général de brigade commanderait ce corps, se tiendrait, avec le quart en réserve à Codogno, pour pouvoir, selon les circonstances, se porter au secours de Pizzigettone ou de Plaisance.

Un troisième corps, composé de : un bataillon de la 12e, un de la 1re et un de la 27e, formerait le blocus de la citadelle de Milan.

Enfin, un bataillon, avec 200 hommes de cavalerie: se tiendrait sur le Tessin, pour observer Buffalora jusqu'à Sesto, et se tiendrait en communication avec le général Bethencourt (118).

Il resterait toujours à garder la partie du Tessin entre Pavie et Buffalora. Il faudra qu'une des petites divisions Lapoype {p.272} ou Gardanne file sur la gauche du Pô (119), en se tenant toujours à la hauteur de l'armée, de manière à pouvoir se replier si l'ennemi passait le Pô (120) et disputer le Tessin, de manière à donner à l' arrière- garde le temps d'arriver.

Il sera donc nécessaire d'avoir toujours une division une journée en arrière de l'armée, en réserve, et d'avoir sur le Pô quelques barques suivant les mouvements de l'armée, qui puissent établir la communication aussi rapide que possible entre une division qui restera sur une rive et l'armée (121). S'il était possible d'avoir une petite barque et d'y mettre une pièce de 3, cela pourrait être de la plus grande utilité.

Je serai à Pavie à 2 heures après-midi; je vous prie de m'y attendre (122).

J'ai fait demander au commandant de la Lombardie, en {p.273} payant ou autrement, une centaine de chevaux (123); tachez aussi d'en trouver à Pavie. Cette ville, qui s'est toujours plus mal comportée, mérite moins d'égards que Milan.

BONAPARTE (124).

Le général de division Lapoype (125), au lieutenant-général Moncey.

Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

Nous n'avons pas encore passé le Pô, mon Général. La division Gardanne n'a pas terminé son passage. Même le général Berthier me retient ici avec ma division pour couvrir {p.274} Pavie, du côté de Valenza, dans le cas où l'ennemi tenterait d'y passer le Pô.

J'espère que ce court délai que nous éprouvons vous mettra à même de nous rejoindre avant l'attaque, et vous donnera le temps de me faire passer la 67e demi-brigade, qui nous serait bien utile (126).

Je ne sais rien sur les mouvements de l'ennemi. On assure que Gênes est au pouvoir des Autrichiens par une honorable capitulation de Masséna. Cependant, j'élève encore des doutes sur la vérité de cette nouvelle (127).

D'abord, on dit la capitulation du 13, et nous sommes au 20. N'aurions-nous pas été attaqués? L'ennemi, en trois marches, arrive facilement de Gênes à Voghera.

En second lieu, si Masséna a fait une honorable capitulation, il n'était pas réduit aux dernières extrémités, et, dans ce cas, ayant connaissance de la marche de l'armée, par quel hasard aurait-il faibli dans une circonstance aussi importante?

En troisième lieu, il y a diverses versions sur cette reddition qui ne s'accordent point. En conséquence, j'espère.

J'attends de vos nouvelles, mon Général, avec bien de l'empressement; mais ce que je désire par-dessus tout, c'est que vous vous réunissiez à nous et ne nous abandonniez plus.

Recevez l'assurance de ma respectueuse amitié.

LAPOYPE.

P.-S. – Notre ami Digonnet me prie de le rappeler à votre souvenir. Rappelez-moi à celui de votre état-major.

J'attends avec impatience la rentrée de nos deux compagnies, dont l'une est restée à Locarno et l'autre à Côme.

L. P.

Le général Marescot, aux généraux Dupont, chef d'état-major et Marmont, commandant l'artillerie.

Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

Je viens, mon cher Général, de visiter le pont et la chaussée de Gravellone. Voici les réflexions que j'ai faites sur la manière de défendre l'approche de Pavie de ce côté. {p.275}

Cette avenue est coupée d'un grand nombre de ponts et bordée de marécages qui en rendent la défense très facile. Un bataillon et deux ou trois pièces de canon de petit calibre sont en état d'arrêter très longtemps une colonne ennemie cinq ou six fois plus forte. Il sera nécessaire de tenir à une lieue en avant de Gravellone un petit corps d'observation de 30 à 40 cavaliers, afin d'être prévenu à temps de l'arrivée de l'ennemi.

Le retranchement, que les ennemis ont construit en avant du pont de Gravellone, ne peut nous être utile. Il est d'un abord facile et demanderait 12 à 1500 hommes pour sa garde. Le grand pont sur le Gravellone ne peut être bien défendu par une troupe et par de l'artillerie placées immédiatement derrière, parce que la rive droite de ce bras du Tessin est couverte en cet endroit par des arbres touffus qui en faciliteraient l'approche à l'ennemi.

Les marécages, qui sont sur la rive gauche, ne nous permettraient pas de nous étendre autant que lui. La véritable défense de ce point est derrière le second pont.

Là il est possible de déployer de l'infanterie et trois pièces de canon, que l'on placerait sur la chaussée, dans la prairie qui est à droite et sur un chemin latéral qui arrive à ce point sur la gauche. L'ennemi serait obligé de défiler sur la chaussée devant ce feu croisé de toutes parts.

Si l'on a la nouvelle d'un corps ennemi considérable, il faut se tenir prêt à couper le câble du pont de Gravellone, à briser s'il se peut le pont lui-même, et à retenir les bateaux sur la rive gauche. Il me parait inutile de créneler les maisons qui sont en avant du pont; elles sont garnies d'un assez grand nombre de croisées pour faciliter le feu des tirailleurs que l'on y jetterait et qui ne devraient y tenir que le temps nécessaire pour faciliter la rupture du pont. Depuis le premier pont jusqu'au fort Boriro, la route est coupée par d'autres ponts qui seront autant d'occasions de chicane où l'ennemi perdrait beaucoup de temps et de monde.

L'ancienne enceinte du fort Boriro, quoique démolie, pourrait faire encore une certaine résistance, à cause de son relief assez considérable, pour faire un bon parapet, et de son fossé marécageux, large et plein d'eau.

Tous ces obstacles étant forcés, il resterait encore le corps de place défendu, dans cette partie, par le Tessin. Avec un tonneau de poudre on ferait au besoin sauter la partie du grand pont qui a été déjà autrefois brisée par nous. Deux ou trois pièces de gros calibre, placées sur les remparts, arrêteront longtemps les progrès de l'ennemi.

J'ai voulu par ces détails, mon cher Général, vous faire voir avec quelle facilité un commandant un peu ferme pourrait, avec un seul bataillon, s'opposer aux attaques d'une colonne ennemie de 5 à 6,000 hommes.

MARESCOT.

(Livre d'ordres du général Marescot. – Archives du génie.)

Le Premier Consul, au Ministre de la guerre.

Milan, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

Le général Moncey, citoyen Ministre, est arrivé de sa personne à Milan. Nous avions compté qu'il m'amènerait les {p.276} deux tiers du nombre d'hommes compris dans l'état de situation que vous m'avez remis (128). Il n'en a pas le tiers (129), et la moitié de ce tiers est composée de corps sur lesquels on peut bien peu compter.

Vous aurez vu, par les lettres de Mélas, que, le même jour que l'ordre de lever le blocus arrivait au général Ott, le général Masséna, forcé par le manque absolu de vivres, a demandé à capituler. Il paraît que le général Masséna à 10,000 combattants; le général Suchet en a 8,000: si ces deux corps se sont, comme je le pense, réunis entre Oneille et Savone, ils pourront entrer rapidement en Piémont par le Tanaro, et être fort utiles dans le temps que l'ennemi sera obligé de laisser quelques troupes dans Gênes.

La plus grande partie de l'armée est, dans ce moment, à Stradella. Nous avons un pont à Plaisance et plusieurs trailles vis-à-vis Pavie. Orzino vi, Brescia, Crémone sont à nous (130).

Toutes leurs places doivent être mal approvisionnées. Je ne vois pas encore comment M. Mélas s'en tirera: ou il viendra attaquer à Stradella, et il sera battu et perdu, et, pendant ce temps-là, le corps de Suchet arrivera aux sources du Tanaro; ou il viendra passer le Pô, la Sesia et le Tessin, et il n'aura pas un résultat plus heureux. Sa position est assez originale, et, si Gênes avait pu tarder soixante-douze heures, on aurait pu compter ceux qui seraient échappés de cette armée.

Dès l'instant que les événements militaires qui vont avoir lieu auront assis les affaires dans ce pays, je partirai pour Paris.

Je vous salue affectueusement (131).

BONAPARTE.

{p.277} Je pars dans une heure pour passer le Pô et me rendre moi-même à Stradella (132).

Le Premier Consul, aux Consuls.

Milan, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

Je n'ai point reçu, citoyens Consuls, de courrier depuis celui du 13. Je suis en retard de deux courriers. Vous trouverez ci-joint le bulletin de l'armée.

Je vous salue affectueusement.

BONAPARTE.

Bulletin de l'armée de réserve (133).

Milan, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

Le général Duhesme a occupé Crémone ; il y a trouvé des magasins très considérables. Ce sont ceux dont il est question dans la lettre du général Mélas à M. Mosel, qui étaient encore intacts à Crémone.

Un courrier extraordinaire intercepté, venant de Mantoue et se rendant à Turin, nous a remis les états de situation d'artillerie et d'hôpitaux militaires (134).

Le général Elsnitz a été vivement entamé dans sa retraite de Nice. Le général Suchet lui a fait 1500 prisonniers dans les journées des 13 et 14. Le général Gorrupp a été cerné, a perdu toute son artillerie, s'est retiré à Coni avec peu de monde, et a pris le commandement de cette place.

Le général Suchet a dû faire sa réunion avec le corps d'armée qui était dans Gênes, du côté d'Albenga; il se trouvera alors avec un corps très considérable.

Les pluies continuelles fatiguent beaucoup l'armée. Le Pô a considérable ment augmenté, ce qui retarde un peu les opérations.

* * *

Murat, qui est resté le 8 à Plaisance, quitte cette ville avec la division Boudet dans la soirée du 9, pour rejoindre le gros de l'armée. La division Loison le remplace à Plaisance pour garder le pont et bloquer la citadelle. {p.278}

Joachim Murat, lieutenant général, au Premier Consul de la République française, le général Bonaparte.

Plaisance, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

J'ai reçu cette nuit, mon Général, les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire (135). J'avais également senti l'importance d'opérer une jonction avec le général Lannes et de conserver la position de Plaisance, afin d'y faire construire le pont.

Vous êtes sans doute instruit, dans ce moment, de l'accident arrivé hier au pont, qui allait être fini dans deux heures. La moitié fut emportée par le gonflement des eaux; mais il reste des bateaux tout préparés, et j'espère qu'aujourd'hui, à midi, il sera prêt.

Sans votre lettre (136), je me portais ce matin sur Stradella, abandonnant Plaisance avec regrets, craignant un coup de main de l'ennemi.

Le général O'Reilly était venu ici de Tortone sans troupes. La division de Vukassevick et celle de Gottesheim devaient se rendre à Plaisance et y former sa division; la première devait venir de Mantoue et l'autre de la Rivière du Levant. Il parait que cette dernière a des postes à Ripalta (137), d'après le rapport de la reconnaissance d'hier. Je viens d'y en envoyer encore aujourd'hui une seconde; et, si j'apprends que véritablement le général Gottesheim occupe cette position, je n'hésiterai pas à marcher contre lui, si, toutefois, je prévois pouvoir le battre avec succès.

Je n'ai aucune nouvelle de la division Vukassevich. Le général Mosel s'est retiré par Parme; mais je n'ai pu le faire {p.279} poursuivre à cause de l'affaire que j'ai eu le soir à mon arrivée à Plaisance.

Si le général Duhesme emploie bien sa cavalerie, les 3,000 chariots chargés, partis de Plaisance et très faiblement escortés, doivent être nécessairement enlevés (138).

Je n'ai pu atteindre le convoi d'artillerie qui était parti le 18 au matin pour Stradella, quoique la cavalerie que j'y ai envoyé s'y soit portée au grand trot; il doit être nécessairement pris, puisqu'il se trouve entre le général Lannes et moi (139).

