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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 1 Chapitre 4

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.121}

(PREMIÈRE PARTIE)
CHAPITRE IV
DÉPART DE L'AVANT-GARDE DE L'ARMÉE DE RÉSERVE

Offensive des Autrichiens en Italie. – Surprise du Mont-Cenis. – Renforts dirigés vers le Mont-Blanc. – Mouvements des divisions Chabran et Watrin. – Continuation de l'organisation de l'armée de réserve.

Les mouvements de l'armée de réserve étaient subordonnés aux opérations de l'armée du Rhin. Ils ne dépendaient pas moins de la situation de l'armée d'Italie, contre laquelle les Autrichiens prononçaient une vigoureuse offensive dans les premiers jours d'avril.

Les opérations de Mélas contre Masséna dans la rivière de Gênes n'étaient connues en France qu'à la fin du mois; mais on apprenait bientôt, à Dijon et à Paris, l'attaque dirigée par les Autrichiens sur le Mont-Cenis,

* * *

La situation de l'aile gauche de l'armée d'Italie était la suivante, le 20 ventôse an 8 (11 mars 1800) (1) :

TURREAU, général commandant.

LE CAT, chef de l'état-major général, adjudant général.

BARDENET, général de brigade, commandant l'artillerie.

VIRIVILLE, commissaire ordonnateur. {p.122}

9e division
(3,553 hommes).
Quartier général:
St-Jean-de-Maurienne (2).
Général divisionnaire.
Généraux de brigade. VALETTE.
BRENIER.
DAVIN.
 
Adjudants généraux. FLAVIGNY.
BLAMONT.
104ede ligne 2,300 hommes.
21e200
12e540
15e légère 350
Sapeurs 19
Artillerie légère 144
 
8 division
(4,332 hommes).
Quartier général:
Embrun (3).
Général divisionnaire.
Généraux de brigade. KISTER.
LIEBAULT.
RAOUL.
Adjudant général. PAULET.
26e de ligne 1,200 hommes.
80e 612
88e 548
107e 400
28e légère 1,150
Sapeurs 167
Artillerie à pied 212
légère 43

Dès le 4 avril, le préfet du Mont-Blanc (4) réclamait des renforts:

. . . . . J'apprends aujourd'hui que les postes du petit Mont-Cenis, de Bessan et du col de la Roue ne sont pas gardés: l'ennemi peut tourner nos postes par ces passages et faire prisonnier tout ce qui s'y trouve. . . . .

. . . . . Il importe non seulement de remplacer la 104e demi-brigade, mais encore de porter le nombre des troupes qui doivent défendre les vallées de Maurienne et Tarentaise à 4,000 hommes (5). . . . .

Le 7 avril, il exposait de nouveau ses craintes de voir {p.123} l'ennemi « porter, par des incursions, la mort et la désolation dans un département (6). »

Le lendemain, les événements lui donnaient raison.

Rapport des mouvements opérés dans le courant du mois de germinal par les 8e et 9e divisions formant l'aile gauche de l'armée d'Italie sous les ordres du général Turreau.

Embrun, le 1er floréal an 8 (21 avril 1800).

9e division (1682 hommes).

Le 11 germinal (7), le général de brigade Valette arriva à Saint-Jean-de-Maurienne, pour prendre le commandement de la 9e division, que commandait le général Kister. la 104e demi-brigade de ligne, qui formait la force majeure en Maurienne, avait reçu ordre de partir pour Gênes; elle passa le Galibier le 11 germinal, excepté deux compagnies détachées à Sallanches, qui n'étaient pas encore rejointes, lesquelles ont passé le 13, sans avoir perdu du monde; la première colonne y a laissé 7 hommes et 1 officier, qui ont péri dans les neiges, d'après les rapports particuliers.

Cette demi-brigade, forte de 2,500 hommes, a été remplacée par le bataillon de guerre de la 15e légère, fort de 145 hommes, officiers compris.

Le 14 germinal, le général Valette reçut ordre de faire partir pour Embrun une compagnie de sapeurs, seule troupe qui restait, avec la 15e légère, pour la garde du Mont-Cenis et des vallées, avec 60 canonniers sans armes.

Le 16 au matin, le général Valette reçut l'ordre impératif de faire partir la 15e légère sans aucun retard, la faisant passer par le Galibier, pour se rendre à Briançon; le général partit de suite pour se rendre à Lanslebourg, afin d'activer ce mouvement, lever les difficultés qui pourraient s'y présenter et prendre les mesures nécessaires pour mettre la garde nationale en activité, afin qu'elle fit le service jusqu'à l'arrivée des nouvelles troupes; il fit partir un officier en poste pour faire arriver de la Tarentaise, à marche forcée, la 21e demi-brigade de ligne et 150 hommes de la 12e.

Le 18 (8), jour fixé pour le, départ de la 15e, le Mont-Cenis fut attaqué.

L'ennemi arriva sur deux colonnes; sa force était de 15 à 1600 hommes. La plus forte colonne passa par le petit Mont-Cenis, tourna le lac et tomba avec impétuosité sur les derrières des postes. La deuxième colonne monta par la Novalèse. A quatre heures du matin, le Mont-Cenis fut emporté. Un détachement de 20 hommes de la 15e légère, commandé par un officier, qui avait escorté. . . . .(9) 564 prisonniers autrichiens qui avaient été rendus la veille, avait reçu ordre d'aller prendre poste au Mont-Cenis et était presque monté, lorsqu'il se trouva enveloppé par la colonne qui descendait sur Lanslebourg. {p.124} Cette colonne fondit ensuite sur ledit village et y arriva presque aussitôt que quelques traînards de la 15e légère qui lui étaient échappés, seul avertissement que nous eûmes de l'ennemi. Le peu d'hommes qui restaient à Lanslebourg n'eurent pas même le temps de se réunir et furent forcés de se retirer. L'ennemi nous poursuivait jusqu'à Termignon. Le soir, ne connaissant ni la force ni les intentions de l'ennemi, le général Davin prit position en avant du village de Saint-André; il ne restait plus qu'une soixantaine de combattants.

Le 19, on poussa une reconnaissance sur Lanslebourg; on ne put y entrer, étant occupé par des forces supérieures. Le 20, il arriva la 21e demi-brigade de ligne, forte de 140 hommes. Le 21, on reprit Lanslebourg. Le 23, arriva à Saint-Michel un détachement de la 12e de ligne, venant également de la Tarentaise; le 23, on monta vers le Mont-Cenis, on plaça un poste près la Ramasse.

Ledit jour, on reçut un détachement d'artillerie légère, une compagnie de sapeurs, avec un dépôt de la 25e légère, formant en tout 150 hommes, qui furent dirigés sur Lanslebourg; la 25e légère, composée d'hommes dont une partie attendait sa retraite, restèrent à Modane, pour fournir au poste du Charmet avec 15 préposés aux douanes.

Le 23, le Petit-Bernard fut attaqué à huit heures du soir. L'ennemi fut repoussé (10).

Le 25, arriva de Lyon à Saint-Michel un détachement de la 15e légère, fort de 180 hommes, qui fut de suite dirigé sur Lanslebourg.

Le 26, on s'empara du Mont-Cenis; l'ennemi se présenta au poste de la Grande-Croix et fut repoussé et poursuivi jusqu'à la plaine de Saint-Nicolas; l'ennemi eut 3 hommes blessés et l'officier commandant le détachement l'a été mortellement. Le général Valette s'était transporté à Lanslebourg ce jour-là et en repartit pour transporter son quartier général à Modane.

Les avant-postes de l'ennemi sont, dans ce moment, en avant de Venaus, village situé à une lieue au-dessus de Suze, où leurs principales forces sont concentrées. D'après plusieurs rapports, elles peuvent être d'environ 3,500 hommes. Leurs avant-postes, du côté de la vallée. d'Oulx, sont à Gravère, où ils ont plusieurs pièces de canon.

8e division (4,694 hommes).

Le 20 germinal, les troupes composant l'avant-garde, au nombre de 1200 hommes, se sont rassemblées à Fénil et en sont parties à huit heures du soir, pour aller attaquer l'ennemi, qui avait des postes en avant d'Exilles. Arrivées à Oulx, elles se sont partagées en deux colonnes; la première, forte de 400 hommes, en est partie deux heures avant la seconde pour gagner les hauteurs jusqu'à Ramasse et, de là, tomber sur Exilles pour s'en emparer.

La deuxième, forte de 800 hommes, a continué sa route deux heures après le départ de la première et est arrivée aux avant-postes de l'ennemi à cinq heures du matin. Il a été attaqué, et, après s'être battu pendant environ deux heures, les troupes se sont emparées d'Exilles; l'ennemi a perdu, dans cette affaire, environ 45 hommes tués ou blessés et 30 prisonniers; il n'y a eu, de notre côté, que 3 blessés.

{p.125} Le soir, sur les cinq heures, l'ennemi, fort d'environ 2,400 hommes, est venu attaquer nos troupes dans les positions qu'elles avaient prises à Exilles et les a contraintes de les abandonner pour un instant; mais il a été de nouveau attaqué et obligé, après trois heures de combat, de se retirer; il a perdu, dans cette seconde affaire, 50 à 60 tués ou blessés et 90 prisonniers; nous n'avons eu que 7 blessés et 2 prisonniers pris en poursuivant l'ennemi.

Le 22, nous nous sommes retirés d'Exilles, n'ayant point assez de force pour soutenir ce poste, et avons pris position à Oulx, où nous avons (sic) resté jusqu'au 24 et, de là, sur les anciennes positions, à Fénil.

Dans le nombre de nos blessés, se trouve l'adjudant général Blamont, qui commandait l'avant-garde, et s'est comporté avec la plus grande bravoure et a été blessé à la tête de la colonne, au pont d'Exilles, lorsque l'ennemi lui en disputait le passage.

Le citoyen Pracfke, chef de bataillon de la 28e demi-brigade légère, a été également blessé au même passage, et s'est, de même, parfaitement distingué. Le citoyen Capue, capitaine au même corps, a montré le plus grand courage.

La 28e légère, qui commandait cette avant-garde, s'est battue avec la plus grande intrépidité, et on ne saurait lui donner trop d'éloges de la conduite qu'elle a tenue dans cette affaire.

Le 26, l'ennemi a attaqué à dix heures du matin, avec 2 pièces de canon, les avant-postes de Fenestrelles, placés entre le Villaret et Mentoulles; les tirailleurs républicains ont repoussé ceux de l'ennemi et, par ce moyen, les 2 pièces se sont repliées sur Villaret; la force de l'ennemi était de 400 hommes.

Le soir, entre cinq et six heures, l'ennemi, renforcé de 600 hommes du régiment de Rohan et de 60 hussards, a fait une seconde attaque, encore avec ses 2 pièces de canon. Nos postes, obligés de céder à la force supérieure, se sont repliés sur la place; encouragés par le feu des forts, 150 républicains, au plus, de la 26e de bataille, ont repoussé l'ennemi jusqu'à Villaret. Nous n'avons eu, dans cette affaire, que 3 hommes blessés; l'ennemi a perdu 12 morts, plus de 60 blessés et 4 prisonniers.

Le 27, les avant-postes ont détaché des patrouilles qui se sont fusillées respectivement et l'ennemi est toujours retourné à ses anciennes positions.

Valette (11), général de brigade au Ministre de la guerre.

Modane, le 10 floréal an 8 (30 avril 1800).

Citoyen Ministre,

Je reçois aujourd'hui, 9 floréal, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire à la date du 27 germinal dernier; je m'empresse de vous faire le {p.126} rapport que vous me demandez, en le faisant remonter à l'époque de mon arrivée au quartier général de la 9e division de l'armée.

Le 11 germinal, j'arrivai à Saint-Jean-de-Maurienne pour prendre le commandement de la 9e division active. La 104e demi-brigade de ligne, qui occupait la Maurienne, forte d'environ 2,500 hommes, avait reçu l'ordre d'en partir sans le moindre retard, pour se rendre à marche forcée à l'aile droite de l'armée, en passant par le Galibier, Briançon, etc. Ce mouvement s'opéra le 11 et le 13, malgré les difficultés du passage, qui étaient telles, qu'il y périt 2 officiers et 11 soldats.

Il n'est pas inutile d'observer ici que le général Kister, que je remplaçais, avait conçu les plus vives inquiétudes au départ de la 104e demi-brigade, et qu'il avait témoigné, en présence de quelques personnes, son impatience de me voir arriver, en disant: « Si le Mont-Cenis doit être pris, je ne veux pas que ce soit pendant que je commande la division. »

Il ne restait plus, pour garder le Mont-Cenis et les différents cols aboutissant du Piémont dans la Maurienne, que 223 hommes de la 15e demi-brigade d'infanterie légère; 152 étaient placés sur le Mont-Cenis avec 53 canonniers sans armes (12).

Effrayé de ce dénuement, j'en écrivis de suite au général Turreau, en lui observant que l'ennemi n'attaquerait probablement pas le Mont-Cenis de front; mais que, surmontant les difficultés de la saison, il pouvait le tourner, enlever les hommes, piller les magasins, détruire les ouvrages, emmener notre artillerie et se retirer de suite; car je prévoyais bien qu'il ne s'y établirait pas. Malheureusement, mes prévisions se sont vérifiées, et, avec elles, celles du général Kister, et de tous ceux qui connaissaient notre dénuement et qui savaient combien l'ennemi était exactement servi par ses espions.

J'ordonnai sur-le-champ à la 21e demi-brigade, placée en Tarentaise, forte de 123 hommes, de se rendre, en doublant les marches, à Saint-Jean-de-Maurienne; elle ne put y arriver que le 18.

J'avais reçu le 16, à neuf heures du matin, un ordre du chef de l'état-major de l'aile gauche, pour faire partir, sans le moindre délai, la 15e demi-brigade; j'en joins ici la copie certifiée conforme. Ce départ devenait pour moi un nouveau sujet d'inquiétudes; mais présumant que ce mouvement tenait à quelques opérations du général Turreau, que j'imaginais vouloir fixer sur lui l'attention de l'ennemi, et mettant tout mon devoir à obéir, je donnai au général Brenier, commandant en Tarentaise, l'ordre de m'envoyer 150 hommes de la 12e demi-brigade de ligne.

J'écrivis en même temps à l'adjudant général Boyer, commandant à Chambéry, qu'il me fit passer au moins 100 hommes; je me bornais à ce nombre, parce que je savais qu'il n'y avait que très peu de troupes dans cette place, et je fis, d'autre part, une circulaire très pressante à toutes les administrations de la Maurienne, pour qu'elles eussent à mettre sur pied la garde nationale, en leur disant, pour ne point semer l'épouvante, que des opérations militaires exigeaient le déplacement momentané de la majeure partie des troupes de la {p.127} vallée, en ajoutant qu'on allait m'envoyer de nouvelles troupes, et que, jusqu'à ce qu'elles fussent arrivées, j'avais besoin du secours des gardes nationales respectives; telles étaient les expressions de ma circulaire.

Ne consultant que mon zèle pour la chose publique, je monte à cheval sur les deux heures de l'après-midi et j'arrive à dix heures du soir à Lanslebourg. Je voulais par ma présence tranquilliser le général Davin sur le mouvement de la troupe, prévenir toutes les difficultés qui auraient pu s'opposer à son exécution et activer la mise en activité de la garde nationale.

Le 17, 500 prisonniers autrichiens, arrivés la veille à Lanslebourg, devaient être rendus ce même jour aux avant-postes de l'ennemi, d'après un ordre formel de la commission d'échange. J'aurais pu faire descendre ce jour même les 152 hommes qui gardaient le Mont-Cenis; je crus qu'il était prudent de les y retenir pour ne pas faire connaître notre faiblesse sur ce point important, et je recommandai à l'officier chargé de l'échange de mettre à profit le séjour de quelques instants qu'il ferait à la Novalèse, pour examiner, s'il lui était possible, les positions de l'ennemi, connaître sa force et prendre, auprès des habitants du pays, tous les renseignements qu'il pourrait recueillir, et me faire part du résultat de cette mission secrète à son retour.

Je fis descendre le même jour du Mont-Cenis le citoyen Caffe, qui y faisait fonction de commandant temporaire. Je donne à ce commandant connaissance de l'ordre de départ de la 15e demi-brigade légère, et je lui fais part des mesures provisoires que je venais de prendre pour l'aider à garder ce poste, en cas de surprise. Je lui recommande d'employer la plus grande surveillance pour doubler nos forces, et de faire usage de tous les moyens possibles pour dérober à l'ennemi la connaissance de notre faiblesse sur ce point, et surtout de multiplier les petits postes d'observation.

Il remonte le soir même au Mont-Cenis en me donnant l'assurance qu'il allait s'occuper des dispositions que je lui avais prescrites; mais il est à remarquer qu'ayant rencontré dans sa route le détachement de 25 hommes qui avait escorté les prisonniers autrichiens, et que je lui avais ordonné de retenir sur le Mont-Cenis, il garda le plus profond silence et le laissa passer outre.

Ce détachement étant descendu à Lanslebourg et ne pouvant remonter de suite au Mont-Cenis, en raison de la fatigue excessive qu'il venait d'éprouver, je renvoyai l'exécution de ce mouvement rétrograde au lendemain, à la pointe du jour. L'ordre fut ponctuellement exécuté, et c'est à quelques hommes de ce détachement échappés à la poursuite de l'ennemi, qui vinrent nous avertir de son arrivée, que nous avons dû de n'avoir pas été enveloppés dans Lanslebourg.

