Home Store Products Research Design Strategy Support News
 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 1 Chapitre 9

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.377}

(PREMIÈRE PARTIE)
CHAPITRE IX
PASSAGE DU GRAND-SAINT-BERNARD

Passage de la division Watrin avec son artillerie, les 15 et 16 mai. – Engagement près d'Étroubles le 15 mai. – Occupation d'Aoste le 16 mai. – Passages de la brigade de cavalerie Rivaud, des divisions Boudet et Loison, les 17 et 18 mai. – Difficultés pour le passage de l'artillerie. – Combat de Châtillon le 18 mai. – Instructions aux généraux Suchet et Moncey. – Dispositions pour garder la ligne de communication.

Au moment où les troupes vont se mettre successivement en mouvement pour franchir la chaîne des Alpes, diverses mesures sont prises pour les alléger, compléter leur armement, assurer leur subsistance (1).

Ordre du jour du 25.

Villeneuve, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Les généraux de division se feront rendre compte du nombre de cartouches qui se trouvent disponibles dans chaque corps et en enverront de suite l'état au chef de l'état-major général.

Les gros bagages et les femmes suivant l'armée, qui seraient venus jusqu'à Villeneuve, seront de suite dirigés sur Genève et Chambéry, conformément à l'ordre du 23.

Les officiers généraux tiendront la main à l'exécution de l'article du règlement de campagne, qui prescrit de faire accompagner aux distributions les hommes de corvée par un détachement armé, commandé par un officier, pour y maintenir le bon ordre.

Le Général de division, chef de l'état-major,

DUPONT. {p.378}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Villeneuve; le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Mettez à l'ordre de l'armée que tout ce qui composait la garnison d'Ancône est échangé;

Que le général Brune commande la partie de l'armée de réserve qui est la 18e et 26e division;

Que les soldats sentiront combien il est essentiel qu'ils ménagent leurs subsistances afin qu'elles suffisent aux jours indiqués.

La victoire tient à l'économie des subsistances et à la constance des braves à supporter les privations. Ces premiers jours seront pénibles; c'est là où le soldat français prouvera qu'il est le premier guerrier du monde.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Villeneuve, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

On avait reçu hier soir 447,480 rations de biscuit.

On a envoyé à Martigny 110,636 rations; il en a été distribué 60,000.

Il en restait en magasin 276,744 rations sur laquelle quantité la division Chambarlhac va être fournie.

Il vient d'arriver ce matin 136,000 rations de biscuit, 300 quintaux de blé et 200 sacs d'avoine.

Trois bateaux sont près d'arriver, dont un chargé d'effets d'hôpitaux.

Il a été envoyé à Martigny 178 barils d'eau-de-vie. Il en reste 122 barils.

Les moyens de transports manquent ici.

Il me paraît indispensable que vous fassiez donner l'ordre à la chambre administrative du Léman d'envoyer sur-le champ au moins 200 voitures à Villeneuve, pour porter du biscuit à Martigny.

On m'assure que les divisions Loison et Boudet ont reçu les armes qui leur étaient nécessaires.

Il vient d'arriver dans le moment 260,000 cartouches; il reste ici environ 1400 fusils et une quinzaine de bouches à feu arrivées par eau.

Le général Lannes me mande que le 23 il a commencé à {p.379} faire monter son artillerie; mais je n'ai pas de nouvelles qu'elle soit arrivée à l'hospice.

Je vous envoie différents états qui vous feront connaître la situation des choses.

En général, ce qui nous manque ce sont les transports.

On m'apporte à l'instant un rapport que je vous fais passer; vous y verrez qu'on compte 18 bouches à feu (2) au château de Bard.

Je pars à l'instant pour Martigny et Saint-Pierre où j'espère arriver demain matin.

La division Chambarlhac n'a pu faire la journée ordonnée, elle a couché à Vevey.

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER.

PLACE DE VILLENEUVE

Situation par aperçu des approvisionnements.

Biscuit:

Reçu jusqu'à ce jour.447,480
Envoyé à Martigny.110,736 170,736
Distribué les 24 et 25 matin.60,000
 
Il doit rester en magasin ce matin 276,744

Nota. – Il y a des caisses qui ont été endommagées par la pluie et qu'on ne peut distribuer. On en a pillé plusieurs, en sorte qu'on ne doit regarder cette situation que comme approximative, quoique juste.

Eau-de-vie:

Recette 300 barriques.
Envois 178
Il doit rester 122 barriques.
{p.380}
Qui, réduites en rations, font la quantité de. 78,080 rations.
Il reste de plus 13 pipes qui en contiennent. 145,120
Total 223,200 rations.

Les divisions Boudet et Loison ont pris du pain hier pour la journée et du biscuit pour cinq jours.

Il arrive dans le moment:

137,000 rations de biscuit;
300 quintaux de blé;
200 quintaux de farine (3).

Renseignements sur les forces ennemies.

La force des Autrichiens, depuis Saint-Rémy jusqu'à Ivrée inclusivement, était au 16 floréal, savoir:

{p.381}
Saint-Rémy. 200 Croates;
Étroubles. 150
Oyen. 150
Cité d'Aoste. 500
Châtillon. 300
Bard. 100
Albard. 100
Ivrée. 500 du régiment de Kinsky;
Environs d'Ivrée. 200 du régiment Savoie, Piémontais.
2,200

A Étroubles, il y a une pièce de 4;

A Aoste, huit pièces de 4;

A Châtillon, pour la défense du pont, quatre pièces de 8;

A Bard, vingt-six pièces de 8 et de 16, dont dix en fer;

A Albard (position qui domine le fort de Bard), deux pièces de 4 et des retranchements.

On ne forme pas de camp entre Bard et Ivrée.

L'ennemi a fait marcher sur Gênes quelques bataillons qu'il avait dans les environs de Turin.

Les paysans du . . . . . (4) sont très mécontents des Autrichiens, qui accaparent toutes les denrées pour leurs magasins; il y fait très cher vivre. L'ennemi lève par force une milice dans le pays.

Le Premier Consul au général en chef Berthier.

Lausanne, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

600 hommes de la 60e, citoyen Général, viennent d'arriver. La moitié de leurs armes est en mauvais état; j'estime qu'il leur en manque 300. Je désirerais que vous me fassiez connaître s'il n'y en a pas à Villeneuve; dans le cas contraire, il faudra leur accorder après-demain séjour à Villeneuve, pour avoir le temps d'en faire venir de Genève, où je vais écrire pour qu'on en envoie de suite.

Il faut que vous donniez l'ordre au général Sauret d'établir son quartier général à Villeneuve ou à Saint-Maurice. Donnez-lui le commandement du Léman, de tous les bords du lac et de tout le Valais (5). Attachez-lui un commissaire des guerres ou un commissaire ordonnateur. Fixez vos routes depuis Genève jusqu'à Saint-Pierre.

Ordonnez au général Sauret de tenir la main à ce qu'il soit passé, à Genève et à Villeneuve, des revues de tous les conscrits et troupes qui y passent, afin {p.382} que l'on complète l'armement, les souliers et les 40 cartouches par homme: que tout corps ou détachement qui partira de Genève prendra du pain pour quatre jours, et, en partant de Villeneuve, du biscuit pour cinq jours. Alors, il vous suffit d'avoir une seule manutention à Genève et deux fours à Nyon, afin de pouvoir fournir le pain aux troupes qui n'iraient pas à Genève.

Il restera à prendre des mesures pour la cavalerie. Il va en passer beaucoup, et si elle n'est pas mieux nourrie qu'elle ne l'a été jusqu'à cette heure, les chevaux arriveront morts en Italie. Plusieurs corps n'ont point laissé leurs dépôts à Dijon, ni dans la 18e division ; il est nécessaire alors qu'ils les établissent à Genève.

Ordonnez également que les petits dépôts de cavalerie soient établis à Villeneuve. Il y aura possibilité de faire fournir l'avoine par le lac, et voici la saison où l'on ne manque pas de fourrages.

Je vous recommande de prendre des mesures pour la cavalerie. Il va arriver une grande quantité de chevaux d'artillerie. Tous mourront en montant la montagne, s'ils sont huit jours sans être nourris.

Je viens de faire partir de Lausanne 5 chariots de munitions, chargés de 10 traîneaux faits à Auxonne, pour le transport des caissons et des pièces de 8. Faites-les atteler par d'autres chevaux qui se trouveront à Villeneuve et envoyez-les en toute diligence au Saint-Bernard. Les chevaux qui sont attelés à ces 5 voitures pourront servir à atteler l'artillerie de la division du général Monnier.

J'ai fait donner, à Lausanne, une pièce de 4 à la légion cisalpine. Faites-lui en donner une autre à Villeneuve.

Salut.

BONAPARTE.

Le général Murat n'organise pas sa cavalerie; il n'y a ni commissaire des guerres ni chefs d'administration, de sorte qu'on ne sait comment vivre (6).

L'organisation qui paraît la meilleure serait de la diviser en 4 brigades:

1° Le 12 de hussards, le 21e de chasseurs;

2° Le 1er de hussards, les 2e et 15e de chasseurs;

3° Les 5e, 7e, 8e et 9e de dragons;

4° Les 1er, 2e, 3e, 5e et 20e de cavalerie.

Il faut que chaque brigade ait un agent des fourrages, un commissaire des guerres, une escouade d'artillerie légère avec 2 pièces de canon. En attendant {p.383} que l'artillerie légère de l'armée soit arrivée, on pourra se servir de celle de la garde des Consuls.

Il est nécessaire que l'ordonnateur prenne des mesures pour avoir à Lausanne 2 ou 3,000 paires de souliers par décade, pendant trois décades, pour les détachements et corps qui passent (7).

Bonaparte, Premier Consul, au citoyen Guériot, chef de brigade, directeur du parc.

Lausanne, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Un détachement de 600 hommes, de la 60e demi-brigade, a besoin de 300 fusils; faites-les partir en toute diligence sur un bateau pour Villeneuve, où il serait nécessaire qu'ils fussent arrivés demain dans la nuit.

Je crains que nous ne nous trouvions dans un grand embarras de cartouches; dès que vous en aurez 100,000 de faites, expédiez-les; cela ne comporte point de retard.

BONAPARTE (8).

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Lausanne, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Il est nécessaire, citoyen Général, de donner les ordres pour que l'on forme l'artillerie de la division du général Monnier. Les pièces doivent être rendues à Villeneuve. Il faut que le général Marmont nomme un chef de bataillon d'artillerie et organise de suite cette artillerie. Il faut également que l'ordonnateur en chef nomme un commissaire des guerres, un adjoint et un chef de chaque administration.

BONAPARTE. {p.384}

Ordre pour la garde.

Lausanne, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

La garde partira demain, à 5 heures du matin (9). Elle passera à Villeneuve, où elle prendra des vivres pour les 26,27, 28, 29 et 30.

Les domestiques, charretiers, etc., prendront également des vivres pour eux et pour leurs maîtres, et pour leurs chevaux, jusqu'au 30.

Ils iront coucher à Saint-Maurice.

Les aides de camp Lefebvre, Merlin et Lebrun partiront avec mes chevaux.

Ils me choisiront à Saint-Maurice une maison pour moi.

BONAPARTE.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

Villeneuve, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Donnez l'ordre que les demi-brigades qui n'auraient pas pris à Villeneuve les pierres à fusils et les cartouches qu'elles auraient ordre de prendre, en prennent en passant à Bex. Elles devront s'adresser au commandant d'artillerie.

Donnez l'ordre au détachement du 9e de dragons, qui est avec la division Chambarlhac, d'attendre à Villeneuve le régiment.

100 hommes du 11e de hussards, qui sont en avant, sont destinés à la division Chambarlhac.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont, chef de l'état-major.

Villeneuve, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

La troupe a dû prendre à Villeneuve du biscuit pour les 26, 27, 28 et 29 inclus. Il faut que l'ordonnateur en chef prenne des mesures pour qu'arrivée à Saint-Pierre elle en prenne pour les 30 floréal, 1er et 2 prairial inclus.

Donnez des ordres pour que tout le biscuit, après que la division Chambarlhac sera passée, file sur Saint-Pierre. Il est possible que, ne trouvant rien dans la vallée d'Aoste et étant arrêté par le château de Bard, je sois embarrassé pour les vivres. Il serait également nécessaire de faire filer des farines sur Martigny et Saint-Pierre. {p.385}

Il faut en même temps prendre des mesures pour assurer à Villeneuve et sur la route les vivres pour environ 10,000 hommes qui suivent la division Chambarlhac.

Il est extrêmement important que nous prenions des mesures pour tâcher de nourrir l'armée dans la vallée d'Aoste pendant environ quatre à cinq jours, ce qui servira dans le cas que nous ne puissions pas déboucher aussi vite que nous le désirons. On dit la vallée d'Aoste entièrement ruinée.

Le quartier général sera demain 26 à Martigny.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général de division Lannes.

Martigny, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Je vous envoie, mon cher Général, le chef de bataillon piémontais Pavetti. Cet officier est connu et a des partisans dans la vallée d'Aoste, d'où il est; il y a grand crédit. Dites-lui de faire circuler des proclamations en annonçant une armée de 100,000 hommes.

Je serai demain au Saint-Bernard.

Amitié.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul, aux Consuls.

Lausanne, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

J'ai reçu votre lettre du 21 floréal. Les besoins du moment ne sont pas assez pressants pour faire des opérations ruineuses. Je désirerais donc bien que l'on n'en fit plus sur les délégations; nous en avons assez retiré pour les opérations précédentes.

L'avant-garde passe dans ce moment-ci le Saint-Bernard; elle est commandée par le général Lannes.

J'ai passé aujourd'hui la revue de la cavalerie.

Restez quelques jours sans donner des nouvelles de l'armée de réserve; dites seulement qu'elle est en pleine marche (10).

Il sera peut-être bon de faire mettre dans quelques journaux, autres que le Journal officiel, que j'ai traversé la Suisse et que j'ai passé par Bâle, afin de dérouter ceux qui voudraient répandre de mauvaises nouvelles et alarmer les bons citoyens.

Nous aurons quelques obstacles à vaincre; le transport. de l'artillerie par les {p.386}

Alpes ne sera pas un des moindres; mais enfin toute espèce de moyens seront employés.

Je vous salue affectueusement (11).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Lausanne, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Lauriston, citoyen Général, vient d'arriver; il m'apprend que toute l'artillerie de la division du général Lannes a passé (12). Faites tout de suite passer tout le corps du général Duhesme, et portez-vous le plus rapidement possible au fort de Bard. Si le général Chabran a pu amener les pièces de 12, faites-les-y conduire. Vous sentez que l'on ne saurait trop tôt enlever le château de Bard.

J'imagine que Lannes a occupé aujourd'hui Aoste. J'espère qu'au plus tard dans la journée du 27 vous serez maître de Bard (13).

La cavalerie couchera demain à Villeneuve. Monnier, avec sa division, couchera demain à Vevey. Les Italiens doivent vous avoir joint.

Demain au soir je serai probablement à Saint-Maurice (14); ma garde et les équipages partent demain matin pour s'y rendre.

Je viens de recevoir des nouvelles de Paris, où tout va parfaitement bien.

Les 1000 hommes de cavalerie qui sont partis de Paris quelques jours avant moi seront le 30 à Lausanne.

Je vous salue (15).

BONAPARTE. {p.387}

Click on the image to open it full-sized in its own window.

Grande St. Bernard

* * *

Le 15 mai, pendant que la brigade Gency vient à Saint-Pierre, la brigade Malher et le quartier général de l'avant-garde passent le col, qui était occupé par trois compagnies du 3e bataillon de la 28e demi-brigade depuis le 13 mai 1799 (16).

A l'arrivée des premières troupes de l'armée de réserve, « les religieux dressent aussitôt des tables devant l'hospice, chaque soldat y reçoit deux verres de vin avec une petite ration de pain de seigle et de fromage (17) ».

Après un arrêt de courte durée, la brigade Malher descend sur le versant italien.

