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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 1 Chapitre 5

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.177}

(PREMIÈRE PARTIE)
CHAPITRE V
MARCHE DE L'ARMÉE DE DIJON VERS LE LAC DE GENÈVE

Renseignements sur les opérations dans la rivière de Gênes. – Nécessité de soutenir l'armée d'Italie. – Marche de l'armée de réserve vers Genève et Lausanne. – Continuation de l'organisation. – Plaintes de Berthier.

Vers la fin d'avril arrivent, peu à peu, des renseignements sur l'offensive prise par l'armée autrichienne contre l'armée d'Italie dans la rivière de Gênes. Ces nouvelles décident le Premier Consul à porter l'armée de réserve des environs de Dijon sur les bords du lac de Genève, tout en activant les mesures relatives à son organisation.

Le Premier Consul au Ministre de la guerre.

Paris, le 4 floréal an 8 (24 avril 1800).

L'armée d'Italie est aux mains avec l'armée autrichienne (1). Soit qu'elle vainque, soit qu'elle soit vaincue, il est indispensable que l'armée de réserve ne perde pas une heure.

Si nous sommes vainqueurs, l'armée autrichienne se trouvera considérablement affaiblie et hors d'état de résister à l'armée de réserve.

Si notre armée d'Italie est vaincue, et qu'elle soit obligée de prendre la ligne de Borghetto ou toute autre pour défendre {p.178} les Alpes-Maritimes, il est encore indispensable que l'armée de réserve attaque le Piémont ou le Milanais, afin de faire une diversion et d'obliger l'armée autrichienne à revenir à la défense de la Lombardie et de ses magasins.

Je vous prie, en conséquence, de donner ordre au général en chef Berthier:

1° De porter, en toute diligence, l'armée de réserve à Genève (2);

2° De faire passer à Villeneuve, par le lac, tous les approvisionnements de guerre et de bouche qui ont été rassemblés à Genève;.

3° De se porter, le plus rapidement possible, en Piémont et en Lombardie (2), soit en passant le Grand-Saint-Bernard, soit en passant le Simplon.

Quelle que soit l'issue des événements d'Italie, l'armée autrichienne, qui s'est enfournée sur Gênes et sur Savone, se trouve d'autant plus éloignée des passages des montagnes, et dans un état de délabrement tel, qu'elle est absolument hors d'état de tenir la campagne contre les 40,000 hommes que le général Berthier peut facilement réunir.

Je vous prie également, citoyen Ministre, d'activer le départ, de Paris, des chevaux et des pièces d'artillerie destinés pour l'armée de réserve.

Avant que cette armée n'ait franchi le Saint-Bernard et le Simplon, nous aurons des nouvelles positives de la situation où se trouvera notre armée d'Italie.

Le télégraphe d'aujourd'hui, de Bâle et de Strasbourg, m'apprend qu'il n'y a rien de nouveau. Réitérez l'ordre au général Moreau d'attaquer l'ennemi. Faites-lui sentir que ses retards compromettent essentiellement la sûreté de la République (3).

Envoyez un courrier extraordinaire au général Saint-Hilaire, commandant la 8e division militaire, pour qu'il rassemble {p.179} toutes les forces en infanterie, cavalerie, etc., qui pourraient se trouver dans sa division, afin de pouvoir renforcer l'armée d'Italie; et qu'il prenne des mesures pour assurer les approvisionnements de guerre et de bouche de la ville d'Antibes. Le même courrier portera l'ordre, au général commandant à Nice, de veiller à l'approvisionnement de Monaco et du château de Nice, et celui d'expédier fréquemment des courriers extraordinaires pour vous instruire des événements qui auraient lieu en Italie.

Ecrivez également au général en chef Masséna que nous n'avons pas encore de nouvelles officielles de ce qui se passe en Italie; que les armées du Rhin et de réserve se mettent en marche; que nous attendons impatiemment l'issue des événements que nous ne connaissons encore qu'imparfaitement (4).

BONAPARTE.

Le Ministre de la guerre, au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve (5).

Paris, le 24 floréal an 8 (24 avril 1800).

Depuis plus de quinze jours, citoyen Général, la campagne est ouverte en Italie. Le dénuement de cette armée, qui vous est connu, et la supériorité de l'ennemi inspire aux Consuls de justes alarmes. Rien d'officiel ne nous est encore arrivé de cette armée; nous savons seulement que l'ennemi nous a attaqué sur toute la ligne, depuis le Mont-Cenis, dont il s'est momentanément emparé, jusqu'à la rivière de Gênes, où il a pris le fort de Vado. Il paraît néanmoins certain que Masséna a repris l'avantage et qu'il a fait 2,500 prisonniers. Vous jugerez de sa position par la copie que je vous envoie de la lettre de l'aide de camp Ricard à son camarade Suchet (6), dont le contenu est confirmé, quant aux points essentiels, par d'autres lettres particulières.

Quoi qu'il en soit, il est évident que la position de Masséna est très critique, et qu'il est urgent d'opérer en sa faveur une puissante diversion. J'écris pour cet objet au général Moreau, {p.180} pour lui ordonner, au nom des Consuls, de passer le Rhin sans délai et d'attaquer l'ennemi avec impétuosité.

De votre côté, citoyen Général, vous ferez marcher de suite l'armée de réserve en Suisse, et vous la ferez entrer en Italie aussitôt que vous aurez appuyé les premières opérations du général Moreau et pourvu à la sûreté du pays du côté des Grisons, conformément aux arrangements dont vous êtes convenus avec lui à Bâle.

Il est inutile de vous dire quel est, en ces circonstances, le prix d'un moment. Vous êtes accoutumé à le calculer et à en profiter (7).

Salut et fraternité.

CARNOT.

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Carnot Letter

Le Ministre de la guerre, au général Dupont, chef de l'état-major de l'armée de réserve (8).

Paris, le 4 floréal an 8 (24 avril 1800).

J'envoie, mon cher Général, un courrier extraordinaire au général en chef Berthier, pour le prévenir que les Consuls ont ordonné formellement l'ouverture de la campagne sur le Rhin, sans aucun délai. J'ai fait passer cet ordre par le télégraphe au général Moreau, et je viens de le réitérer par un courrier extraordinaire.

De son côté, le général Berthier doit se hâter de pénétrer en Italie, où Masséna est aux prises avec l'ennemi depuis plus de quinze jours. Si Masséna était battu, l'ennemi vous préviendrait en entrant en Suisse le premier; nous serions réduits à une triste et pénible défensive pour tout le reste de la campagne, et vous sentez les suites funestes d'un pareil état de choses. Je sais, au reste, que le général Berthier n'a pas besoin d'être stimulé et il connaît bien les intentions du Premier Consul.

J'avais traité avec la Compagnie Vanderberg pour la subsistance de l'armée de réserve en pays ennemi, lorsqu'une dépêche de l'ordonnateur Dubreton m'a informé qu'il venait {p.181} de prendre des mesures locales pour l'entretien de l'armée. Ce mode m'a paru préférable au premier et je l'ai adopté de suite. J'ai, en conséquence, annulé les conventions faites avec Vanderberg, qui ne pouvaient subsister avec les mesures de l'ordonnateur en chef. Et c'est à celui-ci, qui est actif et zélé, que j'adresserai les ressources exiguës dont je pourrai disposer. Je pense qu'elles seront, dans le cours de cette décade, d'environ 400,000 francs pour tous les services, indépendamment de la solde, qui sera d'une somme pareille de 400,000 francs. Je vais m'occuper des moyens de réaliser ces fonds et de les faire tenir directement au payeur de l'armée.

Je vous salue cordialement.

CARNOT.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Dijon, le 6 floréal an 8 (26 avril 1800).

Je reçois, citoyen Ministre, votre lettre que vous m'envoyez par courrier extraordinaire. Je sens combien peut être critique la position du général Masséna, Je ferai tout ce que les circonstances pourront me permettre. Le général Dupont vous écrit et vous donne des détails à cet égard (9). J'écris au Premier Consul (10).

Salut et fraternité.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Masséna.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800).

Une lettre de Nice parvenue ici, mon cher Général, nous annonce que vous avez été attaqué sur tous les points par des forces supérieures, que vous avez battu et repoussé l'ennemi et fait une très grande quantité de prisonniers. Je sens combien il serait important que je fusse en mesure d'entrer en Italie; mais l'armée de réserve n'est pas encore rassemblée. Je presse son organisation et j'espère être en mesure vers la fin du mois (11), J'ai cependant fait filer sur Lausanne, Vevey, Saint-Maurice, ainsi que sur Genève, une division de 7,000 hommes, qui donnera de l'inquiétude à l'ennemi.

J'attends des nouvelles du général Moreau, qui doit avoir passé le Rhin. {p.182}

Je vous expédie ce courrier pour connaître votre position, J'attends son retour avec impatience. Vous sentez qu'il est important que j'aie souvent de vos nouvelles.

P. S. – Je reçois à l'instant une lettre du Premier Consul (12), Il ordonne à Moreau d'attaquer l'ennemi avec impétuosité; moi, je me porte avec ce que j'ai de disponible de la réserve pour opérer une diversion en votre faveur. Je vous écrirai plus en détail.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800), à 11 heures du soir.

Je reçois à l'instant une lettre du Ministre, en date du 4, qui m'ordonne de faire marcher de suite l'armée de réserve en Suisse pour la faire entrer en Italie aussitôt que j'aurai appuyé les opérations du général Moreau et pourvu à la sûreté du pays du côté des Grisons. Ces dispositions rendent encore plus essentielles, s'il est possible, les observations contenues dans la lettre que je vous ai écrite il y a deux heures (13).

Malgré la position où je me trouve, je sens la nécessité de marcher. Je vais porter les divisions Chambarlhac, Boudet et Loison sur Lucerne. La division Watrin, qui est en marche sur Genève, se portera dans la vallée d'Aoste, pour faire croire à l'ennemi que je débouche dans cette partie et faire une diversion avantageuse au général Masséna.

Je prendrai l'artillerie de votre garde qui arrive demain, et je me procurerai des cartouches partout où je pourrai en ramasser. Je marche avec la confiance que vous apprécierez ce qui me manque et que vous me fournirez les moyens dont l'armée a si grand besoin pour continuer les opérations militaires.

Au lieu de vous envoyer mon aide de camp Du Taillis, dont j'aurai besoin, je vous dépêche un courrier (14).

Ne perdez pas de vue, citoyen Consul, que dans ce moment {p.183} je n'ai que 22,000 hommes disponibles et qu'il est indispensable que le général Lecourbe soit détaché de l'armée du Rhin avec 15,000 hommes.

Vous voyez par ces dispositions que je me propose d'entrer en Italie par le Gothard.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Après avoir écrit cette lettre en réponse à l'ordre qu'il a reçu du Ministre, Berthier prend sans doute connaissance de l'autre ordre de Carnot reçu par Dupont.

Les prescriptions des deux lettres du Ministre ne sont pas concordantes (15). Il est ordonné, par la première, d'entrer en Suisse, d'appuyer les premières opérations de Moreau et d'assurer la sûreté du pays du côté des Grisons avant d'entrer en Italie; par la seconde, de se hâter de pénétrer en Italie.

Berthier hésite entre la marche à travers la Suisse vers le Saint-Gothard et la marche directe vers le Saint-Bernard.

Ce dernier projet ferait gagner plusieurs jours et donnerait plus de chances de secourir Masséna.

Mais l'autre est plus prudent et d'ailleurs conforme aux ordres du Ministre. Berthier se décide donc à faire marcher trois divisions sur quatre vers Lucerne et le Saint-Gothard.

Une nouvelle lettre au Premier Consul laisse percer son indécision, pendant que Dupont expose au Ministre les motifs qui font adopter le passage par le Saint-Gothard. {p.184}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul (16).

Dans la position actuelle des choses, citoyen Consul, il ne reste d'autre parti à prendre: le premier, conforme aux dispositions que je vous propose d'exécuter, ainsi que je vous l'ai dit par ma lettre de 11 heures, lesquelles ont pour but d'entrer en Italie par le Gothard avec 15,000 hommes du général Moreau. Ce passage ne peut s'effectuer avant 18 à 20 jours.

Le second serait d'envoyer une division, à Lucerne pour appuyer les mouvements du général Moreau et couvrir les débouchés par les Grisons, et porter le reste de l'armée sur le lac de Genève pour déboucher par le Saint-Bernard, ce qui peut s'exécuter dans quinze jours. Mais puis-je me maintenir dans le Piémont et marcher avec succès sur les lacs, n'ayant que 18,000 à 20,000 hommes et n'étant pas sûr que le général Lecourbe serait détaché de l'armée du Rhin pour se porter en même temps sur Bellinzona?

Il me paraît donc plus sûr de passer par le Saint-Gothard avec les 15,000 hommes que doit me donner le général Lecourbe. J'ordonnerais alors à la division Watrin, qui est en marche sur Genève, de faire une incursion dans la vallée d'Aoste et faire croire à l'ennemi que l'armée doit déboucher par le Simplon, et, par là, faire une diversion avantageuse au général Masséna.

Au surplus, citoyen Consul, il est extrêmement important que je connaisse d'une manière certaine si je dois compter sur un secours du général Moreau.

Alex. BERTHIER.

Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Dijon, le 6 floréal an 8 (26 avril 1800), à 2 heures du matin.

Citoyen Ministre,

Vous aurez vu, par le courrier qui vous a été expédié ce matin (17), que nous avons reconnu ici la nécessité de ne pas abandonner le général Masséna à lui-même, {p.185} aussitôt que nous avons appris l'attaque de l'ennemi dans la rivière de Gênes.

La division Watrin passera le Saint-Bernard du 12 au 15 de ce mois (18), se portera dans la vallée d'Aoste et menacera l'ennemi, sans s'engager trop avant et de manière à se compromettre. Il est probable que cette diversion, faite de concert avec les troupes qui se trouvent en ce moment sur les Alpes, dégagera en partie le général Masséna, Le général Watrin fera toutes les démonstrations nécessaires pour persuader à l'ennemi que l'armée entière de réserve va pénétrer par ce débouché.

Les trois autres divisions de l'armée marcheront sur Lucerne, pour se réunir au corps que le général Lecourbe amènera de l'armée du Rhin, et qui doit être au moins de 15,000 hommes. Nous nous porterons ensuite rapidement au Gothard, et nous nous jetterons avec impétuosité dans la Lombardie, La division Watrin nous rejoindra alors par le Valais ou par le Piémont, selon les circonstances.

Ce mouvement peut être exécuté du 20 au 25, et il est à espérer que Masséna se soutiendra jusqu'à cette époque dans ses principales positions, En calculant les distances et la nature du terrain que nous avons à traverser, vous vous convaincrez que notre marche ne peut être plus rapide.

Cette disposition remplit l'objet du Gouvernement. Nous faisons par là une diversion en faveur de Masséna, nous nous tenons en mesure de couvrir la Suisse et d'appuyer le général Moreau, et nous nous portons en même temps vers le débouché qui doit nous ouvrir l'Italie.

Si les corps, que nous attendons, étaient arrivés, et si nos opérations n'étaient pas subordonnées à celles de l'armée du Rhin, nous aurions pu marcher sur le Piémont avec toute l'armée et chercher l'ennemi pour l'y combattre; mais dans notre situation actuelle, le parti que prend le général en chef est le plus conforme à vos instructions et le moins sujet aux inconvénients que nous avons à éviter.

Il est indispensable, comme vous le voyez, que le général Moreau nous donne sur-le-champ 15,000 hommes, avec l'artillerie nécessaire à ce corps. Il ne l'est pas moins qu'il nous fournisse des munitions de guerre qui nous manquent; et vos ordres, à cet égard, doivent être précis, afin que nous puissions agir d'après des données certaines, Si le général Lecourbe arrive à temps, quel que soit le sort de la rivière de Gènes, nous franchirons avec confiance les Alpes et nous pourrons nous maintenir dans la Lombardie.

Nos transports sont presque nuls, la levée des mulets étant à peine commencée. Nos vivres sont très incertains, puisque nous nous engageons dans un pays stérile et que nous sommes réduits à des opérations administratives que {p.186} le défaut de fonds rend précaires. Cet état vous engagera, sans doute, à porter sur cette armée les moyens les plus prompts et les plus réels. Le succès de la campagne en dépend.

Je vous rappelle encore l'incomplet de notre artillerie et des approvisionnements de guerre et le défaut de fusils. Renouvelez, je vous prie, vos ordres pour hâter le transport de ces différents objets.

Le général en chef insiste sur la nécessité d'ordonner au général Lecourbe de se réunir à lui. Sans ce secours, nous ne pourrons rien tenter avec succès. Moreau sera encore supérieur à son ennemi. Si ce secours nous était refusé, nous serions forcés de déboucher par la vallée d'Aoste pour tenter de secourir Masséna; mais nous serions inférieurs à l'ennemi, qui se porterait avec toutes ses forces sur nous, et le sort d'une bataille dans le Piémont serait très douteux. L'opération par le Gothard, avec le corps de Lecourbe, est la plus grande et la plus sûre.

Je vous salue, citoyen Ministre, avec le plus vif attachement.

DUPONT.

Les ordres pour la marche sur Lucerne ne sont pas envoyés.

Berthier se décide (19) à modifier ses dispositions (20), et, n'obéissant plus aux prescriptions du Ministre, dirige le gros de son armée sur Lausanne et une division seulement vers la Suisse centrale.

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Geneva March

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 6 floréal an 8 (26 avril 1800).

Vous donnerez les ordres ci-après (21) :

Ordre à la 9e demi-brigade d'infanterie légère de partir demain 7 de Poligny pour se rendre à Nyon, sur le lac de Genève, où elle attendra de nouveaux ordres.

Ordre à la 59e demi-brigade de bataille de partir demain 7 de Mirebeau pour se rendre à Nyon. Elle recevra son artillerie à son arrivée dans cette ville. {p.187}

Ordre à la 43e demi-brigade de bataille (22) de partir demain 7 pour se rendre à Genève. Avec elle, toute l'artillerie.

Ordre à la 24e demi-brigade de bataille (23) de partir demain 7 d'Is-sur-Tille, pour se rendre à Genève; en passant par Dijon (24) elle prendra 8 pièces d'artillerie de la division Chambarlhac.

Ordre à la 96e demi-brigade de bataille de partir de Dijon le 9, pour se rendre à Genève, L'artillerie de la garde des Consuls et les grenadiers à pied et à cheval marcheront avec cette dernière brigade.