Depuis trois jours, l'ennemi était en marche pour cette opération, sur laquelle on m'a assuré que le commandant du Mont-Cenis avait des notions certaines, mais dont il ne m'a point parlé dans notre entrevue. Une colonne de 1200 hommes était partie de Suze et s'était placée, le 17 au soir, au pied du petit Mont-Cenis, poste qu'il nous était impossible de garder à cause de la grande quantité des neiges, mais où l'on allait faire des reconnaissances lorsque le temps le permettait, c'est-à-dire quand les neiges pouvaient porter.

Le 18, l'ennemi arrive au grand Mont-Cenis sur les quatre heures du matin; il se divise en trois colonnes quand il est parvenu à hauteur du lac. Tous les postes sont enveloppés dans le même instant; le commandant est fait prisonnier {p.128} en sortant du lit. Il n'avait point prévenu les canonniers du mouvement de la 15e demi-brigade, la seule troupe qui gardait les postes. Un seul coup de fusil fut tiré par la sentinelle; elle fut égorgée de suite.

Après cette première opération de l'ennemi, une colonne reste sur le Mont-Cenis, pour y occuper les postes, pendant qu'une autre colonne descendait à Lanslebourg; la troisième colonne devait déboucher sur Bramans et par le petit Mont-Cenis, à, l'effet de couper notre retraite; mais la difficulté des neiges empêche cette colonne d'exécuter son mouvement.

Comme je ne comptais pas beaucoup sur le zèle de la garde nationale, malgré les promesses qui m'avaient été faites, le 17 au soir, par l'administration du canton de Lanslebourg, je me lève de bonheur le 18 et j'envoie chercher l'agent municipal du canton, pour connaître le résultat des ordres que je lui avais donnés. Il me donne l'assurance que, des 200 gardes nationaux mis en réquisition, 50 sont en marche pour le Mont-Cenis et que les 150 autres ne tarderaient pas de s'y rendre. J'ai appris que pas un seul garde national ne s'était rendu à son poste.

Au même instant, on crie que l'on est attaqué; j'envoie mon aide de camp au dehors, il est assailli par une grêle de balles: l'ennemi entre à Lanslebourg. Je monte à cheval, mais tout le monde fuyait; je me porte sur la principale place, où devait se trouver la troupe; je la vois cédant aux forces supérieures de l'ennemi, qui faisait un feu soutenu; elle s'échappe, et je ne puis rallier qu'une trentaine d'hommes, que je place sur les hauteurs de Lanslebourg. Le général Davin n'a pas le temps de faire sortir ses chevaux de l'écurie; il est obligé de se sauver à pied, l'ennemi était à quinze pas de lui.

Enfin, je rassemble les hommes qui étaient dispersés; j'ordonne la retraite, qui se fait sans désordre; et l'ennemi nous poursuivant, je dirige ma marche sur Termignon.

Là, je donne les ordres les plus sévères pour arrêter le pillage de l'hôpital, et je ne quitte Termignon qu'après m'être assuré qu'on avait mis en sûreté les subsistances militaires et fait évacuer tous les boeufs du parc de cette place.

Rendu à Modane, j'écris au général Turreau, au général Liebault, à Briançon; à l'adjudant général Boyer, commandant à Chambéry; à l'adjudant général Klingler, commandant à Grenoble, pour leur donner connaissance de l'incursion de l'ennemi, dont je ne connaissais alors ni la force ni les projets, et je continue ma retraite jusque sur Saint-André, et j'ordonne de prendre position. C'était le seul point où l'on pût se maintenir avec quelque avantage et où l'on risquait le moins d'être tourné.

J'ai rendu compte chaque jour au général Turreau de tout ce qui se passait, en lui envoyant l'état de situation de mes forces; mais la correspondance par le Galibier était si difficile, que je n'ai reçu que le 22 sa première lettre, dans laquelle il me témoigne sa surprise d'avoir appris l'occupation du Mont-Cenis par le major Mesko, commandant des troupes ennemies, avant que je lui en eusse donné la nouvelle. Il m'annonce, dans cette lettre, qu'il doit attaquer l'ennemi le 21, dans la vallée d'Oulx; je n'avais alors que 200 et quelques hommes, qui avaient été continuellement en mouvement.

J'apprends, en effet, que, le 21, l'ennemi avait été poussé dans la vallée d'Oulx jusqu'à Gravère, mais qu'ayant reçu des renforts, nous avons été obligés de nous replier sur Exilles et Salbertrand; et qu'ayant attaqué à son {p.129} tour le général Turreau, celui-ci avait été obligé de retirer d'Exilles ses postes avancés.

Le passage du Galibier étant toujours extrêmement difficile, la correspondance entre le général Turreau et moi se faisait mal; il se plaignait de mon silence, était inquiet sur mon compte, pendant que je l'étais encore plus moi-même, quand je me voyais dans un dénuement pareil à celui où l'on me laissait.

Enfin, le 25, étant parvenu à réunir 300 et quelques hommes, je donne l'ordre de monter au Mont-Cenis, le 26 au matin, et d'y attaquer l'ennemi, et de tenter tous les moyens pour s'emparer de ce poste.

Je m'étais rendu à Lanslebourg ce jour même. J'apprends bientôt que nos troupes n'avaient rencontré qu'un poste ennemi à la. Grande-Croix et qu'il s'était retiré à leur approche. Je fis occuper tous les postes et je laissai au Mont-Cenis l'adjudant Flavigny pour y commander.

Je me suis renforcé, depuis cette époque, de divers morcellements de troupes. Ma force est aujourd'hui d'environ 600 hommes, ce qui est bien insuffisant pour garder le Mont-Cenis et tous les défilés aboutissant dans la Maurienne, surtout depuis que les troupes de la 8e division ont été obligées de se retirer dans la vallée de Cézanne.

Je puis donc être tourné de plusieurs points. La Tarentaise est également ouverte à l'ennemi de toutes parts et plus faiblement gardée encore que la Maurienne; le Faucigny est aussi dégarni de troupes et sans moyens de défense. On m'annonce des troupes depuis quelques jours; je n'en vois point arriver. Cependant, l'ennemi se renforce sur tous les points de ma ligne.

Je ne puis accuser de la prise du Mont-Cenis les troupes que je commandais, puisque, ayant été retirées des postes et se trouvant dispersées dans des maisons isolées, elles se disposaient à partir au moment où elles ont été enveloppées. Mais la faute en est seule à l'ineptie du commandant Caffe, qui n'a pas l'ombre de son métier et dont la réputation n'est pas bonne.

Voilà, citoyen Ministre, l'exposé des faits tels qu'ils se sont passés. L'officier parlementaire chargé de l'échange des prisonniers, le seul individu duquel j'espérais obtenir des renseignements sur la position de l'ennemi, ayant été retenu contre le droit de la guerre et des gens, il a été fait tout ce qu'il était possible de faire; je joins ici copie de son rapport et de la réponse que fit à ma lettre le commandant ennemi,

J'ai l'honneur de vous observer que le citoyen Depoltre, chef de brigade, commandant l'artillerie de la division, m'a constamment suivi, et qu'il a apporté autant de zèle que d'activité dans toutes les opérations dont je l'ai chargé; il avait fourni au commandant Caffe les moyens nécessaires pour l'enclouement des pièces; mais la manière dont il s'est laissé surprendre ne lui a permis ni de les enclouer ni de les précipiter dans les ravins formés par la cascade de la Cenisia.

NOTA. – Que l'ennemi était si certain de la pleine exécution de son opération, que la colonne qui est montée de la Novalèse avait à sa suite environ 300 mulets, destinés à transporter des effets des magasins et de l'artillerie. Il n'a couché qu'une nuit à Lanslebourg, laissé un poste au Mont-Cenis et est redescendu à Suze.

VALETTE.

{p.130}

Attaque et prise du Mont-Cenis, le 8 avril 1800.

RELATION DU FELD-MARÉCHAL-LIEUTENANT, COMTE DE NEIPPERG (13).

. . . . .

Le 8 avril 1800, le Mont-Cenis fut attaqué par un détachement du corps de Kheim et pris avec tous ses retranchements, ses forts et ses 18 canons de position, après que les troupes françaises qui l'occupaient eurent été surprises et obligées de se rendre à discrétion. Les troupes qui exécutèrent cette attaque se trouvaient sous le commandement du major (plus tard feld-maréchal-lieutenant) Mesko, du 7e régiment de hussards; du côté de l'état-major, l'auteur de ce travail, en sa qualité de major et de chef d'état-major du corps du feld-maréchal-lieutenant baron de Kheim, commandait une colonne. Le capitaine Costa, de l'état-major général piémontais, et principalement un chasseur de ces montagnes, se sont, en cette circonstance, particulièrement distingués par leurs connaissances précises des lieux, sans laquelle toute bravoure et toute bonne volonté seraient restées sans fruits. Ces deux hommes dirigèrent véritablement les colonnes, dont, par notre rang, nous avions la conduite nominale. Voici quelles furent les dispositions d'attaque:

Projet d'attaque du Mont-Cenis (14) pour les 7 et 8 avril 1800.

La force du détachement destiné à attaquer le Mont-Cenis et à pousser jusqu'à Bramans en Savoie, sera de 1200 hommes.

Le 3e bataillon du régiment d'infanterie Archiduc-Antoine fournira 2 compagnies de 100 hommes chacune, sous le commandement du capitaine Orosz. 2 bataillons du régiment Archiduc-Joseph fourniront 5 compagnies de 100 hommes chacune, commandées par le major de Pest, avec les capitaines comte Fuchs et Barsch. Le second bataillon du Banat allemand (Deutsch-Bannater) fournira une compagnie de 100 hommes, commandée par le capitaine Joschich. Il est nécessaire que les hommes choisis pour cette entreprise soient fortement constitués, aient le pied solide et puissent supporter toutes les fatigues; de plus, une bravoure et une endurance éprouvées sont nécessaires.

Cette troupe prendra, le 7 au soir, à Suze, du pain pour trois jours. On distribuera de l'eau-de-vie, qui sera répartie dans les compagnies. Le détachement au complet se rassemblera à huit heures du soir, devant la caserne du régiment Archiduc-Joseph, pour se mettre en marche à minuit, dans l'ordre suivant:

Les hommes du Banat en tête;

5 compagnies du régiment Archiduc-Joseph;

5 compagnies du régiment Archiduc-Antoine.

{p.131} Un capitaine de ce dernier régiment constituera l'arrière-garde et s'assurera qu'aucun homme ne sort de la colonne et qu'aucun des paysans qui suivent avec de l'eau-de-vie, des pioches, des pelles et des crampons à glace, ne reste en arrière. Ce capitaine aura sous ses ordres 1 sergent-major et 20 hommes, qui devront empêcher qu'aucun des paysans ne prenne la fuite pendant la marche.

Pendant la marche, les officiers resteront avec leur fraction de troupe; celle-ci observera le silence le plus complet, afin que le tapage et le bruit ne révèlent pas notre marche aux habitants des pays traversés. Le premier qui fera du bruit sera puni d'une façon exemplaire.

La colonne marchera en ordre compact et avec toutes les précautions à travers le village de Jaillon, dans la vallée de la Dora, et, de là, à travers la vallée de Chiaori, sur le sommet du petit Mont-Cenis; ensuite, elle se dirigera vers les granges de Levine et le lac Blanc. Aux chalets, elle se reposera pendant quelques heures, après quoi elle reprendra sa marche jusqu'aux granges de Bas-Savalin, ou jusqu'à la chapelle de Saint-Bartholomée, où elle se partagera en quatre colonnes se dirigeant vers quatre points différents.

La première colonne, forte de 300 hommes, sous les ordres du capitaine Reinisch, de l'état-major, se dirigera, par la Coupe-d'Or et le Crusat, vers la Ramasse. Un officier avec 50 hommes resteront à la Coupe-d'Or. Lorsque cette colonne parviendra à Bouffat, elle occupera avec 100 hommes les hauteurs dominantes sur la droite de la Ramasse, et avec 100 hommes celles qui commandent le Villaret. Cette colonne a pour mission principale de contenir un ennemi qui, de Lanslebourg ou de Villaret, viendrait au secours du Mont-Cenis.

La deuxième et la troisième colonne, composées chacune d'un capitaine et de 100 hommes, se dirigeront vers les granges de Bas-Savalin et marcheront à une petite distance l'une de l'autre, afin de ne se point perdre de vue.

La seconde colonne passera à gauche du grand lac du Mont-Cenis, qui est fortement gelé, et, par conséquent, forme une grande surface de glace, et attaquera le hameau de la Poste, les Tavernettes. Aussitôt qu'elle aura cerné ce point et fait prisonniers tous les ennemis qui s'y trouveront, la moitié de cette colonne avec un officier prendra position sur la grande route du Mont-Cenis, et l'autre moitié sur la hauteur dite la Butte-du-Trouvet.

La troisième colonne (avec laquelle se trouvait en personne l'auteur de ce travail), composée également de 100 hommes, traversera le lac gelé, qui est entièrement recouvert de neige, et marchera directement vers l'Hôpital, où se trouve le quartier du chef de brigade Caffre, commandant du Mont-Cenis. Elle cernera son logement, s'emparera de tout ce qu'elle trouvera et se placera ensuite sur les hauteurs de l'Hôpital, derrière les retranchements de la Grande-Croix, afin de couper la retraite à tous ceux qui voudraient fuir.

La quatrième et principale colonne, sous les ordres du major Mesko, du 7e régiment de hussards, prendra le chemin qui passe à droite du lac et suivra le sentier qui se trouve immédiatement derrière les retranchements élevés près de l'hôtellerie de la Grande-Croix. Un capitaine avec 100 hommes attaquera, sans perdre de temps, baïonnette au canon et sans tirer, la redoute élevée devant l'hôtellerie, s'en emparera et occupera les parapets, afin de couper la retraite à tous les soldats ennemis se trouvant dans les autres retranchements et les forcer à mettre bas les armes. {p.132} Aussitôt que les colonnes auront rempli leurs missions et surpris l'ennemi, elles enverront tous les prisonniers, qu'elles auront fait, à la Grande-Croix, se mettront en ordre de bataille et attendront des ordres ultérieurs.

D'après nos renseignements, nous sommes plus forts que l'ennemi. – Nous l'attaquons partout par derrière. – Il n'est nullement informé de notre marche. Nous sommes, pour ainsi dire, certains que, sans perdre un homme, nous le forcerons à mettre bas les armes. – Nous nous emparerons de toute son artillerie et de ses munitions avant qu'il ait pu en faire usage. – Tout le butin, que nous lui prendrons, appartiendra aux soldats. Que l'endurance, la bravoure, le courage de nos troupes mènent à bien cette expédition, qui nous fera certainement honneur.

Une cinquième colonne, non comprise dans celles énumérées précédemment, commandée par le major comte Rosalès, du régiment Archiduc-Antoine, et composé de :

50 hommes et 1 officier de ce régiment;
50 hommes et 1 officier du régiment Archiduc-Joseph;
20 canonniers et servants d'artillerie;
100 ouvriers du pays;

plus 50 mulets et leurs bâts, avec quelques centaines de pioches et de pelles, se rassemblera ce soir devant l'hôtel de ville de Suze et recevra la destination suivante: A la tête de cette colonne. marchera 1 officier avec 60 hommes; l'arrière-garde sera formée d'un officier et de 30 hommes. Le major comte Rosalès se mettra en marche de Suze, le 8, à deux heures du matin, et s'avancera sur la grande route de Venaux, la Novalèse, la Ferrière, à travers la vallée de Saint-Niklas, toujours sur la principale route du Mont-Cenis, et se dirigera vers la Grande-Croix, où l'ennemi aura probablement déjà été défait. Si cela n'était point, le major Rosalès attaquerait aussitôt avec son avant-garde, mais prudemment.

Son Excellence le feld-maréchal-lieutenant baron de Kheim donne les ordres les plus sévères pour que, ni sur le Mont-Cenis, ni plus avant en Savoie, où cette colonne doit se rendre, afin de faire une diversion en faveur de la grande armée qui est occupée à chasser l'ennemi de ses positions de la rivière de Gênes, il ne soit rien pillé et qu'aucun acte de violence ne soit commis contre les habitants de cette région, sous peine de l'application de la loi martiale.

Les commandants des colonnes et des diverses unités seront responsables de l'exécution scrupuleuse de cet ordre. On prendra toutes les mesures pour que le soldat reçoive de la viande, du vin et de l'eau-de-vie. Ce qu'il prendra à l'ennemi lui appartiendra.

Afin d'empêcher tout désordre, on devra laisser des postes de sûreté à la Grande-Croix, à l'Hôpital et à la Poste.

Suze, le 6 avril 1800.

Par ordre de M. le feld-maréchal-lieutenant baron de Kheim :

Le Major MESKO,
commandant les avant-postes.
Comte NEIPPERG,
major et chef d'état-major.

Ces instructions furent exécutées avec la plus grande ponctualité et le plus grand secret. Nous avons réussi à souhait l'opération, marché pendant dix à onze heures à travers la neige profonde qui cédait sous nos pieds, et nous avons {p.133} escaladé les rochers à pic, sur lesquels on ne pouvait tenir qu'au moyen des crampons à glace dont tous les soldats étaient pourvus, et encore, la plupart du temps, en rampant à quatre pattes.

