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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 2 Chapitre 4

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.597}

(DEUXIÈME PARTIE)
CHAPITRE IV
OPÉRATIONS DE LECHI, BETHENCOURT ET MONCEY

Mouvement de la légion italique par Varallo, Sesto-Calende, Côme, Lecco et Brescia. – Passage du Simplon par Bethencourt; blocus du fort d'Arona. – Passage du Saint-Gothard par Moncey; sa marche sur Milan par Bellinzona et Lugano.

Pendant que l'armée de réserve se porte rapidement d'Ivrée sur Milan, les colonnes latérales exécutent leurs mouvements.

La légion italique de Lechi refoule les détachements ennemis de la haute vallée de la Sesia, se met en communication avec Murat et passe le Tessin à Sesto-Calende, puis l'Adda à Lecco. Elle reste éloignée de l'armée et va occuper Bergame et Brescia.

Bethencourt passe le Simplon le 26 mai, descend sur Domodossola et le lac Majeur et bloque le petit fort d'Arona.

Moncey franchit le Saint-Gothard les 28 et 29 mai, et, par Bellinzona, Lugano et Côme, arrive à Milan. Pendant qu'une de ses divisions rejoint l'armée, il reste chargé avec l'autre de la défense de la rive gauche du Pô. {p.120}

I. – Opérations de Lechi.

La légion italique, arrivée le 24 ou le 25 mai à Gressoney (1), y reste immobile le 26. Elle est bientôt dirigée dans la vallée de la Sesia, où elle bat un corps autrichien à Varallo et descend jusqu'à Romagnano.

En liaison avec Dupont et Murat, elle continue son rôle de flanc-garde mobile à une étape au nord du gros de l'armée et passe le Tessin à Sesto-Calende.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lechi, à Gressoney.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Vous voudrez bien, citoyen Général, aussitôt après la réception de cet ordre, faire vos dispositions pour vous rendre avec votre légion à Riva, en passant le Valdobbia et descendre le 8 le Val-Sesia jusqu'à Varallo ; vous aurez soin d'envoyer des patrouilles dans la journée du 9 à Crevacore, et jusqu'à Masserano, où elles rencontreront les patrouilles de l'armée.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au général divisionnaire Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

Gressoney, le 6 prairial an 8 (26 mai 1800), à 8 heures du matin.

Je viens de recevoir, mon Général, votre lettre, par duplicata, du 5 prairial, par laquelle vous m'ordonnez de faire un mouvement sur Riva et de descendre, le 8, le Val-Sesia {p.121} jusqu'à Varallo. Je partirai donc demain pour Riva, et soyez sûr, mon Général, que j'exécuterai le mouvement d'une manière à ne pas me compromettre. Le 9, j'enverrai les patrouilles à Crevacore et à Masserano, pour me rencontrer avec les patrouilles de l'armée.

Je ne sais pas, Général, où votre première lettre se soit égarée. Je vous observe aussi que je manque de la série des mots d'ordre, et qu'il faut que je recommence par le premier de prairial.

Je viens de recevoir un rapport d'un espion qui dépose: A Vocca, loin de Varallo quatre milles, il se trouve un corps de 400 Allemands qui poussent leurs découvertes jusqu'à Riva; et, dans Varallo, on dit réuni un autre corps plus considérable (2). Dans toute la vallée, on ne voit pas une pièce d'artillerie.

Le peuple attend les Français pour changer le système de son gouvernement et pour pourvoir à sa misère.

Orta, Omegna et Borgomanero sont garnis de troupes et on dit qu'on va former un chemin à l'entour du lac d'Orta, pour le passage de l'artillerie.

J'espère demain de vous donner des nouvelles plus détaillées.

Je vous préviens, Général, que c'est la troisième lettre que je vous écris, depuis que je suis en route, sans avoir de réponse, ni savoir si elles vous sont parvenues.

Salut et considération.

LECHI.

On n'a point retrouvé le compte rendu de Lechi sur sa marche du 27 mai. – Le journal de Brossier indique seulement le mouvement:

« Le 7 (prairial), il (le général Lechi) traverse le mont Toro et le col d'Obbia et arrive à Riva. . . . . » {p.122}

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au général divisionnaire Dupont, chef de l'état-major général (3).

Varallo, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

Me voilà, mon Général, à Varallo. Mes reconnaissances rentrées, je suis parti de Riva à 7 heures du matin, j'ai rencontré l'ennemi à Scopello avec un poste de 60 hommes que j'ai culbutés et dont j'ai fait 32 prisonniers.

De Scopello jusqu'à Varallo l'ennemi avait des postes considérables, mais tout ces postes ont été forcés.

Sur la hauteur qui entre (sic) à Varallo l'ennemi s'était retranché avec une pièce de canon et 600 hommes; il faisait un feu terrible par la position qu'il occupait. C'était déjà 7 heures du soir, je craignais l'arrivée de la nuit pour me placer dans un pays qui m'était inconnu; je fis avancer le bataillon des grenadiers, les compagnies infernales et chasseurs. Je fis battre la charge; aux cris de « Vive la République » les retranchements furent montés, la pièce de canon prise et l'ennemi poursuivi par la ville et au delà l'espace d'une demi-lieue toujours au pas de charge; je ne pouvais pas arrêter mes légionnaires. La suite de cette journée heureuse est de 340 prisonniers, 2 officiers, 1 chirurgien, 80 morts, compris 1 officier, et plusieurs blessés; aussi une pièce de canon et 4 mulets chargés de munitions (4).

J'ai à regretter la perte des braves Giuseppini, Cassolini, sous-lieutenants de grenadiers et de son sergent-major; ils sont morts au pied des retranchements.

Je n'ai que 4 blessés et un cheval d'un de mes ordonnances, qui fut tué à mes côtés. Demain matin je crois que nous aurons plusieurs prisonniers à ramasser qui sont encore dispersés dans les alentours de Varallo. {p.123}

J'ai envoyé de suite à Domodossola pour avoir des nouvelles du général Bethencourt et à Crevacore pour avoir aussi des nouvelles de notre armée, et demain j'y enverrai des patrouilles. On m'assure que l'ennemi est en force à Borgo-Sesia, et qu'il occupe Crevacore avec 1000 hommes et 3 pièces de canon. J'ai pris mes positions et, s'il hasardait de m'attaquer, il sera reçu d'une manière à ne pas être content.

Je dois me louer beaucoup des chefs des corps, de la bravoure de la troupe et particulièrement de la bonne discipline. On s'est battu dans la ville et rien n'a été pillé; aucun soldat n'est entré dans aucune maison.

Le chef de brigade Deyri, à la tête des grenadiers, a monté des premiers et sa bravoure mérite des égards du général en chef. Les officiers attachés à l'état-major, chef d'escadron Lechi, Brunetti, capitaine et Amodéo, sous-lieutenant, se sont particulièrement distingués.

Voilà, mon Général, heureusement ouverte notre campagne. La légion ne désire que des occasions pour montrer son dévouement à la France et pour montrer qu'elle est digne de se battre avec la brave armée française.

Salut et respect.

LECHI.

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au général divisionnaire Dupont, chef de l'état-major général.

Varallo, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800), à 2 heures après-midi.

Je reçois, mon Général, votre ordre pour me rendre à Romagnano où je recevrai des ordres du lieutenant général Murat (5).

Mes patrouilles sont rentrées de Crevacore et Masserano qui ont été quittés par l'ennemi dans la nuit.

Nous ramassons continuellement des prisonniers. J'espère, mon Général, que le rapport de la journée d'hier vous sera parvenu, vous l'ayant envoyé et par un paysan et par des ordonnances, par Crevacore et Masserano.

L'ennemi se retire sur le lac d'Orta où il se retranche. Les {p.124} généraux Loudon, Vukassevich et le prince de Rohan s'y trouvent (6).

Agréez mes sentiments d'amitié et d'estime.

Salut et respect.

LECHI.

9 prairial. – Marche sur Romagnano. – Légion italique. – Le 9, il se porte sur Romagnano pour y attendre les ordres du général Murat, qui lui prescrivit de pousser une reconnaissance sur Arona (6), d'essayer de passer le Tessin à Sesto-Calende et de se porter de là sur Varese (7).

(Journal de la campagne de l'armée de réserve
par l'adjudant – commandant Brossier.
)

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au général de division Dupont, chef de l'état major général, à Novare.

Romagnano, le 10 prairial an 8, (30 mai 1800).

Je reçois, mon Général, votre ordre de me porter sur la rive droite du Tessin, à la hauteur de Sesto (8). Vos ordres seront ponctuellement exécutés et je vous rendrai compte dans la journée de demain de la suite de ma marche. Général, mes cartouches sont presque à la fin. Vous sentez la nécessité de ne pas manquer d'un tel objet; je vous prie de m'en faire passer dans le plus bref délai,

Je manque aussi de la série des mots d'ordre.

Salut et respect.

LECHI.

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Lechi se porte, le 31 mai, de Romagnano à Borgo-Ticino (9).

Le 1er juin il passe le Tessin à Sesto-Calende, {p.125}

Le général de brigade Lechi, commandant la légion italique, au lieutenant-général Murat (10).

12 prairial an 8 (1er juin 1800) (11).

A 3 heures du matin, je me suis mis en marche de mon bivouac, entre Varallo-Pombia et Borgo-Ticino. J'ai été avec une forte reconnaissance jusqu'aux portes d'Arona, dont on défend l'entrée avec plusieurs barques canonnières. L'ennemi est renfermé dans le fort avec 3 ou 400 hommes, d'après ce que les habitants m'assurent (12).

D'Arona je me suis rendu à Castelletto, au bord du Tessin; à mon approche, l'ennemi était disparu. Toutes les barques étaient de l'autre côté, approfondées dans l'eau. J'ai trouvé un bateau de pêcheur dans lequel mon adjoint, le capitaine Brunetti, avec trois chasseurs, a passé de l'autre côté. Les habitants, aux cris de : « Vive la République! Vive nos compatriotes! » ont relevé toutes les barques et nous ont passés à Sesto-Calende.

L'ennemi m'a abandonné les magasins, dont je vous en passe, mon Général, l'état signé et vérifié par le chef d'escadron Carosisolo et le commissaire des guerres, chargé de la police de la colonne.

Je vous joins aussi, mon Général, une note de toutes les barques qu'on a sorties de l'eau et qui seront à la disposition de l'armée. {p.126}

On pourrait ainsi établir un pont, si on voulait, entre Castelletto et Sesto.

Je laisse 50 hommes de garde aux barques, et je pars à midi aussitôt que ma troupe sera rafraîchie, pour vous donner la main, comme vous venez de me l'ordonner.

J'ai fait former deux ponts volants sous la direction du citoyen Delfaubi.

Pour Varese, j'ai déjà fait partir une forte reconnaissance.

Tout ce qui existait dans les magasins je l'envoie à Buffalora, sous escorte, pour l'armée, vu que les barques canonnières existent encore sur le lac.

Je ne saurais pas assez, mon Général, vous peindre l'intérêt des habitants de ce pays, avec lequel ils nous ont reçus et aidés.

Tout le monde assure que le général Moncey est descendu de Bellinzona; mes espions pourtant ne sont pas encore rentrés.

Aucune nouvelle du général Bethencourt.

Agréez mes sentiments d'estime et de respect.

Salut et considération.

LECHI.

Je laisse à Sesto seulement 12,000 rations de vivres et de fourrages pour la troupe qui doit passer.

Extrait du journal de la campagne de l'armée de réserve par l'adjudant-commandant Brossier:

12 prairial. – Marche sur Varese. – Légion italique. – En conséquence (13) il quitte le 12, à 3 heures du matin, le bivouac qu'il était venu occuper entre Borgo-Ticino et Varallo-Pombia, s'avance jusqu'aux portes d'Arona, où l'ennemi courut se renfermer à son approche avec 400 hommes. Il rétrograde de là à Castelletto, sur la rive droite du Tessin. L'ennemi lui échappe encore et il parvient avec le secours des habitants, qui relèvent les barques que les Autrichiens avaient submergées, à transporter sa division à Sesto-Calende, d'où il fait partir sur-le-champ une forte reconnaissance sur Varese. Par cette marche rapide et bien combinée, le général Lechi exécuta en totalité les intentions du général Murat, se mit en position de lui donner la main et ouvrit le chemin au général Moncey qui avait dépassé le Saint-Gothard {p.127} et se trouvait déjà à Bellinzona à la tête du lac Majeur avec ses divisions, tandis que le général Bethencourt s'avançait par Domodossola sans rencontrer d'obstacles, puisque la vallée de Sesia était dégagée et que l'ennemi s'était concentré dans le fort d'Arona et sur les bords du lac d'Orta, qu'il ne pouvait plus quitter sans crainte d'être enveloppé.

La légion italique se porte de Sesto sur Cassano-Magnago le 2 juin (14), de là sur Varese, puis sur Côme, qu'elle quitte le 6 juin (15).

Après avoir forcé le passage, de l'Adda à Lecco le 7 juin, elle se porte sur Bergame, puis sur Brescia où elle stationne.

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au Général en chef.

Malgrate, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800), à 9 heures du soir.

Je me trouve enrayé, mon Général, en face du pont de Lecco. J'y suis arrivé à 6 heures du soir; la marche de Côme est très longue. Le pont est coupé (16); il est défendu par 500 hommes d'infanterie et 4 barques canonnières (17). A mon arrivée la canonnade et la fusillade a commencé et n'a cessé que dans ce moment.

Comme mes pièces se trouvent faibles vis-à-vis de leur artillerie, j'ai envoyé chercher des barques sur les lacs de Pusiano et Civate, et je tenterai de passer un peu plus bas, s'il me sera possible.

Mon Général, j'ai déjà écrit trois fois pour avoir de la munition soit de fusil, soit de canon. Mes soldats commencent à en manquer.

