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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 2 Chapitre 5

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.597}

(DEUXIÈME PARTIE)
CHAPITRE V
PASSAGE DU PO

Passage du Pô par Lannes et combat de San-Cipriano, le 6 juin. – Marche du gros de l'armée vers Belgiojoso. – Prise de la tête de pont de Plaisance par Murat, le 5 juin. – Passage du fleuve et combat de Plaisance, le 7. – Occupation de Crema, Orzinovi et Brescia, par Loison. – Investissement de Pizzighettone. – Prise de Crémone par Duhesme, le 7 juin. – Tentatives des Autrichiens contre Verceil et Ivrée. – Le quartier général à Pavie.

5 JUIN

En exécution des ordres du 4 juin (1), Murat se porte sur Plaisance.

Extrait du rapport des marches et opérations de la division Boudet:

Attaque de la tête de pont de Plaisance. – Le 16, ayant reçu l'ordre de me ranger, avec ma division, sous les ordres du lieutenant général Murat (2), je formai son corps d'armée auquel étaient jointes deux brigades de cavalerie.

Nous nous portâmes sur la route de Plaisance.

L'escadron du 11e régiment de hussards, ayant eu l'ordre d'éclairer notre marche, attendu la position de l'ennemi à {p.166} Pizzighettone, rencontra les premières vedettes en avant de Fombio et les chassa jusqu'à l'avant-poste ennemi, placé au village qui précède la tête du pont. Là se livra une petite action dans laquelle les nôtres firent quatre prisonniers et poursuivirent le reste jusqu'à la tête du pont, d'où ils furent obligés de revenir, l'ennemi s'étant présenté en force et leur ayant tiré plusieurs coups à mitraille.

Ma division, qui avait forcé sa marche, arriva en face de la tête du pont de Plaisance, défendue par 12 pièces d'artillerie et 5 à 600 hommes d'infanterie.

Il y avait, en outre, de l'autre côté de la rive, une même quantité de bouches à feu qui prenaient en flanc tous les points sur lesquels on pouvait se présenter.

D'après les dispositions prises de concert avec le général Murat, je formai trois colonnes d'attaque. Celles de droite et de gauche étaient composées de la 9e légère et celle du centre des trois compagnies de grenadiers et du 1er bataillon de la 59e demi-brigade.

Les deux premières colonnes devaient longer la rivière et se porter sur les flancs de la tête du pont, tandis que celle du centre ne devait que se montrer et agir sur la position de l'ennemi, au moment qu'il aurait été ébranlé. La formidable artillerie qui nous était opposée eût rendu trop meurtrière une attaque de front.

Les colonnes de droite et de gauche opérèrent leurs mouvements, mais elles rencontrèrent sur les flancs de la tête du pont un feu d'artillerie extrêmement vif et auquel elles étaient obligées de présenter le front un quart d'heure avant d'aborder; elles essuyaient, en outre, le feu de l'autre rive qui les prenait en flanc. Une telle défense fit remettre l'attaque pour la donner pleinement dans un moment moins favorable à l'ennemi; ce devait être la nuit. Cela n'empêcha pas qu'une partie des troupes conduites par moi, le général Musnier et l'adjudant général Dalton, sur les différents points d'attaque, gagnèrent avec impétuosité, jusque sous la tête de pont, à petite portée de pistolet. De là, couvertes par quelques fossés et épaulements formés par la nature, elles firent un feu de mousqueterie si vivement, si heureusement servi contre ceux qui étaient dans la tête du pont, que l'ennemi a avoué lui-même que, par cette fusillade, il avait perdu 330 hommes. {p.167}

La nuit était attendue et les dispositions étaient prises pour faire enlever la tête du pont, lorsque l'ennemi, après un feu soutenu et opiniâtre de toute son artillerie, évacua ses pièces avec une extrême précision, toujours protégé par ses canons de l'autre rive. L'instant que cessa le feu d'artillerie qui partait de la tête du pont fut saisi par un officier et cinq soldats qui, se trouvant très près, devancèrent les dispositions d'attaque que l'on prenait et entrèrent dans la tête du pont, où ils trouvèrent encore 80 hommes qu'ils firent prisonniers. Ceux-ci ne se voyant d'abord entourés que de six hommes, voulaient résister, mais l'audace et la fermeté de l'officier et des cinq soldats qui s'y étaient portés si vaillamment, en imposèrent assez longtemps pour qu'un renfort pût arriver pendant ce temps. L'ennemi, qui craignait sans doute qu'en attendant l'arrivée du corps qui défendait la tête du pont, les Français ne vinssent avec lui, aima mieux le sacrifier; il ouvrit le pont et laissa filer une partie des bateaux qui le soutenaient.

Je ne puis donner assez d'éloges à tous les militaires et officiers et soldats qui ont pris part à cette affaire. La constance avec laquelle la troupe supporta un feu de mitraille tel qu'il ne s'en est point vu, et l'intrépidité avec laquelle elle l'affronta, ont dû donner à nos ennemis une haute idée de sa valeur. La division perdit 500 hommes, tant tués que blessés, la plus grande partie par le feu du canon (3). {p.168}

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

17 prairial (4). – Attaque et prise de la tête du pont de Plaisance. – Division Boudet. – Lieutenant général Murat. – Le 17 prairial, à 3 heures du matin, la division Boudet, sous les ordres du lieutenant général Murat, lève le camp de Lodi, qu'elle occupait depuis le 14, et marche sur Plaisance. Une forte tête de pont couvrait le pont et les avant-postes ennemis étaient à 2 lieues en avant; ils se retirent d'abord d'une lieue à l'approche des Français; mais, voulant tenir dans cette seconde position, le combat s'engage, et ils sont repoussés jusque dans leurs retranchements.

La division Boudet, formée aussitôt sur trois colonnes, marche contre cette redoute qui, garnie de 12 canons, faisait un feu bien soutenu et était, en outre, appuyée par plusieurs batteries placées sur la rive droite du Pô. Ces obstacles ne peuvent rien contre l'ardeur du soldat. Il s'avance intrépidement vers les retranchements jusqu'à la portée du pistolet, et y prend poste à la faveur de quelques avantages du terrain.

Il y eut alors un moment de repos, et l'on se proposait de renouveller l'attaque à la faveur de la nuit qui approchait; mais, un certain mouvement s'étant fait entendre dans les ouvrages à 10 heures du soir, on y poussa quelques reconnaissances; l'une d'elles, commandée par le citoyen Caseau, chef de bataillon de la 9e légère, et composée de six chasseurs, s'avance jusqu'à la barrière et pénètre dans la redoute; il y restait 80 hommes qui se préparaient à faire résistance, lorsque {p.169} l'arrivée d'un chef de la 59e, à la tête de quelques hommes, les intimident et les déterminent à mettre bas les armes.

La 9e légère a perdu 15 hommes tués, dont 2 officiers et 56 blessés, dont 2 capitaines;

La 59e a eu 8 hommes tués et 22 blessés;

La cavalerie n'a fait aucune perte.

Un conscrit, placé sur le point le plus rapproché de la redoute et sous un feu perpétuel de mousqueterie et de mitraille, a consommé plus de 100 cartouches, conservant un sang-froid qui ne s'est pas démenti un seul instant.

L'ennemi a tiré, pendant la nuit et le jour suivant, de la rive opposée, dans la tête du pont; on lui a riposté par des obus; il a coulé plusieurs bateaux qui faisaient partie du pont, a blessé deux canonniers et démonté une pièce de 8.

Extrait de la Revue militaire autrichienne (5).

Tandis que ces troupes autrichiennes se trouvaient encore en marche vers Plaisance (6), le général Murat, avec sa cavalerie et la division Boudet, était arrivé dès le 5, à midi, à Casalpusterlengo, venant de Lodi, et s'était précisément dirigé du côté de Plaisance.

La vieille tête de pont était très endommagée, en partie à cause des inondations du fleuve et en partie par la vétusté et la pluie. On n'avait commencé que le 3 juin à remettre cet ouvrage fortifié en état de défense. {p.170}

Dans cette tête de pont on créa trois plates-formes, chacune pour deux canons; l'entrée fut garnie de cavaliers espagnols. En même temps, le fossé qui entourait l'ouvrage fut approfondi et le parapet élargi. Par un travail acharné on obtint que cette tête de pont pouvait, dès le 5 juin, se défendre contre une attaque subite. Dans l'attente anxieuse des renforts en marche, le général Mosel chargea une compagnie d'infanterie et trente chasseurs d'occuper cet ouvrage et se prépara à s'opposer de toutes ses forces à la marche de l'ennemi par le feu de ses canons.

Afin de se garder contre une surprise, il posta le détachement de chasseurs tyroliens en dehors de l'ouvrage et envoya les chasseurs à cheval de Bussy vers Casalpusterlengo. Ces derniers découvrirent bientôt l'ennemi qui marchait en deux colonnes sur Plaisance. Ces patrouilles, ainsi que le détachement de chasseurs, se retirèrent alors dans la tête de pont.

L'avant-garde ennemie, rendue plus audacieuse par le silence qui s'était fait à son approche dans la tête de pont, s'avança à 2 heures jusqu'à 500 pas de l'ouvrage.

Mais à ce moment elle fut accueillie par une violente fusillade. Les Français reculèrent. Boudet fit alors avancer ses canons (7) et bombarda la tête de pont. Cependant une batterie impériale de 16 canons, qui se mit en position sur la rive droite du Pô, réduisit au silence l'artillerie ennemie qu'elle prit en flanc. Murat fit plusieurs tentatives pour prendre la tête de pont d'assaut. Mais la fusillade qui partait de l'ouvrage et la canonnade venant de la rive droite du Pô, firent échouer ses attaques.

Les défenseurs conservèrent pendant huit heures la tête de pont. Mais la relève des hommes très fatigués, et en particulier des canonniers, n'eut pas lieu, parce qu'aucun des renforts attendus n'arriva. Le général Mosel se vit donc forcé d'abandonner la tête de pont à 10 heures de la nuit.

Les canons furent transportés sur la rive droite, et au milieu du pont on enleva dix pontons. Ensuite la garnison fut transportée sur l'autre rive dans de petits bateaux tenus prêts à cet effet.

Par suite de la perte de 120 tués et blessés, le général Mosel ne possédait plus que 280 hommes.

* * *

Duhesme porte une brigade de la division Loison au delà de l'Adda, vers l'Oglio (8), tandis que l'autre brigade est dirigée sur Pizzighettone.

L.-H. Loison, général de division, au Général en chef.

Orzinovi, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

J'ai l'honneur de vous rendre compte, mon Général, que {p.171} j'occupe, avec ma brigade de gauche, les places de Crema et Orzinovi (9) que l'ennemi a abandonné ce matin.

J'ai poussé mes avant-postes à Pompiano, sur la route de Brescia et sur celle de Pizzighettone, près de laquelle place se trouve le général Broussier avec sa brigade, auquel j'ai donné l'ordre de tâter s'il était possible de s'en emparer ou de la resserrer en cas d'impossibilité (10).

Le général Duhesme me prévient que je dois dorénavant correspondre directement avec vous; il prétexte un prétendu refus d'exécuter ses instructions. Cette allégation est d'autant plus fausse qu'à son arrivée à Crema, les instructions qu'il m'avait donné à Lodi étaient exécutées.

Je n'avais pas cru jusqu'à ce jour, mon Général, devoir me plaindre du général Duhesme, avec lequel il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de servir.

Je laissais aux généraux faisant partie de son corps d'armée le soin de vous instruire des dégoûts qu'ils éprouvaient avec ce général. J'espère, mon Général, qu'en attendant, jusqu'à ce que vous ayez statué sur cette plainte, vous n'aurez aucune plainte sur le service de ma division.

J'oubliais de vous dire que les habitants nous reçoivent partout {p.172} avec allégresse et qu'ils sont prêts à se lever en masse au premier appel.

J'ai l'honneur d'être, avec respect.

LOISON.

P.-S. – Si nous n'avions pas tâtonné avant-hier à l'attaque sur Lodi, nous eussions, d'après le rapport des déserteurs, pris 500 hommes, mais je vous avoue que nous marchons en tremblant.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Milan, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Vous donnerez l'ordre aux 3e et 9e régiments de dragons et au 3e de cavalerie de partir sur-le-champ pour se rendre à Lodi, où ils seront aux ordres du général Duhesme et feront partie de la brigade du général Champeaux.

Donnez l'ordre à 10 pontonniers de se rendre sur-le-champ auprès du général Broussier devant Pizzighettone, afin d'établir un pont ou au moins deux trailles entre Pizzighettone et le Pô.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

* * *

L'arrivée des premières troupes de Moncey à Milan permet à Berthier de pousser en avant le corps de Victor et de former une nouvelle division sous les ordres de Gardanne.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.

Milan, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Vous ferez prendre position à l'infanterie de la division du général Lapoype (11) sur la route de Pavie. La cavalerie ira au lazareth; vous en préviendrez le général d'Harville.

Alex. BERTHIER. {p.173}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général chef de l'état-major.

Milan, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Vous donnerez les ordres pour que le général Victor parte demain 17 à la pointe du jour pour se rendre à Lodi; il prendra position entre Lodi et Casal (12).

Donnez les ordres pour que l'infanterie et la cavalerie de la division du général Lapoype prennent les armes demain à 1 heure après-midi pour passer ma revue à 2 heures; vous choisirez un local dans les environs de son camp, soit sur le rempart, soit sur la route.

A 1 heure, vous passerez une première revue pour voir qu'il ne manque rien; vous me ferez prévenir chez le Premier Consul quand tout sera prêt.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Milan, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Vous donnerez tous les ordres pour former la division du général Gardanne en la composant de tout ce qui arrivera de la

44e demi-brigades (13);
101e
102e

elle se réunira à Milan; les détachements de ces corps passeront sous les ordres du général Gardanne à mesure qu'ils arriveront (14). {p.174}

Donnez les ordres pour qu'il ait un commissaire des guerres, des agents des administrations, son artillerie composée de 6 pièces (15).

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, aux Consuls de la République (16).

Milan, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Je reçois, Citoyens Consuls, votre courrier du 9. Je vous envoie le bulletin de l'armée (17), copie d'une lettre du général Suchet (18), de deux du général Saint-Hilaire (19), d'une du général Moncey (20) ; je crois utile de faire imprimer ces quatre pièces. Ainsi, vous voyez que la situation des choses est telle, que, le Pô passé, la réunion avec Masséna se trouvera faite, et {p.175} l'armée sera dans une position à ne plus exiger ma présence.

Je vous le répète, et vous pouvez l'annoncer, du 25 au 30 prairial je serai à Paris.

BONAPARTE.

Bulletin de l'armée de réserve (21).

Milan, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Le général en chef Berthier a fait investir par le corps du général Duhesme la place de Pizzighettone et fait occuper Crema (22).

Le Premier Consul a réuni tous les évêques et curés, et leur a fait connaître ses intentions de maintenir l'organisation religieuse comme elle était lorsqu'il commandait à Milan. Il leur a fait prêter promesse de fidélité.

D'après la lettre du général Suchet, l'ennemi n'a commencé son mouvement d'évacuation du côté de Nice que le 9 prairial.

Le peuple de Milan paraît très disposé à reprendre le ton de gaieté qu'il avait du temps des Français. Le général en chef et le Premier Consul ont assisté à un concert qui, quoique improvisé, a été fort agréable.

Le chant italien a un charme toujours nouveau. La célèbre Billington, la Grassini et Marchesi sont attendus à Milan. On assure qu'ils vont partir pour Paris pour y donner des concerts (23).

* * *

La ligne d'opération de l'armée est en butte aux tentatives des partis ennemis au point que l'artillerie, en retard, ne peut rejoindre l'armée.

Le Commandant de la place de Verceil, au général Dupont, chef de l'état-major général de l'armée, partout où il sera (24).

Olcenengo, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Citoyen Général,

Ce que j'ai prévu vient d'arriver. Depuis que je commande cette place, j'ai {p.176} toujours demandé de la troupe pour la défendre. Je dis ensuite que les deux officiers, à qui j'ai demandé des hommes, sont dans ce moment très coupables. Dans ce cas, ce sont le chef de la 30e demi-brigade et l'officier commandant le détachement de la 96e demi-brigade. Pareille faute ne doit pas être perdue de vue, et vous allez voir à quoi cette désobéissance nous a conduit.