« . . . . . A 2 heures du matin (le 15 mai) elle (l'avant-garde) déboucha d ans la vallée d'Aoste, força le poste avancé des Autrichiens, placé au pied du mont Jupiter, à environ trois quarts de lieue au-dessous de l'hospice, le poursuivit jusqu'à Saint-Rémy, premier village de la vallée d'Aoste. L'ennemi se défendit quelques instants dans ce village, fermé par une muraille et une porte crénelée, mais il l' abandonna bientôt et se retira sur Étroubles (18) ». {p.388}

Le chef d'état-major de la division Watrin, au capitaine de la 7e compagnie du 3e bataillon de la 22e demi-brigade.

Saint-Rémy, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

D'après les dispositions du général commandant la division, il est ordonné au capitaine commandant la 7e compagnie du 3e bataillon de la 22e demi-brigade, de cantonner à Saint-Rémy avec sa compagnie jusqu'à nouvel ordre. Il y remplira les fonctions de commandant de la place. Il aura le plus grand soin de surveiller la correspondance et de s'y garder militairement.

HULIN.

De Saint-Rémy, la brigade Malher continue sa marche sur Étroubles.

« Il y eut le même jour à Étroubles un léger engagement avec l'ennemi qui, au nombre de 50 à 60 hommes (19) prit position à droite de la rivière, en face du village, sur le plateau nommé les Crêtes et montra l'intention de s'y défendre. Il en fut bientôt chassé et on lui fit quelques prisonniers (20) ».

Le général Lannes s'arrête à Étroubles avec la brigade Malher.

Le chef d'état-major de la division Watrin, au général de brigade Gency.

Étroubles le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Les intentions du général commandant la division, citoyen Général, sont que vous laissiez à Saint-Rémy (21) le 3e bataillon de la 40e demi-brigade. Les autres bataillons de ce corps viendront prendre position à Étroubles. Ils camperont au même endroit où campe aujourd'hui la brigade sous les ordres du général Malher (22).

HULIN.

Click on the image to open it full-sized in its own window.

Étroubles {p.389}

Le chef d'état-major de la division Watrin, au citoyen Fournier, adjoint aux adjudants généraux.

Étroubles, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Ci-joint une lettre pour le général Gency, que vous lui remettrez à son passage.

Les intentions du général commandant la division sont que le 3e bataillon de la 40e demi-brigade prenne position en avant du village de Saint-Rémy, en plaçant ses postes dans la gorge de Bosser, où ils attendront de nouveaux ordres.

Faites filer tous les objets concernant l'artillerie, ainsi que les comestibles en tout genre pour la division.

HULIN.

Pendant ce temps, les canons de l'avant-garde sont démontés à Saint-Pierre, et le capitaine Danthouard insiste pour avoir « de suite des mulets pour le transport de l'artillerie, le plus et le plus tôt possible (23) ». L'ambulance de la division Watrin suit le mouvement et vient d'Orsières à Saint-Pierre (23).

La brigade de cavalerie de l'avant-garde (général Rivaud) était à Vevey le 14; elle avait reçu l'ordre de venir le 15 à Saint-Pierre. C'était une marche de 76 kilomètres, avec 1253 mètres de différence de niveau (Vevey, 380 mètres; Saint-Pierre, 1633 mètres).

Elle ne fait que 49 kilomètres et cantonne à Martigny, avec la division Loison, et en arrière de la division Boudet, qui occupe Orsières (24) et Sembrancher (25), le 15 mai.

Le lendemain, 16 mai, à 4 heures du matin, la brigade {p.390} Rivaud part pour Saint-Pierre (26), où elle rejoint la division Boudet.

Elle y passe la nuit et traverse le col le 17.

* * *

Lannes, général de division, commandant l'avant-garde, au général en chef Berthier.

Aoste, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Nous sommes arrivés à Aoste ce matin à 11 heures avec la 6e légère et la 22e de bataille (27).

Nous avons trouvé l'ennemi sur les hauteurs de cette ville; un bataillon de la 6e avait ordre de le tourner. Il n'a pas attendu son mouvement, il s'est retiré dans la ville et a fait un peu de résistance sur le pont; il a été culbuté à la baïonnette. Il a eu 12 hommes tués et 1 officier blessé à mort. Il nous a laissé 3 prisonniers. Aucun des nôtres n'a été tué ni blessé (28). {p.391}

Le vin et les fourrages ne nous manqueront pas, mais nous serons très pauvres en grains et denrées (29).

Des lettres que nous avons trouvées à la poste de cette ville et que je vous envoie annoncent que Nice a été pris par l'ennemi et que Gênes, vigoureusement bombardé, ne tiendra pas longtemps.

Il y a très peu de troupes ennemies dans la vallée. Six ou sept régiments de cavalerie sont cantonnés dans les environs de Turin. Presque toute l'armée est dans la rivière de Gênes.

LANNES.

Click on the image to open it full-sized in its own window.

L'adjudant général Hulin, au général divisionnaire Dupont, chef de l'état-major général.

Aoste, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800), à midi.

Citoyen Général,

Le général Watrin me charge de vous informer de notre entrée dans la cité d'Aoste.

La brigade du général Malher (30) s'est mise en marche ce matin à 2 heures d'Étroubles, où elle arriva hier. L'ennemi, qu'elle a rencontré à un quart de lieue de cet endroit, s'est replié de poste en poste jusqu'au pont sur la Doire, où, étant réuni au nombre d'environ 400 hommes, il a fait une assez forte résistance. Il en a pourtant été chassé en peu de temps.

Nous sommes entrés dans la cité d'Aoste et l'ennemi a été poursuivi jusqu'à deux lieues au delà de la ville. Il y a eu {p.392} 12 hommes tués, parmi lesquels l'officier commandant, et plusieurs blessés. Nous n'avons perdu personne; deux chasseurs de la 6e demi-brigade d'infanterie légère ont été seulement légèrement blessés. Les reconnaissances seront poussées, j'espère, fort loin après midi.

Nous trouverons ici de la viande, du vin, de l'avoine et du foin; mais on aura de la peine à avoir du pain, attendu que le grain y est fort rare (31).

Salut et respect.

HULIN.

P. S. – Les troupes de 18: division ont passé le Mont-Saint-Bernard avec beaucoup d'ordre et de rapidité; leur conduite, pendant leur marche jusqu'à ce jour, mérite les plus grands éloges.

L'adjudant commandant Brossier, dans son Journal de la campagne de l'armée de réserve, raconte en ces termes la marche d'Étroubles sur Aoste et le combat d'Aoste:

Pont de La Cluse forcé (32).

Depuis Étroubles jusqu'à Aoste, l'avant-garde de l'armée française n'éprouva d'autre obstacle que la destruction du pont de bois près La Cluse, petit poste fermé par une porte, au-devant de laquelle l'ennemi avait construit quelques retranchements en terre; mais il céda cette position aussitôt qu'il s'aperçut qu'il allait être tourné par une colonne dirigée d'Étroubles par la gauche de la rivière, et le pont fut immédiatement établi et mis en état de donner passage à l'artillerie. {p.393}

Prise d'Aoste.

Arrivée à Aoste le 26 au matin, la brigade du général Malher (33) faisant partie de la division Watrin, eut à soutenir un choc assez vif avec l'ennemi qui, au nombre d'environ 400 hommes, lui disputa quelques instants le passage du pont situé sur la Doire, à l'extrémité de la ville, du côté du Piémont, et près l'arc de triomphe bâti par les Romains. L'affaire s'engagea dans le faubourg. L'ennemi se forma en bataille de l'autre côté du pont; mais en peu de temps, il fut forcé à la retraite, perdit son chef, eut 12 hommes faits prisonniers et fut poursuivi jusqu'à deux lieues au delà de la ville (34).

La brigade Malher bivouaque au delà d'Aoste, dans la direction de Châtillon (35). {p.394}

Elle se prépare à une revue administrative (36).

Pendant ce temps, la brigade Gency, 40e demi-brigade, part de Saint-Pierre, passe le col (37), porte un bataillon à Saint-Rémy et deux à Étroubles.

Elle reçoit l'ordre suivant pour le lendemain, 17 mai:

Le chef d'état-major de la division Watrin, au général de brigade Gency.

Aoste, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Les intentions du général commandant la division, citoyen Général, sont que vous vous portiez demain, 27 du courant, à Aoste, avec les deux premiers bataillons de la 40e demi-brigade, et que le 3e bataillon de ce corps, qui se trouve à Saint-Rémy, se rende de suite à Étroubles, où il restera jusqu'à ce que toute l'artillerie, munitions, équipages et bagages appartenant à la division ait filé de ce côté. La compagnie de ce même corps qui se trouve au Saint-Bernard devra le rejoindre aussitôt qu'elle y aura été remplacée.

Le détachement des hussards, qui se trouve auprès de vous, doit suivre votre mouvement de demain.

Le commandant du 3e bataillon de la 40e demi-brigade commandera en même temps la place d'Étroubles et y surveillera la correspondance.

HULIN.

* * *

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Sembrancher, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800), à 6 heures du matin.

J'arrive à l'instant et j'apprends que le général Lannes a passé le Saint-Bernard avec toute son artillerie. Je n'ai cependant pas de nouvelles directes de lui. {p.395}

Je presse l'arrivée des autres divisions.

J'ai été étonné de trouver ici le général Marescot, tandis que Lannes doit être devant Bard.

Je pars pour passer le Saint-Bernard. Je vous instruirai des premières nouvelles que j'aurai de l'avant-garde.

Recommandez qu'on nous fasse filer des cartouches et tous les mulets qui pourront être à Villeneuve.

Les transports de Villeneuve à Martigny peuvent se faire sur des voitures, le chemin est bon.

Le 12e de hussards et le 21e de chasseurs ont séjourné mal à propos à Martigny. Je les ai fait partir ce matin à 4 heures. J'espère qu'ils passeront le Saint-Bernard ce soir et qu'ils gagneront la tête de la division Boudet et de suite l'avant-garde (38).

Il nous faut des souliers.

Faites, je vous prie, renouveler l'ordre pour que les femmes et les bagages restent en arrière; nous en sommes accablés.

J'ai trouvé le général Mainoni qui attendait la 28e du haut Valais. Je lui ai ordonné de se rendre à l'avant-garde à marches forcées.

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER.

Le général en chef, au général Lannes.

Saint-Pierre, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800), à 1 h. 1/2 après midi.

Je reçois à l'instant, citoyen Général, votre lettre datée d'Étroubles du 25 floréal (39).

Vous faites bien de rassembler toutes vos troupes à Aoste et notamment votre artillerie. Il est important que vous poussiez vos reconnaissances et que vous employiez des gens du pays pour avoir des nouvelles positives sur l'ennemi.

Demain 27, à 2 heures du matin, le 12e régiment de chasseurs et le 21e de cavalerie (40) partent d'ici pour passer le Saint-Bernard et vous rejoindre le plus tôt possible. Toute {p.396} l'infanterie de la division Boudet passe également demain le Saint-Bernard.

Si vous avez votre artillerie et votre infanterie réunies le 27 à Aoste et que la tête de la colonne des troupes aux ordres du général Chabran se soit mise en communication avec vous, je ne vois point d'inconvénient à ce que vous poussiez rapidement sur le château de Bard, mais il vous faut essentiellement votre artillerie.

La colonne du général Chabran prendra position à Aoste et ne suivra point votre mouvement. Envoyez au-devant du général Chabran pour lui dire qu'il hâte de tous les moyens possibles l'arrivée de son artillerie; il doit avoir passé des pièces de 12. Recommandez-lui également de se faire suivre par toutes les subsistances qu'on aura fait monter le Saint-Bernard et qui se trouveront dans la vallée de Tarentaise.

Mettez beaucoup d'ordre dans les ressources que l'on peut tirer du pays; car si le château de Bard résiste quelques jours, nous serions embarrassés.

Il est bien essentiel que vous nous renvoyiez les mulets et les hommes de Saint-Pierre le plus promptement possible; sans cela nous ne pourrions pas vous faire passer une cartouche. Réunissez même tous les mulets que vous pourriez avoir dans la vallée d'Aoste et envoyez-les à Saint-Pierre, avec une escorte suffisante, pour être chargés de munitions. Assurez les propriétaires qu'ils seront exactement payés.

Dans toute la vallée de Saint-Pierre à Sembrancher, sur un bruit que vous enleviez les mulets que vous trouviez dans la vallée d'Aoste, tous les paysans ont emmené ceux qu'ils avaient; rétablissez la confiance en nous renvoyant ceux que vous avez.

Je vous envoie le général Mainoni; la 28e demi-brigade le suit à une journée de marche, elle est destinée à faire partie de l'avant-garde.

Je serai demain au soir à Aoste.

Recommandez également au général Chabran de faire descendre du Saint-Bernard l'artillerie et toutes les munitions qui s'y trouvent (41).

Je vous salue.

Alex. BERTHIER. {p.397}

Le général en chef, au général Dupont.

Saint-Pierre, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Faites faire le quartier général pour le 27 à Étroubles et à Aoste.

Donnez l'ordre au général Rivaud de partir avec sa cavalerie à 2 heures précises du matin pour se rendre à Aoste et rejoindre l'avant-garde.

Donnez l'ordre à la diyision Boudet de partir à 4 heures du matin pour passer le Saint-Bernard et se rendre à Étroubles (42). Le général Boudet laissera un petit bataillon avec son artillerie que l'on s'occupera de faire passer le plus promptement possible.

Ordonnez à la division Loison de passer le Saint-Bernard avec son artillerie le plus promptement possible (43).

Même ordre à la division Chambarlhac (44).

Donnez l'ordre au général commandant à Martigny de faire filer sur le Saint-Bernard tout ce qui tient à la 28e demi-brigade et qui arrive du côté de Sion, pour qu'il rejoigne le plus promptement possible l'avant-garde du général Lannes.

Ordonnez-lui également de faire filer sur Aoste toutes les troupes qui arriveraient à Martigny, soit de la colonne du général Monnier (45), soit de celle faisant partie de l'armée, {p.398} infanterie (46) et cavalerie (47); qu'il active aussi par tous les moyens possibles la marche sur Saint-Pierre des transports de cartouches, munitions et biscuit.

Écrivez à Villeneuve qu'on nous envoie les mulets qui pourraient arriver, et que, sous aucun prétexte, on n'en retarde la marche pour Saint-Pierre.

Prévenez sur toute notre communication en arrière que c'est par le manque de mulets que l'armée ne peut avoir à Aoste les munitions nécessaires qui sont retenues à Saint-Pierre.

Donnez l'ordre au général Duhesme d'établir son quartier général à Saint-Pierre et d'activer le passage des divisions Boudet et Loison. Il passera avec cette dernière pour rejoindre le quartier général.

Je partirai demain à 3 heures du matin. Donnez les ordres nécessaires pour le passage.

Alex. BERTHIER.

Le général en chef, au général Dupont.

Saint-Pierre, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Je vous prie, citoyen Général, d'ordonner à l'officier d'état-major chargé du logement de remplir ses fonctions avec plus d'exactitude. Après m'avoir fait attendre longtemps une écurie, on m'en donne une remplie de chevaux étrangers et où les miens ne peuvent avoir de place.

Donnez également des ordres pour que j'aie une garde de grenadiers ou de carabiniers et que, sous tous les rapports, on ait à mon égard la décence qu'on doit au commandement qui m'est confié.

Alex. BERTHIER.

Le général en chef, au général Dupont.

Saint-Pierre, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Je reçois des plaintes que les soldats vont dans les maisons sous prétexte de prendre des marmites et enlèvent le sel et tout ce qu'ils trouvent, et pillent les malheureux habitants. Envoyez des officiers d'état-major chez les généraux, afin qu'ils empêchent ces abus et qu'on établisse des gardes pour qu'on ménage les propriétés des habitants qui nous ont déjà rendu tant de services.

Alex. BERTHIER. {p.399}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Saint-Pierre, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Citoyen Consul,

Je suis arrivé ici aujourd'hui à 1 heure après midi.

Les 6 pièces de l'artillerie du général Lannes sont passées avec un approvisionnement simple. Je présume que demain au soir elles seront à Aoste, mais le général Lannes ayant emmené environ 200 mulets et tous les hommes de Saint-Pierre, le général Marmont se trouve pour le moment sans aucuns moyens pour faire passer l'artillerie de la division Boudet, qui vient d'arriver. Je prends tous les moyens possibles pour nous procurer des hommes et des mulets.

Le 12e régiment de hussards et le 21e de chasseurs partent à 2 heures après minuit et l'infanterie de la division Boudet à 4 heures du matin.