Salut et respect.

LECHI. {p.128}

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au général en chef Alex. Berthier.

Lecco; le 18 prairial an 8 (7 juin 1800), à 11 heures du matin.

Mes dispositions, mon Général, ont réussi. Me voilà dans Lecco. Les barques, que j'avais fait transporter sur des chariots du lac de Annone, ont servi au passage de 300 hommes sur l'Adda, du côté de Olginate. Dans le moment que cette colonne attaquait par le flanc, mes canons, que j'avais fait placer en batterie dans la nuit, ont commencé à tirer sur la troupe qui défendait le pont, et sur les deux barques canonnières. L'épouvante de l'ennemi, se trouvant tourné, n'est pas explicable. Il s'est précipité à la fuite. Moi-même, à la tête de deux compagnies de grenadiers, j'ai passé l'Adda, où le pont était coupé, pour l'attaquer de front; mais sa fuite précipitée ne nous a pas permis de lui faire payer sa résistance de hier. Il avait miné le pont avec 6 tonneaux de poudre.

La suite de cette affaire est 4 pièces de canons de. . . . . 2 barques canonnières, une vingtaine de prisonniers, 799 sacs de farine, 6,000 carrés de bois, 5 caisses de mitrailles et une caisse de poudre.

L'ennemi a perdu une trentaine d'hommes entre morts et blessés.

Notre artillerie a si bien servi, qu'aux premiers coups de canon elle a tué 8 hommes sur une seule barque canonnière, et elle a coulé l'autre au fond. Le capitaine Montebruni commandait la batterie et mérite tous les éloges.

L'ennemi se sauve, une partie dans la vallée Sassina et l'autre sur Bergame.

Ma cavalerie passe sur les barques, et je vais les poursuivre, puisque mon infanterie ne peut pas les joindre.

On travaille au rétablissement du pont, qui sera en état pour tous les passages dans trois ou quatre heures.

Je vais prendre une position et je marcherai demain sur Bergame. Ma troupe est très fatiguée de la marche de hier, de la grandissime pluie et du tiraillement continuel de l'ennemi pendant toute la nuit.

Ma perte est d'un mort et huit blessés, entre lesquels un officier. {p.129}

Le zèle montré par les officiers d'état-major: citoyen Lechi, chef d'escadron; Brunetti, capitaine et Omodeo, sous-lieutenant, mérite tous vos égards, mon Général. Le capitaine des chasseurs Trolli, qui a commandé le passage de l'Adda et le transport des barques, a montré toute l'intelligence d'un brave et intrépide militaire (18).

J'attends vos ordres, mon Général.

Salut et respect.

LECHI.

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au Premier Consul.

Bergame, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800), à 4 heures du matin.

Citoyen Premier Consul,

Le peuple de Bergame ne nous a pas seulement reçu dans son sein avec des acclamations de joie, mais il veut donner encore des preuves d'attachement à ses compatriotes.

Grand nombre de soldats se trouvaient sans souliers, on les a chaussés; sans chapeaux, on veut les coiffer; et on veut nous donner des habits pour notre artillerie et chasseurs à cheval qui ne sont pas encore habillés, Si les Brescians en font de même, toute ma colonne sera habillée.

Il se trouve dans la caisse une somme d'argent dont j'ai demandé un mois de solde pour les officiers et deux décades pour les soldats. Ils se trouvent dans la plus grande nécessité, et vos ordres, mon Général, pour nous payer un mois d'appointements n'ont pas même été exécutés. J'espère que cette mesure, dictée par la nécessité, secondée par la bonne volonté des habitants, et dont j'en rendrai les comptes, ne sera pas contraire à vos intentions.

J'ai confirmé l'administration qui existait jusqu'à nouvel ordre, et j'ai publié les proclamations dont je vous en joins copie. {p.130}

L'évêque que j'ai été visiter et que j'ai assuré sur la protection du culte, vous présente ses respects: il nous sera utile.

Je marche sur Brescia, et je vous rendrai compte, mon Général, de mes opérations.

Salut et respect.

LECHI.

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au Premier Consul de la République française.

Brescia, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800), à Il heures du matin.

Je suis entré, mon Général, dans Brescia, ce matin à 5 heures, avec mon avant-garde. Après l'incursion du général Loison dans Brescia (19), l'ennemi y est rentré et l'épouvante désolait ceux qui avaient crié: Vive la République!

Ce matin, le ci-devant commandant de la place autrichien y est entré à la pointe du jour avec une vingtaine de Tyroliens et une cinquantaine de brigands, mais il a disparu avant l'arrivée de l'avant-garde. Il s'est seulement contenté de laisser tuer par ses gens un pauvre habitant qui avait la cocarde.

Enfin, mon Général, je suis rentré dans ma patrie aux cris de : « Vive la République! ». Le drapeau de la République est arboré sur le fort et sur les places de Brescia, et l'énergie républicaine reparaît dans les coeurs des Brescians. Quel moment heureux pour moi, mon Général Combien je vous dois!

Le général Loudon et le prêtre Filippi forcent les habitants des vallées Camonica et Sabbia à prendre les armes en masse contre nous, mais j'espère que leurs efforts n'auront aucune réussite, Ils sont à Borghe.

Le fort de Brescia est entièrement désarmé et réduit inhabitable.

Je ferai tout mon possible pour le réduire en état au mieux et l'approvisionner et je l'armerai avec les quatre pièces que j'ai prises à l'ennemi à Lecco.

Demain j'aurai les rapports sur la Rocca d'Anfo, et après demain je marcherai sur deux colonnes par la vallée Trompia et Sablia au lac d'Idro, et si les habitants, comme je l'espère, me seconderont, l'ennemi et les brigands n'entreprendront sûrement plus de faire armer contre nous nos mêmes compatriotes.

Salut et respect.

LECHI.

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au Premier Consul de la République française.

Brescia, le 21 prairial an 8 (10 juin 1800).

Plusieurs membres de la Régence se sont sauvés, et depuis le départ du général Loison, Brescia était à l'anarchie.

J'ai confirmé provisoirement ceux qui existaient, et j'ai nommé le citoyen {p.131}

Sabatti, ex-directeur, et Dosis, ex-membre du Gouvernement, pour que le nombre des administrateurs provisoires soit complet. Le peuple les aime et leur caractère est connu par tous leurs compatriotes, qui ont toute confiance dans leur intégrité.

Salut et respect.

LECHI.

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au général divisionnaire Lorge.

Brescia, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800), à 11 heures de nuit.

Je reçois, mon Général, votre lettre de ce matin, de Lodi. Votre lettre d'hier me disant que vous seriez arrivé aujourd'hui à Brescia, je ne vous ai pas prévenu que le lieutenant général Duhesme occupe depuis avant-hier Cremone et que hier, par Pontevico, il m'a envoyé un officier d'état-major avec trente chasseurs à cheval pour me prévenir de cette nouvelle et il vient de me prévenir aussi par sa lettre que, d'après les ordres du général en chef, je me trouve directement sous ses ordres, et m'ordonne de prendre des positions sur la Chiese et l'Oglio, ce qui m'empêche d'occuper Lecco avec 150 hommes, puisque avec 1500 hommes je me trouverais occuper une ligne de 30 lieues, ayant l'ennemi qui me menace dans la vallée, de manière que nous sommes continuellement en alerte et cette nuit nous la passerons sous les armes. L'ennemi est aussi sur mon front quoique pas en grande force, mais toujours remarquable pour moi qui ai si peu de monde.

J'attends avec impatience le renfort des bataillons de ma légion, et je serai alors en cas, mon Général, de faire des mouvements et de balayer les brigands qui menacent cette ville.

Quant à Bergame j'ai eu aussi des rapports, mais ce ne sont que des paysans et je viens d'écrire ce matin au général Vignolle, commandant la Lombardie, pour qu'il y envoie un détachement et un commandant de place qui bride l'administration provisoire composée encore des individus qui servaient l'Empereur et qui nourrissent la méfiance dans les habitants. Cela exécuté et les vallées du Brescian purgées, je vous assure, mon Général, qu'il n'y a plus rien à craindre pour Bergame.

J'attends vos dispositions et vous me trouverez toujours prêt au bien de la chose et à l'exécution des ordres.

Agréez mes sentiments d'estime et de fraternité.

LECHI. {p.132}

II. – Passage du Simplon par Bethencourt.

Bethencourt qui gardait les passages du haut Valais (20) avec la 44e demi-brigade, commence le passage du Simplon le 26 mai, puis continue sa marche vers Domodossola et le lac Majeur.

Bethencourt, général de brigade, au Premier Consul de la République française.

Davedro, le 6 prairial an 8 (26 mai 1800).

Citoyen Consul,

Je reçois, à 8 heures du soir, votre lettre du 4 courant (21). Je vous ai rendu, dans le temps, compte des motifs qui m'avaient fait tenir à Viége, point où aboutissent tous les passages propres, pour l'ennemi, à couper le Simplon par le haut Valais. Je disposais alors seulement de 900 hommes pour couvrir une si conséquente étendue de pays. Aussitôt l'avis reçu que le troisième bataillon de la 44e était arrivé à Brieg, je me suis porté sur le Simplon (22), où, n'ayant pas {p.133} trouvé d'accord dans les rapports que je recueillais à l'égard de la position de l'ennemi, je me suis déterminé à la reconnaître par moi-même.

Ce matin j'ai donc marché avec 200 hommes jusqu'à Davedro. Des reconnaissances faites dès l'arrivée m'ont appris que l'ennemi tient toujours ses anciennes positions ayant ses avant-postes au pont de Crevola. En conséquence de vos ordres, citoyen Consul, je fixe ici mon quartier général où je fais filer les deux bataillons de la 44e, forts d'environ 1200 {p.134} hommes, et le premier de la 162e, s'élevant à peu près à 600 hommes.

Je vous observe, citoyen Consul, que depuis le Simplon jusqu'à Davedro des empêchements impossibles à lever s'opposent au passage, non pas seulement des pièces de 4, mais aussi des munitions de guerre à dos de mulets; car, citoyen Consul, il faut être combattant sous vos ordres pour oser franchir des obstacles que tout homme, sans manquer à l'honneur, pourrait redouter, vu que l'ennemi avait rompu les ponts et détruit les chemins sur les bords des précipices, que nous avons dépassés au moyen de cordes tendues, indépendamment des encombrements causés par la chute de quartiers de rochers (23). {p.135}

Pour rendre à la troupe le chemin moins impraticable, je suis forcé d'ordonner qu'on travaille à détourner la rivière. De quelque célérité que j'use, il y a toute impossibilité que je me mette, avant le 9, en mesure d'attaquer l'ennemi, et de {p.136} me faire suivre de la quantité de cartouches que vous ordonnez. Je ne prévois pas pouvoir, sans tourner l'ennemi, le débusquer des points retranchés qu'il occupe avec de l'artillerie, lorsque je n'en ai pas de mon côté. Ce n'est qu'en l'inquiétant sur ses derrières que je puis me promettre d'enlever ses positions. J'envoie, en conséquence, un officier qui connaît parfaitement la vallée de Saas, où j'ai trois compagnies de la 44e, Il se concertera avec le commandant des 1500 hommes qui doivent se trouver dans la vallée de Sesia, afin que le 10, à la pointe du jour, l'ennemi soit attaqué sur tous les points. Les distances et les mauvais chemins produisent ce retard,

Je rends compte au général Moncey de ces dispositions. Salut et respect.

BETHENCOURT.

L'aide de camp du général Bethencourt, aux éditeurs du bulletin helvétique (24).

Domodossola, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800), 5 h. 1/2 du matin,

. . . . .

. . . . . Le 27, à 8 heures du soir, la colonne se met en mouvement sur Crevola et, après avoir enlevé à la baïonnette un premier pont à 10 minutes de Crevola, ma troupe parvient à la pointe du jour sur les hauteurs qui dominent cette dernière position, en même temps qu'une deuxième colonne l'attaquait par derrière. . . . .

Ce poste, qui est la clef de l'Ossola, a été enlevé à la baïonnette en cinq minutes.

L'ennemi s'est retiré au pas de charge jusqu'aux murailles de Domo et n'a dû son salut qu'en se retirant dans les trous qu'il a fait cet hiver à Ornavasso, en abandonnant un grand nombre de prisonniers, chevaux. . . . .

On ne peut pas assez louer la 44e.

La Revue militaire autrichienne ne mentionne pas le {p.137} combat de Crevola dans la soirée du 27. Elle signale la marche en avant de Bethencourt le 28.

« …. La colonne de Bethencourt atteint, le 27 mai, Varzo. Le lendemain matin, elle attaqua l'avant-garde du général Loudon (25), commandée par le colonel Le Loup, et la refoula jusqu'à Pallanzeno (26). . . . . »

Bethencourt, général de brigade, commandant une division du Valais, au Premier Consul de la République française.

Domodossola, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Mon Général,

Je suis toujours à Domodossola, ne pouvant pas avancer que je n'aie reçu des renforts, mais je ne laisse pas d'inquiéter l'ennemi par mes reconnaissances, poussées jusque sous ses retranchements (27), où on ne manque pas de brûler toujours quelques cartouches. Je joins ici copie de la lettre écrite au commandant de la légion italique, que je prie, ainsi que le général Chabert qui s'annonce d'Altdorf, de lier avec moi une communication, attendu qu'ils ont des moyens qui me manquent.

Je fais l'impossible pour que mon artillerie, arrivée au Simplon, puisse se rendre ici.

Je crois pouvoir vous assurer, mon Général, que si vous vouliez me confier deux demi-brigades de plus, un régiment de cavalerie, quelques pièces de bataille et une somme quelconque à employer au payement des espions, sans lesquels on ne peut guère se promettre de succès, surtout dans un pays étranger, je pourrais beaucoup contribuer à la défaite de l'ennemi. Je me trouve dans ce moment sans argent. Le peu {p.138} que j'avais m'a servi pour l'espionnage et les guides. Mon éloignement du quartier général de l'armée, en retardant le payement de mes appointements, m'ôte la faculté de continuer cette espèce de dépense.