Par ma lettre d'hier, vous devez voir que je n'ai que 45 hommes de garnison; 16 hommes de garde, autant en marche pour les différentes réquisitions, ce qui fait 32 hommes. Avec le reste je me suis défendu et j'ai fait une retraite très honorable où je me suis retiré jusqu'à ce village; je me suis battu avec les 13 hommes restant, j'en ai perdu 2 qui sont morts.

Dès ce moment, je vais me poster sur le chemin de San-Germano, et réunir autant qu'il sera possible de soldats isolés, ou me réunir à la première troupe qui passera pour prendre de rechef la place de Verceil, qui m'a été prise hier au soir entre 8 heures et 9 heures.

50 cavaliers avec autant d'infanterie sont entrés au déclin du jour, se sont emparés de la garde de la municipalité forte de 16 hommes, ensuite ils se sont saisis de celle qui garde les prisonniers (25). C'est dans ce moment que je me suis présenté avec le fond de la garnison, montant à 13 hommes; il m'en reste 11.

Je vais faire mon possible de faire tenir la présente à la municipalité de Verceil, pour vous la faire passer. Ils me paraissaient tous beaucoup honnêtes mais peu véridiques.

Crainte que je ne puisse avoir des forces dans la partie où je suis, tâchez de m'en faire parvenir.

Enfin, j'attends vos ordres, soit à Verceil ou entre le chemin de San-Germano à Verceil.

Je suis avec respect.

BERNHARD.

Rapport verbal d'un courrier du Premier Consul venant de Verceil.

Milan, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Dit qu'étant près de sortir de la ville de Verceil un jeune homme de la ville a couru après lui, en lui criant: Cachez-vous, vous êtes perdu, les Autrichiens {p.177} sont ici. Qu'effectivement, s'étant caché, il vit les Autrichiens au nombre de 60 à cheval, qui sont entrés à cheval dans le corps de garde de la municipalité, qu'un volontaire a tiré dessus, qu'il en a blessé un. Les Autrichiens ont délivré 300 de leurs prisonniers. Que le commandant s'étant mis à la tête de 30 hommes, qui composaient toutes ses forces, voyant qu'il ne pouvait repousser l'ennemi, il croit qu'il s'est caché comme lui. Que les Autrichiens étaient encore à 3 heures du matin à la porte de Verceil, du côté d'Ivrée; qu'ils disent que l'armée arrive au nombre de 15,000 hommes; que luî, courrier, il s'est déguisé en bourgeois et a passé au milieu d'eux pour porter des dépêches au Premier Consul.

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Le général Carra-Saint-Cyr, au général Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

Ivrée, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800), au soir.

Je vous préviens, Général, que suivant les rapports qui m'arrivent aujourd'hui, l'ennemi se renforcerait du côté de Saint-Georges, Rivarole, Felette et . . . . . (26). Ce corps d'avant-poste a pris sa ligne derrière l'Orco ; il vient d'y jeter un pont et semble vouloir menacer ce point; ce matin il a délivré 250 prisonniers à Verceil et enlevé une partie des 25 hommes qui s'y trouvaient cantonnés. Il fait des courses jusqu'à Santhia et même plus près de ce côté-ci.

Les habitants de la campagne sont très disposés à se soulever et au premier échec il faut s'attendre à les voir en armes. Je ne puis agir pour le désarmement qu'avec beaucoup de circonspection, parce qu'au moment où je ferai une opération de cette nature, je pourrais être attaqué sur plusieurs points et mes forces ne sont pas assez importantes pour les disséminer.

J'écris au général Chabran pour l'instruire des nouveaux avis qui me parviennent. En attendant, toute ma troupe est prête à tous événements. J'ai dû, mon cher Général, rendre compte de notre position parce qu'il me paraîtrait triste de voir les communications de l'armée entièrement interceptées, et cela pourrait être l'intention de l'ennemi.

L'artillerie (27) ne peut pas passer par la route indiquée, elle est obligée d'attendre une forte escorte pour passer par Verceil.

Je tiendrai le général en chef au courant de tout ce qui me parviendra; mais, peu facile à m'inquiéter, je commence à craindre que l'ennemi ne cherche à nous couper entre Bard et Ivrée ou d'Ivrée à Novare.

Salut fraternel.

CARRA-SAINT-CYR. {p.178}

6 JUIN

Une partie de l'infanterie du corps de Lannes franchit le Pô en face de San-Cipriano et repousse les Autrichiens qui tentent de s'opposer au passage.

Le Lieutenant général Lannes, commandant l'avant-garde, au Général en chef.

Stradella, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

La 28e demi-brigade a passé le Pô, ce matin à 4 heures, avec deux ou trois compagnies de la 40e. Si nous n'eussions été retardés par l'établissement du pont volant, toute l'avant-garde aurait passé dans quatre heures. A 10 heures, l'ennemi est venu nous attaquer, comme je faisais prendre position au général Mainoni. Les Autrichiens avaient de 4 à 5,000 hommes d'infanterie, la plus grande partie venant de Gênes (28). Ils étaient fiers encore de leurs victoires; ils ont foncé sur nous à la baïonnette et forcé le centre de notre ligne. Aussitôt, j'ai détaché un bataillon de la 28e, commandé par l'adjudant général Noguès, sur la droite, pour prendre l'ennemi en flanc. Ce mouvement l'a dérouté; il a été chassé jusque dans le village de Stradella, où il s'est rallié, et d'où il est de nouveau revenu à la charge. Enfin, nous avons (sic) resté pêle-mêle depuis 10 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir, heure à laquelle l'ennemi a été chassé à plus de 3 lieues de Stradella, sur la route de Plaisance.

Le combat a été des plus vifs. L'ennemi, outre son infanterie, avait 1500 hommes de cavalerie et 7 pièces de canon; il a laissé 600 morts sur le champ de bataille; il a eu 300 blessés, et nous lui avons fait un nombre égal de prisonniers; il {p.179} a perdu, en outre, deux caissons chargés de munitions et un troupeau de boeufs et de moutons.

Nous avons eu, au plus, 12 tués et une quarantaine de blessés. Je dois vous parler de la conduite du brave adjudant général Noguès: quoique incommodé, encore et beaucoup, des blessures qu'il a reçues à Châtillon, il a montré autant d'activité que d'intelligence et de courage. Je demande pour lui le grade de général de brigade (29).

Le général Mainoni a fait preuve du plus grand sang-froid. Le chef de brigade de la 28e et tous les chefs de bataillon, ainsi que les adjoints du général Boissière, se sont particulièrement distingués.

Je ne connais pas de soldats plus braves que ceux de la 28e. Quoique forcés plusieurs fois, ils n'ont pas perdu la tête un seul moment.

Si j'avais pu faire passer deux pièces de canon et la cavalerie, j'aurais marché sur Plaisance (30).

Salut et respect.

LANNES.

F. Watrin, général de division, au général en chef Berthier.

Vescovera, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800.)

J'ai l'honneur de vous rendre compte des opérations et mouvements de ma division depuis le 17 de ce mois.

Le 17, à 3 heures du matin, la 28e passa le Pô sur un pont volant sans éprouver la moindre résistance ; une partie de la 40e traversa aussi ce fleuve; ce corps de troupes, aux ordres du général Mainoni, avait pris position le long des digues et des marais, en arrière de San-Cipriano, et s'y gardait très militairement, en attendant que les autres troupes eussent opéré leur passage qui éprouvait beaucoup de lenteur.

Sur les 3 heures du soir, les régiments autrichiens de Reiszky et Croattes, d'environ 2,000 hommes, soutenus par {p.180} 4 pièces d'artillerie (31) et 50 cavaliers de Bussy qui arrivaient de Voghera, ont attaqué avec vigueur les troupes sur la rive droite du Pô. L'attaque a été d'abord soutenue avec vigueur par la 28e de bataille.

L'ennemi, beaucoup supérieur en nombre, commençait à entamer le centre, lorsque environ 500 hommes de la 40e, qui venaient de débarquer, s'y portèrent. Alors, l'affaire devint extrêmement chaude. On tomba avec acharnement sur l'ennemi; dont l'on tua au moins 200 hommes, restés sur le champ de bataille, et à qui l'on fit près de 200 prisonniers, et l'on enleva deux caissons d'artillerie. La déroute de l'ennemi a été on ne peut plus complète, et je dois à la vérité de dire que c'est au général Mainoni et à la bravoure des 28e et 40e qu'on doit le succès de cette journée ; la perte de l'ennemi peut être d'à peu près 800 hommes.

. . . . . (32) . . . . .

F. WATRIN (33).

Extrait de la Revue militaire autrichienne (34).

Le général major Molitor qui, sur ces entrefaites, était arrivé à Casteggio avec 2 escadrons de dragons de Lobkowitz, annonça, le 6 au matin, au feld-maréchal -lieutenant O'Reilly, que les Français qui, durant les jours derniers, avaient un camp important à Belgiojoso, avaient passé le fleuve avec 1200 hommes à Bosco (près du confluent du Tessin avec le Pô) et que, pour ce motif, le régiment d'infanterie Reiszky et les dragons de Lobkowitz ne pouvaient plus {p.181} venir à Plaisance, et devaient se borner à défendre la région où ils se trouvaient.

. . . . .

Cependant, le général Lannes, le jour même (le 6) où Murat parut devant Plaisance (35), avait fait passer le Pô, près de Bosco, à 3 bataillons de la division Watrin, qui refoulèrent des rives du fleuve le faible cordon autrichien et cherchèrent à opérer leur jonction avec la brigade Monnier (36) qui passait le Pô, à Albaredo, et était en marche sur Cipriano. Là, se trouvaient le régiment d'infanterie Reiszky avec le bataillon d'Ottochan et une division des dragons de Lobkowitz. Le reste de ces dragons se trouvait à Stradella et occupait la route jusqu'à Casteggio.

A peine Monnier était-il arrivé à Cipriano, et avait-il couvert ses ailes et son front par les marais voisins, que se produisit le combat, commencé par les Autrichiens avec 6 canons. Le général Monnier se borna à conserver sa position jusqu'à l'arrivée des renforts; ensuite, il voulut tourner les Autrichiens afin de les rejeter sur Stradella.

A ce moment, un grand désordre régnait là et sur toute la route, entre Plaisance et Casteggio, parmi les troupes impériales. Il était causé par la perte de Plaisance et par l'augmentation de danger provenant du nouveau passage du fleuve. Afin de donner le temps au feld-maréchal-lieutenant O'Reilly d'échapper au danger avec son parc d'artillerie, il fallait tenir à Cipriano. Le colonel prince Taxis, des dragons de Lobkowitz, se rendit donc avec le reste du régiment, à Cipriano, afin de défendre cette localité aussi longtemps que possible. Monnier, qui n'avait aucun canon, ne pouvait répondre au feu des Autrichiens; cela l'obligea à abandonner sa position.

Le colonel Taxis saisit cette occasion pour charger avec ses dragons. Mais le général Gency, qui venait précisément de passer le fleuve avec sa brigade, fit sa jonction avec le général Monnier et fit tourner, le combat à l'avantage des Français, Tandis que Gency cherchait à tourner Cipriano, Monnier entrait dans la localité.

Cependant l'ennemi ne réussit pas dans ses desseins. Le régiment d'infanterie {p.182} Reiszky défendit très héroïquement Cipriano et le colonel prince Taxis chargea de nouveau la colonne du général Gency. Ce n'est qu'à la nuit tombante, après que le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly eut atteint Broni, que le combat se termina par l'évacuation de Cipriano. Un bataillon du régiment de Reiszky avec un escadron des dragons de Lobkowitz furent laissés à Stradella, tandis que le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, avec le reste de ses troupes, s'établissait à Broni.

* * *

Murat reste en face de Plaisance et cherche à passer le Pô dans les environs de cette ville.

Extrait du rapport des marches et opérations de la division Boudet.

Le 17, l'ennemi continua toute la journée un feu d'artillerie qu'il dirigeait sur les positions qu'il présumait occupées par nous. Deux pièces d'artillerie de ma division avec deux obusiers servis par les canonniers de la garde des Consuls ripostèrent et eurent plusieurs coups heureux (37).

Pendant ce temps, le général Murat qui, d'accord avec moi, avait décidé le passage du Pô, expédia les adjudants généraux Dalton et Berthier, l'un sur la gauche et l'autre sur la droite du fleuve, afin de tâcher de réunir des bateaux pour opérer le passage.

L'adjudant Dalton parcourut le fleuve à une distance de 10 milles environ, et, par une activité et une intelligence particulières, il fit remonter une douzaine de petites barques au village de Nocetto, distant d'une lieue de la tête du pont de Plaisance (38). {p.183}

Dans la nuit, ayant à présumer que l'ennemi chercherait à évacuer, nous voulûmes nous en assurer afin de profiter de tous les instants pour harceler sa marche et découvrir tous ses mouvements. Alors, on simula un passage aux environs de la tête du pont.

L'ennemi riposta par un feu d'artillerie vif et soutenu qui mit hors de combat plusieurs hommes de la 59e.

Vers les 11 heures, il envoya un parlementaire demander qu'on ne tirât plus des obus parce qu'ils avaient déjà incendié une maison de la ville de Plaisance, dont la neutralité devait être respectée. Il fut répondu que le point sur lequel nous tirions était celui de notre attaque et celui-là même où l'ennemi dirigeait son feu; qu'ainsi, la proposition était singulière et ne pouvait être écoutée, qu'au préalable ils ne consentissent eux-mêmes à ne plus tirer.

Extrait de la Revue militaire autrichienne (39).

. . . . . Toutefois, avant le point du jour, le feld-maréchal-lieutenant comte O'Reilly arrivait à Plaisance avec 2 escadrons de hussards et espérait, le jour suivant, rassembler d'autres troupes à Plaisance. Le général Mosel céda donc le commandement de ce point important au feld-maréchal-lieutenant O'Reilly, et suivit la caisse et la chancellerie de guerre, que dès le début du combat il avait envoyé à Parme.

. . . . .

Comme l'ennemi passait ainsi le fleuve sur ses derrières (40), le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly se trouvait donc dans un grand embarras, qui était encore augmenté par le fait qu'une réserve d'artillerie, partie d'Alexandrie pour se rendre à Borgoforte en passant par Tortone, Stradella, Plaisance et Parme, afin de se joindre à la réserve principale, se trouvait précisément, le 6 au matin, en marche de Castel-Giovanni sur Plaisance.

* * *

Sur la rive gauche de l'Adda, Loison s'écarte du gros de l'armée en se portant sur Brescia, pendant que Duhesme marche vers Crémone et que Broussier s'établit en face de Pizzighettone. {p.184}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Pavie, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Citoyen Consul,

Je reçois à l'instant une lettre du général Loison, datée de Brescia, du 17 prairial (41), où il a poursuivi vigoureusement M. de Loudon, qui n'a échappé qu'en sacrifiant son escorte. Le général Loison a fait 50 prisonniers, pris vingt milliers de poudre et éparpillé et détruit tout le reste du corps Loudon. Vous trouverez ci-joint la proclamation de M. de Loudon aux habitants de Brescia.

Le général Loison quitte Brescia pour se reporter sur Crémone. J'aurais désiré qu'il ait mis une garnison dans la citadelle, ce qu'il n'a pas osé prendre sur lui; mais l'arrivée de la légion italique à Brescia y suppléera (42).

Le général Loison me mande avoir été bien reçu des Brescians (43) et qu'il a poursuivi les Autrichiens fort loin, sur la route de Pizzighettone.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER. {p.185}

Extrait du rapport du 9 juin, de Berthier au Premier Consul.

« . . . . . Le général Loison arriva le 17 à Lograto, où il apprit que le général autrichien Loudon cherchait à soulever les habitants de Brescia contre les Français; il marcha sur-le-champ sur cette ville dont il s'empara; le général Loudon ne s'est sauvé que par le courage de son escorte, qui a été exterminée (44). On a trouvé dans la place 30 milliers de poudre et beaucoup de magasins. Nous avons fait 60 prisonniers. »

Extrait de la Revue militaire autrichienne (45).