Le major Mesko cherchait à exciter ses hommes et leur criait constamment: « Allons, mes enfants, du courage! » Et cela, dans les dix langues que l'on devait savoir pour se faire comprendre des 1200 soldats qui composaient la colonne. Nos soldats, et, en particulier, les Wallons, qui trouvent toujours matière à rire, plaisantaient ce continuel changement de langue: « Riez tant que vous voudrez, leur disait le major Mesko; seulement: en avant! Nous sommes sur le chemin de l'honneur, qui est aussi précieux que celui du paradis, et qui présente au moins autant de difficultés. »

Le froid était très grand et paralysait nos membres et nos forces. Nous avançant ainsi en masse, nous détachions la neige dont les montagnes étaient couvertes et, deux fois, les avalanches menacèrent de nous engloutir ou de nous précipiter, des hauteurs que nous avions atteintes, dans les profondeurs de l'abîme. Il n'est certainement pas exagéré de comparer cette marche avec celle d'Annibal, avec cette différence seulement, que nous n'avions pas besoin de faire éclater les rochers avec du vinaigre, et qu'avec au moins autant de difficultés, nous avons eu moins de gloire.

Après cette ascension si pénible, pendant laquelle nous perdîmes plusieurs des nôtres, qui, par maladresse, perdirent l'équilibre et furent précipités dans l'abîme, nous atteignîmes enfin les granges de Levine, sur le sommet du petit Mont-Cenis, où nous trouvâmes encore les vestiges des retranchements de la dernière guerre. Après deux heures de halte et après une distribution d'eau-de-vie à nos hommes (chose qui, ainsi que nous l'apprit l'expérience, est très dangereuse par un froid aussi grand; car plusieurs soldats, qui en avaient trop bu d'un seul coup, se laissèrent tomber sur la route, furent saisis par le froid et périrent dans la neige, ou bien furent retrouvés gelés après l'expédition), les diverses colonnes se remirent en marche et gagnèrent, dans le plus grand silence, sans que l'ennemi, malgré le clair de lune, se fût aperçu de rien, les positions indiquées dans l'ordre et les cernèrent presque simultanément, sans avoir tiré un coup de fusil. La plus grande partie de nos fusils, qui étaient complètement mouillés par la neige, auraient été tout à fait incapables de fonctionner, et si l'ennemi avait été prévenu de notre arrivée, ou s'il eût été assez fort, il nous eût donné fort à faire, malgré notre supériorité numérique, d'autant plus que le froid paralysait presque toutes les forces physiques du soldat. Il ne serait plus resté d'autre parti que de vaincre, de mourir ou de se rendre; car il ne fallait plus songer à battre en retraite par les rochers que nous avions escaladés.

Avant le lever du jour, tout le sommet du Mont-Cenis, les quartiers de la Poste et de l'Hôpital, dont le commandant, le chef de brigade Caffre (autrefois au service du Piémont et ensuite commandant de la légion Allobroge au service de la République française), un chef de bataillon, 38 canonniers, 1306 hommes du 15e régiment d'infanterie légère, 18 canons de position tombèrent entre nos mains et furent les fruits d'un travail aussi pénible.

Le major Mesko, après qu'il eut enlevé une sentinelle complètement transie de froid, trouva tous les retranchements abandonnés et sans aucune garde. Il les occupa immédiatement avec ses hommes et cerna l'auberge de la Croix-d'Or, dans laquelle l'ennemi, surpris et étonné de notre arrivée, et nous voyant supérieurs en nombre et maîtres de ses retranchements, capitula sur-le-champ {p.134} et se rendit à discrétion. Un seul petit poste, qui ne savait pas ce qui s'était passé à la Grande-Croix, tira sur l'avant-garde du major Rosalès, qui débouchait à la même heure de la vallée de la Ferrière sur la route principale du Mont-Cenis.

Au moment où la seconde colonne me prévint que la Poste était cernée et que 12 hommes avec 1 caporal étaient faits prisonniers, j'entendis le feu de la vallée de Niklas et je pensai que c'était le commencement du combat à la Croix-d'Or. Il n'y avait pas de temps à perdre. Je fis donc avancer mes troupes au pas de course vers l'Hôpital et je trouvai environ 40 hommes avec 2 canons devant une maison, où la moitié de ces hommes dormaient autour d'un grand feu de bivouac. Mes hommes s'avancèrent vivement jusqu'à une portée de fusil et, lorsqu'ils eurent sommé les ennemis de se rendre, ces derniers jetèrent leurs armes, firent des signaux avec leurs chapeaux et se rendirent. Je fis ensuite entourer avec 20 hommes la maison du commandant Caffre, et, pour lui épargner tout désagrément, je me rendis moi-même, le sabre à la main, dans sa chambre. A peine avais-je ouvert la porte et crié: « Commandant, vous êtes mon prisonnier! » que je vis assis sur le lit un homme qui mettait en toute hâte ses bottes, trop étroites pour la circonstance. Il saisit immédiatement les pistolets qui se trouvaient sur la table de nuit et se mit à crier de toutes ses forces: « Au secours ! » tandis qu'il me mettait en joue. Comme j'étais seul, il ne me resta rien autre chose à faire que de gagner la porte et de la fermer derrière moi. Mes hommes, qui avaient entendu le tapage, accoururent aussitôt et je pénétrai de nouveau, accompagné de quelques soldats, dans la chambre. Le commandant, étonné d'une visite si inattendue et ennuyé de se voir surpris, me donna son épée. Il fut traité avec tous les ménagements possibles, ainsi que ses hommes, dont l'équipement fut respecté. Le bon accueil qu'il reçut du feld-maréchal-lieutenant baron Kheim fit naître, chez les Français, le soupçon que cet officier avait trahi et qu'il nous avait vendu son poste; mais cette supposition n'est pas fondée. Nous avons pris le Mont-Cenis sans coup férir, mais au prix d'efforts considérables.

Nous continuâmes notre poursuite par Lanslebourg, Termignon, jusqu'à Bramans, dans la vallée de Maurienne, qui est arrosée par l'Isère (sic). Il eût été nécessaire de porter le petit détachement de 8 à 10 hussards du 7e régiment, que nous avions avec nous, à 30 hommes, que l'on aurait pu faire venir de Suze, afin de pousser une pointe jusqu'à Chambéry, et à la fois prélever une contribution dans cette ville et inquiéter l'armée de réserve française (15), qui commençait déjà à se concentrer entre Dijon et Genève. Mais nous reçûmes du feld-maréchal-lieutenant baron de Kheim les ordres les plus formels de ne nous aventurer plus loin en aucun cas, parce qu'il avait reçu l'ordre d'entreprendre une seconde expédition pour occuper le col de Tende et appuyer, de là, les opérations de l'armée du général Mélas dans la rivière de Gênes.

Le capitaine Reinisch, de l'état-major, en descendant avec sa colonne du Mont-Cenis et des hauteurs de la Ramasse sur Lanslebourg, s'empara d'un canon et d'une quantité de munitions et de vivres. Sans la maladresse d'un {p.135} Croate, dont le fusil partit à l'entrée du village de Lanslebourg, nous aurions fait prisonniers dans leurs lits les généraux Valette (qui commanda depuis à Malte) et Davin. Instruits de notre arrivée par des gens du voisinage, ils eurent le temps de s'enfuir dans la montagne, où, malgré nos recherches, nous ne pûmes les trouver. Ils laissèrent leurs chevaux, leurs bagages, et madame la générale Davin; cette dernière fut reconduite par un parlementaire à Chambéry. Nous occupâmes le Mont-Cenis, mais très faiblement, jusqu'au 18 avril, jour où les Français arrivèrent en force pour le reprendre; mais ils perdirent pour toujours l'envie de porter leur artillerie sur ce point.

On fut obligé d'envoyer les troupes sur notre flanc gauche, afin d'activer l'expédition contre le col de Tende, qui, bientôt après, fut enlevé de la même façon aux Français. C'est ce qui nous empêcha de garder plus longtemps la position du Mont-Cenis, qui, d'ailleurs, nous était inutile, puisque nous ne voulions pas continuer à opérer par la Savoie.

La prise du Mont-Cenis mérite, en tout cas, une place parmi les plus mémorables opérations en pays de montagne de cette guerre.

L'heureux coup de main des Autrichiens au Mont-Cenis provoquait une certaine émotion dans la région voisine et amenait à faire exécuter des mouvements à quelques corps de l'armée de réserve.

Dès le 9 avril, le général Sauret envoyait de Genève à Chambéry « 2 pièces de canon et environ 180 hommes de garde nationale ou employés aux douanes (16) ».

L'adjudant général Klingler, commandant par intérim la 7e division à Grenoble, dirigeait sur Aiguebelle, « à marches forcées, environ 300 hommes disponibles (17) ».

Le général Gilly, commandant provisoirement la 19e division à Lyon, expédiait à Chambéry, dans la nuit {p.136}

Du 9 au 10 avril, « une colonne de 300 hommes d'infanterie et 100 hommes de cavalerie (18) », à peu près le tiers de la garnison de Lyon.

Il avisait en même temps le général Chabran, dont la division, s'organisant à Chalon-sur-Saône et Mâcon, représentait le premier échelon de forces importantes disponibles.

Le général Chabran fit partir, dès le 10 avril, « pour Lyon, 2 bataillons, dont la force réunie est de 900 hommes (19). »

En même temps, une demi-brigade était envoyée de Saulieu par le général Victor (20), commandant l'armée de réserve par intérim, qui écrivait au Ministre:

Dijon, le 21 germinal an 8 (11 avril 1800).

Le département du Mont-Blanc et celui de l'Isère sont menacés par les ennemis, comme vous pouvez le voir par les lettres dont j'ai l'honneur de vous adresser copie (21).

J’ai cru devoir prévenir les intentions du Gouvernement en faisant partir sur-le-champ un corps de l'armée de réserve, pour aller au secours de cette partie de nos frontières; la 6e demi-brigade légère se mettra en marche demain pour se rendre à Chambéry (22), où elle recevra les ordres du général Turreau, commandant la gauche de l'armée d'Italie.

Salut et respect.

VICTOR. {p.137}

Parti de Paris le 11 avril, avec son chef d'état-major. le général Dupont. pour se rendre à Bâle, Berthier apprend l'offensive ennemie le 14 avril, à Langres.

Le général en chef de l'armée de réserve au Premier Consul.

Langres, le 24 germinal an 8 (14 avril 1800).

Les mauvais chemins et ma voiture brisée plusieurs fois ne m'ont fait arriver ici qu'aujourd'hui, où j'apprends, par une voie indirecte, que le Mont-Cenis a été pris.

J'expédie, en conséquence, un ordre au général Vignolle de faire filer 2 demi-brigades sur Genève, dont une sera à la disposition du général commandant l'aile gauche de l'armée d'Italie, si, avec ses propres forces, il n'avait pas déjà repris le Mont-Cenis, dans le cas où il serait certain que l'ennemi s'en est emparé.

Je monte en voiture pour me rendre à Bâle, où je serai demain matin.

Après m'être concerté avec le général Moreau, je me rendrai en toute diligence à Dijon, et si, ce qui n'est pas probable, l'ennemi avait pénétré en forces dans le Mont-Blanc, je marcherais avec une division pour l'écraser.

Il parait que le général Saint-Remy est à la mort; il est bien sûr qu'il ne peut pas faire la campagne. Envoyez-moi le plus tôt possible un général d'artillerie, soit le général Marmont, soit le général Andréossy.

Respect et attachement.

Alex. BERTHIER.

Ordonnez au Ministre d'activer l'envoi des fusils et des habits; un grand nombre de conscrits manque des deux objets.

Deux jours après, Berthier reçoit à Bâle la lettre suivante: {p.138}

Le Ministre de la guerre au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve.

Paris, le 23 germinal an 8 (13 avril 1800).

Suivant une dépêche que je reçois à l'instant (23), il parait que l'ennemi est parvenu à s'emparer du Mont-Cenis, et même qu'il est descendu en force à Lanslebourg et menace Chambéry. Au premier avis de cette incursion, le général commandant à Lyon a envoyé 400 hommes de troupes de renfort à celles qui s'étaient repliées sur Chambéry.

Le général Vignolle a, de son côté, dirigé sur-le-champ vers le même point la 6e demi-brigade légère, forte d'environ 2,000 hommes; elle arrivera à Chambéry le 1er floréal.

J'ai donné ordre au général Chabran de se tenir prêt à se porter de sa personne à Chambéry, par Genève, avec 1500 hommes, pris parmi les hommes disponibles de la demi-brigade composée des 61e, 69e et 88e; et si cela ne suffit pas pour compléter ce nombre, je l'ai autorisé à prendre un des bataillons d'infanterie légère faisant également partie de sa division (24).

Je l'ai chargé, en outre, de former un détachement de 100 hommes de cavalerie, pris parmi les escadrons de l'armée d'Orient, et, dans le cas où il ne serait pas possible d'extraire ce nombre d'hommes complètement armés et équipés, il doit prendre ce détachement dans le 7e régiment de chasseurs, qui est à Bourg.

Cependant, je lui ai recommandé de ne se mettre en mouvement que dans le cas où ce nouveau renfort deviendrait indispensable, et de se concerter à cet égard avec le général Turreau, commandant l'aile gauche de l'armée d'Italie.

L'intention du Premier Consul est que vous dirigiez les opérations dans la partie des Alpes qui avoisine le département du Mont-Blanc.

Je préviens en même temps le général Masséna de ces dispositions (25).

Salut et fraternité.

CARNOT.

Le 14 avril, le Ministre donne l'ordre au général Chabran de se « mettre en marche au reçu de la présente, avec le détachement de 1500 hommes d'infanterie et 100 hommes de troupes à cheval. . . . . pour vous diriger avec rapidité sur Genève et, de là, sur les différents points du département du Mont-Blanc où votre {p.139} présence sera nécessaire. . . . .(26) », et à la 6e légère, « de suspendre sa marche et de s'arrêter là où elle sera jointe par le courrier ».

Cette demi-brigade recevait sans doute cet ordre, le 17 avril, à Lyon, en même temps qu'une lettre du chef d'état-major de l'armée, lui prescrivant de « s'arrêter et rester à Lyon jusqu'à de nouvelles dispositions ». Quant au général Chabran, au reçu de la lettre du ministre à Chalon, le 17 avril, il met en marche un bataillon.

Pour atteindre l'effectif de 1500 hommes, il doit prendre 4 bataillons, ceux des 9e, 69e, 75e et 88e (27), et « vu la mauvaise organisation du service des étapes », il est « obligé de faire filer successivement les bataillons (2) ».

La tête de colonne doit arriver à Genève le 22 avril et le dernier bataillon le 25 (28).

Laissant 11 bataillons dans la Saône, Chabran arrive de sa personne à Genève dans la soirée du 22. Il en rend compte au ministre le lendemain et ajoute:

Je suis on ne peut plus content de la marche de la colonne et de la conduite des troupes. Leurs besoins en souliers se font de plus en plus sentir.

Chabran, général de division au Ministre de la guerre.

Genève, le 4 floréal an 8 (24 avril 1800).

Citoyen Ministre,

J'ai l'honneur de vous adresser copie d'une lettre qui est bien faite pour rassurer sur la situation actuelle du département du Mont-Blanc. {p.140}

J'ai cru, d'après cette lettre et les nouvelles qui me parviennent tous les jours, devoir me conformer à l'article de vos instructions qui me prescrit de rester à Genève, si ma présence n'est pas nécessaire sur les lieux, et j'y attends vos ordres ultérieurs.

Je vous rappelle les besoins des troupes que je commande. Par suite de la marche qu'elles viennent d'exécuter, elles se trouvent absolument dépourvues de souliers. Point de moyen, ici, de parer à ce défaut. Je vous prie de donner les ordres les plus prompts pour le faire cesser.

Salut et respect.

CHABRAN.

Quelques jours après, il insiste encore sur le manque de chaussures de ses troupes: « Nous trouverons ici des armes, c'est un objet essentiel; mais les souliers manquent absolument. »

Chabran, général de division, au Ministre de la guerre.

Genève, le 8 floréal an 8 (28 avril 1800).

Citoyen Ministre,

Mon premier soin ayant été de vous instruire de mon arrivée ici et de la tranquillité qui régnait dans le département du Mont-Blanc, je m'attends à recevoir des ordres qui donnent à ma division et à moi une destination définitive. Je n'ai cessé, d'après vos instructions, de correspondre avec le général en chef de l'armée de réserve, quoique l'ordre du jour du 30 germinal sur la formation de cette armée ne fasse mention, ni des corps qui sont sous mes ordres, ni du commandement que le Premier Consul m'avait conféré.

Malgré toutes les précautions que j'ai pu prendre, malgré le zèle infatigable des officiers, la désertion en route s'est portée à environ 300 hommes Elle peut être, en partie, attribuée au défaut absolu de solde et de souliers. Par toutes mes lettres, j'ai exposé la pénurie de la division sur ces deux objets. Je vous la rappellerai, citoyen Ministre, jusqu'à ce qu'on y aura porté remède (29).

D'après les renseignements que m'ont donnés le chef de l'état-major de la 7e division militaire et le commandant d'artillerie à Chambéry, il n'y a dans cette place aucune pièce d'artillerie dont on puisse disposer. Grenoble pourrait fournir les six que vous aviez mises à ma disposition, mais les chevaux manquent.

Sur 100 cavaliers qu'on devait m'envoyer de Dijon, 50 chasseurs du 7e régiment sont seulement arrivés ici. Ils sont dans le plus mauvais état et très mal équipés.

Je n'ai encore reçu aucune nouvelle du général Turreau, à qui j'avais écrit le 27 germinal.

Salut et respect.

CHABRAN. {p.141}

Ainsi, 4,500 hommes avaient été mis en mouvement sans grande utilité. Le Premier Consul appréciait cet événement de la manière suivante:

Proclamation aux jeunes Français (30).