Ordre au général Watrin de porter son quartier général à Lausanne et d'occuper avec sa division Lausanne, Vevey, Villeneuve et Saint-Maurice,

Ordre à la 17e demi-brigade d'infanterie légère de se rendre à Dijon, où elle sera rendue le 8 pour faire le service dans cette place.

Ordre à la 58e demi-brigade de bataille de partir de Langres le 8 pour se rendre à Pontarlier où elle recevra de nouveaux ordres.

Ordre à la 60e demi-brigade de partir le 9 de Langres pour se rendre également à Pontarlier; cette demi-brigade trouvera à son arrivée à Pontarlier 4 pièces d'artillerie et 3 caissons de cartouches de la division Chambarlhac (25).

Donnez tous les ordres subséquents aux différents généraux {p.188} et à l'ordonnateur en chef (26) pour tout ce qui regarde l'administration, vivres, hôpitaux, etc. (27).

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 6 floréal an 8 (26 avril 1800).

Il est nécessaire, citoyen Général, que vous envoyiez un adjudant général à Genève pour y marquer le quartier général (28). Vous le chargerez également de désigner les différents emplacements où les troupes, qui sont en marche sur Genève, doivent être baraquées. L'armée étant alors censée en campagne ne cantonnera plus (29). Prévenez les corps que, vu le défaut de transport, ils doivent laisser leurs bagages soit à Dijon, soit dans les autres villes que vous désignerez.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

L'ordre impératif contenu dans la lettre du Ministre du 4 floréal, de porter l'armée de réserve en Suisse, d'appuyer les mouvements du général Moreau et de garder le débouché par les Grisons pour me jeter ensuite en Italie (30) m'avait {p.189} porté à vous écrire que je dirigeais trois divisions sur Lausanne [sic. Lisez: Lucerne] (31).

J’ai senti par les nouvelles du général Masséna que sa position exigeait que je fisse tout pour lui; j'ai donc dirigé toute l'infanterie de l'armée sur Genève, Lausanne et Vevey, à l'exception de la 58e et de la 60e, qui venaient de Langres attendre des ordres à Pontarlier, dans le cas où les circonstances eussent exigé que je portasse des renforts sur Lucerne.

Mon intention est d'agir par le Saint-Bernard ou le Simplon. Je dois tout sacrifier pour Masséna; déjà je serais dans les montagnes, si j'avais des cartouches et des affûts-traîneaux; j'ai derrière moi mes subsistances et mes approvisionnements par le lac.

Le projet du Gothard serait trop long dans ce moment; d'ailleurs, suivant les circonstances, je puis me porter de Lausanne sur Lucerne.

Mon mouvement sur Genève et dans le Valais doit produire une diversion. Vous verrez que déjà la tête de l'armée est à Genève; je n'ai cependant aucune subsistance assurée. Me voilà devant l'ennemi et je n'ai pas une cartouche, je n'ai même aucune nouvelle de l'arrivée des 5 millions de cartouches dirigées sur Auxonne, ni de l'arrivée du plomb.

Mes affûts-traîneaux sont en arrière. J'aurai donc une armée sur le lac, dans le Valais, et je serai devant l'ennemi sans avoir de quoi me battre. Je n'ai pas un caisson d'infanterie, excepté ceux venus avec la division Chambarlhac; je n'ai pas un transport pour conduire mes munitions d'Auxonne sur le lac. Le soldat marche avec confiance, mais il lui faut les moyens de se battre.

J'ai fait tout ce que les circonstances me paraissaient exiger. Il n'y a aucun mérite aux choses aisées; nous ferons l'impossible (32). {p.190}

Je n'ai pas d'autres nouvelles de Masséna que celles que vous m'avez fait passer et qui venaient de Suchet. Sa position m'inquiète.

Le Ministre m'avait dit qu'il avait traité avec la Compagnie Vanderberg pour nos vivres à Genève, qu'il avait rompu le traité sur ce que l'ordonnateur Dubreton lui avait dit qu'il s'en chargeait. Mais ce dernier n'a rien fait; il s'était laissé aller aux sollicitations de ces administrations qui veulent acheter pour gagner de l'argent; mais indépendamment de la cherté, ces hommes, qui ne sont qu'administrateurs, ne peuvent rien que l'argent à la main et sur les lieux, quand il est nécessaire de tirer les blés de l'intérieur. Autant je suis satisfait de l'activité de Lambert, autant je le suis peu de Dub . . . . . qui n'a pas de grands moyens, quoique d'ailleurs il ne manque pas de zèle.

Je vous préviens donc que je marche sans savoir comment vivra l'armée; la lettre du préfet est alarmante. Dubreton ne sait quel parti prendre.

Oui, Général, ce que j'avais fait avec Ouvrard était utile. Il partait avec 3 millions et de grands moyens pour nous approvisionner, et plus que tout cela il voulait regagner votre confiance et celle du Gouvernement.

Croyez que je ne fais rien sans y être porté, par mon {p.191} dévouement pour la patrie, par mon attachement pour vous. Des influences étrangères sont indignes de moi.

Comptez sur l'armée, comptez sur ceux qui la conduisent. Ordonnez que les caissons de Sampigny soient dirigés sur Dijon et Auxonne. Moreau a passé le Rhin, ils ne lui sont plus utiles.

Je ne doute pas de tous vos soins ni de votre sollicitude; c'est dans cette confiance que j'irai en avant. Vous sentez que je sèche du désir d'aller au secours de la brave armée d'Italie.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Dupont, général de division, chef de l'état-major de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Dijon, le 27 floréal an 8 (27 avril 1800).

Citoyen Ministre,

Les renseignements qui sont parvenus au général en chef sur l'Italie, après le départ du courrier extraordinaire qui vous a été expédié hier, ont apporté quelque changement dans les dispositions dont je vous ai rendu compte.

L'intérêt le plus puissant est de dégager le général Masséna, dont la communication avec Nice a été coupée, malgré les succès qu'il a obtenus à sa droite. La marche de la division Watrin sur Genève n'a pas paru suffisante pour remplir ce but, en donnant une inquiétude sérieuse à l'ennemi. Il faut le forcer à se dégarnir du côté de Gènes. En conséquence, la division Watrin se porte sur Lausanne, celle du général Boudet sur Nyon et celle de Chambarlhac sur Genève, Ces troupes marcheront rapidement et sans séjour.

Ce mouvement doit produire un effet utile, et nous avons l'avantage de tenir réunies la majeure partie de nos forces actuellement disponibles.

La division Loison marche sur Pontarlier et, de là, se rend à Lucerne.

Nous sommes ainsi en mesure de nous porter sur le Gothard, si, comme on n'en peut douter, nous recevons de l'armée du Rhin un renfort immédiat de 15,000 hommes (33), d'après la demande que nous en avons faite hier. En attendant, nous pouvons en imposer à l'ennemi qui attaque la rivière de Gênes et faire une diversion favorable pour Masséna, {p.192}

Le plan de campagne adopté par les Consuls est trop habilement conçu; il est trop susceptible de produire des résultats décisifs pour l'abandonner. Quoique l'ennemi nous ait prévenu en Italie, ce qui est toutefois un inconvénient grave, nous pouvons rétablir ce plan vaste et hardi d'opérations.

L'objet qui nous cause la plus pénible sollicitude, c'est la faiblesse de notre artillerie et le manque presque absolu de munitions.

Les transports sont, comme vous ne l'ignorez pas, à peu près nuls. Quant aux subsistances, l'ordonnateur en chef n'a pu rien me donner encore de positif sur la manière dont ce service se fera hors du territoire de la République. Il vous rend un compte particulier de sa situation.

Vous savez trop bien ce qui constitue une armée et lui assure des succès, pour que vos ordres ne remédient sur-le-champ à la détresse où nous nous trouvons sous plusieurs rapports.

Il y a, dans l'armée de réserve, un grand désir d'aborder l'ennemi et de vaincre; et le temps presse de mettre à profit ces heureuses dispositions, en lui fournissant tous les moyens d'action nécessaires.

Salut et dévouement.

DUPONT.

* * *

Le Premier Consul au général Berthier (34).

Paris, le 4 floréal an 8 (24 avril 1800).

Le Ministre de la guerre vous a envoyé hier, citoyen général, la copie d'une lettre sur l'armée d'Italie.

Je n'ai point encore de nouvelles officielles; mais voici ce qui résulte de tout ce qui est venu à ma connaissance:

Le 16 germinal (35), le général Mélas avait son quartier général à Cairo; il avait avec lui une vingtaine de mille hommes; il a forcé les redoutes de Monte-Legino, s'est emparé de Savone, et, le 17, de Saint-Jacques.

La division française qui était sur Montenotte a fait sa retraite sur Gênes, après avoir renforcé la garnison de Savone (36). {p.193}

Les deux divisions françaises, qui étaient aux ordres de Suchet, ont fait leur retraite sur la ligne de Borghetto.

Cependant, le 17, une division de 15,000 Autrichiens a attaqué la Bocchetta. Masséna s'y est porté en personne, les a battus et leur a fait 2,500 prisonniers.

Une lettre de Nice, datée du 23, porte que le général Suchet venait de faire 1200 prisonniers. On ignore les manoeuvres qu'a faites le général Masséna, mais il parait que le 23 l'ennemi était encore maître de Savone.

Le jour où Masséna aura rouvert ses communications, nous recevrons nécessairement un courrier; et, comme je n'ai point de nouvelles aujourd'hui (37), je suis fondé à penser que, le 26, les communications n'étaient pas rétablies.

Que fera donc Masséna? S'il échoue dans l'entreprise de rétablir les communications, il restera à Gênes tant qu'il aura des vivres; ou il se portera rapidement sur Acqui, pour, de là, gagner les Alpes; ou il ira chercher du pain dans le Parmesan ou tout autre point de l'Italie.

Dans cet état de choses, vous sentez combien il est essentiel que l'armée de réserve donne à plein collier en Italie, indépendamment des opérations de l'armée du Rhin.

Pour cela faire, vous avez deux débouchés: le Saint-Bernard et le Simplon. Vous pouvez, dans ce cas, vous renforcer des troupes que Moreau a laissées dans le Valais.

Par le Saint-Bernard, vous vous trouverez agir beaucoup plus près du lac de Genève, et dès lors vos subsistances seront beaucoup plus assurées. Mais il faut que vous vous assuriez bien de la nature des chemins depuis Aoste au Pô. Vous pouvez, dans le corps italien, avoir tous les renseignements nécessaires (38).

Par le Simplon, vous arrivez tout de suite dans un plus beau pays.

Rien en Italie ne pourra résister aux 40,000 hommes que {p.194} vous avez. Que l'armée autrichienne sorte victorieuse ou vaincue, elle ne pourra, dans aucun cas, soutenir le choc d'une armée fraîche.

Avant que votre armée ne soit arrivée à Genève et à Villeneuve, j'aurai des nouvelles positives de la situation de l'armée d'Italie, qui me mettront à même de vous donner des instructions plus précises.

Votre plus grand travail dans tout ceci sera d'assurer vos subsistances.

Mes guides doivent arriver à Dijon le 6. Vous pourrez disposer de l'artillerie comme vous voudrez, et employer à atteler des pièces les attelages destinés au double approvisionnement.

La 30e est partie depuis trois jours, mais il y a dans cette demi-brigade beaucoup de conscrits.

La 72e, bonne et excellente demi-brigade, est partie de Caen et se dirige à grandes marches sur Dijon. Vous pouvez regarder cette troupe comme une espèce de réserve.

Laissez à Dijon Vignolle, ainsi que les dépôts de chaque corps, pour réorganiser les conscrits à mesure qu'ils arrivent, et vous les faire passer.

Faites-moi connaître, par le retour de mon aide de camp, la situation de votre armée.

BONAPARTE.

Il serait peut-être essentiel, par mesure de précaution, que vous envoyassiez un officier ou un commissaire des guerres à Chambéry, afin de préparer dans cette place la manutention et des approvisionnements pour pouvoir nourrir votre armée, si, lorsqu'elle sera arrivée à Genève, les événements de l'armée d'Italie obligeaient à la faire filer par le Mont-Cenis (39).

BONAPARTE.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

A Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Citoyen Consul,

L'aide de camp Lebrun, qui est arrivé ce matin, m'a remis {p.195} vos dépêches des 4 et 5 floréal (40). Vous avez vu que je m'étais fixé aux mêmes dispositions que vous me prescrivez.

Je n'ai aucune nouvelle de Masséna. Je joins ici, sous le n° 1, la copie des seules lettres parvenues ici (41). Elles ne contiennent que les nouvelles dont vous êtes déjà instruit.

Je sens avec vous l'importance de se porter avec rapidité en Italie; mais au lieu de 40,000 hommes dont vous jugez que l'armée à mes ordres est composée, j'en ai tout au plus 25,000. Vous avez les états de situation, et la désertion peut encore diminuer le nombre d'hommes portés sur ces états.

Je joins ici, n° 2, les reconnaissances que l'on me donne sur le chemin du Grand-Saint-Bernard au Pô; vous verrez que cette route présente quelques difficultés (42).

Le Simplon n'est pas praticable pour l'artillerie. Au reste, dans la position où je serai à Genève et à Lausanne, je pourrai exécuter telle disposition que vous jugerez convenable d'après les résultats de l'attaque contre le général Masséna.

Je me mets en mesure pour exécuter les instructions plus précises que vous m'annoncez.

Votre garde est arrivée; nous disposerons de l'artillerie.

Vignolle reste à Dijon pour y remplir les intentions que vous avez manifestées.

J'ai stimulé le zèle de l'ordonnateur Lambert et de Boinod. L'approvisionnement extraordinaire sera complété, mais je ne {p.196} puis compter que sur 1000 mulets au plus, du 15 au 20 floréal. Boinod prend des mesures pour en louer.

J'ai commandé des souliers dans les environs de Genève.

Il nous manque beaucoup de gibernes et de porte-gibernes. Nous attendons avec impatience les 600 chevaux que vous annoncez.

Votre présence ici n'aurait aucune utilité pour le moment; elle serait indispensable si le général Moreau avait des revers.

Vous devez, d'après la position de Masséna et la nature des succès de Moreau, calculer le mouvement que je dois faire et établir vos calculs sur 25,000 hommes au lieu de 40,000, si j'agis avec mes seuls moyens. Je vous répète que l'armée est dans de bonnes dispositions, que l'esprit en est excellent. Les généraux et les troupes sont très unis, quoique d'armées différentes.

Je compte partir d'ici le 11 ou le 12 pour me rendre en poste à Genève.

J'appelle votre sollicitude sur nos approvisionnements en vivres-pain dans cette commune.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Turreau.

Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Je vous envoie mon aide de camp Laborde pour vous prévenir que l'armée se met en mouvement, de Dijon, pour s'approcher du lac de Genève.

J'apprends que toutes les forces du général Mélas attaquent le général Masséna. J'accélère tous mes mouvements pour faire une diversion en sa faveur, et même pour le secourir, en entrant en Italie aussitôt que possible.

Il est de telles circonstances où la position du général Masséna décidera le Gouvernement à me faire passer par le Mont-Cenis, au lieu d'entrer par le Valais ou le Saint-Gothard; il est donc important qu'on prépare, à Chambéry, les manutentions et les approvisionnements nécessaires pour pouvoir nourrir l'armée de réserve, si elle était obligée de filer par le Mont-Cenis.

Je vous ai expédié, il y a huit jours, un de mes courriers pour connaître votre situation militaire; je suis inquiet de ne pas le voir revenir.

Communiquez fréquemment avec moi par Genève et donnez-moi les renseignements que vous pourriez savoir sur l'ennemi et sur le général Masséna; ne ménagez pas les courriers extraordinaires.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER. {p.197}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Moncey.

Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Je vous adresse mon aide de camp Dalton pour vous prévenir que je porte l'armée de réserve sur le lac de Genève, et pour prendre des renseignements sur votre position et sur les nouvelles que vous pouvez avoir de l'ennemi depuis l'attaque du général Moreau.

Il paraît que toutes les forces disponibles du général Mélas attaquent le général Masséna, ce qui m'oblige d'agir pour faire une diversion en sa faveur, et même pour le secourir, Il est important qu'avec les forces que vous a laissées le général Moreau, vous gardiez la Suisse et les passages du Gothard et des Grisons. Il me parait difficile de vous envoyer des secours, puisque moi-même je suis faible pour ce que j'ai à entreprendre,

Correspondez avec moi le plus souvent possible, J'ai la confiance que doivent inspirer vos talents connus. Soyez bien sûr que je serai d'accord avec vous pour les objets relatifs à vos opérations.

Les Consuls ont ordonné au général Moreau un approvisionnement de 500,000 rations de biscuit, de 100,000 boisseaux d'avoine et d'un million de cartouches pour Lucerne.

Alex. BERTHIER.

Alex, Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Moreau.

Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

J'ai reçu hier, mon cher Général, la dépêche (43) que vous m'avez expédiée par votre courrier extraordinaire. Je vois avec plaisir que vous avez ouvert la campagne. Vos talents et l'ardeur des braves que vous commandez assurent la victoire, et, dans ce moment, vous avez déjà obtenu des succès; la circonstance où se trouve l'aile droite de l'armée d'Italie lui donne un grand prix.

Le général Mélas a réuni ses principales forces et attaqué le général Masséna sur tous les points de sa ligne avec des forces infiniment supérieures.

Masséna a battu l'ennemi dans la rivière du Levant et l'a repoussé, avec une grande perte, à l'attaque de la Bochetta. Il a fait environ 3,000 prisonniers, parmi lesquels il se trouve un général.

Le général Masséna n'a pas été si heureux à sa gauche; l'ennemi est parvenu à s'emparer de Saint-Jacques et de Vado; le général Suchet s'est replié sur les hauteurs de Finale. On annonce qu'il a réattaqué l'ennemi et lui a fait beaucoup de prisonniers; mais j'ai lieu de penser que la communication n'est pas rétablie.

Vous jugerez comme moi combien la position de Masséna est critique, et combien il est important que je sois en mesure de faire une diversion en sa {p.198} faveur, et même de le soutenir, en pénétrant en Italie. Le Gouvernement me prescrit de porter l'armée de réserve sur Genève et Lausanne, d'où elle agira d'après la position où se trouvera le général Masséna à cette époque. L'armée pourra être réunie le 15 ou le 18. J'ai des ordres pour la tenir rassemblée, et j'écris au général Moncey de prendre ses dispositions de manière à se maintenir avec les troupes que vous avez laissées à ses ordres. Quant au Valais, vous voyez que je le couvre par la position que j'occupe,

J'ai écrit au général Moncey d'entretenir une correspondance suivie avec moi à Lausanne, où, dans quelques jours, j'établirai mon quartier général. Je vous remercie de m'avoir envoyé le double de l'instruction que vous avez donné au général Moncey.