Mais Loison partagea ce jour-là (6 juin) sa division. Une partie investit Pizzighettone et l'autre se dirigea sur Brescia. Dans cette ville se trouvait le général Loudon avec seulement un escadron de hussards Erdödy. Comme de nombreux traînards de la brigade Dedovich continuaient à passer par Brescia, il avait déjà sauvé réellement 200 hommes et les avait envoyés à Mantoue. Lorsque le 6, vers midi, l'ennemi s'avança sur la ville, le général Loudon se retira par la montagne vers Barghe, dans le val Sabbia, après avoir perdu 11 hommes dans cette retraite qui fut, au début, inquiétée par l'ennemi.

Arrivé à destination, il entreprit de couper la route se dirigeant vers le Tyrol par Rocca d'Anfo, et dans ce but de rassembler les paysans. Mais Loison, informé du faible effectif des Autrichiens dans cette région et de la prochaine arrivée du général Lechi, venant de Bergame, fit occuper Brescia avec quelques bataillons seulement et donna au reste de ses troupes l'ordre de partir le 6, au soir, sur Crémone en passant par Orzinovi. {p.186}

Extrait du rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.

Le 17, le général Duhesme arriva à Crema, comptant y rassembler la division Loison et marcher avec elle sur Crémone, mais il n'y trouva que trois bataillons de cette division, le général Loison ayant cru devoir se porter d'Orzinovi sur Brescia. Ce départ non prévu et auquel le général Duhesme ne pouvait s'attendre, aurait pu retarder le mouvement projeté; mais, sentant l'avantage de s'emparer de Crémone avant l'évacuation des magasins, ayant rassemblé trois bataillons de la 58e demi-brigade, et 400 chevaux, il marcha de suite sur Castelleone, où son avant-garde, trouvant l'ennemi, le culbuta et lui fit une trentaine de hussards prisonniers et un officier (46).

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Duhesme.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800) (47).

Je vous préviens, citoyen Général, que le général Lannes a effectué le passage du Pô vis-à-vis Belgiojoso et qu'il prend la position de Stradella. Le général Murat cherche à passer, soit au-dessus, soit au-dessous de Plaisance.

Il est très essentiel que le général Broussier fasse établir la traille ou un pont sur l'Adda, entre Pizzighettone et le Pô.

Si vous avez jugé, d'après la position de l'ennemi, qu'il vous fût possible d'enlever les magasins immenses de Crémone, il faudrait passer le Pô vis-à-vis cette ville et venir à Plaisance enlever tous les magasins d'artillerie que l'ennemi évacue, et vous marcheriez sur Stradella, où nous serons. Si votre passage ne pouvait pas s'effectuer à Crémone, il se ferait {p.187} à celui que le général Broussier établira entre Pizzighettone et le Pô, dans le cas où nous aurions besoin de vous.

Si, après avoir pris, soit Orzinovi, soit Soncino, vous ne croyiez pas qu'il soit possible d'aller à Crémone, vous reviendriez à Lodi, en laissant des garnisons, soit à Orzinovi, soit à Soncino. Le général Broussier restera toujours pour le blocus de Pizzighettone. Mais j'espère que vous pourrez faire votre beau mouvement sur Crémone et Plaisance, ce qui est soumis aux circonstances.

Donnez-moi fréquemment de vos nouvelles. Je serai cette nuit à Pavie et le Premier Consul y sera demain (48).

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

P.-S. – Vous trouverez ci-joint un renseignement qui vous sera utile lorsque vous serez à Crémone (49).

(Archives du général Comte Duhesme.)

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Citoyen Consul,

Je vous envoie une lettre que je reçois du général Loison.

Vous voyez que l'ennemi a été assez aimable pour nous abandonner Orzinovi (50). Il est bien essentiel de faire armer cette place importante. J'attends vos ordres à Pavie.

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER. {p.188}

Broussier, général de brigade (51), au général en chef Berthier.

Au bivouac sous Pizzighettone, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).
à 2 h. 1/2 après minuit.

Mon Général,

Depuis mon arrivée sous Pizzighettone, je me suis occupé des moyens d'établir un pont entre Pizzighettone et le Pô, à Macastorno; je n'ai pu y réunir encore que trois petites barques qui ne peuvent contenir que 40 hommes tout au plus entre elles trois. L'ennemi a emmené toutes les barques qui étaient sur l'Adda; il en occupe la rive gauche par quelques postes d'infanterie et de cavalerie. J'éprouve les plus grandes difficultés pour établir même une traille. Je n'ai point d'officier du génie; veuillez bien m'en envoyer. L'ennemi a occupé Géra. J'y ai envoyé cette nuit une forte patrouille que je ferai retirer au jour.

Salut et respect.

BROUSSIER.

Le général Marescot, au citoyen Haxo, capitaine du génie.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Je vous prie, mon cher Camarade, de vous rendre dans le plus court délai devant Pizzighettone. Vous inviterez le général Broussier, qui doit commander le blocus de cette place, de vous fournir des bateliers, soit de ceux qu'il pourrait tirer de ses troupes, soit de ceux qu'il pourra vous procurer dans le pays par voie de réquisition. Vous établirez deux ponts volants sur l'Adda, l'un au-dessus de l'autre, au-dessous de la place, à la distance de 1500 à 2,000 toises.

Je vous préviens que vos premiers soins doivent être employés à l'établissement du pont volant au-dessous de la place, parce que ce pont ne doit pas servir seulement pour le corps d'investissement, mais encore pour la communication de l'armée.

MARESCOT.

(Livre d'ordres du général Marescot. – Archives du génie.)

Le général Marescot, au citoyen Prost, capitaine du génie.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Je vous prie, mon cher Camarade, de vous rendre dans le plus court délai devant la place de Pizzighettone. Vous aiderez le général Broussier dans la {p.189} disposition de ses troupes pour l'investissement de cette place. L'objet principal de votre mission est d'examiner si l'ennemi a travaillé aux fortifications, quel espèce d'ouvrage il y a fait et en général quel est l'état actuel de cette forteresse. Aussitôt que vous aurez terminé cette reconnaissance, vous rejoindrez le quartier général qui se dirige sur Pavie.

MARESCOT.

(Livre d'ordres du général Marescot. – Archives du génie.)

* * *

Informé que Lannes a franchi le Pô dans la matinée (52). Berthier dirige en toute hâte les dernières divisions {p.190} de l'armée vers ce point de passage et porte le quartier général à Pavie.

Victor Perrin, général de division, lieutenant du Général en chef, au Général en chef.

Lodi, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800), 5 heures du soir.

La division Chambarlhac entrait à Lodi (53) au moment où votre ordre de la diriger sur Stradella par Belgiojoso m'a été remis; elle partira dans une heure pour se rendre le plus promptement possible à cette nouvelle destination.

J'ai l'honneur de vous saluer.

VICTOR.

P.-S. – Les cartouches se brûleront bientôt; nos soldats en ont bien peu.

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Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major (54).

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Le général Monnier partira le plus tôt possible ce soir pour se rendre à Belgiojoso par Pavie pour passer le Pô et rejoindre le général Lannes sur la position de Stradella; il mènera avec lui la 19e, la 30e et la 70e ; il rendra la 30e à sa division, de l'autre côté du Pô, quand il la rencontrera (55). {p.191}

Le général Gardanne partira avec toute la 44e, compris les grenadiers, et toute la 101e pour se rendre à Pavie et passer le Pô vis-à-vis Belgiojoso (56).

Le général Lapoype fera le blocus de la citadelle avec la 1re d'infanterie légère, la 29e et la 91e.

Demain 18, le général Lapoype sera relevé du blocus de la citadelle par la division du général Lorge qui arrive de Côme et il partira à midi, s'il est relevé, pour se rendre en toute diligence à Pavie (57). {p.192}

La cavalerie du général Lapoype partira à 2 heures (58) du matin pour Pavie, aux ordres du général Duvignau.

L'adjudant général Dampierre sera attaché au général Gardanne; le général de brigade Dumoulin sera employé avec lui, du moment où sa mission sera finie sur Verceil.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Vous partirez ce soir pour vous rendre à Pavie avec tout l'état-major (59).

Vous donnerez l'ordre que les chefs d'administrations partent demain aussi pour Pavie en laissant à Milan les agents nécessaires pour assurer le service.

Nous partirons ensemble aussitôt l'après-dîner.

Donnez l'ordre au petit bataillon cisalpin qui est à Biella de de se rendre à Romagnano pour y aider à établir le passage sur la Sesia. De là, il prendra les ordres du général Vignolle pour se rendre à Milan, où il sera complété.

Envoyez un officier d'état-major à Novarre, au-devant du général Chabran et de la 72e demi-brigade, pour que, de Verceil, elle se dirige directement par Mortara sur Pavie.

Alex. BERTHIER. {p.193}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Je vous prie, citoyen Général, de me remettre, avant la revue, l'état de situation de toutes les troupes aux ordres du général Lapoype, infanterie, cavalerie et artillerie.

Le général Murat me mande qu'il n'a point encore les pontonniers, ni les sapeurs, ni les ingénieurs, que je vous ai donné l'ordre de lui faire passer (60). Par quelle fatalité tous les ordres partis de l'État-Major éprouvent-ils un retard si préjudiciable au bien du service?

Le chef de la 30e est, dit-on, arrivé avec 500 hommes, et vous ne m'en rendez pas compte. Il est indispensable que je sois exactement informé de tout ce qui se passe dans l'armée.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, au général Lannes.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Le général Berthier, citoyen Général, se rend à Pavie. Le général Victor, le général Monnier, avec leur division, le corps qu'a amené le général Lapoype, tout part pour Pavie, afin de passer le Pô et de vous appuyer.

Le général Murat s'est emparé de la tête du pont de Plaisance, de ce côté-ci; il a fait une centaine de prisonniers à l'ennemi, qui paraît avoir beaucoup de bagages et d'artillerie de l'autre côté. Le pont que l'ennemi avait à Plaisance est entier, hormis les trois dernières barques du côté de Plaisance que l'ennemi a eu le temps de couper. Si vous pouvez faire un mouvement sur Plaisance, de manière à nous mettre en possession du pont, vous sentez combien cela nous serait utile, puisque nous aurions deux débouchés au lieu d'un, et que le pont de Plaisance, avec peu de réparations, nous servirait de suite.

Il me tarde beaucoup qu'il y ait 20,000 rations à {p.194} Stradella (61). L'armée ennemie a évacué Nice le 9 prairial, moitié par le chemin de Tende et moitié par celui de Vintimiglia. Le général Suchet est à leurs trousses et leur a fait 1900 prisonniers dans différentes affaires.

BONAPARTE.

Je ne crois pas que l'ennemi puisse avoir, dans ce moment-ci, plus de 10,000 hommes d'infanterie sur le Tanaro et puisse en avoir 20,000 avant le 20 ou le 21 (62).

Le Premier Consul, au général Lechi (63).

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Je donne l'ordre, citoyen Général, que l'on vous envoie sur-le-champ des cartouches (64).

Nous avons passé le Pô et nous occupons la position de Stradella; ainsi, l'armée ennemie se trouve coupée.

Apprenez-moi bientôt que vous avez arboré l'étendard de la République à Bergame et à Brescia (65).

BONAPARTE.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

Vous trouverez ci-joint un arrêté dont vous surveillerez l'exécution. Vous donnerez des ordres en conséquence aux généraux Vignolle et Pino.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER. {p.195}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve.

Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

ARRÊTE:

ART. 1er. – Il sera établi à Milan un dépôt où seront rassemblés les soldats cisalpins qui, dans ce moment, ne font pas partie de la légion cisalpine organisée à Bourg, et ceux qui voudraient prendre du service dans les troupes cisalpines.

ART. 2. – A mesure qu'il y aura un nombre d'hommes suffisant, il sera formé une compagnie, ensuite un bataillon et successivement plusieurs bataillons.

ART. 3. – Les officiers et sous-officiers seront choisis parmi ceux qui ont déjà servi dans les troupes cisalpines.

ART. 4. – Le général cisalpin Pino est chargé du commandement et de l'organisation. Les nouveaux bataillons seront sous les ordres du général Vignolle, commandant à Milan.

ART. 5. – Le général Vignolle proposera les mesures nécessaires pour l'établissement et la solde des nouveaux bataillons à mesure qu'ils se formeront.

ART. 6. – Il sera nommé un commissaire des guerres chargé de l'enregistrement et de la comptabilité de l'administration du dépôt.

ART. 7. – La formation des bataillons sera la même que celle adoptée pour les bataillons formés à Bourg.

Alex. BERTHIER. {p.196}

7 JUIN

Murat franchit le Pô, s'empare de Plaisance, et repousse un détachement autrichien qui tente de le déloger de cette ville. Le rétablissement du pont de bateaux donne à l'armée un second point de passage sur le Pô.

Joachim Murat, lieutenant général, au Général en chef.

Plaisance, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Je m'empresse de vous apprendre, mon Général, le passage du Pô et la prise de Plaisance.

Nous avons, à ce qu'on me dit, fait 600 prisonniers; il y en a autant dans les hôpitaux. Les magasins sont immenses. Soixante pièces de canon filent sur Stradella, escortées seulement par 150 (sic) hommes; s'ils m'échappaient, ils n'échapperont pas au général Lannes. Quinze cents chariots marchent sur Parme; 600 hommes qui ont couché hier à Parme étaient destinés à venir renforcer la garnison de Plaisance.

La ville a été enlevée de vive force. Environ 80 hommes de cavalerie n'ont eu que le temps de se jeter dans le fort, qui doit se trouver encombré par les chirurgiens, gardes-magasins et autres employés qui s'y sont précipités avec tous leurs bagages.

Je m'empresse de vous faire passer une dépêche du général Mélas, expédiée par un courrier extraordinaire et une infinité d'autres lettres qui vous donneront des renseignements utiles. On nous assure que Gênes est définitivement pris (66). Je vous donnerai d'autres détails ce soir; je vais {p.197} tâcher de communiquer sur-le-champ avec 1e général Lannes.

Je vais écrire à Loison.

Le pont sera fini ce soir (67).

Salut et respect.

MURAT.

Joachim Murat, lieutenant général, au général en chef Berthier.

Plaisance, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Je vous ai annoncé, mon Général, que 6 à 700 hommes, partis à marche forcée d'Ancône, se portaient sur Plaisance, et qu'ils étaient destinés à faire la garnison de la citadelle. Eh bien! mon Général, à peine mes postes étaient-ils établis, à peine avions-nous eu le temps de reconnaître la ville, qu'on est venu m'annoncer que ma grand'garde, placée sur la route de Parme, était attaquée.

Je suis aussitôt monté à cheval; j'ai fait avertir les généraux; en un clin d'oeil, tout le monde a été à son poste. Je me suis mis à la tête des deux bataillons de la 59e demi-brigade, et avec le général Boudet, les grenadiers en tête, commandés {p.198} par l'adjudant général Dalton; la colonne a été formée en masse et au pas de charge. Nous nous sommes portés sur l'ennemi qui, déjà, faisait replier ma grande garde avec ses canons; j'ai fait détacher quelques tirailleurs sur mes flancs. La fusillade est devenue générale; leur premier coup de canon m'a enlevé quatre hommes. Ce coup, loin de déconcerter les braves grenadiers de la 59e, n'a fait qu'irriter leur courage; ils se sont précipités sur les colonnes ennemies, qui ont pris aussitôt la fuite, mais ses canons soutenaient leur retraite. La nuit les favorisaient. Voyant enfin qu'ils allaient m'échapper, j'ai ordonné au brave 11e de hussards de les charger. Le brave chef d'escadron Ismert a exécuté son mouvement avec tant d'impétuosité que l'ennemi a été entièrement culbuté; nous les avons tous fait prisonniers, pris leurs deux pièces de canon, leurs caissons attelés et un drapeau. Tout ce qui n'a pas été pris est perdu dans les vignes; je les ferai ramasser demain par des patrouilles. Parmi les prisonniers sont 29 officiers et un major. Je rentre à l'instant; mes postes sont établis; le plus grand ordre règne ici.