Paris, le 1er floréal an 8 (21 avril 1800).

. . . . .

Le général Turreau est parti de Briançon, s'est porté sur Exilles, de là, sur Suze, et se trouvant, par là, sur les derrières du détachement que l'ennemi avait poussé sur le Mont-Cenis, il l'a obligé non seulement à rétrogader plus rapidement qu'il ne s'était avancé, mais a encore fait prisonnier plus de la moitié de son détachement (31).

Le général en chef Masséna, spécialement autorisé par le Gouvernement, a concentré toutes ses forces sur la rivière de Gênes. La 104e demi-brigade, qui était dans la 7e division, s'est rendue à Gênes.

Le système de guerre qu'a adopté le Gouvernement est de tenir toutes les troupes en masses sur quelques points favorables à la fois à la défensive et à l'offensive.

Les départements frontières ne doivent donc pas s'inquiéter si plusieurs points, qui ont, pendant toute la guerre, été garnis de troupes, ne le sont plus aujourd'hui. Qu'ils regardent à droite et à gauche, et ils verront de nombreuses armées, d'autant plus formidables qu'elles sont plus concentrées, non seulement menacer l'ennemi qui voudrait faire quelque pointe sur le territoire français, mais encore se mettre en mouvement pour réparer, par des victoires éclatantes, l'affront que nos armées ont essuyé dans la dernière campagne.

Que ces départements jettent un coup d'oeil en arrière, et ils verront l'armée de réserve, forte de 50,000 hommes, qui se {p.142} renforce tous les jours, prête à se porter à droite ou à gauche, selon les chances de la guerre et les plans d'un Gouvernement dont personne ne révoque en doute les talents militaires (32). . . . .

On a déjà vu que, le lendemain, le Premier Consul revenait sur le même sujet dans une lettre à Berthier.

. . . . . Dans tous les cas, tenez votre armée réunie et ne prêtez pas l'oreille aux commandants de Lyon et autres villes qui vous demanderont des troupes. . . . .

* * *

Sur ces entrefaites, le général en chef de l'armée de réserve avait quitté Bâle le 16 avril, après avoir ordonné « au général Vignolle, s'il est instruit que l'ennemi a fait des progrès dans la Maurienne, de faire marcher la 22e et la 40e de bataille sur Genève, avec le 7e régiment de chasseurs et huit pièces d'artillerie, dont quatre de 8, deux obusiers et deux pièces de montagne ».

Il arrive à Dijon le 18 et prend possession de son commandement le lendemain.

L'armée de réserve comprend 52,946 hommes (33), dont 32,367 présents sous les armes et 20,579 hommes annoncés par le Ministre.

L'organisation de ces forces se poursuit lentement, sous les yeux de l'aide de camp Lauriston, qui adresse au Premier Consul des rapports circonstanciés. La division Watrin est dirigée, en avant-garde, sur {p.143} Genève, où elle sera à portée de soutenir l'aile droite de l'armée du Rhin, en Suisse, aussi bien que l'aile gauche de l'armée d'Italie, sur la frontière des Alpes.

On attend avec quelque anxiété des nouvelles de Masséna et de Moreau.

* * *

Ordre du jour.

Dijon, le 29 germinal an 8 (19 avril 1800).

Le général en chef Alexandre Berthier a pris le commandement de l'armée.

Le général de division Dupont (34) est nommé chef de l'état-major général de l'armée; elle est prévenue de son arrivée.

La nature des opérations de l'armée exigeant qu'il y ait plusieurs officiers généraux employés à l'état-major.

L'armée est prévenue qu'indépendamment du général de division Dupont, qui est nommé chef de l'état-major général, le général de brigade Vignolle, qui en remplissait provisoirement les fonctions, continuera à y être attaché pour y être à la disposition du général en chef, et transmettre ses ordres lorsque les circonstances ou les localités, où il pourra se trouver, l'exigeront.

Les citoyens Peureux, Laneuville et Lacauchoir serviront en qualité d'élèves Commissaires des guerres, et le Commissaire des guerres Saint-Cricq est chargé du détail de la réserve de cavalerie, aux ordres du général d'Harville.

Le Général en chef à l'armée.

Officiers et soldats,

Une nouvelle campagne va s'ouvrir; il faut conquérir la paix. Votre valeur, votre patience à supporter toutes les privations d'une guerre active, une discipline sévère, première vertu du soldat, nous assureront la victoire, et, avec la paix, le bonheur de la République.

Le Général en chef,

Signé: Alex. BERTHIER.

Le Général de division chef de l'état-major général,

DUPONT. {p.144}

Le Général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 29 germinal an 8 (19 avril 1800).

Citoyen Consul,

Je suis arrivé ici hier après-midi. J'ai été reçu avec plaisir des généraux, des troupes et des habitants, en même temps qu'on manifestait le regret de ne pas vous voir.

J'ai organisé l'armée en 4 divisions (35), que je porterai à 4 demi-brigades chacune, à mesure que les troupes arriveront.

J'ai été très content de l'esprit de l'armée du Rhin; elle est reconnaissante des soins que le Gouvernement a pris d'elle. Elle brûle du désir de se battre.

J'ai pressé mon retour ici à cause des événements du Mont-Blanc. J'avais envoyé un courrier au général Turreau, qui a prévenu mes ordres en attaquant l'ennemi, le 22, par la vallée de Suze. D'après une lettre de l'adjudant général Boyer, commandant le département du Mont-Blanc, le succès a été si complet, que l'ennemi, se trouvant tourné par ses derrières et surpris, on a fait prisonnier tout ce qui était sur le Mont-Cenis (36).

Je fais porter la division Watrin à Genève, où elle occupera Lausanne et Vevey, et aura un bataillon au camp de Saint-Maurice. Elle porterait également des secours dans le Mont-Blanc, si l'ennemi faisait de nouvelles tentatives.

Je ferai suivre successivement les autres divisions, après que je les aurai vues et que j'aurai organisé leurs services et leur artillerie.

J'ai dû autoriser les généraux Victor et Duhesme à remplir provisoirement les fonctions de mes lieutenants. Le général Victor avait reçu ses lettres d'avis, qui avaient déjà été à l'ordre du jour. La nomination du général Murat, déjà connue ici et à l'armée du Rhin, exige que vous confirmiez les généraux Victor et Duhesme comme mes lieutenants.

Le général Murat, qui arrive à l'instant, nous apporte de l'argent. {p.145}

La Compagnie Vanderberg fait le service ici; mais elle n'est pas en mesure pour Genève ni pour suivre les mouvements de l'armée. Si vous aviez approuvé les mesures que j'avais prises avec le citoyen Ouvrard, nous aurions profité d'un crédit de 3 millions; vous auriez fait une bonne opération. L'ordonnateur Dubreton a envoyé des agents à Genève pour y assurer le service par des achats ; mais ce ne peut être qu'avec notre argent, et nous n'en avons pas assez pour continuer ce mode vicieux, en ce qu'il peut porter la ration à des prix très forts.

Il n'est encore arrivé que 1800 fusils; Gassendi fait l'impossible, mais rien ne lui arrive.

Nous n'avons que 60 chevaux à Auxonne. L'artillerie des colonnes de l'armée de l'Ouest est venue avec des chevaux de réquisition. J'avais donné des ordres pour diriger sur Auxonne des chevaux qui étaient à Mons. J'avais ordonné que les 80 caissons de Sampigny fussent dirigés sur l'armée de réserve. Ces dispositions ont été annulées par mon successeur; je désire qu'en changeant mes dispositions, il pourvoie à nos besoins, qui sont grands. On ne peut organiser l'armée de réserve qu'en y portant l'intérêt et l'activité que j'ai portés à l'armée du Rhin, qui est dans l'abondance de tout ce qui lui est nécessaire. J'ai éprouvé des jouissances par l'accueil que j'ai reçu des soldats.

Comptez, citoyen Consul, sur mon dévouement à seconder les intentions du Gouvernement. On annonce ici le général Marmont pour commander l'artillerie. Je vous remercie de ce choix, s'il est vrai qu'il remplace le pauvre Saint-Remy, qui est trop malade pour servir.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

P. S. – Le général Dupont écrit en détail au Ministre pour lui faire connaître tous nos besoins. Nous n'avons pas une seule cartouche à Auxonne, faute de plomb. Al. B.

Dupont, général de division, chef d'état-major de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Dijon, 29 germinal an 8 (19 avril 1800).

Citoyen Ministre,

Le général en chef Berthier a pris aujourd'hui le commandement de l'armée de réserve. Je vous adresserai au premier moment l'état de la nouvelle formation {p.146} de cette armée. Son organisation est encore fort incomplète. L'état ci-joint vous frappera en vous montrant ce qui manque au matériel de l'artillerie.

Vos ordres ne peuvent être trop pressants pour activer la marche des objets destinés pour cette armée.

Sous peu de jours, une partie de ses forces seront mises en mouvement, et, dans moins de deux décades, il faudra qu'elle agisse.

Parmi les soins rapides qu'exigent ses différents services, je vous prie de donner une attention particulière à la situation de son artillerie et des approvisionnements de guerre l'état dans lequel ils se trouvent paralyserait l'exécution du plan de campagne, s'il ne changeait sur-le-champ.

Je vous rendrai incessamment compte des autres parties du service.

DUPONT (37).

* * *

Ordre du jour.

Dijon, le 30 germinal an 8 (20 avril 1800).

L'armée est formée dans l'ordre suivant:

Le général en chef Alexandre Berthier;

Le général de division Dupont, chef de l'état-major général;

Le général de brigade Vignolle, employé à l'état-major.

Adjudants généraux employés à l'état-major: Léopold Stabeurath, Lacroix, Pannetier.

Les généraux de division Duhesme, Victor et Murat seront employés, provisoirement, comme lieutenants du général en chef.

Les 19e demi-brigade d'infanterie légère,
58e de bataille,
60e
15e régiment de chasseurs à cheval,

formeront une division, qui sera commandée par le général divisionnaire Loison, et ayant sous ses ordres les généraux de brigade Gobert et Broussier, et l'adjudant général Mériage.

{p.147}
Les 6e demi-brigade d'infanterie légère,
22e de bataille,
40e
11e régiment de hussards,

formeront une division, commandée par le général divisionnaire Watrin (38), qui aura sous ses ordres les généraux de brigade Gency, Malher, et l'adjudant général Hulin.

Les 9e demi-brigade d'infanterie légère,
30e de bataille,
59e
7e régiment de chasseurs,

formeront une division, commandée par le général divisionnaire Boudet, qui aura sous ses ordres les généraux de brigade Musnier et Duvignau, et l'adjudant général Dalton.

Les 24e demi-brigade d'infanterie légère,
43e de bataille,
96e
12e régiment de hussards,

formeront une division, commandée par le général divisionnaire Chambarlhac, qui aura sous ses ordres les généraux de brigade Rivaud (Olivier), Herbin, et l'adjudant général Delort (39).

Le général divisionnaire Murat, commandant la cavalerie, aura sous ses ordres les généraux de brigade Rivaud (Olivier) (40) et Kellermann.

Et les 2e régiment de chasseurs,
21e
8e de dragons,
9e
2ede cavalerie,

et le général Auguste Harville, inspecteur général de la cavalerie,

Les généraux de division résideront dans le principal lieu de leurs cantonnements respectifs.

Les généraux de brigade seront répartis dans les cantonnements des troupes auxquelles ils sont attachés.

Il sera passé de suite, dans chaque division, une revue générale. Les généraux de division en adresseront les états an chef de l'état-major de dragons. {p.148} général, afin qu'il puisse faire connaître sur-le-champ, avec exactitude, air général en chef la situation de tous les corps, sous le rapport de l'armement,. de l'habillement, de l'équipement, de la solde, des masses d'entretien, de l'effectif et du présent sous les armes.

Indépendamment de ces états, les conseils d'administration des corps adresseront, dans les vingt-quatre heures, à l'état-major général, la situation particulière de leur corps, sous le rapport de la solde.

Le Général de division, chef de l'état-major général,

DUPONT (41).

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 30 germinal an 8 (20 avril 1800).

Vous expédierez les ordres ci-après:

Au 1er bataillon de la 6e demi-brigade d'infanterie légère (42), de se rendre à Saint-Maurice pour y occuper le camp de cette position.

Au 2e bataillon, de se rendre à Vevey (43). {p.149}

Et au 3e, de partir de Lyon pour se rendre à Lausanne (44).

Au 3e bataillon de la 59e (45) demi-brigade, de partir de Lausanne aussitôt l'arrivée du 3e bataillon de la 6e demi-brigade, pour se rendre à Poligny, où il rejoindra sa demi-brigade.

A la 22e demi-brigade, de partir le 2 germinal (46) de son cantonnement pour se rendre à Genève (47). {p.150}

A la 40e demi-brigade, de partir de son cantonnement, le 2 floréal, pour se rendre également à Genève (48).

Ces deux dernières demi-brigades auront un séjour à Dijon, où je les passerai en revue (49), et où il, leur sera délivré, des magasins, les objets qui pourraient leur manquer.

La 22e demi-brigade prendra en passant, à Auxonne, deux obusiers, deux pièces de 8, deux pièces de 4 et trois caissons de cartouches, ce qui commencera à former l'équipage d'artillerie destiné à la division Watrin. Vous donnerez les ordres en conséquence au chef de brigade Gassendi. Assurez-vous des moyens de faire donner aux troupes de la division Watrin 40 coups par homme, qui seront pris soit à Auxonne, soit à Genève.

Vous ordonnerez au général Watrin de se rendre à Genève. Vous lui donnerez une instruction qui portera que l'objet de la position est de soutenir les troupes aux ordres du général Moncey, qui tiennent les débouchés du Valais. Vous lui ferez connaître la position du camp de Saint-Maurice. Il préviendra de son arrivée le général Moncey, et vous lui recommanderez d'avoir soin de me prévenir de tout ce qu'il apprendrait, soit du côté du Mont-Blanc, soit de l'Helvétie.

Vous donnerez tous les ordres nécessaires pour que la division Watrin soit entièrement organisée: officiers du génie, officiers d'artillerie, Commissaires des guerres et agents des différentes administrations (50). {p.151}

Donnez l'ordre au général Boudet de se rendre à Poligny, où il établira son quartier général. Vous ferez toutes les dispositions pour que les troupes composant sa division (51) soient cantonnées, au plus, à trois heures de marche de son quartier général.

En attendant l'arrivée du général Loison, donnez l'ordre au plus ancien des deux généraux de brigade de prendre le commandement de la division (52).

Ordonnez que les réquisitionnaires et conscrits soient journellement exercés. Prévenez que je me propose de voir successivement toutes les divisions et de les faire manoeuvrer.

Donnez des ordres pour que tous les officiers ou agents d'administration destinés à chaque division se rendent au quartier général de la division, et qu'ils ne puissent venir au quartier général de Dijon sans un ordre supérieur.

Salut et fraternité.

Alex. BERTHIER.

Ordre et instruction de l'armée pour la division Watrin.

Dijon, le 30 germinal an 8 (20 avril 1800).

Je vous ai fait connaître, citoyen Général, les intentions du général en chef sur les mouvements des 22e et 40e demi-brigades et sur les emplacements des trois bataillons de la 6e légère.

Je vous préviens que la 22e demi-brigade doit prendre, à son passage à Auxonne, deux obusiers, deux pièces de 8 et deux de 4, avec leurs caissons, et trois caissons de cartouches d'infanterie. Ce sera le commencement de l'équipage du parc d'artillerie destiné à la division.

Le chef de brigade Gassendi, commandant du parc d'artillerie à Auxonne, est chargé de vous approvisionner à 40 coups par homme (53). {p.152}

Je vous engage à m'instruire, aussitôt après le passage de vos demi-brigades à Auxonne, de l'exécution de cet ordre.

Il est essentiel que vous vous rendiez à Genève. Votre premier soin sera de reconnaître le camp de Saint-Maurice et d'y établir avec avantage les troupes destinées à le garder. Votre objet est de soutenir (54) les troupes aux ordres du général Moncey, qui occupent les débouchés du Valais. Vous préviendrez ce général de votre arrivée; vous entretiendrez avec lui des communications fréquentes pour remplir le but important de votre mission, et vous aurez soin de prévenir, avec la plus grande exactitude, le général en chef de tout ce qui pourrait survenir du côté du Mont-Blanc et de l'Helvétie (55).

Expédiez des ordres pour que les officiers du génie, de l'artillerie, Commissaires des guerres et agents des différentes administrations, nécessaires pour organiser votre division au complet (56), se rendent immédiatement à votre disposition.

Le général en chef se propose de passer en revue les 22e et 40e demi-brigades à leurs passages à Dijon.

DUPONT.

Lauriston, aide de camp du Premier Consul, au Premier Consul.

Dijon, le 30 germinal an 5 (20 avril 1800).

Citoyen Consul,

J'ai trouvé, à mon arrivée à Dijon, le général Berthier; il y est depuis le 28. Sa présence contribuera beaucoup à activer l'organisation de cette armée. Il n'y a encore qu'une seule division d'organisée; c'est celle de Chambarlhac, dont le quartier général est à Dijon.

Les conscrits y arrivent en grande quantité; je vous en envoie l'état ci-joint. Malheureusement, il en est déserté sur la route, lorsqu'on les envoyait pour être incorporés dans les différents corps. {p.153}

L'état de l'artillerie est, pour ainsi dire, pénible (57). L'inexactitude du service des transports militaires entrave tout. L'on ne reçoit aucune nouvelle des approvisionnements qui doivent arriver de Douai. La pénurie des caissons à cartouches d'infanterie est très préjudiciable; il devrait en arriver de Douai (58).