Salut et respect.

BETHENCOURT.

Copie de la lettre écrite au général de brigade Lechi, commandant la légion italique.

Votre arrivée à Riva que j'ai apprise, mon cher Camarade, avec un vrai plaisir, m'avait été annoncée par le Premier Consul. Une marche hardie m'a heureusement ouvert l'entrée de Domodossola, mais étant obligé de garder mes derrières et mes flancs, les forces dont je puis ici disposer ne me permettent pas d'aller en avant autant que je le désirerais. Les renforts que j'attends journellement n'arriveront peut-être point assez tôt pour que je puisse marcher de front avec vous et avec la colonne du général Moncey, qui se trouve au delà du Saint-Gothard. Si, pour seconder vos opérations, vous croyez qu'il est important que j'avance sans tarder, dépêchez pour Domodossola 2,000 hommes que je vous renverrai à notre jonction ou dès que mes renforts me seront parvenus; il serait bon que ces troupes reçussent des vivres pour cinq jours, car le transport des munitions de bouche et de mon artillerie ne peut s'effectuer sans la réparation du chemin du Simplon à Davedro.

Croyez, mon cher Camarade, au plaisir que j'éprouverais à faire votre connaissance et surtout sur le champ de bataille.

BETHENCOURT.

Bethencourt, général de brigade, au Premier Consul de la République française.

Domodossola, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Mon Général,

La reconnaissance que j'ai poussée ce matin sur l'ennemi m'a convaincu qu'il s'était retiré des postes avancés de son camp retranché. Les patrouilles que j'ai ordonnées hier soir sur différents points, les divers détachements que j'ai fait {p.139} arriver par échelons pendant la nuit, ont pu faire croire à l'ennemi que je réunissais des forces conséquentes pour l'attaquer ce matin. Au surplus, quel qu'ait été l'effet de cette manœuvre, il demeure certain que l'ennemi a reculé.

J'ai fait occuper les postes qu'il avait nuitamment abandonnés. Je prends les renseignements possibles afin d'être instruit de sa véritable position. Si les rapports qui m'ont indiqué qu'il y avait moyen de tourner la redoute qui couvre leur camp retranché sont justes, j'essaierai de les en chasser à la pointe du jour.

Mon peu de facultés me commande de marcher avec prudence, en avançant sans cavalerie et artillerie dans un pays entièrement ouvert. Comme je n'ai pas, mon Général, de communications assurées avec vous, je n'ose pas confier ici l'état de situation des troupes que je commande.

J'apprends à l'instant que mes deux petites pièces de canon arriveront aujourd'hui.

Je vous salue respectueusement.

BETHENCOURT.

P.-S. – N'ayant pu, vu la difficulté des routes, faire suivre des subsistances, je me trouve dans un embarras inquiétant; je prends néanmoins les mesures les plus capables d'assurer ce point essentiel. Je vous transmets, mon Général, copie d'une injonction qu'il m'a été urgent de faire touchant cet objet.

Au Commandant de la place de Domodossola.

Je vous donne, Citoyen, l'ordre de vous entendre avec l'administration de cette ville, pour que les moyens les plus sûrs de rassembler la quantité d'environ 1600 rations soient, sans tarder, mis à exécution. Vous agirez d'après les principes de la modération la plus mesurée; mais si ce procédé n'amène pas le résultat essentiellement indispensable, dites à l'administration que je serai forcé de me rappeler que le pays dont je suis le maître renferme des habitants qui osèrent, l'année dernière, s'armer contre les Français.

BETHENCOURT. {p.140}

Bethencourt, général de brigade, commandant la division du Valais, au citoyen Lechi, général commandant la légion italique.

Piedimulera, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

Citoyen Général,

Je viens d'arriver avec mon quartier général à Piedimulera et je continue ma route sur Ornavasso, que l'ennemi a évacué hier, à la pointe du jour, à la suite de la glorieuse affaire où vous devez si bien l'avoir frotté (sic), avant-hier, sur ma droite (28). Je pousse ce matin mon avant-garde à Palanza, et j'attends avec le reste de mes troupes et deux pièces de 3 qui m'ont rejoint, de vos nouvelles à Ornavasso, pour savoir où je dois diriger ma marche.

J'écris au lieutenant général Moncey, qui doit être à Bellinzona et à Lugano, et dont j'attends directement des nouvelles et des instructions, Tâchez de me donner le plus promptement de vos nouvelles.

Je vous salue, mon cher Camarade:

BETHENCOURT.

Le général de brigade Bethencourt, au Premier Consul de la République française.

Ornavasso, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

Mon Général,

Je vous rends compte de la substance d'une lettre que je viens de recevoir du général Murat (29).

En m'annonçant que l'armée a effectué, le 9 au matin, le passage de la Sesia, il me prévient qu'il dirige sa marche sur Novare, où il compte entrer le soir même (30). Il me donne ensuite avis qu'il a intimé au général Lechi, qui doit se trouver à Romagnano, d'ouvrir une communication avec moi et de favoriser ma jonction de tous ses moyens. Il me transmet {p.141} également que le corps autrichien qui se tenait à Gattinara, Romagnano et Prato, a pris la route d'Arona.

Je vous observe, mon Général, qu'il me fait entendre que ce mouvement n'est pas directement assuré. Le général termine en me disant que l'ennemi opère, suivant les apparences, une retraite sur Alexandrie et Tortone. Il ajoute qu'il ne présume pas que les opposants aient le dessein de défendre le Tessin, qu'il pense avoir déjà été passé par mes troupes.

Ayant eu une connaissance parfaite de la position du camp retranché d'Ornavasso, que j'aurais tourné en attaquant nuitamment, ainsi que je l'avais décidé, mon avant-garde se mit en route à cet effet, mais elle arriva trois heures après l'évacuation que l'ennemi en avait effectuée. D'après ma réquisition, les habitants voisins de ce camp sont occupés à le détruire, Je compte aller coucher ce soir à Palanza (31).

Ma troupe, qui ne s'élève qu'à un petit nombre, est remplie de l'ardeur de combattre. Il est vrai que, jusqu'à présent, elle n'a manqué de rien, quoique je n'aie pas pu, faute de transports, tirer mes vivres de Martigny. J'ai soin, en avançant en Italie, de former en arrière des petits magasins où je puise mes subsistances quand je me trouve dans un pays qui ne peut en fournir.

Je vous salue respectueusement.

BETHENCOURT.

Bethencourt est immobilisé pendant toute la campagne devant Arona et attend en vain l'envoi de Pavie des pièces de gros calibre nécessaires pour attaquer ce petit fort (32). Cependant la 44e demi-brigade, au moins {p.142} en partie, rejoint l'armée à Milan et entre dans la composition de la division Gardanne. (Voir p. 173 et 191.) {p.143}

Le général de brigade Bethencourt, au Premier Consul de la République française.

Belgirate, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Mon Général,

Tous les rapports ultérieurs à ceux que j'ai eu l'honneur de vous transmettre, confirment ce que ceux-ci vous annonçaient. D'après cela vous jugerez qu'avec la poignée d'hommes dont je dispose, deux pièces de 2 et deux pièces de 3, je ne puis faire beaucoup de mal à l'ennemi qui, journellement, exerce avec fureur des réquisitions en vivres et en argent sur les deux rives du lac. {p.144}

Je viens de reconnaître et de faire préparer les points où je pourrais établir quatre batteries de deux pièces, chacune pour fermer parfaitement la place et empêcher que les canonnières puissent sortir. Envoyez-moi de suite quatre pièces de 8 (33), si vous n'avez pas du 12, avec un ou deux mortiers, et je vous réponds, mon Général, qu'avant vingt-quatre heures l'Autrichien est mon prisonnier, Si vous avez des difficultés pour envoyer ces pièces, ordonnez qu'on me les délivre et je les ferai prendre.

La République Helvétique ayant fait rétrograder les compagnies suisses que {p.145} j'avais établies par échelons jusqu'à Domodossola pour protéger les convois de vivres et de munitions qui filent successivement, me force pour maintenir ce service de les faire remplacer par un détachement de cent cinquante hommes pris dans la 44e demi-brigade. Sans cette mesure, je suis certain, d'après les avis que j'ai reçus, de perdre ces convois.

Je vous salue respectueusement.

BETHENCOURT.

Quatremère Disjonval, adjudant général, chef d'état-major de la division du Simplon, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve, en son quartier général, à Stradella.

Service militaire extraordinairement pressé.

Milan, le 24 prairial an 8 (13 juin 1800).

Citoyen Général en chef,

Les obstacles qu'apporte la permanence d'un point hostile au milieu de nos forces de tout genre, par la non-réduction du fort d'Arona, viennent de décider le général Bethencourt à m'envoyer reconnaître en cette ville si les canons de siège et les obusiers, que vous lui avez promis, y étaient rendus. Je trouve qu'il n'y a encore aucun avis de leur envoi par le commandant de Pavie. Je me propose de me rendre par cette place à votre quartier général, pour vous porter des éclaircissements sur cet article et sur plusieurs autres. Mais la crainte d'être arrêté dans ma course, ou par le manque de chevaux, ou par quelque autre accident, m'engage à vous instruire par la présente de toute l'urgence dont il est de faire partir les pièces promises, et à vous envoyer à l'appui le dernier rapport de l'ingénieur que vous nous avez adressé.

Salut et respect,

QUATREMÈRE DISJONVAL.

Marcelor, officier du génie, au général Bethencourt.

Mon Général,

J'ai l'honneur de vous donner avis qu'aussitôt après vous avoir quitté, j'ai trouvé le capitaine d'artillerie et que nous avons reconnu ensemble (comme je l'avais déjà fait avec vous) que le fort ne peut être pris sans le secours d'artillerie de gros calibre. Pour nous en convaincre entièrement, nous nous sommes approchés du fort aussi près que possible et voici en quelques mots ce que nous avons jugé qu'il serait le plus convenable de faire en comptant sur les deux pièces de siège et le mortier promis et sur les pièces de petit calibre maintenant à votre disposition.

Avec très peu de travail on placera avantageusement une pièce de 4 sur le revers de la montagne, entre le séminaire et le fort pour démonter la pièce qui défend l'approche du pont-levis entre la montagne et le lac et couper les chaînes de ce même pont-levis que l'on voit parfaitement. Un rocher dérobera cette pièce pendant cette opération au canon de la partie supérieure du fort, {p.146} par ce moyen les canonniers seront donc à couvert. Une fois la pièce démontée et le pont-levis baissé, quelques tirailleurs placés derrière le rocher susdit empêcheront facilement qu'elle ne soit remise en batterie.

Une pièce de siège serait portée sur le mamelon, en face du front du couchant; son objet serait de battre en brèche le donjon du fort. Un mortier serait également porté sur ce point et remplirait parfaitement son objet en inquiétant les canonniers et l'intérieur du donjon. L'ancienne batterie fournirait les terres nécessaires à l'épaulement de ces deux bouches à feu.

La seconde pièce de siège serait portée sur la crête de la montagne du midi; ses feux se réuniraient à ceux de la pièce précédente pour l'ouverture pour de la brèche an donjon ; elle aurait le double avantage de plonger une pièce basse qui pourrait incommoder le soldat montant à la brèche et de n'être contrebattue par aucune du fort; du moins j'ai cru l'avoir remarqué.

Nous avons aussi reconnu des chemins pour faire arriver les pièces en batterie sans être vu de la place.

Je ne doute pas, mon Général, que d'après ces dispositions le fort ne songe à se rendre.

Je couche au séminaire. Demain avec le jour je continuerai ma reconnaissance, ou plutôt je me familiariserai avec le terrain. Si vous êtes toujours dans l'intention de venir demain, (ce que je désire beaucoup), vous serez dispensé, comme je l'ai été moi-même, d'aller jusque chez le chef de brigade. Vous pourrez prendre le chemin de Saint-Charles, et là je vous ferai voir en une heure ce que je viens d'avoir l'honneur de vous détailler, mais je vous prierai, mon Général, de vouloir bien donner vos ordres pour que l'on rassemble sur-le-champ 350 outils, dont 200 pelles, 100 pioches et 50 haches et serpes. L'expérience m'a presque toujours démontré que cette partie si essentielle dans un siège est bien loin d'être complète quand on attend au dernier moment pour s'en occuper.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

MARCELOR,
Officier du génie.

1re Réponse de l'officier du génie, au Conseil de guerre, sur l'assaut à donner au fort d'Arona sur le lac Majeur (34).

Le blocus des ville et fort d'Arona ne peut être complet qu'autant que la rive gauche du lac sera garnie d'infanterie et d'artillerie depuis Sesto jusqu'à Magunio, attendu que l'ennemi, maître de cette rive, pourra toujours et en tout temps, avec ses chaloupes canonnières, opérer une descente soit avec artillerie, soit sans artillerie; or, comme les troupes destinées au blocus n'offrent pas les moyens nécessaires pour adopter cette disposition, qu'elles ne donnent, au contraire, que tout juste ceux de chicaner seulement ces chaloupes à leur sortie de dessous le fort, en plaçant deux pièces de canon: l'une sur la rive droite du lac, l'autre sur la rive gauche, pour réunir des feux croisés; que d'un autre côté, l'on n'a pas la certitude, comme on le verra dans {p.147} la seconde réponse, de s'emparer du bassin qui abrite ces chaloupes, sans que les troupes qui seraient destinées à cette opération ne courent de grands risques et dangers, on assure que le blocus des ville et fort d'Arona ne peut être complet avec les troupes maintenant employées devant le fort et aux alentours.