Je dois des éloges particuliers à l'adjudant général Dalton. Le général Musnier est entré, ce matin, le premier dans la ville, à la tête des carabiniers de la 9e légère; le général Boudet a montré ce soir la plus grande bravoure. Toutes les troupes se battent comme des enragées. Le résultat de la journée est: 1000 prisonniers les armes à la main, 600 dans les hôpitaux et 100 Français trouvés (68).

MURAT.

Alex. Lauriston, aide de camp du Premier Consul, au général Bonaparte, Premier Consul de la République française.

Plaisance, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Citoyen Consul,

J'ai trouvé le général Murat maître de Plaisance, à la suite d'une journée des plus brillantes, dont le résultat est: 1000 prisonniers, parmi lesquels un major et 18 officiers, plus 2 pièces de canon de 4 pouces, 2 caissons et un drapeau. {p.199} Une partie de ces prisonniers a été faite sur un bataillon qui cherchait à se jeter dans le fort.

Comme le combat n'a cessé qu'à la nuit, il a été impossible au général Murat de reconnaître le fort; mais, d'après tous les renseignements, il parait qu'il n'y a que peu de monde et beaucoup de canons.

Le général Murat ayant eu avis que, ce matin, les Autrichiens avaient fait partir de Plaisance 60 pièces de canon escortées seulement par 150 hommes d'infanterie et 60 de cavalerie qui se dirigeaient sur Stradella, du côté du général Lannes, a envoyé à leur poursuite un fort détachement de cavalerie qui se portera principalement sur Ripalta (69), seul point par lequel ils pourraient trouver un débouché. Ce général pense qu'il ne peut quitter Plaisance qu'avec la plus grande précaution, tant à cause du fort et du pont qu'il faut garder, que par rapport à l'avis qu'il a reçu de la marche de deux bataillons venant de Parme pour se jeter dans le fort et au-devant desquels il compte aller, lorsqu'il aura des données certaines sur leur arrivée.

Le pont sera fait demain à midi.

Le général Murat vous demande avec instance le 12e régiment de chasseurs à cheval et une demi-brigade en remplacement de la 30e. Le 8e de dragons a passé le Pô avec moi sur la barque.

Beaucoup de lettres ont été interceptées, entr'autres une du général Mélas à l'Empereur, portées par un courrier extraordinaire. Ces lettres ont été envoyées au général Berthier.

Le général Murat a épuisé ses fonds pour le passage; il vous en demande tant pour les dépenses extraordinaires que que pour le payement des chevaux de prise.

Il écrira demain au duc de Parme pour le prévenir de notre entrée dans Plaisance comme amis.

Comme le général Murat pourra avoir demain quelque connaissance de la marche du général Lannes, je ne le quitterai qu'après avoir eu de plus grands renseignements.

Salut et respect.

Alex. LAURISTON. {p.200}

Extrait du rapport des marches et opérations de la division Boudet.

Le 18, la division se mit en marche à 2 heures du matin pour Nocetto. Aussitôt arrivée, la 9e commença le passage sur les bateaux qui avaient été réunis. Quelques vedettes ennemies se retirèrent à l'approche des troupes qui passèrent successivement sans rencontrer aucun obstacle. Le général Musnier, commandant la 1re demi-brigade, avait l'ordre de réunir ses troupes de l'autre côté et d'attendre le passage entier de la division; mais, ayant appris que l'ennemi venait de recevoir un renfort considérable et en attendait encore un qui venait par la route de Parme, il se porta précipitamment en avant sur Plaisance. Il y rencontra la cavalerie ennemie qui voulut charger ses troupes, mais il se forma en colonnes serrées, et les carabiniers, tout en criant qu'ils voulaient venger la journée de la veille, marchèrent, la baïonnette en avant, sur cette cavalerie, l'enfoncèrent et la dispersèrent. Alors, une seule opération était à faire, et le moment pressait: c'était de pénétrer dans la ville en même temps que les ennemis eux-même s. Le général Musnier jugea ce mouvement et le fit exécuter avec une telle rapidité, que l'ennemi, qui avait le projet et les moyens de s'opposer à cette entrée, ne put se reconnaître. Nos troupes parcoururent en un instant toutes les rues, chargeant et enlevant tout ce qui se présentait.

Dans cet intervalle, j'avais exécuté mon passage avec les grenadiers de la 59e et je rassemblais les corps pour seconder l'attaque du général Musnier. Je me rendis à l'entrée de la porte de Plaisance et m'y trouvai au moment que l'action s'engageait. Aussitôt, j'envoyai mon aide de camp auprès du général Musnier pour l'avertir de tenir ses troupes réunies, afin que l'ennemi ne pût profiter de l'éparpillement inévitable qu'occasionne la poursuite dans une grande ville; mais cette mesure devint nulle, parce que l'ennemi, dans un désordre parfait, s'était retiré de toutes parts dans la citadelle, d'où il fit pendant très longtemps un feu très actif. Le résultat de cette opération fut 1200 prisonniers et 150 morts ou blessés; la 9e légère perdit une vingtaine d'hommes, tant tués que blessés. On doit des éloges particuliers au général Musnier, qui a su profiter du seul instant favorable pour enlever Plaisance, dont la prise sans cette action eût pu coûter très cher. {p.201} La 9e demi-brigade légère s'y est particulièrement distinguée; il est difficile de montrer plus d'audace et d'intrépidité.

J'avais laissé à la tête du pont de Plaisance le 3e bataillon de la 59e, commandé par le chef de bataillon Pastre. Ce chef, s'étant aperçu que l'ennemi retirait les pièces qu'il avait sur le bord du fleuve, résolut de l'empêcher de les sauver. Le ~ pont était coupé; il n'avait aucun moyen de passer; alors, il se met à la tête d'une douzaine de nageurs, officiers et soldats, et se jettent à l'eau. Par malheur, ils atteignent un endroit de la rivière où l'eau tournait, et presque tous sont entraînés dans le gouffre; un officier et six soldats sont noyés. Le citoyen Pastre est retiré de l'eau sans connaissance; il doit la vie à un des siens. Cette action mérite d'être relevée honorablement par le dévouement de ses auteurs et le but qu'ils se proposaient.

La division, réunie à Plaisance, fut placée, une partie au blocus de la citadelle et l'autre sur les glacis de la porte de Saint-Lazare, route de Parme, par où devait arriver le renfort que l'ennemi attendait. On s'occupa en même temps à rétablir le pont. Une crue d'eau rendait la réparation très difficile. L'officier du génie y mit une activité particulière; mais ses efforts devinrent nuls par un accroissement continu des eaux, qui finit par rendre l'ouvrage trop difficile. Alors, on établit très promptement deux ponts-volants, et le passage de la cavalerie s'effectua.

On fut également obligé de joindre plusieurs bateaux à Nocetto, où avait passé la division, pour en faire un pont-volant qui pût servir au passage de l'artillerie ce qui eut lieu en surmontant toute espèce d'obstacles.

L'escadron du 11e de hussards, commandé par son chef Ismert, qui avait opéré son passage sur les 4 heures, eut ordre de se placer en avant de Plaisance, route de Parme, afin d'éclairer tout ce qui se présenterait sur ce chemin.

A 5 heures du soir, les vedettes avancées de cet escadron aperçurent un corps d'ennemis qui les repoussa. L'ennemi avait avec lui deux pièces d'artillerie, dont il se servit continuellement contre nos hussards, lesquels se réunirent et firent leur retraite, toujours à portée de la mitraille, et l'exécutèrent dans un ordre parfait.

A peine fûmes-nous prévenus, le lieutenant général Murat {p.202} et moi, de l'approche de l'ennemi, que je rassemblai les troupes pour marcher à sa rencontre. Trois compagnies de grenadiers de la 59e furent établies en colonnes sur la grand'route. L'adjudant général Dalton fut chargé de les conduire, tandis qu'un bataillon de la 59e, partagé sur la droite et sur la gauche du chemin, s'avançait pour prendre l'ennemi en flanc, après avoir jeté ses tirailleurs en avant.

Les grenadiers, impatients, dirigés par l'adjudant général Dalton, n'attendirent pas que les flanqueurs eussent dépassé leur ligne; ils se précipitèrent sur l'ennemi au pas de charge, la baïonnette en avant. Celui-ci tira sur leur colonne plusieurs coups de canon qui mirent une vingtaine d'hommes hors de combat, mais il ne put soutenir le choc terrible de nos grenadiers. Il battit en retraite devant eux, quoiqu'il fût fort de 1000 hommes et de son artillerie. On le poursuivit avec la même ardeur qu'il avait été attaqué.

La nuit tombait; je fis donner l'ordre au 11 e de hussards de se rendre pour charger l'ennemi. Je me mis à leur tête après avoir réuni tout ce qu'il y avait de cavalerie disponible, ordonnances et gendarmes, et je chargeai l'ennemi qui, en totalité, mit bas les armes. Le résultat fut la destruction, tant pris que tués, du corps qui était venu nous attaquer, la prise de deux pièces d'artillerie et de deux drapeaux.

Deux obusiers, servis par les canonniers de la garde des consuls, tirèrent avec beaucoup de succès dans la colonne ennemie.

Je dois des éloges particuliers à la conduite de l'adjudant général Dalton et à celle des grenadiers qu'il a dirigés. Il est rare d'avoir vu un courage plus marquant que celui qui fut déployé dans cette action. La troupe s'y est également très distinguée.

Le résultat des avantages remportés sur l'ennemi dans les différentes affaires, du 16 au 18, fut: 2,000 prisonniers, 50 hommes tués ou blessés et la prise de 13 pièces de canon, de 2 drapeaux, des magasins considérables et de 30 grands bateaux chargés de vivres qui étaient destinés à l'approvisionnement de l'armée ennemie et qui furent du plus grand secours à la nôtre.

Je dois payer au lieutenant général Murat la légitime rétribution de gloire qu'il mérite dans celle que s'est acquise ma {p.203} division aux différentes actions qu'elle a engagées sous ses ordres.

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

18 prairial. – Prise de Plaisance. – Lieutenant général Murat, division Boudet. – Le 18, à la pointe du jour, la division se mit en marche pour aller passer le Pô, au hameau de Nocetto, où l'on avait réuni une vingtaine de barques. La 9e légère, les grenadiers de la 59e, l'artillerie et le 11e d'hussards passèrent les premiers.

Le général de brigade Musnier, à la tête de la 9e, se porte en avant et prend position à deux milles de Plaisance, sur la grande route de Crémone, portant ensuite une reconnaissance un mille plus avant; il apercevait environ 1500 chariots qui filaient sur la route de Parme, sous la protection de quelque cavalerie et il apprend par plusieurs rapports qu'un régiment autrichien du général Ott, arrivait aussi par la même route.

Il se détermine aussitôt à marcher sur la ville et porte un bataillon à sa gauche, sur la route de Parme, pour attaquer le convoi. Il approchait de la porte Saint-Lazare et faisait une marche de flanc, à laquelle la chaussée rompue en cet endroit l'obligeait, lorsque deux escadrons de cavalerie ennemie s'avancent au grand trot; il reste immobile et sa bonne contenance en impose tellement à l'ennemi qui n'ose pas l'attaquer.

Enfin la tête de sa colonne pénètre dans la ville, et il envoie sur-le-champ un détachement pour occuper la porte Saint-Antoine, située à l'extrémité opposée; elle y arrive au moment où le régiment autrichien Klébeck s'y présentait par la route de Stradella.

Le bataillon que Musnier avait envoyé à l'attaque du convoi désespérant de l'atteindre, et ayant aperçu le régiment autrichien, venait à sa rencontre en dehors de la ville; en sorte que celui-ci pris en flanc, tandis que le détachement le chargeait en tête, fut entièrement pris ou dispersé. Le surplus de la division Boudet appuya les mouvements du général Musnier, vint camper près de la ville et cerna le fort où 50 cavaliers s'étaient retirés à l'approche du bataillon de gauche.

A peine les postes étaient-ils établis que le général Murat est informé que sa grande garde, postée en avant du village de Saint-Lazare, sur la route de Parme, est attaquée par le corps qui venait au secours de Plaisance, et dont le général Musnier avait eu connaissance le matin. Les ordres les plus prompts sont donnes à l'instant, et le général Murat se porte en avant à la tête de la 59e, commandée par le général Boudet. Les grenadiers faisaient l'avant-garde sous les ordres de l'adjudant général Dalton; la colonne est formée en masse et au pas de charge. Elle rencontre l'ennemi qui avait déjà fait ployer l'avant-garde ; quelques tirailleurs sont détachés sur les flancs et bientôt la fusillade devient générale. Le premier coup de canon de l'ennemi avait emporté quatre hommes et ce coup était devenu, pour les intrépides grenadiers de la 59e le signal de la charge la plus impétueuse.

La déroute se met dans les rangs ennemis et ils fuyaient à la faveur de la {p.204} nuit et protégés par leur artillerie, lorsque le 11e d'hussards fond sur eux et achève de les culbuter; tous furent tués ou pris.

Deux pièces de canon, leurs caissons attelés et un drapeau, 1000 prisonniers parmi lesquels 25 officiers, 600 hommes dans les hôpitaux et 100 Français délivrés, sont les trophées de cette journée.

De si brillants succès sont dus à la bravoure réfléchie du général Boudet, à la conduite savante du général Musnier, à l'intrépidité de l'adjudant général Dalton et à l'impétuosité des troupes qui se sont signalées à l'envie.

Parmi les traits particuliers de courage, on remarque la conduite du citoyen français Loiselet, conscrit de la 59e, qui a pris un drapeau, rivalisant aussi d'audace avec ses vieux camarades.

L'armée française n'a eu que 13 blessés et 3 tués, mais le citoyen Ribouleau, lieutenant, est du nombre de ces derniers, et l'armée perd en lui un soldat d'une bravoure éprouvée et d'un mérite reconnu.

Le matin de ce même jour, 60 pièces d'artillerie filèrent de Plaisance sur Tortone; le général Murat était bouillant du désir de s'en emparer. Il aurait porté par cette audacieuse action un coup bien funeste à l'ennemi. Occupé sans relâche aux événements qui se passèrent aux environs de Plaisance, il ne put mettre à exécution ce projet digne de sa valeur, et il se flattait que le général Lannes serait plus heureux; mais ce général eut à soutenir, après le passage du Pô, divers combats qui ne lui permirent pas d'arriver assez tôt à Stradella, où il aurait pu intercepter cet important convoi.

Extrait de la Revue militaire autrichienne (70).

Tandis que le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly donnait aussitôt l'ordre à cette réserve de retourner sur ses pas et prenait des mesures pour la sauver (71), Murat était arrivé avant le jour avec toutes ses forces à Nocetto et sans trouver d'obstacle avait, au moyen de 20 bateaux, transporté ses troupes sur la rive droite du Pô, à Rancarolo. Le général Musnier commandait l'avant-garde. Il établit un bataillon sur la route de Crémone et avec les deux autres se dirigea sur Plaisance.

Le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly ne pouvait morceler sa faible troupe pour occuper toutes les directions. Il décida de tenir tête à l'ennemi jusqu'à ce que la réserve d'artillerie ait eu le temps de se sauver.

A ce moment le régiment de Klébeck, avec 600 hommes, arriva de Bobbio à Plaisance (72). Le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly l'envoya immédiatement {p.205} sur la route de Parme et lui adjoignit un escadron de hussards Nauendorf. Avec le reste de ses troupes et les deux batteries de cavalerie, il surveilla la route de Stradella afin de couvrir le parc d'artillerie.