Il m'est arrivé hier au soir une barque portant onze pièces de canon de gros calibre et en bronze. J'en attends vingt-cinq autres qu'un officier fait descendre dans ce moment-ci; elles sont toutes chargées d'avoine et de farine. Cinq autres, également chargées, ont ordre de remonter le Pô; elles se trouvent à 4 milles d'ici, du côté de Crémone.

Je ne connais pas encore bien positivement quels sont les magasins qu'on a pu trouver dans la ville. Je viens d'ordonner à l'administration d'en faire au commissaire des guerres Saint-Cricq une déclaration exacte, ainsi que de tous les effets appartenant aux Autrichiens.

Je vais faire manutentionner le plus de pain qu'il me sera possible et faire rétablir la tête du pont.

Tout le monde m'assure que la citadelle ne peut avoir de vivres que pour quatre ou cinq jours.

J'ai fait évacuer sur Milan tous les malades autrichiens, au nombre de 500, qui se trouvaient à l'hôpital et en état de marcher.

Mon Général, je n'ai pas assez de monde pour pouvoir faire quelque chose. Si j'avais eu avec moi beaucoup de cavalerie et de l'artillerie légère, j'en aurais inondé tous les États de Parme et de Modène, enlevé les convois de l'ennemi et poussé des partis jusque sur Bologne. Tout ce pays est absolument abandonné; je vous prie donc, mon Général, de me donner encore des troupes en infanterie et cavalerie, et de me mettre par là à même de rendre quelques services. Je n'ai d'autre {p.280} ambition que celle de conserver votre amitié et votre estime. Je viens d'écrire aux généraux Duhesme et Victor; ils se trouvent, l'un à Stradella, l'autre à Castelleone.

L'épouse du général O'Reilly est ici, dans mon logement. J'ai eu pour elle tous les égards que l'on doit au beau sexe, quoiqu'elle soit passablement laide. Son mari venait de Tortone; il n'a eu que le temps de se sauver avec 25 hommes de cavalerie. J'ignore absolument la route qu'il a prise.

Je ne vous écris pas, mon Général, je craindrais de vous faire de la peine, ainsi qu'au général Berthier, persuadé, d'ailleurs, qu'il vous communique toutes mes lettres.

Salut et respect.

J. MURAT.

P.-S. – J'ai un second drapeau à vous envoyer.

Je reçois à l'instant l'ordre du général en chef de me porter sur Stradella (140); je vais partir à l'instant (141).

Le général O'Reilly se trouve à Ripalta (142) avec ses troupes que j'ai chassés de Plaisance. Le 12e chasseurs et le 6e dragons arrivent à l'instant (143), vont passer le Pô et suivre mon mouvement (144).

Extrait du Rapport des marches et opérations de la division Boudet.

Le 19 et le 20, ma division tint position à Plaisance et y fut relevée le 20 par celle du général Loison.

Le 20, je commençai à 4 heures du soir à mettre ma division {p.281} en marche, me dirigeant sur Castel San-Giovanni. La citadelle de Plaisance, occupée par l'ennemi, ne permettait point le passage par la porte Saint-Antoine; on fut obligé de prendre un chemin détourné qui longe presque la rive du Pô.

L'ennemi, quoique plus éloigné, restait toujours à portée de tirer sur les troupes qui passaient et il fit un feu continuel, mais la nuit vint couvrir notre marche à la vue de la citadelle, et il n'y eut dans ce passage que trois hommes et deux chevaux qui furent atteints.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Duhesme.

Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

J'ai reçu, citoyen Général, la lettre que vous m'avez fait remettre par votre aide de camp. Vous vous rendrez à Plaisance avec la division Loison, où vous serez en réserve et attendrez de nouveaux ordres. Vous exécuterez cet ordre par le chemin qui sera le plus facile. Arrivé à Plaisance vous y ferez le blocus de la citadelle et garderez notre pont.

Pizzighettone restera bloqué. Nous ne pouvons penser à aucun siège avant une bataille, à moins que l'on ne puisse l'enlever d'un coup de main, si réellement l'ennemi s'est retiré dans la petite enceinte. Je ferai incessamment relever les troupes du général Broussier (145).

Si vous n'avez pas pu passer le Pô, vous pouvez revenir à Plaisance par la rive gauche, en passant l'Adda.

Faites-moi prévenir de votre arrivée à Plaisance et envoyez-moi l'état de situation des troupes que vous aurez (146).

Alex. BERTHIER.

Rendez-vous à Plaisance le plus promptement possible.

B.

(Archives de M. le général comte Duhesme.)

Au reçu de l'ordre de Berthier, Duhesme se porte {p.282} avec la division Loison (147) à Plaisance et arrive dans cette ville dans la soirée du 9 juin ou dans la nuit du 9 au 10 (148).

« . . . . . Le général Loison, arrivant alors de Brescia, fit passer sa division et marcha sur Plaisance où il arriva le 20 ( 9 juin). . . . . »

(Rapport de l'adjudant-général Paulet, au général Dupont. Plaisance, 23 prairial [22 juin].)

« . . . . . Le général Loison, arrivant alors de Brescia, fit passer sa division et marcha sur Plaisance, où il arriva dans la nuit du 21. . . . . »

(Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.)

« . . . . . Le même jour (19 prairial), le général Loison revint de Brescia, passa le fleuve et marcha sur Plaisance où il arriva le lendemain. . . . . »

(Journal Brossier. V. plus haut, p. 241.)

* * *

L'ordonnateur en chef rend compte que l'armée a vécu sur le pays, en procédant par réquisition.

Dubreton, commissaire ordonnateur de la garde des Consuls, ordonnateur en chef de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre, à Paris.

Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

Vous attendez sans doute, citoyen Ministre, le compte que je vous dois de mon administration, depuis l'instant où l'armée de réserve s'est élancée victorieusement dans les plaines de l'Italie; ce compte je vous l'eusse rendu plus tôt, si les mouvements successifs, les marches rapides qu'elle a faites, ainsi que les obstacles résultants des localités, me l'eussent permis. Chaque jour, vous le savez, harcelant vivement l'ennemi qui se repliait devant elle, elle occupait une position nouvelle. Le passage du Tessin ne l'a point arrêté; celui du Pô est même déjà effectué et l'armée est aujourd'hui en ligne et en présence de l'ennemi. {p.283}

Les rapports, que j'eusse pu vous adresser dans ce mouvement général, eussent été incomplets, ceux que je recevais moi-même étant très rares, très peu détaillés et toujours retardés par les difficultés presque insurmontables de routes que nous parcourions. J'avais d'ailleurs l'avantage d'administrer sous les yeux du Premier Consul, à qui, ainsi qu'au général en chef, j'ai rendu des comptes fréquents et journaliers.

J'ai lieu d'espérer que l'un et l'autre auront été satisfaits de nos efforts et de notre zèle.

En effet, citoyen Ministre, le service des vivres a été constamment assuré; les troupes ont régulièrement reçu leur subsistance, quoiqu'elles eussent à traverser un pays déjà fatigué, presque épuisé même par le séjour de l'armée autrichienne et quoiqu'elles défilassent toutes sur un même point.

Je dois des éloges à cet égard à l'activité et au zèle des commissaires des guerres et des administrateurs; c'est à leurs soins vigilants que nous devons ces heureux résultats, qu'il était difficile d'espérer. Le Premier Consul, qui a pu lui-même juger les difficultés, m'a fait l'honneur de m'en témoigner sa satisfaction.

Depuis l'occupation de Milan, où l'ennemi nous a laissé quelques magasins, nos ressources se sont agrandies; le service se fait avec plus de facilité. Plusieurs autres points, également abandonnés par l'ennemi, nous ont présenté quelques ressources encore en ce genre; elles sont utilisées pour les divisions avec fidélité, avec économie. En un mot, citoyen Ministre, le pays nourrit l'armée et pourvoit à ses besoins. Je veille à ce que le plus grand ordre se maintienne; sans lui les plus belles ressources s'évanouissent et la détresse succède bientôt à l'abondance.

Le service des transports se fait par le moyen des voitures de réquisition. Il serait sans doute plus régulier, plus avantageux pour l'armée, que cette partie de l'administration fut organisée comme elle doit l'être; mais nous avons été obligés de laisser nos équipages au delà des monts et l'organisation de ce service que je sollicite du général en chef est retardée, parce que chaque jour l'armée marche et que des intérêts plus grands encore exigent son attention et l'emploi de nos moyens pécuniaires.

Le service des hôpitaux, toujours si intéressant dans toutes ses parties, excite toute notre attention, toute notre vigilance. Nous avons formé dans chaque place importante des établissements aussi commodes que les localités l'ont permis et ils sont, en grande partie, pourvus de tout ce dont ils peuvent avoir besoin. Nos moyens ont néanmoins été jusqu'à ce moment peu nombreux. La plus grande partie est encore au delà du Saint-Bernard. Nous y suppléons par des réquisitions que nous frappons dans le pays.

Les ambulances sont assez bien pourvues en matières; il est pressant d'y attacher un plus grand nombre d'officiers de santé; les inspecteurs de ce service se plaignent de n'avoir point assez de collaborateurs. Le besoin de ceux de première classe se fait surtout sentir. Veuillez, citoyen Ministre, peser ces observations. L'intérêt de nos blessés n'exige-t-il pas qu'il y ait plutôt surabondance que disette d'officiers de santé t Je pense qu'il est indispensable que vous en fassiez désigner principalement parmi ceux de première et deuxième classes et qu'ils rejoignent promptement l'armée.

L'habillement réclame aussi tous nos soins. Les marches de l'armée ont {p.284} principalement détruit sa chaussure. Je m'occupe de la renouveller. J'ai continué aux compagnies Masson et Reynaud la faculté de fournir à l'armée les effets d'équipement et d'habillement qui lui sont nécessaires, aux mêmes prix que ceux de leur traité. Elles me font à cet égard les plus vives réclamations; je les crois fondées, mais j'exige avant tout qu'elles se concilient l'intérêt du Gouvernement en opérant de prompts versements.

Telle est, citoyen Ministre, la situation actuelle des principaux services. Tous ils captivent mes soins, ma surveillance, et j'emploie tous les moyens qui sont en mon pouvoir pour subvenir aux besoins de l'armée.

Les difficultés ne m'effraient point; avec du courage et de l'ordre, j'espère les surmonter et justifier toujours la confiance du Premier Consul et la vôtre (149).

Salut et respect.

DUBRETON.

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    {p.219}
  1. Ce n'est pas ici qu'on a la prétention de décider si Montebello est une « bataille » ou un « combat ». Dans le répertoire des Victoires de l'armée française, 1214-1885, édité officiellement par le Ministère de la guerre en 1886 (Imprimerie nationale), on lit, p. 24 : Bataille de Montebello. C'est d'ailleurs l'appellation que lui donne le Premier Consul dès le 10 juin. (V. p. 286.)
  2. Le début de la lettre se rapporte aux opérations des 6 et 7 juin et a été déjà cité p. 179 et 208, note 2.
  3. On doit remarquer, en effet, que l'ordre donné le 7 juin par Berthier à Lannes, en exécution des instructions du Premier Consul (V. p. 208 et 209), ne prescrivait que d'aller à Stradella. Lannes dépasse Stradella, occupe Broni, franchit le torrent Scuropasso, et s'arrête à Vescovera, à 6 kilomètres environ de Stradella. {p.220}
  4. C'était le parc de réserve des Autrichiens, d'environ 60 canons, dirigé par Mélas d'Alexandrie vers Plaisance et Borgo-Forte (V. p. 183), que le feld-maréchal O'Reilly faisait rétrograder on toute hâte vers Alexandrie (V. p. 204). Cet important convoi passait donc, le 7 au soir, sur la chaussée encore libre, à 3 ou 4 kilomètres de la division Watrin bivouaquée depuis le 6 au soir vers San-Cipriano (V. p. 181, note 3), et quelques heures avant que celle-ci ne vienne occuper Stradella et Broni. Il échappait donc d'une part à Murat, et d'autre part à Lannes, par une chance extraordinaire.
  5. La Chiusella. (V. p. 10.)
  6. Le rapport de Berthier au Premier Consul, écrit à Pavie le 9 juin, rend compte du combat de Broni en termes presque identiques. Cependant on remarque une légère différence dans l'heure indiquée comme celle du départ:

    « Le 19, à 3 heures du matin, la division étant passée avec son artillerie, la brave 28e. s'est portée sur Broni. . . . . »

    L'artillerie de Lannes avait, en effet commencé son passage sur le second pont volant le 7 juin, à 10 heures du soir. (V. la seconde lettre de Berthier au Premier Consul, p. 209.)