Les armes manquent pour armer les conscrits et compléter les bataillons; l'on n'en a reçu que 1740, qui ont été distribuées. Cependant, l'on en annonce de Saint-Étienne; elles sont en route. Les constructions de traîneaux se pressent avec la plus grande activité; je me rendrai demain à Auxonne pour en prendre l'état.

Quant au personnel de l'artillerie, il est complet. Il y a le nombre suffisant de compagnies à pied pour les 4 divisions et trois et demie pour le parc. Quelques autres compagnies sont annoncées.

Le nombre de compagnies d'artillerie à cheval est aussi suffisant. Il y en a une du 5e régiment bien organisée et trois du 2e régiment qui sont complètes. Ce régiment va être compris dans l'armée de réserve, et, dans le cas où l'on formerait une division d'avant-garde, ce 2e régiment a encore une compagnie qu'il pourrait compléter en faisant rentrer quelques détachements.

L'arrivée du général Marmont, que l'on attend aujourd'hui, sera un grand bien pour l'artillerie. Il a de très bons officiers pour servir sous ses ordres, surtout le citoyen Sénarmont, chef d'état-major, officier du plus grand mérite, remplissant ses fonctions avec la plus grande distinction.

Vous êtes attendu à Dijon avec la plus grande impatience par le militaire et le bourgeois. Votre logement sera à l'intendance. Je presse tout, de manière à ce que ce soit prêt pour vous recevoir vers le 10 floréal. {p.154}

Je crois, Général, qu'il sera nécessaire d'envoyer, vingt-quatre heures avant votre départ, un inspecteur des postes pour prévenir les maîtres de poste, Plusieurs n'ont pas le nombre de chevaux suffisants, et, comme ils se sont arrangés avec des fermiers pour en avoir lors de votre passage, il leur faudra le temps de les rassembler.

Salut et respect.

Alex. LAURISTON.

P. S. – Le général Watrin vient de recevoir l'ordre de se porter sur Genève avec trois demi-brigades. Il a sous ses ordres les généraux de brigade Gency et Duvignau (59). Cette mesure n'est que de précaution.

* * *

Ordre du jour de l'armée.

Dijon, le 1er floréal an 8 (21 avril 1800).

Le général en chef prévient l'armée qu'il se propose de la passer en revue dans ses cantonnements. Il donnera une attention particulière à l'instruction des corps et se fera rendre compte du zèle et de la fermeté des officiers et sous-officiers dans le maintien de la discipline militaire.

Il renouvelle l'ordre aux chefs des corps de faire exercer journellement leurs troupes et de veiller particulièrement à l'instruction des nouveaux soldats.

Les Commissaires des guerres passeront, avec la plus grande et sévère exactitude, les revues ordonnées, jusqu'à ce que les inspecteurs aux revues soient entrés en fonctions.

Le mois de germinal sera payé aux officiers, aux soldats. L'arriéré de la solde sera payé successivement d'après les états qui ont été demandés aux conseils d'administration.

Le citoyen Roy est nommé vaguemestre général de l'armée.

Les agents administratifs destinés à chaque division se rendront au quartier général de leurs divisions respectives.

Nul officier, nul agent d'administration ne pourra se rendre au quartier général de Dijon sans un ordre supérieur.

Les généraux de division et de brigade, ainsi que les adjudants généraux, enverront à l'état-major général, dans le plus court délai possible, les noms des aides de camp et adjoints employés près d'eux, afin de les porter sur l'état à envoyer au payeur, pour qu'ils reçoivent leurs appointements.

DUPONT. {p.155}

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 1er floréal an 8 (21 avril 1800).

Vous emploierez un adjudant général près de chaque lieutenant du général en chef.

Vous donnerez l'ordre au général Duhesme (60) de passer la revue des divisions Watrin et Boudet dans leurs différents cantonnements. Il fera manoeuvrer les troupes; il veillera à l'instruction des réquisitionnaires; il fera connaître les besoins des troupes de ces divisions; il établira provisoirement son quartier général à Genève.

Faites le même ordre au général Victor pour la division Chambarlhac et la division Loison (61); il aura son quartier général à Dijon.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 1er floréal an 8 (21 avril 1800).

Je vois, par le rapport du commissaire ordonnateur en chef, que les transports sont presque nuls. Je viens de lui ordonner de faire sur-le-champ une levée de 1000 mulets. Concertez-vous avec lui à cet égard.

Cette levée est indépendante de celle que fait le commissaire ordonnateur Boinod.

Alex. BERTHIER. {p.156}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 1er floréal an 8 (21 avril 1800).

Je vous prie de donner des ordres pour que j'aie tous les jours l'état de situation de la place, et particulièrement l'état des conscrits qui arrivent chaque jour.

Vous me ferez plaisir de m'envoyer, le plus tôt possible, l'état général de toutes les troupes destinées à composer l'armée de réserve: infanterie, troupes à cheval, artillerie, etc., avec l'indication de celles arrivées, leur emplacement, celles en route, ainsi que celles dont la marche ne serait pas encore annoncée (62).

Alex. BERTHIER.

Ordre du jour.

Dijon, le 2 floréal an 8 (22 avril 1800).

L'armée est prévenue que le général de brigade Marmont commande l'artillerie de l'armée de réserve (63).

Il sera attaché à chacune des quatre divisions de l'armée 25 hommes de cavalerie, commandés par un lieutenant ou sous-lieutenant, pour le service des ordonnances des officiers généraux. Ces détachements seront relevés tous les dix jours.

Le Général de division chef de l'état-major général,

DUPONT.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 2 floréal an 8 (22 avril 1800).

Je vous prie, citoyen Général, de faire les dispositions nécessaires pour que la 22e demi-brigade, qui arrive aujourd'hui, et la 40e (64), qui arrive demain, pour {p.157} se rendre à Genève, reçoivent tous les conscrits disponibles, armés (65), habillés et équipés. Vous me ferez connaître quel peut être l'arriéré de leur solde, afin que je voie ce qu'il sera possible de leur faire payer à leur passage.

Écrivez à l'ordonnateur en chef, afin qu'il prenne les mesures nécessaires pour faire payer à Genève la solde de la 6e demi-brigade légère, dont le chef mande n'avoir rien touché à Lyon.

Prévenez-moi de l'heure où je pourrai voir ces deux demi-brigades à leur départ de Dijon pour Genève.

Alex. BERTHIER.

Lauriston, aide de camp du Premier Consul, au Premier Consul.

Dijon, le 2 floréal au soir, l'an 8 (22 avril 1800).

Citoyen Consul,

Je suis allé ce matin, avec le général Marmont, à Auxonne, prendre, auprès du chef de brigade Gassendi, tous les renseignements relatifs à la situation de son parc. Voici le résultat des opérations du général Marmont:

1° Il a donné l'ordre à un officier d'artillerie à cheval de se rendre en poste à Saint-Étienne, faire marché avec des voitures, pour mener à Lyon les 5,000 fusils qui sont encaissés, dans le cas où ils ne seraient pas partis, ou seraient arrêtés sur la route par le défaut des transports militaires. A Lyon, cet officier les fera embarquer sur la Saône et ne les quittera pas;

2° D'après les renseignements donnés par le chef de brigade Saint-Vincent, ancien commandant à Châlons-sur-Marne, il se trouve dans cette ville 6,000 fusils encaissés depuis six mois, après avoir été complètement réparés. Le général Marmont doit faire donner par le général en chef un ordre de faire venir ces fusils. Ce sera un officier d'artillerie de cette armée, qui est actuellement à Châlons, qui sera chargé de les amener (66) ;

3° L'on manquait de plomb; le général Marmont a fait partir pour Tours un officier, pour activer l'arrivée de celui annoncé, et a envoyé à Genève prendre des renseignements sur l'existence d'un million de cartouches que l'on dit être dans cette ville;

4° Il a envoyé un officier à Metz rapporter dix moules à balles;

5° Il a envoyé dans les forges auprès de Besançon, appartenant à des particuliers, un officier intelligent pour acheter 1000 obus, 5,000 boulets de 8 et des balles pour mitraille, soit fer coulé, soit fer battu. {p.158}

Le nombre des bouches à feu du parc, dont je vous ai envoyé l'état (67), se trouve augmenté de cinq pièces de 8, trouvées à Auxonne, et deux obusiers de 6 pouces, à Besançon.

Il n'y a encore d'entièrement confectionnés que 15 traîneaux et 15 autres qui vont l'être. Ce qui a occasionné le retard dans cette partie, c'est le peu de' talent des premiers ouvriers et le tâtonnement que le directeur a été obligé de faire dans le commencement. Ceux à caissons sont sujets à verser à cause de la hauteur du caisson; mais le directeur se contentera, pour les caissons, de faire un essieu à deux roulettes et un avant-train, que l'on adaptera dessous le caisson, et qui donnera bien moins de hauteur.

Les petites caisses à munitions se confectionnent avec rapidité.

Le général Marmont retournera encore après-demain à Auxonne, prendre de plus grands renseignements et y puiser de nouveaux moyens d'activer le service de l'artillerie. Vous connaissez trop, Général, ses talents militaires, pour que je m'étende à vous en parler; mais je ne puis rendre l'étonnement où j'ai été de le voir provoquer les plus petits détails qui pouvaient amener des résultats heureux, et traiter ensuite en grand un service auquel la mesquinerie et la lésinerie ont toujours nui.

La confiance, la satisfaction que le général en chef lui témoigne, celle de tous les officiers d'artillerie sous ses ordres, rendent le choix que vous en avez fait bien précieux pour l'artillerie, dont l'organisation dans cette armée souffrirait beaucoup, s'il ne la commandait plus en chef.

J'attends après-demain votre garde; elle sera casernée.

Le 1er floréal, il est arrivé 334 conscrits de département qui ont déjà fourni.

Salut et respect.

Alex. LAURISTON.

* * *

Ordre du jour.

Dijon, le 3 floréal an 8 (23 avril 1800).

Conformément à la loi du 23 floréal (68), la masse d'entretien (69), attribuée à chaque corps et à chaque arme, sera payée de décade en décade, cumulativement {p.159} avec la solde, et, toutefois, d'après un état dressé particulièrement et dûment arrêté dans les formes voulues par ladite loi.

Les chefs des corps composant l'armée doivent autoriser à se présenter au bureau du chef de l'état-major d'artillerie, les anciens employés dans les équipages de cette arme (sachant lire et écrire), qui désirent être incorporés, en qualité de sous-officiers, dans les bataillons du train d'artillerie.

Le citoyen Mutel, chef de brigade, est chargé des fonctions de chef de l'état-major général du génie.

Le Général de division chef de l'état-major général,

DUPONT.

Pour copie conforme :

L'Adjudant général,

Léopold STABEURATH.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 3 floréal an 8 (23 avril 1800).

Une lettre particulière, venue de Nice, marque que le général Masséna a été vivement attaqué au même moment où nous nous battions au Mont-Cenis. Cette lettre annonce qu'il a obtenu de grands succès; elle est datée du 24 (70).

Je n'ai aucune nouvelle du Mont-Blanc; j'attends le retour d'un courrier que j'ai envoyé au général Turreau; son silence me prouve que tout va bien dans cette partie.

J'ai remis en marche sur Genève la division Watrin, composée de la 6e demi-brigade légère, de la 22e et de la 40e de bataille.

Les armes, que j'ai achetées comme Ministre, n'arrivent pas. Les transports sont paralysés faute de fonds. Ordonnez au Ministre de donner de l'argent à ce service et à celui des étapes. Je désirerais que le Ministre fasse pour cette armée ce {p.160} que j'ai fait pour celles du Rhin et d'Italie. J'avais mis les bureaux sur le pied d'un état-major; ils rentrent dans la marche paralytique qu'ils avaient.

J'attends des nouvelles du général Moreau; mais je serais très embarrassé de faire un mouvement à l'instant: point de cartouches, point de plomb; rien n'arrive à Auxonne, parce qu'on n'alimente pas de fonds le service des transports.

L'artillerie venue de l'Ouest est sans chevaux; elle a été conduite par réquisition. Pas un seul moyen de transport, ni pour les corps, ni pour les services de l'armée. J'avais destiné 80 chariots de Sampigny (71), le Ministre les a destinés au Rhin, où ils ne serviront pas; de même pour les chevaux, qui étaient à nous.

Nos subsistances ne sont pas assurées, hors la 18e division; nulle mesure prise à Genève. Le Ministre a écrit à l'ordonnateur Dubreton qu'il le laissait le maître d'acheter; rien de plus facile avec des fonds nécessaires faits d'avance.

J'envoie un ordre à Châlons-sur-Marne pour faire venir en toute diligence les 6,000 fusils qui y sont. Il y a aussi six forges de campagne que je demande; ordonnez au Ministre de confirmer ces ordres d'urgence.

5,000 conscrits sont arrivés ici; tous ont été incorporés, à l'exception de 1,000 environ qui ont déserté. Il en arrive journellement de 2 à 300.

Il y a ici 4 volontaires montés, 81 officiers réformés ou retirés, venus en vertu de votre appel. Il y a également 579 hommes, la plupart vétérans, et les autres incapables de servir activement (72), à l'exception d'une centaine d'hommes en tout qu'on peut utiliser.

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Berthier Letter {p.161}

Marmont est arrivé; il a du zèle, mais il attend les objets qu'il doit utiliser.

Les troupes sont bien disposées; elles marquent de la satisfaction et le désir de combattre; je les passe successivement en revue.

Je me porte mal; je suis usé pour la guerre (73) ; mais j'emploierai le reste de mes moyens pour le bien de mon pays et pour vous donner de nouvelles preuves de mon attachement. Si je mérite quelque récompense, je vous demanderai celle que je désire depuis longtemps, le repos et l'oubli (74); c'est ce qui m'aurait convenu quand vous ne m'avez plus jugé utile au ministère que je n'avais pas sollicité.

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER.

Je demande à Besançon deux obusiers qui y sont, dix affûts d'obusiers et six de 8, que le général Moreau n'utilise pas.

Je reçois à l'instant une lettre de l'ordonnateur Lambert (75). L'approvisionnement extraordinaire se fera en totalité, si la {p.162} trésorerie lui fait passer les fonds ordinaires qui lui sont destinés. Je joins ici le compte qu'il me rend.

B.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Dijon, le 3 floréal an 8 (23 avril 1800).

Vous donnerez des ordres pour que le dépôt des 500 hommes, qui est à Auxonne, recrute les compagnies de cavaliers de l'armée de réserve. Vous ordonnerez qu'ils reçoivent les vivres de campagne.

Le 2e régiment d'artillerie à cheval, qui est à Auxonne, fait partie de l'armée de réserve. En conséquence, il recevra les vivres de campagne. Il serait nécessaire de lui trouver un bon cantonnement à proximité, afin qu'Auxonne soit moins encombré.

Écrivez au Ministre de la guerre et au directeur d'artillerie à Besançon, de mettre à ma disposition deux obusiers de 8 pouces et douze affûts d'obusiers, et dix de 8, qui sont inutiles dans la place. En les mettant à la disposition du général Marmont, ils diminueraient les besoins de notre parc.

Je vous prie d'envoyer le paquet ci-inclus à Châlons par un courrier, qui, de là, continuera sa route pour se rendre à Paris, où il portera mes dépêches et les vôtres. Lorsqu'il sera prêt à partir, donnez-lui l'ordre de passer chez moi pour prendre mes paquets.

Concertez-vous avec le général Marmont sur les moyens de faire donner les cartouches à poudre nécessaires pour faire tirer les conscrits.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

P. S. – Lisez ma lettre au citoyen Buchet, cachetez-la et écrivez en conséquence au Ministre.

J'écris (76) au directeur de l'École d'artillerie à Châlons-sur-Marne d'expédier sur-le-champ à Dijon les 6,000 fusils qui sont à Châlons, et six forges de campagne.

Lauriston, aide de camp du Premier Consul, au Premier Consul.

Dijon, le 3 floréal an soir, l'an 8 (23 avril 1800).

Citoyen Consul,

Il règne un très bon esprit dans l'armée de réserve, union entre les généraux et grande confiance envers le général en chef. Ce même esprit existe dans le soldat; il en a donné hier une preuve bien frappante. La 22e demi-brigade, comprise dans celles qui doivent partir avec le général Watrin, manquait d'armes; il lui en fallait 400 pour se compléter; la 96e s'est laissé enlever les {p.163} 400 pour les donner à la 22e, non sans regret, mais sans murmure. Cela ne se fût pas passé ainsi dans tous les temps.

Le général Berthier va expédier pour Châlons-sur-Marne les ordres dont j'ai eu l'honneur de vous parler dans ma lettre d'hier. Il est bien essentiel que le Ministre de la guerre envoie à Châlons des ordres conformes pour que le commandant d'artillerie n'ait aucune crainte de responsabilité. C'est au sujet des 6,000 fusils et de six forges de campagne approvisionnées.

Dans le nombre de bouches à feu destinées à l'armée de réserve, il en doit venir de l'armée du Rhin, vingt pièces de 8 et douze obusiers de 6 pouces. Le général Marmont a expédié les lettres au général Éblé pour en presser l'envoi; mais d'armée à armée, ces sortes de mesures souffrent quelquefois du retard; un nouvel ordre du Ministre au général Éblé serait urgent.