2° Réponse de l'officier du génie, au Conseil de guerre, sur l'assaut à donner au fort d'Arona sur le lac Majeur.

On pourrait pénétrer dans la ville d'Arona par le front du sud, après avoir éteint le feu des deux pièces qui flanquent le pont-levis et abattu celui-ci, opération qui ne peut se faire qu'en établissant deux batteries, dont l'une, de gros calibre, sur la montagne qui voit l'une de ces pièces en flanc et l'autre à revers; la seconde de petit calibre, dans la plaine, pour ruiner le pont-levis. Mais la réussite de cette entreprise ne pourrait que tourner à notre désavantage en ce que la ville n'étant séparée du fort que par une haute muraille et un escarpement, des hommes placés sur ceux-ci fusilleraient avec succès tout ce qui se présenterait dans les rues, sans que l'assaillant puisse riposter ni prétendre à l'escalade du fort. Je ne parle pas de la résistance qu'auraient faite d'abord les troupes qui borderaient le parapet de la courtine où le pont se trouve établi.

Quant à se maintenir dans la ville, je n'en vois pas la possibilité, parce qu'il faudrait pour cela s'emparer des chaloupes canonnières, et il n'est point à à douter qu'aussitôt qu'elles seront instruites, par le canon, de notre entreprise sur la ville, elles ne prennent le large et ne joignent leurs feux à ceux du fort pour nous la faire abandonner. Si, dans le cas contraire, elles nous attendaient dans le bassin, le coup n'en serait que plus funeste pour nous, parce que: 1° pour aller les trouver, il faudrait traverser la ville et essuyer pendant tout ce trajet la fusillade du mur de séparation dont il a déjà été parlé; 2° essuyer la mitraille des chaloupes en les abordant; 3° continuer à recevoir à bout portant la fusillade du fort; 4° enfin s'exposer à avoir sur ses derrières les tirailleurs qui ne manqueraient pas de descendre du fort à l'extrémité de la ville opposée à celle où se trouvent les chaloupes.

D'après cela, je regarde donc l'attaque de la ville comme autant hasardée que périlleuse.

Le petit front du nord offrirait la même facilité pour l'extinction du feu de la pièce qui le défend et la prise du pont-levis, mais il faudrait également recevoir la mitraille des chaloupes, la fusillade du fort, et après cela revenir sur ses pas, c'est-à-dire abandonner la ville qu'on aurait pu à peine atteindre à l'une de ses extrémités.

(Archives du Génie.)

Arona, compris dans les places cédées par la convention d'Alexandrie, est remis le 20 juin au général Bethencourt (Voir chap. IX). {p.148}

III. – Passage du Saint-Gothard par Moncey.

Le corps Moncey. formé par Moreau le 10 mai, par prélèvement sur les troupes de l'armée du Rhin (35) et dont la composition avait été modifiée ultérieurement (36), se réunit dans la seconde quinzaine de mai dans la haute vallée de la Reuss ou vallée d'Urseren, entre Lucerne et les pentes nord du Saint-Gothard (37).

Le 19 mai, le Premier Consul prescrit à Moncey d'être le 28 mai au Saint-Gothard et lui indique le but de sa diversion vers Bellinzona et Lugano (38).

Moncey répond le 24 mai qu'il passera le Saint-Gothard le 28 et le 29 (39). Le même jour il fixe l'ordre de bataille de son corps dont l'effectif n'est encore que de 1 1,510 hommes (40) et qui comprendra deux divisions sous les ordres des généraux Lapoype et Lorge et une réserve de cavalerie (41).

Le Premier Consul écrit d'Aoste à Moncey le 24 mai, lui donnant avis du passage du Saint-Bernard et de la prise d'Ivrée, et lui prescrivant d'attaquer le 27 ou le 28 et de se faire suivre de beaucoup de munitions de guerre (42).

La 1re division commence le 28 le passage du Saint-Gothard. {p.149}

Le général de division Lapoype, au lieutenant général Moncey, à Altdorf.

L'Hospital, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

Le général Chabert, mon Général, m'écrit que sa brigade est arrivée, à 9 heures du matin, à Airolo, sans autres obstacles que ceux de la route qui est fort gâtée (43).

Il va prendre ses positions d'après les ordres que je lui ai donnés sur vos instructions.

Le général Digonnet va prendre le commandement de la brigade Chabert et celui-ci prendra celui de ma réserve.

Je serai demain matin, vers 10 heures ou même plus tôt, à Airolo et je prendrai avec Digonnet les dispositions convenables. Nous aurons, j'espère, quelques renseignements positifs sur l'ennemi; je n'ai encore rien à vous marquer à ce sujet.

Le général Chabert, conformément à mes ordres, s'occupe à former des magasins; mais je crois qu'il ne peut se procurer que du fourrage et de l'eau-de-vie (44).

J'espère, mon Général, que vous nous joindrez bientôt et que sous vos yeux et dirigés par vous, nous ferons de bonnes opérations.

Vous inspirez la confiance, vous échauffez le courage, vous rendez le service si agréable. Nous chanterons « Où peut-on être mieux, etc. . . . . »

Salut et respect.

LAPOYPE. {p.150}

Ordre du jour.

8 prairial an 8 (28 mai 1800).

J'annonce avec plaisir à l'aile gauche (45) que le centre et la droite de l'armée de réserve ont débouché par le Saint-Bernard, qu'ils ont poussé vigoureusement l'ennemi, lui ont fait 400 prisonniers, C'est un courrier du Premier Consul Bonaparte et du général en chef Berthier qui m'en a apporté l'agréable nouvelle. L'aile gauche marchera sur les traces du centre et de la droite: Dans deux jours vous aurez l'ennemi à combattre, et dans deux jours, me confiant dans votre bravoure, je suis sûr de la victoire.

J'ai vu avec déplaisir, sur la route que j'ai traversée à la suite des colonnes, que le désordre, le pillage des magasins à fourrage avaient été à leur comble. Comment se fait-il que soldats et officiers ne sentent pas que le pillage des magasins les exposent à se voir privés de tout secours. J'espère que ces désordres ne se renouvellement plus; mais je dois nommer le 12e régiment de chasseurs et le 6e de dragons comme s'étant fait principalement remarquer dans le pillage des magasins à fourrage.

Il vient d'arriver à Altdorf 2,000 paires de souliers que j'envoie extraordinairement aux généraux de division, avec ordre de les distribuer (46).

MONCEY.

Le général de division Lapoype, au lieutenant général Moncey, commandant l'aile gauche de l'armée de réserve, à, son quartier général, à Airolo (47).

Faido, le 10 prairial an S (30 mai 1800).

Je me suis rendu à Faido, mon Général, comptant y trouver le général Digonnet, mais il était parti et je suis à sa poursuite. {p.151}

L'ennemi a évacué tous ses postes, hier 9, à 3 heures du matin.

Il s'est retiré sur Bellinzona; peut-être est-il encore à Biasca, mais il a fait couper le pont, ce qui pourrait retarder notre marche de quelques heures, car nous n'avons point de pontonniers ni de charpentiers avec nous; cependant, nous y suppléerons.

De Faido à Biasca, il y a quatre heures de marche, et, de là, cinq heures pour arriver à Bellinzona.

Je ne pense pas que l'ennemi ait de bien grandes forces sur ce point. D'après les informations que j'ai prises, il avait environ 200 à 300 hommes, tant à Faido que dans les divers postes qu'il occupait dans la vallée, tels que ceux de la Dorane, la Capelle, le Cato, etc. Tout le monde s'accorde à dire que les Autrichiens n'avaient que cinq corps depuis les lacs Locarno et Lugano jusqu'ici- Ces corps sont: bataillon de Saint-Georges, Banats, Croates, Cornéville émigrés français ou du moins commandés par des Français (c'est de la cavalerie); je ne sais pas le nom des autres corps.

Nous manquons de pain et de cartouches. Je vous prie de hâter les transports de ces objets.

Salut et respect.

LAPOYPE.

Le général Digonnet rencontre le 30 mai l'ennemi au pont de la Moesa avant d'atteindre Bellinzona.

Extrait de la Revue militaire autrichienne.

. . . . . Le général Moncey, notamment, s'était avancé, par la route de Faido et de Biasca, dans la plaine et, avec une troisième colonne, sur la montagne.

Après une sérieuse résistance, Dedovich (48) concentra ses troupes derrière le pont de la Moesa, en avant de Bellinzona. . . . . {p.152}

. . . . . Vukassevich enjoignit au général Dedovich de se poster sur le mont Cenere, A peine ce général s'était-il mis en marche vers cet endroit que l'ennemi attaqua, le 30 dans l'après-midi, son arrière-garde au pont de la Moesa. Le capitaine Czaar, du régiment de frontière Saint-Georges, défendit avec deux compagnies et un escadron de hussards les retranchements situés derrière le pont. Le lieutenant général Moncey fit en vain donner l'assaut, en vain il pointa 10 canons (49) sur les retranchements. Ce n'est que vers minuit seulement que le capitaine Czaar retira ses troupes des retranchements et les conduisit par Bellinzona sur le mont Cenere, où le général Dedovich avait déjà pris position (50).

* * *

Moncey passe le Saint-Gothard le 29 ou le 30 mai pour venir à Airolo, puis à Faido.

Faido, le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

Arrêté.

Le général Moncey,

Vu le besoin de transport:

Considérant que l'aile gauche de l'armée de réserve a un besoin pressant de moyens de transport;

Considérant que les chevaux et mulets promis par le commissaire du gouvernement helvétique à Lucerne n'ont été donnés qu'en partie;

Considérant aussi que les Suisses sont nos alliés et nos amis et qu'ainsi ils ne doivent pas fournir tous leurs services sans une indemnité proportionnée à nos moyens en argent.

Arrête que tous les traîneaux et chevaux des vallées d'Urseren et Valentine sont mis en réquisition.

Art. 2. – Sont également mis en réquisition, pour le transport des munitions de guerre et de bouche toutes les personnes en état de porter à dos.

Si, dans les vingt-quatre heures, tous les moyens ci-dessus indiqués ne sont pas en activité, les villages et communes qui seraient en retard, seront traités militairement.

Afin d'indemniser sur-le-champ, il est mis d'abord six mille francs à la disposition du citoyen Schokke, commissaire helvétique qui en fera la distribution et en justifiera l'emploi.

Le commissaire des guerres et le chef de l'état-major de la division Lorge sont chargés, le premier, en s'entendant avec le commissaire helvétique, de suivre l'exécution des mesures ordonnées; le deuxième, de faire fournir les {p.153} escortes nécessaires ou les détachements qui deviendront indispensables si l'on est obligé d'employer la force.

Toutes les autorités civiles des vallées précitées sont personnellement responsables de tout retard qui contrarierait les présentes dispositions.

MONCEY.

Le 31 mai, Moncey occupe Bellinzona. Il continue sa marche vers le sud et le 2 juin son avant-garde rencontre à Varese les coureurs de Murat, effectuant ainsi sa liaison avec le gros de l'armée de réserve.

Le général Moncey, lieutenant du Général en chef de l'armée de réserve, commandant l'aile gauche, au général Bonaparte, Premier Consul de la République.

Bellinzona, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800),

Général, Premier Consul,

J'ai l'honneur de vous rendre compte que, le S et le 9, une partie des troupes à mes ordres a passé le Saint-Gothard; que l'ennemi se retirant devant nous, nous l'avons serré le 10 et le 11.

Hier au matin, nous avons occupé Bellinzona; aujourd'hui, je tiens, par des postes avancés, Locarno et Lugano.

Des rapports me parviennent; s'ils se confirment par ceux des partis que j'ai envoyés, je manoeuvrerai demain de manière à tirer parti des circonstances.

L'officier porteur de ma lettre vous rendra un compte verbal sur les objets qui pourront vous intéresser; c'est le général Lorge qui m'a indiqué cet officier. Le général Lapoype, dans une reconnaissance en avant de Bellinzona, a été blessé le plus heureusement possible pour lui; une balle amortie l'a frappé au front, n'a fait que lui ouvrir la peau avec contusion.

Je vous renouvelle, Général Premier Consul, l'assurance de mon respectueux dévouement (51).

MONCEY. {p.154}

Moncey, lieutenant du Général en chef de l'armée de réserve, commandant l'aile gauche, au général Bonaparte, Premier Consul de la République française.

Bellinzona, le 13 prairial an 8 (2 juin 1800).

Général, Premier Consul,

Ce matin, depuis la lettre que je vous ai adressée (52), j'ai donné l'ordre de pousser des partis jusqu'à Côme. A 2 heures, j'ai reçu une lettre du général Berthier qui m'engageait à faire filer des troupes sur Côme (53). Afin d'exécuter ce mouvement avec plus de sécurité, je porte toute ma première division à Côme, la seconde à Lugano, prête à se porter à gauche sur Chiavenna, si les forces des Grisons voulaient déboucher sur nos derrières, ou à se mettre en ligne si l'évacuation entière des Grisons s'effectue.

Deux bataillons ont été prendre poste au Saint-Bernardin pour assurer ainsi, de plus en plus, ma position. Ils sont à portée d'être appelés en ligne, au besoin.

Quatre bataillons occupent les débouchés des vallées de la Reuss et d'Urseren sur les Grisons (54).

Vous ne trouverez pas cette force hors des proportions, lorsque vous songerez que j'ai à couvrir Altdorf, où sont réunies l'artillerie et les munitions de guerre, et à protéger leur transport par une gorge de 25 lieues coupées d'une infinité de débouchés (55). {p.155}

Voici un compte sommaire de ma position:

J'ai eu treize jours pour rassembler les munitions de guerre et de bouche dispersées fort loin du point de réunion, pour me procurer des moyens de transport que je n'avais pas.

