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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 2 Chapitre 2

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.49}

(DEUXIÈME PARTIE)
CHAPITRE II
PASSAGE DU TESSIN

Le quartier général à Verceil le 30 mai, à Novare le 31. – Passage du Tessin par Murat et combat de Turbigo le 31 mai. – Passage du gros de l'armée à Buffalora le 1er juin. – Liaison avec les colonnes Lechi et Bethencourt; ordre de faire passer la ligne d'opérations par le Simplon. – Marche de Lannes de Chivasso sur Verceil.

30 MAI

Murat et Duhesme occupent la rive droite du Tessin.

Le reste de l'armée passe la Sesia. Le quartier général est à Verceil. Lannes est encore du côté de Chivasso (1). {p.50}

« Le 10 (prairial–30 mai), la division entra dans Novare et se campa sur les glacis de la ville. . . . . »

(Rapport des matches et opérations de la division Boudet.)

« . . . . . Le 10, le général Duhesme prit position avec les divisions Boudet et Loison sur les bords du Tessin. La division Boudet fut placée en avant de Trécate, celle de Loison à Vigevano et environs (2). »

(Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.)

Joachim Murat, lieutenant général, au général Moncey, à Viglisione, ou partout où il sera.

Novare, le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

Je vous annonce, citoyen Général, que nous occupons Novare et que je cherche à réunir tous les moyens de jeter {p.51} un pont sur le Tessin, afin de me porter sur les derrières de l'ennemi que vous avez à nos positions (sic), et de faciliter par ce moyen votre jonction avec l'armée; il paraît que l'ennemi est en pleine retraite sur tous les points et se jette derrière le Pô. J'apprendrai avec plaisir de vos nouvelles.

Salut fraternel.

MURAT.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Verceil (3), le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

Écrire au général Lechi, qui doit être à Romagnano (4), de se porter sur le Tessin, au bas du lac, vers Sesto, et de tâcher de s'emparer de toutes les barques; le prévenir que le général Murat est à Novare et devant Buffalora, et que sa cavalerie couvre toute la rive droite du Tessin pour ramasser les barques et passer cette rivière (5).

Ordre à la division Chambarlhac de prendre position entre la Sesia et Borgo-de-Verceil.

Même ordre à la cavalerie (6).

Alex. BERTHIER.

Il faut s'assurer à quelle heure sera terminé le pont et si la cavalerie peut y passer; sans cela on passera au gué que l'on fera bien reconnaître. {p.52}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont (7).

Verceil, le 10 prairial an 8, au soir (30 mai 1800).

Vous ferez battre la générale à 2 heures du matin, l'assemblée à 2 h. 1/4 et les drapeaux à 2 h. 1/2, pour se mettre en marche. Toute la cavalerie qui est à Verceil prendra la tête de la colonne et se rendra à Novare; toute la division Chambarlhac suivra la cavalerie.

La 19e demi-brigade restera jusqu'à nouvel ordre à Verceil où elle se gardera militairement.

Ordonnez qu'un officier du génie et un ingénieur restent à Verceil, pour figurer les environs de la ville à une lieue à la ronde (8).

Le quartier général partira à 4 heures du matin pour se rendre à Novare.

Toute la cavalerie qui a passé ce soir de Verceil à Borgo (9) doit également partir à 2 heures du matin pour se rendre à Novare.

Vous trouverez ci-joint une lettre du général d'Harville; c'est à lui que vous devez adresser directement les ordres pour la cavalerie.

Donnez l'ordre de faire arrêter le commissaire des guerres {p.53}

Vital pour qu'il soit conduit sur-le-champ au quartier général, s'il n'est pas arrêté (10).

Nommez un commandant de place à Verceil.

La division Loison a laissé ici un détachement pour attendre son artillerie. Comme cette artillerie est arrivée, donnez l'ordre pour que le détachement parte demain à 2 heures du matin avec son artillerie pour rejoindre sa division. Cette artillerie est composée de deux pièces de 4, deux pièces de 11, prises à la ville d'Ivrée et approvisionnées à 200 coups chacune (11).

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, aux Consuls de la République.

Verceil, le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

Je vous envoie, citoyens Consuls, le bulletin de l'armée. Je suis en mouvement perpétuel.

Je pars cette nuit pour Novare. Je serai demain sur les bords du Tessin pour aviser aux moyens de le passer. Il est extrêmement large et rapide.

Je vous salue affectueusement (12).

BONAPARTE. {p.54}

Bulletin de l'armée de réserve.

Verceil, le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

. . . . . (13) . . . . .

Pendant ce temps-là, le général Murat achevait son pont sur la Sesia, passait cette rivière, se portait à Novare et prenait position le long de la rive droite du Tessin.

Le Premier Consul est arrivé ce matin à Verceil. Il serait difficile de se peindre la joie des Italiens de se voir délivrés du bâton autrichien.

Toutes les divisions de l'armée sont en grande marche et passeront demain la Sesia.

Le général Lannes a passé cette nuit la Dora-Baltea et se porte, par Crescentino (14) et Trino, sur Verceil.

Les Autrichiens avaient célébré, dans toutes les villes d'Italie, la prise de Nice; ils ne s'attendaient pas qu'elle leur serait si funeste. La consternation parmi eux est à son comble.

Les habitants de Milan entendaient aujourd'hui le canon de nos avant-postes. On assure que le quartier général de Mélas est encore aujourd'hui à Turin (15). {p.55}

Le général Carra-Saint-Cyr (16), au général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

Ivrée, le 30 prairial an 8 (30 mai 1800), à 6 heures du soir.

Il est 6 heures, mon cher Général, et je n'ai point encore de nouvelles du général Chabran ni de la demi-brigade, non plus que des hussards du 7e, et cela a lieu de surprendre. Si ces troupes n'arrivent point ce soir, il m'est impossible de sortir demain les 300 ou 400 hommes qu'il m'était prescrit de placer sur l'embranchement des trois routes qui se trouvent sur celle qui conduit de Chivasso à Crescentino. L'ordonnance chargé de remettre l'ordre du commandant du fort au général de division Lefèvre n'a point rempli sa mission, puisque cet ordre s'est trouvé ce matin entre les mains de l'officier du génie commandant du fort. Je l'ai envoyé par un gendarme à la 19e demi-brigade; je n'en ai point encore de nouvelles.

Le général Chabran avait envoyé ici un quartier-maître de la 69e (je crois) demi-brigade qui se trouve cantonné près Saint-Martin, pour demander des subsistances pour cette troupe, attendu qu'il se trouvait à Verrès dans la disette et qu'il éprouvait les plus grandes difficultés pour le transport; j'ai répondu ce que je devais. Mais depuis il vient d'arriver environ 350 quintaux de grains envoyés de Cherasco par la division; on nous en annonce encore. Jamais provisions ne sont arrivées plus à temps, car nous avions beaucoup de peine à approvisionner le fort tant pour les malades de la garnison et les troupes qui doivent m'arriver, ainsi que celles de passage. Dans tous les cas, je fais emmagasiner ces grains et ferai de même pour ceux qu'on annonce encore et j'attendrai les ordres du général en chef, mais j'observe que les ressources sont tellement épuisées tant ici que sur vos derrières, qu'il serait bien nécessaire que ces grains restassent à ma disposition pour ici et la partie de la division Chabran qui se trouve de ce côté de la montagne.

Je trépigne de ne voir arriver personne du général Chabran, cela peut faire entièrement manquer les dispositions du général en chef et je ne puis sous aucun rapport en être responsable.

Salut fraternel.

CARRA-SAINT-CYR.

P.-S. – Ci-joint une lettre pour le commissaire Dubreton (17). {p.56}

31 MAI

Murat passe le Tessin de vive force et chasse les Autrichiens du village de Turbigo, pendant que Duhesme commence à franchir la rivière à Porto-di-Buffalora.

Extrait du rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.

Le 11 (31 mai), le général Duhesme et l'adjudant général Paulet furent reconnaître les bords du Tessin ; l'adjoint Levavasseur fut chargé de rassembler des bateaux.

L'adjudant général Paulet, en ayant découvert plusieurs cachés derrière une île et sentant toute l'importance de cette prise, passa un bras du Tessin à la nage et ramena à ses camarades un petit bateau qui servit à chercher les autres.

Le général Duhesme apprenant dans ce moment le passage que faisait le général Murat à Galliate, essaya de détourner l'attention de l'ennemi en brusquant le sien vis-à-vis de Buffalora.

L'ennemi, fort de trois pièces de canon, défendit vigoureusement le passage; malgré sa résistance et un feu très vif, le général Duhesme réussit à faire passer quelques compagnies de carabiniers qui attaquèrent l'ennemi par son flanc, et le poursuivirent jusqu'à Buffalora.

Extrait du rapport des marches et opérations de la division Boudet.

Le 11, l'avant-garde du lieutenant général Murat se rendit à Galliate pour opérer le passage du Tessin. La première demi-brigade de ma division se porta au pont, en face de Porto-di-Buffalora, et ma seconde demi-brigade suivit, sous mes ordres, le mouvement de l'avant-garde du lieutenant général Murat.

L'ennemi, placé sur la rive opposée du Tessin en face de Galliate, était fort bien retranché et avait plusieurs pièces {p.57} d'artillerie. Le feu de mousqueterie s'engagea et l'ennemi appuya le sien d'une forte canonnade.

L'artillerie légère, composée seulement de deux pièces de 4 servie par les canonniers de la garde des consuls, vint se placer devant leur batterie, et, soutenue ensuite par deux pièces de ma division (18), elle obligea l'ennemi à lâcher. Ce mouvement, en outre de quelques corps d'infanterie placés sur des petites barques, le força de précipiter sa retraite. L'avant-garde eut alors une infinité d'obstacles à surmonter pour amener et porter à bras des bateaux; après quoi, elle passa peu à peu la rivière.

