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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 2 Chapitre 1

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.3}

(DEUXIÈME PARTIE)
CHAPITRE PREMIER
COMBAT DE LA CHIUSELLA

Effectif de l'armée. – Lannes, vainqueur à la Chiusella le 26 mai, fait face à Turin. – Le quartier général à Ivrée. – Murat occupe Verceil le 27, passe la Sésia le 29. – Organisation de la place d'Ivrée.

25 MAI

L'avant-garde de l'armée de réserve (1) occupait Ivrée depuis le 22 mai, et assurait ainsi le débouché dans la {p.4} plaine du Piémont. Les autres divisions d'infanterie et la cavalerie parvenaient à passer par le sentier d'Albard. L'artillerie seule était arrêtée en amont du fort de Bard qui opposait depuis le 19 mai une résistance énergique aux sommations, à la fusillade et à la canonnade. L'armée de réserve, maîtresse de la ville, avait vainement tenté {p.5} de faire passer des canons pendant la nuit sous le feu du fort; la tentative, renouvelée une troisième fois, allait réussir pour 2 pièces dans la nuit du 25 au 26 mai (2).

Le Premier Consul qui, le 25 au matin, est encore à Aoste, donne l'ordre de prendre l'offensive au sud d'Ivrée. {p.6}

Le Premier Consul au général en chef Berthier. (Armée de réserve.)

Aoste (3), le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 4 (4). J'imagine que vous avez envoyé une compagnie d'artillerie, nommé un commandant et ordonné d'établir un atelier de cartouches dans la citadelle d'Ivrée.

Le général Lannes aura probablement attaqué l'ennemi ce matin, l'aura battu ou obligé à se replier au delà de Chivasso. S'il ne l'a pas fait, ordonnez qu'il le fasse demain. L'ennemi ne peut pas avoir plus de 7 à 8,000 hommes. C'est le seul moyen, d'ailleurs, d'avoir des nouvelles précises du général Turreau et de donner le change à l'ennemi (5).

Ordonnez au général Murat d'envoyer des reconnaissances sur Biella et, sur Santhia ;

Au général Monnier, de prendre position à moitié chemin d'Ivrée à Biella, à trois lieues en avant d'Ivrée, sur le grand chemin qui va à Santhia ;

A la légion italique, de se rendre le 7 à Riva, en passant le Valdobbia; de descendre, le 8, le Val-Sesia, jusqu'à Varallo. Vous recommanderez au commandant d'envoyer, dans la journée du 9, des patrouilles à Crevacore, et jusqu'à Masserano, où elles rencontreront des patrouilles de l'armée (6).

BONAPARTE (7). {p.7}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Le Premier Consul pense que l'ennemi ne peut pas avoir plus de 7 à 8,000 hommes en tout; il ordonne en conséquence que demain vous attaquiez l'ennemi. Lorsque vous l'aurez battu vous aurez des nouvelles précises du général Turreau.

J'ordonne au général Monnier de prendre position avec la 70e à trois lieues en avant d'Ivrée sur le chemin qui va à Santhia.

J'ordonne à la légion italique, qui est à Gressoney, de se rendre à Riva.

J'ordonne au général Murat d'envoyer des reconnaissances sur Biella et Santhia.

La division Boudet occupera Ivrée et vous soutiendra dans votre attaque avec ses meilleures troupes. L'objet de votre attaque est d'obliger l'ennemi de se replier au delà de Chivasso et avoir des nouvelles du général Turreau.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

Le chef d'état-major de la division Watrin, au général de brigade Malher.

Ivrée, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Les intentions du général Watrin sont, citoyen Général, que toute votre brigade soit réunie demain à 3 heures du matin, au camp de la 22e demi-brigade de ligne, la division devant prendre les armes et se mettre en marche à cette heure pour faire une reconnaissance sur la route de Turin.

P.-S. – Le général Boudet est prévenu pour faire relever les postes qu'occupent les corps sous vos ordres par des troupes de sa division.

HULIN.

Le chef d'état-major de la division Watrin, au général de division Boudet.

Ivrée, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Conformément aux ordres du lieutenant général commandant l'avant-garde, rai l'honneur de vous prévenir, citoyen Général, que la division aux ordres {p.8} du général Watrin doit prendre les armes demain pour faire uné reconnaissance, et que les postes en avant de votre camp, occupés par la 40e demi-brigade de ligne, seront évacués. Veuillez, si vous le jugez à propos, les faire occuper par les troupes de votre division.

HULIN. {p.9}

26 MAI

En exécution de ces ordres, la division Watrin livre le 26 mai le combat de la Chiusella.

Le général Watrin, au général Berthier (8).

Romano, le 6 prairial an 8 (26 mai 1800).

D'après les ordres du général Lannes, la division que je commande s'est mise en marche aujourd'hui à la pointe du jour pour aller attaquer l'ennemi retranché derrière la Chiusella. Le pont était gardé par 4 pièces de canon, et tout le front du camp ennemi était hérissé de redoutes et bouches à feu. La 6e légère, bien éclairée par ses flancs, attaqua l'arme au bras le pont que l'ennemi défendait avec la plus grande vigueur. Elle s'en était déjà emparée lorsque les régiments de Kinsky et de Bannats se précipitèrent avec fureur sur nos troupes qu'ils forcèrent d'abandonner le pont pour un moment; alors le chef de brigade Macon se jeta avec la 6e légère dans l'eau jusqu'au cou, malgré la mitraille et la mousqueterie qui pleuvaient de toutes parts; tandis que la 22e, conduite par le général Gency (9), se précipite en colonne serrée sur le pont que l'ennemi a enfin été obligé d'évacuer.

La déroute était complète, et nous aurions pris leur artillerie et fait beaucoup de prisonniers, si sa retraite n'eût été soutenue par une cavalerie quatre fois supérieure à la nôtre. {p.10} La troupe le poursuivait avec acharnement jusqu'à Romano, dont il défendait encore les hauteurs, lorsque plus de 4,000 hommes de cavalerie nous chargèrent avec vigueur dans la plaine qui se trouve au pied de Romano; la 40e, que commandait le général Malher, et la 22e, bravement dirigée par le chef de brigade Schreiber, soutinrent' à la baïonnette ces charges avec le plus grand sang-froid (10), en attendant l'arrivée du 12e hussards et du 21 e chasseurs à cheval qui ont enfin terminé le combat.

La cavalerie ennemie a été culbutée et mise dans la déroute la plus complète ; plus de 200 chevaux des dragons de la Tour sont restés sur le champ de bataille, 5 officiers ont été tués, plus de 200 cavaliers et fantassins ennemis ont été tués, pris ou blessés. Cette affaire a été des plus chaudes; nous avons de notre côté à peu près 300 braves (11) blessés ou tués; il a fallu toute la vigueur et la bravoure des troupes pour résister à des attaques et à des charges aussi multipliées (12).

Aussitôt que j'aurai recueilli le nombre des hommes tués ou blessés et de ceux qui se sont plus particulièrement distingués, j'aurai l'honneur de vous en adresser l'état et de {p.11} vous demander quelque avancement pour les braves. La force de l'ennemi était d'environ 6,000 hommes d'infanterie et 4,000 de cavalerie (13).

Salut et respect.

WATRIN.

Watrin, général de division, au général Dupont, chef de l'état-major de l'armée.

Romano, le 6 prairial an 8 (26 mai 1800).

Je crois remplir les vues du général en chef et les vôtres, mon cher Général, en vous adressant à tous deux régulièrement le rapport des diverses actions ou combats qu'aura à soutenir la division que je commande. Il vous mettra à même de connaître plus en détail les mouvements et la bravoure des troupes qui me sont confiées.

Vous trouverez ci-joint copie de mon rapport au général en chef sur cette journée où j'ai été extrêmement content de la troupe, malgré qu'elle ait eu beaucoup à souffrir.

Salut et amitié.

F. WATRIN.

P.-S. – Envoyez-nous des cartouches, nous en manquons. {p.12}

Les généraux autrichiens que nous avons eu à combattre sont Haddick, commandant en chef, de Briey, Pilati et Palfy.

Les régiments ennemis sont: Kinsky, Bannats, Toscane, Wallis, les gardes du roi de Sardaigne, Savoye. Les dragons de la Tour et plusieurs régiments de hussards forment la cavalerie.

Il y a aussi des régiments de grosse cavalerie.

Extrait du rapport des marches et opérations de la division Boudet:

Le 6, l'avant-garde du lieutenant général Lannes eut l'ordre d'attaquer l'ennemi sur la route de Turin, et je reçus celui de marcher pour servir de réserve.

L'avant-garde livra combat et je la soutins dans cette affaire qui est connue sous le nom de Bataille de la Chiusella. Un escadron du 11e de hussards, de ma division, fort de 80 hommes, commandé par le citoyen Ismert, chef d'escadron, chargea l'ennemi et en reçut plusieurs charges en montrant beaucoup de valeur; il eut 14 hommes tant tués que blessés (14).

J'avais servi de réserve avec mon infanterie jusqu'au village de Romano et, placé en avant de cette position, je reçus l'ordre de poursuivre l'ennemi; ce que je fis jusques sur le sommet des montagnes qui avoisinent Foglizzo. La précipitation de sa retraite et l'ordre qui me vint d'arrêter ma marche m'empêchèrent de l'atteindre avec avantage; il perdit quelques hommes et chevaux et je n'eus qu'un chasseur de la 9e de blessé.

Extrait du rapport du 28 mai, de Berthier au Premier Consul, sur les premières opérations de l'armée de réserve:

. . . . .

. . . . . (15). L'ennemi, rassuré par des renforts qui lui étaient arrivés de Turin et de diverses parties du Piémont, {p.13} venait de s'arrêter dans sa retraite et avait pris position sur les hauteurs de Romano, derrière la Chiusella, dont il gardait le passage avec 5,000 hommes d'infanterie, 4,000 de cavalerie et plusieurs pièces de canon.

Combat de la Chiusella (16). – 6 prairial. – Le général Lannes, auquel j'avais donné l'ordre de chasser l'ennemi de cette position, arrive bientôt sur les bords de la Chiusella, en suivant la route de Turin. La 6e légère commence l'attaque sur trois points: le centre s'élance au pas de charge sur le pont; deux bataillons se jettent dans la rivière, au milieu d'une grêle de balles et de mitraille. L'ennemi ne peut résister à tant d'ardeur et d'impétuosité; déjà sa première ligne d'infanterie est mise dans une déroute complète sa seconde ligne, formée des régiments de Kinsky et du Bannats, veut charger la 6e légère, qu'elle parvient à arrêter un moment; mais la 22e de bataille, formée en colonne serrée par le général Gency, se précipite sur l'ennemi, le culbute et le force à chercher son salut dans la fuite. Il est vigoureusement poursuivi par la 6e légère, la 22e de bataille, le 12e régiment de hussards et le 21e de chasseurs. La ligne de cavalerie ennemie, composée de 4,000 hommes, attaque à son tour. Les 40e et 22e demi-brigades soutiennent sa charge avec fermeté, les baïonnettes en avant. Jamais infanterie ne montra plus de sang-froid et de courage. Trois charges successives sont repoussées. Le général Palfy, commandant la cavalerie ennemie, est tué avec six autres officiers autrichiens.

L'ennemi a perdu plus de 500 hommes et 300 chevaux. Le régiment de la Tour a été presque entièrement détruit; nous avons fait 60 prisonniers (17).

Nous avons eu 250 hommes (18) tués ou blessés; on compte, parmi ces derniers, le citoyen Sarret, chef de bataillon de la 6e légère, et le citoyen Dumont, chef de bataillon de la 22e de ligne (19). {p.14}

Extrait du journal de la campagne de l'armée de réserve par l'adjudant commandant Brossier:

Il parait constant que les généraux autrichiens qui commandaient à Turin et dans les environs étaient persuadés que les forces effectives des Français dans la vallée d'Aoste n'excédaient pas 6,000 hommes; une correspondance interceptée apprend que le général Mêlas, à son arrivée à Turin, leur a fait de vifs reproches sur leur peu de surveillance à cet égard; et il était sans doute mieux instruit lui-même puisqu'il faisait avancer à marche forcée la majeure partie des forces qu'il avait à Nice. Les places du Piémont et de la Lombardie étaient occupées par environ 28,000 hommes; Gênes, resserrée de très près, pouvait capituler d'un moment à l'autre et laisser disponibles les 20 à 25,000 hommes qui en faisaient le blocus; en sorte que Mélas aurait eu la faculté de réunir ces forces et de les porter sur le point où l'armée française voudrait agir. L'objet essentiel était donc de lui cacher le véritable projet, et, ce qui valait encore mieux, de lui faire prendre le change; or, il était assez naturel qu'il pensât que le but des Français était d'agir sur Turin et le mouvement du général Turreau, dans les journées des 2 et 4 prairial, devait le confirmer dans cette opinion.

Les dispositions furent faites d'après ces probabilités.

. . . . . (20) . . . . .