    Le rapport du 17 juin, de Dupont au Ministre de la guerre, relate en termes semblables le combat de Broni, mais porte à 250 le chiffre des prisonniers.

    Il semble que les souvenirs de l'Empereur l'ont trompé, tant au point de vue de l'heure du combat que de l'initiative de l'attaque, quand il a dicté à Sainte-Hélène les lignes suivantes:

    « Le 8 au soir, les coureurs ennemis vinrent observer les Français qui avaient passé le Pô et étaient bivouaqués sur la rive droite: ils les crurent peu nombreux et une avant-garde de 4 à 5,000 Autrichiens vint les attaquer; mais toute l'avant-garde et une partie de l'armée française avaient déjà passé. Le général Lannes mena tambour battant cette avant-garde ennemie, et à la nuit il prit position devant l'armée autrichienne qui occupait Montebello et Casteggio. »

    (Mémoires de Napoléon. – Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 381.)

  7. Dans la lettre de Watrin, de même que dans celle de Berthier (V. p. 226), le nom de ce torrent est écrit Chiparzio ou Schipasio; la carte do Borgonio porte Schirpazio. On a rétabli ici le nom qui figure sur les cartes italiennes actuelles au 25,000e et au 100,000e, pour faciliter le travail des lecteurs qui voudraient suivre le détail des opérations de Lannes.
  8. « . . . . . Dans la matinée (du 7) le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, qui avait déjà {p.221} dirigé le parc de réserve vers Alexandrie, évacua Stradella et Broni et prit position à Casteggio. . . . . »

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 27.)

    La Revue militaire autrichienne, en plaçant ce mouvement le 7 juin, au lieu du 8, continue l'erreur déjà signalée et qui donnait le 6 juin, et non le 7, comme date de la prise de Plaisance par Murat. (V. p. 204, note 2.)

  9. Ce récit du journal de Brossier est fait après la campagne. En réalité, la nouvelle de la capitulation de Gênes est connue le 8 juin à l'armée de réserve, sans que rien n'ait pu la faire pressentir auparavant. C'est une lettre de Mélas à son gouvernement, saisie le 7 juin à Plaisance par les troupes de Murat, qui fait connaître cet événement. On apprend {p.222} en même temps que l'armée de Masséna n'est pas prisonnière de guerre et peut reprendre la campagne, puisque la lettre de Mélas expose les principales clauses de la capitulation. (V. cette lettre p. 227, note 3.)
  10. Ils ne se rendent en réalité à Broni que le 10 juin. (V. p. 289.)
  11. Sur l'adresse: « Au Général en chef, à Pavie. – Le Premier Consul. »
  12. Première lettre de Berthier du 7 juin. (V. p. 206.)
  13. Le général Dumoulin a été envoyé de Milan du côté de Verceil, pour repousser les partis autrichiens qui inquiétaient la ligne d'opérations. (V. p. 176, note 1, et 192.) {p.223}
  14. Le rapport envoyé de Plaisance par Lauriston, dans la soirée du 7 juin (V. p. 198), n'est pas encore parvenu au Premier Consul.
  15. Cela s'applique au mouvement ordonné (V. p. 208 et 209), et non exécuté, de Lannes vers Plaisance.
  16. Ces recommandations du Premier Consul, sa lettre à Berthier (V. p. 207) et les lettres de Berthier du 7 juin (V. p. 206 et 208) montrent que le but poursuivi était seulement d'occuper Stradella, pour couper la retraite des Autrichiens et se relier à Murat. La marche de Stradella vers l'ouest, dans la matinée du 8, semble donc due à la seule initiative de Lannes ou de ses subordonnés.
  17. Comment ne pas voir ici une première ébauche de l'île de Lobau et du passage du Danube en 1809? {p.224}
  18. Le Gravellone est un canal sur lequel passe la route de Pavie à Valenza, à 2 kilomètres du pont de Pavie.

    En exécution de cet ordre, Marescot reconnaît en détailla façon de défendre Pavie du côté de l'ouest. (V. son rapport, p. 274.)

  19. Correspondance de Napoléon, n° 4895.
  20. V. p. 208.
  21. Ce renseignement était exact, d'après le récit de la Revue militaire autrichienne (t. XXIX, p. 23 et 120). C'était l'infanterie de la brigade Gottesheim. (V. p. 204, note 3 et p. 205). {p.225}
  22. V. la lettre suivante.
  23. Lannes était en effet parti à la pointe du jour, comme on l'a vu par le rapport de Watrin, p. 219. Mais, arrivé à Stradella, il avait pris sur lui de ne pas marcher vers l'est, pour rejoindre Murat, mais de se diriger vers l'ouest à la poursuite des troupes autrichiennes.
  24. V. chap. IV, p. 128.
  25. Lettre précédente.
  26. Seconde lettre de Murat du 7 juin. (V. p, 197.) {p.226}
  27. Il s'agit des lettres autrichiennes interceptées la veille à Plaisance. (V. p. 196 la lettre de Murat et la note 1.)

    Il paraît probable que Berthier les transmet au Premier Consul comme Murat les lui a transmises, sans pouvoir en prendre connaissance, faute de traducteur. En tout cas, on vient de voir (p. 224) qu'il émet des doutes, dans la même lettre, sur la prise de Gênes.

    Ces lettres autrichiennes sont plus loin p. 227 à 230.

  28. Cette lettre de Berthier ne semble pas avoir déterminé le mouvement de Lannes, qui a dû agir de sa propre initiative en dépassant Stradella. En effet:

    1° La position prise par Lannes, de Vescovera à Cigognola, est sur la rive gauche du Scuropasso, c'est-à-dire au delà de ce torrent. Elle ne correspond donc pas à l'ordre d'avoir ce torrent devant soi, c'est-à-dire de rester sur la rive droite;

    2° Cet ordre à Lannes est écrit en même temps que la lettre précédente de Berthier au Premier Consul et après la réception de la lettre envoyée par celui-ci de Milan, à 4 heures du matin. Cet ordre peut donc être écrit vers 8 heures du matin et parvient au plus tôt entre 10 et 11 heures à Stradella, Il ne détermine donc pas la marche vers Broni, puisque Lannes, parti de San-Cipriano à 2 heures du matin, semble, d'après le rapport de Watrin (V. p. 219), avoir poursuivi l'ennemi sans arrêt de Stradella à Broni et Vescovera. C'est probablement en ce dernier point, ayant déjà dépassé le Scuropasso, qu'il reçoit l'ordre de Berthier. {p.227}

  29. Les deux lettres du 7 juin, dont le Premier Consul a déjà accusé réception dans sa lettre écrite le 8, à 4 heures du matin. (V. p. 222 et 224.)
  30. Murat n'avait pas envoyé à Milan le courrier intercepté. Il l'avait adressé à Berthier à Pavie dans la nuit du 7 au 8 (V. p. 196 et 197, note 1); Berthier le renvoyait dans la matinée du 8 au Premier Consul, à Milan. (V. p. 226.)
  31. Le général Mélas à M. le comte Tige, général de cavalerie, propriétaire d'un régiment de dragons et vice-président au suprême Conseil aulique de guerre de S. M. I. R. A., à Vienne.

    Turin, le 5 juin 1800.

    Monsieur le Comte,

    J'ai laissé au blocus de Gênes le corps de M. le général feld-maréchal-lieutenant baron d'Ott, jusqu'à l'approche du corps de M. le général feld-maréchal-lieutenant baron d'Elsnitz, pour marcher ensuite avec toutes mes forces réunies contre l'ennemi qui a pénétré par l'Allemagne. Cette opération a eu pour l'armée les suites les plus favorables.

    La capitulation de Gênes, commencée le 2 juin par le général en chef Masséna, a été terminée hier. Cette place a dû être évacuée ce matin par l'ennemi. La garnison armée sera escortée jusqu'aux avant-postes ennemis et là pourra servir de nouveau.

    Tous les prisonniers autrichiens, faits par les Français pendant l'opération sur les côtes de Gênes, seront rendus et pourront également reprendre du service.

    Le général en chef Masséna a quitté Gênes dans la nuit du 4 au 5, et a fait voile pour les côtes ennemies sur une frégate anglaise. La première colonne de la garnison ennemie est sortie ce matin; les troupes stationnées auprès de la ville en ont pris possession, ainsi {p.228} que des forts, et les Anglais sont entrés dans le port. Je vous enverrai l'état de toutes les munitions de guerre qui ont été trouvées dans Gênes, ainsi que les articles de la capitulation, dès que M. le général Ott me les aura fait passer. Je n'ai pour le moment rien de plus à vous marquer, si ce n'est que la plus grande partie de la garnison ennemie sera conduite par mer à sa destination.

    L'ennemi a attaqué hier soir la division de M. le général feld-maréchal-lieutenant Kaim, du côté d'Avigliana. Il avait repoussé les troupes sous les ordres du général Lamarseille, en s'emparant du col de Thion et du village de Saint-Ambroise. Il a été repoussé avec une perte considérable et nous a laissé 11 officiers et 257 soldats. M. le général feld-maréchal Kaim se loue beaucoup de la conduite de M. le major Mesko et surtout de celle du lieutenant-colonel Gajoli, qui conduisit son bataillon contre l'ennemi à la baïonnette, et reprit le village d'Ambrosio avec une rare bravoure.

    Sur l'Orco tout est toujours tranquille et l'ennemi n'a pas pénétré plus avant.

    Du côté du col de Tende, nos avant-postes sont de l'autre côté de Limon.

    M. le général feld-maréchal-lieutenant Elsnitz, d'après son rapport du 2 de Dolceaqua, opère sa retraite par Ormea, où il espère arriver le 6.

    M. le feld-maréchal-lieutenant Vukassevich était le 3 à Lodi, et espérait, si l'ennemi ne se présentait pas trop en force, se soutenir encore quelque temps sur l'Adda. Ce général n'a pu sauver la flottille du lac Majeur; cependant il espère que le capitaine Mohr mettra tous ses soins à sauver celle du lac de Côme.

    D'après son rapport, je devrais croire que les projets de l'ennemi sont encore douteux. Cependant, s'il se dirigeait sur lui, il se retirera sur Mantoue, en observant Pizzighettone, pendant que je rassemblerai toutes mes forces disponibles et j'espère bientôt porter le coup décisif.

    M. le général Skal continue à observer le Pô, et je suis un peu plus tranquille sur la sûreté de ce fleuve, ainsi que sur l'approvisionnement bientôt terminé des places fortes en objets d'artillerie.

    Je suis avec une considération sans bornes, de Votre Excellence le très obéissant serviteur,

    MÉLAS,
    Général de cavalerie.

    (Cette lettre est écrite dans la soirée du 5 juin. En effet, dans une autre lettre écrite le même jour, à 5 h. 1/2 du soir (V. p. 229, note 1), Mélas mentionne seulement les pourparlers pour la capitulation de Gênes et n'en sait pas les résultats. La présente lettre est donc écrite après à 5 h. 1/2 du soir.)

  32. M. Hartzer, aide de camp du général Mélas, à Mme Mélas.

    Turin, le 4 juin 1800.

    Excellence,

    Nous attendons avec impatience la nouvelle que Masséna a capitulé, et cependant aujourd'hui, 9 heures du soir, elle n'est point encore arrivée.

    Nous avons appris ce matin, par un caporal, que Masséna a envoyé le général Andrieu avec plein pouvoir de capituler, et nous espérons que la capitulation aura lieu aujourd'hui et que le prince Sulkowsky, qui est parti comme courrier pour Gênes, en apportera la nouvelle à son Excellence demain à midi.