Je vous invite, mon cher Général, à me donner souvent de vos nouvelles; je serai exact à vous apprendre tout ce que je saurai de l'Italie. Battez tellement M. Kray que vous puissiez nous envoyer 30,000 hommes pour battre M. de Mélas; ce sera à vous que nous en devrons la gloire,

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Marmont.

Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Le chef de l'état-major vous a prévenu, mon cher Général, du mouvement que faisait l'armée. Mon intention est de la réunir tant à Genève que le long du lac jusqu'à Lausanne; la division Watrin occupera Villeneuve et tiendra le Valais. C'est de cette position que je déciderai mon mouvement pour entrer en Italie, soit par le Saint-Bernard, le Simplon, ou le Gothard en passant par Lucerne.

C'est à Lucerne (sic) que nous organiserons notre artillerie pour chaque division, Vous connaissez la position critique où se trouve le général Masséna; je dois donc tout accélérer pour lui porter de prompts secours; les objets les plus pressants sont les cartouches, les affûts et les traîneaux; du moment que ces objets seront rendus à Genève, je commence les hostilités.

Auxonne doit être votre principale place d'approvisionnements et Genève la seconde, d'où, par le lac, nous pourrions tout transporter jusqu'à Villeneuve, soit que je marche sur Lucerne, soit que j'entre dans la vallée du Rhône.

Vous connaissez assez les localités pour sentir que tout ce qui tient aux équipages de montagne est de première nécessité,

Le Premier Consul me prévient que je peux disposer de l'artillerie de la garde et employer à atteler les pièces les attelages destinés au double approvisionnement.

Par une lettre du 5 floréal, le Premier Consul me prévient que, les 5 et 6, partiront successivement 600 chevaux, avec les munitions qui sont nécessaires.

Je sais, mon cher Général, que beaucoup de choses vous manquent; mais votre zèle et vos talents suppléeront à tout. Activez l'arrivée de nos armes et faites confectionner beaucoup de cartouches.

Alex. BERTHIER. {p.199}

Dupont, général de division, chef de l'état-major de l'armée de réserve, au général Clarke (44).

Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Je reçois, mon cher Clarke, votre lettre du 5. C'est la première ; elle était désirée.

A peine notre courrier de la nuit du 6 (45) était-il parti que nous avons modifié nos premières dispositions. La lettre, dont vous trouverez ci-joint copie, a réveillé nos inquiétudes sur Masséna. Aussitôt, l'armée a reçu l'ordre de se porter sur Genève. Deux demi-brigades se rendent à Pontarlier et se réuniront à nous ou marcheront sur Lucerne, selon les circonstances.

Si les 15,000 hommes de l'armée du Rhin, que nous demandons, nous sont accordés, nous passerons par le Gothard, et nous saurons, je l'espère, nous maintenir dans la Lombardie.

Si ces 15,000 hommes n'arrivent pas, et que Masséna soit toujours dans une position critique, nous réunirons tous nos faibles moyens, nous passerons par le Saint-Bernard ou le Simplon, et nous entrerons en Piémont. L'ennemi sera forcé de venir à nous et de laisser respirer Masséna. Nous agirons alors selon que le moment nous inspirera.

Si les seize demi-brigades, qui doivent composer l'armée, étaient aujourd'hui à Genève, nous serions demain sur le revers des Alpes, et nous porterions un choc violent à l'ennemi partout où il se rassemblerait pour livrer bataille. Mais en ce moment, nous n'avons que onze demi-brigades présentes. Ce n'est qu'à la fin du mois que les cinq autres joindront totalement l'armée, à l'exception de la 39e, que Masséna garde avec lui, et qui, d'ailleurs est très faible.

Autre inconvénient majeur: nous n'avons que 24 pièces d'artillerie attelées; nous serons forcés de prendre l'artillerie légère de la garde des Consuls pour l'attacher aux divisions. On commence aujourd'hui seulement à faire des cartouches, et les moyens de transport sont à créer.

Cependant le temps presse, il faut à tout prix secourir l'armée d'Italie.

La division Watrin pourra, vers le 15, faire son passage du Mont-Bernard, et, le 20, nous aurons environ 25,000 hommes prêts à agir. Les demi-brigades, qui sont à arriver, formeront notre réserve.

Les nouvelles de Paris, celles du Rhin et d'Italie détermineront alors le {p.200} général en chef. Comptez que le parti que nous prendrons ne sera pas le plus timide, et que nous suivrons avec ardeur l'opération dans laquelle nous serons engagés.

Vous voyez que, depuis notre arrivée, il n'y a pas eu un instant de perdu. L'armée a été formée en divisions et mise en marche sur-le-champ, comme si elle avait eu ses moyens d'action tout prêts.

Quelle différence dans notre position! Au lieu d'une armée de 65,000 hommes bien pourvus, qui nous était destinée pour opérer en grand, et avec laquelle nous aurions, en quelque sorte, reconquis l'Italie par notre seule présence, nous sommes réduits à une petite armée et à de faibles moyens. Mais les grandes choses que nous avons à tenter et les grands intérêts attachés à nos opérations nous inspireront de grands efforts.

Point de nouvelles de Moreau, et il y a deux jours qu'il se bat.

Adieu, je vous embrasse.

DUPONT.

P. S. – J'espère toujours que l'ennemi ne nous forcera pas, quoiqu'il nous ait prévenu en Italie, à abandonner notre plan de campagne: la paix est sur les bords de l'Adige. Le Premier Consul tiendra sûrement à ses belles idées sur le but et les moyens de cette campagne.

Si Moreau sort vainqueur de la Forêt-Noire, il pourra nous donner 25,000 hommes sans, pour ainsi dire, s'apercevoir de leur absence. S'il n'est pas très heureux, il faudra qu'il se tienne sur la défensive, et, dans cette supposition impossible à prévoir, il pourra, sans danger, nous donner 15,000 hommes.

Il y a encore neuf demi-brigades dans l'Ouest, on pourrait nous en donner trois. Les troubles de ce pays-là ne renaîtront que par nos revers extérieurs. Employons toutes nos forces à la fois. C'est le secret de la victoire.

Dubreton, ordonnateur en chef de l'armée de réserve, au général en chef Berthier.

Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Vos ordres du 6 floréal (46), Général, ne me sont pas plutôt parvenus que j'ai pris toutes les mesures nécessaires pour en assurer l'exécution.

La subsistance des troupes en marche sera assurée. Tous les ordres sont expédiés, toutes les mesures prises, et l'activité des agents en garantit la prompte exécution.

Je fais partir pour Genève un commissaire des guerres, qui est chargé d'assurer tous les approvisionnements sur les points que vous m'avez indiqués.

Le Gouvernement helvétique, l'ambassadeur français sont prévenus. Je les ai invités à prêter aux employés, chargés d'exécuter mes ordres, tous les secours qui sont à leur pouvoir. Je prie le citoyen Reinhard d'appuyer de son crédit et de son pouvoir toutes les dispositions que nécessitera le service administratif. {p.201}

Les commissaires des guerres, en Helvétie, ont ordre d'assurer les approvisionnements et de se concerter, à cet effet, avec les autorités civiles. J'espère que tous les obstacles disparaîtront devant le zèle et la bonne volonté, dont sont remplis les administrateurs chargés d'assurer les subsistances, et les activités qui doivent venir à leur secours.

Dans le cas où l'approvisionnement des 500,000 rations de biscuit et des 100,000 boisseaux d'avoine ne serait pas complété, ainsi que l'ont ordonné les Consuls, j'ai chargé le commissaire des guerres de Lucerne d'y travailler sans relâche, et de donner à cette opération une activité telle, que le versement de ces denrées soit fait en huit jours,

Des transports actifs seront établis de Châlons, à Genève et Lausanne. Mes ordres sont positifs à cet égard.

Le commissaire des guerres, qui se rend à Genève, doit s'occuper des barques de transport.

Le payeur général est également prévenu de vos intentions.

Toutes les précautions sont prises pour l'ambulance, Le personnel est organisé. Une partie du matériel nous manque; mais les mesures sont prises à l'effet de compléter, dans le plus court délai, cette partie essentielle de l'administration.

Enfin, Général, comptez sur toute mon activité. Je n'épargnerai ni peines, ni veilles, ni soins. Toujours jaloux de remplir mes devoirs, je désire prouver, par une activité soutenue et un zèle à toute épreuve, que ce n'est pas en vain que l'on a bien voulu m'accorder quelque confiance.

Je vous répondrais de l'exécution littérale des ordres que vous m'avez transmis, s'il y avait quelques moyens pécuniaires.

Salut et respect.

DUBRETON.

* * *

Le Premier Consul au général Berthier (47), commandant en chef l'armée de réserve, à Dijon.

Paris, le 6 floréal an 8 (26 avril 1800) .

Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 5 floréal (48).

Puisque la 19e légère n'arrive que le 26 floréal, je crois que vous feriez bien de mettre en place dans la division Loison la 13e légère, qui arrive le 10 floréal. Vous mettriez la 19e légère avec la 70e et la 72e, qui pourront partir de Dijon à la fin de floréal. {p.202}

Ainsi, voici comment je vois votre armée:

La division Loison, composée des 13e légère, 58e, 60e de ligne: 6 à 7,000 hommes;

La division Chambarlhac, composée des 24e légère, 43e, 96e de ligne: 9,000 hommes;

La division Boudet, composée des 9e légère, 30e, 59e de ligne: 7 à 8,000 hommes;

La division Watrin, composée des 6e légère, 22e, 40e de ligne: 6 à 7,000 hommes.

Ces quatre divisions disponibles et prêtes à marcher au 10 floréal;

La 5e division du général Chabran, composée de 9 bataillons des 15 de l'armée d'Orient, que vous formerez en brigades comme je l'avais projeté: cela vous formerait une division de 6,000 hommes, qui pourrait marcher après les quatre premières divisions;

La 6e division qui pourrait partir de Dijon du 25 au 30 floréal, serait composée des 19e légère, 70e, 72e de ligne: 6 à 7,000 hommes;

La 7e division serait composée de la 17e légère et des 6 bataillons restant des 15 de l'armée d'Orient;

Et, enfin, vos 4,000 Italiens, en laissant un dépôt qui puisse former les 3 ou 4,000 Italiens qui sont encore dans les différentes parties de la France, et qui se rendront à Dijon lorsque le mouvement sera démasqué.

Ainsi, il me semble que, le 15 floréal, vous pourrez avoir à Genève, prêts à se porter où il sera nécessaire:

1° Les quatre premières divisions. 28 à 30,00040,000 hommes.
2° La 5e division Chabran 5 à 6,000.
3° Quelques jours après, les Italiens 4,000.

Au 30 floréal, vous pourriez avoir à Genève:

{p.203}
La 6e division 6 à 7,000 hommes.
Et vers le 15 prairial, la 7e division. 6,000
Le général Turreau pourrait vous seconder, avec. 3,000
Les troupes de l'armée du Rhin qui sont dans le Valais 3,000

Ainsi vous pourriez être arrivé à Aoste et à Suze du 20 au 30 floréal, avec 44,000 hommes d'infanterie, et vous seriez suivi, à dix jours de distance, par une division complète de 8,000 hommes, et, à vingt jours, de six autres mille hommes; indépendamment du détachement de l'armée du Rhin proportionné aux circonstances où elle se trouvera, et qui pourra aller depuis 30 jusqu'à 10,000 hommes; selon les événements, Mais je vous vois assuré, appartenant à vous, de 50,000 à 60,000 hommes d'infanterie.

Quant à la cavalerie, vous avez:

Les 11e, 12e de hussards. 800 4,000 hommes.
Les 2e, 7e, 15e, 21e de chasseurs. 1,400
Les 8e, 9e de dragons. 800
Les 2, 3e, 20e de cavalerie. 1,000

C'est une cavalerie suffisante pour vos dix ou quinze premiers jours d'opérations.

Les 11e de hussards, 15e de chasseurs, 9e de dragons, 3e de cavalerie, vont faire partir au commencement de la décade, à eux quatre, un millier d'hommes qui vous arriveront à temps.

Les 1er de hussards, 1er et 5e de cavalerie et 5e de dragons partiront dans le courant du mois; ils auront avec eux 6 pièces d'artillerie, et feront à eux quatre l800 hommes bien montés et bien harnachés.

Ainsi vous vous trouverez avoir de suite 4,000 hommes, et 3,000 hommes qui seront à vous à temps.

Ne mettez avec les divisions que des chasseurs et des hussards et tenez tous vos dragons réunis.

J'ai fait donner l'ordre aux 19e légère, 70e, 72e demi-brigades et au 20e de cavalerie de brûler les étapes (49). {p.204}

RÉSUMÉ

Infanterie disponible tout de suite. 44,00050,000
hommes.
Cavalerie. 4,000
Artillerie. 2,000
 
Derrière vous:
 
Infanterie. 8,000 11,000
hommes.
Cavalerie. 3,000
7e division, pour mémoire.
 
Total. 61,000 hommes.

Voilà 60,000 hommes qui, après les sottises que viennent de faire les Autrichiens en s’enfournant dans la rivière de Gênes, vous mettent à même d'agir sans avoir besoin de personne.

Quant à l'artillerie, vous avez 48 bouches à feu; cela fait 8 bouches à feu par chacune de vos cinq premières divisions et un petit parc.

Diminuez le nombre de vos obusiers et augmentez le nombre de vos pièces de 4, puisque vous en avez à Auxonne. Cela vous sera d'un très bon service, et beaucoup plus facile pour le transport.

La colonne du général Turreau pourra amener 5 ou 6 pièces de Briançon.

On aura le temps de préparer à Auxonne les pièces nécessaires pour votre sixième division.

Six cents chevaux sont partis hier, partent aujourd'hui et demain de Versailles.

Les 6 pièces de la garde sont très bien attelées. Vous pouvez les laisser à la cavalerie et disposer de son double approvisionnement pour les autres divisions.

Quant aux cartouches, Briançon pourra vous en fournir. Faites filer sur Genève toutes celles qui se trouvent à Grenoble et à Besançon. Faites établir un atelier à Genève; en se donnant un peu de mouvement et avec un peu d'argent, on doit trouver dans une ville comme Genève du plomb pour un million de cartouches.

Laissez tous les dépôts à Dijon et sur la Saône, afin que les conscrits, à mesure qu'ils arrivent, aient une première formation, et, de là, puissent alimenter l'armée. {p.205}

Laissez les cadres des six bataillons de l'armée de réserve (50); ils seront complétés par les conscrits qui arriveront, afin que, dans le courant de prairial, la 17e légère et les deux demi-brigades formées de ces six bataillons puissent vous former une 7e division.

Je me trouverai à Genève, où je ferai toutes les substitutions de troupes selon les événements qui auront eu lieu à l'armée du Rhin, en laissant la division Chabran sur la défensive dans la Suisse, et faisant marcher des demi-brigades mieux organisées.

Les divisions sont assez fortes à trois demi-brigades. Il faut que vous ayez dans la main au moins cinq ou six divisions.

Deux pièces de 4, trois de 8, un obusier, me paraissent à la rigueur pouvoir former l'artillerie d'une division, et, si vous n'avez pas assez d'attelages dans une division, mettez trois pièces de 4 et deux de 8.

Que le général Marmont envoie un officier supérieur à Briançon et un à Grenoble, pour faire filer tout ce qu'il est possible; que ces officiers soient munis d'un ordre de vous, en mettant la responsabilité sur les officiers d'artillerie et sur les commandants des cantonnements. Il est nécessaire que le général Marmont ait l'état des cartouches et approvisionnements d'artillerie qui se trouvent à Briançon et dans les places du Dauphiné.

Je fais demain partir 200 hommes de ma garde.

Envoyez le général Marescot au Saint-Bernard, afin qu'il soit de retour à Genève le 15 floréal, avec des croquis exacts de la route. S'il a des pionniers, qu'il les mène avec lui.

J'espère être, le 10 ou le 11, à Dijon, si rien ne s'y oppose (51).

Salut, amitié (52).

BONAPARTE.

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Bonaparte Letter

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul (53).

Dijon, le 8 floréal an 8 (28 avril 1800).

Il est 5 heures du matin, je reçois un courrier extraordinaire {p.206} de Lambert avec la lettre ci-incluse (54). Masséna partout est victorieux. Je vous embrasse de toute mon âme (55).

J'expédie Le Brun, qui vous portera cette bonne nouvelle, Masséna mérite tout ce que peut l'admiration et la reconnaissance.

Amitié et respect.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.

Dijon, le 8 floréal an 8 (28 avril 1800).

Je vous prie de donner des ordres pour faire arrêter et séjourner à Gray les 58e et 60e demi-brigades. Vous changerez leur route et les dirigerez sur Nyon, passant par Dôle (56); on leur distribuera les objets dont ils pourraient avoir besoin et qu'ils auront soin d'envoyer chercher à Dijon (57),

Je vous salue,

Alex. BERTHIER. {p.207}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.

Dijon, le 8 floréal an 8 (18 avril 1800).

Vous donnerez les ordres, citoyen Général, pour former les divisions de l'armée ainsi qu'il suit:

La division Loison, composée des 13e légère, 58e et 60e de ligne;

La division Chambarlhac, composée des 24e légère, 43e et 96e de ligne;

La division Boudet, composée des 9e légère, 30e et 59e de ligne;

La division Watrin, composée des 6e légère, 22e et 40e de ligne.

Ces quatre divisions seront les quatre premières prêtes à marcher.

Vous donnerez des ordres pour que la division du général Chabran, composée de neuf bataillons des quinze de l'armée d'Orient, qui ont dû former trois demi-brigades, comme l'avait ordonné le Premier Consul, soit prête à marcher, le plus tôt possible, pour suivre le mouvement des quatre premières divisions.

La 6e division, qui pourrait partir de Dijon du 25 au 30 floréal, sera composée des 19e légère, 70e et 72e de ligne.

La 7e division sera composée de la 17e légère et des six bataillons restant des quinze de l'armée d'Orient, qui formeront deux demi-brigades.

Les 4,000 Italiens seront prêts à partir le plus tôt possible; vous donnerez l'ordre de laisser un dépôt au moment de leur départ, qui puisse former un second corps de tous les autres Italiens qui sont encore dans les autres parties de la France, et qui auront des ordres pour se rendre à Dijon, lorsque le mouvement sera démasqué.