6 prairial. – Combat de la Chiusella. – Division Lannes. – L'avant-garde, aux ordres du lieutenant général Lannes, et appuyée par la division Boudet et les 21e de chasseurs et 12e de hussards, marchait par la grande route de Turin à l'ennemi, qui s'était retranché au pont de la Chiusella en forces considérables. Son infanterie était d'environ 6,000 hommes, composée des régiments Kinsky, Bannats, Toscane, Wallis et les gardes du roi de Sardaigne et Savoye; et sa cavalerie, forte de 4,000 hommes, était composée des dragons de {p.15} la Tour, de plusieurs régiments de hussards et de quelques corps de grosse cavalerie.

La 6e légère, bien éclairée sur ses flancs et l'arme au bras, tente le passage du pont de la Chiusella, qui était défendu par 4 pièces d'artillerie en batterie ; les régiments Kinsky et Bannats se précipitent avec fureur sur elle et la forcent à battre un moment en retraite; mais le chef de brigade Macon qui la commandait se jette à l'eau jusqu'au col, sur la gauche du pont et sous un feu terrible de mitraille. L'ennemi prêt à être tourné sur le pont prend position à la crête de la montagne ; il est poursuivi par la 6e légère et la 28e commandée par le général Gency; on le repousse encore et il se reforme un peu au delà; le combat se continue avec acharnement. Nos intrépides troupes étaient sur le point de manquer de cartouches et auraient peut-être ployé lorsque la division Boudet qui formait l'arrière-garde s'ébranle, passe le pont, s'empare du combat et poursuit l'ennemi jusque dans la plaine, au pied de Romano. Déjà la déroute de ce dernier était complète et son artillerie allait lui être enlevée, lorsque sa cavalerie forte de 4,000 hommes se déploie et charge avec vigueur.

La 40e commandée par le général de brigade Malher, et la 22e dirigée par le chef de brigade Schreiber arrivent dans ce moment sur le champ de bataille, après avoir effectué le passage de la Chiusella, à la droite et au-dessus du pont; elles se réunissent à leurs braves frères d'armes et soutiennent toutes ensemble, la bayonnette en avant, avec ce sang-froid qui n'appartient qu'à l'infanterie française, les charges multipliées de la cavalerie. Le 21e de chasseurs et le 12e d'hussards arrivent à leur tour, fondent sur l'ennemi, déjà ébranlé par la résistance qu'il éprouve, ils complètent sa déroute et le poursuivent jusqu'à Chivasso.

Plus de 200 chevaux du seul régiment de la Tour sont restés sur le champ de bataille. L'ennemi a eu 5 officiers tués et 500 hommes environ blessés. Le général Palfi, commandant la cavalerie, est du nombre des premiers; 60 prisonniers ont été faits. La perte des Français est d'à peu près 400 hommes tués ou blessés.

Les résultats de cette journée présentent un double avantage: celui d'avoir favorisé la marche du général Murat sur Verceil, et celui d'avoir donné à l'armée l'exemple de ce que {p.16} peuvent l'intrépidité et le sang-froid de l'infanterie contre l'arme de la cavalerie.

A la suite de cette affaire, les troupes de l'avant-garde occupèrent Romano.

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Extrait de la Revue militaire autrichienne (21).

Dans cette position, le feld-maréchal Haddick avait l'aile droite appuyée à la Dora; la gauche s'étendait par San-Martino jusqu'à Baldissero, le long de la Chiusella. D'Ivrée vers Turin un pont de pierres est jeté sur la Chiusella, non loin de Romano. Là se trouvaient sur la rive droite, comme avant-garde, 2 bataillons et 4 escadrons, qui entretenaient un fort piquet sur le pont. Sur les hauteurs de Romano se trouvaient postés 3 bataillons, qui avaient comme soutien le reste de la brigade de cavalerie Palfy derrière les hauteurs. De Vische à Chivasso se trouvaient le général Pilati avec le régiment de dragons Lobkowitz. Le général de Briey observait avec 13 compagnies, près de San-Martino, la route conduisant d'Ivrée à Castellamonte. Sur la rive gauche de la Dora se trouvait la brigade de cavalerie Festenberg; elle avait occupé, avec deux escadrons, Santhia sur le Naviglio et, avec deux autres, Cigliano; le reste se trouvait devant Verceil. Ces derniers couvraient la grand'route vers Milan.

L'avant-garde ennemie s'était, après la prise d'Ivrée, concentrée entre Banchette et Samone, avait atteint Bolengo sur la rive gauche de la Dora, et occupé légèrement Biella. Bonaparte et Berthier étaient arrivés à Ivrée. Ils avaient donc réussi à atteindre la plaine avant que les Autrichiens n'aient connu l'étendue et le but de leurs opérations et n'aient pu prendre une résolution contre cette entreprise. Mais afin de donner plus d'air à ses troupes, Bonaparte fit attaquer par le général Lannes, près de Romano, le 26, à 4 heures du matin, le feld-maréchal lieutenant Haddick. La division Boudet et deux régiments de cavalerie furent donnés à Lannes comme renforts. Le piquet autrichien qui se trouvait devant le pont, repassa celui-ci à l'approche de la colonne ennemie. Aussitôt les Français commencèrent à se déployer en échelons et firent mine de donner assaut au pont.

Haddick fit avancer une batterie et, par une vive canonnade et fusillade essaya d'empêcher le passage de vive force de la rivière. La 6e demi-brigade légère, sous les ordres du général Macon, parvint cependant jusqu'au pont. A ce moment, le major Weiss, du régiment de Franz-Kinsky, fit passer au pas de course le pont à son bataillon. L'ennemi s'enfuit, mais une fusillade meurtrière obligea le major à aller reprendre son ancienne position de l'autre côté de la Chiusella. Le combat durait déjà depuis trois heures et toutes les tentatives renouvelées des Français pour s'emparer du pont étaient restées vaines. Le général Macon prit alors la résolution de le tourner. Il se précipita le premier dans la Chiusella. Ses troupes le suivirent et il atteignit l'autre rive. Lannes fit soutenir ce mouvement tournant par une attaque de front, et les {p.17} Autrichiens furent ainsi obligés d'abandonner le pont à l'ennemi. A ce moment le comte Palfy voulut reconquérir le pont avec la cavalerie. Il se mit à la tête des quatre escadrons qui se trouvaient en première ligne, mais il fut mortellement blessé par une balle. Il succomba quelques heures après. Le feld-maréchal lieutenant Haddick ne put faire aucun usage de sa cavalerie dans ce terrain couvert de taillis et broussailles. Il donna en conséquence l'ordre au général Pilati, qui avait pris le commandement de la cavalerie en remplacement de Palfy, de prendre position sur le terrain plus favorable de Montalengo. Il voulait, avec l'infanterie, disputer le terrain pas à pas et s'assurer, avec la cavalerie, le passage de l'Orco près de Foglizzo (22).

Les Français occupèrent Romano et s'avancèrent en plusieurs colonnes, dont celle sur la grand'route était la plus forte. Celle-ci était arrivée à un quart d'heure de chemin de Montalengo lorsqu'elle se heurta au premier détachement de cavalerie autrichien, composé de deux escadrons des dragons de l'Empereur, sous les ordres du major Vescey. A peine ce dernier avait-il été découvert par l'ennemi qu'il fit sonner la charge et se précipita sur la colonne qui se trouvait sur la route. Le général Pilati soutint cette attaque. La cavalerie ennemie s'empressa d'accourir, mais trop tard. L'infanterie sur la route était déjà dispersée. Elle s'enfuit en partie dans la montagne, en partie vers Romano. Soutenus par des escadrons frais, les dragons autrichiens atteignirent eux aussi Romano, où le général français Malher avec deux demi-brigades , venait d'arriver. Afin de ne point laisser à ces dernières le temps de se déployer, Pilati attaqua rapidement et tua un grand nombre d'ennemis. Mais comme le feld-maréchal lieutenant Haddick n'était plus en état d'atteindre les hauteurs de Romano avec son infanterie, il se retira lentement par la route avec la cavalerie et donna ainsi le temps à son infanterie de passer l'Orco à Foglizzo. Les Français n'inquiétèrent pas ce mouvement. Seul, un détachement ennemi qui avait été envoyé dans la montagne se montra sur le flanc. Le général de Briey contre la position duquel, à San-Martino, les Français n'avaient rien entrepris, se retira sur Aglié. Le feld-maréchal lieutenant Haddick fit, en huit heures, traverser la rivière à ses troupes sur deux ponts volants, à Foglizzo. Il envoya un bataillon par Chivasso jusqu'à Casale, avec mission de ramener tous les bateaux sur la rive droite du Pô et d'occuper Casale et Verrua. Derrière l'Orco, Haddick prit position entre Benigno et Bosconégro. Les dragons de Lobkowitz occupèrent Chivasso. Les pertes du feld-maréchal lieutenant Haddick à ce combat furent, en morts et blessés, de 348 hommes et 216 chevaux, mais celles des Français s'élevèrent à environ 1700 hommes (23). {p.18}

* * *

Pendant que Lannes livre au sud d'Ivrée l'heureux combat de la Chiusella, Murat, après avoir fait reconnaître la route de Verceil, se porte dans cette direction avec une demi-brigade d'infanterie et quelques régiments de cavalerie.

Rapport de la reconnaissance faite par le citoyen Larouvière, chef d'escadron au 2e régiment de chasseurs à cheval, d'après l'ordre qu'il en a reçu du général Champeaux.

Piverone, le 6 prairial an 8 (26 mai 1800) (24).

Savoir:

3 cavaliers autrichiens ont passé au village de Palla (25) sur les 5 heures du matin;

11 ont passé à Piverone sur les 7 heures;

9 cavaliers ont été aperçus à 9 heures du matin au village de Viverone ;

60 hommes de cavalerie occupaient le village de Cavaglia, ils ont été chargés rapidement par les éclaireurs du 2e régiment de chasseurs qui les ont poursuivis jusque près de Santhia; il a été tué deux chevaux aux Autrichiens, blessé quelques hommes, fait un prisonnier, ramené un déserteur avec son cheval. 200 dragons autrichiens occupent Santhia. Un chasseur du 2° régiment, nommé Le Clerc, a été blessé légèrement d'une balle à la lèvre inférieure. Un cheval du 2e régiment a été blessé d'une balle au-dessous de la hanche de la jambe hors le montoir.

Renseignements.

Le syndic du village de Cavaglia m'a assuré que le général Mélas avait retiré ses troupes de Nice (que Gênes était toujours bloqué), qu'il avait conduit 30,000 hommes d'infanterie, dont 15,000 avaient été envoyés à Suze et les autres 15,000 avaient pris la route de Romingue (sic) à une lieue et demie d'Ivrée.

Le général Mélas a écrit au commandant des troupes autrichiennes à Cigliano de faire partir la cavalerie des environs pour Romingue. {p.19}

On m'a assuré que les particuliers de Santhia avaient beaucoup de grains de toute espèce, et qu'il y avait un magasin appartenant aux Autrichiens.

On m'a dit aussi que Bourgdalès (26) était occupé par les Autrichiens et qu'à Verceil il y avait infanterie et cavalerie de l'autre côté de la rivière.

LAROUVIÈRE,
Chef d'escadron au 2e régiment de chasseurs à cheval.

Ivrée (27), le 6 prairial an 8 (26 mai 1800).

Un espion qui vient d'arriver aujourd'hui à midi de Verceil, tenant la route de Santhia, Cavaglia, Piverone et Ivrée, dit que l'ennemi n'a pas aucune force de ce côté là que,

  • 50 dragons à Santhia;
  • 50 dragons à Cavaglia.

A Piverone et sur la route jusqu'à Cavaglia, il y a plusieurs sentinelles à cheval, le pistolet à la main, éloignées l'une de l'autre environ à 100 toises.

Le bruit est répandu à Verceil que les Français du Simplon et du Saint-Gothard marchent sur Arona et Borgosesia.

P.-S. – Le même espion a ouï dire à Verceil qu'il était attendu là une armée autrichienne forte 20,000 hommes et même qu'étaient déjà arrivés les fourriers.

6 prairial. – Marche du général Murat sur Verceil. – Le 6 prairial, le lieutenant général Murat prit la route de Verceil à la tête de 1500 hommes de cavalerie, commandés par les généraux Duvignau et Champeaux, et de la 70e, commandée par le général Monnier (28).

« . . . . . Le général Murat marchait sur Verceil avec la division Monnier (29) et une brigade de cavalerie légère (30). Il a trouvé un corps ennemi qu'il a repoussé et auquel il a fait des prisonniers (31). »

Murat atteint Santhia dans la journée du 26.

. « . . . . . L'ennemi envoya, le 24 et le 25 mai, de forts détachements {p.20} d'Ivrée dans la montagne, et occupa Biella sur le flanc droit du général Festenberg. Il attaqua, le 26, l'avant-garde de ce dernier à Cavaglia et la repoussa jusqu'à Santhia. Le général Festenberg renforça sa ligne d'avant-postes (32) . . . . . »

Le Premier Consul et Berthier, après avoir sans doute assisté à l'inutile assaut du fort de Bard dans la matinée du 26 mai (33), se portent à Ivrée où ils établissent leur quartier général dans la soirée (34).

Le Général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Ivrée, 1e 6 prairial an 8 (26 mai 1800).