Pendant ce temps, l'ennemi qui venait d'évacuer la rive du Tessin reçut un renfort où se trouvait le général Loudon (19) en personne, et s'établit à Turbigo. Mais sa position, quoique formidable, fut bientôt enlevée par la division Monnier, qui formait l'avant-garde, et à laquelle s'étaient réunis les grenadiers de ma seconde demi-brigade qui avaient passé la rivière avec mon aide de camp Moreau. L'ennemi perdit dans cette action 700 hommes, dont 400 furent fait prisonniers. Le général Guénand, avec sa brigade, prit position en avant de Turbigo. Après avoir concouru avec ma deuxième demi-brigade à assurer le passage du Tessin, devant Galliate, je laissai ma troupe et me transportai en face de Porto-di-Buffalora, où était ma première demi-brigade sous les ordres du lieutenant (20) Duhesme, afin de faire exécuter le passage de ce côté. Mais l'ennemi avait coupé les ponts qui se trouvent sur les deux bras que forme la rivière dans cette partie; il avait aussi coulé tous les bateaux et l'on fut obligé d'en faire remonter quelques-uns de très loin. On se servit encore pour cette opération des nageurs de la 9e légère, qui l'exécutèrent avec beaucoup de zèle et de courage malgré la rapidité du courant et la perte d'un de leurs camarades qui se noya. On ne put passer dans la soirée qu'un détachement de 15 hommes qui se porta à Buffalora et en chassa un petit parti d'ennemis. {p.58}

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

11 prairial. – Passage du Tessin. – Division Murat. – Le 11, le lieutenant général Murat, à la tête de son avant-garde, quitte la position de Novare pour se porter à Galliate et de là sur le Tessin; et pour partager l'attention de l'ennemi il charge la division Boudet de l'inquiéter en avant de Favrolles (21) tandis qu'un autre corps de ses troupes doit en faire autant sur Oleggio.

Il approche donc le port de Turbigo avec partie de la division Monnier. Le pont volant était enlevé et l'ennemi placé de de manière à se défendre avec avantage sur la rive opposée; l'avant-garde du général Schilt est accueillie par une grêle de coups de canon, de mitraille et d'obus. Le général Murat fait mettre son artillerie en position pour attirer le feu de l'ennemi et favoriser ainsi la construction d'un pont volant à la place de celui qui avait été détruit; mais au premier coup de canon tous les bateliers disparaissent. Ce qui se trouvait de marins dans la 70e demi-brigade est appelé. Une compagnie de grenadiers est jetée sur une des îles du torrent, prend l'ennemi par le flanc et le force, avec l'appui d'une pièce de 8 placée sur les hauteurs, à abandonner le port.

Il fallait brusquer le passage avant que l'ennemi eût reçu deux bataillons de renfort qui lui arrivaient. Cependant on manquait de barques. Le zèle des soldats supplée à tout, et celles qui se trouvaient dans les canaux adjacents sont portées dans un instant sur le Tessin.

Les troupes commencent alors à passer, mais à peine 400 hommes ont atteint la rive gauche que l'ennemi, qui venait de recevoir son renfort, attaque à son tour et force les avant-postes à se replier.

11 prairial. – Combat de Turbigo. – Le lieutenant général Murat. – Alors l'adjudant général Girard (22), qui était passé {p.59} avec la première barque, réunit les grenadiers et marche en colonne serrée sur la cavalerie qui venait le charger, lui présente la bayonnette et l'oblige à la retraite. Le passage continuait à se faire, protégé par l'artillerie; l'ennemi acharné attaque le front du général Murat, et, recevant le même accueil que sur la gauche, il court se renfermer dans Turbigo, village couvert par le Naviglio, dont il voulait empêcher le passage. L'adjudant général Girard le poursuit la bayonnette dans les reins, s'empare du pont sur le Naviglio, s'y barricade et cherche à s'emparer du village, qu'il canonne avec une pièce de 4 dont il avait déjà perdu deux chevaux. Le général Schilt (23) arrive en ce moment et fait tourner le village;. l'ennemi veut opérer sa retraite par la porte de Favrolles, mais les troupes françaises avaient été postées si à propos qu'elles l'accablent par la fusillade la mieux nourrie et lui tuent plus de 300 hommes sur ce seul point.

En même temps le pont est franchi par le général Monnier, conduisant le surplus de la division à ses ordres; il s'empare du village à 10 heures du soir et l'épuisement seul des troupes empêche de poursuivre l'ennemi sur Favrolles.

Ainsi se termina cette affaire où l'on vit, de l'aveu de tous les déserteurs, 600 hommes lutter toute une journée contre 8,000 hommes commandés par le général Loudon qui avait, dit-on, juré d'obliger les Français à repasser le Tessin. Elle a coûté à l'ennemi 800 tués, 1200 blessés et un très grand nombre de prisonniers (24). {p.60}

Les plus grands éloges sont généralement dus aux troupes qui y ont coopéré, mais particulièrement à la 70e demi-brigade; le courage et les dispositions du général Schilt et de l'adjudant général Girard ont singulièrement contribué au succès.

Le citoyen Morin, l'un des aides de camp du général Dupont, chef de l'état-major général, y a été blessé. Ce jeune homme était parti le matin de Novare, par ordre du Premier Consul, pour aller faire une reconnaissance sur Casale; il y avait trouvé l'ennemi et s'était mesuré avec lui. En venant rendre compte de sa mission, il entend le canon de Turbigo; aussitôt il s'élance de l'autre côté du Tessin, se porte à l'attaque du village et reçoit au bras une profonde blessure, donnant ainsi deux fois dans une même journée la preuve de son dévouement et du zèle héroïque dont il est animé (25).

Bulletin de l'armée de réserve.

Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

Le général Murat est entré à Novare le 10 ; il s'est sur-le champ porté sur le Tessin. {p.61}

La légion italique s'est portée de Romagnano vis-à-vis Sesto.

Le général Duhesme, avec les divisions qui sont sous ses ordres, a pris position le long du Tessin.

Le Premier Consul est arrivé le 11, au matin, sur les bords du Tessin. L'ennemi montrait, sur la rive gauche de cette rivière, une grande quantité de cavalerie et quelques pièces de canon. Le général Murat fit établir une batterie et la canonnade s'engagea pendant une heure. L'ennemi avait retiré toutes les barques sur la rive gauche; mais les habitants du village de Galliate avaient caché quatre ou cinq petits bateaux qu'ils offrirent à l'armée. On s'en servit pour faire passer quelques compagnies de grenadiers dans une île, ce qui obligea l'ennemi à évacuer le point de la rive gauche où l'on voulait passer. En six heures de temps, on passa près de 1500 hommes et deux pièces de canon.

Le général Monnier prit position le long du Naviglio-Grande. Cependant l'ennemi, voyant le passage décidé, se portait de tous les côtés sur Turbigo. Plusieurs généraux ennemis y arrivèrent sur le soir.

L'ennemi essaya différentes charges de cavalerie qui ne lui réussirent pas.

L'adjudant général Girard s'est couvert de gloire.

A 8 heures du soir, le général Monnier attaqua le village de Turbigo, s'en empara après un combat assez vif, fit 200 prisonniers. Le village ayant été cerné, tout ce qui se trouva dedans fut massacré. On a compté près de 300 cadavres; c'étaient presque tous des cavaliers.

Le général Duhesme, s'étant procuré un petit bateau, fit passer à Buffalora quelques compagnies de carabiniers.

L'aide de camp chef de brigade Duroc est tombé dans le Tessin; il a été sur le point de périr. On est heureusement parvenu à le sauver.

Le général Turreau a eu, pendant les cinq premiers jours de la décade, des affaires assez vives avec l'ennemi. Il lui a {p.62} tenu en échec une quantité de troupes considérable. Il continue à manoeuvrer dans ses positions mitre Turin et Suze (26).

Par les dernières lettres arrivées de Nice, il parait que Mélas n'en est parti que le 1er prairial; que le 3 l'ennemi a attaqué, avec des forces considérables, le pont de Saint-Laurent-du-Var, où il a été vivement repoussé.

On passe à force le Tessin; le général Murat, avec l'avant-garde, est à Corbetta, à trois lieues de Milan (27).

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul (28).

Milan, le 14 prairial an 8 (3 juin 1800) (28).

Citoyen Consul,

J'ai à vous rendre compte des mouvements de l'armée depuis le 10 prairial, de ses opérations et des traits de bravoure par lesquels elle s'est distinguée.

Passage et combat du Tessin. – Le général Murat, parti de Novare le 10, s'est porté sur le Tessin qu'il avait ordre de passer. Il a disposé sa cavalerie de manière à inquiéter l'ennemi sur cette rivière, depuis le lac de Côme jusqu'au delà de Vigevano, tandis que la division Boudet, qui était à ses ordres, se présentait au port de Buffalora, où l'ennemi avait retiré son pont de bateaux et dont le passage était défendu par quelques pièces de canon. J'avais dirigé cette division sur Vigevano.

Le général Murat fit des dispositions dont le but était de persuader à l'ennemi que son intention était de passer le Tessin près d'Oleggio. Instruit qu'il y avait quelques bateaux cachés dans un petit bras du Tessin, il ordonna à son artillerie, à une partie de la cavalerie et à la 70e demi-brigade de se présenter au port de Galliate pour surprendre ce passage. {p.63}

Le 11, à la pointe du jour, la 70e était au port de Galliate, que l'ennemi défendait avec deux obusiers et trois pièces de 11 qui faisaient un feu de mitraille très vif. Le général Murat mit son artillerie en position et riposta avec la même vivacité. Pendant ce temps, la 70e enlevait les barques qui se trouvaient dans le petit bras du Tessin. Les soldats portèrent ces barques sur leurs épaules et parvinrent à les transporter sur l'autre bras de la rivière, à travers une. grêle de mitraille. D'après l'ordre qu'ils en avaient reçu, les grenadiers, ayant de l'eau jusqu'à l'estomac, gagnèrent une île boisée d'où l'on pouvait faire un feu de mousqueterie avantageux. Le général Murat fit approcher son artillerie pour prendre en flanc celle de l'ennemi. Sous la protection de ce feu et à l'aide de deux bateaux, il passa de vive force et obligea l'ennemi à retirer son artillerie. Plusieurs petits bateaux, ramassés à la rive opposée, donnent les moyens de passer un bataillon qui charge aussitôt la cavalerie ennemie à travers les broussailles et protège le passage de la demi-brigade.

Le chef de brigade Duroc a manqué de se noyer (29).

L'adjudant général Girard était passé avec les premières troupes.

L'ennemi fait prendre à son artillerie plusieurs positions d'où il cherche à inquiéter le passage. Il se reploie ensuite dans le village de Turbigo, où il reçoit des renforts considérables commandés par le général Loudon en personne.

L'adjudant général Girard s'empare du pont en avant de Turbigo, et s'oppose aux sorties que la cavalerie ennemie voulait faire sur notre infanterie. La nuit approchait. Le général Murat, sentant l'importance de chasser l'ennemi de sa position, ordonne au général Monnier d'attaquer de vive force Turbigo. Ce général, accompagné du général cisalpin (30) Pino, attaque avec impétuosité et emporte le village à la baïonnette, après une défense opiniâtre. Il tue à l'ennemi 200 hommes et lui fait 400 prisonniers.