Nous attendons les 1200 chevaux de trait venant de Paris. Il est entré aujourd'hui au dépôt 235 conscrits. L'on a écrit à tous les départements qui ont des déserteurs.

Salut et respect.

Alex. LAURISTON.

* * *

Marmont, général commandant en chef l'artillerie de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 4 floréal an 8 (24 avril 1800).

Citoyen Premier Consul,

Je suis arrivé ici le 1er floréal. J'ai été à Auxonne; j'ai trouvé tous les travaux dans une grande activité; cependant, l'artillerie n'est point encore en mesure. L'arsenal d'Auxonne a été si cruellement dilapidé, qu'il ne s'y est trouvé aucune espèce d'approvisionnement. Ainsi, il a fallu tout créer; cette besogne est nécessairement longue.

On a ordonné un approvisionnement de 5 millions de cartouches d'infanterie; il n'en existe que 300,000, et nous n'en faisons pas. Vous voyez que nous sommes loin de compte.

Comme nous ignorons d'où nous viennent et à quelle époque arrivent ces 5 millions de cartouches; comme, d'ailleurs, l'administration des transports militaires suspend fréquemment son service, faute de fonds, j'ai cru devoir établir un atelier de cartouches.

En conséquence, j'ai envoyé en poste un officier à Metz, pour y prendre des moules à balles. Il sera de retour le 6 ou le 7.

J'ai fait acheter ici une certaine quantité de plomb pour commencer le travail aussitôt que les moules seront arrivés.

Et j'ai envoyé un officier intelligent à la rencontre de 250 milliers de plomb, qui nous viennent de Tours, pour presser, par tous les moyens possibles, leur arrivée.

Il n'est arrivé ici que 1700 fusils sur les 300,000 qui ont été achetés par le général Saint-Remy. Ceux de Saint-Étienne n'étaient pas même en route, faute d'argent. J'ai envoyé, le 2, un officier à franc étrier, qui les fera partir et qui les conduira lui-même jusqu'à Châlons. {p.164}

Il existe à Châlons 6,000 fusils, réparés et encaissés depuis six mois, sans destination. J'ai prié le général en chef de donner l'ordre au commandant d'artillerie de cette ville de les faire venir promptement, ainsi que six forges de campagne, qui y sont également et qui ne servent à rien. Un officier d'artillerie qui est à Châlons, qui a reçu du Ministre l'ordre de joindre l'armée de réserve, accompagnera ce convoi.

J'ai pris des mesures aussi pour accélérer l'arrivée des fusils qui nous sont envoyés de liège et de Charleville.

J'espère, d'ici à dix jours, avoir à ma disposition 12 à 13,000 fusils, et, dans quinze, 18 à 20,000.

Les fers coulés manquent absolument. Je fais fabriquer des obus, des boulets de 8 et des balles pour cartouches à mitrailles. J'aurai dans peu de jours un approvisionnement de 9 à 10,000 coups de canon.

Voici quelle est l'artillerie sur laquelle nous pouvons compter:

12 bouches à feu de la Vendée;
12 venues de Paris;
6 de la garde;
5 pièces de 8, que je fais prendre dans l'arsenal d'Auxonne;
2 obusiers, que je fais prendre à Besançon.
TOTAL : 37

Plus huit bouches à feu de montagne et le nombre de pièces de 4. que nous pouvons atteler, l'arsenal d'Auxonne en ayant un assez grand nombre.

Le personnel est fort incomplet; il ne nous manque (77) encore que 7 compagnies d'artillerie à pied. Ce nombre est insuffisant, et je désire fort que les 8 autres qui nous sont annoncées arrivent.

Nos moyens de transport sont faibles; il est urgent que les 1200 chevaux qui sont à Paris partent pour Dijon avec les objets d'artillerie qui nous sont destinés. Leur arrivée seule donnera de la consistance à notre parc et les moyens de mouvoir l'artillerie de notre division.

Il me paraît que le retard du départ de ces chevaux vient du défaut des harnais et de vêtements pour les charretiers. Si le Ministre de la guerre voulait consacrer 30,000 francs à ces différents objets, tous ces obstacles seraient levés sur-le-champ.

On refuse à Paris de payer aux soldats du train d'artillerie la solde qui leur est due. L'arrêté du 13 nivôse est cependant précis. Le Ministre des finances prétend que cette solde ne doit être prise que sur le million affecté, par mois, au payement de l'arriéré des équipages, tandis qu'il est dit formellement dans l'arrêté du 13 nivôse: « La solde des soldats du train d'artillerie sera payée, comme celle des autres troupes, par le payeur de l'armée et sur les mêmes fonds. » Si ce refus continue à avoir lieu, ce corps nouveau aura bientôt cessé d'exister, et alors plus d'équipages et plus d'artillerie.

Les travaux du parc d'artillerie prennent chaque jour un nouveau degré d'activité, mais les dépenses vont toujours croissant. Il serait nécessaire de lui affecter un fonds de 50,000 francs.

Voilà, mon Général, un aperçu de la situation de l'artillerie de l'armée de {p.165} réserve. J'espère, d'ici à quelque temps, vous rendre des comptes qui vous satisferont davantage.

Nous aurons, dans huit jours, 30 traîneaux à canons et 10 à caissons.

Respect et attachement.

MARMONT.

Lauriston, aide de camp du Premier Consul, au Premier Consul.

Dijon, le 4 floréal au soir, l'an 8 (24 avril 1800).

Citoyen Consul,

Le général Berthier a passé aujourd'hui la revue de la 40e demi-brigade, faisant partie de la division Watrin; c'est un très beau corps, manoeuvrant fort bien et avec précision.

Cette division est composée, jusqu'à présent, de la 6e légère, des 22e et 40e de ligne, d'un escadron du 11e hussards et d'une division d'artillerie, composée de six bouches à feu avec leurs caissons nécessaires et trois caissons d'infanterie. Cette artillerie est commandée par le capitaine d'Anthouard. Lorsque le reste de l'infanterie, celui du 11e hussards et les bouches à feu seront arrivés, on complétera cette division. et on donnera un chef de bataillon pour en commander l'artillerie.

Les généraux de cavalerie sont le lieutenant général Murat, le général de division Harville et le général de brigade Duvignau.

Le préfet de ce département prend toutes les mesures possibles pour assurer le service des étapes, activer la levée des chevaux. Mais quant à ce dernier article, dans ce département et celui de l'Yonne, où la culture se fait avec des boeufs, où, d'ailleurs, la principale culture est en vigne, les chevaux sont rares, et surtout de la taille exigée.

Les contributions se payent assez bien. L'esprit de ce département est bon; les habitants de Dijon sont un peu fatigués par le séjour et le passage continuel des troupes; mais l'espoir de vous voir, qui est très grand parmi eux, les encourage et les soutient.

Il n'est arrivé aujourd'hui que 97 conscrits, dont 83 de deux départements et le reste est composé de déserteurs de plusieurs départements.

Salut et respect.

Alex. LAURISTON.

* * *

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800).

Votre courrier est arrivé hier, à neuf heures (78), et je m'empresse de répondre à votre dépêche. {p.166}

Je n'ai pas encore de nouvelles du général Moreau; je ne puis compter, que subordonnément à ses succès, sur les 30,000 hommes qu'il doit me donner pour commencer mon mouvement.

Le général Masséna, suivant les nouvelles, est attaqué; on annonce, des succès, mais sa position reste toujours très mauvaise, si l'ennemi a ses forces sur lui. Il n'y a donc pas un instant à perdre pour faire un mouvement qui le dégage.

Je serais à Genève si la formation de cette armée et tout ce qui est le plus essentiel à son organisation me le permettaient; mais, dans les circonstances du moment, elle est en retard de vingt jours.

Je pense qu'il est indispensable de prendre un parti indépendant des événements du Rhin, et même de ceux de l'aile droite de l'armée d'Italie.

Je propose:

Ordre impératif au général Moreau de réunir, le 15 de ce mois, à Lucerne, un corps de 15,000 hommes, aux ordres du général Lecourbe, avec les approvisionnements et tout ce qui est nécessaire pour passer le Gothard ;

Ordre impératif au général Lecourbe, qui est indispensablement nécessaire par ses connaissances du pays.

Vous verrez, par l'état de situation ci-joint (79), que je n'ai, dans ce moment, que 22,000 hommes d'infanterie disponibles, 6,000 qui sont en marche et 3,000 qui sont annoncés et non en marche.

La légion italique peut former 4,000 hommes sans armes et sans habits, dans ce moment; observez, dans le nombre ci-dessus, un quart de conscrits dont la désertion est journalière.

Je ne puis donc pas compter passer les Alpes avec plus de 25,000 hommes portant les baïonnettes, non compris la cavalerie ni l'artillerie; ajoutez 3,000 hommes du général Turreau, et nous trouverons, au plus, 30,000 hommes d'infanterie; calcul de général en chef et non celui de bureaux; ce que vous savez mieux apprécier que personne. Je ne compte pas les bataillons de l'armée d’Orient, destinés à garder la Suisse. {p.167}

Il est donc indispensable que l'armée du Rhin, quelque chose qui arrive, me donne le général Lecourbe avec 15,000 hommes organisés pour passer le Gothard, et le général Moreau restera encore avec plus de monde qu'il ne lui en faut.

Les affûts-traîneaux arrivent le 9; ils continueront leur route pour Genève, où ils seront arrivés le 18. J'ai fait toutes mes dispositions pour que l'armée y soit aussi réunie à cette époque.

J'ai envoyé au-devant des fusils; j'attends les cartouches, les chevaux et beaucoup d'autres objets, d'ici au 9. Genève et l'Helvétie sont des pays ruinés pour les subsistances; je ne puis donc que les traverser et ménager nos faibles ressources pour mon passage.

Les approvisionnements extraordinaires à Genève vont assez bien et seront bientôt au complet, si la trésorerie envoie à l'ordonnateur Lambert, à Lyon, les fonds mis à sa disposition par le Ministre de la guerre.

La levée des 2,000 mulets éprouve des retards. Envoyez de l'argent à Boinod. J'ai fait passer un marché pour en louer; j'éprouve beaucoup de difficultés.

J'espère, le 18 ou le 19, avoir à Genève les principaux objets nécessaires à mon mouvement, et, suivant les circonstances, je me mettrai en marche pour pénétrer en Italie, soit par le Saint-Bernard, soit par le Simplon, soit par le Gothard. Je me déciderai, suivant les circonstances, au moment même.

Le Simplon est impraticable pour les traîneaux; le Saint-Bernard et le Gothard sont des débouchés préférables.

La division Watrin est en marche sur Genève. La tête doit être arrivée (80) et faire un bon effet pour le général Masséna.

Marquez-moi si je dois faire marcher avec moi la garde des Consuls et l'artillerie.

Je vous fais connaître ma véritable position, non pour me Plaindre, mais pour vous mettre à même de prendre les mesures convenables.

Je marcherai avec ce que j'aurai, sans compter le nombre {p.168} des ennemis; les troupes ont de l'ardeur; nous vaincrons les difficultés; nous en aurons beaucoup et, par conséquent, plus de gloire.

Le projet de l'ennemi me parait découvert. Mélas veut s'emparer de Gênes et se porter ensuite dans l'Helvétie, pour nous attaquer de concert avec le général Kray.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800).

Vous trouverez ci-joint, citoyen Ministre, la copie de la lettre que j'écris au Premier Consul. Vous y verrez que les transports et les étapes sont les objets qui méritent toute votre sollicitude, car vos dispositions ne peuvent avoir d'effet sans les transports. C'est la nullité de ce service qui paralyse tout.

Il est bien désavantageux que l'organisation de cette armée se trouve, d'après les circonstances, de vingt jours trop en retard.

Pensez à nos transports, cartouches, chevaux, etc. ; je n'ai reçu aucun avis de vous sur les fonds envoyés à l'armée. Le général Murat en a apporté, sans avis, à l'ordonnateur en chef et à moi.

Il serait utile, pour que je ne contrarie pas vos dispositions, que je sois instruit de celles que vous faites, et alors, si j'étais dans le cas de les changer par des circonstances particulières, je vous en informerais.

Je vous prie d'envoyer l'ordre à mon frère, qui est à l'armée du Rhin comme adjudant général, de passer à celle que je commande (81).

Le général Dupont vous envoie, par le même courrier, une lettre concertée avec moi.

Salut et fraternité. {p.169}

P. S. – Il est important que vous renouveliez au général Moreau l'ordre impératif que je lui ai donné par ma lettre (82) du 4 germinal, de faire réunir à Lucerne 100,000 boisseaux d'avoine, 500,000 rations de biscuit, 1 million de cartouches, et même une plus grande quantité. Nous en manquons à l'armée de réserve.

Alex. BERTHIER.

Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800).

Citoyen Ministre,

L'incertitude où nous sommes ici est bien pénible; nous savons que Masséna est aux prises avec l'ennemi et nous ne recevons pas la confirmation de la nouvelle de ses succès, qui nous était parvenue indirectement, il y a quelques jours.

Le passage du Rhin devait avoir lieu le 1er, d'après ce qui avait été convenu à Bâle, et nous n'avons rien appris.

Le plan d'opérations arrêté à Bâle par les généraux en chef Berthier et Moreau se trouve un peu dérangé. L'armée d'Italie est attaquée par un ennemi supérieur à elle, qui veut la replier sur les Alpes et s'emparer de Gênes. S'il remplit ce but, il laissera un corps d'observation dans le Piémont et viendra, avec ses principales forces, agir contre l'Helvétie et contrarier, par une diversion, les opérations de notre armée du Rhin.

Il est à craindre que le général Masséna, abandonné à lui-même, n'éprouve des revers. L'armée de réserve ne doit pas rester spectatrice de ce qui se passe dans la rivière de Gènes; elle doit même profiter du moment où l'ennemi, engagé dans cette partie, nous laisse un accès plus facile par le Mont-Gothard.

Si nous attendons que Moreau fasse douze ou quinze marches sur la droite du Rhin, après avoir battu son ennemi, le corps de Lecourbe, qu'il doit détacher pour se joindre à nous, ne peut être rendu au pied du Gothard avant un mois, et, dans cet intervalle, le général ennemi Mélas peut s'être emparé de ce qui nous reste en Italie, et, après avoir mis le général Masséna hors d'état de {p.170} se réunir à nous avec un corps de 30,000 hommes, ainsi que le porte le plan de campagne.

Soit que Masséna résiste et conserve ses positions, soit qu'il ait affaire à un ennemi supérieur, il me paraît nécessaire que l'armée de réserve agisse du 20 au 25 de ce mois (83) et qu'elle franchisse, à cette époque, les passages de l'Italie. Dans sa situation actuelle, elle ne peut rien. Outre que sa force disponible n'est que de 27,000 hommes, non compris les bataillons d'Orient et la légion italique, elle n'a qu'une artillerie incomplète et point de munitions de guerre. On n'a pas pu donner hier, à Auxonne, plus de 20 cartouches par hommes à la 22e demi-brigade, qui marche sur Genève.

Les approvisionnements annoncés n'arrivent pas; on ignore les progrès de leur marche et les transports dans l'intérieur paraissent en quelque sorte suspendus.

Si, comme on n'en peut douter, l'armée de réserve doit empêcher l'évacuation totale de l'Italie et attaquer l'ennemi dans quinze ou vingt jours, il faut que l'armée du Rhin lui donne sur-le-champ 15,000 hommes et tous les approvisionnements de guerre dont elle a besoin. Ces munitions fileraient de Bâle sur Lucerne, et les 15,000 hommes, commandés par Lecourbe, se porteraient directement de Zurich au Mont-Gothard. L'armée de réserve, qui, avec les corps attendus, serait portée dans quinze jours à 35,000 hommes, marcherait par la route de Lucerne et par celle du Valais. Il y a beaucoup d'espoir que cette armée, alors composée de 50,000 hommes, opérerait l'invasion à laquelle elle est destinée, et que le plan de campagne serait rétabli dans son intégrité.

Moreau peut, je crois, sans danger, se dégarnir en ce moment de 15,000 hommes; les autres 15,000 hommes qu'il doit nous donner ne seraient détachés que lorsqu'il aurait pénétré dans la haute Souabe ou la Bavière.

Pour exécuter ces dispositions, il faut encore que la marche des affûts-traîneaux soit accélérée, que l'atelier d'Auxonne redouble d'activité à la faveur de nouveaux fonds, et que, comme il n'existe que 4 à 500 mulets au lieu de 2,000, il y ait des fonds pour en prendre à loyer partout où l'on en trouvera.

Les vivres, qui ne sont point assurés hors de la 18e division militaire, méritent toute notre attention.

Je n'ai pas parlé des Italiens et des bataillons d'Orient, parce qu'ils n'ont pas de fusils.

Je vous invite, citoyen Ministre, à conférer de suite avec le Premier Consul sur l'objet des observations que je vous soumets ici. Tous les moments sont du plus grand prix.

Je vous salue.

DUPONT.

P. S. – Ce que je vous écris est, comme de raison, connu du général en chef.

D.

{p.171}

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Murat Letter

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Moncey.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800).

Je sais que l'intention du général Moreau, citoyen Général, était de vous laisser en Helvétie avec onze bataillons pour garder la Suisse et ses débouchés par les Grisons et l'Italie. La division du général Watrin est en mouvement pour se rendre à Genève; il occupera Lausanne, Vevey et la position de Saint-Maurice, pour observer ce que l'ennemi pourrait tenter sur le Valais.

L'objet auquel vous devez porter toute votre attention est de nous conserver le passage du Gothard, en même temps que vous devez couvrir les débouchés par les Grisons. Au surplus, vous devez avoir une instruction très détaillée du général Moreau.