Tout a dû être d'abord rassemblé à Lucerne, tout a dû être transporté à Altdorf par le lac, excepté l'infanterie: les barques propres aux transports sont en petit nombre, premier retard.

Les différents services demandaient 2,000 chevaux qu'on nous avait fait espérer devoir être à notre disposition; on n'a pu tenir parole. Arrivés devant Bellinzona, il a fallu renoncer à tirer des vivres du Gothard pour faire arriver les munitions de guerre et employer les chevaux au transport de l'artillerie; nous nous procurons des vivres comme nous pouvons. {p.156}

75 cartouches ont été distribuées à chaque homme; le temps affreux qu'il a fait en a avarié un tiers. Les 1,500,000 que j'ai fait venir de Huningue doivent être à Altdorf, et nous arriveront, j'espère, en bon état; tous les transports doivent être employés à nous les porter. Ensuite, l'artillerie sera mise en marche; nous n'avons avec nous que deux pièces de 4, deux obusiers et cinq petites pièces au-dessous de 4.

Si je n'avais pas eu à protéger ces magasins, si j'avais pu tout mener avec moi, je me serais peu inquiété de mes derrières, et, renforcé de 3,000 hommes environ, j'aurais pu agir avec plus de décision.

Pour ne pas m'encombrer dans une gorge de 25 lieues, qui, souvent, n'a pas 30 toises de large, j'ai laissé ma grosse cavalerie le long du lac de Lucerne, jusqu'après mon passage; depuis mon développement, je l'ai appelée à moi; elle arrivera incessamment.

J'ai l'honneur, Général Premier Consul, de vous présenter mon respectueux hommage.

MONCEY.

Digonnet, général de brigade, au général de division Lapoype, à Bellinzona.

Lugano, le 13 prairial an 8 (2 juin 1800).

Je vous fais passer une lettre du général Murat qu'il écrit au général Moncey (56), adressée au premier commandant français; je l'ai lue, et j'ai vu avec plaisir que nous avoisinions déjà Milan (57). {p.157}

Les postes du général Murat étaient déjà ce matin à Varese, J'ai fait occuper cette ville. J'ai prévenu le général Murat que nous occuperions demain Côme (58). Pourquoi resterionsnous gênés, puisque nous pouvons facilement nous mettre mieux?

J'ai été reconnaître la Tresa; ce pays n'offre d'autres ressources que quelques fourrages.

J'attends le rapport de l'officier qui a été à Varese pour savoir s'il y aura trouvé des magasins.

On m'a assuré en avant de la Tresa que nous étions entrés hier au soir à Milan; je n'en serais pas surpris, mais ça mérite confirmation (59).

Si vous voulez m'envoyer des pièces de 4, vous pourrez les envoyer à Magadino, pour y être embarquées jusqu'à Laveno; de là, elles pourraient se rendre par la grand'route à Varese. Je vous rappelle que la compagnie des carabiniers est à Locarno et que vous pourrez vous adresser au capitaine pour se pourvoir de barques.

Si je ne reçois pas d'autres ordres, je partirai demain avec ma brigade pour me rendre à Varese, où je me lierai avec la gauche du lieutenant général Murat. Je laisserai ici un bataillon jusqu'à l'arrivée des troupes du général Chabert.

Salut et respect.

DIGONNET.

P. S. – Je vous préviens qu'il y a ici un hôpital où l'on peut disposer de 50 lits.

Le 4 juin, la division Lapoype est en avant de Côme, le quartier général de Moncey est à Lugano; la division Lorge s'échelonne en arrière. {p.158}

Le général de division Lapoype, au lieutenant général Moncey, commandant l'aile gauche de l'armée.

Côme, le 15 prairial an 8 (4 juin 1800).

J'ai eu l'honneur de vous écrire, mon Général, pour vous annoncer que j'étais arrivé à Côme, où je n'avais pas trouvé le général Bethencourt et même aucune troupe, excepté 40 hommes des chasseurs de la 1re demi-brigade et deux compagnies que j'amenais avec moi.

Je me suis, par conséquent, trouvé un peu isolé, l'ennemi ayant encore des forces à Lecco et même un poste à Incino, à 3 lieues de Côme, entre cette ville et Lecco, près Cassano (60).

J'ai fait pousser, à 2 heures du matin, une reconnaissance de 60 hommes sur Incino et Lecco. Je n'ai pas encore de nouvelles.

J'ai reçu votre lettre dans laquelle vous me reprochez d'avoir oublié la division Lorge. Je répondrai à cela, mon Général, que la réquisition de 1200 paires de souliers que j'ai faite à Lugano ne peut point épuiser cette commune; en second lieu, que j'ai laissé derrière moi la commune de Locarno qui n'a rien fourni en souliers et peu en subsistance; cette commune est ou sera occupée par le général Lorge. Enfin, j'ai requis à Côme 6,000 paires de souliers; nous partagerons avec le frère d'armes.

Je crois et j'espère que nous nous verrons ici aujourd'hui, et je vous attends avec empressement.

Le général Digonnet arrive, et je lui remets la lettre que vous lui avez adressée, contenant un ordre au général Bethencourt qui ne donne pas signe de vie. Je vous envoie copie de cet ordre certifiée, afin que vous puissiez la faire passer à ce général, si vous avez connaissance de sa position, ce que je ne crois pas. Je ne vous fais pas passer l'original, de peur qu'il ne s'égare ou qu'il ne vous rencontre pas.

J'ai placé la brigade du général Digonnet en avant de Côme; il est à cheval sur les routes de Milan et Varese et s'étend jusqu'à Cantu. La brigade du général Chabert gardera les {p.159} débouchés du côté de Lecco; il se trouve à présent que votre ligne tient depuis Altdorf jusqu'à Milan.

Je reçois des nouvelles de la reconnaissance que j'ai envoyée sur Lecco.

L'ennemi y est encore, mais il a détruit une arche du pont; une sentinelle se montrait sur ce point. Il y a des chaloupes canonnières, et même on les a vu voguer sur le lac (61).

C'est toujours la légion de Cornéville qui est dans ce poste. Vous avez dû voir déjà un assez grand nombre de déserteurs de ce corps.

On assure que l'ennemi est à Chiavenna. Je ne sais s'il est fort sur ce point, mais, quoi qu'il en soit, il est très désagréable de laisser l'ennemi derrière soi ou sur ses flancs, J'espère que le général Foy les débusquera.

J'aurai des nouvelles à vous donner de Milan quand vous arriverez, car j'y ai envoyé un de mes aides de camp.

Salut et respectueuse amitié.

LAPOYPE.

Ordre du jour.

Lugano, le 15 prairial an 8 (4 juin 1800).

L'aile gauche est prévenue que nos troupes sont entrées à Pavie où elles se sont emparées du parc ennemi, consistant en 300 bouches à feu et contenant, de plus, 100 milliers de poudre.

Le quartier général sera demain à Côme.

MONCEY.

Compte rendu du général de division Lorge.

Lugano, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Demain, 17 du courant, trois bataillons de la 67e et un de la 12e légère avec de l'artillerie, seront disponibles à Côme.

Un bataillon de la 12e légère à Lugano, tenant par un fort détachement Porlezza et poussant des reconnaissances sur Gravedona.

Un bataillon de la 1re de ligne placé à Bellinzona, observant par quelques troupes le débouché du Val Misancina, faisant la police de Bellinzona et de l'intérieur de la vallée, de Tarence à Lugano, Mogadino et Locarno. {p.160}

Deux bataillons de la 1re tenant les débouchés du Saint-Bernardin sur Chiavenna et Ilantz.

Les troupes de renfort arrivant successivement doivent rejeter ces dernières sur Lugano, comme il est dit dans l'instruction donnée à l'adjudant général Foy.

A mon départ, le citoyen Lacoste, officier intelligent, commandant la 12e légère, s'établira de sa personne à Lugano, chargé de faire filer les troupes sur Lugano, à mesure qu'elles arriveront, et d'y attendre l'adjudant général Foy.

La cavalerie se dirigera pour Ponte de la Tresa.

LORGE.

Le corps Moncey atteint peu à peu Milan; la division Lapoype y arrive le 5' juin (62); le quartier général le 7 (63); mais le transport de l'artillerie et des cartouches ne s'opère qu'avec de grandes difficultés.

L'adjudant général Foy, au général Moncey.

Altdorf, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

Mon Général, j'ai reçu votre lettre du 15 prairial, j'exécuterai de mon mieux les ordres qu'elle contient (64). Le plus grand désordre règne dans les transports tout est tronqué, tout est désorganisé, ou plutôt rien n'a jamais été organisé. Les dépôts de munitions sont à peu près formés en échelons, mais les moyens de transport ne suivent pas la même progression et cela est ainsi, non seulement du lac Majeur à Altdorf, mais encore d'Altdorf à Lucerne, car le service des bateaux se fait fort mal, et on s'est occupé d'amener des pièces de 8 au lieu de cartouches d'infanterie.

Le général Gilly m'avait parlé de bâts, les habitants n'en ont pas et ils ne peuvent plus en faire, parce qu'ils manquent de son pour les rembourrer. Ainsi on ne s'en procurerait pas, même en les achetant.

Tout est au point, mon Général, que par les moyens ordinaires je ne vous procurerais pas 200,000 cartouches dans le délai de 6 jours lue vous me prescrivez. J'ai donc dû avoir recours aux moyens extraordinaires:

1° Je demande au général Quétard de m'expédier de Lucerne ici, sous deux jours, par le moyen de chaloupes canonnières, un million de cartouches. Il y en a à peu près la même quantité éparpillée d'ici à Airolo; lorsque tout sera {p.161} réuni sur le lac Majeur, l'armée aura dix-sept cent mille cartouches disponibles (car j'en compte 300,000 pour le déchet);

2° J'ai proposé au commandant de la réserve de cavalerie de charger de cartouches les chevaux de ses cavaliers. Le commandant a senti toute l'importance de ma demande; quoiqu'il ait l'ordre de vous rejoindre à marches forcées, malgré tous les inconvénients qui peuvent en résulter pour les chevaux, il a fait prendre à ses cavaliers 400 cartouches par homme;

3° Je place le peu d'infanterie que j'ai (environ 1000 hommes) en échelons d'ici à Urseren. Les soldats porteront les munitions dans leurs havre-sacs, ils laisseront dans leurs logements leurs effets et leurs armes. J'estime que chaque homme portera 300 cartouches. Ayant 300 hommes à chaque échelon et les faisant aller un jour et revenir l'autre, ce moyen me procurera par deux jours 90,000 cartouches à Airolo.

Pour transporter ensuite d'Airolo à Magadino, je donne l'ordre à la 1re de ligne de venir s'établir en échelons entre ces deux points. Il est possible que la 1re de ligne ne soit plus dans ses positions, et alors mon opération sera manquée. Dans ce cas, mon Général, je vous prie de suppléer à l'insuffisance de mes moyens. Il doit y avoir des mulets et des chevaux de bâts entre les lacs d'Italie, on pourrait les former en compagnies et les faire aller à Airolo sous l'escorte de la cavalerie. Dans les montagnes, un mulet bâté porte plus que 6 chevaux ne traînent, A défaut de chevaux, il faut des troupes.

Pour faire faire à l'infanterie un service aussi pénible que le transport des munitions, je lui ai promis, en votre nom, que le premier argent donné au corps d'armée pour la solde serait pour elle et qu'on lui payerait une plus grande partie de sa solde arriérée qu'aux autres demi-brigades, en un mot, que vous ne manqueriez pas de lui témoigner votre reconnaissance, Tout ceci ne produira pas de bien grands résultats, la marche des convois sera lente. Il y aura des munitions avariées. Mais il m'est humainement impossible de faire davantage. D'ailleurs les moyens ordinaires, tels que les traîneaux, etc., iront toujours leur train.

J'ai l'honneur de vous répéter, mon Général, que si la 1re de ligne ne se trouve plus à Bellinzona ou au Bernardin, il sera nécessaire que l'on prenne des mesures efficaces pour transporter sur le lac Majeur ce qui arrivera à Airolo. Il est indispensable qu'un officier supérieur d'artillerie soit à Bellinzona et à Magadino, pour recevoir les munitions et organiser le service.

Vous me donnez l'ordre de filer sur Milan quand les évacuations seront faites. Je dois vous observer, mon Général, que les évacuations ne seront jamais terminées, car, d'après l'ordre donné aux directeurs des arsenaux de l'Alsace, il arrivera toujours des munitions. Ainsi, je regarderai l'instant où j'aurai fait passer le Gothard à deux millions de cartouches comme celui où je devrai vous rejoindre. Je présume cependant que je recevrai des ordres de vous auparavant. Je n'ai pas de nouvelles de la 102e, du bataillon de la 91e, ni du bataillon de la 12e légère. Je laisserai à Lucerne et Altdorf l'ordre pour tous ces corps de se diriger sur Bellinzona et de là sur Milan. Des 6 compagnies de la 101e que je devais trouver ici, trois ont été retenues à Lucerne pour le service de la place.

FOY (65). {p.162}

Ordre:

Milan, le 19 prairial an 8 (8 juin 1800).

Le général Moncey ordonne au capitaine Nadal, adjoint à l'état-major, de partir de suite pour se rendre à Altdorf, afin d'y remettre les dépêches dont il est chargé; des chevaux lui seront fournis pour l'aller et le retour en payant, dans la République cisalpine, conformément au tarif d'Italie, et en Suisse, conformément au tarif de France fixé à trente sols par cheval et par deux lieues et à quinze sols de guide.

Il s'assurera si les 18 bouches à feu avec leur approvisionnement de guerre, destinés pour cette armée, ont passé le Gothard et sont en mouvement de ce point sur Lugano.