Vous voudrez bien, citoyen Général, donner des ordres pour que des six pièces d'artillerie arrivées ce soir, deux de 4 soient mises sur-le-champ à la disposition du général Murat, qui les fera servir par l'escouade des guides à cheval du Premier Consul. Vous ferez donner demain matin une pièce de 8 et un obusier à la division Boudet, et une autre pièce de 8 et un obusier au général Lannes. Vous ferez sentir aux généraux qu'il est indispensable de partager le peu d'artillerie qui a pu passer (35).

Alex. BERTHIER.

De la main de Berthier: Donnez l'ordre pour les escouades (36) de la garde des Consuls. {p.21}

27 MAI

Lannes reste le 27 sur le terrain du combat du 26.

Le gros de l'armée est dirigé sur Santhia et Verceil et cette dernière ville est enlevée par Murat, pendant qu'Ivrée est organisée comme base d'opérations.

Lannes, général de division commandant l'avant-garde, au Premier Consul de la République française.

San-Romano, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

D'après tous les renseignements, citoyen Consul, qu'a pris le général Mainoni dans la reconnaissance qu'il vient de faire, il parait que l'ennemi file sur Verceil et de là sur Alexandrie où l'armée doit se retirer.

On a entendu aujourd'hui la canonnade sur les derrières de Turin (37). Le général Turreau ne doit pas être loin de cette ville.

Je partirai demain avant le jour pour me rendre à Chivasso. Je n'y trouverai sans doute pas l'ennemi qui, d'après les mouvements faits par le général Turreau, aura évacué.

La 28e demi-brigade a 100 hommes détachés à Biella. Le bataillon italique, qui est sous mes ordres, s'y trouve aussi. Je vous prie, citoyen Consul, de faire donner l'ordre aux uns et aux autres de venir nous joindre là où nous allons (38). {p.22}

Je désirerais beaucoup que vous fissiez suivre après nous quelques cartouches (39) avec un peu de munitions pour les pièces de 4.

Salut et respect.

LANNES.

Le général de cavalerie qui a été tué hier est le général Palfy; il est très regretté.

Le chef d'état-major de la division Watrin, aux généraux de brigade Gency et Malher.

Romano, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

Les intentions du général commandant la division sont, citoyen Général, que vous fassiez tenir la brigade que vous commandez prête à se mettre en marche au premier moment. {p.23}

Je vous préviens qu'il sera fait une distribution des subsistances qui sont ici en magasin, à commencer vers les 5 heures du soir, imputable sur ce qui sera dû le 8 du courant.

HULIN.

Le chef d'état-major de la division Watrin, aux généraux Malher et Gency.

Romano, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

Conformément aux ordres du général commandant la division, vous voudrez bien, citoyens Généraux, donner les vôtres pour que la brigade que vous commandez soit réunie demain 8 du courant, à 3 heures précises du matin, en avant de Romano dans la plaine où le combat d'hier a cessé.

HULIN.

* * *

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Ivrée, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800) (40).

Donnez l'ordre au général Duhesme de partir avec la division Boudet pour se rendre aujourd'hui à Santhia; vous le préviendrez que le général Murat avec 1500 hommes de cavalerie et la 70e demi-brigade aux ordres du général Monnier {p.24} est en marche sur Verceil, qu'il est nécessaire qu'il le soutienne, s'il en avait besoin (41).

Vous préviendrez le général Duhesme que vous donnez l'ordre à la division Loison de se rassembler aujourd'hui à Bollengo ou Piverone, route de Santhia, où elle prendra position; voyez l'ordonnateur pour qu'il assure autant que possible la subsistance de ces différentes troupes. Si on ne peut avoir que demi-ration de pain, on donnera la double ration de viande et du vin. Ordonnez la plus grande police. Dites au général Duhesme que mon intention est qu'il s'éclaire bien du côté de Trino et qu'il envoye des espions jusqu'à Casale.

Donnez l'ordre à la division Chambarlhac, aussitôt son arrivée, de prendre position près d'Ivrée, sur la route de Santhia.

Donnez l'ordre au 3e bataillon de la 28e et à tout ce qui peut y avoir ici de troupes appartenant au général Lannes de partir sur-le-champ pour rejoindre la division dans sa position sur les hauteurs de Romano.

Donnez l'ordre que le bataillon de la 12e fasse le service de la place d'Ivrée; ce bataillon ne laissera dans le fort que les hommes que vous ne jugerez pas nécessaires pour la police de la place d'Ivrée. 200 hommes me paraissent plus que suffisants pour ce service (42).

Alex. BERTHIER.

Ordonnez que le 3e bataillon de la 28e prenne 80 coups par homme, afin d'en remettre une partie à l'avant-garde. {p.25}

Extrait du rapport du 28 mai de Berthier au Premier Consul, sur les premières opérations de l'armée de réserve.

Prise de Verceil, 7 prairial (43). – De son côté le général Murat (44) entre le 7 prairial dans Verceil de vive force; le 2° et le 15e régiment de chasseurs, soutenus par trois compagnies de grenadiers de la division Monnier, ont culbuté, sur la Sesia, 1000 hommes de la cavalerie ennemie, dont 60 ont été pris avec leurs chevaux.

L'aide de camp Beaumont a eu son cheval tué dans cette action.

L'ennemi a brûlé son pont sur la Sesia; le général Murat en fait faire un nouveau (45).

Le général Lannes est en avant de Chivasso.

Alex. BERTHIER (46).

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

Ivrée, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

Je vous prie de donner les ordres pour que 50 hommes de cavalerie, gendarmes et quelques hussards, et 100 hommes {p.26} de la 12e demi-brigade, partent sur-le-champ, sous la direction d'un adjoint de l'état-major général pour intercepter les routes de Chivasso à Verceil, au point où elles passent la Dora et de s'emparer de deux ou trois barques qui servent à ce passage. L'adjoint ira avec prudence jusqu'à Crescentino, s'il croit pouvoir le faire avec sûreté; il prendra toutes les nouvelles qu'il pourra recueillir sur les mouvements de l'ennemi depuis huit jours; il enverra quelqu'un à Verrua, si les ennemis n'y sont pas, pour prendre des nouvelles; il ordonnera à Crescentino d'envoyer 500 quintaux de riz et 500 quintaux de blé à Ivrée, pour la nourriture de l'armée. Choisissez un officier bien intelligent et donnez-lui des instructions bien détaillées.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Ivrée, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

Nommez un chef de bataillon pour commander le fort d'Ivrée. Demandez un capitaine du génie et un capitaine d'artillerie pour y être également attachés. On y mettra en garnison un bataillon de la division Chabran. La 12e de ligne restera dans la ville d'Ivrée pour la défendre contre la cavalerie ennemie; et, en cas que des forces considérables en infanterie se présentassent, cette demi-brigade opérerait sa retraite sur Bard, en jetant dans la citadelle les renforts qui seraient nécessaires.

Donnez des ordres pour qu'on établisse dans la citadelle d'Ivrée un hôpital des blessés et un pour les convalescents, de 150 hommes choisis parmi ceux qui seraient le plus fatigués dans les différentes divisions.

Ordonnez à l'ordonnateur en chef de prendre ses mesures pour approvisionner la citadelle d'Ivrée pour 500 hommes pendant 15 jours.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER. {p.27}

Ordre du jour de l'armée.

Ivrée, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

Tous les mulets employés au transport des bagages dans les différentes divisions, seront renvoyés au parc d'artillerie à Arnaz, pour le transport des munitions de guerre; les corps se serviront désormais des voitures et dès chevaux du pays pour leurs équipages.

Léopold STABENRATH.

Le Premier Consul, aux Consuls de la République.

Ivrée, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

Je reçois, citoyens Consuls, votre courrier du 1er prairial. Je suis arrivé hier au soir à Ivrée. Nous voilà enfin au centre de l'Italie; dans dix jours il y aura beaucoup de choses de faites. Vous trouverez ci-joint un petit bulletin (47) que vous pouvez faire insérer (48) dans le Journal officiel, sans signature. Le général en chef va s'occuper de rédiger une relation des différents événements; je vous la ferai passer par un courrier extraordinaire (49).

Tout va au mieux. Avant la fin de prairial (50) je serai à Paris. Continuez à y maintenir la tranquillité.

Donnez-moi des nouvelles du consul Lebrun. J'ai bien été fâché d'apprendre qu'il a été malade (51).

BONAPARTE. {p.28}

28 MAI

Lannes, quittant Romano, marche vers le Sud (52) et s'établit à Chivasso sur la rive gauche du Pô.

« . . . . . Les troupes de l'avant-garde entrèrent le 8 à Chivasso (53) pour faire face à l'ennemi qui occupait la rive droite du Pô, et l'entretenir dans l'opinion que l'armée française se dirigeait sur Turin (54) . . . . . »

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.

Ivrée, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

Je pars à l'instant avec le Consul pour Chivasso. Restez à Ivrée; s'il m'arrive des lettres pressées, on vous {p.29} les enverra; s'il est nécessaire, vous m'enverrez un courrier (55).

Alex. BERTHIER.

Bulletin de l'armée de réserve (56).

Ivrée, 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Après le combat de la Chiusella, l'ennemi s'est retiré sur Turin, coupant tous les ponts et brûlant toutes les barques sur l'Orco. Le général Lannes a occupé hier Chivasso. Il a trouvé sur le Pô un assez grand nombre de barques chargées de riz et de blé (57).

Le Premier Consul a passé à Chivasso la revue de l'avant-garde (58). Il a fait connaître sa satisfaction à cette brave division, qui a déjà rendu tant de services. Il a loué la 22e demi-brigade de son vigoureux passage de la Chiusella, la 40e du sang-froid et de l'intrépidité avec lesquels elle a reçu la charge de 3,000 hommes de cavalerie. {p.30}

Les paysans du village de Romano ont rapporté avoir enterré 300 hommes et 500 chevaux, tués au combat de la Chiusella. Le général Palfy, qui commandait cette charge, est venu mourir dans ce village.

Lorsque le Premier Consul a été au 12e de hussards, il a ordonné au chef de brigade de dire au régiment qu'il était très content de sa bravoure: c'est à l'impétuosité de la charge qu'il fit à Châtillon que l'on doit le succès de ce combat; que la cavalerie allait être réunie, et qu'à la première bataille il voulait qu'elle chargeât la cavalerie autrichienne, pour lui ôter sa morgue et la prétention qu'elle a d'être bien supérieure à la nôtre, en manoeuvres et en bravoure.

Le Premier Consul a dit à la 28e de ligne: « Voilà deux ans que vous passez sur les montagnes, souvent privés de tout, et vous êtes toujours à votre devoir, sans murmurer (59). C'est la première qualité d'un bon soldat. Je sais qu'il vous était dû, il y a huit jours, huit mois de prêt, et que cependant il n'y a pas eu une seule plainte ». Le Premier Consul a ordonné, pour preuve de sa satisfaction de la bonne tenue de cette demi-brigade, qu'à la première affaire elle marcherait à la tête de l'avant-garde. . . . . (60).

Le gros de l'armée continue sa marche vers l'Est. Duhesme avec la division Boudet, Murat avec la division Monnier sont à Verceil. Aucune tentative n'est faite pour passer la Sesia.

Le quartier général est à Ivrée.

Le 8, ma division se porta à Verceil, où était rendue l'avant-garde commandée par le lieutenant général Murat, qui avait aussi sous ses ordres la division Monnier (61). {p.31}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Duhesme.

Ivrée, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

Je reçois à l'instant, citoyen Général, votre lettre du 8 (62) par laquelle vous me marquez que l'ennemi a un bataillon sur le pont de Casale.

Vous devez le chasser de cette position qui est sur votre flanc droit, ou du moins bien vous éclairer de ce côté (63).

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Ivrée, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

J'apprends que la division Loison n'a pas de vivres depuis trois jours.

Lorsque vous ordonnez un mouvement, il est indispensable que vous fassiez assurer en même temps les subsistances des troupes par le Commissaire des guerres de la division.

Alex. BERTHIER.

Je vous prie de donner l'ordre à la division Chambarlhac et à la cavalerie de partir demain pour se rendre à Santhia (64). {p.32}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Ivrée, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

Donnez l'ordre que chaque division fournisse au général Marescot vingt-cinq (65) hommes qui connaissent la navigation des rivières: ce qui formera cent (66) hommes pour composer huit compagnies de pontonniers.

Alex. BERTHIER (67).

Le Premier Consul, au général Brune, conseiller d'état (68).

Ivrée, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

J'ai reçu, citoyen Général, votre lettre du 3 prairial. Nous sommes en pleine manoeuvre. Le général Murat est entré hier à Verceil. Le général Lannes a eu sur la Chiusella un combat extrêmement brillant. Les 22e et 40e demi-brigades ont reçu les charges des régiments de La Tour et de l'Empereur et les ont écrasés. 500 hommes et le général commandant la cavalerie, Palfy ont été tués.

Dirigez tous les dépôts de l'armée de réserve en infanterie sur Chambéry, d'où ils seront il portée de rejoindre leurs corps respectifs (69).

Envoyez-moi par le retour du courrier l'état de situation de la 14e, qui doit être arrivée de Paris, et qui a un bataillon à Lyon; de la 17e légère et des deux demi-brigades de l'armée d'Orient (70).

Si le 9e de dragons n'est pas parti de Saint-Jean-de-Losne, donnez-lui ordre de rejoindre sur-le-champ l'armée. Je ne sais par quel événement ce régiment est resté à Saint-Jean-de-Losne.