Nous avons eu de notre côté 15 hommes tués et 50 blessés. Parmi les premiers se trouvent les citoyens Voton, Laplace et Lagzet, capitaines de la 70e demi-brigade. Ce corps a montré {p.64} dans cette action une bravoure digne d'éloges (31). Le citoyen Morin, aide de camp du général Dupont, a reçu une blessure au bras.

Le général Murat se porte ensuite sur Buffalora, que ce mouvement oblige l'ennemi d'évacuer. Le général Duhesme fait passer dans un petit bateau quelques hommes de la division Boudet, tandis que le général Vignolle se porte de l'autre côté et s'empare des bateaux du pont que l'ennemi avait reployés et coulés au moment de sa fuite.

On s'occupe pendant la nuit à construire des ponts volants. L'adjudant. général Berthier, employé à l'avant-garde du général Murat, s'est distingué par son activité et a rendu de grands services. . . . .

Alex. BERTHIER (32).

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Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Milan, le 14 prairial an 8 (3 juin 1800).

Citoyen Ministre,

L'armée a marché le 10 prairial d'Ivrée sur Verceil (33); elle y a trouvé un pont que le général Murat avait fait établir sur la Sesia, après avoir chassé des bords de cette rivière le corps ennemi qui en gardait le passage. Le quartier général s'est rendu le 11 à Novare, et l'intention du général en chef étant de passer le Tessin le lendemain (34), les dispositions relatives à cette opération importante ont été faites avec la rapidité qui a caractérisé tous les mouvements de l'armée depuis le départ du quartier général de Dijon.

Pour partager l'attention de l'ennemi, les troupes aux ordres du général Murat se sont divisées et se sont portées sur le Tessin par les routes qui conduisent de Novare à Turbigo et à Buffalora. Les ponts étaient coupés et l'ennemi était placé de manière à pouvoir se défendre avec avantage sur la rive opposée. Le passage de vive force à Turbigo ayant été résolu, des feux d'artillerie et de mousqueterie ont été établis avec une telle précision que l'ennemi a {p.65} été forcé, en peu de temps, d'évacuer ses positions et de se replier sur le village de Turbigo. On n'avait pu rassembler que quatre ou cinq barques, et avec ces faibles moyens de passage, nos troupes. s'élancent de l'autre côté de cette rivière, qui est un large torrent, et à mesure qu'elles se grossissent, elles poussent les Autrichiens devant elles. On jette un pont volant, et pendant que les différents corps effectuent leur passage, le général Monnier attaque le village de Turbigo, que le général Loudon défendait avec opiniâtreté et qui était occupé par un corps nombreux. Sa possession nous était nécessaire pour faciliter le passage de Buffalora, en prenant ce point à revers, et pour être maîtres de la Naville (35). Une fusillade très vive s'y était engagée depuis longtemps; le général Monnier se décide à forcer l'entrée du village à la baïonnette, et il manoeuvre en même temps pour couper la retraite aux ennemis: alors la terreur s'en empare, ils fuient en désordre, et malgré l'obscurité (il était 10 heures du soir) on leur fait une centaine de prisonniers. La 70e demi-brigade a eu à combattre des forces très supérieures, et c'est à elle que nous devons ce succès. L'adjudant général Girard et le citoyen Molly, aide de camp du général Monnier, ont mérité des éloges de ce général. Le citoyen Morin, mon aide de camp a été blessé dans cette action. La perte de l'ennemi en tués ou blessés a été considérable.

Dans la nuit du 12 au 13 (36), le général Murat s'est porté sur Buffalora et on y a rétabli le pont volant qui avait été détruit. L'armée a filé avec une telle célérité que, dans la journée du 13, elle était tout entière, avec son artillerie et ses bagages, sur la rive gauche du Tessin (37). Le Premier Consul et le général en chef Berthier l'ont traversé le 13, sur le pont de Buffalora; ils s'étaient trouvés la veille à Turbigo, au moment où le général Loudon, encouragé par les renforts qu'il avait reçus, ranima le combat et tenta vainement de reprendre le rivage que nous lui avions enlevé.

La position des armées respectives rend ce passage très remarquable; les difficultés qu'il a fallu vaincre pour l'opérer, et les avantages qu'il nous assure en nous livrant la Lombardie, lui donnent le plus grand prix.

. . . . .

. . . . .

DUPONT (38).

Extrait de la Revue militaire autrichienne.

Vukassevich n'avait pas de temps à perdre s'il voulait empêcher l'ennemi de passer le Tessin. Le 31, au matin, il mit toutes ses troupes en marche vers {p.66} Buffalora. Murat, dès l'aube, était parti de Novare vers Galliate, afin de passer le fleuve à Turbigo.

Tous les bateaux de l'Agogna et de la Sesia, qu'il pouvait utiliser, suivirent les troupes sur des voitures. Lorsque son avant-garde arriva sur la rive du Tessin, le général Festenberg l'accueillit avec une vive canonnade. Tandis que Murat ripostait vigoureusement, il fit en même temps monter sur les bateaux quelques compagnies de grenadiers avec un canon et les dirigea sur une île d'où ils purent enfiler les canons autrichiens. La cavalerie ne pouvait faire grande besogne sur la rive couverte de buissons et les grenadiers français purent ainsi atteindre la rive gauche du Tessin. Murat employa tous ses bateaux pour passer ses troupes sur l'autre rive. L'avant-garde du général Loudon abandonna alors Turbigo et se dirigea vers Castano. Le général survint en ce moment, fit rebrousser chemin à ses troupes et par une attaque rapide s'empara de nouveau de Turbigo. Les grenadiers français furent rejetés avec une perte de plus de 100 hommes au delà du Naviglio-Grande jusqu'au Tessin où déjà plus de 2,000 Français, qui avaient passé le fleuve, se trouvaient rangés en ordre de bataille. Le général Loudon posta sa brigade derrière le Naviglio, dont Murat donna l'ordre de prendre le pont d'assaut. Le général Monnier à la tête de quatre demi-brigades (39) s'avança contre la position autrichienne. Après un vif bombardement des obusiers français, les grenadiers s'élancèrent à la baïonnette. Le bataillon léger de Trautenberg et les chasseurs de Le Loup, renforcés par les dragons à pied du régiment de Wurtenberg (40) repoussèrent héroïquement les assauts renouvelés des Français renforcés de troupes fraîches, et poursuivirent l'ennemi jusqu'à la position de ses réserves. Ensuite ils reprirent leur position derrière le Naviglio. Murat la fit attaquer encore une fois, mais tous les efforts des trois divisions de l'armée, qui avaient passé le fleuve, restèrent inutiles. Les Français ne purent pas même gagner assez de terrain pour permettre aux troupes qui attendaient sur l'autre rive de venir se mettre en position de ce côté. C'est {p.67} pourquoi le passage du fleuve ne put être terminé et le projet de Murat d'atteindre Milan ce jour-là même fut déjoué.

Le feld-maréchal lieutenant Vukassevich, qui était resté maître de sa position, jusque tard dans la nuit et qui, avec ses 5,346 hommes (41), avait ainsi glorieusement défendu le passage du Naviglio contre 12,000 Français (42), envoya pendant le combat deux bataillons pour renforcer la citadelle de Milan. A minuit, il battit en retraite vers cette ville où il arriva le 1er juin au matin (43).

* * *

Pendant que les premières fractions de l'armée forcent le passage du Tessin, les dernières divisions se rapprochent de cette rivière et la liaison se fait au nord avec Lechi et Bethencourt, pendant qu'au sud Lannes se dirige de Chivasso sur Verceil (44).

L'arrivée de l'armée sur le Tessin, la présence de la légion italique à Romagnano le 30 mai (45), sa marche le 31 mai vers Sesto (46), et l'occupation de Domodossolo par Bethencourt dès le 29 mai (47), permettent de faire passer la ligne d'opérations par le Simplon et d'éviter ainsi le fort de Bard (48). {p.68}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Novare, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

Vous avez dû donner l'ordre au général Victor de se porter en avant de Pernate. Donnez l'ordre au général Harville que toutes les troupes à cheval se rendent sur le Tessin, en passant par Galliate (49).

Nommez un commandant à Novare et 100 hommes de la 96e.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Bethencourt.

Novare, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

D'après les ordres que vous aviez reçus du Premier Consul, je croyais vous trouver sur le Tessin que nous passons dans ce moment. Vous voudrez bien, aussitôt après la réception du présent ordre, vous rendre devant la citadelle d'Arona, qui est bloquée par la légion italienne commandée par le général Lechi, et de là vous mettre en communication avec l'armée qui passe le Tessin.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Novare, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

Envoyez vos ordres par duplicata à Saint-Maurice, pour faire passer, aussitôt après la réception de votre ordre, tous les courriers de l'armée par le Simplon, même ceux du Premier Consul, cette route étant désormais la ligne de direction de l'armée.

Vous donnerez également l'ordre, par duplicata, de faire filer tous les biscuits qui, de Villeneuve, arriveraient à Saint-Maurice, et jusqu'à concurrence de 200,000 rations sur Brieg, {p.69} où ils resteront en dépôt; vous donnerez le même ordre pour 500,000 cartouches.

Donnez l'ordre à l'ordonnateur en chef de faire établir à Novare un hôpital sur lequel on fera évacuer, dans la journée du 13, la partie des soldats légèrement blessés qui se trouveraient dans la citadelle d'Ivrée.

Donnez l'ordre au général commandant à Ivrée de prendre pour ligne de communication avec l'armée, Ivrée, Biella, Masserano, Romagnano et Novare; cette route est préférable parce qu'elle est plus sûre, plus loin du Pô et à l'abri des incursions de la cavalerie ennemie. Il faudra, en conséquence, établir quelques postes de communication par cette route.

Alex. BERTHIER.

Je vous prie de faire passer l'ordre ci-joint au général Bethencourt (50) à Domodossola et l'autre au général Lechi (51) soit devant Sesto à la rive droite du Tessin, soit à Romagnano.

Note sur la place de Novare.

A Novare, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

La place de Novare est un décagone bastionné assez régulièrement.

Les remparts prennent presque partoat un assez grand commandement sur la campagne environnante, qui est une plaine presque sans inégalités. Une fausse braye accompagne presque toute l'enceinte. Les faces des bastions sont de bonnes dimensions. Plusieurs bastions ont de doubles flancs; quelques uns en ont jusqu'à trois étages; quelques courtines sont brisées.

Sur les dix fronts qui composent l'enceinte, sept sont revêtus. Les trois autres, qui sont à terre coulante, pourraient recevoir quelque défense d'un ruisseau qui coule dans les fossés; ses eaux pourraient être retenues par des batardeaux qu'il faudrait ou réparer ou construire.