    Son Excellence reste avec le quartier général dans cette ville jusqu'à ce que le feld-maréchal-lieutenant Elsnitz soit arrivé des montagnes.

    L'ennemi a attaqué son aile droite avec 6,000 hommes et l'a chassé du col de Tende et {p.229} du col de Braus. Si le général feld-maréchal-lieutenant Elsnitz ne veut pas engager de combats, il faut qu'il fasse un grand détour pour sortir de la montagne.

    L'ennemi, faible de ce côté-ci, est assez tranquille; on a aujourd'hui entendu une canonnade du côté de Milan; probablement que le général feld-maréchal-lieutenant Vukassevich défend le passage. Le 2 de ce mois l'ennemi n'était pas encore à Pavie et on n'a encore aucune nouvelle qu'il ait passé le Pô en aucun endroit.

    Son Excellence jouit de la meilleure santé.

    M. le colonel comte de Rodatsky vous baise les mains.

    De votre Excellence. . . . .

    HARTZER,
    Aide de camp.

  33. Le général Mêlas à M. le comte de Tige, à Vienne. (Expédiée par estafette le 5 juin, 5 h. 1/2 du soir.)

    Turin, le 5 juin 1800.

    Monsieur le Comte,

    Comme M. le général Gorrupp ne pouvait plus défendre le col de Tende et était déjà arrivé hier à Coni, dont il doit prendre le commandement, que par là le chemin par ce col était fermé au général feld-maréchal-lieutenant Elsnitz, j'ai laissé à ce dernier la liberté de gagner les plaines du Piémont par le chemin qu'il croirait le plus convenable, et j'attends son rapport. Jusqu'à ce que je l'aie reçu, je ne puis rien entreprendre avec les deux divisions Kaim et Haddick, qui sont toujours dans les positions que je vous ai indiquées.

    Comme d'ailleurs M. le général feld-maréchal-lieutenant Ott m'écrit du 2 juin, que dans le moment même où l'ordre de lever le blocus de Gênes arrivait à Sestri, le général en chef Masséna se montrait enclin à une capitulation, et dans cette vue avait envoyé à Sestri le général Andrieux comme plénipotentiaire; que les conférences avaient commencé le même jour à Riverola, de concert avec le colonel de Pest et avec le capitaine de pavillon Bevern, du côté des Anglais; qu'elles devaient continuer le 3; que le susdit général feld-maréchal-lieutenant croyait devoir retarder son départ encore de quelques jours, pour attendre la fin des négociations qui pouvaient amener la capitulation.

    Je me suis déterminé d'autant plus aisément à lui donner cet ordre, que l'arrivée de M. le baron d'Elsnitz pouvait, nonobstant cela, être retardée de quelques jours, que pendant ce temps la tête du pont de Plaisance sera gardée avec plus de troupes, que le Pô continuera à être soigneusement observé pour prévenir toute tentative de l'ennemi de passer ce fleuve, et que la chute vraisemblable de Gênes nous permet d'espérer que les choses tourneront d'une manière plus favorable.

    M. le général feld-maréchal-lieutenant baron Vukassevich m'a envoyé un officier qui est arrivé ce matin. Ce général m'annonce qu'il était le 2 à Melegnano, et que pour que son rapport ne soit pas pris par l'ennemi, il me l'enverra par la rive droite du Pô, Je ne l'ai pas même reçu.

    Le fort de Bard se défend toujours vigoureusement. Les peines de l'ennemi pour s'en emparer ont jusqu'à présent été inutiles. La conservation de ce poste est pour nous d'un avantage certainement très considérable, car l'ennemi n'a pu mener avec lui, par la vallée d'Aoste, que des pièces de montagne.

    J'ai recommandé la forteresse de Ceva aux soins de M. le général feld-maréchal-lieutetenant Elsnitz, et celle de Savone à ceux du général feld-maréchal-lieutenant Ott.

    Je suis, avec une considération sans bornes, de votre Excellence le très obéissant serviteur.

    MÉLAS,
    Général de cavalerie. {p.230}

  34. Le général Mélas à M. le général major de Mosel, à Plaisance.

    Turin, le 5 juin 1800.

    Alexandrie est actuellement le seul et unique point d'où l'armée puisse tirer ses subsistances, jusqu'au changement, vraisemblablement très prochain, des circonstances.

    Le complément du magasin d'Alexandrie en farine et fourrage et avec un peu de riz, est donc un objet d'une importance extrême, que je vous ai recommandé depuis quelque temps et cela plusieurs fois et de la manière la plus expresse, mais dont je n'ai, jusqu'à présent, vu aucun effet, puisque d'après les derniers rapports d'Asti et d'Alexandrie et d'après ma conviction personnelle ici à Turin, ces trois magasins sont totalement épuisés de provisions et que le magasin d'Alexandrie, en farine et en fourrage, n'a pu encore être une seule fois completé.

    L'armée qui est ici, augmentée par l'arrivée prochaine du corps sous les ordres de M. le général Elsnitz et par le corps de M. le général feld-maréchal-lieutenant Ott, qui le dirige par la Bocchetta sur Alexandrie, doit tirer tous ses vivres de cette place; mais avec de pareilles mesures, l'un et l'autre éprouveront un manque total, et si l'ennemi passait subitement le Pô et par là coupait, même pour peu de temps, la communication entre Plaisance et Alexandrie, cette place et l'armée seraient sans ressources et exposée à ne pouvoir plus être nourrie et approvisionnée. Il y avait à Crémone, d'après les derniers rapports, un magasin considérable de vivres et je crois pouvoir espérer que les magasins de Crémone, de Milan et Lodi auront été mis en sûreté sur la rive droite du Pô.

    Ainsi, il ne doit plus manquer de vivres et si, comme je n'en doute pas et d'après l'avis que je vous en avais donné il y a plusieurs jours, vous avez rassemblé tous les moyens de transport de l'armée sur la droite du Pô, et requis de tous côtés, sans aucune espèce de considération, les transports du pays, il ne vous manquera pas de moyens pour l'approvisionnement nécessaire.

    Je dois donc, dans ces circonstances, vous recommander de la manière la plus pressante, le transport le plus actif d'au moins 1200 quintaux de farine et 2,500 mesures d'avoine par jour à Alexandrie, et je vous prie en même temps de me donner le plus tôt possible des éclaircissements tant sur cet objet que sur ce que sont devenus les magasins de Milan, Pavie et Lodi, sur les mesures, prises pour compléter l'approvisionnement de Mantoue et des autres places fortes sur cette ligne, et sur les moyens dont, conformément à mes ordres, on s'est servi pour sauver les vivres qui étaient chargés sur le Pô. Jusqu'à présent je n'ai pas reçu une syllabe sur ces importants objets.

    MÉLAS.

  35. Correspondance de Napoléon, n° 4896.
  36. Bourrienne raconte dans ses Mémoires (t. IV, p. 111) que c'est lui qui a traduit, dans la nuit, les lettres interceptées à Plaisance.

    En les envoyant à Berthier, il lui écrit:

    « Le Premier Consul me charge, mon cher Général, de vous envoyer les papiers ci-joints interceptés. Ils sont tous traduits; vous verrez qu'il n'y a rien de nouveau ni de bien intéressant.

    « 19 prairial.

    « BOURRIENNE. »

    Outre les lettres déjà citées, ces papiers comprenaient la lettre suivante, écrite en français avec beaucoup de fautes d'orthographe:

    Coni, le 3 juin 1800.

    Mon cher ami,

    Je vous remercie pour votre chère dernière du 26 du mois dernier, que j'ai reçu seulement par le dernier courrier.

    Nos affaires de ce côté, comme je l'avais prévu, ont pris une mauvaise tournure, et si Gênes ne tombe pas bientôt je vous avoue que je ne sais pas comme nous nous en tirerons. Vous verrez, par la feuille ci-jointe, la position de nos troupes dans le comté de Nice. Le général Gorrupp, qui était sur le col de Braus, fut forcé par la majorité de la force et vu la grandeur de la position qu'il était obligé de défendre avec une poignée de monde, harassé de fatigue et de faim, fut renversé de sa position le 1er du courant, et obligé de descendre dans la vallée de la Roya.

    Naturellement il ne pouvait rester dans le fond et le brave général a eu la bonne idée {p.232} de se retirer sur le col de Tende, pour pouvoir, selon les circonstances, se rejoindre avec moi.

    De là, il a reçu les ordres de se rendre ici, ce qui était d'autant plus nécessaire que je n'avais plus de garnison et qu'on avait retiré d'ici toutes les troupes qui y étaient pour l'expédition de la Rivière. Par conséquent de cette manoeuvre le général Elsnitz est obligé de quitter sa position entre Vintimiglia et Saorgio.

    Dans ces circonstances il ne lui reste que deux partis à prendre qui sont de se retirer sur Savone, le long de la mer, ou bien de prendre la route qui d'Oneille vient par la Piève sur Ormea; jusqu'à présent je n'ai aucune de ses nouvelles.

    Mes soupçons, par rapport à l'armée de réserve, n'étaient que trop fondés, quoique personne ne voulait y ajouter foi. Berthier est venu par la vallée d'Aoste et par la vallée du Rhône dans celle de Domodossola et de là sur le lac Majeur.

    Le général Flavigny, qui était vis-à-vis de moi à Barcelonette, est descendu du côté de Suze. Celui-là n'a tout au plus que 3,000 hommes et ne peut entreprendre grand'chose d'important.

    Mais, dans le moment, je reçois la nouvelle que Lecourbe, avec un corps venu de l'Allemagne, descend par le Saint-Gothard sur Bellinzona, de façon que si Gênes ne se rend pas, il est impossible de prévoir comment les choses tourneront.

    Quant à moi, pauvre diable, je suis destiné à être bloqué et enfermé par conséquent.

    Mon cher ami, je vous prie de dire bien des choses de ma part à votre respectable père et que je le prie de me faire l'amitié de se charger de mes bagages, de mon cocher et de mes chevaux. J'espère et attends cela de son ancienne amitié et que j'ose y joindre la prière de donner à mon cocher 20 francs par mois. J'espère que, un jour ou l'autre, je le lui rendrai. Si je suis tué, la vente de mes deux chevaux seront pour satisfaire aux avances qu'il voudra bien faire pour moi.

    Adieu, mon cher ami, conservez-moi votre amitié et je vous embrasse mille et mille fois du plus profond d'un coeur qui est tout à vous.

    Votre véritable et sincère ami,

    MARQUI,

    Qui compte sur votre amitié et celle de votre respectable père pour la commission de mes bagages dont je lui aurai des obligations infinies.

  37. Elsnitz était en avance d'un jour sur les prévisions de Mélas et arrivait le 6 juin (17 prairial) à Ceva.

    Il ne descendit pas la vallée de la Bormida, mais celle du Tanaro, et était le 7 juin à Carru, le 8 à Cherasco, le 9 à Alba, le 10 à Asti et le 11 (22 prairial) à Alexandrie. (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 12 et 123.)

    Ses troupes y arrivaient « complètement épuisées », et de tout son corps on ne pouvait mettre en ligne pour la bataille que 11 bataillons de grenadiers, formant 4,000 hommes. (Ibidem, t. XXIX, p. 136.)

    Le calcul du Premier Consul était donc absolument exact pour le jour où Elsnitz rallierait Mélas et pour l'état de ses troupes.

  38. Ott avait fait partir de Gênes une de ses divisions dès le 5 juin (16 prairial), lendemain de la capitulation, et l'autre le 6. (V. p. 265, note 1.) Il les réunissait le 7 à Novi et marchait sur Voghera qu'il atteignait le 8. (V. p. 265.)

    Le Premier Consul se trompait donc de vingt-quatre heures dans ses prévisions. {p.233}

  39. Le calcul du Premier Consul se vérifiait exactement. La division Haddick, venant des bords de l'Orco, et la division Kaim, opposée à Turreau dans la vallée de la Dora-Riparia, après avoir laissé une garnison à Turin, devaient se réunir dans la nuit du 8 au 9 juin à Moncalieri, être le 9 à Villanova, le 10 à Asti et le 11 juin (22 prairial) à Alexandrie. (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 13.)