Je vous salue.

BONAPARTE. {p.33}

29 MAI

Murat (cavalerie et division Monnier) et Duhesme (divisions Boudet et Loison) passent la Sesia près de Verceil. La cavalerie atteint Novare.

Victor est à Santhia. Le quartier général est encore à Ivrée. Des ordres sont donnés pour réunir le 30 à Verceil les dernières fractions de l'armée.

L'adjudant général Paulet (71), au général de division chef de l'état-major général.

Verceil, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800), 1 heure.

J'ai l'honneur de vous informer, mon Général, que la rivière de la Sesia vient d'être passée sur trois points différents.

Le lieutenant général Murat a trouvé un gué sur la droite de Verceil, à une lieue et demie de la place; la crue des eaux a rendu son passage difficile, et quelques hommes de l'infanterie légère, que l'on passait en croupe derrière les chasseurs, se sont noyés.

Le général Boudet a trouvé un gué plus praticable et passé la rivière sur la gauche de Verceil.

La division Loison va la passer sur un pont volant que j'ai fait construire en avant de la place. Un détachement de cette division observera Casale. {p.34}

D'après les ordres du lieutenant général Duhesme, j'avais fait construire pendant la nuit une batterie de deux pièces de canon qui devait occuper l'ennemi pendant le passage du général Murat. L'ennemi s'est amusé à la canonner jusqu'au moment où ses reconnaissances sont venues l'avertir que le passage de la rivière par le général Murat était en partie effectué. Nous n'avons perdu personne dans cette canonnade.

L'ennemi a commencé sa retraite à 8 heures du matin et s'est dirigé sur Novare.

Le général Duhesme vous prierait, mon Général, de vouloir bien affecter aux divisions qu'il commande un ou deux officiers du génie et quelques sapeurs. Nous en avions bien besoin cette nuit, mais notre zèle a suppléé au manque de ces officiers.

Les divisions Boudet et Loison manquent, mon Général, de tout ce qui est nécessaire au pansement des blessés. Les chirurgiens sont en trop petit nombre et n'ont ni linges, ni drogues, ni charpie; les infirmiers aussi sont rares, et il est presque impossible d'empêcher beaucoup de soldats qui, sous prétexte de porter leurs camarades blessés, quittent leur rang.

Nous avons reçu, ce matin, plusieurs déserteurs de cavalerie.

Salut et respect.

PAULET.

D'une autre écriture N.-B. – L'état-major du général Duhesme était à la tête de toutes les charges.

Extrait du rapport des opérations militaires du lieutenant général Duhesme. .

. . . . . Dans la soirée du 8 au 9, le général Duhesme ayant reconnu avec le général Murat les gués praticables, prit des dispositions pour passer la Sesia. En conséquence, il donna ordre à l'adjudant général Paulet de construire pendant la nuit deux batteries vis-à-vis celles des Autrichiens, et destinées à occuper l'ennemi et à l'amuser pendant le passage que tentait le général Murat, à deux lieues au-dessus. A 3 heures du matin, l'ennemi s'étant aperçu qu'on construisait une batterie et qu'on avait déjà sous sa protection rassemblé quelques {p.35} bateaux, commença à nous inquiéter par le feu de quatre pièces de canon. Apercevant aussi de l'infanterie couverte par une contre-digue de la rivière et croyant à un passage, il commença un feu très vif de mousqueterie, qui dura pendant trois heures, mais ses partis de cavalerie l'ayant averti du passage qu'effectuait sur la gauche le général Murat, ainsi que de celui de la division Boudet sur sa droite, il ordonna la retraite, que nous inquiétâmes par le débarquement de deux compagnies de grenadiers qui leur firent quelques prisonniers. L'aide de camp du général Guénand succomba dans ce passage et y perdit la vie. Nous avons à regretter quelques braves et deux officiers.

L'ennemi, craignant d'être coupé, se retira précipitamment sur la route de Novare, où il fut poursuivi vigoureusement.

Extrait du rapport des marches et opérations de la division Boudet.

. . . . . Le 9, le lieutenant général Murat devant opérer le passage de la Sesia, décida d'aller prendre le gué presque en face de Palestro, afin de venir tourner l'ennemi, tandis que je passerais sur la gauche de Verceil et me porterais sur Borgo Vercelli. La division Monnier ne suffisant point au mouvement du lieutenant général Murat, je lui prêtai ma première brigade, formée par la 9e demi-brigade légère et commandée par le général Musnier (72) ; je me réservai ma seconde brigade composée des 30e et 59e demi-brigade (73) et commandée par le général Guénand (74). La 9e légère ouvrit le {p.36} gué à la colonne du lieutenant général Murat; elle eut beaucoup à faire et à souffrir pour vaincre la force du courant; quatre carabiniers de première file furent emportés et noyés, ce qui n'intimida pas le restant des troupes. Elles furent ensuite aidées dans le passage par la cavalerie et par plusieurs militaires, officiers et soldats, qui, sachant nager, furent d'un très grand secours. Le passage du lieutenant général Murat força l'ennemi d'abandonner entièrement la rive, et il fut prudent car, d'après nos dispositions, il ne pouvait manquer d'être pris, s'il eût voulu tenir.

Le passage que j'exécutai sur la gauche de Verceil n'éprouva pas moins de difficultés que celui de la droite, par la rapidité du courant. Un peloton de six hussards, à la tête duquel était mon officier de correspondance Dierx, fut emporté et culbuté; un homme et un cheval disparurent et les autres échappèrent par hasard. L'aide de camp du général Guénand et un soldat, passant avec la colonne, périrent aussi; l'on dut le salut de plusieurs militaires à la cavalerie et aux efforts des nageurs, officiers et soldats, notamment à ceux de mon aide de camp Bagnet.

La reconnaissance de quelques vedettes ennemies placées sur l'autre rive, pressait l'exécution du passage. Je voyais mes troupes en danger et je passai quatre fois la Sesia pour activer leurs mouvements et leur inspirer cette confiance que les circonstances rendaient nécessaire.

Extrait de la Revue militaire autrichienne.

. . . . . Le 29 mai fut le jour de l'attaque générale des Français. Leur objectif était Milan. La Sesia présentait plusieurs localités où elle pouvait être traversée. Le général Festenberg (75) avait sur la rive gauche surveillé la section de Borgo Vercelli jusqu'au Pô, et se préparait à rendre le passage de la rivière aussi difficile que possible. Tandis que le 29, au matin, Murat faisait inquiéter toute cette section, une colonne de 4,000 à 5,000 hommes passait la Sesia entre Palestro et Verceil, rompait le cordon posté sur le fleuve et s'avançait rapidement par la route vers Mortara. Par ce mouvement, le flanc gauche du général Festenberg était menacé. Les postes qui, de Langosco, observaient la Sesia en aval jusqu'à Candia, se réfugièrent à Valenza. A peine le général Festenberg {p.37} eût-il appris ce passage de l'ennemi que Murat, avec des forces à peu près identiques, franchit à gué la Sesia à Verceil sans grande résistance. Festenberg chercha à atteindre le Tessin avant l'ennemi; il fut vivement poursuivi jusqu'à Novare (76).

Le lieutenant général Murat, au général de division Moncey.

Novare, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Je vous ai annoncé, citoyen Général, de Borgo-di-Verceil, ma marche sur Novare (77). Je viens d'y entrer dans ce moment; l'ennemi l'a évacué ce matin; il se retire absolument derrière le Pô. Je saurai demain si la route de Milan est libre. J'occuperai le pont de Buffalora sur le Tessin. Je vous prie, citoyen Général, de me faire connaître votre position afin que je puisse en instruire le général en chef.

Je ne vous en dis pas davantage de crainte que la lettre ne vous parvienne pas.

Je vous salue fraternellement.

J. MURAT.

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve par l'adjudant commandant Brossier.

9 prairial. – Passage de la Sesia. – Division Murat. – Le 9, au matin, les troupes passèrent la Sesia sur trois points. Le général Murat prit un gué sur la droite de Verceil, à une lieue et demie de la place. Les eaux étaient très hautes, et quelques hommes d'infanterie légère, que l'on passait en croupe derrière les chasseurs, furent noyés. Le général Boudet en découvrit un plus praticable sur la gauche et la division Loison passa la rivière sur un pont volant, construit en avant de la place par les soins de l'adjudant général Paulet, chef de l'état-major du général Duhesme.

L'ennemi ne s'est opposé que faiblement à cette expédition: il s'est occupé à canonner une batterie de deux pièces qu'on avait construite en avant de la place pour attirer son feu pendant {p.38} que le passage s'effectuait. Averti par ses reconnaissances des succès des troupes françaises, il a commencé à 8 heures sa retraite sur Novare.

9 prairial. – Position des division Boudet et Loison. – Le général Murat fit, immédiatement après, rétablir le pont, s'avança le même jour sur Novare laissant ordre à la division Boudet de prendre position, le lendemain, derrière l'Agogna, en s'étendant sur la droite, et à la division Loison de se placer entre Palestro et Bobbio, à l'effet de se garder de Mortara et d'observer en même temps Casale, parce que l'ennemi, qui occupait toute la rive droite du Pô, pouvait se porter à l'improviste sur la rive gauche et inquiéter le flanc droit de l'armée (78). . . . . {p.39}

9 prairial. – Position de la division Chabran. – Mais avant de quitter Ivrée, qui allait se trouver à découvert par le mouvement général que l'armée faisait en avant, on donna les ordres les plus précis pour que la citadelle fût mise en état de défense et les approvisionnements de bouche complétés.

Le général Chabran fut chargé de couvrir la vallée d'Aoste avec sa division, dont deux demi-brigades aux ordres du général Carra-Saint-Cyr, furent particulièrement destinées à observer la Dora-Baltea, depuis Ivrée jusqu'au Pô.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Je vous prie de faire porter la dépêche ci-jointe au général Chabran, par un officier d'état-major dans lequel vous ayez de la confiance et auquel vous donnerez une escorte (79).

Donnez l'ordre à la 19e demi-brigade de partir demain 10, à 2 heures du matin, pour se rendre à Verceil par le plus court chemin et en toute diligence ; elle prendra ici des vivres pour deux jours (80).

Donnez l'ordre à l'escadron du 1er de hussards de rejoindre promptement à Verceil, et par le plus court chemin, la brigade du général Champeaux.

Même ordre au 5e de dragons de rejoindre la brigade de dragons.

Même ordre aux 1er, 3e et 5e de cavalerie de rejoindre la brigade de cavalerie (81). {p.40}

Prévenez l'ordonnateur en chef et le général Murat de ce mouvement, et que ces troupes, s'il est possible, prennent du pain pour deux jours.

Ayez soin de nommer ce soir l'officier supérieur qui doit commander dans la citadelle. Prévenez les généraux Marmont et Marescot pour qu'ils donnent des ordres à l'officier d'artillerie et à l'officier du génie, qu'ils laissent à la citadelle, sur ce qu'ils ont à faire pour sa défense (82).

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.

Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Donnez l'ordre au général Victor de partir de Santhia avec le corps qu'il commande (83), demain 10, pour se rendre à Verceil où il recevra de nouveaux ordres.

Faites partir sur-le-champ un officier de l'état-major pour marquer le quartier général à Verceil.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Je vous préviens que le Premier Consul et moi partons {p.41} demain, à 2 heures du matin, pour nous rendre à Verceil (84).

Donnez l'ordre pour que le quartier général soit demain à Verceil.

Donnez un rendez-vous et un point de départ pour que tous les équipages marchent militairement et sous escorte.

Prévenez l'ordonnateur en chef, le commandant du génie et celui de l'artillerie, etc.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, aux Consuls de la République.

Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

J'ai reçu, citoyens Consuls, vos lettres des 30 floréal, 2 et 3 prairial. Je vous répondrai plus en détail lorsque je serai deux ou trois jours fixé dans un endroit.

Je vous envoie un bulletin qui vous fera connaître les opérations de l'armée. vous pourrez le faire insérer dans le journal officiel.

Tout ici va au mieux.

BONAPARTE.

Bulletin de l'armée de réserve.

Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

. . . . . (85) . . . . .

Le général Murat est entré à Verceil, le 7, avec la cavalerie et la division du général Monnier. Il a enlevé une grand' garde de cavalerie, composée de 50 hommes. Il a trouvé à {p.42} Verceil des magasins très considérables de riz, de blé et d'avoine. L'ennemi n'a pas pu ployer son pont sur la Sesia. Il a été obligé de le brûler.

Deux courriers extraordinaires ont été interceptés. Il est constaté que le général Mélas est toujours à Turin; qu'il était arrivé à Nice en poste, criant contre les généraux qui, de Turin, lui donnaient des nouvelles de la vallée d'Aoste et soutenant qu'il n'y avait pas plus de 6,000 hommes. La plus grande partie de son armée, qui était enfournée à Nice, se rapprochait à grandes marches du Pô.

Les villes de Santhia, Crescentino, Biella, Trino, Masserano sont occupées par les troupes françaises.

Les habitants du Piémont, spécialement ceux de Verceil, ont vu l'arrivée des Français avec enthousiasme. Les Italiens ne reviennent point de leur surprise de voir le Premier Consul. Le peuple croyait qu'il s'était noyé dans la mer Rouge. Les soldats autrichiens prisonniers disent qu'on leur avait assuré que le général Bonaparte serait venu à l'armée commander les Français, mais qu'il avait été fait premier ministre à Paris, et que les ministres ne vont pas se battre.