Il y a dans l'intérieur un château ancien, qui est un carré bastionné; on vient d'y faire des réparations assez considérables dont j'ignore l'objet. Ce château, vu son peu de capacité par rapport à la place, ne pourrait jouer le rôle d'une citadelle.

Les ponts-levis des quatre portes sont en bon état.

Un ruisseau assez considérable entre dans les fossés de la place, se sépare en deux branches à son entrée; une des branches parcourt une partie des fossés, l'autre branche parcourt l'autre partie; l'une et l'autre branche se {p.70} réunissent en sortant des fossés de la place. J'ai déjà dit que ce fossé pourrait être utilisé pour la défense des trois fronts qui ne sont pas revêtus; mais il m'a semblé que les eaux pourraient en être détournées.

Chacun des dix fronts de la place a sa demi-lune; l'un d'eux en a deux; un autre est armé d'une contre-garde. Une partie de ces demi-lunes est revêtue, l'autre est à terre coulante. Ces ouvrages sont sans capacité et sans saillie, de sorte que la place peut être considérée comme n'ayant qu'une seule enceinte.

Les chemins couverts sont ce qu'ils doivent être, et en assez bon état. Ils ne sont point palissadés.

Il serait difficile de défendre Novare avec moins de cinq mille hommes de garnison, cinquante bouches à feu et les approvisionnements de guerre et de bouche qui s'ensuivent.

Après avoir accommodé cette place, je pense que c'est porter sa défense au maximum que de l'évaluer à douze ou quinze jours de tranchée ouverte.

Il paraît donc que la résistance que l'on pourrait espérer de Novare, n'équivaudrait pas à la perte de sa garnison et aux dépenses que nécessiteraient ses fortifications et ses approvisionnements de toute espèce.

MARESCOT.

(Livre d'ordres du général Marescot. – Archives du Génie.)

* * *

Les renseignements reçus ne font pressentir que des mouvements peu importants de l'armée autrichienne sur la rive droite du Pô, entre Turin et Valenza. Il paraît probable que Mélas ne songe pas à franchir ce fleuve et à prendre l'offensive par la rive gauche, mais qu'il réunit son armée vers Alexandrie.

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Kellermann, général de brigade, au général Dupont, chef de l'état-major (52).

Pezzana, sur la route de Verceil à Casale (53), le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

Mon Général,

Votre aide de camp vous aura déjà rendu compte d'une partie des renseignements que j'ai obtenus. {p.71}

L'ennemi a indubitablement très peu de forces à Casale ; de ce côté du Pô, une pièce de canon avec 50 hommes, tant cavalerie qu'infanterie, derrière un petit épaulement. Il a réuni sur la rive droite tous les ponts volants des environs au nombre de cinq; comme ils sont faits de deux bateaux attachés ensemble, votre aide de camp a cru qu'il y en avait dix. Tous les rapports s'accordent à confirmer que l'ennemi a peu de troupes sur le Pô et qu'il réunit tout sous Alexandrie (54).

Un patriote piémontais, qui passa hier à Valenza et ce {p.72} matin à Casale, a assuré qu'il y avait très peu de monde dans l'une et l'autre de ces places.

J'ai poussé moi-même une reconnaissance jusque sur le bord du fleuve; j'ai essuyé huit à dix coups de canon tirés partie du retranchement, partie de la rive droite, mais je n'ai pas vu la moindre disposition qui annonçât dans l'ennemi le dessein de passer le Pô, pas même celui de nous inquiéter. Ce qui est de ce côté-ci de l'eau n'ose s'éloigner à quatre pas.

J'ai envoyé à Trino au-devant de Lannes et n'ai pu avoir de ses nouvelles (55). Il y a deux jours que l'ennemi en était parti; depuis huit jours qu'il s'est retiré à Casale, il n'a pas même envoyé une reconnaissance à Villanova. J'attends avec impatience le moment de rejoindre ma colonne.

Salut et respect.

KELLERMANN (56).

Le citoyen Cavalli, au Premier Consul de la République française.

Verceil, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800), à midi.

Les renseignements, que je me suis procuré des personnes qui arrivent des environs de Casale, m'ont appris:

1° Que dans les redoutes des Autrichiens sur la gauche du Pô, en face du château, il y a 4 pièces de canon de petit calibre, et environ 200 hommes qui les gardent. Entre le grand canal du Pô et la Castagna, il y a des postes avancés et des vedettes;

2° Il est sûr que le pont commencé par les Autrichiens a été défait; mais il paraît qu'on n'a pas renoncé entièrement à l'idée de le recommencer, puisqu'ils ont retenu sous la protection du château les barques nécessaires;

3° Dans la ville il y a une garnison peu forte: elle ne dépasse pas 600 hommes il ce qu'il parait; mais on disait qu'il devait y arriver des renforts; {p.73}

4° On disait de même à Casa le qu'il y avait un grand nombre de cavalerie du côté de Valenza et qu'il régnait dans cette dernière ville une très grande confusion occasionnée par la retraite des Autrichiens qui étaient sur la rive gauche du Pô et par l'encombrement des magasins qu'on y avait transportés avant de couper le pont;

5° Enfin, on ne laissait sortir personne de la ville et pas même entrer que ceux qui portaient des denrées, circonstance qui aura rendu très difficile l'expédition que j'y ai faite, mon message n'étant point encore arrivé.

Ayant informé le commandant de Verceil de cet état de choses, il a approuvé mon idée d'envoyer un détachement à Stroppiana et à Caresana, d'où ils pourront pousser des reconnaissances jusqu'à Villanova et recueillir les renseignements qui leur seront fournis par les habitants. Ils auront avec eux des hommes sûrs par lesquels on informera le commandant de tout ce qui se passe.

Une personne sûre, arrivée de Turin, apporte les nouvelles suivantes: le général Mélas en était parti la nuit du 9 pour Alexandrie en prenant la route d'Asti; on a ôté tous les canons de la ville, et on les a transportés dans la citadelle; les avant-postes autrichiens sont à Settimo; le conseil suprême de gouvernement a été chargé d'injures par le peuple au moment qu'il se portait à rendre visite au général Mélas ; la ville est dans une grande fermentation.

A 3 heures après-midi.

L'exprès est arrivé de Casale : il n'a pu entrer dans la ville, mais il a établi une communication par le moyen d'un de mes laboureurs. Il confirme, du reste, les nouvelles ci-dessus, en portant cependant le nombre des ennemis qui sont sur la rive droite à plus de deux mille hommes. J'aurai demain un exprès envoyé de chez moi et je ne manquerai pas de vous informer des rapports qu'il me fera.

Salut et respect.

J. CAVALLI.

Le général Carra-Saint-Cyr, commandant à Ivrée. au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve.

Ivrée, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

Général,

Au lieu d'une demi-brigade qui devait m'arriver de la division du général Chabran, je n'ai eu hier au soir, à dix heures, qu'un bataillon de la 85e d'Orient (57) de la force de cinq cents hommes, tous conscrits, avec quatre-vingts chasseurs à cheval du 7e. Vous savez, Général, que la 12e est tout au plus forte de quatre cents hommes (58); malgré ce petit nombre de troupes à ma disposition, j'avais cependant résolu ce matin, afin de me conformer en tout point à vos instructions, de porter sur l'embranchement des trois routes indiquées, trois cents hommes de la 85e, de placer sur les hauteurs en avant {p.74} de la ville, trois cents hommes de la 12e, et, avec les trois cents hommes restant, de faire le service de la place et du fort jusqu'au moment où les circonstances m'auraient forcé de jeter dans ce dernier la garnison dont vous avez déterminé la force. Mais en me rendant en personne ce matin pour aller reconnaître le terrain et la troupe que les trois cents hommes devaient remplacer, j'ai rencontré deux ordonnances du 12e (59) envoyés par le général qui commande en avant de Crescentino, qui m'ont appris qu'un fort détachement de la cavalerie ennemie avait passé la rivière, que ses avant-postes étaient en face de ceux du 12e hussards et de ceux de la demi-brigade (60). Alors j'ai pensé que ne pouvant pas, par le manque de troupes, exécuter en tout point vos instructions, je me suis occupé des plus importants et surtout n'ayant à opposer à la cavalerie que trois cents conscrits qui, quoique braves et très dévoués, n'ont point encore vu le feu et savent à peine manier leurs armes, j'ai donc pris pris le parti de placer conformément à vos intentions la 12e de ligne sur les hauteurs, 200 hommes de la 85e dans le fort et le restant dans la ville pour s'y jeter au premier ordre, si j'y suis forcé. Tous les malades les plus impotents sont transférés déjà au fort, mais comme le nombre en augmente chaque jour et qu'il ne peut pas les contenir tous, en cas de nécessité le surplus serait évacué sur les derrières comme l'on pourra.

Quelques soins que j'y mette, les approvisionnements sont toujours fort lents à s'opérer. Le commissaire des guerres, que l'on m'avait annoncé devoir arriver d'Aoste, n'est point encore ici; il me manque beaucoup. J'ai demandé au général Chabran de mettre encore à ma disposition un autre bataillon; s'il peut acquiescer à ma demande, alors je le porterai tout entier sur le point qui m'a été indiqué afin de tâcher de m'y maintenir contre l'ennemi, car on ne peut pas mettre en doute l'importance de ce poste.

Salut et respect.

CARRA SAINT-CYR.

Rapport d'un déserteur,

12 prairial an 8 (1er juin 1800).

François Grapin (français), déserteur du régiment de Brême (Suisse), depuis trois jours.

Cet homme faisait partie de la 25e demi-brigade légère; il a été fait prisonnier dans les environs de Gênes, il y a environ un mois, et est entré de suite dans le régiment de l'archevêque Joseph, 7e régiment Vallons, d'où il est passé dans celui de Brême.

Lorsqu'il a quitté son régiment, il était alors composé à peu près de 300 hommes, dont un tiers de Français, lesquels, suivant la déclaration du déserteur, ont presque tous déserté. Le régiment était situé à 9 milles de Voghera. Le déclarant n'a vu sur la route, qu'il a tenue, que des détachements de cavalerie peu considérables, notamment du régiment de Bussy. {p.75}

1er JUIN

Murat et Boudet achèvent le passage du Tessin et se portent sur la route de Milan. On n'a pas encore de nouvelles de Moncey.

Le lieutenant général Murat, au général Moncey, lieutenant général commandant la colonne du Saint-Gothard (61).