Toutes les autres divisions suivront, mais l'artillerie sera un objet très long.

Tous nos traîneaux sont inutiles (48); les gens du pays s'y connaissent mieux que nous; ils prennent un rondin de sapin qu'ils évident à moitié, ils placent la pièce dans le creux et, avec 60 hommes, ils traînent une pièce de 8 au haut du Saint-Bernard.

Le général Lannes était hier à Étroubles; aujourd'hui il se porte sur Aoste, où je serai moi-même demain. On dit que l'ennemi a un petit camp à Châtillon, mais que c'est à Bard qu'il nous attend. Je vous donnerai demain des nouvelles plus positives.

J'écris à Chambéry pour que tout le biscuit de l'approvisionnement extraordinaire confectionné à Grenoble file à Aoste par le Petit-Saint-Bernard, au lieu d'aller à Genève (49).

Je vous prie de donner les ordres les plus impératifs pour que tous les mulets possibles nous soient envoyés à {p.400} Saint-Rémy (50); c'est là où est l'encombrement de l'artillerie et de cartouches, faute de bras et de mulets.

Une pièce de 8 coûte environ 500 francs à passer.

Je joins ici un rapport que me fait un de mes aides de camp qui était ce matin au Saint-Bernard (51).

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER.

P. S. – J'ai ordonné au général Lannes que, du moment où son avant-garde serait rassemblée à Aoste, il marchât sur Bard, si la tête de la colonne du général Chabran était toutefois en communication avec lui. J'ai ordonné à ce dernier de prendre position à Aoste jusqu'à mon arrivée.

Si nous avions quelques affaires chaudes dans ces premiers jours, nous serions fort embarrassés pour les cartouches, par la difficulté de passer le Saint-Bernard, faute de mulets.

B.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Saint-Pierre, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

L'adjudant général Pannetier sera employé près de moi.

Donnez l'ordre au commandant de la place de faire partir demain à 3 heures du matin tous les soldats qui appartiendraient aux demi-brigades de l'avant-garde; je sais qu'il y a différents détachements qui avaient été laissés pour le service de la place de Saint-Pierre.

Chaque division laissera successivement à Saint-Pierre 25 hommes qui relèveront. ceux de la division qui aura passé, et qui rejoindront aussitôt la division.

Faites partir un gendarme pour porter la dépêche ci-jointe pour le Premier Consul au commandant de la place de Martigny qui la fera passer par ordonnance à cheval jusqu'à Lausanne.

Mettez à l'ordre que les troupes ne doivent pas brûler la {p.401} paille de leur camp, afin qu'elle puisse servir aux divisions qui les suivent, qu'elles doivent être exactes à rendre les marmites qu'elles auraient empruntées.

Assurez-vous si le commandant de la place de Saint-Rémy est capable d'occuper ce poste important; dans le cas contraire, nommez-en un autre et donnez-lui une instruction très détaillée.

Il faut établir pour notre correspondance 3 gendarmes à Saint-Pierre, 3 à Sembrancher et 3 à Martigny, d'où le commandant de la place établira une correspondance sur Lausanne par tels moyens que les circonstances le demanderont. Il sera ordonné à ces gendarmes de ne porter que la correspondance contresignée de vous.

Recommandez au général Marmont le départ de nos cartouches pour cette nuit. Il serait essentiel qu'il envoyât un officier d'artillerie à l'endroit où, après avoir passé le Saint-Bernard, on peut se servir de voitures, afin d'y établir un dépôt d'où les mulets retourneraient à Saint-Rémy (52).

Alex. BERTHIER.

Le général Boudet me mande qu'il a reçu l'ordre de se rendre demain à Aoste; c'est à Étroubles qu'il doit attendre de nouveaux ordres; c'est le général Rivaud qui doit aller à Aoste, si c'est possible.

Vous ferez connaître an général Rivaud que je suis mécontent de la manière dont s'est conduite la cavalerie à Saint-Pierre; on a enfoncé les maisons et on a gaspillé ce qu'il faudrait pour nourrir toute la cavalerie de l'armée.

B.

Ordre du jour.

Saint-Pierre, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Le général en chef est peu satisfait d'avoir vu à la suite des colonnes des traînards qui s'amusent à brûler des cartouches; les chefs de corps surveilleront cet abus.

Les officiers généraux remplissant les fonctions de lieutenants de l'armée auront 8 ordonnances et un officier d'ordonnance. Les généraux de division auront 6 ordonnances, les généraux de brigade, 2. Les ordonnances seront {p.402} exactement relevés tous les dix jours; il est expressément ordonné (53) aux autres officiers d'avoir des ordonnances.

Les officiers de l'état-major qui seront détachés pour faire une reconnaissance à l'ennemi auront une escorte, qui rejoindra l'escadron aussitôt après la rentrée de l'officier au quartier général.

Les généraux sentiront la nécessité de ménager la troupe à cheval dans le service des ordonnances, afin de la rendre plus utile pour les jours de combat.

Le quartier général sera demain à Étroubles et après-demain à Aoste.

DUPONT.

P. S. – Les chefs de corps empêcheront que la paille des bivouacs soit brûlée, afin que les troupes qui se succéderont puissent en profiter; ils veilleront également à ce que les marmites et autres ustensiles prêtés à la troupe par les habitants soient fidèlement remis.

Ordre du jour.

Saint-Pierre, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Soldats,

L'armée du Rhin remporte des victoires éclatantes, celle d'Italie lutte contre un ennemi supérieur en nombre et balance la victoire par des prodiges de valeur. C'est à vous, mes camarades, à rivaliser avec elle et à reconquérir au delà des Alpes le beau théâtre de la valeur française.

Conscrits ! l'heure du combat est sonnée; votre coeur brûle de rivaliser avec ces anciens soldats, tant de fois vainqueurs ; vous apprendrez avec eux à supporter les privations, à braver les fatigues inséparables de la guerre. N'oubliez jamais que la victoire ne s'obtient que par la valeur et la discipline.

Soldats ! Bonaparte s'est rapproché de vous pour jouir de vos nouveaux triomphes. Vous lui prouverez que vous êtes toujours les braves qui sé sont illustrés dans les armées.

La France et l'Humanité vous demandent la paix, et vous allez la conquérir.

Le Général divisionnaire, chef d'état-major général,

DUPONT.

* * *

Le Premier Consul, au général en chef Berthier (54).

Lausanne, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Je reçois à l'instant, citoyen Général, une lettre du général Suchet, de Nice, du 21. L'ennemi a forcé le col de Tende et {p.403} la ligne de Borghetto. Le général Suchet avait son quartier général à Nice. Il occupait le col de Braus, les forts de Vintimiglia et Montalban, qu'il avait approvisionnés. Nice était évacuée jusqu'à la dernière pièce de canon. Il va passer le Var et reprendre l'offensive avec 7 à 8,000 hommes, dès que l'ennemi sera maîtrisé par notre mouvement.

Il résulte de tout cela que vous devez donner l'ordre sur-le-champ au général Lannes de marcher, quand même le reste de l'armée n'aurait pas passé le Saint-Bernard. Il est nécessaire de se trouver à Ivrée le plus tôt possible, ne serait-ce qu'avec la moitié de l'armée.

Je serai cette nuit à Saint-Maurice (55).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au général Duvignau (56).

Lausanne, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Il est indispensable, citoyen Général, que les régiments de cavalerie, qui se trouvent à Lausanne, aillent demain coucher à Bex, et ceux qui sont à Morges aillent coucher à Aigle. Partez avant le jour.

En passant à Villeneuve, vous prendrez le pain et l'avoine pour les 27, 28, 29, 30 floréal et 1er prairial (57).

La journée que vous avez à faire demain est un peu forte, mais elle est nécessaire (58).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au général Suchet.

Lausanne, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Je reçois à l'instant, citoyen Général, votre lettre du 21.

L'artillerie de l'avant-garde a passé le Mont-Saint-Bernard avec facilité. Le {p.404} général Lannes, qui la commande, se trouve aujourd'hui à Aoste. L'armée est au pied du Saint-Bernard; dans la nuit, elle sera toute en Piémont (59).

Un autre fort détachement se prépare à franchir le Saint-Gothard.

L'ennemi ne passera pas le Var, à moins qu'il n'ait la fantaisie de se faire enterrer en Provence. Si vous ne pouvez pas défendre Nice, défendez la tête de pont. Mettez en réquisition les gardes nationales. Je vais prendre des mesures qui confèrent aux généraux et préfets de la Provence une autorité extraordinaire; je vous les enverrai dans une heure par un autre courrier.

Je serai cette nuit au pied du Saint-Bernard; je me dirigerai sur Ivrée, d'où je manoeuvrerai suivant les mouvements ultérieurs que pourra avoir faits l'ennemi (60).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au général Moreau.

Lausanne, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Une partie de l'artillerie, citoyen Général, a déjà passé le Saint-Bernard, et je pars à l'instant pour rejoindre l'armée.

Je reçois un courrier du général Suchet, du 21, de Nice. L'ennemi avait forcé la ligne de Borghetto et le col de Tende, Nice était évacuée. Le petit fort de Vintimiglia, Montalban, le château de Nice étaient approvisionnés pour deux mois. Nous occupions encore le col de Braus, qui a dû être évacué, ainsi que Nice, dans la nuit du 21 au 22, où le général Suchet a dû repasser le Var. L'ennemi paraît avoir des forces très considérables en Italie: tous les rapports s'accordent sur ce point.

Je serai demain à Aoste. Je calcule que la diversion du Saint-Gothard aura lieu conformément au plan de campagne général et à l'arrêté que vous a remis le Ministre de la guerre: tout dépend de là (61).

BONAPARTE.

* * *

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

Étroubles (62), le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

Donnez l'ordre à la division Loison de faire une marche forcée et de venir coucher à Aoste demain. {p.405}

Donnez l'ordre au citoyen Pernety de faire partir à 9 heures du soir l'obusier et la pièce de 8 qui sont montés ainsi que tous les obus et les gargousses de 8 qu'il peut avoir, boulets et mitraille.

Il fera également partir les cartouches d'infanterie, le tout pour Aoste.

Il aura soin que ces deux pièces ne manquent de rien, et il recommandera à l'officier d'artillerie qui marchera avec elles, de bien veiller à ce qu'on ne casse rien et à ce qu'on prenne des précautions pour passer le pont pendant la marche de nuit. N'ayant que 2 pièces, il est essentiel de les conserver.

Il doit arriver ce soir des cartouches d'infanterie et des munitions chargées sur des mulets du train d'artillerie. Il les fera partir demain 28, à 3 heures précises du matin, pour se rendre à Aoste.

Les deux pièces qui partent ce soir seront escortées par 30 hommes de la 40e demi-brigade (63).

Donnez l'ordre au citoyen Pernety de faire partir pour Aoste les pièces d'artillerie, caissons de l'avant-garde, à mesure qu'ils seront montés (64); j'espère que tout pourra être monté demain à midi.

Ordre à la division Boudet de partir demain à 4 heures du matin pour se rendre à Aoste.

Ordre aux troupes à cheval de partir à 5 heures.

Alex. BERTHIER. {p.406}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes.

Étroubles, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

Je vous envoie, mon cher Lannes, copie d'une lettre que je reçois du Premier Consul, vous verrez qu'il est instant que nous attaquions l'ennemi (65). Le chef de mon état-major vous envoie des ordres en conséquence (66).

Je fais partir à l'instant une pièce de 8 et un obusier et tout ce qu'il y a de munitions ici (67).

La division Boudet partira demain à 4 heures du matin et je vous ferai soutenir par la 9e légère (68). Je serai de très bonne heure à Aoste.

J'espère que si l'ennemi ose tenir à Châtillon, nous l'envelopperons, et que, le 29 au plus tard, nous serons maîtres du château de Bard.

J'ordonne qu'à mesure qu'il y aura une pièce de montée, on la fasse passer à Aoste.

J'ai envoyé des exprès au Saint-Bernard et à Saint-Pierre pour tout activer.

Je vous envoie vos ordres par l'adjudant général Pannetier. Faites-moi dire par une ordonnance à quelle heure vous comptez vous mettre en marche.

Je pense que j'arriverai à Aoste d'assez bonne heure pour vous voir.

Vous ferez distribuer, par extraordinaire, du vin ou de l'eau-de-vie à la troupe; il faut qu'elle ait mangé avant de partir.

Amitié.

Alex. BERTHIER. {p.407}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Étroubles, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

Vous donnerez l'ordre au général Lannes d'attaquer l'ennemi demain matin avec toute son avant-garde. La pièce de 8 et l'obusier doivent le rejoindre cette nuit (69).

Vous préviendrez le général Lannes que n'ayant pu faire monter de caisson, je lui envoie les munitions d'artillerie sur des mulets du pays; il faut qu'il prenne des mesures pour les faire suivre par des mulets d'Aoste conduits par des soldats.

Vous le préviendrez que je fais partir d'Étroubles demain à 4 heures du matin la division Boudet pour se rendre à Aoste, ainsi que le 12e de hussards et le 21e de chasseurs. Mon intention est de le faire soutenir par la 9e demi-brigade légère, qui, après avoir rafraîchi à Aoste, se remettra en marche.

Le général Lannes prendra des mesures pour faire suivre les objets nécessaires à sa division, qui devra poursuivre l'ennemi {p.408} le plus loin possible et être à même de s'emparer le plus tôt possible du château de Bard (70).

Le général Lannes calculera le moment de son attaque de manière à être soutenu par la 9e légère, qui arrivera à 6 ou 7 heures du matin à Aoste, où je compte être rendu moi-même de très bonne heure (71).

La division Chabran restera en position à Aoste et gardera les débouchés du côté de Saint-Léger, où il ya un chemin qui vient de Bard en passant par la vallée de Champorcher; il serait même nécessaire que le général Chabran poussât une reconnaissance sur ce chemin jusqu'à Cogne et au delà, pour connaître la nature de ce chemin.

Envoyez un officier d'état-major, avec cette reconnaissance, qui nous apportera un rapport de ce chemin.

Alex. BERTHIER. {p.409}

On battra la générale demain 28 à 3 h. 1/2, l'assemblée à 3 h. 3/4 et les drapeaux à 4 heures précises, pour se mettre en marche.

Il est essentiel qu'on parte à cette heure précise et plus tôt que plus tard.

* * *

Le chef de brigade, commandant l'artillerie, au Premier Consul de la République française.

Genève, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

Mon Général,

Je viens de recevoir dans l'instant l'ordre que vous me donnez, pour que tous les chevaux et mulets qui arrivent à Genève soient sur-le-champ dirigés sur Villeneuve.

Jusqu'à présent, je n'ai donné qu'un jour de séjour pour pouvoir ferrer et faire une visite exacte de tous les chevaux et mulets arrivant, afin de ne les faire partir qu'en bon état.

Hier, 31 mulets de bât sont partis; c'est tout ce qui restait. Aujourd'hui, 88 chevaux se mettent en marche, et c'est également tout ce qui est à Genève. J'ai ordonné que moitié parte haut-le-pied, rafraîchisse à Nyon et y attende l'autre moitié, dont j'ai profité pour conduire à Villeneuve deux obusiers de 6 pouces, deux caissons d'idem, deux pièces de 4, deux caissons d'idem et deux caissons de 8, le tout approvisionné, de manière que ce convoi aille aujourd'hui coucher à Lausanne et demain à Villeneuve.

Le directeur Gassendi me dit avoir laissé à Nyon un officier; d'après vos ordres, je vais lui mander de faire filer de suite, et sans passer à Genève, tout ce qui sera expédié d'Auxonne, soit en chevaux haut-le-pied, soit en convois de bouches à feu complets et approvisionnés.

Aujourd'hui, je fais encore partir par eau une quantité d'effets importante, dont l'état vous sera sans doute envoyé par le conseiller d'État Dejean, à qui je le remets exactement tous les jours.

Salut et respect.

GUÉRIOT.

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Martigny, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

J'arrive à Martigny, citoyen Général (72). Arrighi me remet votre dépêche; nous nous échangions la nouvelle de la prise de Nice. {p.410}

Je vais envoyer des courriers à Chambéry par la montagne. Je passerai la nuit ici pour attendre les nouvelles de la prise du fort de Bard, que j'espère recevoir demain matin.