Les deux lettres suivantes (86) peuvent donner une idée de la générosité et de l'enthousiasme qui animent cette armée; aussi les Autrichiens disaient que l'armée n'était composée que de 12,000 hommes, mais que c'étaient tous des grenadiers et des chasseurs d'élite.

Les conscrits se comportent très bien. Au combat de la Chiusella, au premier obus, ils baissaient la tête, mais les vieux soldats les contenaient. Le lendemain de l'affaire ils disaient au général Watrin: « Général, on ne doit plus nous appeler conscrits, nous savons ce que c'est. Nous en valons aujourd'hui trois fois davantage (87) ». {p.43}

Le Premier Consul, aux Consuls de la République.

Ivrée, le 9 prairial an S (29 mai 1800).

Je pars dans une heure (88), citoyens Consuls, pour me rendre à Verceil.

Vous trouverez ci-joint le petit bulletin de l'armée que vous pouvez faire imprimer.

BONAPARTE.

Bulletin de l'armée de réserve.

Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Le 4 prairial, la légion cisalpine, forte de 2,000 hommes, commandée par le général cisalpin Lechi, est partie d'Aoste, a couché à Châtillon. Le 6, elle a passé le mont Ranzola et pris position à Gressoney.

Le 7, elle a passé la Valdobbia et est arrivée à Riva, où elle a passé la Sesia.

Le 8, elle s'est portée à Varallo. Le prince de Rohan, avec sa légion et une pièce de canon, tenait position devant ce poste important, où le Val-Sesia commence à être praticable pour les voitures. La légion cisalpine a attaqué avec beaucoup de bravoure et enlevé les retranchements ennemis, pris la pièce de canon, 3 caissons, fait 350 prisonniers et tué 50 hommes. Elle a eu 2 officiers et 4 soldats tués et 12 blessés (89).

Le même jour, la colonne qui est au Simplon a dû se porter sur Domodossola, et, par là, les troupes que l'ennemi y a encore se trouvent tournées.

Le général Murat a passé ce matin la Sesia. {p.44}

Le général Moncey doit avoir passé le Saint-Gothard et avoir, ce matin, vivement attaqué l'ennemi.

Le Premier Consul et le général en chef partent cette nuit pour Verceil, où sera demain le quartier général (90).

Le Premier Consul, au citoyen Carnot (91).

Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Vous verrez par les relations de l'état-major, citoyen Ministre, les différentes opérations de l'armée. Tout va ici assez bien. L'ennemi paraît absolument dérouté.

La 19e légère, qui vient d'arriver, n'est que de 800 hommes; elle a laissé et son troisième bataillon et différents détachements en France. Donnez-leur ordre de rejoindre leur corps.

La 13e légère n'est forte que de 1100 hommes; elle a un bataillon et ses carabiniers en France. Donnez-leur ordre de rejoindre leur corps.

Les 6e, 22e et 40e et beaucoup d'autres demi-brigades ont des détachements sur l'escadre de Brest. Il faudrait les faire débarquer et rejoindre leur corps.

Le 9e de dragons, le 11e de hussards et le 15e de chasseurs, ne sont pas arrivés (92). Il parait qu'ils sont restés sur la Saône. Envoyez-leur l'ordre de rejoindre l'armée.

Donnez l'ordre à Dijon qu'on envoie à Chambéry tous les dépôts d'infanterie de l'armée.

Chargez un officier général de cavalerie de parcourir tous les dépôts de cavalerie qui se trouvent sur la Saône, et de faire partir, par détachements de 300 hommes, tout ce qui serait disponible (93). {p.45}

Nous avons toujours grand besoin de chevaux d'artillerie. Si nous ne parvenons pas à surprendre à l'ennemi un équipage de pont, il nous en faudra un. La privation qui nous est la plus sensible, c'est celle d'ouvriers d'artillerie ; il nous en faudrait 200, nous n'en avons pas 30. Il nous faudrait aussi des pontonniers, nous n'en avons pas du tout; et enfin un bataillon de sapeurs (94).

Je vous salue,

BONAPARTE. {p.46}

Le Premier Consul, au Ministre de la guerre.

Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Nous allons avoir, citoyen Ministre, quelques places à investir et quelques-unes à assiéger. Le général de division Chasseloup serait nécessaire ici, parce que c'est l'officier qui connaît le mieux toutes les places d'Italie. Donnez-lui l'ordre de se rendre ici auprès de moi (95).

BONAPARTE.

* * *

Lannes passe la journée du 29 mai à Chivasso (96).

Bulletin de l'armée de réserve.

Verceil, le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

L'avant-garde est restée toute la journée du 9 à Chivasso. L'ennemi, informé {p.47} que nous avions ramassé des bateaux sur le Pô, a pensé que nous voulions le passer à Chivasso pour nous poster à Asti et intercepter le corps de troupes qui revient de Nice.

Il a fait filer de Turin toute l'infanterie qu'il avait de disponible sur la rive droite du Pô, vis-à-vis de Chivasso. . . . . (97).

Le chef d'état-major de la division Watrin, au général de division Watrin.

Chivasso, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Le capitaine des grenadiers du 1er bataillon de la 22e demi-brigade vient de me rendre compte, citoyen Général, que ses factionnaires sur la rive gauche du Pô, où il est bivaqué (98), ont entendu frapper et travailler dans l'enfoncement {p.48} sur l'autre rive et qu'entre minuit et 1 heure l'on a entendu rouler des voitures sans qu'on ait pu distinguer cependant si l'ennemi changeait la position de son artillerie ou s'il l'évacuait.

HULIN.

Le chef d'état-major de la division Watrin, au commissaire des guerres Dufresne.

Chivasso, le 9 prairial an 8 (20 mai 1800).

Je vous préviens, citoyen Commissaire, que le quartier général de la division se mettra en marche cette nuit à 2 heures (99). Veuillez en donner avis aux employés sous votre police, afin que comme vous ils en suivent le mouvement.

Conformément aux ordres du général Lannes, vous voudrez bien prendre des mesures pour qu'à l'arrivée de la 6e demi-brigade légère qui aura lieu demain, ce corps puisse recevoir ici les vivres comme les autres corps de la division et, dans le cas où il s'en serait pourvu ailleurs, assurer des moyens de transport pour emporter ce que vous aurez fait préparer à cet effet (100).

HULIN.

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  1. Si l'on se reporte aux situations publiées dans le tome 1er, l'effectif disponible du côté d'Ivrée dans les derniers jours de mai serait d'environ 40,000 hommes (Consulter les situations des 9, 10 et 21 mai, annexes nos 16, 17 et 19).

    En réalité, le total des présents sous les armes ne devait s'élever qu'à 30,000, d'après une indication fournie par le Premier Consul lui-même.

    Sur une lettre de Moncey, partie le 24 mai de Lucerne (V. tome 1er, p. 430) et que le Premier Consul dut recevoir à Ivrée le 27 ou le 28, il écrivit de sa propre main avec plusieurs ratures et corrections, quelques chiffres et quelques noms, dont certains ont été devinés plutôt que lus:

    12 1,800 Lorges.
    1 2,000
    29 1,800
    91
    1 légère 1,800
    91 (nom illisible).
    101
    1 légère. Gardanne.
    67
    44
    102
    {p.4}
    Moncey Lorge 4 7
    Monnier (d'abord Loison). 3
     
    Victor Chambarlhac 3 6 (d'abord 7)
    Gardanne 3 (d'abord 4)
     
    DuhesmeLoison 3 (d'abord 4) 6 (d'abord 7)
    Boudet 3
     
    Lannes Watrin 3 6
    3
    30,000
    4,000
    34,000
    3,000
    12,000
    49,000
    2,000
    51,000
    19 800 2,400 29,400
    70 1,600
    Duhesme 12,000
    Chambarlhac 7,500
    Lannes 7,500

    Ces indications, si importantes à cause de la main qui les a tracées, semblent devoir être interprétées de la façon suivante, en se reportant à la lettre de Moncey (t. 1er, p. 430), à son ordre du jour du 24 mai (t. 1er, p. 506), à sa lettre du 18 mai, à celle du Premier Consul du 14 mai (t. 1er, p. 365 et 355) et aux autres situations du tome 1er.

    1. – Le corps Moncey peut former 3 divisions:

    {p.5}
    Division Lorge.
    12e légère, 2 bataillons arrivés 1200 hommes, plus des renforts 1,800 hommes.
    1re de ligne 2,000
    29e de ligne, 2 bataillons arrivés 1200 hommes, plus 1 bataillon annoncé 1,800
    91e de ligne (placée à la division suivante).
    1re légère, 1 bataillon arrivé 800 hommes, 1 bataillon annoncé, plus des renforts 1,800
    Division . . . . .
    91e de ligne, 2 bataillons arrivés 1200 hommes, 1 bataillon annoncé.
    101e de ligne, 1 bataillon arrivé 800 hommes, 1 bataillon annoncé.
    Division Gardanne.
    67e de ligne, 3 bataillons arrivés, 1900 hommes.
    44e de ligne, 3 compagnies 250 hommes, le reste de la demi-brigade étant déjà avec l'armée de réserve.
    102e de ligne, 3 bataillons non arrivés.

    2. – L'armée, quand Moncey aura rejoint, comprendra 4 corps d'armée à 2 divisions, chaque division ayant 3 demi-brigades, sauf une qui en aura 4, soit:

    Corps Moncey Division Lorge 4 demi-brigades. 7 demi-brigades.
    Monnier 3
     
    Corps Victor Chambarlhac. 3 6
    Gardanne 3
     
    Corps Duhesme Loison 36
    Boudet 3
     
    Corps Lannes Watrin 3 6
    Division comprenant la
    brigade Mainoni (28e
    demi-brigade) et les
    91e et 101e de ligne.
    3

    3. –

    L'infanterie réunie à Ivrée atteindra 30,000 hommes.
    Plus la cavalerie 4,000
    34,000
    Elles seront rejointes par Turreau 3,000
    Et par Moncey o. 12,000
    Ce qui fera un total de 49,000
    Auquel il faut ajouter la légion italique et la colonne Béthencourt 2,000
    Donnant comme effectif de l'armée, le chiffre de 51,000

    4. – L'infanterie réunie à Ivrée se décompose ainsi:

    Division Monnier, 19e de ligne 800 2,400 hommes.
    70e de 1igne 1,600
    Corps Duhesme (divisions Loison et Boudet) 12,000
    Division Chambarlhac 7,500
    Corps Lannes, avant-garde (division Watrin,
    brigade Mainoni)
    7,500
    29,400
    Soit en chiffre rond 30,000
  2. Consulter dans le tome 1er le chapitre X : Occupation d'Ivrée, p. 433, et le chapitre XI: Résistance du fort de Bard, p. 479. Voir en particulier, p. 531, le croquis de l'emplacement des divisions de l'armée de réserve à la date du 25 mai. {p.6}
  3. Le Premier Consul quitte Aoste dans la journée et arrive à Verrès à 4 heures du soir (Voir t. 1er, p. 526 et 527, note 1).
  4. Cette importante lettre de Berthier est utile à consulter. Elle indique nettement la situation matérielle et morale de l'armée de réserve à la date du 24 mai: position du corps Lannes et de la division Boudet à Ivrée; état du, sentier d'Albard; résistance du fort de Bard; insuccès probable de l'assaut; échec dans les tentatives de passage de l'artillerie (Voir t. 1er, p. 498).
  5. D'après la minute, qui se trouve aux Archives nationales, le Premier Consul avait dicté en plus la phrase suivante: « Prévenez-le cependant qu'il ne passe pas (mot illisible) qu'après avoir battu ou éloigné l'ennemi; il doit se. . . . . ».
  6. Voir au chapitre IV l'ordre donné par Berthier à Lechi et les opérations exécutées en conséquence par la légion italique.
  7. Correspondance de Napoléon, n° 4847. {p.7} {p.8} {p.9}
  8. Le lendemain 27 mai, l'adjudant général Hulin, chef d'état-major de la division Watrin, adressait de Romano au général Dupont un rapport sur le combat de la Chiusella; Dupont en rendait compte au Ministre dans une lettre écrite à Ivrée le 28 mai. Ces deux rapports sont la reproduction, presque en termes identiques, de celui de Watrin. Il a paru inutile de les publier.
  9. Le général Gency commande la 6e légère, et le général Malher les 22e et 40e de bataille, d'après un ordre de l'adjudant général Hulin, daté de Chivasso le 29 mai; cet officier réclame au général Gency la situation de la 6e légère et au général Malher celles des 22e et 40e. D'après un autre ordre d'Hulin (V. p. 22, note 1), le général Gency commande la 6e légère et la 22e. {p.10}
  10. Dupont ajoute dans son rapport do 28 mai « . . . . . La supériorité de notre baïonnette sur cette arme y a été prouvée d'une manière éclatante ».
  11. Le rapport d'Hulin du 27 mai indique 400 morts et blessés. Comparer aux chiffres indiqués dans les dernières lignes du compte rendu autrichien, p. 17, et à ceux donnés par le rapport du 28 mai, note 3, p. 13.
  12. Ordre du jour de la division Watrin.