Donnez-moi souvent de vos nouvelles et instruisez-moi de ce que vous apprendrez des mouvements de l'ennemi.

Ayez soin que l'on complète et que l'on conserve l'approvisionnement extraordinaire de biscuit, avoine et munitions, que le Premier Consul a ordonné de former à Lucerne.

Alex. BERTHIER.

Joachim Murat (84), lieutenant général du général en chef, au Premier Consul.

Dijon, le 5 floréol an 8 (25 avril 1800).

J'arrive à l'instant, mon Général, de Pontarlier, où j'ai passé le 21e régiment de chasseurs à cheval en revue; sa force est de 502 hommes montés. Ce corps est superbe, sa tenue est des plus belles, ses chevaux sont excellents; il est très {p.172} bien armé et équipé; son habillement complet et confectionné se trouve malheureusement à Versailles, où il est resté, faute de moyens de transports. Je viens d'écrire au Ministre de la guerre, en l'invitant à donner les ordres les plus prompts pour que ces équipages soient sur-le-champ embarqués sur la Seine et remontés à Auxerre, où se trouve le dépôt de ce corps.

Je vais demain à Dôle, où je verrai les 11e et 12e régiments de hussards. J'irai, de là, à Saint-Jean-de-Losne, Seurre et Verdun, où se trouve cantonné le restant de la cavalerie. Elle est mal montée, en général.

Tout le monde est, ici, dans une attente cruelle, et, quoique votre arrivée à Dijon soit encore regardée comme un problème, on vous y désire ardemment. L'esprit public est excellent ici; vous êtes adoré de tout le monde, et je puis dire franchement que, si vous donnez la paix, vos droits à la reconnaissance nationale sont indestructibles.

L'armée vient d'être définitivement organisée. Le général Berthier a créé deux lieutenants généraux, Victor et Duhesme; ils auront chacun deux divisions sous leurs ordres; celle de la cavalerie se trouve sous les miens, commandée par le général Harville, les généraux Rivaud et Duvignau. J'attends Kellermann avec impatience.

Nous attendons ici, avec une impatience difficile à peindre, le résultat des premières affaires du Rhin.

On nous annonce une victoire par Masséna. Il est aisé de voir aujourd'hui que l'attaque du Mont-Cenis n'a été faite que pour masquer le mouvement de l'ennemi exécuté sur Gênes.

Pourquoi ne sommes-nous pas prêts? Ce serait, ce me semble, le moment de manoeuvrer en Italie. Ce mouvement, en forçant l'ennemi à un mouvement rétrograde, dégagerait Masséna et lui faciliterait des succès.

Mais, je dois vous le dire, nous ne sommes pas encore en mesure. Nous n'avons pas une cartouche, pas un affût de montagne; en un mot, l'artillerie n'est pas organisée; nous manquons absolument de fusils. Nous devons cependant espérer que, bientôt, nous pourrons nous rapprocher de la ligne des opérations militaires.

Berthier se donne tous les mouvements possibles. Il a acquis de l'amabilité depuis qu'il est à l'armée.

L'armée est très bien composée en officiers généraux. Nous vivons ici dans la plus grande union. Je ne puis, en mon particulier, que me louer de la manière véritablement amicale avec laquelle ils m'ont tous reçu. Les chefs de corps, surtout, m'ont témoigné le plaisir qu'ils avaient de se trouver sous mes ordres. Tous les généraux divisionnaires m'ont demandé et demandé au général en chef de faire partie des divisions que je devais commander. Je sais que je ne dois cet accueil flatteur qu'au bonheur de vous appartenir (85).

Recevez de nouveau l'assurance de ma reconnaissance et de mon entier dévouement.

Salut et respect.

J. MURAT. {p.173}

Si quelqu'un vous avait dit ou écrit que ma promotion de lieutenant général avait déplu ici à quelqu'un, je vous le dis franchement, il vous en aurait imposé.

On attend demain vos équipages, votre logement est prêt.

Marmont, général commandant en chef l'artillerie de l'armée de réserve, au général en chef.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800).

Permettez-moi, mon Général, d'appeler toute votre attention sur la situation de l'artillerie de l'armée. J'ai cru jusqu'à ce moment à un prompt et heureux changement, parce que j'ai compté sur les ressources que devait nous fournir Paris; mais l'arrivée d'un officier parti hier éloigne mes espérances.

Les 1200 chevaux destinés pour l'armée de réserve sont prêts à partir depuis huit jours et cependant aucuns ne sont encore en route. Le Ministre de la guerre n'a pas donné l'ordre de leur délivrer les harnais nécessaires, et, faute de cela, les chevaux restent à Paris et les objets d'artillerie qu'ils doivent nous amener ne nous arrivent pas.

Nous manquons de caissons; nous devons nous servir, à leur place, de charrettes à caisses, qui sont préférables; mais elles sont toutes encore à l'arsenal de Paris, quoique en état de partir.

On a fait 400 limonières pour l'armée; aucune n'est encore en route pour y arriver.

Au lieu de nous faire passer ces secours, on assure que l'on a dirigé vers l'armée d'Italie une partie des chevaux qui nous étaient destinés.

Je le répète de nouveau, mon Général, l'artillerie de l'armée de réserve n'aura de consistance qu'autant que ces 1,200 chevaux et l'approvisionnement qu'ils doivent amener seront arrivés. La pénurie des moyens de transport est si grande que l'artillerie de la division Chambarlhac est incomplète en chevaux, quoique la division du général Watrin n'en ait que la moitié, que les deux autres n'en aient point du tout et que le parc n'en rassemble pas plus de 75.

Cependant, nous avons des transports pressants à opérer, des fusils et du plomb à transporter, etc. Le moment viendra où l'armée fera un mouvement; l'artillerie se trouvera dans l'impossibilité de la suivre. L'exécution seule des premières intentions du Gouvernement peut nous tirer d'embarras; mais jamais elle n'aura lieu si le Premier Consul ne s'en fait rendre compte lui-même. Il existe dans les bureaux une lenteur et une insouciance qui nous deviendraient funestes; mais vous les ferez connaître au Gouvernement, et alors notre position changera sans doute.

Salut et respect.

MARMONT.

P. S. – Vous connaissez le peu de succès qu'ont obtenu les efforts du citoyen Boinod dans l'achat des mulets; nous sommes loin de pouvoir compter sur leurs secours, puisqu'il n'y en a encore qu'un très petit nombre de rassemblé. {p.174}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800), à 9 heures du soir.

Je vous ai fait connaître ce matin, citoyen Consul, que j'avais 22,000 hommes disponibles, mais que je ne pouvais les employer par le manque d'artillerie, de munitions et de chevaux.

Je comptais sur l'arrivée prochaine des objets annoncés; mais une lettre que je reçois du général Marmont et que je vous fais passer, me donne les plus grandes inquiétudes.

Serait-il possible que les opérations de cette armée se trouvassent paralysées par quelque négligence à exécuter vos ordres?

Nous n'avons que 300,000 cartouches, apportées par la division Chambarlhac; aucune lettre du Ministre ne me fait connaître l'époque de l'arrivée des 5 millions de cartouches qui me sont destinés.

Les dix-huit pièces d'artillerie, venues de l'armée de l'Ouest, ont été conduites par réquisition et sont sans chevaux. J'ai été obligé de prendre des chevaux d'artillerie de la division Chambarlhac pour atteler six pièces et trois caissons d'infanterie que j'ai donnés à la division Watrin, que je dirige sur Genève.

Pas de plomb, point de moules à balles ; j'en ai envoyé chercher à Metz.

Pas un seul caisson pour faire suivre les cartouches d'infanterie lorsqu'elles nous arriveront!

Pas un caisson pour les transports des effets des corps ni pour les services administratifs.

Les affûts-traîneaux vont arriver et il n'y a pas de chevaux pour porter les munitions.

Le commissaire Boinod n'a pas encore levé 400 mulets. Les subsistances de l'armée ne sont point assurées à Genève; je viens d'envoyer 100,000 francs.

Il est de mon devoir de me plaindre de la position dans laquelle se trouve une armée à laquelle vous portez si justement tant d'intérêt, et qui est paralysée, puisqu'elle ne pourrait agir qu'avec ses baïonnettes, faute de munitions et de moyens pour transporter son artillerie. {p.175}

Je vous envoie cette lettre par mon aide de camp, le citoyen Du Taillis (86), qui vous fera connaître la situation des choses, et qui vous donnera tous les renseignements que vous pourrez désirer.

Aucun des fusils achetés n'est arrivé. J'en ai emprunté 400 avant-hier à la 96e demi-brigade pour compléter ce qui manquait à la 22e, qui marche sur Genève.

Le général Lechi mande que le Ministre avait changé l'organisation que vous ai fait approuver pour la légion italique; ce corps, déjà malheureux, est inquiet, et tout changement nuirait essentiellement au bien du service et reculerait le moment de l'utiliser. Je vous prie d'ordonner que les choses restent telles qu'elles sont.

Je n'ai aucune nouvelle du général Moreau ni de Masséna.

L'esprit de l'armée est très bon. Je vous prie de dire au Ministre de ne plus m'envoyer de généraux; tous les jours il m'en annonce deux ou trois que je ne pourrai utiliser. Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Le Premier Consul au général Berthier.

Paris, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800).

Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 3 floréal. Vous devez avoir reçu de Murat 1,500,000 francs.

Vous trouverez ci-joint ce que j'ai accordé à l'armée de réserve dans les deux derniers conseils d'administration (87). {p.176} Je vais tenir la main à ce que l'on vous envoie sur-le-champ ce qui ne vous serait pas encore parvenu.

Écrivez à Lambert et à Boinod qu'ils activent, autant que possible, toutes les fournitures; que l'argent ne leur manquera pas.

A l'heure qu'il est, six pièces d'artillerie de la garde, avec 500 chevaux d'artillerie, doivent être arrivées.

Je reçois en ce moment une dépêche télégraphique qui m'annonce que, depuis ce matin, la canonnade est très forte sur le Rhin; ainsi Moreau est en pleine campagne.

Je désire bien un état de situation de votre armée et de la manière dont vous l'avez organisée.

Aujourd'hui, demain et après-demain, partiront successivement 600 chevaux, avec des munitions qui vous sont nécessaires pour votre armée.

Par un état que me remet Andréossy, il parait que tout est en mouvement.

Employez une partie des mulets qui existent à Bourg pour le service de votre artillerie.

Les nouvelles de Nice, de l'armée d'Italie, sont du 23.

Faites-moi passer, par des courriers extraordinaires, toutes les lettres, même particulières, que l'on recevrait à Dijon sur cette armée.

Tout va parfaitement ici, et le jour où, soit à cause des événements d'Italie, soit à cause de ceux du Rhin, vous penseriez ma présence nécessaire, je partirais une heure après la réception de votre lettre.

Je (88) vois avec peine que le séjour de Dijon vous donne de la mélancolie. Soyez gai.

BONAPARTE.

Le compte que vous m'avez envoyé, de Lambert, n'est pas clair (89). J'aurais désiré qu'il vous dît positivement la quantité de biscuit, avoine et eau-de-vie qui sera à Genève au 20 floréal (90).

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  1. Extrait du « Tableau de la nouvelle organisation de l'armée d'Italie aux ordres du général en chef Masséna », en date du 20 ventôse, an 8. {p.122}
  2. D'après les situations des 1er et 15 février.
  3. D'après les situations des 1er et 15 février.
  4. Le département du Mont-Blanc, chef-lieu Chambéry, correspondait à peu près au département actuel de la Savoie, mais comprenait Annecy.

    Le département du Léman englobait le territoire actuel de la Haute-Savoie avec Annecy en moins, Genève et Gex en plus; son chef-lieu était Genève.

  5. Cette lettre arrive au Ministre de la guerre le 9 avril. {p.123}
  6. Cette lettre arrive au Ministre le 12 avril.
  7. 1er avril.
  8. 8 avril.
  9. Un mot illisible. {p.124}
  10. Le même fait est signalé dans une lettre du 22 avril de Dupont au Ministre, – On n'a trouvé aucun détail sur cette affaire. {p.125}
  11. Valette (Antoine-Joseph-Marie), né le 26 janvier 1748, sous-lieutenant au régiment de Bourbonnais le 19 août 1766, lieutenant le 1er août 1770, sous-aide-major le 19 juin 1771, capitaine en 2e le 17 mai 1783, capitaine commandant le 8 juin 1789, adjudant général chef de brigade en 1793, général de brigade le 23 septembre 1793, confirmé dans ce grade le 6 novembre 1794,

    Il commanda des divisions territoriales, sous l'empire, fut retraité le 21 décembre 1814 et mourut le 21 juillet 1823. {p.126}

  12. Ces chiffres diffèrent peu de l'effectif indiqué par le chef de bataillon Caffe. commandant au Mont-Cenis, dans une lettre du 2 avril, publié par M. Auriol. (La défense du Var et le passage des Alpes. – Parie, Pion, 1890.) {p.127} {p.128} {p.129} {p.130}
  13. OEstreichische militärische Zeitschrift, tome II (1812), p. 698-710.
  14. Ce n'est pas la première fois que l'on songeait à surprendre le poste français du Mont-Cenis. En 1795 le général piémontais Thaon de Revel avait préparé un projet d'attaque en 5 colonnes pour le 7 septembre, projet qui n'avait pas été mis à exécution. (Mémoires sur la guerre des Alpes tirés des papiers du comte Ignace Thaon de Revel, p. 259-261.) {p.131} {p.132} {p.133} {p.134}
  15. Cette armée de réserve fut tellement effrayée de la prise du Mont-Cenis, qu'elle détacha de suite un corps de 6 à 8,000 hommes vers Chambéry et Grenoble. (Note du texte.) {p.135}
  16. Sauret au Ministre de la guerre, 9 avril. – Il semble donc que la garde nationale de Genève a marché. On pourrait croire le contraire, si l'on s'en rapportait au récit d'un habitant de Genève:

    « Les Autrichiens passèrent le Mont-Cenis et descendirent dans la Savoie. . . . . Les Français qui étaient dans nos murs s'y rendirent avec quelques pièces de campagne. L'on battit la générale dans Plainpalais et dans toute cette banlieue; tous s'empressèrent de se rendre en armes dans ce quartier; mais lorsqu'on proposa à ce bataillon de fournir des volontaires pour repousser l'ennemi, personne ne se présenta, aucun ne sortit du rang, et l'on n'eut d'autre (chose) à faire que de les renvoyer chez eux. . . . .» (Journal manuscrit de Bourdillon, 9 avril. Bibliothèque de Genève.)

  17. Klingler au Ministre de la guerre, 9 avril. {p.136}
  18. Gilly à Gaultier, inspecteur aux revues, 9 avril.
  19. Chabran an Premier Consul, 10 avril. – Ces troupes. partant le 10, arrivent à Lyon le 13 ou le 14 avril. Elles sont renvoyées à Chalon un peu plus tard.
  20. Le général Victor avait pris le commandement le 5 avril.

    Victor Perrin (Claude), né le 6 décembre 1765, entré au service dans le 4e régiment d'artillerie le 16 octobre 1781, sorti de ce corps par congé le 1er mars 1791, volontaire dans le 3e bataillon de la Drôme le 12 octobre 1791, adjudant sous-officier le 15 février 1792, adjudant-major au 5e bataillon des Bouches-du-Rhône le 4 août 1792, 2e chef de ce bataillon le 15 septembre, 1792, chef de brigade adjudant général provisoire le 2 octobre 1793, général de brigade provisoire le 20 décembre 1793, confirmé dans ce grade le 13 juin 1795, général de division le 10 mars 1797.

    Il devint maréchal de l'Empire le 13 juillet 1807, duc de Bellune en juillet 1808, major général de la garde royale le 8 septembre 1815, ministre de la guerre le 14 décembre 1821 et mourut le 1er mars l841.

  21. Lettres du général Turreau et du préfet du Mont-Blanc.
  22. Les étapes fixées à la 6e légère étaient: 12 avril, Arnay-sur-Arroux; 13, Chagny; {p.137} 14, Tournus; 15, Mâcon; 16, Villefranche; 17, Lyon; 18, Bourgoin; 19, Pont-de-Beauvoisin; 20, Les Échelles; 21, Chambéry. {p.138}
  23. Il semble que le Ministre savait depuis la veille les événements survenus au Mont-Cenis; son ordre au général Chabran est daté du 12 avril.
  24. Le Premier Consul avait recommandé « d'éviter avec soin de prendre dans les autres corps », attachant « beaucoup d'importance à ce qu'ils ne soient ni morcelés ni démembrés ».
  25. La réponse de Berthier est au chapitre précédent, p. 116. {p.139}
  26. Pour contribuer à former la division Chabran, le général Vignolle dirige sur Chalon-sur-Saône le 15 avril 500 conscrits arrivés à Beaune et primitivement destinés à la 17e légère.
  27. Chabran au Ministre, 17 avril. – Dans la même lettre, ce général rend compte « que le bataillon de la 88e a un arriéré de 15 décades dans la solde, tant pour les officiers que pour les soldats ».
  28. Étapes probables, d'après la carte des étapes de 1801 : Chalon-sur-Saône, Romenay, Bourg, Nantua, Chatillon-de-Michaille, Colonge, Genève. {p.140}
  29. En marge: Extrait de cette lettre a été donné aux bureaux de l'artillerie matériel, de l'habillement et de la solde. Le 14 floréal an 8. Simonin. {p.141}
  30. Cette pièce, datée du 21 avril, parut, sans titre et sans signature, dans le Moniteur du 22 avril. Bourienne, dans ses Mémoires, l'a intitulée « Note sortie du cabinet du Premier Consul ». Elle a été publiée dans la Correspondance de Napoléon, sous le titre: « Proclamation aux jeunes Français ». Elle se termine, en effet, par un appel aux armes.
  31. Cette version se trouvait dans une lettre du 15 avril, du général Gilly au général Vignolle. Elle n'avait aucun fondement sérieux et n'était basée que sur des lettres particulières. On a vu, p. 125, dans le rapport du général Turreau, que celui-ci ne put atteindre Suze, point de la vallée d'Oulx d'où part la route du Mont-Cenis. {p.142}
  32. Correspondance de Napoléon, 4722.
  33. Voir situation du 16 avril, annexe n° 8. {p.143}
  34. Dupont (Pierre), né à Chabanais (Charente), le 4 juillet 1765, officier d'artillerie au service de la Hollande de 1787 à 1790, sous-lieutenant au 12e régiment d'infanterie le 21 juillet 1791, capitaine le 12 janvier 1792, lieutenant-colonelle 18 septembre 1792, chef de brigade adjudant général le 16 avril 1793, général de brigade provisoire le 26 août 1793, confirmé dans ce grade le 31 octobre 1795, général de division le 2 mai 1797.