Il s'assurera si les 2,000,000 de cartouches destinées pour cette armée ont été expédiées d'Altdorf, quelle est la quantité qui a passé le Gothard et si tout ce qui a franchi ce point est en mouvement successif et assuré sur Ponte-Tresa; il remplira sa mission le plus promptement possible pour venir me rendre compte.

Tout militaire employé à concourir au rassemblement des objets ci-dessus mentionnés lui donnera tous les renseignements qui pourront le mettre à même de me rendre un compte exact et précis.

MONCEY.

Moncey, lieutenant du Général en chef de l'armée de réserve, commandant l'aile gauche, au général Bonaparte, Premier Consul de la République (66).

Milan, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800),

Général Premier Consul,

Je devais avoir l'honneur de vous voir dans la journée à Pavie, mais des rapports qui m'arrivent du Gothard me retiennent ici: les cartouches s'encombrent dans la vallée d'Urseren, et principalement dans celle Levantine. J'avise aux moyens de les faire arriver; des officiers ont été envoyés avec de l'argent, pour en hâter le transport; je viens de me concerter avec le Conseiller d'État Petiet, afin de les faire prendre à Côme par les transports de Milan.

Un million de cartouches a passé le Gothard, un autre million le passe dans le moment.

Le 1er régiment de dragons, fort de 500 chevaux, est arrivé {p.163} ce matin bien fatigué; le 22e de cavalerie, fort de 300, arrivera demain (67); les trois autres régiments de cavalerie (68), formant un total seulement de 6 à 700 hommes, seront ici incessamment.

Les deux bataillons de la 12e légère, entièrement réunis, sont employés, avec la 67e, au blocus de la citadelle.

Deux bonnes et fortes compagnies de la 44e, restées en arrière, partiront demain pour rejoindre leur demi-brigade, à la division Gardanne.

J'ai l'honneur, Général Premier Consul, de vous présenter mes hommages respectueux.

MONCEY.

Pendant que le gros de l'armée marche sur Alexandrie, Moncey est chargé d'occuper la Lombardie et de garder la ligne du Tessin contre une offensive possible de Mélas par la rive gauche du Pô (69). On ne lui laissera bientôt qu'un effectif restreint, car la division Lapoype sera appelée sur la rive droite pour appuyer les mouvements du gros de l'armée (70).

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    {p.119} {p.120}
  1. Voir t. 1er, p. 503, 504 et 505. {p.121}
  2. « . . . . . Le général autrichien Loudon, qui était à Domodossola. . . . . dès que ses communications avec le général de Briey, dans la haute vallée d'Aoste, furent coupées, avait donné l'ordre au colonel prince Victor Rohan (le se rendre, avec le bataillon Louis Rohan, à Varallo, dans la haute vallée de la Sesia, pour couvrir ses derrières et l'informer rapidement de tout mouvement de l'ennemi dans la haute ou basse Sesia. . . . . » (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 243,) {p.122}
  3. Le récit du journal de Brossier sur le combat de Varallo est la reproduction de la lettre de Lechi à Dupont.

    Le 30 mai, Berthier adressait de Verceil au Premier Consul un rapport sur le combat de Varallo, qui n'est que le résumé de cette lettre, Ce rapport, envoyé à Paris, était publié dans le Moniteur du 16 prairial (5 juin).

  4. Dans son rapport du 3 juin au Ministre, Dupont faisait aussi un récit en termes presque identiques.

    « . . . . . L'affaire de Varallo mérite surtout d'être citée pour la gloire de ces braves Italiens qu'anime l'amour de la liberté et de leur patrie; ils y ont tué beaucoup de monde, fait 300 prisonniers et pris une pièce de canon. . . . . » {p.123}

  5. Cette lettre n'a pas été retrouvée. {p.124}
  6. « Lechi s'avança sur Varallo et Borgo-Sesia et après un long combat le prince Victor Rohan se retira vers Borgo-Manero. » (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 245.)
  7. Murat lui prescrit aussi, par une lettre du 29 mai, de se mettre en l'apport avec Bethencourt. (Voir la lettre du 31, de Bethencourt au Premier Consul, p. 140.)
  8. Voir l'ordre du 30 mai de Berthier à Dupont au chap. II, p. 5l.
  9. Aucun document n'a été trouvé pour cette journée, mais le mouvement exécuté ressort des lettres du 30 mai et du 1er juin {p.125}
  10. On n'a pas retrouvé le manuscrit de cette lettre, dont il n'existe aux Archives de la guerre qu'une copie « certifiée véritable par le chef de l'état-major général de cavalerie César Berthier », ce qui permet d'affirmer que le destinataire est le lieutenant général Murat, indication qui ne figure pas sur la copie.
  11. La date de la lettre n'est également pas reproduite sur cette copie. D'après le journal de l'adjudant Brossier (V. ci-après, p. 1261, c'est le 12 prairial (1er juin) que la' légion italique passe le Tessin.
  12. « . . . . . Yukassevich avait fait jeter un pont de bateaux à Sesto-Calende et avait ordonné au général Loudon de se retirer derrière le fleuve, après avoir fait occuper Arona.

    . . . . .

    « Sur ces entrefaites, le colonel prince Victor Rohan, venant de Borgo-Manero, était arrivé à Sesto-Calende où le général Loudon, qui, le 30, avait traversé en bateau le lac Majeur à Angera, se joignit à lui. Le général Loudon laissa une garnison de 300 hommes, sous les ordres du capitaine en retraite Suden, dans le château situé sur le sommet d'une colline touchant à la ville d'Arona et susceptible d'une bonne défense.

    « A peine Loudon était-il arrivé sur la rive gauche du Tessin, que l'avant-garde du général Lechi se montrait à Castelletto et se dirigeait vers Arona pour se relier avec la colonne du général Bethencourt ». (OEstreichische militärische Zeitschrift, t, XXVI, p. 247 et 248.) {p.126}

  13. En conséquence des ordres de Murat, Voir p. 124 le passage du journal de Brossier qui précède celui-ci. {p.127}
  14. Voir le bulletin de l'armée du 3 juin, chap. III, p. 100.
  15. Aucun document n'a été retrouvé sur cette période.
  16. Des fractions du corps Moncey avaient constaté la rupture du pont de Lecco le 4 juin. (V. chap. IV, p. 159.)
  17. Le général autrichien Dedovich, battant en retraite vers Cassano-d'Adda, avait reçu l'ordre d'envoyer un détachement d'infanterie pour défendre la rive gauche de l'Adda à Lecco, de concert avec la flottille du capitaine Mohr, sur le lac de Côme. (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p, 250,) {p.128} {p.129}
  18. Alexandre Berthier au Premier Consul.

    Pavie, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

    . . . . . Le général Lechi avait reçu l'ordre de s'emparer de Lecco. Le 18, il en avait trouvé le passage défendu par l'ennemi qui avait de l'artillerie et des barques canonnières. Il se détermina à transporter des barques sur des chariots pour passer l'Adda à la sortie du lac. Il fit passer ensuite une colonne de 300 hommes qui tourna l'ennemi tandis qu'un autre corps canonnait les barques canonnières qui défendaient le passage de Lecco. L'ennemi se voyant tourné se détermina à prendre la fuite. Nous lui avons pris 4 pièces de canon, 2 barques canonnières, des magasins et des munitions et fait une vingtaine de prisonniers.

    La légion cisalpine a eu quelques hommes tués et une douzaine de blessés. Le capitaine des chasseurs Trolli, qui commandait le passage de l'Adda, le chef d'escadron Lechi, le capitaine Brunetti et le sous-lieutenant Omodeo, se sont particulièrement distingués.

    Alex. BERTHIER. {p.130}

  19. Loison avait occupé Brescia le 6 juin et l'avait évacué sans doute le 7 pour rejoindre Duhesme à Cremone le 8, (V. chap. V, p, 184 et 241.) {p.131} {p.132}
  20. Voir t. 1er, p. 362.
  21. Cette lettre du Premier Consul, écrite d'Aoste le 24 mai, prescrivait à Bethencourt de se porter, le 27, à Domodossola, en emmenant deux ou trois pièces de 4 et 2 à 300,000 cartouches. (V. t. 1er, p. 509.)
  22. Les Français avaient plusieurs fois utilisé le Simplon. et les renseignements sur ce passage ne manquaient pas au Ministère de la guerre.

    Le 11 floréal an 8 (1er mai 1800), l'adjudant général Abancourt, chargé du bureau topographique militaire à l'armée du Danube, écrivait:

    « De toutes les communications qui du Valais conduisent en Italie, le passage du Simplon, malgré les grandes difficultés qu'il offre, tant par les montagnes qu'il faut gravir que par les précipices au bord desquels on marche presque toujours, est, sans contredit, celui qui me paraît le plus commode pour le transport de l'artillerie.

    « Dans la campagne dernière, les Français, avec beaucoup de peine il est vrai, sont parvenus à transporter de Brieg à Domodossola, 7 bouches à feu dont un obusier de 7 pouces. »

    Dans son rapport du 6 mai 1800, sur les différents passages du Valais en Italie, le général Mainoni parle du Simplon « passage par lequel on peut faire marcher beaucoup de troupes, vivres, etc. . . . . » (V. t. 1er, p. 289.)

    Mais les renseignements les plus détaillés étaient donnés par le rapport du sous-lieutenant Tourné, qui venait de reconnaître le Valais au mois de mars 1800. La comparaison entre le Simplon et le Grand-Saint-Bernard, ainsi que la description des traîneaux employés {p.133} en 1799 pour transporter l'artillerie, ont déjà été lues au tome Ier, p. 105. La reconnaissance mémo du col du simplon aura sans doute ici quelque intérêt.

    PASSAGE DU SIMPLON.

    La route du Simplon offre quelques difficultés; mais elle a cet avantage que, par là, vous arrivez au centre et dans une des belles parties de l'Italie. En voici la description:

    En partant de Brieg, on s'élève sur une plaine inclinée, ou suit quelques tournants, on arrive sur le flanc des premières montagnes, jusqu'à une petite chapelle où sont deux hommes de correspondance.

    Le chemin tourne sur le flanc de la montagne; il a 2 à 3 pieds de large, est coupé dans le roc, a des tournants et des ravins. Il est sur le penchant du précipice, au fond duquel est le torrent à 5 ou 600 pieds de profondeur. Après avoir tourné la montagne, on descend par un nouveau zigzag, jusqu'au pont appelé du Cantonsalh. C'est là qu'était le poste avancé, lorsque l'ennemi était maître du Simplon. Il était placé en face sur le côté opposé de la montagne; il s'avançait en outre jusque le Roswald. Au milieu, entre les montagnes, est un espace profond presque circulaire; c'est le point de réunion des deux torrents. A gauche, à l'est, est le Cantonsalh; devant soi, au sud, est la montée du Simplon.

    Après avoir passé le pont, on remonte de nouveau par le sentier étroit sur le flanc des montagnes et sur le bord du précipice formé par le torrent. La route est ombragée de sapins; elle monte sans cesse. Le lit du torrent s'élève avec elle; on traverse ce dernier deux ou trois fois sur de petits ponts de bois. On passe au milieu des blocs de pierre: on arrive ainsi à l'endroit appelé la Tavernette,

    2 lieues. – Trois heures. – La Tavernette: 5 cavaliers.

    C'est un espace assez plat, quoique montant, de 10 ou 12 toises de large, d'un demi-quart de lieue de long. Il ressemble à la plaine de Proz du Saint-Bernard, mais il est moins étendu dans tous les sens. Au milieu était une auberge, aujourd'hui brûlée. A l'extrémité, commence la dernière montée par où l'on arrive sur le plateau du Simplon.

    Cette montée est droite et rapide. On n'arrive au torrent lue par des zigzags sur un sentier très étroit; on en compte à peu près une vingtaine. La hauteur totale est d'environ 50 toises. Vers le milieu est une espèce de hutte, où les Autrichiens étaient baraqués. Ils avaient placé dans le même endroit deux pièces de 3, qui enfilaient la gorge.

    Le plateau de Simplon sur lequel on arrive est une plaine de 20 à 30 toises de large. bordée de chaque côté par les montagnes. Ici, la végétation cesse; la terre est couverte de neige, excepté pendant deux ou trois mois.

    1 lieue. – Deux heures. – L'hôpital: 10 fantassins.

    Au milieu du plateau est un petit lac et l'origine du torrent de la Guima, dont le versant est de l'autre côté du passage. Plus loin, on arrive à une plaine plus basse, au milieu de laquelle est l'hôpital. C'est un établissement à peu près carré à deux étages; chaque face, d'environ 49 pieds de long, pouvant loger une compagnie. Il n'y reste que les murailles.

    La descente devient plus rapide; elle règne toujours sur une plaine, sans passer au milieu, bordée par les montagnes et dont la direction tourne à gauche. Au bout d'une heure {p.134} et demie de marche depuis l'hôpital, on arrive au village du Simplon. Les difficultés du passage du plateau sont la neige plus ou moins abondante qui le recouvre. La route qu'on y trace n'est qu'un sentier étroit sur lequel on tient difficilement et qui s'efface à tout instant. Pour peu qu'on s'en écarte, ou que la marche soit peu assurée, on risque de tomber dans la neige, souvent profondément. Souvent on est encore exposé aux dangers du froid, de la tempête ou de l'affaissement des forces dans ce passage long et pénible.

    1 lieue 1/2. – Une heure et demie. – Village du Simplon: 2 compagnies.

    Le village du Simplon n'est qu'un petit endroit de 12 à 15 maisons, où il ne reste qu'une trentaine d'habitants. Ils souffrent beaucoup de la disette. On a à peine de quoi manger habituellement. Il y a là 2 compagnies qui ont beaucoup souffert et qui n'avaient guère que du pain.

    1/2 lieue. – Une demi-heure, – Poste avancé: 1 compagnie, 36 hommes de garde.