Buffalora, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

Je m'empresse de vous annoncer, citoyen Général, que l'avant-garde de l'armée a effectué hier le passage du Tessin, en avant de Turbigo, et qu'elle a complètement battu l'ennemi dans ce village; ce matin elle a marché sur Buffalora où elle se réunira, étant obligée de passer toutes les troupes sur de petites barques; néanmoins, dès que j'aurai un peu de cavalerie, je marcherai sur Milan. Comme je présume que mon mouvement, c'est-à-dire le passage du Tessin, aura forcé l'ennemi à abandonner ses positions sur Varèse, Arona et Sesto, je vous adresse avec confiance ma lettre à Varèse, persuadé que votre avant-garde a dû y arriver hier au soir ou ce matin (62).

Je vous ai déjà écrit trois ou quatre fois, il me tarde beaucoup de vous donner la main. L'ennemi est en pleine retraite sur Milan, on croit même sur Pavie; alors il est sûr qu'il se jette derrière le Pô.

On assure que Masséna est débloqué.

Salut et fraternité.

J. MURAT. {p.76}

La légion italique est dans ce moment à Varallo-Piombia; elle a dû reconnaître Arona. Nous n'avons aucune nouvelle de Bethencourt, qui naturellement doit se réunir à nous sans obstacle (63).

César Berthier, adjudant-général, chef de l'état-major (64), au général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

Devant le Tessin, le l2 prairial an 8 (1er juin 1800) (65).

J'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen Général, que d'après les instructions du général en chef, le lieutenant général Murat vient de donner les ordres pour que le 2e régiment de chasseurs et le 8e de dragons passent de suite le Tessin, ainsi que le 15e de chasseurs et le 9e de dragons qui se trouvaient le premier à Cameri, le second à Bellinzago. Ils seront remplacés par 150 hommes que le général Harville est chargé d'envoyer dans ces villages.

Le passage s'effectue, mais bien lentement. Le général Murat a passé la nuit sur le bord de la rivière; il va passer le fleuve dans une demi-heure (66). Il est essentiel qu'il soit remplacé par un général pour activer le passage. Comment se fait-il qu'il n'y ait pas encore au moins un pont volant à Buffalora.

Salut et respect.

César BERTHIER. {p.77}

Extrait du rapport des marches et opérations de la division Boudet.

Le 12, le restant de la 9e légère passa le Tessin et rejoignit à Buffalora, ainsi que ma deuxième demi-brigade qui venait de Turbigo.

Le soir, ayant eu l'ordre de me rendre au lieutenant général Murat, ma division suivit son avant-garde et vint prendre position en avant de Corbetta, sur la route de Milan.

Extrait du journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.

12 prairial. – Évacuation de Buffalora. – Le 12, à 3 heures du matin et immédiatement après l'occupation de Turbigo, le général Monnier se porte sur Buffalora et y arrive au moment où l'ennemi venait de l'évacuer. Le général Murat le rejoignit le même jour, fit rétablir le pont volant et continua sa marche sur Milan. L'armée a filé avec une telle célérité, par les soins des adjudants généraux Léopold Stabenrath et Dampierre, chargés tous deux par le général en chef de diriger ce mouvement aux ports de Turbigo et de Buffalora, que dans la journée du 13 elle était tout entière de l'autre côté du Tessin (67).

. . . . .

Le lieutenant général Murat manoeuvrait en même temps de manière à favoriser le mouvement du général Lechi sur Varese.

Sa cavalerie s'avançait de Turbigo par Inveruno sur Sedriano, tandis qu'il marchait en personne de Buffalora sur {p.78} le même point, dans l'espoir de charger l'arrière-garde de l'ennemi repoussé des bords du Tessin (68).

* * *

Loison, Chambarlhac et la cavalerie passent le Tessin avec de grandes difficultés, pendant que Lannes arrive à Verceil.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

Je vous préviens, citoyen Général, que j'ordonne au général Victor de passer demain le Tessin, pour se rendre à Pavie; il aura avec lui le général Harville, avec toute la grosse cavalerie.

J'ai ordonné au général Lannes de partir demain pour se rendre à Pavie, en passant par Mortara (69) ; je lui ai donné l'ordre de laisser 100 hommes pour la garnison de Verceil.

J'ai ordonné que les dragons, chasseurs et hussards rejoignissent le général Murat. Ordonnez qu'il reste 100 hommes, des moins en état de marcher de la division Chambarlhac, pour être aux ordres du commandant de la place de Novare; il fournira 25 hommes au corps de garde du passage de Buffalora.

Donnez l'ordre pour que le quartier général parte demain dans la journée, et se rende à Buffalora; donnez tous les {p.79} ordres en conséquence et prévenez l'ordonnateur en chef des différents mouvements.

Prenez lecture des différents ordres et faites les porter aux généraux par des officiers d'état-major général, qui suivront les mouvements des généraux et ne vous rejoindront que demain dans la nuit. Faites donner deux gendarmes d'escorte à chacun de ces officiers.

Vous sentez combien il est important que ces ordres parviennent promptement et sûrement.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

Envoyez sur-le-champ un adjoint au passage de Galliate pour dire à l'adjudant général Léopold (70) de faire passer le plus de cavalerie qu'il pourra pendant toute la nuit. Envoyez un autre adjoint au port de Buffalora, pour faire passer le plus promptement possible toute la division Loison pendant la nuit. Envoyez un ordre par écrit au général Duhesme pour le passage de la division Loison (71).

Alex. BERTHIER.

Le général Vignolle, au général Dupont, à Novare.

Des bords du Tessin, rive droite, vis-à-vis Buffalora,
le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

J'apprends, mon cher Général, qu'un de vos aides de camp a été blessé hier. J'ignore lequel des deux, mais je désire bien vivement que ce ne soit point grièvement. Faites-moi l'amitié de me tirer de peine à cet égard.

Je fais ce que je puis pour l'établissement de nos barques. Toute notre infanterie est de l'autre côté; mais, pour la construction d'un pont, il faudra quelque officier d'artillerie ou {p.80} du génie. Je tâche de ramasser tous les matériaux nécessaires; avec quelques louis j'eûs trouvé des ouvriers intelligents et de la meilleure volonté.

Toute la division destinée à passer le Tessin de ce côté l'aurait passé hier, si on eût fait les dispositions que j'ai prises cette nuit et que je continue; il y a eu beaucoup trop d'insouciance de la part de ceux que cela regardait particulièrement. Il n'y a point encore d'officier du génie ; tous les généraux se plaignent de la manière dont servent ces officiers dans les divisions où il s'en trouve.

Je vous embrasse, mon cher Général, et c'est bien du meilleur de mon coeur.

VIGNOLLE.

J'écris au général en chef que je resterai à Buffalora auprès du général Murat, jusqu'à ce qu'il juge à propos de me donner des ordres.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

Donnez l'ordre à la 19e légère de partir sur-le-champ avec ses vivres pour passer le Tessin et rejoindre la division du général Monnier.

Alex. BERTHIER.

Écrivez au général Marescot pour qu'il envoie un ingénieur, quelques ouvriers et quelques sapeurs au général Duhesme, afin d'arranger les pontons.

Pour mettre à l'ordre du jour.

Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

L'armée est prévenue qu'il ne doit être fait aucune espèce de réquisition pour le service des vivres et transports de l'armée, des hôpitaux, que par l'ordonnateur en chef et par les commissaires des guerres des divisions, lorsqu'elles sont séparées, à plus d'une lieue, du quartier général. Quant aux réquisitions relatives au service de l'artillerie, du génie et marchés de l'armée, c'est le chef de l'état-major général qui doit les faire sur les demandes du commandant de l'artillerie et du génie; il est expressément défendu à qui que {p.81} ce soit le faire des réquisitions partielles et les autorités du pays seront prévenues qu'elles n'auront égard qu'à celles faites ainsi qu'il est dit ci-dessus. Il est ordonné au général chef de l'état-major, à l'ordonnateur en chef et aux commissaires des guerres des différentes divisions, d'adresser tous les jours au général en chef une note des réquisitions qu'ils auront été obligés de faire soit pour les subsistances, soit pour les transports ou autres objets. Il est ordonné aux généraux de division de tenir strictement la main à l'exécution des présentes dispositions qui tendent à prévenir les dilapidations et assurer la subsistance de l'armée.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, au Ministre de la guerre.

Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

Le général Berthier, citoyen Ministre, a fait passer hier le Tessin (72). Vous connaissez sa rapidité et sa largeur; une nombreuse cavalerie en défendait le passage, et nos pontonniers ne sont pas encore arrivés. On passe toute la journée (73).

Mélas est parti le 10, à 1 heure du matin, de Turin pour se rendre à Alexandrie (74).

Nous allons bientôt être établis à Milan, nos derrières appuyés au Gothard et au Simplon.

Je vous salue.

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au général Lannes (75).

Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

Mon courrier, qui part pour Paris, ayant des dépêches très importantes, je vous prie de le faire escorter jusqu'à Ivrée.

Nous avons passé le Tessin vis-à-vis Galliate. Le général {p.82}

Monnier a eu un assez beau combat à Turbigo. Il a fait 300 prisonniers et tué beaucoup de cavalerie ennemie. Le général Murat est au delà du Tessin, avec 4,000 hommes et 2 ou 300 hommes de cavalerie. On passe toute la journée. Murat est avec l'avant-garde à mi-chemin de Milan.

Rendez-vous le plus tôt possible à Mortara et poussez vos avant-postes sur Pavie, où vous recevrez probablement ordre de vous rendre.

Faites-moi connaître l'heure à laquelle vous arriverez à Mortara (76).

BONAPARTE.

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    {p.49}
  1. On tient, d'une façon absolue, à éviter dans cet ouvrage toute discussion stratégique et à laisser le lecteur se former lui-même son opinion. A titre de document, il semble utile de citer ici la discussion faite par Napoléon à Sainte-Hélène en faveur de son plan de campagne de 1800.

    « Le quartier général de l'armée autrichienne était à Turin ; mais la moitié des forces ennemies était devant Gênes et l'autre moitié était supposée et était effectivement en chemin pour venir, par le col de Tende, renforcer les corps qui étaient à Turin. Dans cette circonstance, quel parti prendra le Premier Consul? Marchera-t-il sur Turin pour en chasser Mélas, se réunir avec Turreau, et se trouver ainsi assuré de ses communications avec la France et avec ses arsenaux de Grenoble et de Briançon? Jettera-t-il un pont à Chivasso, profitant des barques que la fortune a fait tomber en son pouvoir, et se dirigera-t-il à tire d'aile sur Gênes pour débloquer cette place importante? ou bien, laissant Mélas sur ses derrières, passera-t-il la Sesia, le Tessin, pour se porter sur Milan et sur l'Adda, faire sa jonction avec le corps de Moncey, composé de 15,000 hommes qui venait de l'armée du Rhin et qui avait débouché par le Saint-Gothard?