Deux pièces de 4 sur affûts-traîneaux pourront se monter facilement sur les hauteurs qui le dominent sans se démonter et sans exiger l'emplacement qu'exige un affût ordinaire.

Le général Monnier couche aujourd'hui à Saint-Maurice avec la 70e.

La cavalerie sera demain ici.

Je vous salue (73).

BONAPARTE.

* * *

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Étroubles, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Donnez l'ordre au général Boudet de laisser deux compagnies à Étroubles, lesquelles fourniront une garde de 10 hommes au parc de l'artillerie de l'avant-garde. Ces compagnies attendront à Étroubles l'artillerie de la division Boudet.

Laissez un adjoint intelligent à Étroubles pour en faire {p.411} partir successivement toute l'artillerie de l'avant-garde, à mesure qu'elle sera en état de marcher et pour faire filer sur Aoste toutes les munitions de guerre qui arriveront.

Donnez des ordres pour qu'il y ait toujours une compagnie au Saint-Bernard, pour servir d'escorte à tous les objets d'artillerie qui doivent venir de Saint-Pierre. Les derniers cent hommes qui y resteront jusqu'à nouvel ordre seront fournis par les troupes de la division Monnier. Il faut qu'il y ait un officier intelligent pour être commandant de place au Mont-Saint-Bernard (74). Vous sentez que depuis Saint-Pierre à Aoste il faut s'arranger de manière que tous les convois aient des escortes, sans quoi les paysans voleront nos munitions et assassineront nos hommes.

Alex. BERTHIER.

Ordre du jour.

Étroubles, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

L'armée est en présence de l'ennemi. Les chefs de corps veilleront à ce que les armes soient immédiatement mises en état, que les bivouacs soient établis militairement et bien gardés.

Il est expressément défendu de tirer, dans les camps ou cantonnements, des coups de fusil, et de commettre aucun pillage, sous les peines portées par la loi.

Les vivres et fourrages seront exactement conservés pour le jour qu'ils auront été distribués.

Le présent ordre sera lu à la tête des compagnies.

L'armée est prévenue que le chief de division Champeaux, commandant la gendarmerie, est promu au grade de général de brigade et qu'il commandera les 2e et 15e régiments de chasseurs.

DUPONT.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Aoste (75), le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Mon aide de camp Arrighi arrive à l'instant et me remet votre lettre du 27 floréal, datée de Martigny.

Ce n'est que ce matin qu'il m'a été possible de faire partir {p.412} d'Aoste les deux premières pièces d'artillerie passées au Grand-Saint-Bernard.

Le général Lannes doit être près de Bard (76).

Je fais partir dans la nuit deux pièces de 4 venues du Petit-Saint-Bernard, un obusier et une pièce de 8, arrivant du Grand-Saint-Bernard, ce qui fera six pièces, avec lesquelles j'espère battre le fort de Bard dans la journée du 29. Mais je n'ai point d'affûts-traîneaux pour les pièces de 4.

Je ne vous parlerai pas des difficultés que nous avons à vaincre; nous faisons l'impossible.

Alex. BERTHIER. {p.413}

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Aoste, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Donnez l'ordre que les deux pièces de 4 de la division Chabran et toutes les munitions de ces pièces partent à minuit pour se rendre le plus promptement possible au fort de Bard.

Il doit être arrivé, venant du Grand-Saint-Bernard, une pièce de 8, un caisson idem contenant 62 coups à boulets et 24 à balles, plus un caisson d'obusiers contenant 44 obus et 16 obus en caisses, 25,000 cartouches d'infanterie. Ordonnez que ces objets partent demain à la pointe du jour pour se rendre le plus tôt possible à Bard.

Ordonnez à la division Boudet (77) de prendre des vivres pour deux jours, ce qui lui complétera pour les 3 et 4 et de partir à 7 heures du matin pour se rendre à Châtillon.

Ordre à la 28e de partir demain à midi pour rejoindre l'avant-garde (78).

Informez-vous s'il est arrivé des affûts et traîneaux; s'il n'y en a pas, écrivez au général Marmont pour qu'il les fasse passer de suite.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

Aoste, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Je pars demain à 5 heures du matin, pour établir mon quartier général devant Bard.

Toutes les administrations resteront à Aoste; vous y laisserez un adjudant général pour y remplir les fonctions de sous-chef d'état-major (79). Il fera bivouaquer les divisions et les corps de cavalerie à mesure qu'ils arriveront. Aussitôt {p.414} qu'il arrivera des pièces d'artillerie et munitions appartenant aux divisions, il les leur renverra de suite.

Quant à tout ce qui tient au parc de l'armée et aux cartouches pour les divisions, il en faut faire un dépôt à Aoste; il me parait que, pour le moment, il y en a assez à l'avant-garde.

Ordonnez au général Lannes de faire ses dispositions de manière à être maître des hauteurs qui dominent Bard demain de très bonne heure dans la matinée. Il a 6,000 hommes avec lesquels il peut culbuter vivement toutes les forces que l'ennemi peut lui présenter. Prévenez-le que la 28e demi-brigade part demain d'ici pour le rejoindre.

Faites sentir au général Lannes que le sort de l'Italie et peut-être de la République tient à la prise du château de Bard. Prevenez-le de l'artillerie qui part dans la nuit.

Envoyez cet ordre par un officier d'état-major qui sera escorté de 6 hommes de troupes à cheval. Il devra partir dans une heure au plus tard.

Alex. BERTHIER (80).

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Aoste, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800), à 11 h. 1/2 du soir.

Le général Lannes me rend compte. Il a trouvé environ 1000 Croates retranchés sur les hauteurs de Châtillon, avec {p.415} deux pièces de canon; il les a attaqués à la baïonnette et mis en fuite. Il leur a fait 250 prisonniers.

Demain matin, 29, il a ordre de s'emparer des hauteurs de Bard; j'y serai moi-même afin de réduire ce château dans la journée.

L'ennemi a emporté les deux canons que nous aurions pris si la cavalerie qui était à la queue de la colonne n'eût pas éprouvé du retard à passer.

Alex. BERTHIER.

Dupont, général de division, chef de l'état-major de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Aoste, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

J'ai à vous rendre compte, que l'avant-garde, commandée par le général Lannes, a trouvé aujourd'hui l'ennemi à Châtillon. Elle l'a culbuté dans les différentes positions qu'il occupait, lui a tué 200 hommes et fait 300 prisonniers. Deux bouches à feu et quatre caissons chargés sont tombés en notre pouvoir. La nuit a sauvé le reste du corps ennemi qui était à Châtillon.

Les grenadiers de la 22e demi-brigade de lignè, qui fait partie de la division Watrin, ont enlevé le village à la baïonnette. Les hussards du 12e régiment ont poursuivi l'ennemi avec la plus grande ardeur (81).

L'adjudant général Noguès a été blessé.

Le fort de Bard va être investi.

Je vous salue.

DUPONT.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Aoste, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800), à 3 heures du matin.

Je vous rends compte, citoyen Consul, de l'affaire qui a eu lieu hier à 6 heures du soir (82) à Châtillon. {p.416}

Le général Lannes est arrivé une heure avant la nuit devant Châtillon et a trouvé l'ennemi sur toutes les hauteurs qui l'environnent. Il a cherché à l'attirer dans la persuasion que le général Malher arriverait assez à temps pour le tourner; mais les obstacles que ce général avait trouvés avaient retardé sa marche (83).

Le général Lannes s'est décidé à une vive attaque. Les grenadiers de la 22e out enlevé le village à la baïonnette. Cent hommes du 12e régiment de hussards ont reçu l'ordre de charger; ils avaient à leur tête le chef de brigade Fournier, dont la rare intrépidité mérite les plus grands éloges.

Les généraux Watrin, Mainoni et tous les officiers de l'état-major ont aussi chargé l'ennemi dans le même temps.

Nous avons fait 300 prisonniers, tué ou blessé 100 hommes, pris deux pièces de 4 et quatre caissons chargés de munitions. Parmi les prisonniers que nous avons faits, se trouvent cinq officiers, dont deux blessés. Nous avons pris en outre 12 chevaux.

Nous n'avons eu que cinq hommes légèrement blessés, parmi lesquels est l'adjudant général Noguès (84) qui a sabré, à lui tout seul, trois ou quatre Autrichiens. L'adjudant général Hulin s'est aussi particulièrement distingué. Un de ses adjoints a été blessé et a eu un cheval tué sous lui.

Le général Marescot ainsi que tous les officiers du génie brûlaient de charger avec les braves qui attaquaient l'ennemi. Le sous-inspecteur Garrau était aussi dans la mêlée et combattait avec les hussards. Les grenadiers de la 40e les ont suivis à la course à plus de deux lieues.

Le général Watrin est avec une partie de l'avant-garde à plus de la moitié du chemin de Châtillon au fort de Bard (85). {p.417}

Le général Lannes est parti aujourd'hui au point du jour, avec ce qui lui reste de troupes, pour enlever les hauteurs de ce château.

J'y serai moi-même avec l'artillerie, que j'ai fait partir cette nuit, et j'espère que les premières nouvelles que vous recevrez de moi vous apprendront la prise du fort Bard.

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER (86).

Click on the image to open it full-sized in its own window.

Chatillon

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier :

« On doit sans doute à la ténuité des forces de l'ennemi la facilité avec laquelle on a marché d'Aoste sur Châtillon.

« S'il eût été en nombre suffisant, il aurait pu prendre une position militaire qui se trouve à environ trois quarts de lieue de la ville et qui appuie sa gauche au grand chemin près le torrent, et sa droite au château de Quart; cette position présente à la cité d'Aoste un front d'une demi-lieue de long environ et ferme assez exactement la vallée; on y remarque encore le tracé de trois lignes de retranchements dont les fossés et les parapets sont très apparents; enfin, lorsque dans les guerres précédentes elle a été occupée, elle a opposé un obstacle qu'on n'a pu vaincre qu'en l'enlevant de vive force ou en le tournant par la droite.

« Un bataillon de Banats, avec 4 pièces d'artillerie, chargé de couvrir Châtillon, avait pris position sur la grande route entre Nus et Chambave et étendait sa ligne depuis la rivière jusqu'au petit village de Saint-Denis, situé sur les hauteurs environnantes.

« L'avant-garde française se dispose à l'attaquer; une colonne est chargée de tourner les hauteurs, une seconde colonne passe la Doire et se dirige par Fenis et Pontey pour {p.418} envelopper Châtillon et la colonne du centre marche à l'ennemi, l'attaque et le met en déroute.

« Il est poursuivi par 100 hommes du 12e d'hussards qui lui font 300 prisonniers (87), enlèvent trois pièces d'artillerie et trois caissons dans le village même de Châtillon. L'adjudant général Noguès a été blessé dans cette charge.

« Le village de Châtillon est situé sur un monticule à la gauche du ruisseau nommé Val-Tournanche, qui présente un encaissement considérable et que l'on traverse sur un pont de pierre assez étroit.

« Il est facile de défendre ce passage en disposant quelques troupes sur la rive gauche; et 4 pièces d'artillerie placées à propos devaient arrêter le 12e d'hussards, si l'impétuosité de sa charge n'avait pas ôté à l'ennemi le temps de profiter des avantages du terrain.

« Depuis l'affaire de Châtillon, l'ennemi, sans cesse harcelé (88), courut se renfermer dans le fort de Bard, au nombre {p.419} d'environ 400 hommes, y compris les paysans qu'il avait forcés de l'y suivre, C'était le reste des forces qu'il avait disséminées dans la vallée d'Aoste ».

* * *

Le Premier Consul au général en chef Berthier.

Martigny, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Je reçois au même instant, citoyen Général, vos deux lettres d'Étroubles : l'une de 1 heure après-midi, du 27, et l'autre du même jour, 9 heures du soir (89).

Nous avons eu aujourd'hui une belle journée, qui favorisera le passage des munitions.

Toute la cavalerie est ici ; j'en ralentis un peu le mouvement, afin de ne pas trop vous encombrer de l'autre côté, jusqu'à ce que je sache la prise de ce vilain castel de Bard (90).

Les Italiens sont partis ce matin.

Les 1000 hommes de cavalerie, partis de Paris quelques jours avant moi, sont arrivés à Nyon; ainsi les voilà à l'armée.

J'ai envoyé un courrier à Genève pour que Petiet fasse passer 200,000 cartouches et 200,000 rations de biscuit par le Petit-Saint-Bernard (91).

Les boeufs défilent à force: la tête du parc des boeufs est arrivée à Lausanne,

Je viens de recevoir un courrier de Paris, du 24; tout y est parfaitement tranquille.

J'attendrai ici, avant de passer, mon courrier du 25.

J'ai requis, il y a quatre jours, 300 mulets et 100 voitures pour Villeneuve; mais le commissaire des guerres Dupont se plaint de ce qu'on ne lui a laissé {p.420} aucun argent. Je viens d'ordonner qu'on lui donnât 20,000 francs pour les transports. Le commissaire des guerres de Martigny se plaint aussi qu'on ne lui a donné que 1200 francs pour les fourrages.

J'ai requis 800 mulets dans le haut Valais; j'en attends la tête demain.

Je vous salue (92).

BONAPARTE.

Le Premier Consul aux Consuls de la République.

Martigny, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Je reçois, citoyens Consuls, votre lettre du 24 floréal. Je vous remercie de la part que vous prenez à la mort de la femme de mon frère (93). Depuis longtemps elle souffrait.

Nous luttons contre la glace, la neige, les tourmentes et les avalanches, Le Saint-Bernard, étonné de voir tant de monde le franchir si brusquement, nous oppose quelques obstacles. Le tiers de notre artillerie de campagne a cependant déjà passé (94).

Le général Berthier me mande, du 26, qu'il est entré à Aoste. Le général Lannes, qui commande l'avant-garde, a eu, avec un bataillon de Croates, une affaire d'avant-postes de peu d'importance. Le bataillon qui voulait défendre l'entrée d'Aoste a été culbuté.

Je suis ici au milieu du Valais, au pied des grandes Alpes.

Dans trois jours, toute l'armée sera passée.

A moins que cela ne fût très nécessaire, je crois que vous ferez bien de ne pas donner ces nouvelles au public. Il vaut mieux attendre que l'armée soit en Italie et que les événements militaires soient sérieusement commencés (95).

BONAPARTE,

* * *

Ordres du jour,

Aoste, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Le général en chef renouvelle l'ordre qu'il a donné aux généraux, aux chefs de corps et à tous les officiers, de maintenir la plus exacte discipline.

Les habitants de la vallée d'Aoste ont témoigné des dispositions favorables pour les Français, et tous les Italiens imiteront leur exemple, si le bon ordre {p.421} règne à l'armée; il peut seul nous concilier l'esprit de ces peuples et éviter les insurrections partielles qui ont éclaté dans la dernière campagne d'Italie.

L'intention formelle du Gouvernement est, d'ailleurs, que le nom français soit également honoré par la bonne conduite des troupes et par leur courage.

Il sera formé des commissions militaires pour punir les pillages et tous les excès qui seraient commis contre les lois et règlements militaires.

Le présent ordre sera lu aux compagnies assemblées.

Les généraux de division informeront l'état-major si l'ordre relatif aux compagnies de grenadiers et de carabiniers est exécuté dans tous les corps.

Le Général de division, chef de l'etat-major général,

DUPONT.

L'armée est prévenue que l'avant-garde a trouvé l'ennemi à Châtillon, Elle l'a culbuté dans ses retranchements, lui a tué 200 hommes et lui en a pris 300. Elle s'est, en outre, emparée de 2 pièces de canon chargés. La nuit a sauvé le reste du corps qui était à Châtillon.

Le Général de division, chef de l'état-major général,

DUPONT.

Marmont, conseiller d'État et général commandant en chef l'artillerie de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Saint-Pierre, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

J'ai reçu ce matin, mon Général, votre lettre d'hier (96). Si vous avez la bonté de penser à l'immensité du travail que le passage de l'artillerie nous cause, et si vous calculez en même temps la faiblesse de nos moyens, vous trouverez que nous avons fait beaucoup de besogne.

Les paysans nous ont abandonnés; la rudesse du travail les en a dégoûtés; j'ai cependant prodigué l'argent pour les faire revenir.

Je fais courir des officiers d'artillerie dans tous les villages et l'argent à la main (97).

J'ai mis en mouvement également le sous-préfet du district.