    La plaine, après le village, descend encore pendant une demi-lieue. A l'extrémité sont quelques cabanes et une église; on y place une compagnie. Devant, sont 3 postes avancés, l'un à l'entrée de la gorge, les autres en face de la montagne verte. Cette dernière fait face au vallon. On y monte par un sentier roide qui conduit à Ruden. A côté et à gauche est l'entrée de la gorge dans laquelle est le chemin qui conduit à Ruden, et, de là, à Domodossola. Cette route est plus rapide et plus escarpée que celle qui monte au Simplon; on traverse deux fois le torrent sur des ponts de bois qu'il serait facile de couper, et très difficile de reconstruire à cause de leur longueur . . . . .

    . . . . .

    Le 10 germinal an 8 (31 mars 1800).

    L'aide de camp du général Clarke,

    Pre TOURNÉ,
    Sous-lieutenant.

  23. Quatremère Disjonval, chef d'état-major de l'expédition du mont Simplon, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve.

    Pavie, le 3 messidor an 8 (22 juin 1800).

    Citoyen Général en chef,

    . . . . .

    C'est le 6 prairial que vous avez ordonné au général Bethencourt, chargé de conduire l'expédition par le Simplon, de commencer à en tenter 1e passage. La nature, pour ainsi dire, aux ordres du Premier Consul, même sur les lieux où elle domine avec le plus d'empire, {p.135} avait pris soin d'aplanir cette année, deux mois plus tôt que d'ordinaire, un obstacle qui ajoute beaucoup aux difficultés de ces routes si étroites et si scabreuses, La neige était disparue de dessus les chemins, mais sa chute, en avalanches avait rompu les mêmes chemins en plusieurs endroits, et je me hâte de vous faire voir les Français conduits par un de ces éboulements à l'une des situations les plus extraordinaires qu'on puisse concevoir. Le général Bethencourt arrive avec environ 1000 hommes, tant de combat que de suite, à l'un de ces points où le passage n'est obtenu que par des pièces de bois dont une extrémité pose dans le rocher creusé, l'autre est supportée par une poutre en travers.

    Cette espèce de pont avait été emporté par un éclat de roche parti de la plus grande élévation et qui avait tout entraîné dans un torrent, roulant au-dessous ses eaux avec le plus horrible fracas. Le général Bethencourt avait vos ordres: il déclara que nul obstacle ne devait arrêter, et aussitôt il fut résolu d'employer le moyen suivant:

    Il ne restait de tout ce que l'art avait ici tenté pour vaincre la nature, que la rangée de trous dans lesquels avait été engagée l'une des extrémités de chaque pièce de bois. Un des volontaires les plus hardis s'offre à mettre les deux pieds dans les deux premiers trous, puis à tendre une corde à hauteur d'homme en marchant de cavité en cavité; et, lorsqu'il est parvenu à fixer la corde jusqu'à l'autre extrémité de l'intervalle entièrement vide au-dessus de l'abîme, c'est le général Bethencourt qui donne l'exemple de passer ainsi suspendu par les bras à une corde même très peu forte. Et c'est ainsi que 1000 Français ont franchi un intervalle d'environ 10 toises, chargés de leurs armes, chargés de leurs sacs.

    On les avait vus se servir de leurs baïonnettes, employer des crochets, pour pouvoir gravir des montagnes dont l'escarpement semblait avoir banni à jamais les humains.

    Je crois vous les présenter ici, citoyen Général, luttant contre les plus affreux périls dans une attitude nouvelle, et je les crois bien dignes de la postérité lorsqu'ils sont ainsi suspendus entre le ciel et le plus effroyable abîme, par l'unique espoir de vaincre, par l'unique envie de vous obéir.

    . . . . .

    Je reviens à nos combattants. Il est temps de vous rappeler, citoyen Général, que c'étaient des détachements de la 102e et de la 44e demi-brigade, auxquels se joignaient quelques compagnies de l'infanterie helvétienne. Les noms du général, des officiers de son état-major tant Français qu'Helvétiens, qui ont donné l'exemple d'une telle audace, sont déjà gravés sur le roc qui leur avait refusé le passage. Ils trouveront là, sans doute, le plus beau temple de mémoire. Mais ils y ont trouvé de plus cette force d'élan qui leur a fait ensuite renverser, surprendre les postes autrichiens avec tant de bonheur. Ceux-ci dormaient, pour ainsi dire, appuyés sur cette barrière. Avec quelle stupeur ils ont vu arriver les Français sur leur front, sur leur flanc, et descendre le Simplon, lorsqu'ils les croyaient loin de pouvoir même le gravir!

    . . . . .

    On avait dit que le Simplon, à peine praticable pour des hommes, ne le serait jamais pour des chevaux; et je l'ai passé la dernière fois suivi de 15 cavaliers montés, sans avoir été jamais contraint par une nécessité réelle de descendre de cheval.

    On avait dit que le Simplon ne se prêterait jamais au passage de l'artillerie ainsi que des munitions, et le général Bethencourt a réussi à se faire suivre de deux pièces de 3, de quatre pièces de 4, de deux obusiers, et j'ai réussi, moi, à me faire suivre de deux pièces de 8.

    . . . . .

    Salut et respect.

    QUATREMÈRE DISJONVAL.

    (Archives du génie.) {p.136}

  24. Bulletin helvétique (devenu Gazette de Lausanne), 1800, mardi 3 juin, t, III, p. 235. {p.137}
  25. Le général Loudon avait à Domodossola 5 bataillons et 1 escadron, qui ensemble atteignaient l'effectif de 3,837 hommes et 167 chevaux, (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 243 et 246.)
  26. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 245.
  27. Ces retranchements étaient à Miggiandone, d'après la Revue militaire autrichienne, t, XXVI, p. 250.

    Les reconnaissances françaises, faites avant la campagne, les avaient signalés comme importants, sous le nom de retranchements d'Ornavasso. (V. t. 1er, p. 287, 288, 289 et 302.) {p.138} {p.139} {p.140}

  28. Lechi n'avait point livré de combat important le 29 mai. C'est dans la soirée du 28 qu'il avait enlevé les retranchements de Varallo (V. p. 122). Le 29, il s'était porté de Varallo sur Romagnano (V. p. 123 et 124). Il est cependant certain que c'est sa marche en avant qui forçait le général Loudon il abandonner la position d'Ornavasso et à passer le lac Majeur, le 30 mai, à Angera. (V. la citation de la Revue militaire autrichienne, p. 125, note 3.)
  29. Cette lettre n'a pas été retrouvée.
  30. Il y arrivait en effet. (V. sa lettre à Moncey, p. 37.) {p.141}
  31. D'après le journal de Brossier, Bethencourt est le 2 juin à Palanza. (V. p. 157, note 1.)
  32. Une reconnaissance détaillée d'Arona avait été faite l'année précédente, quand cette place était entre les mains des Français.

    Reconnaissance faite à la ville, au château et dans les environs d'Arona, par ordre, en date du 30 frimaire an 7 (20 décembre 1798), du citoyen Dabon, commandant en chef du génie à l'armée d'Italie.

    VILLE.

    La ville d'Arona est située sur le lac Majeur, qui en baigne l'enceinte au nord-est et au sud-est; on y compte environ 1800 âmes.

    La partie du côté du lac est close par un simple mur d'enceinte avec une banquette, un {p.142} parapet flanqué de quelques tours rondes et carrées, le tout à la manière du XIIe siècle.

    Le reste de l'enceinte consiste en trois fronts:

    1° Celui de D en G, à l'est, donne sur le lac, qui dans les grandes eaux vient baigner le pied du glacis; dans les temps ordinaires il laisse à sec un espace d'environ 7 à 8 toises; le parapet de ce front ne consiste qu'en un mur de pierrailles de 15 pouces d'épaisseur; ce front est fort petit, et comme une partie en est fort élevée, le tout se flanque très mal;

    2° Le front GB a le corps d'enceinte précédé d'une espèce de tenaille, dont le parapet est passable. Le bastion B a été tracé avec assez d'intelligence pour être défilé des hauteurs qui sont vis-à-vis; on y a pratiqué au milieu un parados ou grande traverse pour le couvrir des hauteurs dominantes qui sont au nord-est; mais ce parados ne se trouve pas suffisamment élevé pour remplir son objet, Quant au chemin couvert, il est entièrement pris d'écharpe des hauteurs du côté nord-ouest à une fort petite distance;

    3° Il faut remarquer que le front BA, qui joint la ville au château, va très en montant d'E en A surtout la branche du demi-bastion A; le fossé est marécageux; le parapet du demi-bastion A est dégradé, comme la plupart des autres, par la terre qu'on en a enlevée pour faire les jardins qui sont dans ces ouvrages. Le chemin couvert est sans traverses et en passable état. Il n'y a d'ailleurs point de demi-lunes dans toute la place. Les ponts-levis exigent plusieurs réparations urgentes; il y a deux poternes ; elles sont en ce moment murées. La partie de la ville au nord-ouest est fermée par le château.

    CHATEAU.

    Le château d'Arona est particulièrement connu sous le nom de la Rocca, à cause de sa position sur un rocher.

    Il appartient à la maison Boromée; elle n'entretenait en aucune manière les bâtiments; il n'y logeait absolument personne depuis nombre d'années; seulement deux ou trois soldats de cette maison y montaient journellement la garde à la porte d'entrée.

    L'été dernier, les insurgés piémontais ayant menacé le pays, le roi employa environ 4,000 livres du Piémont à faire décombrer les avenues, à pratiquer des chemins pour gravir d'une enceinte dans l'autre, à refaire une partie des toits des bâtiments et à faire à neuf un pont-levis et quelques autres menues réparations.

    Il fut décidé que les réparations faites à la partie du château qui est du côté de la ville, servant de ce côté d'enceinte au corps de place de la ville, serait pour le compte du roi; quant à toutes les autres réparations faites au château, le roi, en les ordonnant, décida qu'elles seraient remboursées par qui de droit, se réservant par là la faculté de les faire payer à la maison Boromée.

    La sommité sur laquelle est assis le château s'élève du côté du lac à plus de 120 pieds de hauteur, coupé à pic verticalement; toute la partie du côté de la ville, formant l'esplanade, est sur une pente très rapide; il en est de même du reste de l'enceinte, excepté au nord ou cette sommité tient à la montagne voisine, et où les ouvrages de ce côté sont dominés d'une hauteur à 150 toises. Ce château a été construit avant l'invention de la poudre, c'est-à-dire que c'est un assemblage de vieux murs, de vieilles tourelles, d'ailleurs d'une grande épaisseur mais qui ne flanquent rien, avec des mâchicoulis et de petites banquettes bien étroites, bien élevés, précédés de parapets de 12 à 15 pouces d'épaisseur en maçonnerie en partie détruite par le temps.

    On y a ajouté, dans un temps plus moderne, les chemins couverts et les glacis qu'on voit sur le plan, mais l'intérieur de ces chemins couverts et les banquettes sont tellement en pente du côté de la campagne que non seulement on n'y est pas à découvert mais qu'un homme a de la peine à y marcher; et les communications y sont d'ailleurs en très petit nombre et de l'accès le plus difficile.

    On trouve dans les différentes enceintes du château quelques emplacements tels que ceux cotés sur le plan 16, 29, 42, 39, que l'an avait préparée dans des temps plus modernes que celui de la construction, pour recevoir du canon. On y avait fait des parapets en terre, mais {p.143} par la suite ceux, qui avaient des jardins dans les ouvrages voisins se sont servis des terres de ces parapets, qui n'existent plus aujourd'hui excepté celui 42, refait à neuf l'été dernier lors de l'insurrection. Cinq à six, tant canons que coulevrines, y sont encore aujourd'hui en batterie contre la ville. C'est toute l'artillerie qui existe dans la place, à quoi il faut ajouter un grand nombre de coulevrines et d'antiques armes à feu renfermées dans un bâtiment servant d'arsenal entre les casernes cotées 39 et la chapelle 41.

    L'emplacement coté 29 nous a paru le plus propre à être occupé par de l'artillerie, en ce qu'il voit parfaitement tout ce qui peut venir sur le lac et par le chemin le long du lac.

    Il n'y a point de souterrain ni de bâtiment à l'épreuve, ni même un seul local propre à mettre convenablement la poudre à l'abri.

    Malgré quelques réparations faites l'été dernier aux bâtiments, ils sont encore dans un état pitoyable et en très petit nombre ; on pourrait au plus y loger 400 hommes en occupant la galerie servant d'arsenal. Il n'y a dans tous ces bâtiments que 3 cheminées dont celle de l'arsenal est murée, où il faudrait plus de 1200 hommes pour faire un service un peu exact dans toutes les enceintes qui ont un très grand développement.

    Observations.

    D'après ce que nous venons de dire sur la place et le château d'Arona, nous pensons que tout est à y faire et que rien n'y est à faire, sinon les réparations nécessaires pour que la ville et le château soient constamment à l'abri d'un coup de main. Or, c'est, à peu de chose près, ce que l'un et l'autre sont dans l'état actuel.

    Deux tabliers de ponts-levis à faire, dont un au château.

    Une flèche à changer.

    Plusieurs barrières à construire.

    Quelques réparations à faire aux jetées du côté du lac et au mur d'enceinte; quelques parapets et quelques banquettes à réparer, principalement au château aux endroits cotés 16, 22, 42 et 39.

    Faciliter les communications de l'intérieur à l'extérieur des ouvrages, faire des réparations plus considérables aux bâtiments afin de les rendre propres à recevoir la troupe.

    Telles sont à peu près les réparations qui nous paraissent nécessaires et dont le capitaine Lepot est chargé d'envoyer un projet estimatif détaillé, en s'occupant sur-le-champ de ce qui concerne la fermeture de la ville et du château.

    RECONNAISSANCE EN AVANT D'ARONA.