    « De ces trois partis, le premier était contraire aux vrais principes de la guerre, puisque Mélas avait des forces assez considérables avec lui. L'armée française courait donc la {p.50} chance de livrer une bataille, n'ayant pas de retraite assurée, le fort de Bard n'étant pas encore pris. D'ailleurs, si Mélas abandonnait Turin et se portait sur Alexandrie, la campagne était manquée; chaque armée se trouvait dans une position naturelle, l'armée française appuyée au mont Blanc et au Dauphiné, et celle de Mélas aurait eu sa gauche à Gênes et, derrière elle, les places de Mantoue, Plaisance et Milan.

    « Le deuxième parti ne paraissait pas praticable. Comment s'aventurer au milieu d'une armée aussi puissante que l'armée autrichienne, entre le Pô et Gênes, sans avoir aucune ligne d'opération, aucune retraite assurée?

    « Le troisième parti, au contraire, offrait tous les avantages. L'armée française maîtresse de Milan, on s'emparait de tous les magasins, de tous les dépôts, de tous les hôpitaux de l'armée ennemie; on se joignait à la gauche, que commandait le général Moncey; on avait une retraite assurée par le Simplon et le Saint-Gothard. Le Simplon conduisait sur le Valais et sur Sion, où l'on avait dirigé tous les magasins de vivres pour l'armée. Le Saint-Gothard conduisait sur la Suisse, dont nous étions en possession depuis deux ans et que couvrait l'armée du Rhin, alors sur l'Iller. Dans cette position, le général français pouvait agir selon sa volonté. Mélas marchait-il avec son armée réunie de Turin sur la Sesia et le Tessin, l'armée française pouvait lui livrer bataille avec l'immense avantage que, si elle était victorieuse, Mélas, sans retraite, serait poursuivi et jeté en Savoie, et, dans le cas où l'armée française serait battue, elle se retirait par le Simplon et le Saint-Gothard. Si Mélas, comme il était naturel de le supposer, se dirigeait sur Alexandrie pour s'y réunir à l'armée qui venait de Gênes, on pouvait espérer, en se portant à sa rencontre en passant le Pô, de le prévenir et de lui livrer bataille, l'armée française ayant ses derrières assurés sur le fleuve et Milan, le Simplon et le Saint-Gothard; tandis que l'armée autrichienne, ayant sa retraite coupée et n'ayant aucune communication avec Mantoue et l'Autriche, serait exposée à être jetée sur les montagnes de la rivière du Ponent et entièrement détruite ou prise au pied des Alpes, au col de Tende et dans le comté de Nice.

    « Enfin, en adoptant le troisième parti, si, une fois maître de Milan, il convenait au général français de laisser passer Mélas et de rester entre le Pô, l'Adda et le Tessin, il avait ainsi, sans bataille, reconquis la Lombardie et le Piémont, les Alpes-Maritimes, la Rivière de Gênes et fait lever le blocus de cette ville: c'étaient des résultats assez beaux. . . . . (Mémoires de Napoléon. – Correspondance de Napoléon, t. XXX, p. 375-377.)

  2. Après que ses troupes eurent passé le Tessin sur un pont de bateaux, il (le général Festenberg) fit rompre ce dernier. L'ennemi, avec 400 ou 500 hommes, se montra aussitôt sur la rive opposée. Toutes les barques et radeaux en aval du fleuve jusqu'à Pavie furent {p.51} ramenés sur la rive gauche. Festenberg fit occuper cette rive par une ligne de postes et attendit ainsi les renforts que devait lui amener le feld-maréchal-lieutenant Vukassevich. (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 246.)
  3. « . . . . . Le quartier général du Premier Consul et celui du général en chef viennent d'arriver à quatre heures ….. » (L'adjudant général Dampierre au général Mathieu Dumas. – Verceil, 30 mai. – Revue de Paris, 15 juin 1900, p. 796.)
  4. Lechi avait livré le 28 mai un combat heureux à Varallo, dans la haute vallée de la Sesia. Son compte rendu à Dupont (Voir chapitre IV, p. 122) arrivait au quartier général le 29 ou le 30 mai et Berthier adressait le 30 mai, de Verceil, un rapport au Premier Consul sur ce succès (Voir p. 122, note 1). Un ordre de Dupont prescrivait à Lechi de se porter à Romagnano (Voir le début de la lettre de Lechi du 29 mai, chap. IV, p. 123).
  5. En marge de l'ordre de Berthier, on trouve l'annotation: « Expédié à deux heures. – D. . . . . ». Lechi reçoit le jour même l'ordre de Dupont. Voir sa réponse, datée de Romagnano le 30 mai, au chapitre IV, p. 124.
  6. La division Chambarlhac et la cavalerie (1er de hussards, 5e de dragons, 1er, 3e et 5e de cavalerie) arrivent à Verceil dans la journée du 30, en exécution des ordres du 29 (Voir p. 39 et 40). Ce nouvel ordre les fait passer sur la rive gauche de cette rivière. {p.52}
  7. Ordre du jour du 10 prairial.

    Verceil, le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

    Les généraux commandant les divisions donneront des ordres pour que les équipages marchent désormais dans le plus grand ordre et soient escortés militairement.

    La gendarmerie attachée à chaque division sera employée, particulièrement, à maintenir la police dans les colonnes de route afin que personne ne s'en écarte.

    Le Général de division chef de l'état-major général,

    DUPONT.

    Pour copie conforme :

    L'Adjudant général,

    LACROIX.

  8. Du 11 prairial an 5 (31 mai 1800), à Verceil.

    Ordre aux citoyens Caizac et Desclors, officiers du génie, et au citoyen Papigny, adjoint, de lever à vue, sur une échelle de 6 lignes pour cent toises, les environs de Verceil à une lieue à la ronde. Ordre donné en vertu de celui du Consul.

    MARESCOT.

    (Livre d'ordres du général Marescot. – Archives du génie.)

  9. Mouvement prescrit par l'ordre précédent. {p.53}
  10. Pour mettre à l'ordre du jour.

    Novare, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

    Le commissaire Vital a été arrêté et sera traduit au Conseil de guerre pour être jugé d'après la plainte portée qu'il a été exigé et payé trente louis, d'un habitant qui avait été requis de fournir 7 boeufs pour le service de l'armée.

    Alex. BERTHIER.

    Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Novare, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

    Je vous envoie la plainte portée par le commandant de la place de Verceil ; en conséquence, vous porterez plainte au Conseil de guerre de la division Chambarlhac contre le commissaire des guerres Vital, qui a visé un reçu de 5 boeufs comme distribués à l'armée, tandis qu'ils ont été rachetés pour une somme de trente et un louis, qui ont été touchés par le préposé principal Chouet, que vous ferez également traduire au Conseil de guerre pour être jugés l'un et l'autre conformément aux lois militaires.

    Je vous salue.

    Alex. BERTHIER.

  11. L'artillerie envoyée à la division Loison se compose donc de pièces prises à Ivrée. (Pour la composition de l'artillerie trouvée dans cette place, voir t. 1er, p. 500, et p. 471, note 2.)

    Cette division n'a donc pas encore ses pièces françaises restées en amont de Bard. On trouvera à chaque journée de cette campagne la trace de ce manque d'artillerie.

  12. Correspondance de Napoléon, n° 4857. {p.54}
  13. Le début de ce bulletin, relatif à la position de Lannes à Chivasso, a été publié au 29 mai, p. 46.
  14. Les ordres du jour suivants renseignent sur la position de l'avant-garde les 30 et 31 mai. Il semble que Lannes ne passe la Dora que le 31 mai.

    Ordre de la division Watrin.

    Chivasso, le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

    La distribution des vivres se fera aujourd'hui pour quatre jours en deux rations complètes de pain et une demi-livre de riz par homme.

    La viande se distribuera également aujourd'hui pour un jour.

    Au moyen des distributions faites hier et de celles qui auront lieu aujourd'hui, les corps seront servis en pain jusqu'au 13 inclus et en viande jusqu'au 11 id.

    HULIN.

    Ordre du jour de l'avant-garde.

    Crescentino, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

    Il est expressément défendu à tout individu composant l'avant-garde de faire aucune espèce de réquisition sans y être autorisé par le général qui la commande, sous peine d'être envoyé sur les derrières de l'armée.

    Le commissaire des guerres, chargé du service de l'avant-garde, fera marcher à la suite des colonnes quatre charrettes pour transporter les malades et les blessés il y aura toujours un officier de santé qui les accompagnera.

    L'Adjudant général chef de l'état-major,

    ISARD.

  15. Ce bulletin parvenait le 5 juin à Paris.

    Bureau du mouvement.

    Paris, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

    Le Secrétaire d'État a l'honneur de donner connaissance au Ministre de la guerre de l'arrivée d'un nouveau courrier; il avait été expédié de Verceil le 10 à il heures du soir.

    Quelques bateaux, rassemblés à Chivasso, avaient fait croire à l'ennemi que l'armée voulait passer le Pô afin de couper la retraite aux colonnes qui reviennent de Nice; il a réuni toute son infanterie vers ce point. L'armée s'est élevée à l'Est et passait le 10 la Sesia. Le Premier Consul a dû se rendre le 11 à Novare et, de là, sur le Tessin, pour le passage de {p.55} cette rivière; les habitants de Milan entendaient déjà le canon de nos avant-postes. Mélas est toujours à Turin.

    Le bulletin était publié dans le Moniteur du 16 prairial (5 juin). Il figure à la Correspondance de Napoléon sous le n° 4858.

  16. Carra-Saint-Cyr (Jean-François), né à Lyon le 27 décembre 1756, avait été sous-lieutenant au régiment de Bourbonnais-infanterie le 24 mars 1774, lieutenant en second le 19 mars 1780, lieutenant en premier le 1er juin 1782, capitaine en second le 19 mai 1785, avait pris sa retraite le 1er mars 1792 et avait été commissaire des guerres de 1785 à 1792.

    Volontaire au 2e bataillon des volontaires nationaux de Rhône-et-Loire en janvier 1793, il devint adjudant général, chef de bataillon le 11 mars 1795, chef de brigade le 13 juin 1795 et général de brigade le 9 octobre 1795.

    Il fut général de division le 27 août 1803, commanda des divisions actives pendant toutes les guerres de l'Empire et mourut le 5 janvier 1834.