Vous laisserez à chacune des quatre premières divisions un régiment de chasseurs ou de hussards, mais point de dragons.

Quant à la cavalerie, les 11e et 12e de hussards, 2e, 7e, 15e et 21e de chasseurs, 2e, 3e et 20e de cavalerie, sont destinés à suivre le mouvement des premières divisions de l'armée; cette première division aura les pièces de la garde des Consuls,

Le Premier Consul me prévient que les 11e de hussards, 15e de chasseurs, 9e de dragons, 3e de cavalerie vont partir au commencement de la décade, à eux quatre, environ 1000 hommes, qui auront le temps d'arriver avant le mouvement que je serai dans le cas d'ordonner à la cavalerie.

La 2e division de cavalerie sera composée du 2e de hussards, des 1er et 5e de cavalerie, du 5e de dragons; ils doivent partir de l'intérieur dans le courant du mois et avoir avec eux six pièces d'artillerie légère.

Donnez tous les ordres en conséquence des nouvelles dispositions ci-dessus et formez l'état de situation que vous devez me remettre d'après cette formation.

Donnez des ordres au général Vignolle, qui reste à Dijon, pour suivre l'exécution de ces dispositions.

Quant à l'artillerie, nous devons avoir quarante-huit bouches à feu, ce qui fait huit huit bouchée à feu pour chacune des cinq premières divisions et un petit parc de huit pièces.

Le général Marmont diminuera le nombre des obusiers et augmentera le nombre des pièces de 4, puisque nous en avons à Auxonne. {p.208}

Si nous n'avons pas assez d'attelages, on pourrait mettre, à chaque division, deux pièces de 4, trois de 8 et un obusier.

Quant à la 6e division, on préparera à Auxonne les pièces nécessaires.

Quant aux cartouches, Briançon pourra en fournir. Le général Marmont doit donner des ordres pour faire filer le plus promptement sur Genève toutes les cartouches qui se trouvent à Grenoble et à Briançon, Il doit activer l'atelier établi à Genève et ordonner qu'on y achète du plomb pour un million de cartouches.

Présentez-moi un projet de cantonnement pour laisser les dépôts, tant d'infanterie que de cavalerie, tant à Dijon que sur la Saône, afin que les conscrits, à mesure qu'ils arrivent, aient une première formation et, de là, puissent alimenter l'armée.

Les cadres des six bataillons de l'armée d'Orient, qui ne font pas partie des neuf qui doivent former la 5e division, commandée par le général Chabran, seront complétés par les conscrits qui arriveront, afin que, dans le courant de prairial, la 17e légère et les deux demi-brigades formées de ces six bataillons puissent former la 7e division, Il faut, en conséquence, porter dans les trois demi-brigades formées des neuf bataillons de l'armée d'Orient, composant la 5e division du général Chabran, les conscrits que pourront avoir reçu les six bataillons de l'armée d'Orient destinés à former la 7e division avec la 17e légère.

Ordonnez au général Marmont d'envoyer un officier supérieur à Briançon et à Grenoble pour faire filer sur Genève tout ce qui est possible. Prévenez-le que cet officier sera muni d'un ordre de moi pour mettre sur la responsabilité des officiers d'artillerie et de tous autres le retard qu'on mettrait à l'exécution de ces dispositions. Le général Marmont doit prendre toutes les mesures nécessaires pour avoir l'état des cartouches et des approvisionnements d'artillerie qui se trouvent à Briançon et dans les places du Dauphiné.

Donnez l'ordre au général Marescot de se rendre au Saint-Bernard pour y faire la reconnaissance conforme de l'instruction que je lui remettrai; il doit être de retour à Genève le 16 floréal (58), S'il a des pionniers, il doit les diriger promptement sur Genève.

Toutes les dispositions qui annoncent le projet de passer par le Saint-Gothard (sic) doivent être tenues secrètes; il vaut mieux faire croire que nous allons sur Lucerne.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Turreau.

Dijon, le 8 floréal an 8 (28 avril 1800).

L'intention du Premier Consul, citoyen Général, est de réunir l'armée de réserve à Genève pour, de là, entrer avec impétuosité en Italie, par tel débouché que les circonstances militaires rendront préférable. Déjà, la tête des premières colonnes est à Genève. {p.209}

L'intention du Premier Consul est aussi que vous concouriez à cette opération avec une partie des troupes à vos ordres et cinq à six pièces d'artillerie. II désirerait que vous puissiez former une colonne d'environ 3,000 hommes, qui déboucherait soit par le Petit-Saint-Bernard, soit par tout autre point qui vous serait désigné.

Dans cette supposition, faites-moi connaître les points de défense que vous avez à garder, le nombre de troupes que vous croiriez nécessaire d'y employer et enfin quelles sont les troupes que vous désigneriez pour former la colonne, que vous pourriez recevoir l'ordre de faire descendre en Italie. Vous pouvez, dès ce moment, faire préparer cinq ou six pièces d'artillerie et les traîneaux nécessaires. Vous ferez également les dispositions nécessaires pour les vivres, le biscuit et pour les transports. Tenez ces dispositions secrètes.

Les cartouches nécessaires aux premières opérations de cette armée sont encore en arrière. L'intention du Premier Consul est qu'on en tire quelques-unes de Briançon, qu'on fera filer sur Genève, Il ordonne également qu'on y fasse filer une grande partie de tout ce qui peut se trouver à Grenoble.

Je vous préviens que, d'après les ordres du Premier Consul, le général Marmont, commandant l'artillerie de l'armée de réserve, envoie un officier supérieur à Briançon et à Grenoble pour faire filer tout ce qui est possible sur Genève.

Cet officier supérieur est porteur d'un ordre de moi qui met la responsabilité sur les officiers d'artillerie et sur les commandants des cantonnements qui ne seconderaient pas, de tous leurs efforts, les dispositions du général Marmont dont est chargé l'officier supérieur de l'artillerie, et qui, par là, compromettraient les opérations de l'armée de réserve.

Le général Marmont a des ordres pour se faire remettre le plus promptement possible l'état des cartouches et des approvisionnements d'artillerie qui se trouvent à Briançon et dans toutes les places du Dauphiné.

Vous voudrez bien, citoyen Général, donner tous les ordres nécessaires pour qu'on exécute ponctuellement toutes les dispositions relatives à l'artillerie ordonnées par le général Marmont. Vous donnerez l'ordre à votre commandant d'artillerie de faire confectionner le plus de cartouches possible, soit pour remplacer l'approvisionnement qui vous est nécessaire, soit pour les faire filer à Genève, où nous en avons le plus grand besoin.

J'attends avec impatience de vos nouvelles.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 8 floréal an 8 (28 avril 1800).

Je vous prie de donner des ordres pour faire partir demain la moitié de vos équipages et des miens, pour se rendre le plus promptement possible à Genève. Vous ferez partir également les adjudants généraux, adjoints et autres employés de l'état-major dont vous n'auriez pas absolument besoin jusqu'au moment de notre départ.

Vous pouvez aussi prévenir le général commandant l'artillerie, le génie, etc., qu'ils peuvent faire partir une partie de leurs administrations.

Je vous salue,

Alex. BERTHIER, {p.210}

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 8 floréal an 8 (28 avril 1800).

Le Premier Consul compte partir de Paris le 10 pour se rendre à Dijon et, de là, à Genève, Donnez des ordres pour que son logement soit préparé dans cette dernière ville, Pensez à mon état de situation, en états de bureau et en petits livres de poche. Faites-en préparer un pour le Premier Consul. Avez-vous donné les ordres relatifs à toutes les dispositions contenues dans mon ordre d'hier?

Je vous salue.

Alex. BERTHIER,

Le général Victor me rend compte que la 58e a 1200 recrues sans armes et sans habits. Il en manque également beaucoup à la 60e. Prenez tontes les mesures possibles pour que ces conscrits soient armés et habillés avant d'arriver à Genève.

Sachez de Marmont s'il a des nouvelles de l'arrivée des fusils à Auxonne ; on pourrait faire laisser des détachements pour les prendre.

B.

* * *

Rapport du général Clarke sur les convois d'artillerie destinés pour Dijon.

Paris. le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

1er Convoi. – Le 1er convoi destiné pour Dijon a été expédié par le général Saint-Rémy, Il est parti il y a environ douze jours.

Il était de 80 voitures environ, composé d'une division de 12, d'une de 8, d'obusiers et de cartouches d'infanterie.

Ce sont là les seuls renseignements que l'on a pu me donner à l'arsenal sur ce 1er convoi; on en aurait de plus précis soit auprès du général Andréossy, soit auprès du citoyen Riverot à l'École militaire.

2e Convoi. – Le 2e convoi est parti le 6 floréal; il était composé de 54 voitures, ayant 200 chevaux, y compris ceux des sous-officiers et ceux de rechange. Il y avait:

9 voitures qui étaient restées du 1er convoi, consistant en caissons d'obusiers, caissons d'infanterie, et 2 chariots de munitions;

Une division de huit pièces de 4;

Un affût de rechange du même calibre;

Seize caissons de 4 chargés;

6 chariots à munitions portant de grandes hautures de fusils, 2 grands coffres d'approvisionnement d'outils, 200 outils à pionniers, la même quantité d'outils tranchants, différentes espèces de rechange pour l'artillerie;

Une forge de campagne avec un assortiment d'outils;

15 caissons-charrettes chargés de 2 milliers de papier à cartouches d'infanterie; {p.211}

120 paires de boîtes de roues pour affûts-traîneaux, et une certaine quantité de petites hautures de fusils;

Sur les chariots à munitions, il y avait encore 400 hampes d'écouvillons.

3e Convoi. – Le 3e convoi partira le 10 avec 200 chevaux; il sera composé comme il suit:

30 charrettes-caissons à 3 chevaux, qui porteront ensemble 25 milliers de balles de plomb; ci. 90 chevaux.
6 caissons de 4 chargés 24
3 pièces de 4 12
Affûts de rechange. de 12 1 4
de 81 4
de 4 1 2
d'obus. 1 4
8 caissons chargés de cartouches d'infanterie 32
4 caissons dont le général Andréossy doit désigner les objets du chargement 16
TOTAL 188 chevaux.

Les 12 chevaux restant pour compléter les 200 serviront pour les sous-officiers et les chevaux de rechange.

Il y a dans ce moment 2 bateaux sur la Seine, qui sont destinés à charger une centaine de caissons-charrettes, 200 limonières qui viennent d'être construites à l'arsenal: et la quantité de plomb en balles pour compléter leur chargement. Chaque bateau portera 90 milliers pesant, Ils partiront vers le 10 de ce mois.

Après le départ des 3 convois, il restera 400 chevaux d'artillerie dans les dépôts aux environs de Paris.

La difficulté pour les faire partir vient du défaut de harnachement. Les fournisseurs de cet objet ne livrent que lentement.

Le service des troupes militaires a reçu 40,000 francs pour faire transporter à Dijon une certaine quantité d'objets d'artillerie. Ces objets avaient été déposés dans des maisons de roulage, et y étaient restés depuis plus de quinze jours. On en a fait des plaintes et il est parti hier par cette voie 60 milliers de plomb en balles.

L'aide de camp du général Clarke,

TOURNÉ (59).

Le Premier Consul au citoyen Merlin, aide de camp du Premier Consul.

Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Il doit partir demain 1 million en argent pour Dijon; vous voudrez bien voir partir cet argent. Vous aurez soin de le faire escorter par la gendarmerie, {p.212} et vous vous porterez au chef-lieu des préfectures et à toutes les étapes où ce convoi doit passer, pour qu'il y ait des attelages prêts, afin que, voyageant jour et nuit, cet argent arrive dans cinq ou six jours à Dijon.

Si vous éprouviez le moindre obstacle, adressez-vous au préfet du département par où vous passerez.

Vous m'attendrez à Dijon. Vous ferez verser cet argent dans la caisse du payeur de l'armée.

Il est parti aujourd'hui 100 milliers de plomb. Informez-vous de la route qu'ils ont tenue et comment ils sont partis; rattrapez-les et faites-les marcher jour et nuit, sinon les 100 milliers, au moins 25. Adressez-vous aux préfets et aux communes et faites leur sentir que c'est d'urgence (60).

Vous rattraperez également en route un convoi de 250 chevaux qui est parti le 6. Vous ordonnerez aux conducteurs de ne faire aucun séjour et de doubler les étapes lorsqu'ils pourront le faire (61).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au citoyen Lauriston, aide de camp.

Paris, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Rendez-vous en poste à Lyon (62). Vous verrez l'ordonnateur Lambert; vous lui ferez connaître qu'il ne manquera pas d'argent. Qu'il active le départ du biscuit, eau-de-vie, avoine pour Genève, où je serai rendu le 12 floréal. {p.213}

Voyez le commandant de la place et de la ville, pour que l'on fasse partir toutes les cartouches, le plomb et les fusils qui se trouveraient à Lyon, et qu'on les fasse filer à marches forcées sur Genève.

Prenez le nombre de toutes les troupes qui se trouveraient à Lyon et dans la 19e division.

De là, allez à Grenoble et faites partir pour Genève, à marches forcées, le plomb, les cartouches et les fusils qui pourraient s'y trouver.

De là, rendez-vous chez le général qui commande la gauche de l'armée d'Italie, qui doit être à Briançon, pour qu'il vous remette un état de toutes les troupes qui sont à ses ordres.

Vous lui ferez connaître que je serai le 14 ou le 15 à Genève,. où vous me rejoindrez, en me rapportant un état exact de toutes les troupes qui se trouvent dans les 7e et 19e divisions militaires: infanterie, cavalerie, artillerie, matériel et attelages.

A votre retour, vous passerez par Chambéry (63).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au général Lefebvre, aide de camp (64).

Paris, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Vous voudrez bien vous rendre sur-le-champ, à franc étrier, à Châlons-sur-Marne. {p.214} Vous ferez partir les 6,000 fusils et les 6 forges de campagne qui s'y trouvent pour Dijon (65). Vous resterez jusqu'à ce que ce soit parti.

De là, vous vous rendrez au chef-lieu de tous les départements où doivent passer ces convois, pour que les préfets donnent ordre que ces fusils voyagent nuit et jour, et sans s'arrêter. Vous m'écrirez du chef-lieu de chacun des départements par lesquels les fusils doivent passer. Vous lèverez tous les obstacles qui pourraient se rencontrer, et vous m'attendrez à Dijon, où je dois incessamment me rendre (66).

BONAPARTE.

* * *

Les lettres reçues d'Italie portent le Premier Consul à chercher la voie la plus rapide pour faire pénétrer l'armée de réserve en Italie.

Oudinot (67), chef de l'état-major général de l'armée d'Italie, au général Bonaparte.

La Piétra, le 27 germinal an 8 (17 avril 1800).

Mon Général,

La situation dans laquelle se trouve le général en chef depuis le 16, époque à laquelle il a été attaqué sur toute la ligne et surtout sur les points de Savone et de Gênes, ne lui ayant pas permis de vous donner le détail de ses opérations, je crois devoir profiter de la circonstance où je suis pour, de concert avec le lieutenant général Suchet, vous établir un précis de ce qui s'est passé à la droite de l'armée, et cela, sans égard au droit exclusif que le général en chef s'en réserve d'habitude. {p.215}

Le 16 du courant, tandis que l'ennemi dirigeait des colonnes sur Gênes par toutes les routes qui y aboutissent et qu'il s'avançait de manière à ne laisser aucun doute sur ses projets d'investissement, Mélas descendait sur Savone avec le gros de son armée. Après s'être emparé des hauteurs qui le commandent, il s'établit à Montenotte et à Saint-Justiniani. L'étonnante supériorité de ses forces dans cette partie ne rebuta point le général Masséna, qui, de concert avec le général Soult, le força, par ses manoeuvres, à descendre en plaine. Tout ce qui s'y engagea fut prisonnier ou trouva la mort. La prise de 6 pièces de canon et 7 drapeaux, 6,000 prisonniers, dont 2 colonels, plusieurs majors et environ 200 officiers, furent le fruit de nos travaux dans cette partie.

Le général Suchet, de son côté, a aussi obtenu des succès; mais nos communications avec lui ayant été interrompues, depuis le 16, par terre et par mer, je lui laisse le soin de vous en faire son rapport particulier.

Je ne dois cependant pas vous dissimuler, citoyen Consul, que ces avantages ne pourront avoir un résultat heureux, qu'autant que le général Suchet parviendra à dégager les trois divisions de droite, qui, d'ailleurs sont réduites à 10 ou 11,000 combattants, y compris encore les troupes sous les ordres du général Miollis, qui est chargé de la défense de Gênes, avec laquelle ville le centre n'a de communications ni par terre ni par mer. Les Anglais, qui ont dans ces parages un vaisseau de 74, deux frégates, plusieurs bricks et une nuée de corsaires, nous interdisent absolument l'espoir d'y porter des secours, L'impossibilité d'y parvenir est telle que c'est par un phénomène que, parti hier de Varaggio, j'ai pu aborder à Loano. Je ne dois mon arrivée qu'à l'obscurité de la nuit, qui a favorisé mon passage.

Le général en chef ne doutait point du danger; mais l'importance de la mission, qui était d'intimer au général Suchet d'attaquer de nouveau, ne lui ayant pas permis de composer, je me suis engagé à cette démarche. Nous en espérons le plus heureux effet, si, comme il n'y a pas à en douter, nos troupes donnent avec le courage qui leur est familier.

Le fort de Savone, dont la garnison est de 750 hommes, a encore des vivres pour dix jours. Le général Suchet emploie tous les moyens pour lui en faire passer; mais il n'y parvient que très rarement et avec de grands sacrifices. Les corsaires qui infestent cette partie de la rivière empêchent tout arrivage.

L'ennemi n'occupe encore aucun des fortins en avant de Gênes. Il s'est contenté de couronner les montagnes environnantes, en arrêtant sa droite à la Bochetta et sa gauche à Albaro.

Le corps détaché du général Soult, fort de 7,000 hommes, y compris les 1500 sous les ordres immédiats du général Masséna, a sa droite à Sasello, en prolongeant sa gauche jusqu'à Varaggio. Ces deux corps, malgré qu'ils se soient constamment battus, ont plus souffert de la faim que des combats qu'ils ont livrés et soutenus.

Si, contre mon attente, le général Suchet ne vous rendait pas compte directement de l'attaque qu'il se propose de faire demain, je m'en chargerai d'autant plus volontiers que je serai près de lui jusqu'au moment de sa réunion avec le général en chef.