    Un second ordre, donné le 7 juin par Mélas à la nouvelle du passage des Français à Plaisance et San-Cipriano, prescrivit aux généraux Kaim et Haddick de se mettre en route le 7 juin au lieu du 8. (Ibidem, p. 123.)

    Il semble cependant que ces divisions n'arrivaient à Alexandrie que dans la journée du 11 juin. (Ibidem, p. 136.) {p.234}

  40. La 72e est une demi-brigade destinée à la division Monnier, mais partie de Dijon avec 15 jours de retard sur l'armée.
  41. « L'artillerie du Saint-Bernard » signifie évidemment l'artillerie qui a passé au Saint-Bernard. Si l'on n'entend pas parler de cette artillerie le 8 juin, et si elle est encore en arrière avec la division Chabran, c'est qu'elle n'a pu passer ni sous le feu du fort de Bard, ni par le sentier d'Albard.

    Le Premier Consul écrit « toute l'artillerie du Saint-Bernard ». Aucune pièce n'a sans doute pu passer après le 26 mai, et l'armée de réserve n'a disposé, depuis deux semaines qu'elle est en Piémont et en Lombardie, que des six pièces passées dans les nuits du 24 au 25 et du 25 au 26 mai, et qui ont été distribuées le 26 de la façon suivante: cavalerie de Murat, deux pièces de 4; division Watrin, une pièce de 8 et un obusier; division Boudet, une pièce de 8 et un obusier. (V. t. Ier, p. 522, note 1 et t. II, p. 20.)

    Le fort de Bard capitule le 1er juin (Ibid., p. 539 et 540), mais Chabran reste plusieurs jours pour le remettre en état de défense (Ibid., p. 542, dernier §). Il ne se met pas en marche avant le 6 juin,

    Quant à l'artillerie, elle part sans doute aussitôt après la chute du fort, c'est-à-dire le 2 juin, est à Ivrée le 2, à Santhia le 3, à Verceil le 4.

    On a vu, p. 177, note 2, que la route d'opérations de l'armée n'était pas assez sûre pour que l'artillerie pût continuer sa route. Le 8 juin, à la veille de livrer bataille, on n'a point encore de ses nouvelles.

    En tout cas, l'armée de réserve utilise, au moins pendant quelques jours, les canons pris à Pavie.

    On a vu que la garde des Consuls avait pris deux pièces à Pavie, le 4 juin. (V. p. 107.) Duhesme a écrit: « Nous avions. . . . . trouvé dans les magasins des Autrichiens à Lodi et dans leur réserve d'artillerie à Pavie, les moyens de faire une nouvelle campagne. . . . . ». (Essai historique sur l'infanterie légère, p. 139.)

    D'après Marmont, on n'aurait pris que peu de pièces à Pavie: « . . . . . J'organisai une batterie de cinq bouches à feu autrichiennes, dont je renforçai l'artillerie de l'armée. . . . . ». (Mémoires du duc de Raguse, t, Il, p. 123.)

  42. L'Empereur ne se souvenait plus avoir donné cet ordre, quand il dictait à Sainte-Hélène, {p.235} à propos de la bataille de Montebello: « . . . . . Le général Lannes était en position et attendait à chaque instant des renforts; il n'avait pas intérêt d'attaquer; mais le général autrichien, à la pointe du jour, engagea la bataille. . . . . ». (Mémoires de Napoléon. – Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 381.)

    En réalité, Lannes prend l'offensive le 9, par ordre du Premier Consul. (V. les lettres de Berthier reproduisant les termes mêmes de celles du Premier Consul, p. 236 et 237.) Il se heurte à Casteggio à un ennemi supérieur en nombre et bien pourvu d'artillerie, alors qu'il n'a que quelques canons.

    Le succès a justifié l'offensive du 9 juin; mais on doit retenir quand même le principe donné par l'Empereur à Sainte-Hélène: Lannes, attendant des renforts, n'avait pas intérêt à attaquer et devait attendre l'ennemi sur la position de Stradella.

  43. Correspondance de Napoléon, n° 4898.
  44. Il s'agit donc de pièces prises à l'arsenal de Pavie. L'artillerie française, arrêtée par le fort de Bard, n'a donc pas encore rejoint l'armée.

    Cette phrase n'est pas, comme on pourrait le croire, une réponse à l'ordre donné par le Premier Consul dans la lettre qui précède, laquelle n'est pas encore reçue par Berthier. La réponse est dans la lettre suivante.

    Le Premier Consul et Berthier ont en même temps songé à donner des canons autrichiens aux divisions qui n'ont point d'artillerie.

  45. 19 prairial, 10 h. 1/2 du soir.

    Ensuite des ordres du général en chef, je me suis porté successivement, ai reconnu et fait reconnaître les endroits appelés Gropello, Zinascho-Novo, Dorno et les environs de Saint-Nazare,

    J'ai appris, de personnes sûres, qu'il y a trois jours une patrouille ennemie a poussé une reconnaissance jusqu'à Gropello, que depuis ce temps il n'a pas paru d'Autrichiens au delà du Pô; qu'à Valenza le pont a été rompu, qu'il n'en subsiste que la moitié et qu'au moyen {p.236} de barques sans trailles, on fait cependant entrer des grains, que les lieux circonvoisins apportent en grande quantité, dans cette ville; que cette partie du pont est gardée par un piquet de cavalerie et deux pièces de canon; que la ville est défendue par une artillerie nombreuse; qu'on y faisait courir le bruit qu'il arrivait de la partie d'Alexandrie 18.000 à 20,000 hommes pour le 18 de ce mois. Il paraît que la majorité de la ville est bien disposée pour les Français.

    Ces détails m'ont été donnés par un homme qui a quitté Valenza le 15. Il ajoute qu'on disait que Gênes s'était rendu le 14 aux Anglais et qu'on en célébrait, ce jour-là même, la réjouissance à Alexandrie.

    Vis-à-vis le Carré (sic, peut-être Cairo eu Corana), le Pô se passe sur des bateaux sans trailles; ce passage est défendu faiblement. )

    Vers le village de Cervesina on passe aussi le Pô au moyen de bateaux. Une pièce de canon et un poste de cavalerie.

    On assure que les magasins de Valenza sont évacués sur Alexandrie où on a dû jeter 400 boeufs requis dans les provinces de Tortone, Alexandrie, Voghera et Valenza.

    (Pas de signature.)

    (Archives de Gros-Bois. – Fonds Maréchal, IX, A. XIV.)

  46. Il s'agit de pièces de 16 prises à Pavie, car l'armée de réserve n'avait pas d'artillerie de ce calibre.
  47. Le combat de Broni a eu lieu dans la matinée, pour que le compte rendu arrive à Pavie à midi et demi. (Voir la note 2, p. 226.)
  48. Les deux lettres précédentes p. 227 et 231. {p.237}
  49. Belgiojoso à Plaisance, 44 kilomètres; Plaisance à Stradella, 34 kilomètres.
  50. Cette phrase indique que cette lettre est écrite postérieurement à la lettre précédente, C'est la réponse au Premier Consul. (V. p. 234.)
  51. L'exécution de cet ordre amène le lendemain la bataille de Montebello. {p.238}
  52. Lettre qui commence par : Je donne l'ordre au général Marmont. . . . . (V. p. 235.)
  53. Cet ordre est bien différent de celui donné par la lettre précédente, qui prescrivait d'attaquer sans ménagement l'ennemi qui se présenterait « entre Voghera et Stradella » et de pousser « l'avant-garde à Casteggio ». (V. p. 234.)

    Tandis qu'ici il ne s'agit que de défensive, le premier ordre amenait la marche en avant de Lannes et la bataille de Montebello. (V. la citation des Mémoires de Sainte-Hélène, p. 234, note 3.) {p.239}

  54. Ce courrier n'a pas été retrouvé.
  55. Correspondance de Napoléon, n° 4897. {p.240}
  56. Le général Marescot au capitaine Prost, à Pizzighettone.

    Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    J'ai communiqué, mon cher Camarade, votre lettre d'hier au général en chef, à qui elle a fait beaucoup de plaisir.

    En conséquence, le général Marmont, commandant de l'artillerie, va envoyer à Pizzighettone quatre pièces de 16 et deux mortiers. De mon côté je vous envoie 50 sapeurs commandés par un lieutenant. Je vois par votre lettre qu'il est possible que vous soyez bientôt maître de cette place importante. Je suis persuadé que le Premier Consul attachera beaucoup de prix à cette conquête qui vous fera beaucoup d'honneur.

    Si vous êtes trop occupé, réunissez-vous avec le camarade Haxo, qui doit avoir bientôt terminé ses deux ponts volants. Aidez-vous l'un l'autre. Si vous étiez trop chargés de travail, je vous enverrais un officier du génie de plus. Écrivez-moi souvent.

    Ce que vous aurez promis au maître charpentier, dont vous me parlez, lui sera payé exactement. Concertez-vous sans cesse avec l'officier d'artillerie commandant.

    MARESCOT.

    (Livre d'ordres du général Marescot. – Archives du génie.)

  57. Ce passage est la reproduction presque textuelle du rapport fait le 12 juin par l'adjudant général Paulet au général Dupont (V. p. 216) et du rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme. Le rapport de Duhesme indique le 20 prairial comme jour du passage du Pô à Crémone, de même qu'il donne le 19 pour le combat de Crémone, On a déjà signalé cette erreur p. 213, note 1. {p.241}
  58. A Crémone.
  59. V, au 9 juin, p. 282.
  60. L'hypothèse de la retraite de l'armée autrichienne sur Gênes reparaît dans la lettre suivante et dans le bulletin de l'armée du même jour, p. 244. Il était naturel de prêter cette idée à Mélas, et celui-ci songeait un instant à exécuter ce mouvement. (V. la Revue militaire autrichienne, t. 29, p. 142.)

    Le Premier Consul, maintenant qu'il a atteint la ligne d'opérations de l'ennemi, n'a {p.242} qu'une crainte, c'est de voir son adversaire lui échapper. Son but est de lui barrer les chemins de retraite, ce qui l'amènera finalement à la manoeuvre du 14 juin: envoi au nord et au sud des divisions Lapoype et Desaix.

  61. Ces mots sont soulignés dans la minute.

    Il semble que c'est en s'appuyant sur ce texte que Masséna, ayant rejoint Suchet dans la Rivière, crut devoir assiéger Savone et garnir la crête de l'Apennin, sans descendre dans la vallée de la Bormida et sans chercher à venir prendre part à la bataille décisive.

  62. Correspondance de Napoléon, n° 4899.
  63. Bulletin signé par Vignolle. (V. p. 244.)
  64. Cette phrase doit-elle laisser croire que les autres bulletins ne sont que relativement vrais?

    Malgré l'affirmation du Premier Consul, on peut trouver quelques différences entre la réalité des événements et le récit de Vignolle. Le motif auquel il attribue la capitulation de Gênes est, en tout cas, fort bien imaginé (V. p. 245), quand ici même le Premier Consul déclare ne connaître cet événement que par la lettre de Mélas. {p.243}

  65. Ces six lettres sont publiées dans le Moniteur du 26 prairial (15 juin).

    On en a vu cinq plus haut p. 227 à 231. La lettre de W. Bentink à lord Grenville, écrite à Turin le 4 juin, donne les mêmes renseignements que celles de Mélas et de Hartzler.

  66. En 1746, le maréchal de Maillebois, commandant l'armée franco-espagnole sous la direction de l'Infant, s'était trouvé dans une situation semblable à celle de Mélas. Il s'en était tiré avec une très grande habileté.

    Les Franco-Espagnols, battus le 16 juin 1746 à Plaisance, se trouvèrent au mois de juillet investis, entre le Pô, l'Adda et le Lambro, par l'armée austro-sarde. Maillebois, ayant ainsi perdu sa ligne de retraite naturelle vers la France, exécuta une manoeuvre savante, pour s'ouvrir le chemin du Tortonais:

    Dans les premiers jours d'août, un corps austro-sarde passe le Pô à Parpanèse, entre les embouchures de l'Olona et du Lambro, et essaye de forcer le passage du Lambro pour attaquer Maillebois, pendant qu'un autre corps est sur l'Adda, vers Pizzighettone, et qu'une masse centrale est sur la rive gauche du Pô, vers Plaisance.