Je me suis adressé encore au commissaire de la Chambre administrative, Frédéric Gard,. qui est passé ici ce matin. Je l'ai si vivement pressé qu'il m'a promis pour après-demain 500 paysans (98). {p.422}

Je souhaite que ces moyens nous donnent des bras.

Les canonniers sont en petit nombre, aussi nous ne pouvons faire usage que de leur intelligence et non de leurs bras. Les sapeurs sont tous partis.

Le peu de mulets d'artillerie que j'ai m'échappent, par deux raisons: la première, c'est que le général en chef les emmène dans la vallée et les garde avec lui au lieu de me les renvoyer; la deuxième, c'est que les muletiers, pour lesquels je n'ai pu obtenir encore une paire de souliers et un habit, désertent par dizaines et se cachent dans les bataillons.

Pour comble de malheur, nos mulets ne sont pas nourris, ou plutôt meurent de faim.

J'ai employé un bataillon de la 59e (99) et un détachement de 600 hommes de la division Loison à monter des pièces et porter des effets d'artillerie. Ils s'en sont tirés avec une peine excessive, et grâce aux coups que les officiers ont distribués (100); mais ils sont si fatigués, harassés et mécontents qu'il est impossible de les faire recommencer. C'est beaucoup que chacun fasse une fois cette corvée.

Les mulets sont bons et il faut en employer le plus possible, mais les hommes sont meilleurs. Ils ne craignent pas le verglas et ne laissent pas comme les premiers leur charge sur la route (101). {p.423}

Nous ne nous tirerons jamais d'affaire sans des moyens extraordinaires; voici ceux que je vous propose:

Ordonnez à la division Chambarlhac en entier, et par demi-brigade, et les officiers à la tête, de porter et de traîner à Saint-Rémy l'artillerie.

Faire faire la même opération à la division Monnier.

Ce secours doit porter de l'autre côté des monts toute l'artillerie des divisions.

M'autoriser à prendre, dans les conscrits des demi-brigades, 50 muletiers pour remplacer les déserteurs (102).

Envoyer ici par des moyens extraordinaires, un approvisionnement d'avoine, qui nous manque absolument.

Faire acheter et apporter ici tous les cordages existant dans la vallée; nous en avons fait une consommation immense. J'en attends de Genève; j'ai donné de tous les côtés des ordres de remplacement, ils me produiront sans doute, mais ne m'ont rien produit encore.

Avec ces moyens extrêmes, mon Général, je crois pouvoir répondre du succès; sans eux, je ne vois pas de raison pour arriver à la fin.

Salut et attachement,

A. MARMONT, {p.424}

* * *

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Je reçois à l'instant, citoyen Général, des nouvelles du pont du Var, du 24, à 7 heures du matin.

Le général Suchet me mande que le général Mélas en personne est à Vintimiglia. Le corps qui est sur Nice parait être de 15,000 hommes. Les grenadiers Lattermann ont attaqué, le 23, le pont du Var; ils ont été vigoureusement repoussés et poursuivis jusqu'aux faubourgs de Nice; 200 grenadiers ont été faits prisonniers.

Le général Mélas a fait par le col de Tende un détachement de 5,000 hommes dans le Piémont; il est commandé par le général Bellegarde, Ce mouvement a eu lieu sur la nouvelle que l'on avait reçue que vous étiez arrivé à Genève avec 15,000 hommes.

Il n'y a pas un instant à perdre pour se porter en avant. Si le fort de Bard tenait plus que nous ne pensons, il faudrait que l'avant-garde, avec quatre pièces de canon de 4 sur affûts-traîneaux, qui passeront partout, et la brigade de cavalerie légère, prissent une bonne position entre Ivrée et le fort; placez la première division en mesure de l'appuyer. Mais j'espère que vous aurez investi aujourd'hui ce fort. La journée est superbe, ce qui facilitera beaucoup le passage de l'artillerie.

J'attends dans la journée mon courrier de Paris, du 25; je passerai probablement demain.

Je vous salue (103).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au lieutenant général Suchet (armée d'Italie).

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

J'ai reçu, citoyen Général, vos deux lettres du 23.

Le Mont-Saint-Bernard est franchi. La moitié de notre artillerie est à Aoste. Je passe moi-même demain, Lorsque vous recevrez cette lettre, la diversion {p.425} doit être entiérement faite, et l'incertitude de l'ennemi s'être fait sentir à Nice.

La première opération à Nice sera de faire réarmer les batteries de côtes.

Faites arrêter, pour être punis sévèrement, les habitants qui se seraient mal comportés et qui auraient servi l'ennemi. Ils sont dans le cas d'une commission militaire. Je vous autorise spécialement à en nommer une pour faire quelques exemples sévères, s'il y a lieu.

Le général Garnier, avec une bonne force et quelques colonnes mobiles du Var, pourra se rendre dans les cantons éloignés du département, pour y rétablir l'arbre de la liberté et punir ceux qui se seraient mal comportés.

L'armée sera toute réunie à Ivrée le 4 prairial (104).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, aux Consuls.

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Je reçois, citoyens Consuls, votre courrier du 25.

Le temps enfin est devenu beau, ce qui nous était bien nécessaire pour activer le passage de notre artillerie par le Saint-Bernard,

Un courrier du général Suchet, du 24, m'apprend que l'ennemi a attaqué, le 23, la tête du pont du Var. Il a été repoussé; on lui a fait 150 prisonniers. Le général Suchet m'apprend également que l'ennemi commence à être inquiet du mouvement de l'armée de réserve et qu'il a fait un détachement sur Berthier.

Le Ministre de l'intérieur m'avait témoigné le désir de venir me rejoindre pour se distraire de la mort de sa femme; mais, outre que, d'ici à deux ou trois jours, les opérations vont commencer avec une grande activité, je crois nécessaire que, dans ces circonstances, il reste à Paris.

Je lis dans les journaux que l'on me fait écrire à ma mère une lettre dans laquelle je dis que je serai à Milan dans un mois, Cela ne peut pas être dans mon caractère. Bien souvent, je ne dis pas ce que je sais; mais il ne m'arrive jamais de dire ce qui sera. Je désire que vous fassiez mettre, à ce sujet, une note dans le Moniteur, sur le ton de la plaisanterie (105).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au citoyen Ministre des relations extérieures.

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Je vous renvoie signés, citoyen Ministre, tous les papiers que vous m'avez envoyés.

Enfin, l'armée de réserve entre en scène. Le Saint-Bernard nous a offert quelques difficultés, Depuis Charlemagne, il n'avait vu une armée aussi nombreuse. Il a voulu surtout s'opposer au passage de nos grosses pièces de campagne; mais enfin la moitié de notre artillerie est à Aoste (106).

BONAPARTE. {p.426}

Les lettres de Berthier, écrites d'Aoste dans la nuit du 18 au 19, pour annoncer le combat de Châtillon (107), arrivent dans l'après-midi à Martigny et nécessitent de nouvelles lettres du Premier Consul.

Le Premier Consul au général en chef Berthier (108).

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Je vous félicite, citoyen Général, sur cette première victoire. C'est un prélude de plus grandes.

On commence enfin ici à avoir 5 ou 600 mulets de réquisition.

J'espère que demain et après on aura des moyens assez considérables pour pouvoir faire passer notre artillerie.

Je partirai probablement demain.

D'après les nouvelles du 24, de Nice, il est physiquement impossible que Mélas puisse être à Turin, s'il se dirigeait sur cette place, avant les 5 ou 6 prairial.

Il faut que le 4 vous vous trouviez en avant d'Ivrée parfaitement en mesure. Les divisions Chambarlhac et Monnier et la cavalerie nous auront rejoints pour ce jour.

Je vous salue.

BONAPARTE.

Je reçois à l'instant un courrier de Moncey: il m'envoie la copie de la lettre qu'il vous écrit. Vous pouvez vous dispenser de lui répondre, parce que je le fais (109). {p.427}

Le Premier Consul, aux Consuls.

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Vous trouverez ci-joint, citoyens Consuls, copie de deux petites relations de Berthier (110), que vous pourrez faire imprimer pour étancher la soif du public.

Si vous éprouvez quelques jours de retard dans l'arrivée de mes courriers, ne vous en inquiétez pas. Je passe cette nuit le Saint-Bernard (111).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au Ministre de la guerre.

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Les Consuls vous feront part, citoyen Ministre, d'une petite affaire d'avant-garde qui a eu lieu le 28. L'armée n'est pas encore toute passée; nous n'avons encore que la moitié de notre artillerie de l'autre côté.

On aurait besoin, à Villeneuve, d'un bataillon de vétérans pour la garde de nos magasins et l'escorte des prisonniers à Genève, et de quelques compagnies à Genève (112).

Donnez l'ordre à un escadron de 150 hommes du 19e de dragons, qui est à Caen, de se diriger sur Genève, pour faire partie de l'armée de réserve.

La gendarmerie de l'armée aurait besoin de 100 hommes de renfort. Il faudrait prendre 1 homme sur 10 dans les départements les plus tranquilles et les diriger sur Villeneuve, d'où ils viendront rejoindre l'armée (113):

BONAPARTE. {p.428}

Le Premier Consul, au Ministre de la République française en Helvétie (114).

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Je vous prie, citoyen Ministre, de voir le Conseil exécutif, pour qu'il donne l'ordre à un bataillon composé de 3 ou 400 hommes de se rendre à Saint-Pierre, pour garder le Saint-Bernard et veiller à la sûreté des communications de l'armée.

Je désirerais également que le Conseil exécutif helvétique pût mettre en réquisition trois bataillons de la garde nationale, chacun de 300 hommes. Un se tiendrait à Martigny, le second à Villeneuve et le troisième à Lausanne. Ces bataillons seraient destinés à donner des escortes aux convois de l'armée, des gardes à nos magasins, à conduire des prisonniers et à maintenir la sûreté des communications avec la France. Chaque garde national sera soldé par la caisse de l'armée, à raison de 10 sous par jour, moyennant quoi il ne leur sera fait aucune espèce de fournitures (115).

BONAPARTE.

Le Premier Consul à la Chambre administrative du Valais.

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Ayant pleine confiance dans l'attachement à la cause de la liberté des habitants du Valais, je désirerais, citoyens, avoir six compagnies de gardes nationales, commandées par un chef de bataillon, chacune de 100 hommes. Elles seront destinées à maintenir libres les communications du Saint-Bernard â Villeneuve, à garder les magasins, à escorter les prisonniers, les blessés, etc.

La première compagnie se tiendra à Saint-Rémy; la seconde, à l'Hospice; la troisième, à Saint-Pierre; la quatrième, à Sembrancher; la cinquième, à Martigny; la sixième, à Saint-Maurice (116).

Chaque soldat recevra 5 francs toutes les décades, moyennant quoi il ne leur sera fait aucune espèce de fournitures. Les officiers seront payés comme ceux des troupes françaises, chacun selon son grade. Le commissaire des guerres à Martigny arrêtera les états de revue (117).

BONAPARTE. {p.429}

Le Premier Consul au général Moncey.

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Je reçois votre lettre, citoyen Général, avec la copie de celle que vous adressez au général Berthier, lequel se trouve fort loin; je prends le parti de vous répondre pour lui.

Huningue, Neuf-Brisach ou Strasbourg doivent pouvoir vous fournir des canonniers. Rien ne suppléera à l'intelligence et à l'habitude des canonniers pour le transport de l'artillerie dans les mauvais chemins, par lesquels vous allez passer.

Je donne l'ordre au citoyen Petiet de vous faire passer 50,000 francs, et j'écris à Paris pour qu'on vous en adresse directement 100,000 en or. L'argent ne vous manquera point.

Si vous êtes avec 12 ou 15,000 hommes, le 8, au Saint-Gothard, tout va bien.

Les difficultés, que nous a offertes le passage du Saint-Bernard, nous ont un peu retardés. L'armée ne se trouvera réunie à Ivrée, et dans le cas de manoeuvrer en grand (118), que le 5 prairial, où il est possible qu'elle attire à elle le corps qui est sur les Alpes, sous les ordres du général Turreau, fort de 4 à 5,000 hommes. Après quoi, elle prendra le parti d'aller droit sur Milan. Elle passera la Sésia le plus tôt possible, se fera joindre par la colonne du Simplon, où elle aura quelques munitions de guerre, et se présentera sur le Tessin; dans ce cas, elle ne serait sur le Tessin que le 8.

Ainsi, dans cette hypothèse, du 4 prairial au 9, l'armée de réserve se trouve faire une marche assez hardie. La Sésia lui sera disputée par le corps qui défend le Milanais. Il faut que vous trouviez le moyen de montrer beaucoup de forces, de vous faire croire en mesure, et de faire battre tous les jours la générale au quartier général de la division qui vous est opposée; par ce moyen, elle osera moins s'affaiblir pour s'opposer à la marche de l'armée de réserve, qui pourra tout entière manoeuvrer, suivant les circonstances, pour écraser Mélas, qui serait sur son flanc droit depuis le 7 ou le 8, où elle sera arrivée sur le Tessin. {p.430}

Alors il faudra que vous vous portiez à Bellinzona, afin de former la gauche de l'armée de réserve, et vous porter sur Lugano ou Varese, ce qui tournerait le Tessin, ou toute opération que les circonstances exigeront.

Si, d'Ivrée, l'armée au contraire descend tout de suite du côté de la rivière de Gênes, pour dégager le général Masséna, alors vous aurez cinq à six jours de plus, pendant lesquels il sera urgent et indispensable que vous engagiez des affaires d'avant-postes pour faire croire que vous arrivez à Milan. L'arrivée de l'armée de réserve dans la Lombardie serait retardée de cinq à six jours, ce qui ferait que vous seriez plus en mesure.

Si l'ennemi affectait absolument de ne faire aucune attention à vous et se dégarnissait considérablement pour marcher sur l'armée de réserve, alors consultez vos forces, enlevez Bellinzona, portez-vous sur Lugano, et faites la plus grande diversion que vous pourrez (119).

BONAPARTE.

Moncey, lieutenant du général en chef de l'armée de réserve, commandant l'aile gauche, à Bonaparte, Premier Consul de la République française.

Lucerne, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Général Premier Consul,

J'ai l'honneur de vous accuser la réception de votre dépêche du 29 floréal.

Je serai le 8 en avant d'Airolo avec la 1re division et le 9 au plus tard avec mes deux divisions; je ne pourrai donc manoeuvrer avec toutes mes forces sur Bellinzona que le 9 fort tard ou le 10 au matin.

Je n'aurai, au plus, que 11,000 hommes, comme vous vous en convaincrez par l'état ci-joint.

Vous concevez facilement. ce retard de vingt-quatre heures en voulant bien vous rappeler que je n'ai reçu mon premier avis que le 25 dans la nuit; qu'alors, je n'avais ni troupes, ni artillerie, ni chevaux de trait, ni chevaux de somme.

Mes subsistances étaient dispersées sur des points éloignés de celui où je dois me mettre en mouvement. Il a fallu tout créer, parce que rien n'existait à notre disposition. Nous n'aurons pas tout ce qu'il nous faudrait; mais nous suppléerons à ce qui nous manque par de la bonne volonté, de la constance et de la résignation; en un mot, pourvu que nous ne soyons obligés de rester dans la vallée Valentine que peu de jours, nous vaincrons les obstacles. {p.431}

Dès qu'il me sera possible d'établir ma communication avec le Simplon, par le versant italien du Gothard, je le ferai.

Dans l'incertitude où je serai du jour où le général Berthier arrivera sur le Tessin, je serai obligé de tâtonner, lorsque je pourrais avoir et prendre une résolution plus hardie, si j'avais la certitude de son apparition sur le Tessin à jour fixe. Au reste, si l'ennemi se dégarnit, je le pousserai avec vigueur.

Je suis bien sensible, Général Premier Consul, aux marques de votre bienveillance, et je crois vous en rendre certain en vous assurant que mon attachement pour la République n'est égalé que par mon dévouement pour son premier magistrat.

MONCEY.

État des troupes arrivées.