J'ai l'honneur, citoyen Consul, de vous saluer très respectueusement.

OUDINOT. {p.216}

Le Premier Consul, au général Berthier, commandant en chef. l'armée de réserve à Dijon (68).

Paris, 7 floréal an 8 (27 avril 1800), 4 heures du soir.

Votre aide de camp arrive à l'instant (69), citoyen Général. Je désire que vous réunissiez toute l'armée à Genève, et que vous donniez des ordres pour que l'on transporte à Villeneuve, par le lac, du biscuit, du blé et de l'eau-de-vie.

Sur les 2 millions que vous a remis le général Murat, vous verrez qu'il y a 300,000 francs pour Lambert; faites-les-lui passer sur-le-champ.

Il est parti hier 200 chevaux avec un, convoi pour Dijon. J'ai envoyé des aides de camp à Châlons-sur-Marne, à Tours, etc., pour faire passer le plus promptement possible des cartouches à Genève et à Dijon.

Il part demain 1 million pour votre armée. Il part aujourd'hui 100 milliers de plomb pour Auxonne.

Je vais prendre des mesures pour faire partir, dans la décade et sans séjour, tous les chevaux qui se trouvent à Versailles.

Mon projet ne serait plus de passer par le Saint-Gothard; je ne regarde cette opération possible et dans les règles ordinaires de la prudence que lorsque le général Moreau aurait obtenu un grand avantage sur l'ennemi.

D'ailleurs il est possible que ce ne soit plus à Milan où il faille aller, mais que nous soyons obligés de nous porter en toute diligence sur Tortone, pour dégager Masséna qui, s'il a été battu, se sera enfermé dans Gênes, où il a pour trente jours de vivres.

C'est donc par le Saint-Bernard que je désire que l'on passe (70). Arrivé à Aoste, on sera à même de se porter sur le lac Majeur et sur Milan en peu de marches et dans un pays abondant et tel qu'il nous le faut, s'il devenait inutile de se porter tout de suite sur la rivière de Gênes. D'ailleurs, l'opération {p.217} de passer par le Saint-Bernard me parait beaucoup plus proportionnée à vos moyens actuels, puisque vous n'aurez à vous nourrir que depuis Villeneuve à Aoste, pouvant transporter vos vivres par le lac à Villeneuve. Vous n'avez que quatre jours de Villeneuve à Aoste.

Vous voyez que dans l'une ou l'autre de ces opérations, vous aurez toujours, ou les débouchés du Dauphiné par votre flanc droit, ou les débouchés de la Suisse, occupés par l'armée du Rhin, par votre flanc gauche. Ainsi, dans tous les cas, vous avez une ligne d'opération assurée, et vous restez en contact avec la République.

Si vous vous portez sur Milan, tout ce qui sera sur le Saint-Gothard ou le Simplon vous joindra successivement. Je partirai d'ici le 10 pour Genève; je passerai par Dijon.

BONAPARTE.

Que de Lyon, de Chambéry et de Grenoble, tout le biscuit, etc. . . . . soit mis sans délai en marche pour Genève (71).

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 8 floréal (72) an 8 (28 avril 1800), à 11 heures du soir.

Je reçois à l'instant votre dépêche du 7, datée de 4 heures du soir.

J'avais pensé comme vous; toute l'armée est en marche sur Genève; j'ai expédié des officiers, des courriers sur tous les points, afin d'activer les approvisionnements de bouche et de guerre.

J'ai envoyé hier 150,000 francs à Lambert, 50,000 à Boinod; ces deux hommes méritent les plus grands éloges pour leur zèle.

Marescot est parti pour le Saint-Bernard.

Enfin, citoyen Consul, le résumé de mes réflexions m'avait {p.218} tellement fait juger comme vous que j'ai prévenu toutes les dispositions contenues dans votre lettre du 7.

Je vois que Masséna est encore dans une position inquiétante, mais il est audacieux, persévérant et heureux.

Votre arrivée à Genève vous met dans une bonne position pour ordonner les mouvements, d'après les événements qui auront eu lieu sur le Rhin.

Le citoyen Lauriston, votre aide de camp, me communique votre lettre (73); j'ai envoyé ce matin des officiers en poste pour les mêmes dispositions; il part de son côté pour exécuter vos ordres.

Je vous renverrai demain soir votre second courrier.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

* * *

Le Premier Consul, au général Marmont.

Paris, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

Je fais chercher à l'instant quelques moules à balles à Paris, que je vous enverrai pendant la nuit par un courrier.

Établissez une salle d'artifices à Genève. Il doit y avoir de la poudre pour la défense de la place; convertissez-la en cartouches.

Besançon doit avoir de la poudre et des cartouches, ne serait-ce que pour son approvisionnement.

Grenoble doit avoir des cartouches ; faites-les filer sur Genève.

250 chevaux sont partis cette décade, J'ai chargé Duroc de faire partir cette décade tout ce qui reste à partir. Tout marchera sans repos: aussi je regarde que tout cela arrivera à temps.

Écrivez-moi par le retour du courrier que l'on expédie au général Berthier, et faites-moi connaître vos besoins.

Vous devez avoir de la poudre à Auxonne, puisque vous êtes près d'une fabrique.

Il vous sera facile de vous procurer 50 milliers de plomb à Genève.

Il part demain 1 million pour Dijon, sur lequel il y a 100,000 francs pour l'artillerie (74).

BONAPARTE. {p.219}

Le Premier Consul, au général Berthier.

Paris, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800), à minuit (75).

Je vous envoie, par un courrier extraordinaire, deux moules à balles (76).

Faites établir un atelier de cartouches à Genève.

1° Vous devez avoir reçu 100,000 livres de plomb, de Lyon à Genève;

2° Il en est parti 100,000 hier de Paris pour Dijon;

3° Il en est parti 250,000 de Tours;

4° Vous devez en trouver à Dijon, à Genève, assez pour commencer vos fabrications;

5° Il est parti hier 200 chevaux attelés à plusieurs pièces et un matériel de guerre qui sera rendu le 12 à Auxonne;

6° Il part demain 1 million pour votre armée;

7° Il part demain 4,000 fusils;

8° Il arrive demain ici 5 millions de cartouches, qui fileront sur Auxonne;

9° J'ai envoyé un aide de camp à Châlons pour faire activer le départ de 6,000 fusils, qui sont à Châlons;

10° Trois compagnies de pontonniers vont recevoir l'ordre de partir de Constance pour Genève;

11° Besançon et Grenoble ont ordre de fournir à votre armée;

12° D'ici au 10, il partira 200 chevaux par jour jusqu'à concurrence de 800, attelés à toute espèce de munitions d'artillerie; ils seront rendus avant le 20 floréal à Auxonne;

13° Le 9, il partira d'ici 6 pièces avec un détachement de la garde (77).

BONAPARTE.

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Bonaparte Letter

Le Premier Consul, au général Marmont.

Paris, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800), à minuit (78).

Vous verrez par la lettre du général Berthier (79), citoyen Général, les différents détails que je lui donne sur votre artillerie. {p.220}

Pensez à vos harnais, ferrages, etc. Établissez à cet effet des ateliers à Genève.

J'imagine que vous avez actuellement autant de plomb qu'il vous faut, et que vous aurez à la fois un atelier à Auxonne et un à Genève.

Vous devez avoir reçu 10 affûts-traîneaux. A la suite de chacun vous menez un affût de plaine, afin qu'une fois passé les montagnes votre équipage de campagne se trouve composé d'un pareil nombre de pièces.

Organisez votre atelier de réparations à Genève; qu'il puisse aller, ainsi que celui d'Auxonne, sans employer la compagnie d'ouvriers que vous devez avoir et qui doit être disponible à votre parc.

Envoyez-moi un état du matériel, du personnel et des attelages, afin que je voie positivement où vous en êtes (80).

BONAPARTE.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 9 floréal an 8 (29 avril 1800), à 6 heures du soir.

Je reçois à l'instant, citoyen Consul, le courrier qui m'apporte les deux moules à balles.

Tout est dans la plus grande activité. Si vous arrivez ici le 12, je vous recevrai; je ne pourrai partir que le 13 pour me rendre à Genève.

Votre sage prévoyance va donner à cette armée tous les moyens d'entrer en campagne.

Il parait que le général Moreau n'a encore eu aucun événement militaire important; il est bien nécessaire qu'il pousse vigoureusement l'ennemi et qu'il l'attaque sans lui laisser le temps de choisir la position de son champ de bataille.

Toutes les dispositions prises par l'ordonnateur en chef, pour assurer nos subsistances à Genève, se sont trouvées sans effet; j'envoie des fonds en poste pour assurer tous les services avec des écus.

Soyez sans inquiétude, partout on fait l'impossible; vous connaissez mon zèle et mon dévouement qui s'accroît par les difficultés.

Alex. BERTHIER.

P. S. – Votre présence à Genève me parait de la plus grande utilité. C'est le point d'où doit partir la direction du mouvement des différentes armées suivant les circonstances. {p.221}

Il faut une autorité supérieure aux généraux en chef des trois armées.

Marmont, conseiller d'État et général commandant en chef l'artillerie de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 9 floréal an 8 (29 avril 1800).

J'ai l'honneur de vous rendre compte, mon Général, de l'état où se trouve l'artillerie de l'armée et du progrès de nos travaux.

Les 24 pièces de canon de campagne attelées et approvisionnées sont parties pour Genève.

Je ferai partir le 12, douze pièces de 4, avec une grande partie de leur approvisionnement; j'enverrai en sus une assez grande quantité de fers coulés.

Le 12 partiront également tous les traîneaux fabriqués, les caissons à munitions, une partie des limonières, 14 caissons chargés et les fusils qui pourront être arrivés à ce moment.

Manquant de chevaux pour les différents objets, ils seront conduits par la voie du commerce.

Les affûts-traîneaux sont arrivés ce matin et partiront demain.

J'ai envoyé mon aide de camp à Besançon ; il y restera jusqu'à ce que les 400,000 cartouches qui y sont, les 6,000 boulets de différents calibres ou obus, les affûts et les 2 obusiers, que j'ai demandés, soient tous en route pour Genève.

Ces fers coulés seront remplacés à Besançon dans quinze jours par ceux que j'ai ordonné de couler aux forges qui sont voisines.

J'ai envoyé un officier à Genève pour activer la formation des établissements et des ateliers que j'ai ordonné d'y faire.

Cet officier ira ensuite à Chambéry, au fort Barraux, à Grenoble. Il fera filer de là sur Genève, de la manière la plus prompte et la plus expéditive, les cartouches, les munitions de guerre et les effets d'artillerie dont nous avons besoin.

Cet officier se rendra ensuite à Embrun, Mont-Lion (81) et Briançon, où il prendra les états de tout ce qui y existe.

Les moules à balles que j'ai envoyé chercher à Metz et Besançon sont arrivés; aussi l'atelier de cartouches d'Auxonne commence-t-il à entrer en activité. J'ai fait acheter quelques milliers de plomb ici, en attendant celui qui nous vient par la Loire et celui que vous nous envoyez de Paris.

J'ai envoyé en poste 10 moules à balles à Genève, afin que l'atelier de cartouches, qui y est nécessaire, soit établi sur-le-champ. J'ignore ce qui existe à Genève; j'y ai écrit, le général en chef y a écrit, le directeur du parc y a écrit; personne n'a reçu de réponse.

J'ai envoyé des canonniers pour les travaux du dépôt de Genève.

Nous ne manquerons pas de poudre, j'espère; cependant le temps nous contrarie, depuis huit jours il pleut constamment. {p.222}

J'ai dirigé sur Genève directement les 7,000 fusils qui me viennent de Saint-Étienne; je compte qu'ils doivent y être dans quatre ou cinq jours.

J'attends chaque jour des fusils de Maubeuge, de Charleville et de Liège; mais jusqu'ici rien n'est arrivé.

Voilà, mon Général, où nous en sommes. Qu'une bonne partie des chevaux qui viennent de Paris nous aient joints avant le commencement des hostilités et l'artillerie ne sera point en arrière.

Respect et attachement.

A. MARMONT.

* * *

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont, chef de l'état-major général.

Dijon, le 9 floréal an 8 (29 avril 1800).

Je vous prie, citoyen Général, de voir vous-même l'ordonnateur en chef Dubreton. Par les quatre lettres ci-jointes du préfet du Jura (7 floréal), quatre pièces (82), vous verrez que ce que j'ai prévu arrive. Aucune mesure, aucune disposition certaine ne sont prises pour assurer la subsistance des troupes pendant la route. Cet objet est un des devoirs les plus essentiels de l'ordonnateur et de la surveillance particulière de l'état-major. J'ai beaucoup d'inquiétude sur le besoin des troupes et sur les désordres qui pourraient en résulter.

Que l'ordonnateur en chef envoie quelqu'un de l'administration à Lons-le-Saulnier, avec de l'argent, pour se concerter avec le préfet. Vous pourriez également y envoyer un officier de l'état-major. Vous voyez qu'il n'y a pas un instant à perdre.

Savez-vous si, à toutes les journées, il y a des moyens de subsistance, et s'il n'y a pas des endroits où il aurait fallu les faire prendre pour deux jours ?

Assurer le logement et la subsistance des troupes est une des parties les plus essentielles de l'état-major et, dans la position où nous sommes, une des plus pénibles.

Alex. BERTHIER. {p.223}

F. Watrin, général de division, au général Dupont, chef de l'état-major de l'armée.

Genève, le 9 floréal an 8 (29 avril 1800).

D'après votre lettre (83) du 6 floréal que je viens de recevoir, mon cher Général, j'occuperai avec ma division Vevey, Villeneuve, Saint-Maurice, etc., et Lausanne, où je vais m'établir.

Nous aurons beaucoup de difficultés pour nos vivres. Nous aurons bien de la peine à avoir, ici, quelque chose sans argent. Priez, je vous prie, l'ordonnateur en chef Dubreton de pourvoir sans délai à nos subsistances. Je n'ai pas encore vu paraître le commissaire des guerres Trousset, qu'il m'a annoncé.

Afin de ne pas me répéter, et pressé par le temps, je vous adresse, mon cher Général, copie des deux lettres que j'écris au général en chef. Elles vous donneront connaissance de ma position et de tout ce que j'ai pu faire et apprendre.

Faites surtout rejoindre, je vous prie, le reste de la 6e légère. Je n'ai ici que 800 hommes de ce corps.

Adieu, mon cher Général, je vous embrasse.

F. WATRIN.

F. Watrin, général de division, au général en chef Berthier.

Genève, le 9 floréal (29 avril 1800).

Mon Général,

Aussitôt mon arrivée en cette ville, je me suis empressé d'en prévenir le général Moncey. Personne n'ayant pu m'indiquer où il était et plusieurs personnes prétendant qu'il n'était pas encore arrivé en Helvétie, j'ai de suite dépêché un officier de mon état-major au général divisionnaire Montchoisy, qui est à Berne, et dont une brigade, sous les ordres du général Mainoni, occupe Saint-Maurice, Sion, Serre et s'étend jusqu'au pied du Saint-Gothard.

J'ai envoyé au général Montchoisy la lettre non cachetée que j'écris au général Moncey, par laquelle je le préviens que je vais occuper Villeneuve, Vevey, Saint-Maurice et Lausanne, pour garder le Valais. J'ai joint dans le même paquet la lettre que vous adressez au général Moncey, et j'ai prié le général Montchoisy d'en prendre connaissance, dans le cas où le général Moncey {p.224} ne serait pas encore arrivé à sa destination, et de la lui faire passer de suite dans le cas contraire.

J'ai aussi prévenu de mon arrivée le général Moreau, dont on n'a ici aucunes nouvelles.

J'en ai également fait part au général Turreau, en l'instruisant que le général Chabran se portait à Annecy avec un corps de 1500 hommes.

Tout le monde est bien prévenu, jusqu'au général Mainoni. Ainsi, mon Général, n'ayez aucune inquiétude à cet égard.

La 6e légère, dont je n'ai pour le moment que deux bataillons, qui forment en tout 800 hommes, est en route pour Vevey et Saint-Maurice. 32 des coupables de l'insurrection, qui a eu lieu à Lyon, sont dans les prisons de cette ville et seront jugés par un conseil de guerre. J'espère que le général Dupont aura déjà dirigé vers Genève le 3e bataillon et le dépôt de ce corps, qui peuvent, dit-on, monter à 1200 hommes.

Je n'ai pu encore me procurer de renseignements positifs sur la force et la position de l'ennemi. Cependant, j'ai recueilli d'un homme digne de foi que le corps de troupes que l'ennemi peut avoir dans cette partie est de 12 à 16,000 hommes, commandés par le général Landon, dont le quartier général est à Borgomanero, au bord du lac Majeur. Le corps, composé de beaucoup de Croates et de chasseurs du Loup, s'étend, dit-on, depuis Ivrée jusqu'à Bellinzona, où sont 4 à 5,000 hommes. Il y a quelques légères redoutes devant Aoste; mais elles peuvent être facilement tournées par les hauteurs. qui dominent cette ville de tous côtés.

Les passages du Saint-Gothard par la vallée du Rhône, du Simplon et du Saint-Bernard sont très praticables, dans cette saison, pour l'infanterie et les mulets; tous ceux que j'ai consultés me l'ont assuré d'une manière très positive.

Tels sont, mon Général, les seuls renseignements que je peux vous donner pour le moment. Lorsque le rapport des reconnaissances que je vais faire faire et des espions que je vais envoyer me seront parvenus, je me hâterai de vous les communiquer.

Aussitôt que les 22e et 40e de bataille seront arrivées (84), je les dirigerai sur Vevey, Lausanne, où je vais m'établir, d'après la lettre que je viens de recevoir du général Dupont.

Salut et respect.

F. WATRIN.

J'ai dit à Dalton de voir, à Berne, le général Montchoisy, qui lui donnera des renseignements sur l'arrivée et l'emplacement du général Moncey. Il remettra le tout au général Montchoisy, en cas que le général Moncey n'ait pas encore paru à l'armée.

Je ne vous parle pas des difficultés pour les cartouches et les vivres; votre aide de camp vous en instruit. {p.225}

F. Watrin, général de division, au général en chef Alexandre Berthier.

Genève, le 9 floréal an 8 (29 avril 1800).

Mon Général,

Je m'empresse de vous faire passer copie de la lettre que le général Chabran reçoit à l'instant du général Turreau (85). Il va faire partir pour la Maurienne son corps de 1500 hommes.