    Le chemin qui conduit à Arona, depuis Novare, est une grande route fort belle; mais passé Arona, du moins une lieue plus en avant, les routes ne sont plus praticables pour les voitures; on n'y va qu'à pied ou à cheval, quand on ne prend pas le lac. Les deux principales routes sont:

    1° L'une qui conduit à Bellinzona en Suisse, frontière des Grisons. On s'embarque ordinairement sur le lac Majeur jusqu'à Locarne ; si l'on veut éviter cet embarquement, il faut cheminer sur la rive droite du lac Majeur. Mais on allonge beaucoup la route, et l'on rencontre, de temps en temps, des parties de chemins difficiles même pour les gens à pied.

    Cette route est peu fréquentée vu la commodité du lac ;

    2° La deuxième qui remonte également la rive droite du lac jusqu'à l'embouchure de la {p.144} Toccia, et qui remonte cette rivière jusqu'à Domodossola. Là, elle se divise en deux branches, dont l'une conduit dans le Valais, l'autre au mont Saint-Gothard.

    Il faut remarquer qu'on peut venir de Bellinzona dans le Piémont en évitant Arona, en allant de Bellinzona à Domodossola par les montagnes, où il se trouve plusieurs routes, à la vérité difficiles mais praticables en tout temps pour les gens de pied et les chevaux, et de Domodossola dans la vallée de Sesia; ou bien descendant jusqu'à Ornavasso pour se rendre à Borgomanero, au sud-est d'Arona, et de là à Novare. On peut prendre également cette dernière route à un mille d'Arona, au village de Meina, sur le bord du lac, passant ensuite par Invorio, d'où l'on tourne Arona pour gagner la route de Novare en allongeant fort peu la route.

    En général, les montagnes aux environs du lac Majeur, quoique assez élevées, ne sont cependant que des montagnes de troisième ordre, par rapport aux grandes Alpes. Aucune grande route n'y est faite, mais les gens de pied et les mulets peuvent les traverser en tout temps et dans tous les sens, et il y a une foule de sentiers très fréquentés; il faut encore remarquer que pour se rendre d'Arona à Bellinzona il n'y a aucune chaîne de montagne à traverser.

    Ainsi:

    1° En venant de la Suisse et des Grisons, l'infanterie et la cavalerie peuvent se transporter en tout temps sur Arona ;

    2° On n'y peut de ce côté faire venir de l'artillerie que par le lac. Quatre barques canonnières sont établies sur ledit lac; elles sont commandées par des officiers de la marine;

    3° L'infanterie et la cavalerie peuvent en tout temps tourner Arona et se porter dans le Piémont;

    4° Les travaux de campagne qu'on pourrait faire à l'avance, en avant d'Arona, seraient fort peu utiles, puisque l'ennemi aurait toujours la faculté de les tourner un peu plus en avant. Il serait impossible, à une lieue d'Arona, d'établir des batteries par la difficulté d'y amener et d'en retirer les pièces;

    5° Un des ouvrages les meilleurs à faire serait de s'emparer, par un bon ouvrage, de la hauteur en avant de la porte de secours qui domine le château au nord. Cette hauteur est à la distance de cette porte d'environ 150 toises; le général d'Arçon ne manquerait pas d'y proposer une lunette à feu de revers, qui effectivement y serait bien placée; reste à savoir si, dans les circonstances, on peut espérer d'avoir les moyens en tous genres d'entreprendre et de finir un ouvrage aussi considérable; nous en doutons. Cependant, à cette distance, il faut un ouvrage capable de résister quelque temps par lui-même;

    6° Arona et son château dans l'état où ils sont, avec les réparations indiquées, remplit un objet utile, celui de recueillir tous les postes placés en avant, s'ils venaient à être forcés; de ne pouvoir être pris sans canons, qu'il serait impossible de conduire en venant du nord sans être maître du lac; de donner ainsi le temps à nos troupes d'aller à son secours. Enfin d'obliger l'ennemi pour se porter en Piémont de tourner cette place comme si elle était beaucoup plus forte.

    (Signature illisible.)

    (Archives du génie.)

  33. Cette demande sert de commentaire à la dernière phrase du rapport du 22 juin, de Quatremère Disjonval (V. p. 134, note 1) dans laquelle cet officier explique que des pièces de 8 ont passé le Simplon. D'après la lettre suivante, Bethencourt n'avait pas encore de pièces de siège le 13 juin. C'est donc après cette date que les pièces de 8, passées au Simplon, ont rejoint Bethencourt, {p.145} {p.146}
  34. Sans date (Archives du génie). {p.147} {p.148}
  35. Tome 1er, p. 353 et 354.
  36. Ibidem, p. 355 et 367.
  37. Ibidem, lettre de Moncey du 18 mai, p, 367 et 368.
  38. Ibidem, p, 429 et 430.
  39. Ibidem, p. 430.
  40. Ibidem, p. 431.
  41. Ibidem, p, 506, 507 et 508.
  42. Ibidem, p. 506. {p.149}
  43. Le passage du Saint-Gothard avait été reconnu en détail, Citons notamment la reconnaissance faite en mars 1800 et attribuée à Dessole (V. t. 1er, p. 98) et la reconnaissance faite en mai 1800 par le capitaine du génie Boutin, sur l'ordre du général Moncey. (V. t. 1er, annexe 22, p. 688.)
  44. ARRÊTÉ.

    Altdorf, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

    Vu l'urgence et la nécessité indispensable d'assurer d'une manière stable et sûre les transports de subsistances sur toute la ligne depuis Flüelen jusqu'à Bellinzona ;

    En conséquence,

    Arrêtons qu'il sera établi de suite des vaguemestres particuliers pour surveiller, diriger et activer ces transports sur les points de Flüelen, Steigg, Wassen, Urseren, Airolo, Faido et Pollegio.

    Arrêtons en outre que ces vaguemestres seront payés au compte du gouvernement français sur le pied de 6 francs par jour.

    MONCEY et SOUVESTRE. {p.150}

  45. Le corps Moncey était l'aile gauche de l'armée de réserve.
  46. 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

    Ordre au citoyen Guerrin, capitaine à la 1re de ligne, de prendre le commandement de la place d'Altdorf. Cet officier est spécialement chargé de maintenir le bon ordre et la discipline parmi les troupes de passage, d'assurer le départ des convois de munitions de guerre et de bouche, de manière qu'elles soient intactes à leur destination, sans que qui que ce soit puisse se permettre d'en changer la destination de tout ou de partie. Si le commandant de la place de Flüelen, port d'Altdorf, est inférieur en grade ou moins ancien que le citoyen Guerrin, il aura le commandement supérieur. (Voir la carte d'ensemble au tome 1er.)

    MONCEY,

  47. Moncey avait son quartier général, le 29 mai, à Urseren.

    Urseren, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Ordre au citoyen Joseph-Ferdinand Dessuland, capitaine au 1er bataillon de la 12e d'infanterie {p.151} légère, de continuer les fonctions de commandant de cette place et de ne la quitter que lorsqu'il en recevra l'ordre de moi ou de l'adjudant général, chef de mon état-major.

    Cet officier préviendra le chef du bataillon auquel il appartient, du présent ordre, en lui en adressant la copie.

    MONCEY.

  48. Dedovich avait à Bellinzona, 3,810 hommes et 167 chevaux. (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p, 246,) {p.152}
  49. Au sujet du nombre de canons de Moncey, (V, la fin do lettre du 2 juin de ce général au Premier Consul, p. 156,)
  50. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p, 247. {p.153}
  51. Cette lettre arrivait sans doute le 3 juin au quartier général à Milan (V. note 3, p. 102). Elle était envoyée à Paris et publiée dans le Moniteur du 23 prairial (12 juin) {p.154}
  52. Lettre non retrouvée.
  53. Cette lettre n'a pas été retrouvée. Elle avait sans doute été écrite le 31 mai, dans le même temps que les lettres à Lechi et à Bethencourt, pendant que Murat passait le Tessin à Turbigo. (Voir p. 69).
  54. Bellinzona, le 13 prairial an 8 (2 juin 1800).

    Le général Moncey nomme l'adjudant général Foy pour remplir provisoirement les fonctions de général de brigade, commandant la gauche de la division Lorge,

    En conséquence, il prendra le commandement de toutes les troupes destinées à couvrir la vallée de la Reuss et celle d'Urseren ; il partira demain 14 et il placera les troupes suivant les instructions particulières que je lui donne.

    Le général de brigade Quetard lui remettra tous les renseignements dont il était précédemment chargé.

    MONCEY.

  55. La Commission exécutive de la République helvétique, au citoyen Moncey, lieutenant général.

    Berne, le 28 mai 1800.

    Le citoyen Ruttiman, capitaine commandant les quatre premières compagnies d'infanterie {p.155} helvétique, appelées à faire le service sous vos ordres, a cru de son devoir de consulter le gouvernement sur la conduite qu'il devrait tenir lorsque, dépassant les frontières de la Suisse, l'armée que vous commandez ira en Italic forcer la paix par la victoire. Notre réponse, analogue aux circonstances où nous nous trouvons et au resserrement de nos moyens, a été que le service des quatre compagnies, sous les ordres du citoyen Ruttiman, devait se borner à l'intérieur de l'Helvétie.

    Les motifs, citoyen Général, qui nous ont portés à prendre cette décision sont les suivants:

    1° L'Helvétie n'ayant point de cartel avec l'Autriche relativement aux prisonniers, il en résulte que les Suisses, qui ont le malheur de tomber dans la captivité autrichienne, ne sont point envisagés comme prisonniers de guerre mais, par une explication aussi ridicule qu'elle est injuste, traités comme des rebelles et dès là exposés aux traitements les plus rigoureux. Par la même raison, ils ne sont point compris dans les échanges de prisonniers;

    2° Une partie des soldats, formant la troupe en question, a réservé dans son engagement qu'elle ne serait point employée hors du territoire helvétique, mais seulement pour la défense de la patrie en deçà de ses frontières;

    3° Enfin, la troisième considération, non moins forte que les deux précédentes, se fonde sur ce que le peu de troupes que l'Helvétie a sur pied est indispensablement nécessaire au gouvernement pour le maintien de la police et de l'ordre public.

    Nous nous flattons, citoyen Général, que vous trouverez ces motifs suffisants, et que vous ne verrez dans l'ordre que nous avons donné au citoyen Ruttiman, que l'effet de la nécessité la plus indispensable.

    Salut et considération.

    Le Président de la Commission exécutive,

    C. FRISCHING.

    Par la Commission exécutive:

    Le Secrétaire général,

    MOUSSON.

    En marge, Moncey a écrit:

    Répondre que je n'ai jamais eu l'intention de faire sortir de l'Helvétie ces quatre compagnies par les motifs exprimés dans cette lettre et que je connaissais; qu'elles sont dans les vallées de la Reuss et d'Urseren pour assurer nos convois. Annoncer que nous sommes d'hier à Bellinzona et d'aujourd'huy à Lucarne et Lugano.

    En marge: Répondu le 13 prairial. {p.156}

  56. Voir p. 75.
  57. Ordre du jour.

    Bellinzona, le 13 prairial an 8 (2 juin 1800),

    L'aile gauche de l'armée de réserve est prévenue que le centre et la droite de l'armée ont passé, le 11, le Tessin; qu'à la suite de ce passage de rivière, Milan aura dû être occupé.

    Bientôt, mes camarades, nous verrons l'ennemi. Nous sommes ici pour lui barrer le chemin de la retraite, c'est vous dire que vous devez être plus braves que tous, puisque vous aurez à combattre contre le désespoir d'un ennemi déjà vaincu par les dispositions du général Bonaparte.

    MONCEY. {p.157}

  58. 13 prairial. – Réunion des troupes du général Moncey. – Le 13, les divisions du général Moncey arrivèrent à Varese et à Côme, et le général Bethencourt à Palanza; cette réunion complète les forces de l'armée et la lie en quelque sorte avec celle d'Helvétie et avec le Valais, de manière que le plan, non moins audacieux que savant, du Premier Consul ne peut plus trouver d'obstacles dans son exécution.
  59. La nouvelle était prématurée. Ce n'est que le 2 juin que les Français entrent à Milan. (V. p. 84). {p.158}
  60. « Le général Dedovich reçut l'ordre de marcher sur Cassano en passant par Côme et Lecco, de chercher à faire sa jonction avec Vukassevich, derrière l'Adda. . . . . » .

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 250.) {p.159}

  61. Deux jours après, Lechi arrive en face du pont de Lecco dans sa marche vers Brescia. (V, p. 127). Il force le passage le 7 juin (V. p. 128.) {p.160}
  62. Voir la lettre de Berthier à Dupont, p. 172.
  63. Voir la dernière phrase du bulletin de l'armée du 7 juin, p. 221.
  64. La lettre du 15 prairial n'a pas été retrouvée. Foy avait été nommé le 13 prairial (2 juin) au commandement des troupes qui gardaient la ligne d'opérations de Moncey, au nord du Saint-Gothard, (V. p. 155, note 3.) {p.161}
  65. Vie militaire du général Foy, par Girod de l'Ain, pièces justificatives, n° 14, p, 309. {p.162}
  66. Le Premier Consul passe la matinée du 9 juin à Milan (V. plusieurs lettres de lui à cette date au chap. VI), et quitte cette ville de façon à arriver à 2 heures à Pavie (V. sa lettre à Berthier, du 9 juin, p. 211). Moncey était arrivé à Milan depuis le 7. (V. le bulletin de l'armée, p. 211.) {p.163}
  67. Le 1er de dragons et le 22e de cavalerie faisaient partie de la division Lorge, (V. t. 1er, p. 507.)
  68. Sans doute les 14e, 15e et 25e qui formaient la réserve de cavalerie du corps Moncey. (V. t. 1er, p. 508.)
  69. V. chap. VI et VII.
  70. V. chap. VII, 11 juin.

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96