Le major Frühauf voulait marcher avec le régiment Klébeck en avant de la porte de Parme. Mais le général Musnier tenait déjà la route, et était sur le point d'entrer en ville. Une fusillade meurtrière s'engagea donc en cet endroit. La porte fut emportée d'assaut, perdue et reprise de nouveau. Sur ces entrefaites, Murat avait envoyé de nouveaux renforts au général Musnier et le major Frühauf ne put s'opposer plus longtemps à la marche de l'ennemi. Il occupa rapidement la porte de Rivalta. afin d'assurer sa retraite. Murat fit cerner le régiment sur la droite, afin de le faire prisonnier. Le major Grafen, des hussards de Nauendorf, s'opposa, il est vrai, avec ses deux escadrons aux efforts de l'ennemi, mais, à la longue, il ne put tenir contre une pareille supériorité numérique. Pressées de tous côtés, les troupes se mirent enfin un peu en désordre.

La plus grande partie du régiment Klébeck fut rejetée dans la ville, le reste se retira en partie sur la Trebbia, à San-Nicolo, et en partie vers Bobbio (73), Les chasseurs tyroliens, restés pour la défense de la ville, et les deux compagnies de Neugebau ne furent plus en mesure de résister à l'ennemi qui s'avançait de tous côtés, et se réfugièrent dans la citadelle. Le capitaine Harrucker, avec une compagnie de Neugebau, avait occupé cette dernière et dirigeait une violente canonnade en partie sur les Français accourant vers le pont et en partie sur les troupes qui poursuivaient le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly dans sa retraite sur la Trebbia.

Le tumulte dans la ville s'était à peine apaisé, qu'on entendit une vive fusillade du côté de Parme. Ce bruit était causé par un bataillon du régiment d'infanterie Thurn, qui avait été envoyé de la Toscane pour renforcer l'armée, et était parti, le 6 au matin, de Fiorenzola pour Plaisance.

Instruit du danger qui menaçait la garnison, il s'était dirigé du côté de Nura et Montalto, lorsqu'il s'était heurté à une réserve que Murat avait laissée sur la route de Parme. Sans hésiter, le bataillon attaqua l'ennemi et le repoussa jusqu'aux portes de Plaisance. Murat envoya alors à sa réserve une demi-brigade et un régiment de hussards de renfort, et, de la sorte, ce brave bataillon fut arrêté. Poursuivi par les hussards ennemis, il se retira vers Parme avec une perte de 300 hommes.

La ville de Plaisance resta au pouvoir des Français. Les Autrichiens occupaient bien la citadelle, mais la garnison, au lieu des 600 hommes nécessaires, n'en comptait que 250, et il ne paraissait pas possible qu'elle put seulement tenir huit jours.

Le feld-maréchal-lieutenant O'Reilly se retira avec le reste de ses troupes vers Castel-Giovanni. Mais, par crainte que la route de Tortone n'eût été coupée par le corps ennemi qui avait passé le Pô à Bosco, il poursuivit son chemin sans arrêt, avec le parc d'artillerie, par Stradella jusqu'à Broni, et {p.206} échappa presque miraculeusement. Comme Crémone était encore occupée par les Autrichiens et que Plaisance était menacée du côté de Parme et de Bobbio, Murat n'osa pas pousser au loin la poursuite.

* * *

Le passage du Pô à Belgiojoso se poursuit avec une extrême lenteur. La nouvelle du passage de Murat à Nocetto arrive au quartier général et détermine un ordre du Premier Consul pour assurer la jonction des deux avant-gardes sur la rive droite du Pô.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Pavie, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Citoyen Consul,

Je vous envoie le rapport que m'a fait le général Lannes sur l'affaire qu'il a eue hier contre un corps qui venait, partie du côté de Gênes, partie du côté de Plaisance (74).

Le général Lannes, qui vient d'arriver ici, m'assure qu'il est impossible de faire un pont; mais il assure que le pont volant qui marche avec une traille peut porter 600 hommes. Il n'a pas encore pu passer de cavalerie, parce que le Pô étant bas (75), la traille arrive bien loin du bord et qu'il faut sauter dans l'eau. Le général Marmont s'occupe de parer à cet inconvénient.

Dans ce moment, on s'occupe à établir une nouvelle traille près de l'embouchure du Tessin, à sa rive gauche.

Toute l'infanterie du général Lannes a passé; mais il a encore son artillerie de ce côté, ainsi que sa cavalerie. Le général Marmont assure que, dans deux heures, la cavalerie et l'artillerie seront passées. En attendant, toute l'infanterie de la division Chambarlhac va passer. {p.207}

Je n'ai aucune nouvelle du général Murat; mais le général Lannes assure avoir entendu une canonnade de son côté toute la nuit et ce matin (76).

Le général Lannes n'a aucune nouvelle que l'ennemi marche sur lui du côté de Voghera (77); mais il croit qu'il y a à Plaisance un corps de 4 à 5,000 hommes) tant infanterie que cavalerie, y compris le corps qu'il a battu hier et qu'il a poursuivi de ce côté.

Votre intention est-elle que le général Lannes se porte sur Plaisance du moment que la division Chambarlhac aura pris position à Stradella?

Le général Lannes pense qu'il ne peut marcher sur Plaisance à moins d'avoir toute sa division.

J'attends vos ordres.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Milan, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 18 (78). Vous trouverez ci-joint une proclamation que je vous prie de mettre à l'ordre de l'armée (79).

Les moments sont bien précieux; doublez les moyens de passage. Il est très essentiel de marcher contre le corps qui est à Plaisance, afin d'y faire sa jonction avec le général Murat; d'ailleurs, ce sera un corps éloigné du champ de bataille.

Avant de partir, j'attendrai l'arrivée d'un de vos courriers et d'un du général Murat.

A l'instant arrivé le courrier du général Murat, qui est parti à 10 heures du matin de Nocetto (80). {p.208}

Vous voyez combien il devient urgent de marcher au secours du général Murat.

Si, cependant, le corps apprenait en route que le général Murat est maître de la tête de pont du côté de Plaisance, il se contenterait de lui envoyer une patrouille et retournerait prendre la position de Stradella.

J'expédie à l'instant un courrier au général Murat, pour lui donner quelques instructions en cas qu'il n'ait pas pu forcer le corps ennemi devant Plaisance. J'attendrai son retour (81).

Je vous salue.

BONAPARTE.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Pavie, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Citoyen Consul,

A mon arrivée ici, je me suis porté sur le point où nous passons le Pô, à la hauteur de Belgiojoso. J'y ai trouvé un pont volant mal établi et ne pouvant servir qu'à l'infanterie, le ponton n'arrivant qu'à 60 toises du bord, à cause des bas-fonds. On s'est occupé toute la journée à établir un second pont volant, sur lequel on doit faire passer cette nuit de l'artillerie et de la cavalerie. Le passage du Pô éprouve ici de grandes difficultés; il faudrait plus de 50 bateaux pour faire un pont, et nous n'en avons que huit ou dix. A 8 heures du soir, au moment où j'ai quitté le Pô, il y avait de passé toute l'infanterie de l'avant-garde du général Lannes (82) et environ 3,000 hommes de la division Victor. {p.209}

Le deuxième ponton était près d'être terminé et devait commencer à passer l'artillerie et la cavalerie à 10 heures du soir; on commencera par celles de l'avant-garde.

En rentrant, je trouve la lettre que vous me faites passer du général Murat; nous ne pouvons rien ajouter aux mesures que nous avons prises pour accélérer le passage.

J'ordonne au général Lannes de faire un mouvement demain, avant le jour, sur Plaisance; je lui prescris que s'il apprenait en route que le général Murat fût maître de la tête du pont du côté de Plaisance, il doit se contenter de lui envoyer des patrouilles et de retourner prendre position à Stradella (83).

Le général Broussier me mande qu'il a passé l'Adda (84).

Je vous envoie une lettre du général Duhesme (85); vous verrez qu'il ne sait pas ce qu'est devenu le général Loison; il présume qu'il est allé sur Brescia.

La division Gardanne et celle du général Monnier passeront successivement le Pô demain.

Je crois utile que vous soyiez ici demain de bonne heure pour décider la position de l'armée d'après les mouvements de l'ennemi.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, au général Murat.

Milan, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Je reçois à l'instant, citoyen Général, la lettre que vous écrivez au général Berthier, de Nocetto.

Le général Lannes a passé le Pô hier matin, à Stradella, avec toute sa division. Il a eu une affaire assez chaude avec un corps de troupes dont partie venait de Gênes et partie de Plaisance. Il lui a fait 200 prisonniers, tué du monde, et l'a poursuivi jusqu'à 9 heures du soir, à 3 lieues, sur le chemin de Plaisance.

Ce corps ne peut être à Plaisance que dans la journée. Il {p.210} est possible que vous soyiez, dans ce moment-ci, maître de Plaisance, parce qu'une partie des troupes qui étaient dans cette place étaient celles qui composaient ce corps. Vous aurez fait quelques prisonniers qui vous auront fait connaître la force de l'ennemi à Plaisance.

Le général Lannes va marcher sur Plaisance pour arriver à votre position. Manoeuvrez de manière à vous joindre le plus tôt possible (86).

BONAPARTE.

Bulletin de l'armée de réserve (87).

Milan, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Le général Loison, après avoir passé l'Adda à Lodi, s'être emparé de Crema, a passé l'Oglio, dans la journée du 16, et s'est emparé d'Orzinovi, place entre Brescia et le Pô, qui a une enceinte régulière bastionnée, avec une contre-scarpe.

Après avoir poursuivi l'ennemi sur le grand chemin de Brescia, le général Loison a fait une contre-marche et s'est porté sur Crémone, pour s'emparer des nombreux magasins que l'ennemi a dans cette place, y passer le Pô et se joindre au corps du général Murat qui est à Plaisance (88).

Le 16, dans la journée, le général Murat s'est porté sur Plaisance. L'ennemi a défendu la tête de pont avec une grande quantité d'artillerie.

A 11 heures du soir, le général Murat a occupé la tête de pont et a fait prisonnier un piquet de 100 hommes, qui étaient restés pour protéger le passage. Nous nous sommes emparés de tout le pont sur le Pô, hormis deux ou trois bateaux du côté de Plaisance, que l'ennemi a en le temps de couper.

Le 17, à 4 heures du matin, le général Lannes a engagé une canonnade sur différents point du Pô, y a attiré les forces de l'ennemi. Pendant ce temps, il a passé ce fleuve au village de Belgiojoso, a occupé sur-le-champ la célèbre position de Stradella, et, par là, la seule route qui restait à l'ennemi pour ses communications se trouve interceptée.

Cependant l'ennemi, sentant l'importance de la position de Stradella, a réuni ses différents postes et a attaqué le général Lannes avec la plus grande impétuosité. La 28e demi-brigade s'est couverte de gloire. L'ennemi a été mis en déroute, a laissé 200 morts, 300 prisonniers, autant de blessés, quelques caissons; il a fait sa retraite sur Plaisance.

Le corps du général Victor, la cavalerie, les divisions du général Monnier et du général Gardanne passent le Pô dans ce moment-ci. {p.211}

L'armée française sera réunie en grande partie, dans la journée de demain, dans la position de Stradella.

Il ne reste plus de ressources à M. Mélas qu'une bataille, sans autre retraite qu'une des forteresses de Tortone ou d'Alexandrie.

Le général Murat a passé ce matin le Pô à Nocetto.

La citadelle de Milan a une garnison de 1500 hommes (89), partie Piémontais et partie de la légion de Rohan. M. de Rohan y est enfermé (90).

Pizzighettone n'a que 1000 hommes de garnison (91), parmi lesquels beaucoup d'individus de la légion de Rohan et de Bussy. On est fondé à espérer d'avoir ces deux places sans siège.

Peschiera est très mal armé. On approvisionne à force Mantoue, qu'on assure l'être très mal.

Le général Moncey vient d'arriver à Milan. L'avant-garde de sa division vient d'y arriver aussi (92).

* * *

Pendant que Broussier complète le blocus de Pizzighettone, Duhesme s'empare de Crémone après un combat assez vif contre l'arrière-garde de Vukassevich. {p.212}

Broussier, général de brigade, au général en chef Berthier.

Malleo, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800), à Il heures du matin.

Mon Général,

Le passage de l'Adda a été effectué à 7 heures du matin (93). J'avais de mauvaises barques; j'en ai envoyé chercher de meilleures de l'autre côté. Dix hommes avec mon aide de camp m'ont amené deux bateaux au moyen desquels je peux faire passer 100 hommes à la fois.

Ce passage s'est effectué à Macastorno.

L'ennemi n'a point fait de résistance; il s'est retiré sur Crémone.

Je fais passer un bataillon et demi et la moitié de ma cavalerie; le bataillon cernera le fort; un demi-bataillon avec la cavalerie se portera sur la route de Crémone pour observer et poursuivre l'ennemi.

A 2 heures après-midi, je ferai tirer de ce côté-ci sur la ville par une pièce qui changera de position après deux coups tirés.

Ce soir, j'occuperai Géra et j'y établirai mes deux pièces (94).

La colonne du général Duhesme n'a pas encore paru; vous pouvez communiquer avec lui actuellement.

Salut et respect.

BROUSSIER.

Le lieutenant général Duhesme, au Général en chef.

Crema, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

Mon Général,

Tout est préparé pour le mouvement de Crémone, et je m'y porte, quoique je n'aie que trois bataillons d'infanterie, sans leurs grenadiers. Depuis hier, je ne puis avoir des nouvelles du général Loison; l'officier d'état-major qui fut lui porter {p.213} des ordres à Orzinovi hier ne le trouva point. Son adjudant général ne sut dire où il était; depuis 2 heures du matin, il était parti avec ses troupes, et l'on présumait que c'était pour Brescia. Je lui envoie ordre sur ordre. Je profite encore de votre courrier pour le faire prévenir. Je suis bien malheureux d'être ainsi contrarié.

Quant au général Broussier, hier, il me mandait qu'à peine a-t-il pu trouver trois petites barquettes; il fera ce qu'il pourra pour faire passer quelques hommes, et je ferai observer Pizzighettone de mon côté par un parti de dragons.

J'ai l'honneur de vous saluer.

DUHESME.

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Extrait du rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.

Le 19 (95), le général Duhesme, à la tête des trois bataillons de la 58e demi-brigade et 500 chevaux, commandés par l'adjudant général Paulet, se porta sur Crémone, tandis qu'un parti de cavalerie, commandé par son aide de camp Ordonneau en longeant Pizzighettone, devait attaquer la gauche de l'ennemi par Acquanegra, et essayer de pénétrer dans Crémone pendant l'affaire.

L'avant-garde, commandée par le citoyen Boyer, aide de camp du général Duhesme, rencontra l'ennemi à 2 milles de Crémone. L'affaire s'engagea vivement. Après trois heures de combat opiniâtre, l'ennemi fut forcé à la retraite. Sa cavalerie, voulant la couvrir, tenta plusieurs charges, mais elles furent reçues par les braves du 5e régiment de dragons et du 2e de chasseurs qui les repoussèrent vigoureusement et leur firent des prisonniers. {p.214}

L'infanterie ennemie, profitant de la bravoure de sa cavalerie, se retira en assez bon ordre, en arrière de la rivière, sur la route de Mantoue, où elle trouva un renfort d'infanterie et 600 chevaux.

La position devenait délicate; nos bataillons, extrêmement faibles et ayant à attaquer une infanterie retranchée, parurent un moment indécis à la vue d'une nombreuse cavalerie qui se trouvait en bataille au débouché du pont, et qui, par plusieurs charges, avait déjà repoussé le détachement du 2e de chasseurs.

L'adjudant général Paulet, sentant alors combien il était nécessaire de lui donner de la confiance, fit approcher la cavalerie, composée d'une partie des 5e et 9e régiments de dragons; chasseurs des 2e et 3e, 4e et 22e de cavalerie.

Le 5e régiment de dragons qui se trouvait à la tête de cette colonne, essuya pendant longtemps une grêle de balles. Son sang-froid, sa contenance, l'envie qu'il témoignait de charger, donna de l'assurance à l'infanterie. Le général Duhesme, saisissant ce moment, donna l'ordre à son aide de camp Boyer de forcer le passage du pont et de déboucher dans la plaine.

Le brave 5e régiment de dragons, qui venait d'avoir plusieurs officiers hors de combat, que je regrette de ne pouvoir nommer, sonnant alors la charge, culbuta la cavalerie ennemie qui, trois fois parvenue à se rallier, donna trois fois à ce brave régiment l'occasion de se montrer.