    Romano, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

    Le général de division Watrin témoigne aux corps composant la division sa satisfaction sur la bravoure qu'ils ont montrée hier aux affaires de Chiusella et de Romano.

    La 6e légère a passé la rivière sous le leu de l'ennemi avec beaucoup d'audace, tandis que la 22e attaquait de front le pont de la Chiusella, ce qui a forcé l'ennemi à la retraite. Ces deux corps et la 40e ont soutenu, avec beaucoup d'intrépidité et de sang-froid, diverses charges de cavalerie, ce qui prouve à l'infanterie que, lorsqu'elle veut se tenir unie et serrée, elle sera toujours victorieuse de la cavalerie aussi; le général recommande-t-il bien aux chefs des corps et aux officiers de ne détacher des tirailleurs que le moins possible et d'avoir toujours une petite réserve sur laquelle ils puissent se replier en cas' d'événement.

    Le Général de division,

    WATRIN.

    Pour copie conforme:

    L'Adjudant général, chef de l'état-major,

    HULIN. {p.11}

  13. Un rapport, écrit le 6 prairial à Ivrée, annonçait la victoire de la Chiusella :

    « . . . . . Ce matin, l'avant-garde de l'armée a en un engagement extrêmement brillant sur la Chiusella.

    « Le général Lannes avait reçu l'ordre du général en chef Berthier de poursuivre l'ennemi sur Chivasso. L'ennemi occupait, derrière la Chiusella, d'assez belles positions.

    « La Chiussella a été passée sur le pont en colonnes serrées, et à la droite et à la gauche, à deux gués où il y avait 4 pieds d'eau. La nombreuse cavalerie de l'ennemi le mit à même de protéger la retraite de l'infanterie, qui était dans une déroute complète.

    « Les dragons de la Tour et de l'Empereur ont chargé la 40e et la 22e, qui les ont reçus avec les baïonnettes croisées et les ont écrasés. Le général Pilati, qui commandait la cavalerie ennemie, est resté sur le champ de bataille avec plus de 500 dragons, parmi lesquels sont 12 officiers.

    « Des espions assurent que le général Mélas arrivait hier à Turin * et paraissait fort étonné de ce mouvement extraordinaire; jusqu'à cette heure, il ne paraît pas que l'ennemi l'eût jugé.

    « Les différentes divisions de l'armée achèvent de déboucher aujourd'hui dans la plaine. »

    On n'a retrouvé que la minute de ce rapport, sans date ni signature. Il avait été publié dans le Moniteur du 13 prairial (2 juin), où on lui avait donné par erreur la date du 7 prairial.

    * Mélas était, en effet, arrivé le 25 mai à Turin (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. 26, p. 203). {p.12}

  14. «. . . . . Le général Boudet a prêté ses hussards pour enlever la position de Romano. Dans cette glorieuse journée, nous avons eu 9 hommes tués, 27 blessés. Le capitaine Noël s'est conduit d'une manière distinguée dans cette affaire. » (Rapport du citoyen Ismert, chef d'escadron au 11e de hussards.)
  15. Le début de ce rapport a été cité au t. 1er. notamment p. 482, 491, 519, 528 et 546. {p.13}
  16. Le combat de la Chiusella a été omis dans le répertoire des « Victoires de l'armée française », fait au Ministère de la guerre (Paris, Imprimerie nationale, 1886).
  17. Passage du rapport de Berthier, supprimé par le Premier Consul: « Les conscrits dans ce combat ont rivalisé d'ardeur et de courage avec les vieux soldats…».
  18. Le Premier Consul a corrigé le chiffre de Berthier et a mis: 200.
  19. Correspondance de Napoléon, n° 4852. {p.14}
  20. Ce passage se trouve cité plus loin, p. 19. {p.15} {p.16}
  21. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. 26, p. 187 à 190. {p.17}
  22. A Foglizzo il n'y avait pas de pont fixe sur l'Orco. Ce pont était à Chivasso. Il n'y avait là seulement qu'un gué. Si l'ennemi était parvenu à s'avancer plus rapidement sur l'Orco, le passage de la rivière aurait dû avoir lieu à Chivasso. (Note du texte autrichien.)
  23. D'après W. . . . . , officier d'état-major autrichien (Campagne des Français en Italie en 1800, p 13; Leipzig, 1801), la perte des Autrichiens ne fut que de 400 hommes; celle des Français aurait été d'environ 2,500 hommes, tués et blessés, et 300 prisonniers avec autant de chevaux. (Comparer aux rapports français p. 10, 13 et 15.) {p.18}
  24. Ce rapport est daté du 7 prairial, ce qui doit être une erreur matérielle, puisque les autres documents cités p. 19, 24 et 25, montrent que Murat se porte le 26 mai à Santhia et le 27 à Verceil. Cette reconnaissance de Piverone à Santhia a, évidemment, été faite le 26.
  25. Sans doute Palazzo. {p.19}
  26. Borgo d'Alé, à l'ouest de Santhia.
  27. Note sans adresse ni signature.
  28. Journal de le campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.
  29. La division Monnier ne se composait alors que de la 70e demi-brigade. Des autres demi-brigades de la division, la 19e légère était arrivée à Aoste le 25 mai (V. t. 1er p. 531) et la 72e n'avait pas encore passé le Grand-Saint-Bernard.
  30. Le chef de brigade Champeaux commandait les 2e et 15e de chasseurs. Le général Duvignau avait sous ses ordres les 5e, 7e, 8e et 9e de dragons; le général Kellermann les 1er, 2e, 3e et 20e de cavalerie; le général Rivaud, le 12e de hussards et le 21e de chasseurs (Berthier à Dupont, le 14 mai. – V. t. 1er, p. 371).
  31. Dupont au ministre de la guerre (28 mai). {p.20}
  32. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. 26, p. 242.
  33. Voir t. 1er, p. 526 et 527.
  34. Le général Marescot écrit d'Arnaz le 6 prairial (26 mai) au chef de bataillon Kirgener « . . . . . Nous partons tous demain pour Ivrée. Le quartier général est parti ce matin. . . . . » (Livre d'ordres de Marescot. – Archives du génie,)

    Dans une minute de rapport, sans date ni signature, on lit: « . . . . . Ce soir, le Premier Consul est arrivé à Ivrée. . . . . ». C'est par erreur que ce rapport est publié avec la date du 7 prairial dans le Moniteur du 13 prairial (2 juin). 11 a été, sans aucun doute, écrit le 6 prairial.

    Dans une lettre du 7 prairial aux Consuls (Voir plus loin, p. 27), le Premier Consul écrit: « . . . . . Je suis arrivé hier au soir à Ivrée. . . . . »

  35. Deux canons de 4 avaient passé sous le feu des défenseurs du château de Bard dans la nuit du 24 au 25 mai (V. t. 1er, p. 518). C'étaient les deux premières pièces qu'on parvenait à faire passer.

    Il paraît probable que deux pièces de 8 et deux obusiers purent traverser la ville de Bard dans la nuit du 25 au 26 et arriver dans la soirée du 26 à Ivrée.

  36. « Les canonniers », dans le registre conservé aux Archives de Gros-Bois. {p.21}
  37. C'était sans doute le canon du combat d'Avigliana (Voir t. Ier, p. 548 à (52). La distance à vol d'oiseau de ce point à Romano est de 50 kilomètres.

    Le renseignement de Lannes concorde avec la lettre de Villard (p. 549), qui donne le 27 comme date de ce combat. La Revue militaire autrichienne l'indique le 26 (p, 551); le Journal de Brossier et la lettre du général Valette (p. 548) le placent le 24.

  38. Au chef d'état-major général.

    Ivrée, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

    J'apprends qu'il y a 100 hommes de la 28e demi-brigade à Biella. Envoyez-lui sur-le-champ l'ordre de se rendre à l'avant-garde.

    Alex. BERTHIER. {p.22}

  39. Le chef d'état-major de la division Watrin au général de brigade Malher.

    Romano, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

    Je vous invite, citoyen Général, à donner ordre au chef de la 40e demi-brigade de faire compléter les cartouches au nombre de cinquante par homme. La distribution s'en fera au lieu de l'emplacement de la pièce par le commandant de l'artillerie, après que les bons auront été visés par moi.

    Si vous avez des blessés ou des malades dans l'endroit que vous occupez, veuillez, je vous prie, les faire conduire à la municipalité de Romano, d'où ils seront transportés à Ivrée par les chariots qui ont apporté le pain pour la troupe.

    La série des mots d'ordre ne m'étant pas encore parvenue, je ne puis vous la faire passer.

    HULIN.

    Au général de brigade Gency.

    Même lettre qu'au général Malher, ayant de plus le paragraphe ci-après:

    Je vous préviens qu'il sera distribué de suite à la 6e demi-brigade la ration entière de pain. La 22e en recevra en même temps la demie et l'autre demi-ration lui sera délivrée cette après-midi. Je vous invite à donner des ordres en conséquence.

    HULIN.

    Au commandant de l'escorte des chariots sur lesquels a été transporté le pain pour la division d'Ivrée, à Romano.

    Vous ferez placer sur les chariots, qui ont transporté le pain la nuit dernière, tous les malades et blessés qui se trouvent à l'ambulance pour être transférés à l'hôpital d'Ivrée.

    Vous prendrez en même temps sous votre escorte tous les prisonniers de guerre qui se trouvent à Romano.

    HULIN.

    A l'officier supérieur de jour de la 6e légère.

    Vous fournirez, Citoyen, à la commune de Scarmagne, un détachement de 25 hommes commandés par un officier, qui feront respecter les personnes et les propriétés dans cette commune, qui a rendu des services signalés à votre demi-brigade hier pendant le combat. Ce détachement sera nourri par la commune.

    Vous donnerez avis de cet ordre au général Gency.

    HULIN. {p.23}

  40. L'original de cette lettre porte la date du 9 prairial (29 mai). Elle figure également à cette date sur le registre de Berthier, aux archives de Gros-Bois. Le contexte, en particulier la lettre suivante de Berthier à Duhesme, prouvent d'une façon absolue qu'elle est du 7 prairial (27 mai).

    Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Duhesme.

    Ivrée, le 7 prairial an 8 (27 mai 1800).

    Je vous ai fait donner des ordres par le chef de l'état-major. Mon intention est que vous vous rendiez aujourd'hui à Santhia avec la division Boudet. Le général Murat, avec 1500 hommes de cavalerie et la 70e, aux ordres du général Monnier, marche sur Verceil. Il est nécessaire que vous le souteniez dans le cas où il en aurait besoin. En conséquence, vous le préviendrez de la position que vous occuperez. Il est essentiel que vous nous éclairiez du côté de Trino et que vous envoyiez des espions jusqu'à Casale.

    Le général Murat, qui a beaucoup de cavalerie, est également chargé d'envoyer faire des reconnaissances sur l'un et sur l'autre de ces points. La division Loison a l'ordre de se porter ce soir pour prendre position à Bollengo ou Piverone, route de Santhia. Maintenez la plus grande discipline dans les troupes à vos ordres. Je fais mettre mille francs à votre disposition pour les espions que vous enverrez.

    Je vous salue.

    Alex. BERTHIER. {p.24}

  41. « . . . . . Le 7, ma division, sous les ordres du lieutenant général Duhesme, arriva à Santhia. . . . . » (Rapport des marches et opérations de la division Boudet.)

    « . . . . . Le 7 prairial, le général Duhesme prit position à Santhia avec la division Boudet. . . . . » (Rapport des opérations du lieutenant général Duhesme.)

    « 7 prairial. – Marche de la division Boudet sur Santhia. – Le 7, la division Boudet rejoignit près de Santhia la division Loison, avec ordre de se réunir toutes deux au général Murat, qui poursuivait sa marche sur, Verceil. » (Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier.)

  42. Bonaparte, Premier Consul de la République, au citoyen Petiet, Conseiller d'État.

    Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Je vous prie, Citoyen, de faire solder trois mois d'appointements aux officiers et soldats de la 12e demi-brigade, à laquelle il en est dû 7, et deux mois à la 28e, à laquelle il en est dû 6. On ne paiera que les hommes présents sous les armes.

    Je vous prie également de procurer à la 12e demi-brigade 400 habits, vestes ou capotes, {p.25} de manière que cette demi-brigade soit un peu habillée elle l'est d'une manière à faire peur. Je vous autorise. à cet effet, à faire acheter à Ivrée tout ce qui serait nécessaire, de manière que cette demi-brigade soit un peu en état d'ici à cinq ou six jours.

    BONAPARTE.

  43. Le Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier, reproduit presque littéralement ce passage, mais en donnant la date du 8 prairial.

    Le Bulletin de l'Armée, du 29 mai (Voir p. 41), indique la date du 7 prairial.

    D'après la Revue militaire autrichienne, l'occupation de Verceil par les Français et la retraite des Autrichiens sur la rive gauche de la Sesia, ont eu lieu le 27 mai (7 prairial) :

    « . . . . . Mais, le 27, il (le général Festenberg) fut lui-même attaqué de nouveau par des forces supérieures en nombre et si vivement poursuivi que les troupes eurent à peine le temps d'atteindre le pont sur pilotis de la Sesia, de l'incendier et d'aller chercher ensuite, au moyen de quelques canots, les petits détachements qui étaient restés sur l'autre rive. De la division de dragons postée à Cigliano pour maintenir la communication avec le feld-maréchal lieutenant Haddick, un escadron ne put plus atteindre Verceil. Il fut obligé de sa réfugier à Casale. » (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. 26, p. 243).