Infanterie
3ebataillon de la 1re légère 800 hommes.
2bataillons de la 12e légère 1,200
2de la 20e de ligne 1,200
2de la 91e de ligne 1,200
1de la 101e de ligne) 800
3compagnies de grenadiers de la 44e 250
3bataillons de la 67e 1,900
1rede ligne 2,000
Total de l'infanterie 9,350 hommes.
Infanterie qui reste à arriver.
1bataillon de la 91e demi-brigade.
1de la 1re légère.
1de la 29e de ligne.
1de la 101e de ligne.
6compagnies de cette demi-brigade.
Cavalerie arrivée.
12erégiment de chasseurs 400 hommes.
6ede dragons 400
1re600
14ede cavalerie 140
15e180
22e240
25e200
Total de la cavalerie 2,160 hommes.
Total de l'infanterie arrivée. 9,350
TOTAL GÉNÉRAL 11,510 hommes.
Previous: CHAPITRE VIII: PRÉPARATIFS POUR FRANCHIR LES ALPES
Next: CHAPITRE X: OCCUPATION D'IVRÉE
    {p.377}
  1. On a réuni, dans le chapitre XII, toutes les dispositions fondamentales relatives à cette question. {p.378} {p.379}
  2. Chiffre qui ne concorde pas avec celui du rapport, où il est fait mention de 26 pièces (voir p. 381). {p.380}
  3. Il n'est peut-être pas sans intérêt d'ajouter quelques observations à cette situation:

    1° Berthier avait prescrit le 12 mai que les troupes prendraient à Villeneuve du biscuit pour les cinq journées des 15, 16, 17, 18 et 19. La division Watrin ayant déjà dépassé Villeneuve le 12 mai, l'ordre n'avait été exécuté à la date du 15 que par les divisions Boudet et Loison, ce qui montre que l'effectif de ces deux divisions réunies s'élevait à 12,000 hommes le jour de leur passage à Villeneuve, chiffre un peu inférieur à celui donné par la situation du 10 mai [14,223] (voir l'annexe n° 17).

    2° La division Watrin prenait le 15 à Saint-Pierre quatre jours de biscuit, pour les journées des 15, 16, 17 et 18 mai.

    De plus, depuis qu'elle avait dépassé Villeneuve, c'est-à-dire depuis le 9 mai, elle avait dû vivre sur les rations envoyées de Villeneuve à Martigny; elle avait ainsi pris dix jours à 5,000 rations ou 50,000 rations sur les 110,000 envoyées à Martigny. Il en restait donc à Saint-Pierre 60,000, ou cinq jours pour les divisions Boudet et Loison, c'est-à-dire leur nécessaire jusqu'au 24 mai inclus;

    3° Les troupes devant s'approvisionner encore à Villeneuve étaient:

    La division Chambarlhac, 8,000 hommes; la légion italique, 1,500 hommes; la division Monnier, 4,500 hommes; des conscrits et isolés rejoignant leurs corps, environ 1000; au total, 15,000 hommes, prenant pour cinq jours, soit 75,000 rations;

    La cavalerie: brigade Rivaud et division Harville, 3,500 hommes, prenant pour huit jours, soit 28,000 rations.

    En tout, 100,000 rations à prendre à Villeneuve.

    Il restait dans cette place 276,000 plus 137,000 ou 413,000 rations. On pouvait donc en envoyer à Saint-Pierre 300,000, qui représentaient pour toute l'armée sept ou huit jours de vivres, c'est-à-dire la subsistance assurée jusqu'au 30 mai environ en dehors des réserves de blé et de farine. {p.381}

  4. Mot illisible.
  5. Berthier donne le surlendemain, à Étroubles, l'ordre nécessaire.

    Le général Sauret établissait son quartier général à Villeneuve et informait les troupes sous ses ordres de sa prise de commandement (Registre de la municipalité de Villeneuve, 31 mai).

    Sauret (Pierre-François, dit Franconin), né à Gannat (Allier) le 23 mars 1742, soldat au régiment de Guyenne le 14 septembre 1756, grenadier le 11 mars 1759, sergent le 11 mars 1763, congédié par ancienneté le 28 septembre 1771, sergent au régiment de Champagne le 17 octobre 1771, fourrier le 5 juin 1772, adjudant le 13 juin 1776, porte-drapeau le 15 novembre 1779, sous-lieutenant le 2 juin 1780, lieutenant le 17 septembre 1784, capitaine des grenadiers le 12 janvier 1792, lieutenant-colonel le 17 octobre 1792, chef de brigade le 19 mai 1793, général de brigade provisoire le 15 octobre 1793, général de division le 23 décembre 1793, retraité le 1er novembre 1796, réintégré le 6 février 1800.

    Il était chevalier de Saint-Louis au commencement de la Révolution.

    Il fut créé baron de l'Empire le 28 juin 1813, et mourut le 24 juin 1818. {p.382}

  6. Le Premier Consul venait d'en passer la revue.

    « Bonaparte est allé à midi, à la tête de son état-major et de sa garde à cheval passer en revue plusieurs régiments de cavalerie et la légion italique qui étaient rassemblés sur les plaines de Saint-Sulpice. Il est revenu à 3 heures précédé du 12e régiment de chasseurs (*) » (Journal du professeur Pichard, Lausanne).

    Après la revue, la légion italique, dont l'uniforme était vert avec revers rouge, se porte à Vevey où elle n'arrive qu'à Il heures du soir (Manuscrit Couvreu, 15 mai), et où elle touche 1510 rations de pain (Registre municipal de Vevey, 15 mai).

    (*) Il semble qu'on doit lire 15e régiment de chasseurs. Cette cavalerie comprend en effet les cinq régiments de la division Harville (brigades Kellermann et Duvignau) et le 15e de chasseurs de la brigade Champeaux. {p.383}

  7. Correspondance de Napoléon, n° 4802.
  8. Le chef de brigade commandant l'artillerie au Premier Consul de la République française.

    Genève, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

    Mon Général,

    Je viens de recevoir la lettre du 25 courant, par laquelle vous me faites l'honneur de me mander que les besoins d'un détachement de 600 hommes de la 60e demi-brigade nécessitent que je fasse partir en toute diligence pour Villeneuve la quantité de 300 fusils.

    Ce détachement peut se présenter et faire sa demande à Villeneuve, où j'ai expédié depuis plusieurs jours plus de 1600 fusils encaissés tels que je les ai reçus.

    Quant aux cartouches d'infanterie, le dépôt de Villeneuve se trouve approvisionné de plus d'un million et ayant aujourd'hui reçu l'ordre de faire partir par Nyon et Lausanne, la quantité de 1600 fusils et 195,000 cartouches pour être délivrées à la division du général Monnier, j'expédie sur-le-champ un brigantin chargé de ces quantités avec un officier muni d'ordres. Cet envoi fait, il ne nous reste plus une seule cartouche. La fabrication va toujours son train, mais pas aussi vite que je le désirerais, parce que n'ayant point ici de garnison, les canonniers sont continuellement distraits de ce travail pour les déchargements des convois arrivant et le chargement des barques.

    Salut et respect.

    GUÉRIOT. {p.384}

  9. Les grenadiers de la garde partent effectivement de Lausanne le 16 mai, d'après le Journal Pichard et le Nouvelliste Vaudois du 16 mai. Le Bulletin Helvétique, seul, indique un départ de la garde le 15 mai. {p.385}
  10. Voir note 3, p. 390. {p.386}
  11. Correspondance de Napoléon, n° 4798.
  12. Lauriston, envoyé en avant par le Premier-Consul, était à Villeneuve le 13 mai à 8 heures du matin (voir sa lettre au Premier Consul, p. 348).

    Il dut sans doute arriver dans la journée à Saint-Pierre (65 kilomètres), voir, le 14, l'artillerie de Lannes achevant de monter à l'hospice, et repartir le soir, ou dans la nuit, de Saint-Pierre pour Lausanne (96 kilomètres).

  13. Altitudes: Saint-Pierre, 1630 mètres; l'Hospice, 2,472 mètres; Aoste, 660 mètres. Distances horizontales: Saint-Pierre à l'Hospice, 13 kilomètres; l'Hospice à Aoste, 35 kilomètres; Aoste à Bard, 53 kilomètres.
  14. Dans l'original de la main de Bourienne, il y a : Demain au soir, je serai probablement demain au soir. Dans la publication de la Correspondance de Napoléon, on a rétabli la phrase, en mettant Saint-Maurice, d'après l'indication de l'ordre du même jour à la garde (V. p. 384).
  15. Correspondance de Napoléon, n° 4803. {p.387}
  16. Les officiers de ces trois compagnies, sous les ordres du chef de bataillon Vivenot, avaient vécu dans l'intimité des moines. « Ils prenaient ensemble leurs repas et leurs innocentes récréations; aux jours de fête et les dimanches ils unissaient leurs voix pour chanter les louanges du Dieu des armées. Le jour de l'Ascension, 15 mai 1800, après un repas fraternel, le chef de bataillon ceignit son épée et fit au nom de tous les officiers ses derniers adieux aux religieux en ces termes: » (Suivent 66 vers alexandrins) (Notes manuscrites d'un religieux du Grand-Saint-Bernard).
  17. On distribua le 15 mai 1295 bouteilles de vin et 831 livres de fromage (Archives du Grand-Saint-Bernard).
  18. Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier. {p.388}
  19. D'après la relation autrichienne, Étroubles était défendu par deux compagnies qui avaient rompu le pont et qui se retirèrent quand elles furent menacées par un mouvement tournant des Français venant de la vallée de Pellina (OEstreichische militärische Zeitschrift, tome XXVI, 1822, p. 175).
  20. Journal de la campagne de l'armée de réserve de l'adjudant commandant Brossier.
  21. Le général Gency avait déjà reçu l'ordre de venir su col le 16 mai (voir p. 372).
  22. Les ingénieurs géographes firent un plan du Camp d'Étroubles qui existe aux Archives de la guerre. {p.389}
  23. Archives d'Orsières.
  24. 9e légère (Arch. d'Orsières, registre des fournitures militaires).
  25. 30e et 59e, d'après les Archives de Sembrancher, qui indiquent pour les effectifs de la première demi-brigade 661 hommes, et pour ceux de la seconde 77 officiers, 1785 sous-officiers et soldats. {p.390}
  26. Ce n'est pas à Saint-Pierre même que s'arrêtent le plus souvent les divers corps de l'armée, mais à des bivouacs entre ce village et celui de Liddes.

    « . . . . . Entre Liddes et Bourg-Saint-Pierre, on établit trois camps de relai. Toutes les demi-brigades y firent une halte, suit pour reprendre haleine, suit pour prendre la montagne dans la matinée. Comme les militaires ne pouvaient marcher qu'à la file et à deux pas de distance l'un de l'autre, par un sentier étroit tracé dans les neiges, on ne laissait partir du camp le plus rapproché de la montagne que 5 à 6,000 hommes par jour, afin que l'arrière-garde pût arriver avant la nuit au camp d'Étroubles, village situé à 3 lieues du Saint-Bernard, dans la vallée d'Aoste» (Notes manuscrites d'un religieux du Grand-Saint-Bernard).

    L'un de ces camps était le bivouac de Pratz, situé à peu près à mi-chemin entre Liddes et Bourg-Saint-Pierre, sur les rives d'un torrent affluent de droite de la Dranse. On l'appelle encore dans le pays le « Camp des Français. »

    Un autre camp était le « bivouac des prés » en bas de la ville de Liddes (traditions locales)

  27. C'est par erreur que dans les Mémoires de Napoléon (tome VI, p. 206) reproduits dans la Correspondance de Napoléon (tome XXX, p. 442) il est indiqué que le général Lannes arrive le 16 mai à Aoste avec les 6e légère, 28e et 44e de ligne, 11e et 12e de hussards et 21e de chasseurs.

    Le 16 mai, la 28e était dans le Valais; la 44e, au Simplon avec Béthencourt; les 12e de hussards et 21e de chasseurs (brigade Rivaud), à Saint-Pierre; le 11e de hussards, faisant partie de la brigade Duvignau (division Harville), à Morges ou à Lausanne.

  28. Cette première partie de la lettre de Lannes était publiée à Paris dans le Moniteur du 24 mai, en même temps que la lettre de Berthier du 19 mai annonçant au Premier Consul le combat de Châtillon. Les nouvelles antérieures données au public avaient paru dans le numéro du 17 mai et mentionnaient l'arrivée de l'armée à Lausanne, sans laisser entrevoir la direction qu'elle allait suivre. {p.391}
  29. Une assemblée du conseil et des notables de la ville d'Aoste se réunit le 16 mai.

    Il est constaté que l'administration est absolument dépourvue de magasins et de fonds de subsistance. On délibère de représenter aux chefs de l'armée l'état d'épuisement et de détresse dans lequel se trouve réduite cette province et l'impossibilité de l'administration de pouvoir contribuer aux vivres et aux services de l'armée.

    Le sieur Secondin est chargé de la distribution de tout ce que l'on pourra encore trouver de foin, paille, vin, sel, riz, chandelles. Les ordres signés par un des syndics ou par l'un quelconque des conseillers seront censés suffisants, vu l'urgence du service (Archives de la ville d'Aoste, Délibérations de la municipalité, 16 mai 1800).

  30. Un bataillon est laissé à la garde de la ligne de communication. L'arrivée de la 40e demi-brigade sur le versant sud le rend disponible et l'adjudant général Hulin écrit dans la soirée du 16 :

    Au commandant du 3e bataillon de la 22e demi-brigade de ligne.

    D'après les dispositions arrêtées par le général commandant la division, vous partirez, citoyen, avec le bataillon sous vos ordres, demain 27 du courant, pour venir joindre à Aoste les deux autres bataillons.

    HULIN. {p.392}

  31. Les habitants d'Aoste étaient très effrayés de l'arrivée des Français. L'évêque alla trouver le général Lannes et lui dit les terreurs de la population; Lannes promit que la ville serait traitée comme un territoire ami.

    Malgré cela, chaque habitant barricada sa porte et les Français traversèrent une ville déserte, ou l'on n'entendait pas le moindre bruit. (Cagliani, Il passagio di Bonaparte per il Grande-Sant-Bernado.)

    Lannes notifia à la municipalité que les autorités constituées resteraient en place (Arch. de la ville d'Aoste, Lettres, vol. 162).

  32. Au musée de Versailles, salle 80, au-dessous du petit tableau qui représente l'affaire de La Cluse, on lit l'inscription: Combat de La Cluse, 21 mai. Cette date est évidemment une erreur matérielle. {p.393}
  33. Il semble que la brigade Malher n'ait pas éprouvé de résistance sérieuse entre La Cluse et Aoste. Cependant on savait par les renseignements recueillis que les Autrichiens « ont élevé un autre retranchement plus étendu (que celui de La Cluse), à Gignod, qui est un assemblage de quelques maisons distant d'une heure de la Cité; ce retranchement défend les débouchés de la vallée Pellina et de celle du Saint-Bernard » (Renseignements sur la route du Grand-Saint-Bernard jusqu'au Pd, en passant par Aoste).
  34. D'après le récit autrichien, les trois compagnies qui défendaient Aoste avaient leur retraite menacée par un détachement français arrivé à 10 heures du matin à Villefranche (une lieue en aval d'Aoste); mais le colonel Rakitkvich, marchant de Châtillon vers Aoste avec quelques compagnies et un canon, repoussait ce détachement dans la montagne, ralliait les défenseurs d'Aoste et occupait la position de Villefranche.

    Quant à une compagnie qui battait en retraite depuis le Petit-Saint-Bernard devant la division Chabran, elle se trouva coupée par l'occupation d'Aoste et fut obligée de prendre par la montagne le chemin du col de Cogne (V. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, 1822, p. 175).

  35. Aoste, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

    Au commissaire des guerres.

    Veuillez bien, mon cher Commissaire, faire transporter la paille pour le campement de la troupe au pont dans le faubourg où les soldats ont ordre d'aller la chercher.

    J'ai prévenu les chefs des corps que la distribution de la viande se fera demain à 5 heures du matin. Il est nécessaire que vous fassiez abattre dans les faubourgs au delà du pont de pierre pour éviter les longueurs et de la peine aux soldats.

    Salut amical.

    HULIN.

    Au commandant de la place.

    Les intentions du général commandant la division étant, citoyen Commandant, qu'aucun militaire ne puisse aller en ville sans préalablement en avoir la permission, veuillez bien donner ordre à la garde du pont de ne laisser entrer personne du camp sans l'autorisation d'un chef de bataillon, les officiers même ne devant loger en ville que d'après mon autorisation.