Malgré l'échec que venait de recevoir la cavalerie autrichienne, les chasseurs du Loup, au nombre de 400, commandés par le brave major irlandais M. Burke, qui avait reçu l'ordre du général Barco de ne point battre en retraite, soutint avec intrépidité l'effort de notre infanterie.

Les dragons du 5e régiment et chasseurs du 2 avaient une nouvelle gloire à acquérir, et, chargeant avec audace l'infanterie autrichienne, firent prisonniers les chasseurs du Loup et leur brave major Burke.

Le général Duhesme, instruit alors que l'ennemi était en force dans la ville et occupé à piller ses magasins, donna l'ordre à l'adjudant général Paulet d'y entrer de vive force à la tête de la cavalerie. Après plusieurs charges dans la ville, il réussit à faire 200 prisonniers et força le reste qui cherchait à se sauver à se noyer dans le Pô qu'ils ne purent traverser. {p.215} La nuit mit fin à la poursuite de l'ennemi qui se retira à Sau-Pietro-Giacomo.

Nous avons fait dans cette journée, 800 prisonniers, 80 che-chevaux et 10 à 12 officiers. Des magasins immenses en vivres, habillement, armes, équipement, sont tombés en nos mains. Nous avons trouvé 1500 Autrichiens dans les hôpitaux et beaucoup d'officiers; leur état permettant l'évacuation, ils furent envoyés à Milan. Le général Duhesme rend les témoignages les plus avantageux aux officiers de toute arme, aux braves de la 58e. Le citoyen Dommanget, chef d'escadron du 5e régiment de dragons (96), s'est montré digne en tout de commander à ce brave régiment.

Les capitaines Levavasseur et Deschamps, adjoints, et l'adjudant général Paulet se sont distingués; l'aide de camp Boyer à l'avant-garde a fait des prodiges d'audace et de valeur. Je regrette, citoyen Consul, de ne pouvoir vous faire connaître tous les noms des officiers qui se sont distingués; le général Duhesme doit vous en rendre compte.

L'adjudant général Paulet, au Général de division, chef de l'état-major général, à. Stradella.

Plaisance, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800).

J'ai eu l'honneur de vous rendre compte, mon Général, des différentes affaires que nous avons eues. Le général Duhesme, revenant du quartier général, m'a dit que vous ne les aviez pas reçues; je ne le conçois pas. Il serait nécessaire que vous donniez vos ordres, pour que l'on m'accusât réception de mes lettres; cette mesure me mettrait à même de punir les ordonnances qui font indignement leur service. Depuis que j'ai l'honneur de correspondre avec vous, je n'ai pas reçu la moindre réponse.

Dans ma dernière, qui sûrement vous parviendra, je vous marquais que le général Duhesme arriva à Crema le 18 (97), où il ne trouva que trois bataillons de la division Loison. Ce général s'était porté d'Orzinovi sur Brescia, où il faillit prendre le général Loudon qu'il força à fuir dans les montagnes, laissant derrière lui son escorte qui fut toute prise ou tuée.

Le général Loison ne pouvait plus être à temps pour faire le mouvement sur Crémone. Le général Duhesme ne le voyant pas arriver, se porta alors en personne sur Crémone.

L'ennemi avait poussé ses avant-postes jusqu'à Castelleone; les nôtres péludèrent avec eux et enlevèrent une quinzaine de hussards et un officier, tandis {p.216} qu'un parti de cavalerie, commande par le citoyen Ordonneau, aide de camp du général, longeant Pizzighettone venait attaquer la gauche des Autrichiens par Acquanegra.

Cet officier les occupa assez longtemps pour donner à l'avant-garde, commandée par le citoyen Boyer, aide de camp du général Duhesme, le temps d'arriver pour forcer les Autrichiens à combattre.

L'affaire s'engagea vivement; l'avant-garde des Autrichiens, formée des chasseurs du Loup, était soutenue par 6 ou 700 hussards, partie du régiment de Barco, partie des chevau-légers de Bussy. L'infanterie ennemie ébranlée, la cavalerie autrichienne, voulant couvrir sa retraite, chargea le détachement du 15e de chasseurs qu'elle força à se replier.

Le citoyen Boyer, s'avançant alors à la tête d'un escadron du 5e régiment de dragons et des chasseurs repoussés, chargea la cavalerie ennemie, lui tua beaucoup de monde, prit une soixantaine de chevaux et profita du désordre qu'il avait mis dans la légion de Bussy et les hussards, pour mettre en pleine déroute l'infanterie et faire prisonnier le capitaine commandant des chasseurs du Loup et toute sa compagnie.

Le général Duhesme envoya alors son adjudant général, le citoyen Paulet, s'emparer de la ville ; il y arriva à temps pour empêcher le détachement autrichien, qui y était envoyé, de piller les magasins et pour les faire prisonniers. La nuit mit fin à la poursuite de l'ennemi.

. . . . . (98) . . . . .

L'aide de camp du général en chef, le citoyen Bruyère, était à la tête des différentes charges de notre cavalerie. Nous avons eu deux officiers de dragons blessés et quelques dragons; cette affaire nous a valu 2 à 300 prisonniers.

Nous avons trouvé dans la place un magasin immense d'effets d'habillement. La division Loison a été habillée et équipée en belle buffleterie, gibernes, sabres, etc. Nous avons fait filer à la division Boudet les culottes et souliers nécessaires et suffisamment pour le complet de sa division. La brigade Broussier a été équipée et habillée. J'ai fait transporter beaucoup de souliers à Plaisance et le plus que j'ai pu d'effets.

Les magasins de vivres étaient très conséquents, mais d'une mauvaise qualité. Les farines venant de la Hongrie infectaient.

J'ai trouvé 1400 malades dans les 5 hôpitaux de la ville. J'ai évacué, aussitôt mon arrivée, tous ceux qui étaient dans le cas de l'être, et les ai dirigés sur Milan.

Pendant la nuit, j'ai été instruit qu'une barque remplie de souliers filait sur Mantoue. J'ai de suite envoyé un détachement de dragons' pour aller à sa poursuite. Les hussards d'escorte l'ont vivement défendue, mais nos dragons ont fini par la chasser et forcer à coups de fusil les mariniers d'amener la barque, qui peut en contenir 30 à 40,000 paires. Elle est arrivée à Plaisance, suivant mes rapports. Le citoyen Ordonneau, aide de camp du général, qui commandait ce parti, a promis une gratification aux dragons, qui regardaient cela comme bonne prise pour eux. Je vous serais obligé, Général, de nous mettre à même de satisfaire nos dragons et de leur donner une gratification. {p.217}

Nous avons laissé à l'hôpital plusieurs officiers autrichiens de cavalerie et de hussards qui ont sûrement expiré à cette heure et qui avaient été blessés dans l'affaire. Je vous envoie ci-joint la parole d'honneur d'un officier de dragons qui, quoique blessé légèrement, ne pouvait pas être évacué. Quant aux autres officiers, je ne pouvais pas en exiger puisqu'ils étaient presque sans vie.

Le général Duhesme a été on ne peut plus satisfait de la valeur des officiers de tout grade et soldats. Le 5e régiment de dragons s'est particulièrement montré et mérite des éloges. Tout le monde a fait ce qu'on ne pouvait qu'attendre des militaires français (99).

J'ai l'honneur de vous saluer.

L'adjudant général,

PAULET.

Il est urgent, mon Général, que vous nous adressiez des cartouches.

Le fort de Pizzighettone a fait hier une sortie qui nous en a beaucoup fait brûler. Nous avons repoussé l'ennemi avec perte.

Extrait de la Revue militaire autrichienne (100).

Le 7, au matin, le feld-maréchal-lieutenant Vukassevich retira son infanterie sur l'Oglio, vers Marcaria. Le même jour, à 4 heures de l'après-midi, Loison (101) s'avança sur Crémone. A peine le lieutenant-colonel Barco fut-il instruit de cette marche qu'il se rendit avec ses 2 escadrons et 150 fantassins à la rencontre de l'ennemi et attaqua l'avant-garde avec une telle furie que Loison crut que tout le corps du feld-maréchal-lieutenant Vukassevich se trouvait encore à Crémone. Il fit donc avancer ses batteries et fit marcher une forte colonne d'infanterie le long du Pô, vers la place. Mais dès que Loison se fut rendu compte de la faiblesse des troupes qu'il avait devant lui, il avança plus énergiquement et obligea enfin le lieutenant-colonel Barco à reculer.

L'avant-garde française parvint en combattant constamment jusqu'à San-Salvatore et s'y établit. Loison occupa Crémone où il s'empara d'un magasin de céréales et d'un important approvisionnement d'équipement.

Barco se retira sur Piadena, mais le général Doeller resta à Bozzolo et le général Festenberg à Marcaria.

Le feld-maréchal-lieutenant Vukassevich envoya son infanterie au camp de Custadone et la confia tout entière, avec une division de dragons de Wurtemberg, au feld-maréchal-lieutenant Minkvitz, qui commandait à Mantoue. La garnison de cette place se composait seulement de recrues et de convalescents de divers régiments, et comprenait en tout 1500 hommes. Le général Dedovich arriva avec ses troupes à Mantoue après avoir laissé le bataillon Carneville à Peschiera comme garnison.

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    {p.165}
  1. V. p. 113.
  2. « . . . . . La division du général Boudet passa alors avec le général Murat et marcha vers Plaisance. . . . . »

    (Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.) {p.166} {p.167}

  3. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

    Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800), à 1 heure du matin.

    Le général Murat a trouvé la tête du pont de Plaisance occupée; il s'est battu pour l'emporter. Il manque de munitions. Faites partir sur-le-champ, sous la surveillance d'un adjoint, 50,000 cartouches pour Lodi et Casai. Faites partir également des munitions pour l'obusier et pour la pièce de 8 du général Murat, qui a usé toutes celles qu'il avait. Vous sentez combien cela est pressé.

    Alex. BERTHIER.

    Le commandant de l'artillerie au chef de l'etat-major général à Milan.

    Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

    Par une lettre que j'ai reçu de vous ce matin, citoyen Général, daté du 16 prairial, vous me mandez qu'il est indispensable que les munitions des pièces de 8 et d'obusiers, partent aujourd'hui, attendu que les pièces manquent de munitions. J'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen Général, que je n'ai aucun de ces fers coulés de ces calibres pour en fabriquer; j'espère sous peu de jours en avoir, m'étant occupé hier avec le propriétaire des forges de Lecco, duquel je m'en suis bien fait promettre une quantité sous le plus court délai.

    Salut et respect.

    (Illisible.)

    P.-S. – Envoyez-moi, s'il vous plaît, citoyen Général, l'escorte que je vous ai demandée pour conduire des cartouches, le convoi attendant après pour partir. {p.168}

  4. Il semble qu'il y a là un lapsus et qu'on doit lire 16 prairial (5 juin).

    Dans le rapport du 9 juin, de Berthier au Premier Consul (Moniteur du 28 prairial), on trouve deux indications contradictoires sur la date de l'attaque de la tête de pont de Plaisance:

    « . . . . . Le 15, la division Boudet, réunie à la cavalerie, aux ordres du général Murat, s'est portée sur la tête de pont de Plaisance. . . . . »

    « . . . . . Le 17, le général Murat s'est emparé de la tête de pont de Plaisance, défendue par 5 à 600 hommes et une vingtaine de pièces de canon. Mais l'ennemi ayant coupé, du côté de la ville, quelques bateaux du pont et défendant le passage avec 18 pièces, il fallut chercher un autre passage. . . . . »

    C'est ce dernier texte qui a sans doute guidé Brossier dans la rédaction de son journal.

    En réalité, c'est évidemment le 16 prairial (5 juin) qu'eut lieu la prise de la tête de pont. (V. la suite des opérations de Murat pour le passage du Pô, p. 182, pour le 6 juin, et p. 106, pour le 7 juin,) {p.169}

  5. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 20 à 22.
  6. Mélas avait senti l'importance de Plaisance:

    « . . . . . Mais comme l'ennemi poursuivait sans interruption sa marche, le généralissime autrichien abandonnant tous les avantages acquis, était obligé de rallier son armée à Alexandrie ou à Plaisance et de se porter résolument à la rencontre de l'ennemi pour lui livrer bataille.

    « La possession de Plaisance était donc devenue absolument nécessaire aux Impériaux.

    Le régiment de dragons de Lobkovitz et le bataillon d'Ottochan, le premier venant de Turin, le second de Casale, furent mis en marche, le 1er juin, pour cette destination. De plus le général Skal, qui commandait un petit corps d'observation de Valenza à Turin, dut envoyer 2 escadrons de hussards et 3 bataillons d'infanterie Reisky à Plaisance. Le feld-maréchal -lieutenant comte O'Reilly reçut le commandement de Plaisance et de toutes les troupes mises en route sur cette ville. Le général Gottesheim reçut également l'ordre de se rendre à Plaisance, en passant par Bobbio. Toutefois, c'est seulement le 3 juin qu'il partit de Gênes pour sa nouvelle destination.

    « Le 4e bataillon de Bannats, détaché précédemment de Gênes, avait été chargé de surveiller le Pô, depuis le confluent de ce fleuve avec le Tessin jusqu'à celui du Tanaro. Enfin, le général Mosel, avec la chancellerie de guerre, se trouvait lui-même à Plaisance, et disposait, pour l'occupation de la tête de pont et de la citadelle, de 2 compagnies seulement du régiment de Neugebau et de 2 compagnies de chasseurs tyroliens, au total 400 hommes. Pour la surveillance du Pô, vers Crémone, il y avait encore 1 officier et 50 chasseurs montés de Bussy. »

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 19 et 20.) {p.170}

  7. Un obusier et une pièce de 8. (V. p. 20 et p. 167, note 1.)
  8. V. l'ordre donné par le Premier Consul le 4 juin, p. 107. {p.171}
  9. « . . . . . La division Loison reçut ordre de se diriger sur Crema et de s'emparer d'Orzinovi. La brigade Broussier longeant l'Adda fut envoyée pour faire le blocus de Pizzighettone. . . . . »

    (Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.)

    « . . . . . La division Loison marchait sur Crema, Orzinovi et Brescia; 1500 hommes avaient été détachés de cette division pour être dirigés par le général Broussier sur Pizzighettone. . . . . »

    (Rapport de Berthier au Premier Consul, Pavie, 9 juin.)

    « . . . . . Celle-ci (la division Loison) ne conserva que peu de temps sa position et entra le 16 (5 juin) à Crema, que l'ennemi avait évacué. . . . . »

    (Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier.)

  10. « . . . . . Nous avons laissé le feld-maréchal-lieutenant Vukassevich le 4 juin à Crémone. Il avait placé son arrière-garde à Casalbuttano et du côté de Crema, où le général Loison était arrivé, il avait légèrement occupé Castelleone. Le 5, Loison s'empara d'Orzinovi et de Chiari et envoya des patrouilles du côté de Brescia. Du côté de Pizzighettone il envoya seulement de fortes patrouilles de cavalerie, qui furent chassées par la canonnade de la place. Le feld-maréchal-lieutenant Vukassevich, qui était resté ce jour-là en étroite communication avec Pizzighettone, s'occupait très activement, à Crémone, d'évacuer tous les biens du Trésor et en particulier le très important approvisionnement d'équipement. . . . . »

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 16). {p.172}

  11. La division Lapoype arrivait le 5 juin à Milan; elle était le 4 à Côme. (V. chap. IV, p. 158.) {p.173}
  12. Casalpusterlengo.
  13. La 44e et une partie de la 102e avaient passé le Simplon. (V. chap. IV, opérations de Bethencourt, rapport de Quatremère Disjonval, p. 134, note 1.)

    Trois compagnies de la 44e et plusieurs bataillons des 101e et 102e faisaient partie du corps Moncey. (V. t. 1er, p. 367, 368, 431 et 507.)

    La 102e ne rejoignit pas Gardanne.

    On verra l'effectif de cette division sur la situation du jour de la bataille de Marengo au début du chapitre IX.

  14. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.

    Milan, le 11 prairial an 8 (6 juin 1800).