  17. Cette lettre n'a pas été retrouvée. {p.56} {p.57}
  18. Duhesme et Murat ne disposent donc que de quatre pièces, quand ils forcent le passage du Tessin, savoir: deux pièces de 4 données à Murat, une pièce de 8 et un obusier affectés à la division Boudet. Des six pièces parvenues en aval de Bard, les deux autres sont au corps Lannes (voir plus haut, p. 20).
  19. « Loudon » ou « Laudon ». On a adopté la première orthographe, qui est celle employée par la Revue militaire autrichienne.
  20. Pour lieutenant général. {p.58}
  21. Ce nom de localité, très lisiblement écrit dans les divers manuscrits, n'a été trouvé sur aucune carte. On peut lui substituer le nom de « Buffalora », qui cadre exactement avec le récit.
  22. Girard (Jean-Baptiste), né le 22 février 1775 à Aups (Var), avait été volontaire le 27 septembre 1793, sous-lieutenant le 16 mars 1796, lieutenant le 23 mai 1797, capitaine {p.59} le 5 décembre 1797, chef de bataillon le 18 janvier 1799, adjudant général chef de brigade le 28 mars 1800.

    Général de brigade le 23 novembre 1806 et général de division le 17 décembre 1809, il mourut le 27 juin 1815 des suites des blessures qu'il avait reçues le 16 juin à la bataille de Fleurus.

  23. Schilt (Jean-Jacques), né le 13 mai 1761, avait été soldat le 26 janvier 1779 au corps de Nassau-Siegen, depuis Montréal et 5e bataillon de chasseurs, caporal le 19 février 1781, fourrier le 1er mai 1782, sergent-major le 1er janvier 1787, quartier-maître trésorier le 1er avril 1791, capitaine le 6 novembre 1792, chef de bataillon le 26 juillet 1793, général de brigade le 27 octobre 1794.

    Il n'exerça aucun commandement important sous l'Empire, fut retraité en 1815 et mourut en 1842.

  24. Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

    Arrêté.

    ARTICLE 1er. – Il sera formé un escadron de tous les déserteurs provenant de la légion de Bussy.

    ART. 2. – Ils auront le même traitement que les chasseurs français. {p.60} ART. 3. – Ils garderont leur uniforme actuel, à l'exception d'un signe tricolore qu'ils mettront à leurs chapeaux.

    ART. 4. – Le général en chef de l'armée de réserve nommera les officiers et sous-officiers et est chargé de l'exécution du présent arrêté.

    BONAPARTE.

    Note de Berthier à Dupont: « Vous trouverez ci-joint un arrêté du Premier Consul; vous ferez toutes les dispositions pour la formation de ce corps et vous me proposerez des officiers à nommer. » (Archives de Gros-Bois, AIX.)

    Un arrêté analogue était sans doute pris pour la légion de Rohan. Berthier y apportait une restriction:

    Alex. Berthier, général eu chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

    Ajoutez à l'arrêté du Consul, relatif au corps que je dois former, des déserteurs de la légion de Rohan: excepté les émigrés français.

    Alex. BERTHIER.

  25. « . . . . . C'est à la première de ces attaques (de Turbigo) qu'un aide de camp du chef de l'état-major Dupont a eu une balle au travers du bras. Il voulait mener des grenadiers qui l'abandonnèrent sans qu'il s'en aperçut. Entraîné par son ardeur, il était près d'entrer dans le village, lorsqu'il retourna la tête et vit que personne ne le suivait. Il est bien heureux d'en avoir été quitte pour cela, en butte à tous les coups d'un ennemi qui n'avait rien à craindre en ce moment.

    « Je ne sais si c'est l'effet de la fatigue, mais les grenadiers n'ont point eu l'honneur de la {p.61} journée (soit dit entre nous). Cinquante se sont rendus, presque sans tirer, à un escadron de cavalerie que leur feu aurait pu détruire, dans un terrain où il avait peine à se mouvoir. Les conscrits, au contraire, se sont comportés en vieux soldats. . . . . » (L'adjudant général Dampierre au général Mathieu-Dumas. – Milan, 2 juin 1800. – Revue de Paris du 15 juin 1900, p. 799.) {p.62}

  26. En réalité, Turreau, vainqueur à Suze le 22 mai, était battu à Avigliana le 27 et devait se retirer sur Suze (Voir t. 1er, p. 545 à 553).
  27. Ce bulletin est publié dans le Moniteur du 18 prairial (7 juin). Il figure dans la Correspondance de Napoléon sous le n° 4862.
  28. Après quelques corrections faites par Bourrienne sous la dictée du Premier Consul, ce rapport est envoyé à Paris, où il est publié dans le Moniteur du 21 prairial (10 juin). {p.63}
  29. Cette phrase est ajoutée par Bourrienne.
  30. « Italien » dans le rapport de Berthier. {p.64}
  31. Le texte de Berthier était: « . . . . . une bravoure et une intrépidité digne des plus grands éloges ».
  32. La fin de ce rapport est citée plus loin, p. 90 et 102.
  33. Il s'est glissé quelques erreurs dans ce rapport. On a vu plus haut, p. 33 à 38, que la majeure partie de l'armée s'était portée à Verceil et y avait passé la Sesia le 9 prairial (29 mai). Seule, la division Chambarlhac et une partie de la cavalerie arrivaient à Verceil le 30 mai.
  34. Le passage du Tessin n'eut pas lieu le 12 prairial, mais le 11 (31 mai), comme le prouvent tous les rapports déjà cités. {p.65}
  35. Le Naviglio-Grande.
  36. On doit lire: dans la nuit du 11 au 12 (31 mai au 1er juin). (Voir notes 3 et 4, p. 64.)
  37. Ici, la date indiquée se retrouve exacte. L'opération continue, au milieu de grandes difficultés, le 12 prairial (1er juin) et dans la nuit du 12 au 13, et l'armée ne termine son passage que le 13 (2 juin), c'est-à-dire non pas le lendemain, mais seulement le surlendemain du combat de Turbigo. (Voir les ordres du 1er et du 2 juin, p. 77 à 83.)
  38. La suite de ce rapport est citée aux journées suivantes. Il était publié en entier au Moniteur du 22 prairial (11 juin). {p.66}
  39. Comparer aux effectifs donnés par les rapports français.
  40. L'état-major français était renseigné le lendemain sur la composition des troupes qui avaient défendu le passage du Tessin.

    Rapport de quatre déserteurs de la légion de Bussy arrivés le 12 prairial à Novare à l'état-major général.

    Hier, à midi, il se trouvait sur les bords du Tessin trois divisions du régiment de Bussy, quatre de Wurtemberg, dragons; deux divisions de Caraczay; deux divisions Erdödy, hussards ; une division Lobkowitz, dragons; quatre divisions de Toscane, hussards. Chaque division se trouve à peu près de 400 hommes, ce qui forme un total de 5,000 chevaux. Il n'y avait en infanterie que 1000 hommes des chasseurs du Loup, arrivés des bords du lac Majeur; un détachement de la légion de Rohan, deux compagnies d'Anton et un bataillon piémontais, peu de canonniers et sept pièces arrivées et qui ont été tour à tour démontées ou hors de service par la mort des canonniers, hier, sur les 7 heures après-midi. Ces corps étaient commandés par les généraux Döller, le prince Louis ou Lodovski, commandant en chef, et Loudon.

    Ces déserteurs disent que le bruit courait que les Français étaient arrivés sur Brescia, que Mélas nous attend à Turin avec 15 bataillons de grenadiers et que la légion Bussy déserterait infailliblement en entier aussitôt qu'elle sera instruite de la présence de Bonaparte à l'armée; un déserteur de la légion du Loup rapporte que nous sommes entrés à Arona, où il ne se trouve qu'un mauvais petit château et hors d'état de défense. {p.67}

  41. Festenberg, dont l'effectif a été donné plus haut (note 1, p. 36), avait été renforcé par la brigade Döller (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 247), qui disposait de 1057 cavaliers (Ibidem, p. 246).
  42. D'après les rapports français (p. 57 à 65), l'attaque de Turbigo n'est faite que par la 70e demi-brigade, qui forme à elle-seule la division Monnier, la 19e légère étant encore à Verceil (Berthier à Dupont, 30 mai, p. 52). La brigade Guénand, de la division Boudet, semble n'avoir pris aucune part à l'action. (Voir p. 57.)
  43. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 248 à 250.
  44. Pour la marche de Lannes, voir les notes 2, p. 54; 2, p. 74 et 2, p. 87.
  45. Voir au chapitre IV, p. 124, la lettre de Lechi, datée de Romagnano.
  46. Voir l'ordre du 30 mai de Berthier à Dupont, p. 51, et la réponse de Lechi du même jour, p. 124 (chapitre IV).
  47. Les lettres de Bethencourt, écrites le 29 mai de Domodossola au Premier Consul (chapitre IV, p. 137 et 138), sont presque sûrement arrivées à destination le 31. Cependant, Murat n'en a pas connaissance à Buffalora dans la matinée du 1er juin. (V. p. 76.)
  48. Le fort de Bard tient encore. Il capitule le 1er juin. (Voir t. 1er p. 540.) {p.68}
  49. L'ordre donné la veille (Voir p. 52) avait prescrit au corps Victor (ou division Chambarlhac) et à la cavalerie de partir le 31 à 2 heures du matin de Verceil pour Novare. C'est là que les trouvait sans doute le nouvel ordre de Berthier. {p.69}
  50. Ordre précédent.
  51. Ordre non retrouvé. {p.70}
  52. Sur l'adresse: l'adjudant Castenier prie le général de remettre au porteur un signe pour reçu.
  53. On a vu, p. 31, un ordre du 28 mai de Berthier prescrivant au général Duhesme de bien s'éclairer du côté de Casale, où était signalé un bataillon ennemi. {p.71}
  54. Ce renseignement était parfaitement exact. Voici, d'après la Revue militaire autrichienne, les dispositions prises par Mélas le 31 mai:

    « L'armée de réserve menaçait les États héréditaires, et l'armée autrichienne de Piémont se trouvait dans un grand danger, si elle ne parvenait pas promptement, par une bataille heureuse, à rompre les filets serrés dont l'entourait son ennemi. Mélas ne pouvait pas rester plus longtemps sur la défensive à Turin. L'armée devait être réunie au plus vite. Il ne fallait plus songer à se maintenir dans la Rivière ni à continuer le blocus de Gênes. Il fallait prévenir la réunion des forces de l'ennemi et voler à la rencontre de l'une ou l'autre des parties de son armée.

    « En conséquence, Alexandrie fut désignée comme la place de rassemblement de l'armée autrichienne. Le feld-maréchal lieutenant Elsnitz reçut l'ordre d'abandonner sa position sur le Var, d'évacuer le comté de Nice, de repasser le col de Tende et de gagner Alexandrie par Coni, Fossano et Asti; le général Ulm devait occuper Coni avec deux régiments d'infanterie. Le corps de Turin reçut l'ordre d'attendre l'arrivée du feld-maréchal lieutenant Elsnitz. Les avant-postes aux ordres du général Schauroth, aux environs de Pignerolles, et ceux que le colonel Knezevich tenait à Borgo-San-Dalmazo, reçurent l'ordre de se replier sur Coni quand l'armée abandonnerait Turin.