La 6e légère et la 22e de ligne continueront leur marche sur Lausanne, Vevey et Saint-Maurice; j'espère que, lorsque la 40e arrivera à Genève, elle ne tardera pas à être suivie par un autre corps de votre armée. Alors je la dirigerai sur Lausanne et j'instruirai le général qui viendra ici du mouvement à droite que fait le général Turreau, afin qu'il observe la Savoie.

Dans le cas où le courrier que le général Turreau expédie à la 6e légère, rencontrerait son 3e bataillon et son dépôt, qui se dirigeraient sur Briançon, je vous prie, mon Général, de faire contremander ce mouvement. Que deviendrons-nous, si les généraux des autres armées disposent ainsi de vos troupes?

Soyez tranquille, mon Général, en gardant le Valais, je vais bien observer le Mont-Blanc, jusqu'à ce que les autres troupes de l'armée arrivent à Genève.

S'il y a quelque chose de nouveau, je vous en instruirai par courrier extraordinaire, car le courrier de la malle met quatre à six jours pour aller d'ici à Dijon.

Salut et respect.

F. WATRIN.

Chabran, général de division, au Ministre de la guerre (86).

Genève, le 9 floréal an 8 (29 avril 1800).

Citoyen Ministre,

J'ai l'honneur de vous prévenir que, conformément aux intentions du général en chef Berthier, je dirigerai sur Annecy la colonne de 1500 hommes et les 100 hommes de cavalerie. J'en ai donné le commandement provisoire au citoyen {p.226} Miquel, chef de brigade de la 88e. Tout étant tranquille dans le Mont-Blanc, je n'ai pas cru devoir suivre ce détachement et je me suis décidé à attendre ici, de vous ou du général Berthier, des ordres ultérieurs qui me rappellent au quartier général de la division que je commande ou qui me fixent toute autre destination.

Voulant m'assurer si l'artillerie, qui, d'après vos instructions, devait être attachée à la colonne, serait disponible à Grenoble, j'en ai écrit au directeur et ai même envoyé un officier sur les lieux. Je joins ici copie de la réponse qu'il m'a faite (87).

Salut et respect.

CHABRAN.

* * *

Le Premier Consul au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à. Dijon.

Paris, le 8 floréal an 8 (28 avril 1800).

Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 7 (88).

La 30e demi-brigade doit, à l'heure qu'il est, être arrivée ainsi que la 13e légère.

Ce qui vous embarrasse, ce sont les attelages d'artillerie et les munitions de guerre.

1° 400 (89) chevaux sont partis avec la division de Chambarlhac;

2° 460 (89) sont partis avec la garde;

3° 200 (89) sont partis avec les différents corps arrivés de l'ouest;

4° 60 sont partis avec les affûts-traîneaux;

5° 230 sont partis le 6 floréal et doivent arriver le 13;

6° 130 partent aujourd'hui de Versailles;

7° 400 partiront décadi;

8° 300 partiront le 11 ;

9° 400 partiront le 11 avec le second détachement de la garde;

100 420 mulets de Boinod que vous devez avoir;

Total, 3,000 chevaux. {p.227}

Les attelages numérotés 5e, 6e, 7e, 8e vous portent des cartouches, des fusils et autres munitions de guerre.

Appelez auprès de vous un nommé Colombini, qui est à Vienne en Dauphiné, entrepreneur des routes, et qui connaît parfaitement le Grand et le Petit-Saint-Bernard et tous ses débouchés.

Appelez également le citoyen Pavetti, chef de bataillon de la légion italique, qui se trouve au dépôt, qui connaît parfaitement toute cette partie.

J'attends avec impatience des nouvelles du Rhin et d'Italie.

Donnez des ordres pour qu'à mesure que les chevaux arriveront à Auxonne, on les fasse filer pour renforcer vos attelages et traîner le complément d'approvisionnements dont vous auriez besoin.

Il ne sera fait aucun changement à l'organisation de la légion italique.

Établissez à Genève un atelier pour les réparations d'artillerie, un atelier de bourreliers pour vous faire des harnais d'artillerie, dont on a toujours besoin. Prenez des mesures pour avoir en réserve à Genève, un millier de harnais et des fers. Faites également établir à Genève une bonne salle d'artifices.

Je désire ne partir de Paris que lorsque tout sera prêt et lorsque vous me l'aurez annoncé.

Par l'état (90) que vous m'avez envoyé, je vois que vous n'aurez un corps respectable à Genève que vers le 15 du mois.

BONAPARTE.

à 5 heures du soir.

Le télégraphe m'apprend à l'instant que le général Sainte-Suzanne qui a débouché sur la Kinzig le 5, est toujours dans les positions de Willstett et Urloffen (91).

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 10 floréal an 8 (30 avril 1800).

J'ai reçu hier au soir, citoyen Consul, à 11 heures, votre lettre du 8. {p.228}

Tout est dans la plus grande activité. Je partirai le 12 pour Genève.

J'ai ordonné que le 12e de hussards et le 21e de chasseurs partent de leurs cantonnements le 12 pour marcher sur Lausanne; ils arriveront pour déboucher avec l'avant-garde; je mettrai toute la cavalerie en marche de manière à suivre le mouvement de l'infanterie.

Je n'ai aucune nouvelle ni de Moreau, ni du général Masséna. Que Masséna soit victorieux, ou retiré dans Gênes, il faut que Moreau porte 12,000 à 15,000 hommes par le Gothard. Cette diversion serait terrible pour l'ennemi. La paix est en Italie, il faut y entrer à coup sûr et pour cela prendre de grandes mesures.

Votre présence à Genève vers le 15 me paraît bien importante. Je joins ici l'état de situation que m'envoie le général Turreau; il me demande la moitié de mon armée, il avait même pris sur lui d'envoyer des ordres à quelques corps; je les ai annulés et je lui ai fait connaître vos intentions. Je joins ici une lettre du payeur; vous verrez que trois départements n'exécutent pas les dispositions de l'arrêté du 22 (92).

Je ne vous parle pas de nos besoins; vous les connaissez aussi bien que moi; je ne vous demande rien, je sais que vous faites l'impossible.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Je joins ici deux lettres (93) qui vous feront voir combien je suis embarrassé pour assurer nos subsistances à Genève. {p.229}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.

Dijon, le 10 floréal an 8 (30 avril 1800).

Je vous prie de donner des ordres aux 12e (94) et 21e de chasseurs de partir avec armes et bagages de leurs cantonnements pour se rendre à Orbe et environs (95). Assurez-vous toutefois des moyens de subsistance sur cette route.

Alex. BERTHIER.

Marmont, conseiller d'État et général commandant en chef l'artillerie de l'armée de réserve, au général Bonaparte.

Dijon, le 10 floréal an 8 (30 avril 1800).

Mon Général,

J'ai eu l'honneur de vous rendre compte hier, avec détail, de la situation de l'artillerie (96); je vous envoie aujourd'hui l'état (97) que vous m'avez demandé.

J'ai ordonné que l'on fabriquât 12,000 fers de chevaux à Lyon, 200 harnais, les forges et les voitures nécessaires pour le train; cela sera promptement fini et envoyé de suite à Genève. Nous aurions besoin d'une somme de 100,000 francs pour les premières dépenses du train, et ensuite que les masses d'entretien soient régulièrement payées tous les mois.

J'ai ordonné d'établir à Genève des ateliers de toute espèce.

Nous organisons au parc une compagnie d'ouvriers du train.

Tout est en mouvement et va aussi bien que possible. Lorsque les deux premiers convois de Paris seront arrivés, nous serons bien en mesure. La seule chose inquiétante, c'est la non-arrivée des fusils et la lenteur des transports militaires; nous n'avons encore rien reçu en armes depuis longtemps.

Les 6,000 fusils que nous croyions exister à Châlons sont partis pour Paris il n'en existe plus que 2,000 qui vont nous être envoyés (98).

Respect et attachement.

MARMONT. {p.230}

Le général en chef me communique la lettre qu'il vient de recevoir de vous. Je vous observe, mon Général, qu'il s'y est glissé les erreurs suivantes:

Division Chambarlhac, au lieu de 400 chevaux, 350;

Artillerie de la garde, au lieu de 460 arrivés, 320;

Artillerie de l'ouest, au lieu de 200, il n'en est point arrivé; elle a été conduite par des chevaux de réquisition.

Erreur: 410 chevaux.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 30 floréal an 8 (30 avril 1800).

Je vous demande, citoyen Général, un état de situation correct de tout le personnel de l'armée, arrivé ou annoncé, avec une colonne des emplacements ou des destinations (99).

Dans le dernier état de situation que vous m'avez remis, il y a des erreurs. On y a omis les généraux de brigade et les adjudants généraux. La 6° demi-brigade légère est portée dans la division Boudet tandis qu'elle est dans la division Watrin.

Je tiens à avoir des états de situation bien faits et chaque jour la note du mouvement.

Prévenez l'ordonnateur en chef qu'il doit être rendu à Genève le 13, ainsi que le payeur de l'armée et les autres chefs de l'administration.

Il laissera à Genève (100) un ordonnateur et les agents des administrations nécessaires pour le service important de cette place qui est notre premier-dépôt. Vous le préviendrez que le général Vignolle reste provisoirement à Dijon avec un état-major.

Il est essentiel que la poste soit organisée d'ici à Genève afin que notre correspondance soit prompte. Un courrier de l'armée devra partir tous les jours de Genève pour Dijon et un autre de Dijon pour Genève. Le premier devra partir de Dijon le 12.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

Ordre du jour du 10.

Dijon, le 10 floréal an 8 (30 avril 1800).

Aussitôt que les divisions de l'armée seront arrivées dans les nouveaux cantonnements qu'elles doivent occuper, les généraux qui les commandent en passeront sur-le-champ la revue, et en feront connaître le résultat au chef de l'état-major général.

Plusieurs corps n'ont point encore rempli les dispositions de l'ordre du jour du 30 germinal qui leur enjoignait de faire passer sur-le-champ à l'état-major {p.231} général, l'état de leur situation sous les rapports de la solde. Les conseils d'administration de ces corps devront s'occuper sans délai de remplir cette mesure importante, l'intention du général en chef étant de faire payer successivement l'arriéré de la solde.

Pour copie conforme :

Le Général de division
chef de l'état-major général.

Signé DUPONT.
L'Adjudant général,
employé à l'état-major général.

Léopold STABEURATH.

* * *

Le Ministre de la guerre, au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve.

Paris, le 10 floréal an 8 (30 avril 1800).

Les opérations militaires que vous allez entreprendre, citoyen Général, exigeront le déplacement de votre quartier général, pour le porter successivement aux lieux que vous déterminerez, mais l'intention du Premier Consul est que le grand quartier général de l'armée de réserve soit toujours censé être à Dijon, en sorte que les fusils, les approvisionnements, les recrues et les officiers destinés pour cette armée, seront d'abord dirigés sur ce point, et, de là, recevront leur destination, suivant les ordres que vous y ferez passer.

Le Premier Consul a décidé que les dépôts des demi-brigades de l'armée de réserve, resteraient jusqu'à nouvel ordre dans l'arrondissement de la 18e division et à Dijon, en observant dans cette répartition que les dépôts des corps, qui composent une même division, fussent réunis dans une même ville et sous les ordres d'un officier supérieur de la division. Ces chefs correspondront avec le sous-chef de l'état-major qui restera à Dijon et avec l'inspecteur qui leur fera passer les ordres du chef d'état-major général de l'armée, pour le départ des conscrits destinés à compléter les corps.

Vous aurez soin, citoyen Général, de placer à Dijon un commissaire ordonnateur qui sera spécialement chargé de veiller à la nourriture, à l'entretien et à l'habillement des dépôts (101).

Salut et fraternité.

CARNOT. {p.232}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 11 floréal an 8 (1er mai 1800).

Je vous expédie un courrier pour vous prévenir que je pars demain 12 dans la nuit (102) pour me rendre à Genève en passant par Chalon et Bourg; j'arriverai le 14 dans la matinée.

Ma présence, bien nécessaire ici pour mettre tout en mouvement, l'est encore plus à Genève où, malgré tant d'ordres réitérés, rien n'est prévu ni pour les vivres ni pour les fourrages. Le commissaire ordonnateur Dubreton a été trompé dans les douze jours d'approvisionnements qu'il avait annoncé être assurés; vous jugerez de l'état des choses par la copie de la lettre du préfet, et c'est encore la moins alarmante.

Pourquoi le Ministre n'a-t-il pas pris les précautions nécessaires? Pourquoi avoir rompu les mesures que j'avais signées? Non, ils ne sont pas animés comme moi de la volonté de tout prévoir, d'assurer tous les services.

Dubreton a chargé ses chefs d'administration d'acheter, mais ils ne finissent rien, ils ne peuvent rien faire que l'argent {p.233} à la main, à des prix excessifs et en épuisant le peu de ressources du pays sans autre précaution. Nous allons mettre la famine à Genève si on ne prend des mesures.

Pourquoi n'avez-vous pas eu assez de confiance en moi? Je sais prévoir; mes idées sont quelquefois bonnes, au moins elles sont pures (103).

Il faut que j'emploie mes fonds pour vivre, quand on aurait pu nous faire des avances.

Je fais partir pour Genève les mulets rassemblés à Bourg. Je serai prêt vers le 20, si j'ai les cartouches et l'artillerie de montagne.

Je ne ferai aucun mouvement sans votre ordre, j'attends de vos nouvelles; je désire surtout votre présence si nécessaire au point central entre les armées du Rhin et d'Italie.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

P. S. – Le service des étapes manque de tous côtés; je suis obligé de donner les fonds de l'armée. Le Ministre, qui connaissait le mouvement de troupes de Dijon à Genève, devait au moins donner des fonds à l'administration pour assurer le service sur cette partie. Votre aide de camp Merlin arrive à l'instant et m'annonce 600,000 francs (104).

Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée, au Ministre de la guerre.

Dijon, le 11 floréal an 8 (1er mai 1800).

Citoyen Ministre,

Je vous adresse le tableau de la nouvelle formation de l'armée (105).

Le quartier général part demain pour Genève; les administrations partent aujourd'hui pour s'y rendre. Le général Vignolle restera ici pour achever le travail de l'incorporation des conscrits et pourvoir aux besoins des troupes dont la marche est annoncée. {p.234}

Le service des étapes, dans les 18e et 6e divisions militaires (106), étant presque entièrement interrompu, il en résulte les inconvénients les plus graves et les troupes marchent sans avoir leurs subsistances assurées. Les habitants ont été, sur plusieurs points, obligés de les nourrir.

Lorsque toute l'armée sera réunie à Genève et dans les environs, les vivres éprouveront beaucoup de difficultés, et cette considération a déterminé le départ du général en chef, ainsi que je vous l'ai mandé dans une autre lettre. Nous ne pouvons nous reposer avec confiance que sur les mesures que vous prendrez. L'argent qui était destiné à la solde se trouve consacré, par l'empire des besoins, aux subsistances, auxquelles il faut pourvoir avant tout.

Des ordres ont été donnés pour faire rassembler à Genève toutes les cartouches et munitions de guerre qu'on pourra tirer des places des 7e et 19e divisions militaires (107). Ces ressources seront extrêmement faibles, et il est à craindre que les opérations de l'armée ne soient retardées par le défaut de ses moyens de combat. Je désirerais que nous fussions en état d'agir du 18 au 20. Nous sommes impatients d'aller au secours de l'armée d'Italie.

Le mouvement que nous faisons sur Genève a déjà été utile au général Masséna, car le général Watrin annonce que l'ennemi a un corps de 12 à 15,000 hommes qui observe les passages du Valais en Italie.

Il devient chaque jour plus important que l'armée du Rhin nous fournisse les 15,000 hommes que nous avons demandés.

Depuis plusieurs jours, nous n'avons pas de nouvelles du général Moreau; il paraît que l'ennemi lui a cédé tous les passages de la Forêt-Noire.

Salut et inviolable attachement.

DUPONT.

Joachim Murat, lieutenant général, au général Bonaparte, Premier Consul de la République (108).

Dijon, le 11 floréal an 8 (1er mai 1800).

J'ai passé hier, mon Général, le 7e régiment de chasseurs à cheval en revue; je l'ai trouvé dans un état pitoyable. Il est sans armes, sans chevaux; ses magasins sont vuides; ses meilleurs chasseurs, au nombre de 250, sont employés à la levée des 40,000 chevaux; il n'a que des conscrits; il ne peut strictement mettre que 140 hommes en campagne; encore seront-ils nuds et mal armés.

Je n'ai pas été étonné de trouver ce régiment dans cet état; le chef de brigade est en congé à Aire, département du Pas-de-Calais, et les deux chef d'escadron sont rentrés depuis quinze jours au corps; ils étaient aussi employés à la levée des chevaux. J'ai demandé des renseignements aux officiers du corps sur le compte du chef de brigade; ils m'ont tous répondu que si je trouvais le {p.235} corps en un aussi mauvais état, c'était la faute du chef, qui ne s'était donné aucun mouvement pour réorganiser ce régiment, depuis onze mois qu'il était dans l'intérieur.

Ce chef de brigade est dans le cas d'avoir sa retraite; il a déclaré ne vouloir plus faire la guerre.

Je vous demande, mon Général, si vous voulez encore tirer parti de ce régiment, d'y nommer un autre chef de brigade; les deux chef d'escadrons et le corps d'officiers me l'ont demandé. J'en ai rendu compte au général en chef Berthier; mais, craignant que ses grandes occupations ne lui fassent oublier ce qui n'est que détail, je me fais un devoir de vous mettre sous les yeux l'état de ce corps. Je vous désigne le chef d'escadron Cavaignac, à qui vous avez promis le premier régiment vacant. Je vous répond que, par sa bravoure, son zèle et son autorité, il répondra à l'opinion que je vous donne de lui.

Les magasins sont, ici, vuides; je n'en puis rien tirer pour la cavalerie. On craint que l'armée ne souffre à Genève, aucun service n'y étant assuré. Ce n'est pas la faute du général Berthier, qui se donne pour cela tous les mouvements possibles; mais il y a de la mauvaise foi de la part des fournisseurs.

Venez vite, mon Général, votre présence fera disparaître toutes les difficultés; c'est un besoin pour l'armée de vous voir; votre présence nous amènera la gaîté, la confiance, la victoire et la paix.

Comptez sur mon attachement inviolable.

J. MURAT.

J'ai dans ce moment à cheval, propres à faire la guerre, 2,900 hommes. Le 12e régiment d'hussards part le 12 de Dôle, pour se rendre à Orbe, où il arrivera le 17.