    Le général de brigade Dumoulin sera employé à la division du général Gardanne aussitôt qu'il sera revenu de la mission dont il a été chargé à Verceil.

    Alex. BERTHIER.

    (V. à la note 1 de la page 176 le motif de l'envoi du général Dumoulin à Verceil.) {p.174}

  15. En fait, la division Gardanne n'eut que deux pièces pendant toute la campagne. (Voir les rapports de Gardanne et de l'adjudant général Dampierre, les 13 et 14 juin.)
  16. Correspondance de Napoléon, n° 4883.
  17. voir la pièce suivante.
  18. La lettre de Suchet est écrite à Nice, le 10 prairial (30 mai). Il rend compte des combats des 26, 27, 28, 29 et 30 mai:

    Le 26, le général Garnier chasse l'ennemi du col de la Valette.

    Le 27, Garnier s'empare de la Madone d'Utel, pendant que le général Mesnard échoue dans une tentative de passage du Var à Saint-Martin.

    Le 28, Suchet fait attaquer la tête de pont du Var, sans pouvoir l'enlever; mais l'ennemi abandonne ses positions dans la nuit et évacue Nice.

    Le 29, les Français passent le Var, entrent dans Nice, et poursuivent l'ennemi jusqu'à la Turbie et Lescarenne.

    Le 30, ils marchent sur le col Nègre, Braus, Sospel et Menton. Les Autrichiens se retirent par les deux routes de Tende et de Vintimiglia.

    Suchet estime le corps qui lui est opposé à 15 ou 16,000 hommes, parmi lesquels il signale la présence du « corps de grenadiers hongrois, l'élite de l'armée ennemie; d'ordinaire il attaque avec impétuosité, mais ces colonnes sont tellement dégoûtées qu'aussitôt qu'elles auront été battues par vous, vous en aurez bon marché. Ils marchent toujours réunis et composent près de 3,000 à 3,500 hommes ». (Rapprocher ce renseignement de la crise finale de la bataille de Marengo, où les grenadiers hongrois sont mis en déroute par la charge de quelques escadrons de Kellermann.)

  19. La première lettre du général Saint-Hilaire est écrite à Antibes, le 14 prairial (24 mai). Il rend compte qu'il s'est réuni au général Suchet avec toutes les colonnes mobiles de la 8e division militaire et avec toute la cavalerie de l'armée. Il n'a pas de nouvelles de Masséna, qu'il pense débloqué et avec lequel il espère se réunir bientôt du côté de Novi ou de Tortone.

    La seconde lettre du général Saint-Hilaire est datée de Nice, le 10 prairial (30 mai). Il rend compte de l'enthousiasme de l'armée et de la « presqu'assurance du débloquement de Masséna ».

  20. La lettre du général Moncey est celle du 12 prairial (1er juin), écrite de Bellinzona et rendant compte du passage du Saint-Gothard. (V. p. 153.) {p.175}
  21. Ce bulletin était publié dans le Moniteur du 23 prairial (12 juin), ainsi que les lettres de Saint-Hilaire, de Suchet et de Moncey. Il figure à la Correspondance de Napoléon sous le n° 4886.
  22. Berthier adressait, le 5 juin, une proclamation au peuple cisalpin. (V. Moniteur du 23 prairial (12 Juin).

    « Le peuple français, pour la seconde fois, brise vos chaînes. . . . .

    « Citoyens de la Cisalpine, courez aux armes, formez votre garde nationale et mettez vos villes à l'abri des incursions des troupes légères de l'ennemi. . . . . »

  23. La Grassini était dirigée sur Paris pour rehausser l'éclat des fêtes du 14 juillet. (Le Premier Consul à Berthier, Milan, 21 juin 1800. – Corresp. de Napoléon, n° 4937.)
  24. Sur l'adresse:

    J'invite les commandants de place à ne pas perdre de vue la présente.

    Leur confrère,

    B. {p.176}

  25. 15 prairial. – Verceil surpris par l'ennemi. – Pour porter l'armée sur le Pô, avec plus de rapidité et en plus grand nombre, on n'avait laissé que de faibles garnisons dans les villes conquises. Verceil était du nombre et n'avait qu'environ 30 hommes pour se garder. L'ennemi passait de temps à autre le Pô, entre Casale et Trino, et faisait quelques incursions sur la rive gauche.

    Le 15, entre 8 et 9 heures du soir, il se porta clandestinement sur Verceil, au nombre de 50 hommes de cavalerie et pareil nombre d'infanterie, s'empara de la garde près la municipalité et délivra 300 prisonniers autrichiens; mais il se retira vers les 3 heures du matin sur l'avis qu'il eut qu'un corps français marchait d'Ivrée pour rejoindre l'armée et allait arriver.

    Le général Dumoulin fut détaché sur-le-champ de Milan, avec les forces suffisantes pour éclairer le pays dans cette partie, et le général Chabran, dont les troupes étaient disponibles depuis la capitulation du fort de Bard, étendit sa ligne sur la gauche du Pô, entre Ivrée et Verceil.

    (Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.) {p.177}

  26. Nom illisible.
  27. Il semble qu'il s'agit ici de la majeure partie de l'artillerie de l'armée qui n'avait pas pu passer sous le feu des défenseurs de Bard. Mise en route après la capitulation de ce fort, c'est-à-dire sans doute le 2 juin, elle arrive à Ivrée le 3 ou le 4.

    Cette hypothèse se vérifie dans la suite de cet ouvrage par plusieurs documents qui font ressortir la très petite quantité d'artillerie dont disposent les divisions. {p.178}

  28. Cette troupe, dont le récit autrichien donne la composition (V. plus loin p. 180), ne venait pas de Gênes mais de Turin et Valenza. (V. 5 juin, note 2, p. 169.) {p.179}
  29. Pour la blessure de l'adjudant général Noguès, voir le tome 1er, p. 416 et 418. Noguès fut fait général de brigade le 28 juillet 1800.
  30. On lit en marge de cette lettre l'annotation suivante de Berthier: « Je prie le citoyen Bourrienne do me renvoyer cette lettre aussitôt que le Premier Consul l'aura lue ». {p.180}
  31. Comparer à la lettre précédente pour l'effectif de l'ennemi, le nombre de pièces, les pertes subies et surtout pour l'heure à laquelle s'est produite l'attaque des Autrichiens.
  32. La suite de cette lettre a trait aux opérations de la division Watrin le 7 juin et le 8 juin (combat de Broni). On la lira à ces dates, p. 208, note 2 et p. 219.
  33. Le combat de San-Cipriano est aussi décrit dans le rapport de Berthier au Premier Consul, daté le 9 juin à Pavie; dans un rapport d'ensemble fait par Dupont au Ministre, le 17 juin, et dans le journal de Brossier. Ces récits, calqués à peu près sur le rapport de Watrin, ne sont pas reproduits ici.

    D'après le journal de Brossier, c'est « la crue considérable des eaux du fleuve qui contrariait la manoeuvre de deux ponts volants qu'on avait établis ».

    On lit aussi dans ce journal: « . . . . . Le général Gency, avec le premier bataillon de la 6e légère, qui venait de débarquer aussi, se porte aussitôt sur le point d'attaque et alors le combat devient extrêmement vif. . . . . ».

    Dans le même journal on trouve mentionnée la position prise par les troupes françaises après le combat: « . . . . . Cependant les premières positions furent reprises dans la crainte d'être tourné pendant la nuit, la l'ennemi recevait du renfort. . . . . ».

  34. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 22 et 25 à 27. {p.181}
  35. Le narrateur autrichien semble avancer que Murat arrive le 6 juin devant Plaisance; cependant les pièces citées établissent que l'attaque de la tête de pont eut lieu le 5. (V. p. 165 à 170.)

    Un peu plus loin, on lit que la nouvelle de la prise de Plaisance arrive aux défenseurs de Cipriano dans cette même journée du 6 juin, tandis que les rapports officiels de Murat indiquent nettement que cet événement n'eut lieu que le 7. (V. p. 196 à 204.)

    On a vu p. 168, note 1, que le rapport de Berthier, fait le 9 juin, fait une double erreur sur la date de cette même attaque de pont, qui n'était vieille que de quatre jours.

    C'est donc aux seules pièces orignales, écrites au jour le jour, que l'on doit accorder une entière confiance.

    Dans le cas particulier, elles classent clairement les événements aux dates ci-après:

    5 juin. Attaque et prise du pont de Plaisance par Murat;
    6 juin Passage du Pô à Cipriano par Lannes;
    Murat demeure en face de Plaisance;
    7 juin. Passage du Pô à Nocetto et prise de Plaisance par Murat.
  36. Dans toute cette citation, l'auteur autrichien écrit Monnier; c'est Mainoni qu'il faut lire. {p.182}
  37. La division Boudet a les deux pièces qu'elle a reçues à Ivrée, le 26 mai (V. p. 20). La garde des Consuls a un obusier amené de Milan et un obusier pris à Pavie le 5 juin. (V. l'ordre du 4 juin du Premier consul, p. 107.)
  38. Division Boudet. – Rapport du 17 prairial.

    Plaisance, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

    La journée a été employée à faire des préparatifs pour passer le Pô. Nous avons porté des reconnaissances sur notre gauche, vers l'Adda, jusqu'à Maccastorno, où nous avons trouvé des patrouilles de la division Loison, et on s'est procuré une quinzaine de bateaux. Sur la droite, il y a eu des reconnaissances de faites vers le Tessin; nulle part on n'a trouvé l'ennemi.

    L'ennemi a tiré quelques coups de canon dans la journée sur la tête du pont.

    L'adjudant général,

    W. DALTON. {p.183}

  39. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 22 et 23.
  40. Passage de Lannes à San-Cipriano. {p.184}
  41. La lettre de Loison n'a pas été retrouvée.
  42. La légion italique arrive le 10 juin à Brescia. (V. p. 130.)
  43. Copie traduite du rapport qui a été fait par plusieurs Brescians soussignés, échappés de Brescia, le 15 prairial an 8 (4 juin 1800).

    Les soussignés, interrogés sur les événements qui ont eu lieu depuis le 2 juin jusqu'au 4 dudit, déposent ce qui suit:

    La retraite des bagages autrichiens s'effectuant sans relâche, et les nouvelles de l'armée française, qui s'approchait de Brescia, se répandant confusément, les autorités constituées du régime impérial, et principalement la Commission de police avec tous ses dignes ministres et plusieurs autres nobles, parmi lesquels M. l'évêque, conçurent la plus grande frayeur.

    Dans la nuit du 2 au 3, la nouvelle de la défaite des Autrichiens ne laissant plus de doute, c'est alors qu'on résolut d'abandonner la ville, après avoir nommé une Commission provisoire composée des nommés: Cesare Bargnani, Rusca Borghetti, Folotta, Maggi, Suardi Basiletti.

    Cette Commission, chargée des fonctions qui appartenaient aux autorités ci-dessus désignées, décida, à 11 heures du soir du même jour, avec l'approbation du commandant de la place, de mettre en liberté les républicains qui, depuis plusieurs mois, étaient détenus dans les diverses prisons.

    Tous les amis de la liberté, voyant avec transport une pareille détermination et ne doutant {p.185} plus que l'armée française n'arrivât dans la journée à Brescia, attendaient son entrée avec la plus grande impatience.

    Mais le 4, une si flatteuse espérance fut détruite par l'arrivée du général autrichien Loudon, qui ordonna par une proclamation que toutes les communes fourniraient des compagnies organisées et bien armées, et qu'on dût leur donner pour chefs des personnes reconnues capables, étant destinées à une entreprise qu'il allait diriger contre la soi-disante incursion d'une petite colonne ennemie.

    D'après une telle proclamation, les patriotes brescians connaissant la scélératesse des brigands et des mal intentionnés qui allaient seconder les intentions de l'ennemi, et voyant le parti républicain abattu par les mauvaises nouvelles qu'on avait l'art de répandre, s'occupèrent des moyens de prendre la fuite. Mais nous voulûmes nous assurer par nous-même s des progrès de l'armée française pour pouvoir retourner dans notre patrie, munis de pièces authentiques qui constatent ces avantages et hâter le moment de briser le joug avilissant qui nous opprime.

    Voilà ce que nous déposons, animé du feu sacré de la patrie et du désir de voir régner le système républicain.

    BARCOLINI, VIGNANI, GUIDUROLI.

  44. 17 prairial. – Expédition sur Brescia. – Division Loison. – Le 17, le général Loison, laissant à Crema trois bataillons de sa division, se porta sur Orzinovi et de là sur Brescia, où il faillit enlever le général Loudon, qu'il força de fuir dans les montagnes laissant derrière lui son escorte qui fut toute prise ou tuée.

    (Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.)

    C'est par erreur que ce journal indique que Loison occupe Orzinovi seulement le 6 juin. On a vu, p. 170, la lettre de ce général écrite le 5 à Orzinovi.

    Le 6, il marche sur Brescia.

  45. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 17, {p.186}
  46. « . . . . . Vukassevich, restant fidèle au principe de ne s'engager dans aucun combat sérieux, retira son arrière-garde, le 6, vers San-Martino et donna l'ordre au lieutenant-colonel Barco, avec deux escadrons, une compagnie de chasseurs Le Loup et 50 hommes de Trautenberg, de venir à Crémone avec mission de n'abandonner cette ville qu'en cas d'extrême nécessité; il plaça comme soutien le général Doeller à San-Giacomo et marcha avec le reste de ses troupes sur Bozzolo. . . . . »

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 17.)

  47. L'original porte 17 floréal, ce qui ne peut être qu'un lapsus. {p.187}
  48. Alex. Berthier, général en chef de l'armée, au général Dupont, chef de l'état-major général.

    Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

    Le chef de l'état-major donnera des ordres pour envoyer deux de mes courriers, l'un porter une lettre au général Duhesme à Crema et l'autre une au général Broussier devant Pizzighettone, par Casal.

    Alex. BERTHIER.

  49. Le renseignement annoncé n'a pas été retrouvé.
  50. V. 5 juin, p. 170. Cette lettre ne parvient à Berthier que postérieurement à l'envoi de la lettre précédente à Duhesme. {p.188}
  51. Broussier (Jean-Baptiste), né à Ville-sur-Saulx (Meuse), le 10 mai 1766, avait été capitaine au 3e bataillon de la Meuse, le 6 septembre 1791; chef de bataillon, le 15 février 1794; chef de brigade, le 3 février 1799; général de brigade, le 15 février 1799.

    Il devint général de division le 1er février 1805 et mourut le 13 décembre 1814. {p.189}

  52. Le Premier Consul avait dicté une lettre au général Saint-Hilaire et un ordre du jour à l'armée, avant de connaître le passage de Lannes.

    Le Premier Consul au général Saint-Hilaire.

    Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

    Je pense, citoyen Général, que le général Suchet est aujourd'hui loin de Nice. Ainsi je vous expédie par un courrier extraordinaire les nouvelles de l'armée, afin que vous les lui fassiez passer.

    Nous sommes maîtres de la Lombardie jusqu'à l'Oglio. Nous avons pris tous les magasins, tous les hôpitaux, tous les parcs de réserve de l'ennemi. Rien que dans le parc de Pavie nous avons trouvé plus de 200 pièces de canon, 200 milliers de poudre et 10,000 fusils neufs.

    Nous occupons la rive gauche du Pô, depuis Crémone, et l'on manoeuvre pour passer ce fleuve que l'ennemi paraît vouloir défendre. Nous sommes maîtres du pont de Plaisance, hormis les trois derniers bateaux du côté de cette ville, que l'ennemi a coupés.

    BONAPARTE.

    Le Premier Consul à l'armée.

    Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

    Soldats,

    Un de nos départements était au pouvoir de l'ennemi, la consternation était dans tout le midi de la France.

    La plus grande partie du territoire du peuple ligurien, le plus fidèle ami de la République, était envahie.

    La République cisalpine, anéantie dès la campagne passée, était devenue le jouet du grotesque régime féodal.

    Soldats, vous marchez. . . . . et déjà le territoire français est délivré: La joie et l'espérance succèdent dans notre patrie à la consternation et à la crainte.