  44. Passage du rapport de Berthier supprimé par le Premier Consul: « . . . . . Le général Murat obtient de brillants succès sur l'ennemi; le 7 prairial, il emporte Verceil de vive force. . . . . »
  45. Passage du rapport de Berthier supprimé par le Premier Consul: « Le général Moncey m'a informé qu'il est en mesure d'exécuter les ordres qu'il a reçus.

    « Le général Murat passe la Sesia et marche sur Novarre.

    « Le général Lannes. . . . . »

  46. Correspondance de Napoléon, n° 4852. {p.26} {p.27}
  47. D'après la Correspondance de Napoléon, ce bulletin serait une lettre datée d'Aoste le 25 mai (pièce n° 4848), qu'on a vue au tome 1er, p. 480, note l, et p. 526, note 2.
  48. Faire mettre. . . . . d'après l'original.
  49. Cette relation est le Rapport sur les premières opérations de l'armée de réserve (Corr. Napoléon, n° 4852). Elle fut raturée et modifiée par le Premier Consul. On ne la reproduira pas ici; elle a été citée par fragments dans le tome 1er, p. 435, note 1 ; p. 449, note 2; p. 471, note 2 ; p. 472, note 1; p. 482, p. 491, note 1 ; p. 519 et 520, p.528, p. 546, et dans le présent volume, p. 12, 13 et 25.
  50. 19 juin.
  51. Correspondance de Napoléon, n° 4848. {p.28}
  52. Lannes fait une démonstration par Foglizzo vers le pont de l'Orco.

    D'après la Revue militaire autrichienne, le feld-maréchal lieutenant Haddick, qui s'était retiré sur la rive droite de l'Orco, «. . . . . avait reçu l'ordre de défendre chaque pouce de terrain et de battre en retraite vers Turin aussi lentement que possible, en restant en liaison constante avec le feld-maréchal lieutenant Kaim. . . . .

    « . . . . . Le régiment de dragons de Lobkowitz se trouvait encore au delà de l'Orco, à Chivasso.

    « Le général Lannes reçut de Bonaparte l'ordre de s'avancer avec l'avant-garde vers l'Orco. Avec environ 3,000 hommes d'infanterie et 400 cavaliers, il descendit, le 28 mai, de Foglizzo, sur le fleuve. Au milieu d'une vive canonnade, Lannes s'approcha de plus en plus du pont. Les dragons autrichiens repassèrent le pont, l'incendièrent et gagnèrent la position du feld-maréchal lieutenant Haddick, sur la rive droite. L'ancienne prévision, que Bonaparte se tournerait vers Turin et ferait là sa jonction avec le corps du général Turreau, devenait dès lors plus vraisemblable. Les Autrichiens se préparèrent à attendre le lendemain les attaques répétées de l'armée de réserve française. Mais le général Lannes resta avec son corps, le 29 mai, à Chivasso (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. 26, p. 239 et 1241).

  53. L'occupation de Chivasso par la division Watrin est aussi établie par un ordre de la division, daté de ce point le 8 prairial (28 mai).
  54. Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant-commandant Brossier. {p.29}
  55. Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Ivrée, le 8 prairial an 8 (28 mai 1800).

    Je vous ai demandé, citoyen Général, un état de situation des présents sous les armes; je l'attends. Ordonnez qu'il y ait toujours un adjoint de l'état-major de service auprès de moi, qui aura son cheval prêt chez moi: il devra également avoir toujours avec lui deux hommes du pays, montés, prêts à me suivre. Faites-moi le plaisir de m'envoyer tout de suite la carte de Borgonio, que vous m'avez promise *.

    BERTHIER.

    * Carte des États de S. M. le roi de Sardaigne, dressée par l'ingénieur Borgonio en 1683, corrigée et augmentée es 1772. L'échelle est de 1 sur 144,000.

    D'après l'orthographe des noms, il semble que Berthier a utilisé cette carte pendant toute la campagne.

  56. Correspondance de Napoléon, n° 4855.
  57. Les mots: « de riz et de blé » sont ajoutés d'une autre écriture.
  58. La présence du Premier Consul à Chivasso et la revue qu'il y passe ont sans doute pour but de tromper Mélas et de le confirmer, de plus en plus, dans la pensée que les Français vont marcher sur Turin. Mais cette erreur ne dure pas longtemps, d'après la Revue militaire autrichienne (Voir p. 38, note 1), puisque, des le 28, les reconnaissances et les renseignements des espions font connaître au quartier général autrichien l'évacuation du pays autour d'Ivrée et la marche des Français sur Verceil.

    Ainsi, la feinte sur Chivasso n'a peut-être pas eu sur les événements autant d'influence que lui en a prêté l'Empereur à Sainte-Hélène:

    « L'avant-garde prit aussitôt la position de Chivasso, d'où elle intercepta le cours du Pô et s'empara d'un grand nombre de barques chargées de vivres, de blessés, et enfin de toute l'évacuation de Turin. . . . .

    « Cependant, on disposa les barques prises sur le Pô pour la construction d'un pont; cette menace produisit l'effet qu'on attendait: Mélas affaiblit les troupes qui couvraient Turin sur la rive gauche et envoya ses principales forces pour s'opposer à la construction du pont. » (Corr. Napoléon, t. 30, p. 375,) {p.30}

  59. La 28e, au commencement de 1800, était encore dans le Valais. Elle avait trois compagnies au grand Saint-Bernard depuis le 13 mai 1799 (Voir t. 1er, p. 106, 108, 109, 289 et 387).
  60. Voir la fin de ce bulletin au 29 mai, p. 41.
  61. Rapport des marches et opérations de la division Boudet. {p.31}
  62. Cette lettre n'a pas été retrouvée.
  63. Archives de M. le général comte Duhesme.
  64. Chambarlhac était à Ivrée le 28 mai (Voir une lettre de lui au tome 1er, p. 481, note 3).

    D'après le Journal de Brossier, c'est le 28, et non le 29, que sa division se porte à Santhia :

    « . . . . . Le 8, la division Chambarlhac se rendit aussi à Santhia et fut suivie le lendemain par le corps de cavalerie qui était resté à Ivrée. . . . . » {p.32}

  65. On avait d'abord mis cinquante.
  66. On avait d'abord mis deux cents.
  67. La lettre est écrite par Bourrienne, secrétaire du Premier Consul, et signée par Berthier.
  68. Brune commande « la seconde ligne de l'armée de réserve », à Dijon.
  69. Cet ordre est immédiatement exécuté. Les dépôts de six demi-brigades partent le 4 juin de Dijon et arrivent le 13 à Chambéry. Les autres dépôts, stationnés aux environs de Dijon, partent entre le 4 et le 9 juin et sont à Chambéry entre le 11 et le 19. L'effectif total est de 1826 hommes. (Lettres du 8 juin du général Meynier, commandant la 18e division militaire, et du commissaire ordonnateur de la 2e subdivision de la 18e division.)
  70. Le général Veaux, qui commande ces deux demi-brigades (Voir t. 1er, p. 251), écrit de Châlon-sur-Saône à Dupont, le 11 juin: « . . . . . J'ai eu l'honneur de vous rendre compte différentes fois que ces bataillons ne sont point organisés et qu'ils n'ont que les anciens hommes de dépôt, n'ayant pas reçu de conscrits ; excepté les trois bataillons qui sont à Mâcon, savoir la 2e légère, la 18e et 19e de ligne, dont la force est de 1253 hommes, et ceux de la 25e, 32e et 61e, n'ont exactement que leurs anciens' soldats de dépM qui montent à 800 hommes, parmi lesquels il se trouve au moins cent hommes hors, d'état de faire la guerre, officiers et sous-officiers compris. Ces six bataillons se trouvent absolument dépourvus de chaussure et la majeure partie est sans habits, excepté le bataillon de la 18e de ligne, qui est habillé. . . . . » {p.33}
  71. De Paulet de la Bastide (Marie-Gaspard-Abraham), né à Saint-Quentin le 9 novembre 1769, avait été sous-lieutenant le 26 février 1792, lieutenant le 1er mars l793, adjudant général chef de bataillon le 6 avril 1795, adjudant général chef de brigade le 13 juin 1795.

    Il devint général de brigade le 20 octobre 1800 et mourut le 1er août 1805, étant commandant du département de la Vendée. {p.34} {p.35}

  72. Musnier de la Converserie (Louis-François-Félix:), né à Longueville (Pas-de-Calais) le 18 janvier 1766, avait été cadet gentilhomme à l'École royale militaire le 22 août 1780, sous-lieutenant au régiment d'infanterie de Piémont le 22 décembre 1782, lieutenant le 10 août 1788, adjudant-major le 15 septembre 1791, capitaine le 1er mars 1792, chef de bataillon le 6 avril 1795, chef de brigade le 5 septembre 1795, adjudant général le 18 juillet 1796, général de brigade le 17 décembre 1798.

    Il devint général de division le 1er février 1805, baron de l'Empire, et fut inspecteur général d'infanterie en 1815.

  73. La 59e avait changé do chef de brigade le 25 mai : « Donnez sur-le-champ, au chef de brigade Magny, le commandement de la 59e demi-brigade. Le général Bourdois sera employé à la suite de l'état-major. » (Berthier à Dupont–Verrès, 25 mai.)
  74. Guénand (Louis-Charles), né à Busançais (Indre) le 22 août 1755, avait été élève à l'École royale militaire le 17 septembre 1766, sous-lieutenant le 13 juin 1774, lieutenant le 11 juin 1781, capitaine le 19 août 1789, lieutenant-colonel le 29 juin 1792, colonel le 26 octobre 1792, général de brigade le 6 août 1793. Obligé de donner sa démission le 16 octobre 1793, il était remis général de brigade le 14 mars 1800.

    Il mourut on mai 1803. {p.36}

  75. Festenberg disposait, sur la Sesia, de 1907 hommes et de 1627 chevaux (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 246). {p.37}
  76. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 246.
  77. Murat avait aussi écrit, dans la matinée du 29, à Bethencourt et à Lechi. Ces lettres n'ont pas été retrouvées, mais elles sont analysées dans une lettre du 31 mai de Bethencourt au Premier Consul (V. chap. IV). {p.38}
  78. Mélas eut, en effet, l'intention, le 29 et le 30 mai, de prendre l'offensive avec tout ce qu'il avait de troupes disponibles et de marcher de Turin sur Verceil en coupant la ligne de communication de l'armée de réserve.

    « . . . . . Toutefois, ce même jour (le 28 mai), les patrouilles de reconnaissance, que le feld-maréchal-lieutenant Haddick avait envoyées au delà de l'Orco sur son aile gauche, avaient rapporté la nouvelle que Aglié, Castellamonte, San-Giorgio et la région montagneuse située en arrière, étaient abandonnés, et que, d'après les dires des habitants, la plus grande partie des Français s'était dirigée vers le Milanais. Des espions, dont la fidélité avait été reconnue par une série d'expériences, apportèrent la même nouvelle, en ajoutant qu'Ivrée restait occupée par un millier d'hommes et, qu'en dehors du corps du général Lannes, demeuré sur le bas Orco, les autres troupes s'étaient dirigées sur Verceil. Comme, Bonaparte avait pris cette direction, abandonnant ainsi ses derrières, on supposa, au quartier général autrichien, qu'il attendait des renforts venant de Suisse et qu'il se portait au-devant d'eux.

    « Le généralissime autrichien devait donc prendre une décision rapide et procéder activement à son exécution, s'il voulait prévenir la jonction complète des colonnes ennemies. Il devait aussi tenir compte du temps que le feld-maréchal-lieutenant Vukassevich devait mettre pour rassembler ses troupes sur le Tessin et du court délai pendant lequel ce général pourrait arrêter sur ce point la marche en avant de l'ennemi, supérieur en nombre. Guidé par ces principes et stimulé par les événements pour agir vite, Mélas décida, le 29 mai, de prendre toutes les troupes disponibles du feld-maréchal-lieutenant Kaim et du général Nymptsch, de les réunir à celles du feld-maréchal-lieutenant Haddick, de passer ensuite l'Orco, d'attaquer le général Lannes avec toutes ses forces et, après avoir battu ce dernier, de s'avancer sans retard sur Verceil, ou, suivant les circonstances, de pousser plus loin.