    Salut et fraternité.

    HULIN. {p.394}

  36. Ordre du jour du 26 floréal.

    Le citoyen Garraux, inspecteur aux revues, passera la revue des 6e demi-brigade légère et 22e demi-brigade de ligne, le 28 du courant; l'heure en sera indiquée.

    Les chefs des corps feront apporter à cette revue:

    1° Les contrôles nominatifs des compagnies avec les notes des mutations qui ont eu lieu depuis la 1er germinal an 8;

    2° La situation de la caisse du 1er germinal ;

    3° Celle de l'habillement;

    4° Celle de l'armement.

    Ils se conformeront enfin à tout ce que leur a prescrit l'inspecteur Garraux par sa lettre du 15 floréal.

    HULIN.

  37. La 40e faisait une halte à l'hospice, comme l'avait fait la veille la brigade Malher. Les Archives du Grand-Saint-Bernard indiquent quels 16 mai on distribua aux troupes françaises 1172 bouteilles de vin et 398 livres de fromage. {p.395}
  38. La brigade de cavalerie Rivaud rejoignit l'avant-garde le 18 (V. p. 415, note 1).
  39. Cette lettre n'a pas été retrouvée.
  40. Lapsus évident; il faut lire 12e de hussards et 21e de chasseurs. {p.396}
  41. Lannes dut recevoir cette lettre à Aoste le 16, très tard dans la soirée. Dupont lui écrivait le même jour une lettre presque identique. {p.397}
  42. La division Boudet monte le 16 d'Orsières à Saint-Pierre.
  43. La division Loison se porte le 16 de Martigny à Sembrancher (Archives de Sembrancher). Le 17, elle vient à Saint-Pierre.
  44. La division Chambarlhac vient le 16 de Saint-Maurice à Martigny et le 17 à Sembrancher.

    Les dispositions suivantes sont adoptées pour ne cantonner dans cette localité que l'état-major et les compagnies d'élite, bien que la superficie de ce village eût permis d'abriter un plus grand nombre de troupes:

    « Les autres resteront au bivouac avec leurs troupes.

    « Logeront seuls à Sembrancher : général Chambarlhac et son aide de camp, général Rivaud et son aide de camp, général Herbin et son aide de camp, général Delort et ses adjoints, les chefs de brigade, un commissaire des guerres, les chefs d'artillerie, du génie, 6 compagnies de grenadiers dans les granges, les quartiers-maîtres, les officiers de santé » (Archives de Sembrancher).

  45. La division Monnier est le 16 sur le lac de Genève; la 19e légère à Gex; la 70e à Vevey.

    La 70e, arrivée à 1 heure, est inspectée sur la place de Vevey à 5 heures du soir, par le général Monnier, avant d'aller « loger tant à Vevey que dans le district ». Son effectif est d'environ 2,000 hommes (Manuscrit Couvreu); 800 hommes de cette demi-brigade reçoivent du pain à Vevey (Registre municipal de Vevey , 16 mai).

    Le 17, la 70° va à Villeneuve et la 19e légère à Nyon. {p.398}

  46. La légion italique quitte Vevey le 16 à midi et demie (Manuscrit Couvreu) pour aller à Aigle, et le 17 à Martigny.
  47. La cavalerie de Murat est encore à Morges et Lausanne. {p.399}
  48. On sait que l'attente des traîneaux avait retardé de plusieurs jours le mouvement de l'armée.
  49. Le Premier Consul approuva ce changement de ligne de communication et donna le 18 mai des ordres aux conseillers d'état Petiet et Dejean pour faire passer par le Petit-Saint-Bernard 200,000 cartouches et 200,000 rations de biscuit (voir ces lettres à la fin du chapitre XII). {p.400}
  50. Probablement pour Saint-Pierre.
  51. Ce rapport n'a pas été retrouvé. {p.401}
  52. Probablement pour Saint-Pierre. {p.402}
  53. Il faut sans doute lire: Il est expressément défendu, etc.
  54. Cet ordre parvient à Berthier à Étroubles le 17. Il faut compter pour le trajet: de Lausanne à Martigny, 68 kilomètres. 6 heures; de Martigny à l'hospice, 10 heures; de l'hospice à Étroubles, 4 heures; soit, au moins, 20 heures. {p.403}
  55. Correspondance de Napoléon, n° 4807.
  56. Il est étonnant que cette lettre soit adressée au général Duvignau, général de brigade commandant les dragons et non pas au général de division Harville, sinon au lieutenant du général en chef Murat.
  57. Soit cinq jours de pain et d'avoine, c'est-à-dire 3k, 750 de pain et de 15 à 20 kilogr. d'avoine, suivant les armes (V. la composition des rations, p. 372, note 2).
  58. L'étape de Lausanne à Bex est de 49 kilomètres, celle de Morges à Aigle, de 53 kilomètres. Le jour suivant, 18 mai, la cavalerie alla seulement d'Aigle et Bex à Martigny, 28 et 20 kilomètres,. et dut faire séjour ensuite (V. la lettre du Premier Consul à Berthier le 18 mai, p. 419). {p.404}
  59. Cette inexactitude, volontaire, avait sans doute pour but de donner confiance à Suchet.
  60. Correspondance de Napoléon, n° 4808.
  61. Correspondance de Napoléon, n° 4809.
  62. Berthier arrive à Étroubles vers midi.

    Il s'était arrêté à l'hospice et y avait demandé un chien du Saint-Bernard. Après la bataille de Marengo, le 29 juin, il écrivit au prieur du couvent pour lui rappeler sa promesse (Archives du Grand-Saint-Bernard).

    Le général en chef avait laissé ses bagages dans la vallée; c'est seulement le 24 mai qu'une voiture transportait ses cartes de Martigny à Saint-Pierre (Archives de Martigny). Il ne put donc pas les recevoir avant le 27 ou le 28. {p.405}

  63. Le même jour, Berthier envoyait un nouvel ordre à Dupont:

    « Donnez l'ordre qu'un détachement de 15 sapeurs avec leurs outils partent avec les deux pièces d'artillerie. »

  64. Pernety recevait à Étroubles la lettre suivante écrite d'Aoste, le 17 mai, par le chef d'état-major de la division Watrin :

    Au commandant l'artillerie de la division.

    Le général commandant la division vous autorise, citoyen Commandant, à prendre ce que vous lui demandez par votre lettre d'hier, à retenir les 15 sapeurs qui vous sont nécessaires.

    Ce pays-ci n'ayant pas de chariots, je vous ai fait expédier hier 20 mulets en place des 10 chariots que vous avez demandés; vous en recevrez 8 autres aujourd'hui.

    Les cartouches que vous avez envoyées par deux canonniers sont arrivées hier au soir; comme elles ne peuvent être distribuées de suite, il restera ici un canonnier pour les garder et recevoir ensuite les bons des distributions.

    HULIN. {p.406}

  65. Voir p. 402.
  66. Voir p. 408, note 1.
  67. Les six pièces de la division Watrin sont seules sur le versant italien, démontées et traînées à bras dans des troncs d'arbres. Il faut les remonter sur leurs affûts à Étroubles, où commence un chemin.
  68. La division Boudet (trois demi-brigades) et la brigade de cavalerie Rivaud (deux régiments) ont passé le colle matin. L'hospice distribue le 17 mai, 2,453 bouteilles de vin et 578 livres de fromage.

    Ces corps arrivent dans la journée à Étroubles. Avec la division Chabran, qui arrive à Aoste par le Petit-Saint-Bernard Berthier dispose, le 17, d'environ 15,000 fantassins et 1000 cavaliers dans la vallée d'Aoste. {p.407}

  69. Les troupes qui ont livré le combat d'Aoste le 16, c'est-à-dire la 6e légère et deux bataillons de la 22e, séjournent le 17 dans leur camp, près de cette ville. La division Watrin s'y concentre, à l'exception d'un bataillon laissé à Étroubles, et le chef d'état-major écrit au commissaire des guerres Trousset :

    « Je vous préviens, citoyen Commissaire, que les deux premiers bataillons de la 40e demi-brigade et le bataillon de la 22e arriveront aujourd'hui à Aoste. Vous voudrez bien y assurer leurs subsistances:

    « HULIN. »

    Dans le Bulletin de l'armée de réserve du 24 mai, on lit que le général Lannes se mit en marche et se porta sur châtillon le 17 mai.

    Les Mémoires de Napoléon, tome VI, page 206, et la Correspondance de Napoléon, tome XXX, page 442, ont reproduit cette erreur de date en mettant le combat de Châtillon le 17 mai.

    C'est seulement le 18 que l'avant-garde quitte Aoste.

    Les Autrichiens, sous les ordres du colonel Rakithvich, abandonnent Villefranche le 17 et se retirent à Châtillon, avec avant-postes à Chambave (OEstreichische militärische Zeitschrift, tome XXVI, 1822, p. 175).

    Mathieu Dumas, dans son Précis des événements militaires, tome III, pages 169 et 172, édition de 1816, fait partir Lannes et la division d'avant-garde le 17 mai de Saint-Pierre et les fait arriver le 19 mai à Châtillon. Les mêmes dates sont données par Jomini dans l'Histoire des guerres de la Révolution, livre XVI, ch. CII.

    Il y a là une double inexactitude, puisque, en réalité, la brigade Malher parût de Saint-Pierre dans la soirée du 14 mai et que le combat de Châtillon eut lieu le 18.

    Plus loin, page 173, Mathieu Dumas indique que le Premier Consul a quitté Lausanne le 19 mai, tandis qu'il en est parti le 16.

    On peut juger, d'après ces exemples, du degré de confiance qui doit être accordé aux faits avancés par les écrivains les plus renommés et les plus justement célèbres. {p.408}

  70. La lettre de Dupont à Lannes est la reproduction presque textuelle des ordres de Berthier, sauf le passage suivant:

    « Le but de votre opération est de nettoyer la vallée d'Aoste jusqu'au château de Bard et de culbuter vivement l'ennemi qui s'y trouve, afin d'accélérer la reddition de ce fort, que vous investirez et attaquerez immédiatement.

    « Le général en chef se rendra lui-même demain de très bonne heure à Aoste.

    « Donnez des ordres pour que tous les effets d'ambulance. et autres, nécessaires à vos opérations, soient prêts. »

  71. Avant d'avoir reçu les instructions de Dupont, le général Watrin avait fait donner les ordres suivants à Aoste, dans la journée du 17 mai:

    Aux généraux de brigade Malher et Gency.

    Conformément aux dispositions du général commandant la division, vous voudrez bien, citoyen Général, donner des ordres à la brigade que vous commandez afin qu'elle se tienne prête à partir demain matin.

    Vous ferez prendre des subsistances à tous les corps qui la composent jusqu'au 1er prairial ou jusqu'au 2, s'il est possible. Il faut que la distribution soit faite demain à 9 heures du matin pour le plus tard.

    Vous ferez prendre des cartouches à raison de 50 coups par homme. Le magasin des cartouches est à la chapelle, dans le faubourg, près le camp.

    HULIN.

    [Ordre, en conséquence, au commissaire des guerres Trousset, au sujet de la distribution.

    C'est trois ou quatre jours de vivres que la division Watrin prenait à Aoste, puisqu'elle s'était approvisionnée à Saint-Pierre jusqu'au 28 floréal inclus (voir p. 372)].

    Aux généraux de brigade Gency et Malher.

    Je vous préviens, citoyen Général, que les troupes de la division recevront demain seize rations de riz et une demi-pinte de vin par homme. La distribution se fera à 6 heures du matin. Je vous prie d'en donner avis aux chefs des corps composant la brigade sous vos ordres.

    La distribution du pain aura lieu à 9 heures, ainsi que je viens de vous le mander.

    Salut et attachement.

    HULIN.

    (Voir p. 412, note 1, les nouveaux ordres donnés au reçu des instructions de Berthier.) {p.409}

  72. Le 16 mai, à 5 heures du soir, le Premier Consul avait quitté Lausanne (Nouvelliste vaudois du 17 mai et Journal Pichard du 16). Il passait à 8 heures du soir à Vevey, où il changeait de chevaux (Manuscrit Couvreu), et venait coucher à Saint-Maurice, dans {p.410} le couvent, d'après les Mémoires de Napoléon, ou, d'après la tradition locale, dans une maison que l'on montre encore à Saint-Maurice.

    Le 17, il établit son quartier général à Martigny dans la maison des religieux du Grand-Saint-Bernard, d'où il écrit le 18 à Joséphine:

    « Je suis ici depuis trois jours, au milieu du Valais et des Alpes, dans un couvent de Bernardins. L'on n'y voit jamais le soleil: juge si l'on y est agréablement! . . . . . Il (Mémoires d'une contemporaine).

    Cette lettre pourrait faire croire que le Premier Consul était arrivé le 16 à Martigny, comme le mentionne aussi un manuscrit du Grand-Saint-Bernard.

    Mais l'ordre du 15 ordonnant aux aides de camp de préparer le logement le 16 à Saint-Maurice, la lettre du 16 indiquant à Berthier: « Je serai cette nuit à Saint-Maurice » et celle du 17 commençant par ces mots: « J'arrive à Martigny. . . . . » semblent prouver l'arrivée à Martigny le 17 seulement.

    En tout cas, il y a erreur manifeste dans les Mémoires de Bourrienne (t. IV, p. 97), signalant l'arrivée du Premier Consul à Martigny, le 20 mai.

    Les religieux ont noté le passage du Premier Consul:

    « . . . . . Il. descendit à la maison prévôtale du Saint-Bernard. Pendant les trois jours qu'il s'y arrêta, on ne le vit pas paraître dehors; il ne sortait de sa chambre que pour aller au réfectoire; un silence de chartreux régna à la prévôté et à l'entour; ni l'état-major , ni les gardes n'osaient ouvrir la bouche. »

    La garde des Consuls était fêtée par la municipalité de Martigny, qui lui offrait un « vin d'honneur » et demandait pour cela « du vin le meilleur de la cave à l'économe du Saint-Bernard ». Le Premier Consul contribuait à cette réjouissance, en donnant 100 louis (Archives de Martigny).

  73. Correspondance de Napoléon, n° 4810. {p.411}
  74. La 28e demi-brigade franchit le Grand-Saint-Bernard le 18 et atteint Aoste, tandis que la division Loison, passant également le col, s'arrête à Étroubles.

    Les provisions fournies le 18 mai par les religieux à l'armée française se montent à 2,685 bouteilles de vin et 864 livres de fromage (Archives du Grand-Saint-Bernard).

  75. Dubreton annonçait à la municipalité d'Aoste son arrivée avec le général en chef {p.412} Berthier, le 18 mai, demandait le logement pour ses chefs d'administration, ses chefs d'équipage et ses conducteurs, une maison pour lui et ses bureaux et enfin des écuries. (Archives de la ville d'Aoste. Lettres, vol. 162.)
  76. Le général Lannes avait reçu, dans la nuit du 17 au 18 mai, les ordres envoyés d'Étroubles dans la soirée du 17 (V. la lettre de Berthier, p. 406, et celle de Dupont, p. 408, note 1).

    La division Watrin avait dû, en conséquence, avancer l'heure de son départ.

    Aoste, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800), à 4 h. 1/2 du matin.

    Aux généraux de brigade Malher et Gency.

    D'après les nouvelles dispositions du général commandant la division, il est nécessaire que vous ordonniez aux troupes sous vos ordres d'aller de suite à la distribution des vivres et du vin, et de se tenir prêtes à se mettre en marche, aussitôt après qu'elle sera finie. Quant à la viande, on fera suivre aux boeufs les mouvements de la division.

    HULIN.

    Au commissaire des guerres Trousset.

    D'après les nouvelles dispositions du général commandant la division, vous voudrez bien, citoyen Commissaire, donner des ordres pour que la distribution des vivres à la troupe se fasse de suite, attendu qu'il faut qu'elle se mette en marche aussitôt après.

    HULIN.

    Pendant que la division Watrin quittait Aoste, son artillerie se mettait en marche pour la rejoindre.

    Le chef de bataillon, commandant l'artillerie de la division Watrin, au commandant de la place d'Aoste.