    Vous rendrez la liberté et l'indépendance au peuple de Gênes; il sera pour toujours délivré de ses éternels ennemis.

    Vous êtes dans la capitale de la Cisalpine.

    L'ennemi épouvanté n'aspire plus qu'à regagner ses frontières; vous lui avez enlevé ses hôpitaux, ses magasins, ses parcs de réserve.

    Le premier acte de la campagne est terminé.

    Des millions d'hommes, vous l'entendez tous les jours, vous adressent des actes de reconnaissance.

    Mais aura-t-on donc impunément violé le territoire français? Laisserez-vous retourner {p.190} dans ses foyers l'armée qui a porté l'alarme dans vos familles?. . . . . Vous courez aux arme !. . . . . Eh bien ! marchez à sa rencontre, opposez-vous à sa retraite, arrachez-lui les lauriers dont elle s'est parée, et, par la, apprenez au monde que la malédiction du destin est sur les insensés qui osent insulter le territoire d'un grand peuple.

    Le résultat de tous nos efforts sera gloire sans nuage et paix solide.

    Le Premier Consul,

    BONAPARTE.

    Ce bulletin était publié dans le Moniteur du 25 prairial (14 juin). Il figure à la Correspondance de Napoléon sous le n° 4887.

  53. Victor avait quitté Milan le jour même avec la division Chambarlhac, en exécution de l'ordre de Berthier du 5 juin. (V. p. 173.)
  54. On a rétabli l'en-tête qui devait figurer sur l'original. Les Archives de la guerre ne possèdent que la minute, laquelle est écrite de la main de Berthier, sur une feuille du papier de correspondance du Premier Consul. On peut donc considérer cet important ordre stratégique comme dicté, ou tout au moins inspiré, par le Premier Consul; il ne figure pas dans la Correspondance de Napoléon.
  55. La 30e appartient à la division Boudet, dont elle a été détachée au moment de l'entrée à Milan, pour le blocus de la citadelle (V. 3 juin, p. 94). C'est seulement avec la {p.191} 9e légère et la 59e que Boudet attaque la tête de pont de Plaisance le 5 juin (V. p. 166 et 169) et s'empare de cette ville le 7 juin. (V. p. ]97 à 204.)

    La 72e, qui fait partie de la division Monnier, avec la 19e légère et la 70e, a passé le Grand-Saint-Bernard plusieurs jours après l'armée. (V. t 1er, annexe n° 10, p. 629; annexe n° 13, p. 645; annexe n° 14, p. 649; annexe n° 16, p. 657; lettre du Premier Consul du 22 mai, p. 461.) Cette demi-brigade rejoint bientôt sa division. (V. lettre suivante de Berthier, p. 192.)

  56. 17 prairial. – Dispositions prises par le général en chef. – Le 17, le général en chef fit les dispositions suivantes: le général Gardanne prit le commandement d'une division qui fut formée des 44e, 101e et l02e demi-brigades. La division Chambarlhac eut ordre de se rendre de Milan à Lodi et d'étendre sa ligne jusqu'à Casal, pour donner la main à la division Chabran, et le général Lapoype s'empara du blocus du château de Milan.

    (Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.)

  57. Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au général de division Lapoype.

    Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

    L'intention du général en chef, citoyen Général, est que vous releviez sur-le-champ les troupes qui forment le blocus de la citadelle de Milan, par les troupes composant vote division, savoir: la 1re légère, la 29e et la 91e de ligne. Cette opération doit être exécutée sans perdre une minute de temps. Vous vous concerterez à ce sujet avec le général Moncey. Vous serez relevé demain au blocus par les troupes de la division Lorge, qui arrivent de Côme, et vous partirez aussitôt après pour vous rendre à Pavie avec votre division, et vous passerez le Pô, vis-à-vis Belgiojoso, pour vous réunir à l'armée sur la position de Stradella.

    Les deux régiments de troupes à cheval que vous avez amené, ont également ordre de partir sous le commandement du général de brigade Duvignau.

    Je vous salue.

    DUPONT.

    Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au général de division Moncey, lieutenant général du général en chef.

    Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

    Je vous préviens, Général, que le général Lapoype vient de recevoir l'ordre de relever sur-le-champ les troupes qui forment le blocus de la citadelle de Milan, par celles composant sa division, savoir: la 1re légère, la 29e et la 91e de ligne.

    Je vous donne également avis que la 44e demi-brigade, à laquelle les trois compagnies de grenadiers doivent être réunies, et tout ce qui existe de la 101e demi-brigade, viennent {p.192} d'être mises à la disposition du général divisionnaire Gardanne, qui a ordre de passer le Pô.

    Je vous salue.

    DUPONT.

    Ci-joint l'ordre donné au général Lapoype, afin que vous veuillez bien le lui remettre. Les deux régiments de troupes à cheval, arrivés avec le général Lapoype, passent avec le général Duvignau.

  58. Ce chiffre 2 est écrit très lisiblement sur le registre de Berthier (Archives de Gros-Bois). Sur la minute on peut aussi lire 1 heure ou 11 heures.
  59. Le général Marescot aux officiers et adjoints du génie.

    Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

    Je vous préviens, mes chers Camarades, que le quartier général se transporte demain à Pavie et que vous devez vous y rendre.

    MARESCOT.

    (Livre d'ordres du général Marescot. – Archives du génie.) {p.193}

  60. V. la lettre de Marescot du 4 juin, p. 109. {p.194}
  61. Les Archives de la guerre ne possèdent que la copie de cette pièce, dont l'original appartient à la famille Lannes. Il semble qu'il y a eu erreur dans la copie et qu'on doive lire:

    « Il me tarde beaucoup qu'il y ait 20,000 hommes à Stradella. »

    C'est le résumé de toute la manoeuvre du Premier Consul. 20,000 hommes à Stradella, c'est ce qu'il rêve depuis trois mois; c'est Mélas coupé de l'Autriche. 20,000 rations à Stradella ne signifie rien le 6 juin.

  62. Correspondance de Napoléon, n° 4888.
  63. Correspondance de Napoléon, n° 4889.
  64. V. p. 127, la lettre de Lechi du 6 juin.
  65. Lechi entre à Bergame le 8 juin (V. p. 128 et 129) et à Brescia le 10 (V. p. 130). {p.195} {p.196}
  66. Ces lettres, fort importantes, étaient parties de Turin dans la soirée du 5 juin. On les lira au 8 juin, jour où elles parviennent au Premier Consul et déterminent des ordres de sa part. (V. en note p. 227 à 231.)

    Il paraît probable que Murat ne les a pas fait traduire avant de les envoyer à Berthier. {p.197} On a vu (p. 89) qu'à l'état-major de Lannes personne ne savait l'allemand; il est possible qu'il en fût de même à l'état-major de Murat. En tout cas, ce général semble avoir des doutes sur la capitulation de Gênes, dont la nouvelle était cependant donnée d'une façon officielle dans la seconde lettre de Mélas au comte Tige. (V. p. 227, note 3.)

  67. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

    Pavie, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800), à 11 h. 1/2 du soir.

    Citoyen Consul,

    Je reçois à l'instant une lettre du général Murat qui me mande qu'il a passé le Pô et pris Plaisance, qu'il a fait 600 prisonniers et qu'il y en a autant dans les hôpitaux. Il me marque que 60 pièces de canon filent sur Stradella, escortées seulement par 50 (sic) hommes, que 1500 chariots marchent sur Parme.

    La ville a été enlevée de vive force; environ 80 hommes de cavalerie n'ont eu que le temps de se jeter dans le fort qui doit as trouver encombré par les chirurgiens, gardes-magasins et autres employés qui s'y sont précipités avec tous leurs bagages.

    Le général Murat m'annonce qu'il m'enverra cette nuit un courrier pour m'apporter des lettres interceptées.

    Un agent du duc de Parme, qui est envoyé près de vous pour vous complimenter, suit mon courrier; il vous dira des choses intéressantes.

    J'ai peine à croire à la nouvelle de la capitulation de Gênes. Si elle était vraie, nous aurions bientôt l'ennemi sur les bras.

    Je pense que voire présence sera nécessaire ici pour les dispositions que nous aurons à faire demain.

    Respect et attachement.

    Alex. BERTHIER.

    Le général Murat dit avoir intercepté une lettre du général Mélas, où il est parlé de la capitulation de Gênes.

    B. {p.198}

  68. Dans son rapport au Premier Consul, fait à Pavie le 9 juin. Berthier reproduit en grande partie les détails donnés par les deux lettres de Murat. Deux: phrases seulement sont à retenir: «. . . . . Le général Murat se procura quelques barques qui lui servirent à faire passer la 9e et la 59e . . . . . Il s'occupe à faire rétablir le pont de Plaisance ». {p.199}
  69. Rivalta-Trebbia. {p.200} {p.201} {p.202} {p.203} {p.204}
  70. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 23 à 25.
  71. Il s'agit de la réserve d'artillerie dirigée d'Alexandrie sur Borgo-Forte et marchant le 6 juin de Castel-San-Giovanni sur Plaisance. (V. p. 183.) L'auteur autrichien place au 6 juin le combat et la prise de Plaisance, comme le passage du Pô par Lannes à San-Cipriano. (V. p. 181.) Il semble hors de doute qu'il y a là une erreur que réfutent les documents publiés ici. (Se reporter à la note l, p. 181.)
  72. Le régiment d'infanterie Klebeck, de la brigade Gottesheim, était parti de Gênes, dès le 4 juin, et avait marché sur Plaisance par le chemin le plus court.

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 120.) {p.205}

  73. Ces débris du régiment Klébeck furent recueillis par le reste de l'infanterie de Gottesheim, premier bataillon d'Ogulin et bataillon du corps de Jellachich. Cette infanterie s'établit entre Bobbio et Travo, en attendant une nouvelle destination.

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 120.) {p.206}

  74. Combat de San-Cipriano. (V. p. 178.)
  75. Dans la soirée du 7 il y a une crue du Pô. (V. le rapport des marches et opérations de la division Boudet, p. 201, et la première lettre de Berthier du 8 juin, p. 224.) {p.207}
  76. Le matin avait eu lieu le combat aux portes de Plaisance. (V. p. 196 à 205.)

    La nuit précédente les Autrichiens avaient canonné la tête de pont occupée par les Français. (V. p. 183.)

  77. L'original porte « Borguezo », ce qui est sans aucun doute une erreur du secrétaire. On a rétabli ici le nom de Voghera, qui est indiqué par le contexte.
  78. Lettre précédente.
  79. Ordre du jour du 6 juin. (V. p. 189, note 1.)
  80. Cette lettre de Murat n'a pas été retrouvée. Elle devait annoncer la réussite du passage {p.208} du Pô, car, parti à 2 heures du matin (V. rapport da Boudet, p. 200), Murat devait être à 5 ou 6 heures à Nocetto, et à 10 heures le passage devait être achevé, au moins pour la 9e légère.
  81. Correspondance de Napoléon, n°4891.
  82. « . . . . . Le 18, les troupes de la division ont continué à passer le fleuve et, sur les 5 heures du soir, j'envoyai une reconnaissance qui, après avoir repoussé les faibles avant-poste s que l'ennemi avait à San-Cipriano et Buffalora, avait pénétré jusqu'à un mille de Stradella, d'où elle rétrograda, ayant ordre de n'engager aucune affaire. . . . . »

    Watrin à Berthier, Vescovera, 8 juin. (V. le début de la lettre au 6 juin, p. 179, et la fin au 8 juin, p. 219.)

    « . . . . . La journée du 18 a été employée à faire passer le reste des troupes du général Lannes de l'autre côté du fleuve, sur un pont volant. . . . . »

    (Rapport du 17 juin de Dupont au Ministre.) {p.209}

  83. Exécution des ordres du Premier Consul contenus dans la lettre qui précède.
  84. Voir la lettre de Broussier du 7 juin, p. 212.
  85. Voir p. 212. {p.210}
  86. Correspondance de Napoléon, n° 4892.
  87. Ce bulletin était publié dans le Moniteur du 25 prairial (14 juin) avec les bulletins des 17, 19 et 20 prairial. Il figure à la Correspondance de Napoléon sous le n° 4893.
  88. Il n'est pas question du général Duhesme, dont Loison n'est cependant que le subordonné. {p.211}
  89. D'après la Revue militaire autrichienne, la garnison de Milan est de 2,816 hommes. (V. tome XIX, p. 151.)
  90. L'adjudant général Hulin, commandant la place de Milan, ou citoyen Bonaparte, Premier Consul de la République française.

    Milan, le 18 prairial an 8 (7 juin 1800).

    Citoyen Consul,

    Un troisième déserteur, sorti ce soir à 6 heures environ de la citadelle de cette place, se trouve parfaitement d'accord dans son rapport avec les deux autres sortis ce matin.

    Il a confirmé que la force de la garnison était de 3,600 à 3,700 hommes, compris 60 cavavaliers; que les corps étaient: 2 bataillons de Nuport, 1 bataillon de Belgiojoso, 1 bataillon piémontais du régiment de Verceil et 1 bataillon de Rohan; que le sel et le bois commençaient à manquer, qu'il y a des vivres pour six semaines, que le nombre des pièces est de 60, qu'elles sont toutes en batterie sur les remparts et que le prince Louis Rohan se trouve dans la citadelle. Ce déserteur a ajouté que plus de la moitié des soldats de la garnison sont Français, tous décidés à deserter à la première occasion favorable. Le commandant de la place ne se fie pas du tout à eux; il les fait surveiller de très près et punit avec la plus grande sévérité, pour la moindre des choses qui lui déplaît en eux.

    Tels sont les renseignements que j'ai eus et dont j'ai cru devoir vous donner connaissance.

    Salut et respect.

    HULIN.

  91. D'après la Revue militaire autrichienne, la garnison de Pizzighettone est de 800 hommes. (V. t. XXIX, p. 151.)
  92. L'avant-garde de Moncey était arrivée à Milan depuis le 5 juin, d'après la lettre de ce jour de Berthier à Dupont. (V. p. 172.) {p.212}
  93. Cette opération est l'exécution de l'ordre de Berthier, du 6 juin, d'établir un passage sur l'Adda, entre Pizzighettone et le Pô. (V. p. 186.)
  94. La division Loison avait reçu quatre pièces autrichiennes prises à Ivrée. (V. p. 53, note 2, et p. 107, note 1.) {p.213}
  95. Il semble qu'il y a là un lapsus et qu'il faut lire: le 18 prairial (7 juin). Le passage du même rapport, qui précède celui-ci, indique que Duhesme arrive à Crema le 17 prairial (6 juin), rassemble les trois bataillons de la 58e et marche « de suite » sur Castelleone, qui est au tiers du chemin entre Crema et Crémone. (V. p. 186.)

    La lettre ci-dessus de Duhesme est catégorique: « Tout est préparé pour le mouvement de Crémone et je m'y porte. . . . . ». Cette lettre est écrite dans la matinée du 18, puisque Berthier la reçoit à Pavie dans la journée. (V. p. 209, note 3.)

    La Revue militaire autrichienne et le journal de Brossier donnent aussi le 7 juin comme date de la prise de Crémone. (V. p. 217, et même page, note 1.)

    Le rapport de l'adjudant général Paulet est moins explicite. (V. p. 215.) {p.214} {p.215}

  96. Dommanget était capitaine du 4e escadron du 5e de dragons.
  97. C'est le 17 prairial (6 juin) que Duhesme était arrivé à Crema, d'après le rapport des opérations et d'après la lettre écrite le même jour par Berthier. (V. p.186 et 187, note 1.) {p.216}
  98. Ce passage a trait aux opérations du 8 juin. (V. p. 240, note 2.) {p.217}
  99. Le journal de Brossier, qui a été presque copié sur le rapport de l'adjudant général, Paulet, n'est pas reproduit ici. Il donne la date du 18 prairial (7 juin) pour le combat et la prise de Crémone.
  100. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXIX, p. 18.
  101. En réalité, le général Loison n'était pas, de sa personne, à la prise de Crémone; mais les troupes qui livrèrent ce combat faisaient partie de sa division. Loison n'arriva à Crémone que le lendemain. (V. p. 241.)

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96