    Maillebois concentre ses forces sur le bas Lambro, vers Orio, ce qui amène son adversaire à remonter vers le nord pour tenter le passage du Lambro dans sa partie supérieure vers San-Angelo. Maillebois, ayant ainsi obtenu le résultat remarquable de scinder les Austro-Sardes en deux masses séparées par le Pô et distantes de plus d'une étape, exécute l'audacieuse opération de surprendre lui-même le passage du fleuve entre ces deux fractions pour regagner Stradella et Tortone.

    Le point choisi pour le passage est entre l'embouchure du Lambro et celle du Tidone; cette dernière rivière offre l'avantage de donner une bonne ligne de défense contre le corps autrichien de Plaisance, et la distance est telle que l'armée, une fois passée, n'est qu'à une forte étape de Stradella, point important à tenir pour s'assurer la route d'Alexandrie.

    Dans la nuit du 8 au 9 août 1746, on commence le passage; trois ponts sont jetés avant midi et l'armée avec 4,000 chariots, 1000 chariots de vivres, 4,000 mulets et 60 canons, passe dans la journée du 9 et la nuit suivante.

    Le 10 août, l'armée se met en marche à la pointe du jour et atteint Stradella dans la nuit, pendant que l'arrière-garde, composée de trois brigades d'infanterie et de deux brigades de cavalerie, livre un combat sanglant aux Autrichiens sur le Tidone, et se retire le soir en bon ordre à Castel-San-Giovanni.

    Le 12, Maillebois est à Voghera, ayant réussi une des opérations de guerre les plus savantes et en même temps les plus audacieuses qu'on puisse trouver dans l'Histoire. (Consulter la Guerre de la succession d'Autriche, par le lieutenant général de Vault, annotée par le colonel Arvers, t. Ier chap. VIII.)

  67. Bulletin de l'armée de réserve, p. 244.
  68. Correspondance de Napoléon, n° 4894. {p.244}
  69. Ce bulletin est publié dans le Moniteur du 25 prairial (14 juin) avec ceux des 17, 18 et 20 prairial. Il figure à la Correspondance de Napoléon sous le n° 4900. {p.245}
  70. Il faut lire 18 prairial [7 juin]. (V, p. 196).
  71. Lisez: le 18, au soir. (V. p. 197.) {p.246}
  72. Ce rapport était publié dans le Moniteur du 26 prairial (15 juin). {p.247}
  73. D'après la Revue militaire autrichienne, les divisions Vogelsang et Schellenberg, qui formaient le corps du maréchal Ott, étaient parties de Gênes, la première le 5 juin avec 9 bataillons, la seconde le 6 juin avec 11 bataillons. (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 292.) Ott atteignait Voghera, le 8 juin, avec ces 20 bataillons (Ibidem, t. XXIX, p. 120), et y ralliait le général O'Reilly. Le général Gottesheim, qui avait également quitté Gênes le 5 juin, avait pris avec 5 bataillons la route de Bobbio. (Ibidem, t. XXVI, p. 292.) Les renseignements reçus par Berthier étaient donc, en grande partie, exacts.
  74. Le second ordre de Berthier à Lannes, daté du 8 juin (V. p. 237), prescrivait à Lannes de prendre position à Casteggio, d'attaquer l'ennemi qui serait entre Stradella et Casteggio, et de ne pas dépasser Casteggio. Il ne semble pas qu'il y ait eu le 8 juin d'autres ordres de Berthier à Lannes.

    Lannes rencontre l'ennemi à quelques kilomètres à l'est de Casteggio, livre bataille, et poursuit jusqu'au delà de Montebello, à 3 kilomètres à l'ouest de Casteggio. {p.248}

  75. Ce rapport est publié dans le Moniteur du 28 prairial (17 juin).
  76. F. Watrin, général de division, au général en chef Alexandre Berthier.

    Montebello, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

    Mon Général,

    J'ai l'honneur de vous envoyer le rapport de l'affaire de Casteggio.

    Je vous prie de vouloir bien m'autoriser à recevoir de suite comme officiers les divers {p.249} sujets pour qui je vous demande de l'avancement, et dont je vous adresse la liste nominative. Les corps, ayant perdu bien des officiers, en ont le plus grand besoin.

    Si vous avez un bon chef de bataillon à me donner pour la 22e de bataille, je vous prie de me l'envoyer de suite, ainsi que la nomination du capitaine Dupuy qui commande actuellement cette brigade.

    Salut et respect,

    F. WATRIN.

    De la main de Berthier: Demander au général Watrin s'il n'y aurait pas un capitaine assez distingué dans ce corps pour être promu à ce grade. Alex. BERTHIER.

    40e demi-brigade de bataille. (Division Watrin.)

    État des sous-officiers proposés pour être promus à des sous-lieutenances.

    NOMS. GRADES. OBSERVATIONS.
    COLIBAUX Adjudant sous-officier.

    Je prie le général en chef de vouloir bien
    accorder à tous ces militaires les grades
    qui sont demandés pour eux. Tous se sont
    distingués par leur bravoure et leurs talents
    dans les diverses affaires que la division a
    eues avec l'ennemi, principalement à la
    prise d'Ivrée et aux combats de la Chiusella
    et de Casteggio.

    Je demande aussi au général en chef le
    grade de capitaine pour le citoyen Millet.
    lieutenant (le grenadiers, qui, à l'affaire
    de Casteggio, a sauté avec son sabre sur
    trois Autrichiens qui emmenaient prisonniers
    un de ses grenadiers et l'a retiré de
    leurs mains après en avoir sabré deux. Cet
    officier joint à la bravoure beaucoup de
    talents et de moralité.

    Le Général de division,

    F. WATRIN.

    COURTOIS Id.
    RAULLlN Id.
    ROBERT Sergent-major.
    LAVIGNE Id.
    VALOIS Id.
    GUYOT Id.

    De la main de Berthier: Renvoyé au chef d'état-major. Accordé s'il y a des places vacantes.

    Alex. BERTHIER.

  77. Aujourd'hui Rivetta di Casteggio, à 2 kilomètres à l'est de Casteggio, sur le ruisseau S. Zeno. (Carte italienne au 25,000e.) {p.250}
  78. L'artillerie de la division Watrin comprend une pièce de 8 et un obusier, qui lui ont été donnés le 26 mai à Ivrée. (V. p. 20.)

    La composition de l'artillerie consulaire est plus difficile à établir. Dans la répartition, faite le 26 mai, des six pièces parvenues au delà de Bard, Berthier donne à Murat deux pièces de 4 qui doivent être servies « par l'escouade des guides à cheval du Premier Consul ». (V. p. 20.)

    Mais ces pièces sont restées devant le château de Milan, tandis que leurs canonniers et leurs attelages ont été prendre des pièces autrichiennes à Pavie. (V. l'ordre du Premier Consul, p. 107.) De Pavie cette artillerie devait rejoindre Murat devant Plaisance. (Ibid.) Eut-elle contre-ordre et fut-elle dirigée sur Belgiojoso, pour marcher avec la première division de l'armée parvenue sur la rive droite du Pô? Cette hypothèse est fort vraisemblable.

    Dans tous les cas, la garde n'avait pas encore été rejointe par l'artillerie qui lui était régulièrement affectée, comme le prouve le début de la lettre du 10 juin du Premier Consul à Merlin. (V. p. 285.)

    Dans tous les cas, il paraît presque certain que Lannes ne dispose que de quatre pièces à la bataille de Montebello.

  79. Extrait du rapport du commandant d'artillerie de la division Watrin:

    Affaire de Montebello, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    Le chef de bataillon Pernety, commandant l'artillerie de cette division, rend compte que la première compagnie du 2e régiment d'artillerie à cheval et le détachement d'artillerie consulaire, commandée la première par le lieutenant Martin, le second par le lieutenant Marin, se sont couverts de gloire.

    Un canonnier de la première compagnie du 2e régiment d'artillerie à cheval, le citoyen Raynal, attaché à une pièce de 4, la pointa si adroitement au moment où l'ennemi, qu'elle inquiétait et empêchait de profiter du désordre où était notre infanterie, venait d'établir en face une pièce pour déloger la nôtre, qu'il la démonta aussitôt.

    L'infanterie reprit l'offensive, et les canonniers qui servaient la pièce de 4 coururent dessus la pièce ennemie et s'en emparèrent.

    Au quartier général à San-Giuliano, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

    Le chef de l'état-major général d'artillerie,

    AI. SENARMONT. {p.251}

  80. Sic, d'après la copie certifiée conforme qui est aux Archives de la guerre. L'original appartient à la famille de Bellune.
  81. Comparer les chiffres des tués, blessés, prisonniers et canons pris aux chiffres donnés par la relation autrichienne, p. 269.

    Les prisonniers autrichiens furent dirigés sur Milan: « Plus de 3,000 Autrichiens faits prisonniers dans cette journée (de Montebello) sont arrivés aujourd'hui à Milan ». (Il Corriere Milanese, 12 juin 1800; passage cité dans Trolard: De Rivoli à Marengo, t. II, p. 99.)

  82. Tous les trois sont chefs de bataillon à la 40e demi-brigade. {p.252}
  83. F. Watrin, général de division, au général en chef Alexandre Berthier.

    Montebello, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

    Mon Général,

    Je vous prie d'accorder le grade de chef de bataillon au citoyen Cocher, capitaine aide de camp du général de brigade Malher. Cet officier est constamment à la tête des troupes qu'il encourage par son exemple et qu'il dirige aux combats avec beaucoup de fermeté. Il a le premier monté au fort d'Ivrée, et, dans toutes les affaires que la division a eues avec l'ennemi, il n'en est pas une où il ne se soit particulièrement distingué.

    Je vous demande aussi le même grade pour le citoyen Laborde, capitaine adjoint aux adjudants généraux, qui se signale toujours par de nouvelles actions d'éclat.

    Je vous demande aussi le même grade pour le citoyen, Chamorin, capitaine et mon aide de camp. Ce grade lui avait été donné à Capoue par le général Macdonald, et le Premier Consul lui a promis qu'il le confirmerait à la première affaire où il se distinguerait. Cet officier marche toujours à la tête des tirailleurs et hier, avec deux compagnies de la 40e qu'il conduisait, il a tourné un bataillon ennemi à qui il a fait mettre bas les armes.

    Je vous prie, mon Général, de nommer capitaine au 14e régiment de chasseurs à cheval le citoyen Eichman, lieutenant au même corps et adjoint aux adjudants généraux. Cet excellent officier est d'une rare bravoure et d'un mérite distingue. Il a été blesse de trois coups de mitraille à l'affaire de la Chiusella, en s'emparant du pont à la tête des carabiniers de la 6e légère. Hier, avec une compagnie de carabiniers du même corps, il a tourné l'ennemi et a fait 600 prisonniers.

    J'ose espérer, mon Général, que vous ne refuserez pas de donner un avancement aussi juste et aussi mérité à des officiers d'état-major qui se montrent aussi dignes de leurs emplois, et qui, dans des terrains aussi fourrés que ceux de l'Italie, sont souvent dans le cas de diriger isolément des têtes de colonnes.

    Salut et respect.

    F. WATRIN.

    Avancements demandés par le général de division Watrin.

    1° Le grade de chef de bataillon pour le citoyen Cocher, capitaine aide de camp du général de brigade Malher ;

    2° Le même grade pour le citoyen Laborde, capitaine adjoint aux adjudants généraux;

    3° Le même grade pour le citoyen Chamorin, capitaine aide de camp du général de division Watrin;

    4° Le grade de capitaine au 14e régiment de chasseurs à cheval pour le citoyen Eichman, lieutenant au même corps et adjoint aux adjudants généraux. {p.253}

  84. On n'a pas retrouvé le rapport du général Herbin, commandant l'autre brigade de la division Chambarlhac (24e légère). Cette lacune est en partie comblée par le journal de Brossier qui donne le récit des mouvements de cette demi-brigade (V. p, 257) et par le rapport de Berthier du 12 juin. (V. p. 261.) {p.254}
  85. Les points les plus élevés sont à 150 mètres au-dessus du niveau de la mer; la plaine est à 90 mètres.
  86. Peut-être une maison située à 500 mètres environ au sud-est de Casteggio, et appelée Casa il Giardina sur la carte actuelle au 25,000e. {p.255}
  87. Voir la note 1 de la page 250. {p.256}
  88. Le début est la reproduction, presque littérale, des rapports de Watrin et de Rivaud. {p.257} {p.258}
  89. D'après cette phrase, la division Chambarlhac aurait eu aussi de l'artillerie.