    « De Castagnetto à Casale, sur la rive droite du Pô, il y avait à Verrua une compagnie et à Casale 7 compagnies. Mélas donna au général Skal, commandant de la forteresse d'Alexandrie, le commandement de ce détachement, qui fut encore renforcé de 3 bataillons et d'un escadron. On recommanda à son attention spéciale la tête de pont de Casale, qui, à cet endroit, couvrait le passage du fleuve. Dès que se produirait l'attaque principale sur l'Orco, le général Skal devait faire établir en ce point un pont de bateaux, passer avec toutes ses troupes sur l'autre rive et chercher à faire sa jonction avec la colonne principale sur la rive gauche du Pô. Le général Nymptsch reçut l'ordre, avec 1 bataillon et 2 escadrons, de partir à minuit pour Turin en laissant le colonel Schauroth avec le reste de ses troupes à Fenestrelles. En même temps, le feld-maréchal-lieutenant Kaim préparait 5 bataillons, 8 escadrons, pour les envoyer rejoindre, au premier signal, le feld-maréchal-lieutenant Haddick. (OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 256 et 257.) {p.39}

  79. Cet ordre n'a pas été retrouvé, mais il est certainement résumé dans le passage du Journal de Brossier, qui précède.
  80. 9 prairial. – Marche de divers corps sur Verceil. – Pour s'opposer plus sûrement à cette tentative (offensive de Mélas contre le flanc droit de l'armée), la 19e légère, le 1er escadron du 1er de hussards, le 5e de dragons et les 1er, 3e et 5e de cavalerie reçurent, le 9, l'ordre du général en chef de se rendre à Verceil par une marche de nuit et en passant par Santhia.

    Le quartier général, qui était fixé à Ivrée depuis le 7, se rendit le 10 à Verceil et le 11 à Novarre. (Journal de Brossier.)

  81. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major général.

    Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Donnez l'ordre à toute la brigade de cavalerie de partir sur-le-champ pour se rendre à {p.40} Verceil, où elle doit arriver demain vers midi; elle ne suivra pas la route par Piverone, mais celle qui passe par Cossano et Alès.

    Vous me ferez plaisir de m'envoyer le plus tôt possible un état de situation de l'armée des présents sous les armes.

    Alex. BERTHIER.

  82. Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

    Ivrée, le 9 prairial an 8, (29 mai 1800).

    Vous donnerez, citoyen Général, une autorisation à M. Bernard Mossi, ex-commandant du fort à Ivrée, pour rester à Ivrée, y porter son uniforme et y être en sûreté sous la sauvegarde de la loyauté française. Ses propriétés devront également être respectées.

    Alex. BERTHIER.

  83. D'après l'ordre du 24 mai, du Premier Consul à Berthier, Victor devait avoir sous ses ordres Chambarlhac et Monnier (V. t. 1er, p. 511). Ce dernier étant parti en avant-garde avec Murat, le corps Victor ne comprenait que la division Chambarlhac. {p.41}
  84. Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Le chef de brigade Bessières prendra le commandement des troupes d'infanterie, cavalerie et artillerie de la garde du Consul, qui se trouvent à l'armée de réserve.

    BERTHIER.

    Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Le chef de brigade Bessières fera partir la garde à pied et à cheval à deux heures du matin.

    Il fera partir à une heure 12 chasseurs qui m'attendront à mi-chemin de Santhia.

    Je partirai à deux heures avec la compagnie de chasseurs.

    Bessières recommandera aux grenadiers d'escorter mes bagages et d'y faire la plus grande attention, vu que mes papiers s'y trouvent,

    BERTHIER.

  85. Le début de ce bulletin, relatif à la revue passée à Chivasso par le Premier Consul le 28 mai, a été publié à cette date (Voir p. 30). {p.42}
  86. Ces lettres sont celles du chef de brigade Ferey, commandant la 24e légère, au général Herbin, et celle du chef de brigade Lepreux, commandant le 96e de ligne, au Premier Consul. Elles ont trait au refus, par ces deux demi-brigades, de la gratification qui leur avait été donnée pour le transport de leur artillerie de Saint-Pierre à Étroubles (voir t. Ier, p. 480 et 481).
  87. Ce bulletin est publié dans le Moniteur du 15 prairial (4 juin). Il figure à la Correspondance de Napoléon sous le n° 4855. {p.43}
  88. Le Premier Consul à Joséphine.

    Ivrée, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800), 11 heures du soir.

    « Je suis au lit. Je pars dans une heure pour Verceil. Murat doit être ce soir à Novare. L'ennemi est fort dérouté ; il ne nous devine pas encore. J'espère, dans dix jours, être dans les bras de ma Joséphine, qui est toujours bien bonne quand elle ne pleure pas et ne fait pas la « civetta » (coquette). Ton fils est arrivé ce soir. Je l'ai fait visiter il se porte bien. Mille choses tendres. J'ai reçu la lettre d'Hortense. Je lui enverrai, par le prochain courrier, une livre de cerises très bonnes. Nous sommes ici avancés d'un mois sur Paris.

    « Tout à toi.

    « BONAPARTE. »

    (Thibeaudeau. – Le Consulat et l'Empire, t. Ier, p. 279.)

  89. Voir, au chapitre IV, les opérations de la légion italique. {p.44}
  90. Ce bulletin est publié dans le Moniteur du 15 prairial (4 juin). Il figure à la Correspondance de Napoléon sous le n° 4856.
  91. Correspondance de Napoléon, n° 4854.
  92. Une partie des 9e de dragons et 15e de chasseurs était déjà à l'armée. Ces régiments sont, en effet, cités dans un rapport du 1er juin de César Berthier à Dupont (Voir p.76).
  93. Le Ministre de la guerre au citoyen Bonaparte, Premier Consul de la République.

    Paris, le 15 prairial an 8 (4 juin 1800).

    Citoyen Consul,

    Je m'empresse de vous rendre compte, en réponse à la lettre que vous m'avez fait l'honneur {p.45} de m'adresser d'Ivrée le 9 de ce mois, des ordres que j'ai donnés conformément à vos intentions.

    Le 3e bataillon de la 19e demi-brigade d'infanterie légère, composé d'environ 700 hommes, qui était stationné dans les îles de Ré et d'Oleron; deux compagnies de carabiniers et un bataillon de la 13e d'infanterie légère, formant ensemble environ 900 hommes, et une compagnie de carabiniers de la 6e légère, venant de l'armée de l'Ouest, seront rendus dans les environs de Dijon le 20 de ce mois.

    Un détachement de la 70e demi-brigade, composé d'environ 350 hommes, est également en marche pour se rendre à Dijon vers le 25.

    J'ai chargé le général Brune de former une colonne de ces troupes sous la conduite d'un officier ferme et intelligent et de les faire diriger avec rapidité par la direction la plus courte sur Villeneuve avec les 9e régiment de dragons, 11e de hussards et 15e de chasseurs pour se rendre de là, par le mont Saint-Bernard, en Italie.

    J'ai invité en même temps le général Bernadotte, commandant en chef l'armée de l'Ouest, à renvoyer tous les autres détachements appartenant aux corps employés à l'armée de réserve et de s'entendre avec le commandant de la marine à Brest pour faire retirer ceux qui se trouvent embarqués sur l'escadre en armement dans ce port.

    J'ai chargé en outre le général Canclaux, qui se rend à Dijon, du soin d'extraire des. dépôts de troupes à cheval, dont je joins ici le tableau, tous les hommes et les chevaux en état de faire la guerre et de les faire filer par détachements de 300 hommes vers l'armée de réserve, en Italie.

    Enfin, j'ai chargé le général Brune d'envoyer à Chambéry, conformément à vos intentions, tous les dépôts d'infanterie, dont je joins également ici le tableau.

    Je m'occupe, au surplus, citoyen Consul, des moyens de faire passer à l'armée de réserve des chevaux d'artillerie, et je viens de renouveler les ordres pour faire arriver, avec rapidité également, en Italie, 3 compagnies de pontonniers, 2 compagnies de canonniers et une compagnie d'ouvriers d'artillerie.

    Je me réserve de donner tous mes soins à la ponctuelle exécution de toutes ces dispositions.

    Salut et respect.

    CARNOT.

    (Archives nationales, AFIV, 1161.)

  94. Le Ministre de la guerre au Premier Consul de la République française, à l'armée.

    Paris, le 16 prairial an 8 (5 juin 1800).

    Citoyen Consul,

    Pour satisfaire à votre ordre, daté d'Ivrée le 9 de ce mois, je m'empresse de vous rendre compte des dispositions qui ont été faites.

    Il a été donné ordre à Strasbourg le 8 floréal, par le télégraphe, d'envoyer à Genève:

    • 2 compagnies d'artillerie,
    • 1 compagnie d'ouvriers,
    • 3 compagnies de pontonniers.
    {p.46} Cet ordre, qui ne paraît pas avoir été exécuté de suite, a été renouvelé le 14 de ce mois par la même voie.

    Le 22 floréal et le 6 prairial, le général d'artillerie de l'armée de l'Ouest a reçu ordre de faire passer à l'armée de réserve tous les chevaux harnachés qu'il avait.

    Tous ceux du dépôt de Versailles ont reçu et reçoivent journellement la même destination.

    A l'égard de l'équipage de pont demandé, le seul dont on pût disposer est parti en diligence de Metz, le 4 de ce mois, pour l'armée du Rhin.

    Il est de 36 pontons d'airain, 40 haquets, et complètement pourvu de poutrelles et agrès de toutes sortes.

    Ce qui reste le plus considérable en ce genre consiste en 30 pontons et 34 haquets à réparer, qui sont à Rennes, et en quelques agrès dispersés dans 15 arsenaux.

    Ces objets ne sont pas une ressource, tant par leur éloignement que par leur peu d'importance.

    Salut et respect.

    CARNOT.

    (Archives nationales, AFIV, 1161.)

    Le Ministre de la guerre au premier Consul de la République.

    Paris, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

    Citoyen Consul,

    Conformément à vos ordres, j'ai dirigé vers l'armée de réserve les 7 compagnies restantes du 3e bataillon de sapeurs, actuellement employé à l'armée du Rhin: ces sept compagnies se trouvent à leur arrivée réunies aux deux premières compagnies qui font en ce moment partie de l'armée de réserve.

    Par suite de cette disposition, il résulte que, des quatre bataillons de sapeurs, les trois premiers vont se trouver en Italie et le 4e à l'armée du Rhin.

    Salut et respect.

    CARNOT.

    (Archives nationales, AFIV, 1167.)

  95. Correspondance de Napoléon, n° 4853.
  96. Le chef d'état-major de la division Watrin au général de brigade Malher, à la gendarmerie.

    Chivasso, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Je vous préviens, citoyen Général, que les 22e et 40e demi-brigades peuvent se présenter ce matin à 11 heures pour recevoir les distributions ci-après, {p.47}

    Savoir:

    Pain: ration complète pour un jour, dans la grande rue, près la place d'Armes.

    Viande: ration complète pour deux jours, aux Augustins.

    Riz: à 4 onces pour deux jours, à Saint-Antoine.

    Fourrage: à raison de 20 livres, à Saint-Augustin.

    Je vous prie de vouloir bien donner des ordres en conséquence aux chefs de ces deux corps.

    HULIN.

    Le chef d'état-major de la division Watrin au commandant de l'artillerie de la division Watrin.

    Chivasso, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Vous voudrez bien, Citoyen, me faire passer de suite la situation du personnel et matériel de l'artillerie sous vos ordres, ainsi que de vos approvisionnements en tous genres, principalement en cartouches d'infanterie. Vous y ferez mention des besoins que vous pourrez avoir pour le service de la division.

    P.-S. – Veuillez m'envoyer en même temps l'état nominatif, et par grades, des morts, blessés et prisonniers que vous avez eu depuis le passage du Saint-Bernard, en désignant les affaires où ces pertes ont eu lieu.

    HULIN.

    Le chef d'état-major de la division Watrin au général de brigade Rivaud, commandant la cavalerie de l'avant-garde.

    Chivasso, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Je fais conduire auprès de vous, citoyen Général, deux chasseurs du 21e régiment que la gendarmerie a arrêtés dans les campagnes. Le procès-verbal, que je vous envoie ci-joint, vous instruira des motifs de leur arrestation.

    HULIN.

  97. Voir la suite de ce bulletin au 30 mai, p. 54.
  98. Le chef d'état-major de la division Watrin au chef de la 22e demi-brigade de ligne.

    Chivasso, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Conformément aux ordres du général commandant la division, vous voudrez bien, citoyen Chef, envoyer à Montanaro une compagnie du corps que vous commandez pour y {p.48} être à la disposition de la municipalité de cette commune à l'effet de faire activer les versements des objets de comestible requis pour la subsistance des troupes de la division.

    Vous recommandrez au commandant de cette compagnie de surveiller à ce qu'elle ne donne lieu à aucune plainte de la part des habitants elle sera nourrie par la municipalité de Montanaro et ne devra exiger rien de plus que ce que la loi lui accorde.

    Vous préviendrez le général Malher du départ de ce détachement.

    HULIN.

  99. On trouve, dans le registre du chef d'état-major de la division Watrin, un ordre encore daté de Chivasso le 10 prairial (30 mai) (Voir p. 54, note 2).
  100. Ordre du jour de l'avant-garde.

    Chivasso, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

    Le général commandant les divisions de l'avant-garde ordonne aux généraux de faire rassembler sur-le-champ les troupes confiées à leur commandement et qu'il soit fait une vérification des sacs.

    Ceux des militaires qui seront nantis d'effets appartenant à des particuliers piémontais seront arrêtés et traduits de suite au conseil de guerre de la division pour y être jugés conformément aux lois militaires.

    Les chefs de corps et les commandants des compagnies demeurent personnellement responsables de tous les désordres qui se commettront par leur négligence à respecter cette mesure, seule propre à prévenir des plaintes qui seraient la source de la désorganisation et d'un mécontentement général.

    ISARD.

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96