    Étroubles, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

    J'envoie, citoyen Commandant, une pièce de 8 avec un caisson et un caisson d'obusiers pour la division Watrin; je vous prie de diriger ce convoi sous escorte sur la route que doit avoir prise la division, par Châtillon. Si cependant le général en chef ou les généraux Lannes et Watrin se trouvaient encore à Aoste, il serait à propos de prendre leurs ordres à ce sujet, si déjà vous n'en avez.

    L'adjudant général Hulin, chef de notre état-major, vient de m'envoyer une ordonnance pour me prévenir du départ de la division et me demander un prompt envoi de cartouches. Je le joins à celui du canon, vous priant de faire suivre celui-ci sous escorte, le plus promptement possible, sur la route de Châtillon, adressé audit adjudant général, qui en disposera. Un canonnier devra l'accompagner pour la distribution en ordre.

    Salut et fraternité.

    PERNETY. {p.413}

  77. La division Boudet descend le 18 d'Étroubles à Aoste.
  78. La 28e vient dans la journée du 18 de Saint-Pierre à Aoste. C'est sans doute en raison de cette forte étape qu'elle ne part le lendemain qu'à midi, bien qu'ayant un objectif plus éloigné que la division Boudet.
  79. Ce fut l'adjudant général Stabeurath qui resta à Aoste (voir p. 443). {p.414}
  80. Cette lettre de Berthier a été publiée dans la Correspondance de Napoléon, t. VI, p. 371, n° 4816, avec la mention « par ordre du Premier Consul » et sans la signature de Berthier.

    Ce procédé a été fréquemment employé dans la publication de cette correspondance pour la campagne de 1800. Une note mise à la page 342 du tome VI en donne une explication qui est loin d'être concluante.

    L'erreur n'est pas grave, lorsque Berthier et Dupont sont dans la même localité que le Premier Consul; on peut alors considérer leurs ordres comme écrits sous l'inspiration, sinon sous la dictée de ce dernier.

    Mais le « par ordre du Premier Consul » devient invraisemblable, quand le signataire de la lettre est séparé du Premier Consul par une distance considérable.

    Il en est ainsi pour la lettre du 18 mai. Berthier l'écrit à Aoste, pendant que le Premier Consul est à Martigny, et l'observateur le plus superficiel a peine à croire que c'est « par ordre du Premier Consul », séparé de lui par le massif des Alpes, que Berthier a fixé son départ du lendemain à 5 heures du matin et a ordonné qu'un officier d'état-major parte pour l'avant-garde avec une escorte de 6 hommes.

    On ne saurait oublier d'ailleurs que le Premier Consul, chef du gouvernement, n'a pas à entrer dans des détails qui appartiennent à peine au général Berthier, commandant l'armée de réserve, mais qu'il se considère plus justement comme le généralissime donnant des instructions aux différentes armées. {p.415}

  81. La brigade de cavalerie Rivaud, qui avait passé le Grand-Saint-Bernard le 17, était partie d'Étroubles le 18 au matin, et avait rejoint la division Watrin dans la journée.
  82. D'après la Revue militaire autrichienne, tome XXVI, p. 175, l'attaque eut lieu à 2 heures de l'après-midi. {p.416}
  83. C'est avec la 6e légère seulement que le général Malher faisait le mouvement tournant, puisque la 22e était à l'attaque de front.
  84. Noguès (Jean-François), né à Castelnau le 3 décembre 1769, avait été lieutenant dans le 2e bataillon des Hautes-Pyrénées le 2 mars 1792, capitaine dans ce bataillon le 4 avril 1792, nommé chef de bataillon par les représentants du peuple le 3 octobre 1793, adjudant général, chef de brigade provisoire le 24 novembre 1794, confirmé dans ce grade le 13 juin 1795.

    Il devint général de brigade le 28 juillet 1800, et général de division le 1er février 1805.

  85. L'avant-garde passe donc la nuit du 18 au 19 en deux échelons: vers Arnaz, avec {p.417} Watrin, se trouvent les troupes qui ont poursuivi l'ennemi, sans doute la 40e et la cavalerie; à Châtillon, s'arrête le général Lannes avec la brigade Malher.

    Le journal de marche de Brossier dit seulement:

    « Dès le 28, l'avant-garde arrive à une demi lieue du fort de Bard. »

  86. Cette lettre de Berthier était publiée dans le Moniteur du 24 mai; on y supprimait la phrase relative au général Marescot et au sous-inspecteur Garrau, ainsi que les deux dernières lignes: J'espère que les premières nouvelles . . . . . {p.418}
  87. Ces prisonniers étaient tous du régiment de Deutschbanat. L'état nominatif, qui en fut dressé, se trouve aux Archives de la guerre; il comprend 223 noms dont 1 aumônier, 1 chirurgien, 2 lieutenants, 2 enseignes, 4 sous-officiers, D'après les Manuscrits de Bourdillon et de Dunant, ces prisonniers arrivèrent à Genève le 25 mai et furent internés au fort des Barques.
  88. Un détachement de 30 hommes se trouvait encore quelques jours plus tard dans les montagnes aux environs de Châtillon.

    « De Ayas,

    Au citoyen Commandant français, demeurant à Châtillon.

    CAPITULATION.

    Les soussignés Lepreux, lieutenant; List, caporal; Kamonski, caporal; Joseph Bosco, appointé; François Chindelar, simple soldat du régiment de François-Kinski-Infanterie, se disent prêts de se rendre prisonniers de guerre avec le détachement, à condition que le commandant françois promette et tienne la parole qu'il ne se fasse aucune insulte ni tort à l'officier ni à son détachement, et qu'il ne permette pas qu'il ne soit porté aucune atteinte à l'équipage de chaque individu, tout petit qu'il ait, dont la privation ne sera pas moins sensible au pauvre soldat.

    Fait à Ayes, le 22 mai 1800.

    Gisepe Bosco, Franz SCHINDELAR (sic), Johan LIST, corporal,
    Josephus KAMONYSKY (sic), corporal,
    LEBREUX (sic), lieutenant du régiment de Franz-Kinsky-Inf. »

    (Pièce écrite en français),

    L'adjudant général Noguès, aide de camp du général Lannes, blessé au combat du 18 et contraint de rester se soigner à Saint-Vincent, recevait cette lettre à 10 heures du soir, envoyait dans la matinée du 23 « un officier de la 58e demi-brigade accompagné de 10 hommes au poste occupé par les Autrichiens », dirigeait les 30 prisonniers « sur Aoste après leur avoir fait déposer les armes à Châtillon ». et en rendait compte au général Dupont.

    Une légende bizarre s'est formée au sujet de ce lieutenant Lepreux.

    Il aurait surpris le 23 mai, dans un sentier près de Saint-Vincent, le Premier Consul en {p.419} habit gris et chapeau brodé sans panache, accompagné seulement de quelques généraux; mais ayant perdu du temps à répondre aux questions qui lui étaient posées, il aurait été bientôt entouré lui-même par la garde consulaire, serait devenu à son tour le prisonnier du Premier Consul et aurait appris seulement l'importance de la capture qu'il venait de manquer (Le véritable Messager boiteux, Vevey, 1801; Il passagio di Bonaparte per il Grande-Sant-Bernardo, par Cagliani-Bex, 1892; Napoléon Ier dans la vallée d'Aoste, par l'abbé vescoz, Aoste, 1887).

    La capitulation ci-dessus diminue considérablement la vraisemblance de cette légende et de la rencontre fortuite de Lepreux.

  89. Ces deux lettres n'ont pas été retrouvées,
  90. La cavalerie (six régiments, d'après le Manuscrit Couvreu) quitte Morges et Lausanne et se porte par une étape de 50 kilomètres à Aigle et Bex, où « le fourrage est plus abondant qu'au pied du Saint-Bernard. Elle y bivouaque dans les prairies » (Bulletin helvétique, numéro du 20 mai, citant une lettre de Saint-Maurice du 17).
  91. Voir au chapitre XII. {p.420}
  92. Correspondance de Napoléon, n° 4812,
  93. Christine Boyer, fille d'un aubergiste de Saint-Maximin (Var), que Lucien Bonaparte avait épousée le 4 mai 1794, à l'époque où il était garde-magasin de l'administration des subsistances militaires dans cette ville (Grande Encyclopédie).
  94. Nouvelles identiques à Joséphine et à Lucien, Ministre de l'Intérieur:

    « Le Grand-Saint-Bernard offre bien des difficultés à vaincre . . . . . »

    « . . . . . Le tiers de l'artillerie est en Italie; l'armée descend à force; Berthier est en Piémont; dans trois jours tout sera passé. »

  95. Correspondance de Napoléon, n° 4811, {p.421}
  96. Cette lettre n'a pas été retrouvée.
  97. On avait proposé plusieurs fois 1000 francs par pièce de 8 montée de Saint-Pierre au Saint-Bernard, mais les communes n'étaient pas arrivées à s'entendre (Lettre d'Allix, chef de brigade d'artillerie au sous-préfet d'Orsières, 29 mai, Archives de Sembrancher).
  98. Le Premier Consul demande au canton du Valais de lui fournir immédiatement {p.422} 6,000 paysans avec des cordes et promet une forte récompense pécuniaire pour les attirer. La Chambre administrative transmet le 20 mai sa réquisition aux différentes villes:

    « La chambre administrative, prévenue que Bonaparte requiert 6,000 hommes pour le transport de l'artillerie de Bourg-Saint-Pierre au Saint-Bernard, prévient que le général promet 40 louis par canon rendu au Saint-Bernard et qui seront payés immédiatement.

    « Sion devra fournir 40 hommes avec autant de cordes possibles, 1 hache pour 20 hommes et des vivres pour 8 à 10 jours.

    « Ces hommes partiront dans les 24 heures » (Archives de la ville de Sion). (Archives de la ville de Sion)

  99. De la division Boudet,
  100. Ce fait, cité par Marmont, semble exceptionnel; il n'est rapporté nulle part ailleurs.

    On verra au contraire le dévouement des autres demi-brigades d'infanterie.

  101. Une minute du Journal de la campagne de Brossier donne les détails suivants sur le passage de l'artillerie:

    « . . . . . Quant à l'artillerie et aux caissons des munitions de guerre, il avait fallu les démonter pièce à pièce et les faire traîner ou transporter à dos de mulets et à bras, On avait creusé des troncs d'arbres en forme de navette, pour y encastrer les pièces de canon et les obusiers; le général Gassendi avait fait faire à Auxonne des traîneaux à rouleaux, qui servirent à transporter les essieux et les caissons vides. Les affûts étaient portés {p.423} par pièces détachées sur des perches, exceptés ceux des pièces de 4 qui l'étaient par 10 hommes, sur un brancard.

    (La pièce de 8 pesait 1650 kilogrammes; son caisson, 1700; la pièce de 4 pesait 1050; son caisson, 1500; l'obusier, 1600; son caisson, 1600 également).

    Les munitions de guerre étaient divisées en caisses, portées à dos de mulets ou à bras. Un bataillon était chargé du transport du canon monté et de son caisson garni; on lui donnait pour cela 4 ou 500 francs de gratification.

    Alors la moitié des soldats du bataillon portait les sacs, armes et vivres de leurs camarades, pendant que ceux-ci s'attelaient aux traîneaux et troncs d'arbres ou portaient les caissons et affûts démontés et les caisses de munitions. Les paysans, qui d'abord n'étaient éloignés, revinrent par l'appât des mêmes récompenses, et de celles qu'ils recevaient en servant de guides aux officiers généraux et supérieurs.

    La descente de la montagne se présentait ensuite bien plus dangereuse.

    Le chemin était si rapide et si glissant que les hommes ni les chevaux ne pouvaient assurer leurs pas La fonte des neiges avait occasionné des crevasses innombrables. »

  102. Ces propositions furent approuvées et l'infanterie de la division Chambarlhac tira ses canons avec beaucoup d'entrain (voir p. 480 et 481).

    Malgré les grandes difficultés du passage, il ne se produisit qu'un seul accident.

    « . . . . . Au passage du Saint-Bernard une avalanche a emporté une pièce de 8 et 3 canonniers. Cet événement a produit une quantité de contes et d'exagérations . . . . . Ces récits sont des fables, et il n'y a d'absolument avéré que l'accident rapporté ci-Dessus . . . . . » (Lettre de Martigny du 21 mai, citée dans le Bulletin helvétique du 25 mai 1800, tome III, p. 280).

    Cet accident paraît même douteux, car il ne se trouve mentionné dans aucun document officiel. {p.424}

  103. Correspondance de Napoléon, n° 4824. {p.425}
  104. Correspondance de Napoléon, u° 4827.
  105. Correspondance de Napoléon, n° 4817.
  106. Correspondance de Napoléon, n° 4819. {p.426}
  107. Voir p. 414 et 415.
  108. La Correspondance de Napoléon, tome VI, p. 375 et 376, donne cette lettre et une autre du même jour (p. 424 ci-dessus), avec la mention: « Au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve à Verres » qui n'existe pas sur les originaux.

    Il est exact que le général Berthier couchait à Verrès le 19 mai, mais le Premier Consul, averti seulement que Berthier se portait dans la journée devant le fort de Bard, ne pouvait pas prévoir à Martigny son retour de Bard à Verrès.

    Il pouvait encore moins le savoir dans la lettre écrite dans la matinée du 19, alors qu'il ignorait le combat de Châtillon, et savait seulement la présence de Berthier à Aoste.

    La Correspondance de Napoléon contient beaucoup d'indications analogues qui dénaturent le texte des originaux et en altèrent la valeur.

  109. Voir p. 129. {p.427}
  110. Comptes rendus de Berthier au Premier Consul, envoyés d'Aoste dans la nuit du 18 au 19 (voir p. 414 et 415).
  111. Correspondance de Napoléon, n° 4818.
  112. Le Ministre, Carnot, répondait de Paris, le 25 mai:

    « . . . . . J'ai l'honneur de vous observer que l'organisation des compagnies de vétérans en bataillons n'est point terminée; mais pour remplir, à cet égard, vos intentions, j'ai donné des ordres pour faire passer à Genève et à Villeneuve 13 compagnies de vétérans, tirées des points les plus rapprochés et où leur présence est moins nécessaire. . . . .

    … Il résulte de ces dispositions que 9 compagnies équivalentes à la force d'un bataillon seront dirigées sur Villeneuve, et que les 4 autres demeureront stationnées à Genève, indépendamment de celles qui s'y trouvent en ce moment. . . . . »

    D'après un état joint à la lettre de Carnot, l'effectif de ces unités variait de 24 à 57 hommes et atteignait pour les 13 compagnies le total de 540 hommes, dont 105 étaient dirigés sur Genève et 435 sur Villeneuve. Ces troupes venaient de Dijon, Châlons, Saint-Dizier, Mâcon, Autun, Besançon, Bourg, Lons-le-Saunier, Salins, Saint-Étienne, Roanne et Cret, et arrivaient à Gex ou Genève entre le 3 et le 15 juin.

  113. Correspondance de Napoléon, n° 4822. {p.428}
  114. Citoyen Reinhard.
  115. Correspondance de Napoléon, n° 4821.
  116. La Chambre administrative du Valais et la commission exécutive de la République helvétique acquiescèrent aux demandes du Premier Consul.

    Trois compagnies valaisiennes furent placées au Saint-Bernard, à Sembrancher et à Martigny; trois compagnies d'infanterie occupèrent Saint-Rémy, Saint-Pierre et Saint-Maurice, « pour ne pas surcharger les contingents du Valais ».

    Deux bataillons de 300 hommes gardèrent la route de Lausanne à Vevey.

    Mais la commission exécutive écrivit à Moncey le 3 juin que, pour fournir ces 1200 hommes, elle était « obligée à son grand regret de retirer les 4 compagnies d'infanterie légère qui se trouvaient au Saint-Gothard ».

    Elle ordonnait en plus « sur la demande du Premier Consul, d'établir une chaîne de courriers de Lucerne ou Altorf au Grand-Saint-Bernard, pour avoir des nouvelles régulières et promptes de la marche des troupes d'Helvétie » (Actensamlung aus der Zeit der helvetischen Republik, tome V, n° 400, 23 mai, 28 mai et 3 juin).

  117. Correspondance de Napoléon, n° 4820. {p.429}
  118. Le Premier Consul avait d'abord dicté: , . , , , dans le cas d'agir selon les circonstances, , , , {p.430}
  119. Correspondance de Napoléon, n° 4825. {p.431}

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96