    Il faut remarquer que le journal de Brossier est ait après la campagne. Les rapports faits le soir et le lendemain de la bataille, parlent peu de l'action de l'artillerie et n'indiquent pas que la division Chambarlhac en ait amené sur le champ de bataille. {p.259}

  90. Ce bulletin est publié dans le Moniteur du 28 prairial (17 juin). Il figure à la Correspondance de Napoléon sous le n° 4905.
  91. Il semblerait, d'après ce bulletin, que le Premier Consul a rejoint l'avant-garde pendant la bataille de Montebello. De là à dire que c'est lui qui a l'honneur de la victoire il n'y a qu'un pas. Ce pas est franchi par Maret qui écrit le 15 juin: « . . . . . Le Premier Consul. . . . . a complètement battu le corps du lieutenant général Ott. . . . . ». (V. p. 290, note 1.)

    En réalité, le Premier Consul arrive à Pavie à 2 heures de l'après-midi, d'après sa lettre du 9 juin à Berthier. (V. p. 272.) S'il en part à 3 heures, il arrive à Stradella au plus tôt à 5 heures (23 kilomètres et traversée du Pô), et ne peut pas être à Casteggio (16 kilomètres de Stradella) beaucoup avant 7 heures.

    Il paraît évident que le Premier Consul n'a pas rejoint l'avant-garde, mais s'est arrêté le 9 à Stradella, où il n'est arrivé que dans la soirée. Le rapport de Berthier (V. p. 247) qui lui rend compte de la bataille en est une preuve.

    On lit dans les Mémoires de Napoléon: « Le Premier Consul, à la première nouvelle de l'attaque de l'ennemi contre l'avant-garde française, était accouru sur le champ de bataille; mais à son arrivée, la victoire était décidée. . . . . ». (Corresp. de Napoléon, t. XXX, p. 381.)

    Bourrienne, secrétaire du Premier Consul, a écrit dans ses Mémoires (t. IV, p. 111)

    « J'ai lu dans plusieurs ouvrages que c'était le Premier Consul qui avait gagné la bataille de Montebello. C'est une erreur. . . . . Ce ne fut que le 13, qu'en marchant sur la Scrivia, le Premier Consul passa dans Montebello et vit le champ de bataille ». {p.260}

  92. Victor, Chambarlhac et Watrin sont nommés dans ce bulletin de l'armée de réserve. Un seul des généraux de division présents à la bataille ne l'est pas, c'est Lannes, le futur duc do Montebello!

    L'Empereur a plus tard écrit dans ses Mémoires, à propos de cette bataille: « . . . . . Le général Lannes était couvert de sang. . . . . » (Corresp. de Napoléon, t. XXX, p. 381), affirmation qui n'est d'ailleurs confirmée par aucun document.

  93. Suchet avait dépassé Oneille. Il était le 6 juin à Albenga, le 7 à Finale et le 8 à Millesimo. Mais, au lieu de déboucher en Piémont, il faisait le siège de la citadelle de Savone. Il était rejoint par le général Gazan, amenant par la route de la Corniche une partie de la garnison de Gênes, que la capitulation laissait libre. {p.261}
  94. Voir la note 1, p. 250.
  95. Tous les rapports font l'éloge des troupes sans restriction. On doit donc considérer comme inexact l'acte infâme signalé par le capitaine Coignet, d'après lequel 1a 24e légère {p.262} « ayant été poussée au feu par le général Lannes, commença par fusiller ses officiers. Les soldats n'épargnèrent qu'un lieutenant. Je ne sais pas au juste quel pouvait être le motif de cette terrible vengeance. . . . . ».

    Cet incident invraisemblable a été supprimé dans la nouvelle édition des Cahiers du capitaine Coignet. On sait d'ailleurs que cet ouvrage doit être consulté avec circonspection. Le passage ci-dessus a été reproduit dans Trolard, De Rivoli à Marengo et Solferino, t. II, p. 121. {p.263}

  96. Ce rapport était publié dans le Moniteur du 3 messidor (22 juin) en même tempe que le rapport du 26 prairial (15 juin) sur la bataille de Marengo.
  97. Cette relation n'est pas signée, Elle est, en beaucoup de passages, presque identique au journal de Brossier, dont elle paraît une première rédaction; c'est pour ce motif qu'elle n'a pas été citée jusqu'ici. Les pages qui concernent la bataille de Montebello contenant des détails qui ne sont pas dans les autres rapports, il a paru intéressant de les publier. {p.264}
  98. La suite contient des éloges qui sont, à peu de chose près, calqués sur ceux qu'on a lus dans le rapport de Berthier et dans le journal de Brossier, p. 258 et 262.
  99. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 120 à 128. {p.265}
  100. Ces deux divisions faisaient partie du corps qui bloquait Gênes.

    La capitulation de cette ville avait été signée le 4 juin, à 7 heures du soir. (OEst. milit. Zeitschrift, t. XXVI, p. 289.) La division Vogelsang était partie le 5 par la Bochetta, en même temps que le général Gottesheim, par Bobbio; la division Schellenberg était partie le 6 avec le maréchal Ott. (OEst. milit. Zeitschrift, t. XXVI, p. 292.)

  101. La mission donnée au maréchal Ott était d'aller occuper le tête de pont de Plaisance. (OEst. milit. Zeitschrift, XXIX, p. 12.)
  102. Sans cette crue de la Scrivia, Ott serait venu le 7 juin à Casteggio, et aurait sans doute attaqué Lannes à Vescovera. Celui-ci n'avait pas de soutien, car la division Chambarlhac ne passait le Pô que dans la journée du 8. Un succès assez vraisemblable d'Ott, entre Vescovera et Stradella, aurait arrêté le passage du Pô, à Belgiojoso, et forcé Lannes à se retirer sur Plaisance. Mais, même dans cette éventualité, la réunion de Lannes avec Murat suffisait pour assurer la possession de la chaussée de Stradella, et le pont de Plaisance permettait de faire passer le reste de l'armée de réserve sur la rive droite du Pô.
  103. Le récit du baron de Crossard, officier d'état-major dans la division Vogelsang, n'est pas conforme à celui de la Revue militaire autrichienne:

    « . . . . . J'étais fort embarrassé sur les moyens de passage, quand j'aperçus une longue colonne de chariots du pays qui venaient de la traverser (la Scrivia). Ces chariots, montés sur quatre roues peu élevées, présentent un long et large tablier; l'administration militaire les envoyait à Alexandrie; je n'hésitai pas à les arrêter, et en les fixant les uns aux autres avec la chaîne dont chacun était muni, j'établis un pont très capable de porter de l'infanterie. La colonne arriva; l'artillerie et la cavalerie passèrent à gué, les autres troupes se servirent du pont.

    « Pendant que le passage s'était effectué, la nuit était survenue; l'espèce de digue que formaient les chariots qui n'avaient point assez d'espace entre eux, avait fait gonfler les eaux du torrent; leur violence rompit les chaînes. Cet accident n'atteignit heureusement que le dernier bataillon. . . . . » (Mémoires militaires et historiques, par le baron de Crossard, t. II, p. 281. Paris, Migneret, 1829.) {p.266}

  104. Une partie de l'infanterie de Gottesheim (régiment de Klébeck) est détruite devant Plaisance, le 7 juin. Le reste s'immobilise sur la route de Bobbio à Plaisance et n'est d'aucune utilité. (V. 7 juin, p. 205 et même page note 1.)

    C'est Mélas qui avait ordonné de diriger la brigade Gottesheim par Bobbio sur Plaisance pour en occuper le pont et le château. « (OEst. milit. Zeitschrift, t. XXVI, p. 260.)

  105. Gottesheim n'a que ces 3 escadrons sur le champ de bataille.

    Les troupes du général Ott se montent donc à 26 bataillons et 13 escadrons.

  106. Dans cette relation, écrite cependant vingt-trois ans après la campagne, le narrateur autrichien se trompe absolument sur l'effectif des troupes françaises ayant combattu à Montebello. Il estime que les divisions Monnier et Gardanne ont pris part à la bataille et décrit leurs mouvements (V. ci-dessous p. 268 et 269), tandis que ces divisions étaient encore sur les rives du Pô.

    Les rapports de Berthier, de Watrin et de Rivaud (V. p. 247, 248 et 253), ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet. Les seules troupes françaises présentes sur le champ de bataille de Montebello sont le corps Lannes et la division Chambarlhac.

    Outre la division Watrin (6e légère, 22e et 40e de bataille), le corps Lannes comprend la 28e de bataille et la brigade de cavalerie Rivaud, dont un seul régiment, le 12e d'hussards, est présent. (V. p. 248 et 262.) La division Chambarlhac a 3 demi-brigades, les 24e légère, 43e et 96e de bataille.

    Ces demi-brigades sont toutes à 3 bataillons. (V. t. 1er, annexes 6, 7, 10.) Les forces françaises se composent donc de 21 bataillons et 4 escadrons, tandis que les Autrichiens ont 26 bataillons et 13 escadrons.

    L'effectif de la division Watrin était de 5,165 hommes, le 10 mai; celui de la 28e, de 1500; et celui de la division Chambarlhac de 7,810. (V. t. Ier, annexe n° 17, p. 666 et 668.) On n'a pas retrouvé de situations de l'armée depuis son entrée en Italie; mais on peut admettre que des corps marchant depuis vingt-cinq jours, ayant passé par le Grand-Saint-Bernard et par le sentier d'Albard, ayant combattu à Aoste, à Châtillon, à Montestrutto et à la Chiusella, avaient vu diminuer sensiblement leur effectif.

    Le 12e de hussards qui avait 596 hommes le 10 mai, n'en comptait plus que 310 le 9 juin. (V. la situation de la cavalerie le 11 juin, p. 300.)

    On a vu (p. 233) que le 8 juin le Premier Consul estimait la force de la division Watrin {p.267} à 8,000 hommes, y compris sa brigade de cavalerie. La division Chambarlhac ne devait pas arriver à 6,000 hommes.

    D'après la situation de l'armée de réserve à la date du 14 juin, pièce publiée en 1805 dans la relation faite par Berthier (V. annexe n° 8), la division Watrin a 5,083 hommes, la division Chambarlhac 5,287, le 12e de hussards 400; soit un total de 10,770 hommes. En ajoutant les pertes du 9 juin, on arrive tout au plus au chiffre de 11,000 pour les combattants de Montebello. En tout cas, le corps Lannes et la division Chambarlhac ne devaient pas compter ensemble, le jour de la bataille, plus de 12,000 à 13,000 hommes.

    Jomini porte à 16,000 hommes l'effectif autrichien. (Histoire des guerres de la Révolution, t. XIII, p. 255.) On a vu que Berthier l'estimait à 18,000 hommes. (V. p. 248.)

    En réalité, il semble donc certain que la supériorité numérique était du côté des Autrichiens, qui avaient aussi très probablement un grand avantage comme artillerie. (V. p. 250, note 1 et p. 268.)

  107. « . . . . . Le quartier-maître général Zach était arrivé seul à Voghera. Il proposa d'éviter toute espèce d'engagement. Cet avis était sage: le général Ott s'y refusa. « Mes avant-postes sont attaqués, dit-il, je marche à leur secours. . . . . » Ott, plus hussard que général, voulut se battre. . . . . » (Mémoires militaires, du baron de Crossard, t. II, p. 282.)
  108. Ces six bataillons du général Gottesheim font partie de la division Vogelsang. Les trois autres bataillons de cette division les rejoignent peu après au sud de Casteggio.