Le 21e de chasseurs à cheval part aussi de Pontaillier et arrivera le 18 à Orbe. Le général Rivaud commande cette brigade, qui restera à Orbe jusqu'à nouvel ordre. On prend cette route, parce que c'est elle qui nous fournira le plus de moyens en fourrage.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 12 floréal an 8 (2 mai 1800).

Je vous envoie l'extrait de deux lettres (109) que je reçois du Ministre de la guerre; j'ai souligné plusieurs phrases: mieux que moi, vous pourrez les juger.

Je joins ici la réponse (110) que je fais au Ministre relativement à l'article des vivres; comme je ne veux rien faire qui puisse vous déplaire, je vous l'adresse.

Je fais l'impossible et j'espère qu'au milieu des difficultés dont j'ai diminué le nombre, tant par l'autorité dont j'ai usé {p.236} que par les fonds que vous m'avez fait passer, je serai prêt du 20 au 25.

Je joins ici une lettre du général Dessolle (111); vous verrez que le général Moreau veut déjà appeler à lui le général Moncey avec toutes les troupes qui sont à ses ordres et faire de l'armée de réserve une armée destinée à garder l'Helvétie. Vous trouverez copie de la lettre de votre aide de camp (112) ; je fais filer 6,000 fusils sur Genève, où il y a plus de 5,000 hommes à armer qui n'ont pu en recevoir à Chalon. Les demi-brigades venant de l'ouest sont armées de fusils de Chouans dont la plus grande partie est hors d'état de servir.

Je pars dans la nuit pour Genève; je passerai par Chalon et Bourg où je verrai la légion italique et les dépôts d'Orient. Je serai le 14 au soir à Genève.

Haller, auquel j'avais écrit, me mande qu'il n'a aucun crédit et qu'il a à peine ce qui est nécessaire à ses propres besoins.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 12 floréal an 8 (2 mai 1800).

Je l'avais prévu, citoyen consul, il n'y a aucun approvisionnement fait à Genève pour la subsistance de l'armée (113).

On n'a rien fait pour assurer les étapes sur la route de Dijon à Genève. Je diminue le mal en employant une partie de l'argent qu'il serait si précieux de conserver pour les autres dépenses nécessaires aux mouvements de l'armée.

Le Ministre n'a rien prévu de ce qui devait seconder vos dispositions. Je fais tout de mes propres moyens.

Je vous envoie:

1° Le tableau de la marche des troupes à cheval (114). {p.237}

2° Une lettre du général Dessolle, qui vous prouvera que non seulement le général Moreau n'est pas dans l'intention de nous envoyer des renforts, mais qu'il voudrait que je garde la Suisse pour appeler à lui le général Moncey et ses troupes (115).

3° Une lettre de votre aide de camp Lauriston (116).

Je pars cette nuit pour Chalon, Bourg et Genève, où je serai le 14 dans la matinée (117).

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

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  1. Le Premier Consul n'apprit officiellement l'offensive de Mélas que le 25 ou le 26 avril, en recevant les lettres écrites par Suchet le 16 avril et Oudinot les 17 et 19. V. p. 214. {p.178}
  2. Comparer ce texte du Premier Consul à l'ordre donné par le Ministre à Berthier. V. p. 180.
  3. Le Premier Consul écrivait lui-même une lettre pressante au général Moreau:

    « . . . . . Ayez le plus tôt possible un avantage, afin de pouvoir, par une diversion quelconque, favoriser les Opérations d'Italie. Tous les jours de retard seraient extrêmement funestes pour nous. » (Corr. de Napoléon, n° 4730.) {p.179}

  4. Correspondance de Napoléon, n° 4728.
  5. La minute est de la main de Carnot.
  6. Lettre du 19 germinal (9 avril). {p.180}
  7. Ces deux lettres de Carnot, adressées à Berthier et à Dupont, arrivent à Dijon le 25 avril, vers 10 heures du soir.
  8. La minute est de la main de Carnot, {p.181}
  9. Voir p. 184.
  10. Voir p. 182.
  11. Milieu de mai. {p.182}
  12. Il s'agit sans doute de la lettre du Ministre du 24 avril, dont Berthier reproduit les termes. V. p, 179.
  13. Voir cette lettre à la fin du chapitre précédent, p. 174.
  14. Il semble que ce soit cependant l'aide de camp Du Taillis qui porta la lettre de Berthier, à en juger par la réponse du Premier Consul, le 27 avril. V. p. 216. {p.183}
  15. V. p. 180. {p.184}
  16. Cette lettre n'est pas datée; il semble évident qu'elle est écrite dans la matinée du 26 avril.
  17. Quand Dupont écrit « ce matin », à 2 heures de la nuit, il faut songer que, presque {p.185} certainement, il n'a pas dû se coucher, puisque l'ordre du Ministre est arrivé entre 9 et 11 heures du soir, qu'on a dû expédier les réponses au Ministre et au Premier Consul et envoyer d'urgence les ordres aux troupes.

    « Ce matin » veut donc dire le 25 au matin, et le contexte prouve que les lettres visées sont bien celles envoyées dans la matinée du 25. V. p, 165 à 170.

  18. 2 au 5 mai – La division Watrin, en effet, aurait pu atteindre le Grand-Saint-Bernard du 2 au 5 mai, puisqu'elle arrivait à Genève les 29 avril et 1er mai (228 et 408), et à Lausanne les 28 et 30 avril (6e légère). {p.186}
  19. Berthier n'avait pas encore reçu la lettre du Premier Consul du 24 avril.
  20. Voir les lettres de Dupont à Clarke, p. 199 et de Dupont au Ministre, p. 191.
  21. Les ordres de Dupont n'ont pas été retrouvés. {p.187}
  22. La 43e était cantonnée à Gevrey, à 11 kilomètres de Dijon.

    Berthier écrivait à Dupont, le 25 avril:

    « Je vous prie de prévenir que, vu le mauvais temps, je ne passerai pas aujourd'hui la revue de la 43e demi-brigade. Cette revue est remise à demain. »

    On lisait dans l'ordre du jour du 27:

    « Le général en chef a passé en revue la 43e demi-brigade et l'a vu manoeuvrer dans la plaine de Perrigny; il a été très satisfait de sa tenue militaire et de son instruction. »

    Perrigny est à 6 kilomètres de Dijon, sur la route de Gevrey.

  23. Lisez 24e légère.
  24. En effet, le 7 floréal (27 avril), la 24e légère faisait étape à Dijon. Berthier écrivait à Dupont:

    « Comme il pleut aujourd'hui et que la 24e sera pressée d'entrer dans ses logements, je la verrai demain matin à son départ. »

  25. Voir à l'Annexe n°12, le tableau de marche qui a été suivi en tous points, sauf pour les 58e et 60e, qui reçurent contre-ordre en route. V. p. 206. {p.188}
  26. Voir p. 200, la lettre de Dubreton répondant à Berthier, le 27 avril.
  27. D'après un règlement de compte des subsistances militaires du 28 novembre 1800 (Archives nationales, AF, IV, 1174), la 96e demi-brigade, quittant Dijon le 30 avril, y touche, avant de partir, des vivres jusqu'au 3 mai inclus, et la 24e légère, partant d'Issur-Tille, le 27 avril, y prend des vivres jusqu'au 30 inclus.

    Ces deux demi-brigades se mettent donc en route avec 4 jours de vivres.

    On peut admettre que cette mesure fut générale.

  28. Par l'ordre du jour du 27 avril, le chef de brigade Rigaud est nommé commandant du quartier général, « en remplacement de l'adjudant général Hulin, qui est employé à la division Watrin ».
  29. Le lendemain, 27 avril, Berthier revenait à l'idée du cantonnement et écrivait à Dupont:

    « S'il y a moyen de cantonner nos troupes dans les positions où elles ont ordre de se rendre sur le lac de Genève, je le désire, mon cher Général.

    « Chargez un adjudant général de prendre les devants pour s'en assurer; nous pourrions étendre nos cantonnements à une marche de distance par corps. »

    Et le même jour, dans une autre lettre à Dupont, il donnait le motif de ce changement:

    « . . . . . je désirerais cantonner l'armée sur le lac de Genève; nos soldats auront assez à souffrir dans la montagne. »

  30. Phrase soulignée par Berthier. Les termes de la lettre du Ministre ne sont pas reproduits textuellement. (V. p. 180.) {p.189}
  31. Voir p. 182, la lettre de Berthier au Premier Consul du 25 avril, 11 heures du soir.
  32. Les ordres suivants, donnés par Berthier à son chef d'état-major, le 27 avril, permettent de se faire une idée du dénuement dans lequel étaient les troupes qui se mettaient en marche vers Genève:

    Dijon, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

    « J'apprends à l'instant que la 59e, qui est en route pour Nyon, marche sans habits pour les conscrits et qu'il lui manque 800 fusils, Il est essentiel qu'elle attende les fusils à Dôle et que vous lui fassiez donner des fusils d'Auxonne. Ces dispositions sont très pressantes.

    Il est inutile d'envoyer à l'armée des troupes sans fusils et sans habits. Ces détails {p.190} regardent essentiellement l'état-major et les généraux de division. J'aime mieux qu'elle reste à Dôle deux jours, si cela est nécessaire, et qu'elle ait tout ce qui lui manque, »

    (La 59e partait ce jour-là, 27 avril, de Mirebeau, et faisait étape le 27 à Gray, le 28 à Pesmes, le 29 à Dôle.)

    « Je vous prie de donner des ordres au général Marmont pour que, sur les 1000 fusils qui sont à Auxonne, il en fasse donner 500 à la 96e demi-brigade et ce qui peut être nécessaire à la 58e, qui en demande.

    « Ces fusils sont sans baïonnettes; vous en préviendrez les corps et vous leur direz qu'on leur en fera passer aussitôt qu'il en sera arrivé. »

    « Si la 58e et la 60e demi-brigades, citoyen Général, ont des conscrits qui ne soient ni armés ni habillés, il faut qu'avec le dépôt du corps, ils viennent à Dijon, où, après avoir reçu ce qui leur est nécessaire, ils rejoindront leur demi-brigade. »

    (Les 400 conscrits de la 58e rejoignaient leur demi-brigade, avec un jour seulement de retard, et arrivaient à Nyon le 8 mai avec la 60e.)

    « . . . . . Écrivez à l'ordonnateur pour qu'il nous fasse faire le plus de souliers qu'il pourra, soit à Genève, soit à Lausanne et autres pays environnants. Vous sentez combien cet objet est important, car nos troupes, en arrivant à Genève, auront besoin d'un grand nombre de souliers.

    « Je vous salue.

    « Alex. BERTHIER. » {p.191}

  33. En marge de cette phrase, Carnot écrit au crayon: « Le Premier Consul n'a pas approuvé cette distraction de 15,000 hommes, »

    Et le 30 avril, il donne l'ordre suivant: « Écrire aux généraux Berthier et Dupont, que l'armée du Rhin ayant commencé ses opérations, il n'en faut pas compromettre le succès en retirant sur-le-champ 15,000 hommes; que le général Lecourbe doit passer, aujourd'hui 10, le Rhin; que ce serait l'exposer à être battu partout que de changer sa destination avant d'avoir assuré la position de l'armée du Rhin; qu'il faut s'en tenir aux arrangements faits entre les généraux Berthier et Moreau, accélérer autant que possible la marche des colonnes de l'armée de réserve . . . . . » {p.192}

  34. Cette lettre, portée par Lebrun, ainsi que la lettre du Premier Consul à Berthier du 25 (V. p. 175), est partie de Paris le 25 au soir seulement, et est arrivée dans la matinée du 27 à Dijon, tandis que les lettres du même jour, écrites par Carnot à Berthier et à Dupont, ont dû partir le 24 au matin et sont arrivées le 25 avril à 10 heures du soir,
  35. 6 avril.
  36. C'est la garnison de la citadelle dont le Premier Consul veut parler. Voir Corr. de Napoléon, n° 4730. {p.193}
  37. Le Premier Consul recevait, sans doute le lendemain, la lettre d'Oudinot du 27 germinal. Voir p. 214.
  38. Un service de renseignements était organisé à l'armée de réserve ; le 20 avril, Berthier écrivait à Dupont:

    « Je vous prie de faire expédier au citoyen Celentony une commission d'agent employé près de moi pour la partie secrète en Italie. Il jouira d'un traitement de quatre cents livres par mois, que je lui ferai payer sur les fonds affectés aux dépenses secrètes de l'armée, » {p.194}

  39. Correspondance de Napoléon, n° 4729. {p.195}
  40. Voir lettre du 4 ci-dessus, p. 192, et lettre du 5 au chapitre précédent, p. 175. L'arrivée simultanée des deux lettres du Premier Consul prouve que Berthier n'avait rien reçu du Premier Consul le 26 et qu'il a prescrit le mouvement sur Lausanne, n'ayant comme guide que les deux lettres contradictoires de Carnot.
  41. Ces lettres sont:

    Lettre du général Suchet au général Franceschi, sous-chef de l'état-major général à Marseille, écrite de Loano le 8 avril;

    Extrait d'une lettre du commissaire des guerres Lavite au général de brigade Vignolle, écrite de Nice le 13 avril;

    Extrait d'une lettre du chef de bataillon Charrières au général de brigade Vignolle, écrite de Marseille le 16 avril;

    Extrait d'une lettre du général de brigade Franceschi au général de brigade Vignolle, écrite de Marseille le 19 avril.

    Ce sont des récits des combats des 6 et 7 avril à Saint-Jacques et Savone.

  42. Cette reconnaissance n'est ni signée, ni datée. Le passage le plus intéressant est relatif au fort de Bard; voir chap. X. {p.196} {p.197}
  43. Sans doute une lettre du 24 avril, publiée dans Mathieu Dumas, t. IV, p. 217. {p.198} {p.199}
  44. Clarke (Henry-Jacques-Guillaume), né à Landrecies le 17 octobre 1765, avait été cadet le 17 septembre 1781, sous-lieutenant au 88e régiment ci-devant Berwick le 11 novembre 1782, lieutenant cornette blanc dans le 5e régiment de hussards avec rang de capitaine le 5 septembre 1784, capitaine de remplacement au 16e régiment de dragons le 11 juillet 1790, chef d'escadron ci-devant lieutenant-colonel au 2e régiment de cavalerie le 5 février 1792, général de brigade provisoire le 19 mai 1793, confirmé dans ce grade le 1er mars 1795, et général de division le 7 décembre 1795.

    Il était en 1800 chef du cabinet topographique du Premier Consul.

    Il fut comte d'Hunebourg le 24 avril 1808, duc de Feltre le 15 août 1809, Ministre de la guerre de 1807 à 1814, de nouveau Ministre le 11 mars 1815, puis une troisième fois de 1815 à 1817 et maréchal de France le 3 juillet 1816.

  45. Nuit du 5 au 6 floréal (25 au 26 avril). Voir p. 184 la lettre de Dupont au Ministre le 26 avril à 2 heures du matin. {p.200}
  46. Ces ordres n'ont pas été retrouvés. Ils étaient évidemment la paraphrase de la dernière partie de l'ordre donné par Berthier à Dupont le 26 avril pour la mise en marche de l'armée vers Genève; voir page 186. {p.201}
  47. Cette lettre arrive à Dijon dans la matinée du 28.
  48. La première lettre du 25 avril, écrite dans la matinée; voir p. 165. {p.202} {p.203}
  49. Un ordre analogue était donné le même jour à la 13e légère, à un détachement de la garde, à deux escadrons du 5e de dragons, à un escadron du 1er de hussards, du 1er de cavalerie et du 5e de cavalerie, et à « tous les transports d'artillerie qui partent pour l'armée de réserve, même à ceux qui sont partis ce matin. » (Le Premier Consul au Ministre, 26 avril.) {p.204} {p.205}
  50. Lisez: armée d'Orient.
  51. Ces deux dernières lignes sont de la main du Premier Consul.
  52. Correspondance de Napoléon, n° 4732,
  53. Cette lettre est écrite de la main de Berthier. A côté de l'adresse: « Au Consul Bonaparte » il ajoute: « pour une bonne nouvelle ». {p.206}
  54. Cette lettre, adressée à Lambert, était écrite le 23 avril de Marseille par un de ses amis (signature illisible). Les nouvelles, qu'elle donnait, dataient du 17 avril; elles étaient fort optimistes Masséna a repris l'offensive, a fait 8,000 prisonniers; Suchet en a pris 2,000 et a occupé Saint-Jacques; Mélas, cerné à Savene, va être forcé d'évacuer la rivière du Ponent.

    Dupont écrivait au Ministre pour annoncer la même nouvelle et disait « Masséna a rétabli ses communications dans la rivière du Ponent ».

    En réalité, malgré une série de combats heureux, Masséna n'avait pu rejoindre Suchet et était définitivement bloqué dans Gênes.

  55. Cette expression si tendre nu se retrouve dans aucune autre lettre de Berthier.
  56. Ces deux demi-brigades, composant la division Leison, devaient aller à Pontarlier. Leur destination est modifiée au reçu de la lettre du Premier Consul du 26 avril, laquelle prescrit d'avoir le 15 floréal à Genève e les quatre premières divisions ».
  57. 8 floréal (28 avril).

    Ordre à la 58e demi-brigade.

    Il est ordonné à la 58e demi-brigade de bataille, qui doit arriver le 9 floréal à Gray, de séjourner le 10 dans cette commune et d'en partir le 11 pour se rendre le même jour à Pesme; le 12, à Dôle; le 13, à Scellières; le 14, à Lons-le-Saulnier; le 15, à Clairvaux; le 16, à Saint-Lupiein; et le 17, à Nyon, où elle demeurera jusqu'à nouvel ordre.

    Ordre à la 60e demi-brigade.

    Il est ordonné à la 60e demi-brigade de bataille qui doit arriver le Il floréal à Gray, de partir de cette commune le 12 pour se rendre le même jour à Pesme; le 13, à Dôle; le 14, à Scellières; le 15, à Lons-le-Saulnier; le 16, à Clairvaux; le 17, à Saint-Lupicin; le 18, à Nyon, où elle demeurera jusqu'à nouvel ordre.

    DUPONT, {p.207} {p.208}

  58. Le Premier Consul avait demandé le retour pour le 15 floréal (5 mai), Marescot fut exact et arriva le 6 mai à Genève, ayant fait sa reconnaissance avec une très grande rapidité. {p.209} {p.210} {p.211}
  59. Tourné, dont on a vu l'importante reconnaissance du Valais, p. 99 à 108, était né en 1772. Volontaire au 11e bataillon de Paris en août 1793, réformé pour cause de maladie en novembre 1795, rentré sergent-major en juillet 1799, il fut sous-lieutenant un mois après et devint aide de camp du général Clarke.