    « Le feld-maréchal lieutenant Ott devait lever le blocus de Gênes aussitôt la réception de l'ordre et se mettre en marche la nuit suivante; son arrière-garde devait rester dans la vallée de la Polcevera et ne suivre la colonne principale que si l'ennemi l'attaquait: elle ne devait pas se retirer plus loin que la Bochetta et défendre le col jusqu'à la dernière extrémité. Tant que la Bochetta serait au pouvoir des Impériaux, on devait bloquer Gavi et occuper Serravalle.

    « Les deux divisions Kaim et Haddick reçurent l'ordre de se rendre par Turin, Moncalieri, Villanova et Asti à Alexandrie et de laisser comme garnison, dans la citadelle de Turin, 7 bataillons d'infanterie et 60 hussards, soit en tout 3,487 hommes. Le général Nymptsch devait prendre le commandement de l'arrière-garde, formée de 3 bataillons et de 6 escadrons; il reçut l'instruction de tenir aussi longtemps que possible devant Turin avec cette brigade et les troupes désignées pour former la garnison de la citadelle; au moment où il serait forcé de se replier, il devait aller prendre position au pont du Pô et le défendre assez longtemps pour procurer au feld-maréchal lieutenant Elsnitz le temps d'évacuer Coni pendant que lui-même jetterait dans la citadelle de Turin les troupes destinées à sa défense.

    « Aussitôt que l'arrière-garde se mettrait en mouvement, les trois bataillons placés en observation sur la rive droite du Pô avaient l'ordre de se retirer par Verrua sur Casale. Le régiment de Reitzky, venant de Gênes, et deux autres bataillons furent désignés pour observer le Pô vers Casale, sous les ordres du général Skal.

    « D'un autre côté, le général Gottesheim reçut l'ordre de se porter, en quittant Gênes, par Bobbio, sur Plaisance, pour en garder la citadelle et la tête de pont. » (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 258-260.) {p.72}

  55. On a vu par les ordres cités plus haut, p. 54, que le quartier général de Lannes était le 31 mai à Crescentino. Les renseignements recueillis le 31 mai, par Carra-Saint-Cyr, confirment la présence, à cette date, d'une partie du corps Lannes en avant de cette ville (V. plus loin, p. 74). Ce n'est que le 1er juin que Lannes passe à Trino. (V. p. 82.)
  56. Kellermann (François-Étienne), né à Metz, le 4 août 1770, était le fils du vainqueur de Valmy. Il avait été sous-lieutenant de remplacement dans le régiment colonel-général-hussards le 14 août 1785, sous-lieutenant au 2e de cavalerie le 15 septembre 1791, capitaine d'infanterie dans la légion Kellermann le 31 mai 1792, aide de camp lieutenant-colonel surnuméraire le 29 novembre 1792, chef de bataillon des chasseurs des Hautes-Alpes en avril 1793, chef de brigade le 25 mars 1796, général de brigade le 28 mai 1797.

    Il devint général de division le 5 juillet 1800, inspecteur général de cavalerie le 24 juillet 1801, comte de l'Empire en 1809, duc de Valmy à la mort de son père le 13 septembre 1820 et mourut le 2 juin 1835. {p.73}

  57. Lisez: des dépôts de l'armée d'Orient.
  58. D'après la situation de la division Chabran, au 31 mai, le bataillon de la 85e comprend, 33 officiers et 508 hommes; l'escadron du 7' chasseurs, 9 officiers et 109 hommes, et la 12e de ligne, 25 officiers et 346 hommes. (V. t. 1er, p. 534.) {p.74}
  59. Du 12e de hussards. Voir la suite.
  60. Le 12e de hussards fait partie de la brigade Rivaud, du corps Lannes. La demi-brigade en question appartient aussi au corps Lannes. On a vu p. 54, note 2, un ordre du jour de la division Watrin, daté de Crescentino le 31 mai. Il paraît probable que Lannes s'était porté, le 31, de Chivasso vers Crescentino. {p.75}
  61. En marge de la lettre on lit l'indication suivante: « Répondu au général Murat de Bellinzona, le 14 prairial ».
  62. Les premières fractions du corps Moncey occupent Varèse, le lendemain 2 juin; le gros de l'avant-garde, brigade Digonnet, de la division Lapoype, est le même jour à Lugano. (V. chap. IV, p. 156, la lettre du 2 juin de Digonnet à Lapoype.)

    La lettre de Murat parvient dans la journée du 2 juin à Digonnet à Lugano, et à Moncey à Bellinzona. (V. même page et note 2.)

    La liaison est ainsi établie le 2 juin entre la colonne du Saint-Gothard et le gros de l'armée. {p.76}

  63. Il paraît presque certain que le Premier Consul a reçu, le 31 mai, à Novare, des lettres de Bethencourt, puisqu'il dirige la ligne d'opérations sur le Simplon (V. p. 67). Murat, qui a passé toute la nuit sur le bord du Tessin, n'a pas encore appris cette nouvelle.
  64. Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Je vous prie de donner l'ordre à l'adjudant général César Berthier de se rendre auprès du général Murat, pour être employé au corps de troupes commandé par ce général.

    Alex. BERTHIER.

  65. L'original porte la date du 11 prairial; le contexte indique clairement que c'est une erreur. C'est seulement le 12 qu'il peut être question de pont volant et de passage de régiments de cavalerie. Le 11, on s'est battu sur les bords de la rivière jusqu'à 10 heures du soir. Il est probable qu'ainsi que son général César Berthier a passé la nuit sans dormir, ce qui le porte à oublier que le 12 prairial a succédé au 11.
  66. La lettre est de la matinée du 12, puisque dans la journée Murat se porte à Corbetta. {p.77}
  67. « . . . . . On s'occupa à reconstruire le pont, et la totalité des divisions passèrent, le 12, la rivière. »

    (Rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme.)

    « . . . . . La nuit. (du 11 au 12 prairial) et la journée du 12 sont consacrées à passer les divisions Boudet, Loison et Victor. . . . . »

    (Berthier au Premier Consul. Milan, 14 prairial.) Le début du rapport est
    le récit du passage du Tessin, le 11 prairial (31 mai). (V. p. 62.)

    Les affirmations de ces deux rapports sont en contradiction avec les ordres de Berthier du 1er juin, d'après lesquels le passage des divisions n'est pas fini le 1er au soir. (V. p. 78 et 79.) {p.78}

  68. Vukassevich s'était porté par une marche de nuit de Turbigo sur Milan, où il arrivait le 1er juin de bonne heure. (V. 31 mai, p. 67.)

    « . . . . . Là, il donna quelques heures de repos à ses troupes et renforça la garnison de la citadelle de deux autres compagnies et de 40 dragons, de sorte que le commandant de cette place, le général Nicoletti, disposait de 2,816 combattants. Ensuite Vukassevich installa son avant-garde devant Milan et plaça le reste derrière cette ville à Giuliano et Melegnano. . . . .

    « L'aménagement de ponts volants occupa le général Murat pendant toute la journée du 1er juin. . . . . Le feld-maréchal lieutenant Vukassevich en profita pour sauver les malades, caisse de guerre et les autres biens du trésor, et les diriger sur Lodi. »

    (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XVI, p. 250.)

  69. V. plus loin p. 82, l'ordre du Premier Consul à Lannes. {p.79}
  70. Léopold Stabenrath. (V. plus haut le journal de Brossier, p. 77.)
  71. En marge: Envoyé sur-le-champ le citoyen Castagnier à Galliate et le citoyen Ballendier à Buffalora. {p.80} {p.81}
  72. Dans une minute on lit: « Nous avons hier brusqué le passage du Tessin ».
  73. Dans une minute: « Je n'ai point encore de communications avec le général Moncey, mais je compte qu'il est aujourd'hui à Bellinzona ».
  74. Dans une minute: « J'imagine qu'à l'heure qu'il est, Nice est évacuée. Je ne pense pas que Mélas soit en mesure de rien faire avant plusieurs jours et alors l'armée sera établie à Milan, assise sur le Pô et le Tessin et nos derrières appuyés au Gothard et au Simplon ».

    Dans une autre minute il y a encore une variante à cette dernière phrase: « . . . . . en mesure de rien faire avant plusieurs jours, et avant ce temps-là je serai établi à Milan, sur le Pô, et maître du Tessin et mes derrières appuyés. . . . . ».

    Il a été fait successivement trois minutes de cette lettre. (V. Archives nationales.)

  75. On a vu plus haut p. 54, 72 et 74, que Lannes était le 31 mai à Crescentino. Le {p.82} 1er juin, il venait à Trino, s'y arrêtait sans doute et arrivait le même jour à Verceil (Crescentino à Verceil, 35 kilomètres).

    Ordre du jour de l'avant-garde.

    Trino, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

    Toutes les fois qu'une colonne aura fait halte, il sera fait un roulement qui sera suivi d'un second roulement; on battra ensuite aux champs, ensuite le pas de route. Il y aura deux tambours à la suite de la colonne, qui feront un roulement pour annoncer à la tête de ralentir le pas.

    L'adjudant-major de décade de la 22e demi-brigade sera suspendu de ses fonctions pendant huit jours et marchera à la queue de la colonne, pour n'avoir pas fait rentrer les grand'gardes sur le Pô.

    Toutes les fois qu'un corps recevra l'ordre de se mettre en marche ou de continuer la route, les chefs auront soin de faire rentrer dans les compagnies respectives les hommes détachés ou de service de grand'garde.

    Tous les chevaux de main, voitures, équipages, fourgons et bagages, ne marcheront jamais qu'à la queue de la colonne; ceux qui seront arrêtés en contravention aux dispositions ci-dessus énoncées seront au profit de celui qui s'en emparera.

    La distribution d'aujourd'hui commencera par la 28e demi-brigade.

    Il ne pourra être pris aucun chasseur ni hussard d'ordonnance sans un ordre du général commandant la cavalerie.

    L'adjudant général,

    ISARD.

    Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Novare, le 12 prairial an 8 (1er juin 1800).

    Le commandant de la place de Verceil a jetté l'alarme à Verceil sans savoir pourquoi.

    Dites-lui de prendre la poste pour retourner à Verceil et y faire préparer les vivres pour la division Lannes qui arrive ce matin et qui doit y séjourner jusqu'à nouvel ordre.

    Alex. BERTHIER.

  76. Correspondance de Napoléon, n° 4861.

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96