    Quant aux bataillons de la brigade Gottesheim, ils étaient restés le 7 au soir sur la route de Bobbio à Travo. (V. p. 205, note 1.) {p.268}

  109. On a vu qu'en réalité la division Monnier n'était même pas sur le champ de bataille, et que le corps Victor se réduisait aux trois demi-brigades de la division Chambarlhac.
  110. La division Gardanne n'avait pas achevé de passer le Pô. (V. p. 273.)
  111. Ribaud dans le texte allemand.
  112. Ce renseignement sur l'armée française était le seul résultat que la bataille de Montebello donnait à l'armée autrichienne.

    C'était d'ailleurs un renseignement absolument erroné. puisque le maréchal Ott croyait avoir combattu le gros de l'armée de réserve à Casteggio et comptait quatre divisions présentes sur le champ de bataille, quand en réalité Monnier et Gardanne étaient encore sur les rives du Pô et que Watrin et Chambarlhac avaient été seuls engagés. {p.269}

  113. C'est en effet le général Gency, qui passe le Coppo au nord de Casteggio. Il fait cc mouvement avec la 6e légère, qui appartient à la division Watrin.
  114. Les rapports cités ne font même mention que de 400 ou 500. On n'a retrouvé aucune pièce pouvant faire présumer un autre chiffre de pertes. {p.270}
  115. Le Premier Consul reçoit deux lettres de Suchet, une du 1er juin, l'autre du 3.

    Dans la lettre écrite à Sospello, le 1er juin, Suchet rend compte que l'ennemi a évacué le col de Braus et Sospello et veut tenir sur la ligne de Vintimiglia, qu'il a fortifiée. Suchet estime que Mélas attendra le Premier Consul « à Novi, sa gauche à Savone et sa droite à Plaisance, et vous livrera bataille dans les plaines de Pozzolo ». Dans un post-scriptum. écrit le 2 juin à 4 heures du matin, on lit le succès de la journée du 1er: l'Aution a été enlevé; les Français occupent Saorgio et Fontan; Suchet va marcher sur le col de Tende, pendant que l'ennemi se retire sur Dolceaqua.

    Le 3 juin, Suchet écrit de Tende: Broni et Breglio ont été pris et on attaque le col de Tende. Les Autrichiens en déroute se retirent dans la Rivière de Gênes. Suchet espère être le 4 juin à Piève avec son avant-garde.

  116. Cette prescription détermine l'ordre du même jour de Berthier à Duhesme. (V. p. 281.)
  117. Le 8 juin, à 11 heures 1/2 du soir (V. p. 240), Berthier avait rendu compte qu'il allait envoyer quatre pièces à Broussier, pour faire le siège de Pizzighettone.

    Dans sa lettre du 9 (V. p. 281), Berthier ordonne à Duhesme de se contenter de faire bloquer cette place. {p.271}

  118. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    Je vous prie de m'envoyer, d'ici à une heure, un état de situation des troupes, d'après la répartition d'aujourd'hui, y compris toutes les troupes du général Moncey et celles du général Bethencourt.

    Alex. BERTHIER.

    Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    Je vous prie, citoyen Général, de me faire connaître quelles sont les troupes qui arrivent successivement au quartier général.

    Il est arrivé hier beaucoup de cavalerie sans que j'en aie été instruit. Aussitôt qu'un corps arrive, je dois connaître sa force et l'état dans lequel il se trouve.

    Dans l'état de situation que vous me faites ce matin, vous y comprenez comme en marche plusieurs corps qui sont arrivés depuis hier au soir, comme le 1er d'hussards, etc.

    Vous portez à la division Chambarlhac 292 hommes de chasseurs, tandis que le général Victor me mande qu'il n'a pas un homme.

    L'objet le plus essentiel pour les opérations militaires, est que j'aie sous les yeux l'état de situation très exact des présents sous les armes.

    Alex. BERTHIER.

    (Archives de Gros-Bois, A. IX.) {p.272}

  119. C'est la division Lapoype qui reçut cette mission. Voir la lettre de ce général, p. 273.
  120. La reconnaissance faite dans la journée du 8 juin, sur la route de Pavie à Valenza (V. p. 235 note 3), fait craindre, au Premier Consul comme à Berthier, que Mélas ne prépare un mouvement par la rive droite du Pô.

    Berthier envoie de nouvelles reconnaissances:

    Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    Envoyez sur la route de Valenza un officier de l'état-major avec une patrouille de gendarmerie qui ira à quatre lieues.

    Alex. BERTHIER.

    Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major (*).

    Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    Je vous prie d'envoyer une patrouille de 5 à 6 gendarmes sur la route de Pavie à Voghera, au passage du Pô (**), pour prendre des informations.

    Alex. BERTHIER.

    (*) L'original n'indique pas le destinataire. On a rétabli cette indication avec de grandes probabilités d'exactitude.

    (**) La route de Pavie à Voghera franchit le Pô à Bastida.

  121. Il Y a une analogie frappante entre cette marche par les deux rives du Pô et Je mouvement de la grande armée vers Vienne, en 1805, par les deux rives du Danube, le corps Mortier restant relié au gros de l'armée par une flottille.
  122. C'est donc par erreur que l'on voit dans certains auteurs que le Premier Consul quitte Milan le 7 juin, et rejoint le même jour l'avant-garde à Broni. (V. OEst. milit. Zeitschrift, t. XXIX, p. 27.)

    En réalité, il quitte Milan le 9 et est le 10 à Stradella. (V. ses lettres à cette date, p. 285 et suivantes.) {p.273}

  123. Aux officiers municipaux de Milan.

    Le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    Le Premier Consul, Citoyens, désirerait avoir sur-le-champ 100 chevaux d'artillerie avec leurs harnais. Cette levée sera payée comptant; elle ne doit conséquemment exiger aucune mesure violente, mais seulement la plus grande célérité. Je vous prie de vouloir bien faire tous vos efforts pour remplir les intentions du Premier Consul et de me faire part dans la matinée, si cela est possible, des dispositions que vous aurez prises.

    Je seconderai et ferai appuyer les mesures que vous prendrez à ce sujet.

    Vous pouvez compter, Citoyens, que dans cette circonstance, comme dans toutes celles où vous croirez devoir vous adresser à moi, je concourrerai avec plaisir à aplanir les difficultés que vous pourrez rencontrer, et à faciliter toutes vos opérations.

    Salut et fraternité.

    PETlET.

    Au Premier Consul.

    Le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    Il est parti cet aprés-midi 50 chevaux harnachés. Il en partira 50 autres ce soir; ils sont adressés à Pavie au général Marmont ou à l'officier d'artillerie qui le remplace.

    Les harnais ne sont pas très commodes, mais ils pourront servir jusqu'à ce que ceux que je fais faire soient finis; Gassendi m'a remis un modèle d'après lequel les bourreliers de Milan s'occupent de 100 harnais complets.

    PETIET.

    (Registre de correspondance du citoyen Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul.)

  124. Correspondance de Napoléon, n° 4902.
  125. La Poype (Jean-François de), né à Lyon (Rhône) le 31 mai 1758, avait été second enseigne du régiment des gardes françaises le 6 avril 1777, enseigne le 15 novembre 1778, sous-lieutenant en second le 27 août 1780, sous-lieutenant en premier le 21 novembre 1784, et avait donné sa démission le 1er juillet 1787. Il devint lieutenant-colonel du 2e bataillon des volontaires nationaux de Seine-et-Oise le 19 octobre 1791, colonel du 104e de ligne le 16 mai 1792, maréchal de camp le ler septembre 1792, et général de division le 15 mai 1793. Il était suspendu de ses fonctions le 27 octobre 1795 et rappelé à l'activité le 17 septembre 1797.

    Il fut retraité le 4 septembre 1815 et mourut le 27 janvier 1851.

    Il signe Lapoype. On a conservé ici cet orthographe, qui est employé dans la correspondance des autres généraux et qui figure aussi sur les en-têtes imprimés des lettres de ce général. {p.274}

  126. La 67e demi-brigade faisait d'abord partie de la division Lorge. (V. t. 1er, p. 507.)
  127. Berthier, cantonné dans la même ville de Pavie, savait la capitulation de Gênes depuis la veilla. (V. p. 227, la lettre du Premier Consul qui annonce cette nouvelle au général en chef.) {p.275} {p.276}
  128. L'état remis le 13 mai au Premier Consul par le ministre Carnot, à Lausanne (V. t. 1er, p. 354), porte le corps Moncey à. 18,714 fantassins, ou 24 bataillons et 2,803 cavaliers.
  129. La lettre du Premier Consul à Berthier du 9 juin (V. p. 271), indique que le nombre des bataillons, réellement amenée par Moncey, n'est que de neuf.
  130. Ce paragraphe et le précédent, depuis: « Vous aurez vu. . . . . » sont publiés dans le Moniteur du 25 prairial (14 juin), comme une lettre du Premier Consul aux deux Consuls.
  131. « Affectueusement » est ajouté de la main du Premier Consul. {p.277}
  132. Correspondance de Napoléon, n° 4901.
  133. Ce bulletin est publié dans le Moniteur du 25 prairial (14 juin) avec ceux des 17,

    18 et 19 prairial. Il figure a la Correspondance de Napoléon, sous le n° 4903.

  134. Ces états n'ont pas été retrouves. {p.278}
  135. L'une de ces lettres est celle écrite le 7 juin. (V. p. 209.)
  136. L'autre lettre du Premier Consul devait sans doute ordonner à Murat de rester avec toute la division Boudet à Plaisance, tant qu'il n'y serait pas relevé par Duhesme et la division Loison. Il revenait sur cette idée le 9 juin. (V. p. 270.)

    Le Premier Consul, toujours très prudent, tenait, avant tout, à conserver Plaisance, point capital de sa ligne d'opérations, point de passage plus sûr que Belgiojoso, point de retraite en cas d'échec à Stradella.

  137. Rivalta-Trebbia, à 13 kilomètres au sud-ouest de Plaisance, sur la route de Bobbio. Ces postes appartenaient évidemment à la brigade Gottesheim; on a vu p. 205, note 1, que les débris du régiment Klébeck, battu le 7 juin à Plaisance, et le reste de la brigade Gottesheim s'étaient arrêtés entre Bobbio et Plaisance. {p.279}
  138. Il ne semble pas que Duhesme ait pris ce convoi.
  139. On a vu p. 220, note l, que cette artillerie avait échappé à Lannes. {p.280}
  140. L'ordre de Berthier n'a pas été retrouvé; mais la lettre du 8 juin au Premier Consul (V. p. 237) indique ses intentions: Murat devait rejoindre Lannes en ne laissant à Plaisance que la garnison nécessaire pour bloquer la citadelle et garder le pont, ce qui était conforme à l'indication donnée par le Premier Consul, le 8 juin: « . . . . . Murat et Duhesme. . . . . suivraient le mouvement. . . . . » (V. p. 233.)
  141. Il est 9 heures du matin. (V. ci-dessous, note 5.) D'après le journal de la division Boudet, le départ n'eut lieu qu'à 4 heures du soir.
  142. Murat était mal renseigné. O'Reilly n'était pas à Rivalta. Il combattait le jour même à Casteggio. (V. p. 265 à 269.)
  143. Ces deux régiments étaient partis le 8 juin au soir de Belgiojoso où les moyens de passage étaient insuffisants. (V. p. 237.)
  144. Sur l'adresse:

    Service militaire très pressé.

    Au général Bonaparte, Premier Consul de la République française, à Pavie.

    Parti de Plaisance à 9 h. 1/4 du matin.

    Cette lettre arrive à Pavie après que le Premier Consul a quitté cette ville, car une autre main a ajouté sur l'adresse: à Stradella. {p.281}

  145. Broussier reçoit dès le lendemain l'ordre de venir à Plaisance. (V. p. 295.)
  146. V. la réponse de Duhesme le 10 juin, p. 294. {p.282}
  147. On a vu p. 241 que Loison avait passé le Pô à Crémone la veille 8 juin, sans doute dans la soirée.
  148. Duhesme écrit le 10 juin à Berthier: « . . . . . Je suis arrivé hier à Plaisance. . . . . ». (V. p. 294.) {p.283} {p.284}
  149. En marge de ce rapport on lit l'annotation suivante qui semble écrite à Paris:

    « Compte en général satisfaisant sur tous les services. Demande qu'on envoie des officiers de santé. »

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96