    Devenu capitaine au 6e régiment de hussards, il mourut le 3 mai 1802. {p.212}

  60. Le million n'avait pas pu être complété, Le convoi de plomb était réduit de cent mille livres à trente mille.

    Merlin écrivait de Sens au Premier Consul, le 29 avril (9 floréal)

    Général,

    Je puis vous donner l'assurance la plus positive, que, le 15 de ce mois, dans le courant de la journée, les 692,000 et quelques cents francs que j'ai fait partir de la Trésorerie nationale arriveront à Dijon.

    J'ai conféré avec tous les préfets et sous-préfets que j'ai trouvés depuis Paris, pour faire fournir une escorte suffisante pour mettre cette somme à l'abri de tout danger. J'ai obtenu jusqu'à présent les résultats les plus satisfaisants.

    Je ne crois pas que les 30 milliers de plomb, puissent être à Dijon avant le 18 ou le 19. La difficulté de trouver des chevaux en assez grand nombre pour traîner une masse aussi forte sera la cause de ce retard. Néanmoins les préfets et sous-préfets m'ont promis d'apporter également le plus grand zèle à cet objet, dont je leur ai fait sentir l'importance.

    Je compte, mon général, arriver demain soir à Dijon,

    Salut et respect,

    MERLIN.

  61. Correspondance de Napoléon, n° 4736.
  62. Lauriston était à Dijon; il reçut cet ordre le 28 avril dans la soirée et partit de suite (V, Lettre de Berthier au Premier Consul, 28 avril, 11 heures du soir, p. 217).

    Le 1er mai il rendait compte de sa mission.

    Lauriston, au général Berthier, commandant en chef de l'armée de réserve.

    Lyon, le 11 floréal an 8 (1er mai 1800),

    Citoyen Général,

    Je viens de voir le commissaire ordonnateur Lambert, qui active singulièrement la partie dont il est chargé. Vous avez dû voir par les états de situation, qu'il vous a envoyés ou au {p.213} commissaire ordonnateur Dubreton, à quel point il en est. D'après sa manière de travailler, on zèle, ses connaissances, et les grandes ressources que l'on peut trouver en tout genre à Lyon, il est bien essentiel, général, de ne pas le laisser manquer d'argent; il peut tout faire ici.

    Le départ du courrier me presse trop pour pouvoir vous donner aujourd'hui beaucoup de détails. Je vous dirai seulement que j'ai arrêté ici 3,600 à 4,000 fusils qui étaient destinés pour Auxonne; je les fais partir à marche forcée peur Genève. Ils cent adressés au citoyen Guériot, commandant d'artillerie à Genève, qui attendra vos ordres pour la distribution de ces fusils.

    Il en est déjà parti 5,000 qui doivent être à Chalon.

    La 6e demi-brigade légère est partie pour Lausanne et Genève; un reste de 378 hommes passe ici aujourd'hui. Ces hommes sont nu-pieds ainsi que les bataillons de ce corps déjà partis. Je crois, général, absolument nécessaire que vous donniez des ordres pour leur faire trouver à Genève des souliers et des chemises, d'autant plus que ce corps a manifesté à Lyon un esprit de mécontentement.

    Il passe beaucoup de troupes à Lyon; je crois nécessaire d'y établir un magasin de souliers de 20,000 paires pour fournir aux corps qui en ont un pressant besoin. La paire reviendra à 3 fr. 60. Il y a dans la caisse du receveur un fonds considérable provenant du rachat des conscrits; si vous pouviez obtenir du Consul quelques fonds pour ces objets particuliers, tout s'activerait promptement.

    J'écris au général Marmont, par un autre courrier, des détails sur l'artillerie; il vous communiquera ma lettre.

    Salut et respect.

    Alex. LAURISTON.

  63. Correspondance de Napoléon, n° 4737.
  64. Lefebvre Desnoëttes (Charles), né le 14 septembre 1773, chasseur dans la garde nationale parisienne, le 1er décembre 1789, sous-lieutenant au 5e régiment de dragons, le 15 février 1792, capitaine le Il juillet 1798, aide de camp du Premier Consul le 1er février 1800.

    Il devint chef d'escadron à la garde des Consuls le 28 juillet 1800, général de brigade {p.214} le 19 septembre 1806, général de division le 28 avril 1808 et comte de l'Empire le 19 mars 1808.

    Colonel du corps royal des chasseurs à cheval de France et chevalier de Saint-Louis sous la première Restauration, pair de France pendant les Cent-Jours, il fut condamné à mort par contumace en 1816.

    Il mourut dans un naufrage sur les côtes d'Irlande le 22 avril 1822.

  65. Lefebvre était le lendemain 28 avril à Châlons-sur-Marne, d'où il écrivait au Premier Consul:

    « L'on s'est trompé lorsque l'on vous a annoncé qu'il y avait ici 6,000 fusils, Il ne s'y on trouve que 1733 en état de service et 705 à réparer . . . . . ».

    Les uns et les autres étaient envoyés à Dijon avec les 6 forges. Le préposé des transports s'engageait à conduire le convoi en trois jours à Dijon (Lefebvre au Premier Consul, 28 avril).

  66. Correspondance de Napoléon, n° 4735,
  67. Cette lettre, qui arrive sans doute à Paris le 25, 26 ou 27 avril, apporte au Premier Consul la première nouvelle officielle de l'offensive de Mélas, A la même époque, il reçoit deux lettres une de Suchet du 16 avril, une d'Oudinot du 19, qui, à quelques détails près, relatent les mêmes événements que celle d'Oudinot du 17; ces deux lettres sont publiées dans le Moniteur du 7 floréal an 8 (27 avril 1800). {p.215} {p.216}

  68. Lettre reçue à Dijon le 28, à 3 heures du soir.
  69. Apportant les deux lettres de Berthier du 25 avril, écrites à 9 heures du soir et 11 heures du soir. (V. p. l74, et p. 182 )
  70. Le 24 avril, le Premier Consul hésitait entre le Simplon et le Grand-Saint-Bernard. (V. p. 193.) {p.217}
  71. Correspondance de Napoléon, n° 4738,
  72. Cette lettre de Berthier est datée du 7; le seul rapprochement des heures, 4 heures et 11 heures du soir, montre qu'il y a eu lapsus et que la lettre est du 8 floréal (28 avril). {p.218}
  73. V. p. 212.
  74. Correspondance de Napoléon, n° 4739. {p.219}
  75. La date de cette lettre et de la suivante, 27 avril, minuit, doit s'entendre de la nuit du 27 au 28, d'après la première phrase de la lettre précédente du Premier Consul à Marmont.
  76. Le Premier Consul vient de les recevoir de son aide de camp Duroc, avec la note suivante:

    « Je viens d'apporter deux moules à balles, les seuls qui soient à Paris.

    « Les commissaires des transports me lent dire que les cartouches, dont je vous ai parlé, ne sent pas arrivées, mais qu'elles ne tarderont pas.

    « DUROC. »

    C'est sur la lettre même de Duroc que le Premier Consul écrit la minute de cette lettre à Berthier. Cet autographe existe aux Archives nationales, et est d'autant plus précieux, que le Premier Consul n'écrivait presque jamais lui-même.

  77. Correspondance de Napoléon, n° 4740.
  78. Minuit, nuit du 27 au 28.
  79. Lettre précédente. {p.220}
  80. Correspondance de Napoléon, n° 4741. {p.221}
  81. Mont-Dauphin. {p.222}
  82. Ces quatre pièces-étaient: lettre du préfet du Jura à Berthier ; arrêté du préfet du Jura réquisitionnant 6,000 francs au receveur général pour la nourriture des 22e et 40e de Bataille; arrêté du préfet du Jura affectant 303 francs, sur la somme précédente, à la fourniture de la viande à la 9e légère, à Clairvaux et Morez; procès-verbal de la saisie par force de 6,000 francs dans la caisse du receveur général du Jura.

    Le préfet se plaignait surtout de n'avoir pas été prévenu d'avance du passage des troupes:

    « Je n'ai appris l'arrivée des 6,000 hommes qu'au moment où ils sont venus dans le département du Jura; ils auraient, au moins, dû être annonces quand j'aurais des ressources pour les nourrir, je n'aurais pas pu en faire usage, n'étant pas prévenu d'avance. » {p.223}

  83. Cette lettre n'a pas été retrouvée. Elle était évidemment la reproduction des ordres de Berthier à Dupont du 26 avril. (v. p. 186.)

    A ce moment, deux bataillons de la 6e légère, partis de Lyon le 21 avril (V. p. 148, note 2, l'ordre de Berthier à Dupont), avaient dû arriver en six étapes à Genève, soit le 26, et, sur un ordre du 20 avril, en étaient repartis le 27 pour Vevey et Saint-Maurice.

    Le 3e bataillon de la 6e légère quittait Lyon le 28 avril seulement (V. p. 149, note 11, et rejoignait plus tard sa division.

    Les 22e et 40e de bataille, qui passaient les 28 et 30 avril à Gex, devaient arriver à Genève les 29 avril et 1er mai.

    Le général Watrin trouvait à Genève le général Chabran avec quatre bataillons de l'armée d'Orient. {p.224}

  84. La 22e arrivait ce jour même, 29 avril, à Genève. Cette lettre de Watrin semble écrite le matin, avant l'arrivée de cette demi-brigade. La seconde lettre de Watrin à Berthier, qui suit, a été écrite dans la journée, alors que la 22e était arrivée à Genève. {p.225}
  85. Le Général commandant l'aile gauche de l'armée d'Italie, au général de division Chabran.

    6 floréal an 8 (26 avril 1800).

    « Un mouvement général devant s'opérer sur toute la ligne de l'armée pour ouvrir la communication des trois divisions de droite avec le centre, qui est interceptée depuis le 16 du mois passé, je vous invite, Général, à faire arriver à marches forcées, dans la Maurienne, la colonne extraite de l'armée de réserve et dont la conduite vous est confiée. 1500 hommes, dans la position où nous nous trouvons, peuvent nous être d'un grand secours. Je vous préviens que j'ai donné l'ordre à la 6e demi-brigade d'infanterie légère, maintenant à Lyon, de se rendre sur-le-champ à Briançon.

    « Salut et amitié,

    « TURREAU. »

    Cette colonne de 1500 hommes n'alla pas en Maurienne; elle se dirigea, par la Tarentaise, vers le Petit-Saint-Bernard, et fut l'avant-garde de la division Chabran, qui pénétra en Italie par ce col.

  86. Cette lettre arrive au Ministre le 5 mai. {p.226}
  87. Cette réponse n'a pas été retrouvée.
  88. V. p. 188.
  89. Ces chiffres sont rectifiés le surlendemain par Marmont. V. p. 230. {p.227}
  90. C'est-à-dire l'itinéraire des troupes. V. Annexe n° 12.
  91. Correspondance de Napoléon, n° 4742. {p.228}
  92. La lettre du payeur n'a pas été retrouvée.
  93. Une de ces lettres n'a pas été retrouvée; l'autre est du préfet du Léman, d'Eymard, qui écrit de Genève, le 29 avril:

    « Les caisses publiques sont vides et, fussent-elles pleines, les ordres les plus impératifs me font un devoir sacré de: ne pas les violer. Mon crédit, comme préfet du département, est nul dans un pays ruiné par la stagnation de son commerce et par la ruine de ses manufactures, dans un pays où nous avons perdu toute confiance, parce qu'il est malheureusement vrai que nous y avons manqué à presque tous nos engagements. . . . .

    « . . . . . Je vous prie, citoyen Général, de donner des ordres pour qu'on paye le retour du courrier; j'ai fait les avances de l'aller à Dijon, et je les ai faites de ma poche, n'ayant aucun fond pour cet objet. » {p.229}

  94. Sous-entendu: de hussards. Voir la lettre précédente.
  95. Dupont fixait ainsi les étapes:
    12e de hussards (cantonné à Dôle).21e de chasseurs (cantonné à Pontaillier).
    2 mai. Mont-sous-Vaudrey. Dôle.
    3 mai. Salins. Mont-sous-Vaudrey.
    4 mai. Levier. Salins.
    5 mai. Pontarlier. Levier.
    6 mai. Jougne. Pontarlier.
    7 mai. Orbe. Jougne.
    8 mai. » Orbe.
  96. Voir p. 221.
  97. Cet état n'a pas été retrouvé.
  98. Renseignement qui concorde avec celui envoyé le 28 avril, de Châlons-sur-Marne, par Lefebvre-Desnoëttes. V. p. 214, note 1. {p.230}
  99. Voir cette situation à l'annexe n° 13.
  100. Genève semble un lapsus; lisez Dijon. {p.231}
  101. Le 2 mai, le général en chef prescrivait au chef d'état-major l'exécution des dispositions contenues dans cette lettre.

    Une mesure analogue était prise pour la cavalerie par Berthier, qui, le 30 avril, fixait l'emplacement des dépôts des régiments de cavalerie et l'envoyait à Murat, en le priant de « donner des ordres pour que les dépôts des régiments actuellement employés à l'armée de réserve, soient transférés de suite sur les points indiqués pour leur établissement, s'ils {p.232} ne s'y trouvent déjà placés, et pour que ceux qui arriveront successivement à Dijon se rendent également à leur destination ».

    Tableau de l'emplacement assigné à chacun des dépôts des régiments de troupes à cheval, employés à l'armée.

    DÉSIGNATION
    DES ARMES.
    NUMÉROS
    DES CORPS
    EMPLACEMENT
    DES DÉPÔTS.
    OBSERVATIONS.
     
    Hussards. 11eà Dôle. Le fonds de ce régiment et le dépôt arriveront le 24 floréal à Dijon.
    12e à Dôle.
     
    Chasseurs. 2e à Talmay.
    7e à Gray. Le régiment se trouve à Plombières.
    15e à Verdun-sur-Saône. Le fonds de ce régiment et le dépôt arriveront le 23 floréal à Dijon.
    21e à Auxerre.
     
    Dragons. 8e à Chalon-sur-Saône. Le dépôt est actuellement à Verdun (Meuse).
    9e à Saint-Jean-de-Losne. Le fonds de ce régiment et le dépôt arriveront le 22 floréal à Dijon.
     
    Cavalerie. 2e à Favernay.
    20e à Seurre.
     
    Hussards. 1er à Dôle.
    Dragons. 5e à Chalon-sur-Saône.
     
    Cavalerie. 1er à Pontarlier.
    3e à Pontarlier. Ce régiment arrivera le 24 floréal a Dijon.
  102. Nuit du 12 au 13. Voir les autres lettres sur le même sujet. {p.233}
  103. La plume du général en chef est parfois un peu mordante!

    Dans les Mémoires de Carnot, faite par son fils, on prétend, au contraire, sans d'ailleurs en donner de preuves, que Berthier « . . . . . avait laissé beaucoup à faire dans son administration. . . . . », et on parle de « l'état de désorganisation où se trouvait le Ministère ». Selon cet ouvrage, c'est au talent de Carnot que serait due l'organisation de l'armée de réserve. (Mémoires de Carnot, t. Il, p. 205 et 208.)

  104. 692,000 francs, qui arrivaient le 5 mai. V. lettre de Merlin, p. 212, note l;
  105. Voir aux Annexes, n° 13 ou 14. {p.234}
  106. La 18e division militaire comprenait: l'Aube, la Haute-Marne, l'Yonne, la Côte-d'Or, la Saône-et-Loire; la 6e: la Haute-Saône, le Doubs, le Jura et l'Ain.
  107. La 7e division militaire comprenait: le Léman, le Mont-Blanc, l'Isère, la Drôme, les Hautes-Alpes; la 19e, le Rhône, la Loire, la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme, le Cantal.
  108. La lettre étant écrite, non par un secrétaire, mais par Murat lui-même, on a respecté l'orthographe. {p.235}
  109. Sans doute, l'une des deux est celle du 30 avril.
  110. Cette réponse n'a pas été trouvée. {p.236}
  111. Voir la note 1 page suivante.
  112. Lettre de Lauriston, du 1er mai. v. p. 212, note 3.
  113. Une lettre du 2 mai, du commissaire ordonnateur Lambert, affirme le contraire.

    « . . . . . Vous trouverez à Genève la plus vive activité. On y dirige chaque jour, de Lyon et de Grenoble, des quantités de biscuit. » Voir chap. XII.

  114. Le tableau de la marche des troupes à cheval, annoncé par Berthier, n'a pas été {p.237} retrouvé; mais la situation du 9 mai (V. l'annexe n° 16) et quelques autres renseignements, permettent de le reconstituer avec de très grandes probabilités d'exactitude.

    Un ordre du 30 avril avait déjà dirigé sur Orbe le 12e de hussards, qui était à Dôle, et le 21e de chasseurs, cantonné à Pontaillier; et l'on a vu, p. 229, les étapes de ces deux régiments qui, d'Orbe, allèrent plus tard à Lausanne.

    Des neuf autres régiments établis dans la région de la Saône, un, le 7e de chasseurs, était jugé incapable de faire campagne et envoyé en Batavie.

    Les autres se dirigeaient sur le lac de Genève par deux routes, celle de Bourg et celle de Lons-le-Saunier.

    Les 15e de chasseurs, 8e et 9e de dragons et 20e de cavalerie s'échelonnaient, à un jour de distance, sur la route de Bourg, aboutissant à Carouge, près de Genève.

    Les 11e de hussards, 3e de cavalerie, de chasseurs et 2e de cavalerie prenaient la route de Lons-le-Saunier menant à Gex, sur laquelle ils suivaient, à une étape de distance, la garde, dernière fraction de l'infanterie.

    On trouvera, à l'annexe n° 15, un tableau qui indique, à un jour près, leurs itinéraires et pour lequel on a admis comme vraisemblable qu'ainsi que l'infanterie, la cavalerie avait marché, de Dijon vers le lac de Genève, sans faire de séjour.

  115. La lettre du général Dessolle, écrite à Lehingen le 30 avril, demandait, en effet, à Berthier de « relever le plus rapidement que vous pourrez les troupes du général Moncey dans le Valais », pour pouvoir porter Lecourbe sur Feldkirch et Moncey sur Mayenfeld, et « gagner ainsi une communication de plus avec l'Italie » (col du Splugen).
  116. Voir p. 212, note 3.
  117. La lettre précédente disait dans la soirée. En réalité, il arriva dans la nuit du 14 au 15 (4 au 5 mai).

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96