    Il signa la capitulation de Baylen le 19 juillet 1808, fut destitué le 1er mars 1812, devint ministre de la guerre le 13 mai 1814, fut retraité le 13 août 1832 et mourut le 7 mars 1840. {p.144}

  35. Divisions Watrin, Chambarlhac, Boudet, Loison. (V. p. 146.)
  36. Cette version n'est pas exacte, l'ennemi avait évacué le Mont-Cenis dès le 9, trois jours avant le mouvement offensif du général Turreau. {p.145} {p.146}
  37. Annotation de la main de Carnot:

    Faire passer l'état ci-joint au général Daboville, avec invitation de faire les plus grands efforts pour compléter l'artillerie et les approvisionnements de guerre qui manquent à l'armée de réserve. L'inviter, de plus, à me faire part, sans délai, des mesures qu'il aura prises.

    Renvoyer la lettre au bureau du mouvement.

    C.

    Puis, d'une autre écriture:

    Copie de cette lettre, avec l'état qui l'accompagnait, a été envoyée, le 1er floréal courant, au général Daboville, avec une lettre pressante du Ministre. {p.147}

  38. Watrin (François), né à Beauvais le 30 janvier 1772, chasseur dans la légion belge, devenue 17e régiment de chasseurs à cheval, le 27 septembre 1792; brigadier fourrier le 11 novembre 1792, maréchal des logis en chef le 17 janvier 1793, sous-lieutenant le 3 mars 1793, lieutenant le 6 juin 1793, capitaine le 7 août 1793, adjudant général chef de bataillon le 18 mars 1794, chef de brigade adjudant général le 13 juin 1795, général de brigade le 1er janvier 1796, général de division le 30 juin 1799.

    Il mourut le 22 novembre 1802, à l'armée de Saint-Domingue.

  39. Le 23 avril, le général Marescot répartissait les 8 officiers du génie dans les quatre divisions de l'armée de réserve:

    BERTHOIS, BARAILON, à la division commandée par le général Loison.

    DELARD, LAFAILLE, à la division commandée par le général Chambarlhac.

    HUARD, BERNARD, à celle commandée par le général Watrin.

    CAFIN, TARDIVI, à celle commandée par le général Boudet.

    (Livre d'ordres du général Marescot. – Arch. du génie.)

  40. Lisez Rivaud (Jean). {p.148}
  41. Il est à remarquer que la division Chabran et la légion italique ne figurent pas dans cet ordre. Cet oubli fut relevé par le général Chabran. (Lettre à Dupont le 2 mai.)
  42. La veille, 19 avril, Berthier avait déjà fait mettre en route la 6e légère, par l'ordre suivant, adressé à Dupont:

    « Vous enverrez, par un courrier extraordinaire, l'ordre aux 1er et 2e bataillons de la 6e demi-brigade d'infanterie légère qui est à Lyon, d'en partir pour se rendre à Genève, où ils resteront jusqu'à nouvel ordre.

    « Le 3e bataillon se tiendra prêt à quitter Lyon au premier ordre qu'il recevra. »

    Les 1er et 2e bataillons furent mis en mouvement le 21 avril (Gilly au Ministre, 29 avril) et reçurent à Genève l'avis de leurs destinations de Saint-Maurice et Vevey.

    La 6e légère, en quittant Saulieu, le 12 avril, avait reçu l'ordre « d'amener avec elle tous les conscrits armés et de laisser tous ceux qui ne le sont pas ».

    Ces derniers partaient de Saulieu le 25 avril et étaient dirigés sur Genève, où ils arrivaient le 2 mai, suivant l'itinéraire Arnay-sur-Arroux, Chagny, Chalon, Romenay, Bourg, Nantua, Châtillon.

    Le dépôt restait à Saulieu.

  43. Ordre aux 1er et 2e bataillons de la 6e légère.

    30 germinal (20 avril).

    En conséquence des dispositions du général en chef, il est ordonné aux 1er et 2e bataillons de la 6e demi-brigade d'infanterie légère qui ont eu ordre de se rendre à Genève, d'en partir le lendemain de leur arrivée pour se rendre, le 1er bataillon à Saint-Maurice et le 2e à Vevey, où ils cantonneront jusqu'à nouvel ordre.

    DUPONT.

    Cet ordre était adressé à Genève au général Sauret, chargé de le transmettre et d'en assurer l'exécution. {p.149}

  44. Ordre au 3e bataillon de la 6e légère.

    30 germinal (20 avril).

    En conséquence des dispositions du général en chef, il est ordonné au 3e bataillon de la 6e demi-brigade d'infanterie légère, maintenant à Lyon, d'en partir avec armes et bagages, le 4 floréal prochain, pour se rendre à Lausanne, en suivant la route ci-jointe :

    Le 4 floréal à Trévoux, le 5 à Châtillon, le 6 à Bourg, le 7 à Thoirette, le 8 à Saint-Claude, le 9 à Nyon et le 10 à Lausanne.

    DUPONT.

    Cet ordre, adressé au général Gilly, commandant à Lyon, n'arriva dans cette ville que le 27 avril, soit sept jours pour aller de Dijon à Lyon, tandis que l'ordre envoyé le 19, par courrier extraordinaire, arrivait dans la journée du 20.

    Le 3e bataillon de la 6e légère ne put se mettre en marche que le 28.

    Il n'avait ni solde ni équipement, et on ne put « même lui faire distribuer des souliers, dont il avait le plus extrême besoin. . . . .» (Gilly au Ministre, 29 avril.)

    Ce bataillon n'arrivait donc à Lausanne que le 4 mai.

  45. Cette indication doit être un lapsus. C'est du 3e bataillon de la 9e légère qu’il s'agit; aucun bataillon de la 59e ne pouvait être à Lausanne.

    Ordre au bataillon de la 9e légère.

    30 germinal (20 avril).

    En conséquence des dispositions du général en chef, il est ordonné au bataillon de la 9e demi-brigade légère, qui est à Lausanne, d'en partir avec armes et bagages au reçu du présent ordre, pour se rendre à Poligny. Le Commissaire des guerres, de résidence à Lausanne, lui expédiera un ordre de route dont il enverra un double à l'état-major général. Ce bataillon se réunira, à Poligny, aux deux autres bataillons de la même demi-brigade.

    DUPONT.

  46. Lisez: 2 floréal (22 avril).
  47. Au commandant de la 22e demi-brigade de ligne.

    Conformément aux dispositions arrêtées par le général en chef, il est ordonné à la 22e demi-brigade de ligne, actuellement à Chanceaux, d'en partir le 2 floréal pour se rendre à Genève, en suivant la route ci-jointe:

    Le 2 floréal à Dijon, le 3 séjour, le 4 à Auxonne, le 5 à Dôle, le 6 à Scellières, le 7 à Lons-le-Saunier, le 8 à Saint-Claude, le 9 à Gex, le 10 à Genève.

    DUPONT.

    D'après le tableau de marche du 26 avril, la 22e ne faisait pas séjour à Dijon, était le 3 floréal (23 avril) à Auxonne et le 9 floréal à Genève.

    Le fait est confirmé dans une lettre, écrite le 23 avril par l'adjudant général Hulin à, l'ordonnateur Dubreton, lui demandant deux voitures pour transporter « de suite des armes à Auxonne aux conscrits qui ont été incorporés ce matin dans la 22e demi-brigade de ligne ». {p.150}

  48. Au commandant de la 40e demi-brigade de ligne.

    En conséquence des dispositions arrêtées par le général en chef, il est ordonné à la 40e demi-brigade de ligne, actuellement à Semur, d'en partir après-demain, 2 floréal, pour se rendre à Genève, en suivant la route ci-jointe:

    Le 2 floréal à Vitteaux, le 3 à Dijon, le 4 séjour, le 5 à Auxonne, le 6 à Dôle, le 7 à Scellières, le 8 à Lons-le-Saunier, le 9 à Saint-Claude, le 10 à Gex, le 11 à Genève.

    DUPONT.

    Ces deux ordres de départ pour les 22e et 40e étaient envoyés par Dupont au général Watrin, en le priant de « recommander aux chefs de corps d'envoyer sur-le-champ à Dijon des officiers avec l'état de leurs besoins, afin qu'à leur passage dans cette place, on leur fasse délivrer tous les effets nécessaires ».

  49. Les revues sont passées le 22 avril pour la 22e et le 24 pour la 40e.
  50. Dupont prévenait l'ordonnateur en chef du départ des 22e et 40e, le priait de prendre toutes les dispositions nécessaires pour leur faire délivrer à Dijon « tous les objets dont ils peuvent avoir besoin », et ajoutait:

    « . . . . . Il est également indispensable que vous vous occupiez d'organiser les administrations qui doivent être attachées à la division commandée par le général Watrin, qui {p.151}

  51. La division Boudet comprenait alors :

    La 59e, dont deux bataillons arrivaient à Mirebeau le 21 avril, et dont un bataillon cantonnait, depuis le 2 avril, dans cette ville;

    La 30e, non encore arrivée, venant de Paris et d'Embrun;

    La 9e légère, dont deux bataillons arrivaient à Poligny le 24 avril, et dont le 3e bataillon était à Lausanne.

  52. C'est le général Gobert qui commanda la division avant l'arrivée du général Loison, lequel rejoignit ses troupes à Nyon, le 7 mai.
  53. On ne put donner que 20 coups par homme. (Lettre de Dupont au Ministre, v. p. 170.) {p.152}
  54. Voir plus loin dans une lettre de Watrin à Dupont, l'importance de ce mot: soutenir.
  55. Le général Watrin, qui était à Dijon, recevait les ordres de départ le même jour et en accusait réception au général Dupont à 10 h. 1/2 du soir.

    « Je reçois à l'instant, citoyen Général, vos ordres de départ pour les 22e et 40e de bataille. Je les leur transmets de suite.

    « Les intentions du général en chef et les vôtres sur le nouvel emplacement de ma division seront exactement suivies. J'aurai soin de vous instruire souvent des dispositions que j'aurai prises.

    « Salut et fraternité.

    « WATRIN. »

  56. Le 23 avril, le chef d'état-major de la division Watrin dirigeait sur Genève l'ambulance de la division.

    « Le directeur de l'ambulance des hôpitaux attaché à la division commandée par le général Watrin fera diriger ses caissons sur Genève, où il attendra de nouveaux ordres. – HULIN. »

    Le 26 avril, à 8 heures du matin, partaient également de Dijon le détachement du 11e de hussards et le détachement de gendarmerie. (Registre d'ordres de la division Watrin, 25 avril ) {p.153}

  57. Le général Gassendi, directeur du parc d'artillerie, au général Berthier.

    Dijon, 30 germinal an 8 (20 avril 1800).

    Citoyen Général,

    Il faut quatre bataillons du train de l'artillerie, pour le service de cette arme, à l'armée de réserve; chacun de ces bataillons à 601 chevaux.

    L'arrêté des Consuls du 14 pluviôse prescrit que la masse d'entretien, pour les ferrages, médicaments, harnais, est, par chaque cheval, de 5 francs par mois; il faut donc, par mois, pour les quatre bataillons, 12,020 francs.

    Cette masse suppose les premières dépenses faites, et elles ne le sont pas. On peut évaluer cette première avance à une somme de 10,000 francs.

    Nombre de ces chevaux, dont on fait la reprise, se trouvant nus, ou les harnais n'étant pas susceptibles de passer de l'allemande à la française, ce qui est absolument indispensable, il faut encore compter, 15 francs par cheval, ce qui fera, pour les quatre bataillons, 36,060 francs.

    Ainsi, je vous demande la somme de 48,080 francs pour le moment présent. Son emploi devant être sous la surveillance du conseil d'administration du grand parc, auquel sont soumis ceux des bataillons du train. On doit être sans inquiétude à ce sujet.

    Vous avez ordonné au commissaire ordonnateur de payer la masse et la solde des hommes.

    Salut et respect.

    GASSENDI.

  58. Le lendemain, 21 avril. Lauriston écrivait au Premier Consul:

    « C'est l'approvisionnement des caissons d'infanterie qui nous manque; avec cela, l'armée pourrait être sur un pied assez respectable. » {p.154}

  59. Lauriston rectifiait cette erreur dans sa lettre au Premier Consul, le lendemain, 21 avril :

    « C'est le général Malher et non le général Duvignau qui est général de brigade avec le général Gency dans la division Watrin. » {p.155}

  60. Duhesme (Philibert-Guillaume), né à Bourgneuf le 7 juillet 1766, avait été capitaine des volontaires du bataillon de Saône-et-Loire le 29 septembre 1701, chef du bataillon franc du Hainaut le 26 octobre 1792, général de brigade provisoire le 7 octobre 1793, maintenu dans ce grade le 12 avril 1794, général de division le 8 novembre 1794.

    Il mourut le 20 juin 1815, des suites d'une blessure reçue sur le champ de bataille de Waterloo.

  61. Ce groupement des divisions fut modifié dans la suite, avant l'ouverture des hostilités. Le 9 mai, Duhesme reçut le commandement des divisions Boudet et Loison. Victor, celui des divisions Chambarlhac et Chabran, et la division Watrin fut mise sous les ordres de Lannes. {p.156}
  62. Voir Annexe n° 9, la situation établie en exécution de cet ordre.
  63. Marmont dit, dans ses Mémoires, t. 2, P. 111, qu'il aurait préféré le commandement d'une brigade d'infanterie, mais que le Premier Consul, auquel il exposa son désir, ne lui laissa pas le choix et tint à le garder à la tête de l'artillerie de l'armée de réserve.

    Marmont (Auguste-Frédéric-Louis Viesse), né le 20 juillet 1774, avait été sous-lieutenant aux bataillons de garnison de Chartres le 6 juillet 1790, élève sous-lieutenant d'artillerie le 1er mars 1792, lieutenant le 1er septembre 1792, capitaine le 15 décembre 1793, chef de bataillon le 8 février 1796, chef de brigade le 13 octobre 1796, général de brigade le 10 juin 1798.

    Il devint général de division le 9 septembre 1800, premier inspecteur général d'artillerie le 16 septembre 1802, colonel général des chasseurs à cheval le 1er février 1805, maréchal d'Empire le 12 juillet 1809, et duc de Raguse en mars 1809.

    Il mourut le 3 mars 1852.

  64. Sur la situation du 16 avril, la 22e n'a que 1770 présents sous les armes et la 40e, que 1815. {p.157}
  65. On eut beaucoup de peine à trouver assez de fusils pour les conscrits incorporés dans les 22e et 40e. Berthier écrit à Dupont le 23 avril :

    « Je vous prie de faire partir demain, à la pointe du jour, un officier de l'état-major, pour rejoindre, où il le pourra, les 600 fusils partis d'Auxonne le 2 pour se rendre à Bourg et qui sont destinés à la légion italique. Il fera rétrograder ces armes et les conduira lui-même à Genève, où il les mettra à la disposition du général Watrin. Vous lui donnerez toute autorité pour l'exécution de cet ordre. Vous préviendrez la légion italique qu'incessamment elle recevra les armes qui lui sont nécessaires.

    « Alex. BERTHIER. »

  66. Voir p. 213, la mission donnée à ce sujet par le Premier Consul à Lefebvre Desnoëttes. {p.158}
  67. Cet état n'a pas été retrouvé.
  68. Loi du 23 floréal an 5 (12 mai 1797), relative à la solde.
  69. Le système des masses venait d'être rétabli par la loi du 26 fructidor an 7 (12 septembre 1799). Il s'étendait à toutes les dépenses autres que la solde.

    Le taux annuel des masses était le suivant:

    {p.159}
    Massede boulangerie. 51 francs par homme (750 grammes de pain par jour).
    de fourrages. 300 francs par cheval.
    d'étapes 8 francs par homme.
    de chauffage. 10 francs
    de logement. 20 francs
    des hôpitaux, 24 francs
    Masse d'habillement, variant de 25 francs par homme (infanterie de ligne) à 50 francs (hussards).
    d'entretien, variant de 8 francs par homme (infanterie de ligne) à 12 fr. 20 (chasseurs, hussards, canonniers à cheval).
    de linge et chaussure, retenue de 8 centimes par homme dans les armes montées et de 5 centimes dans l'infanterie.
    de remonte, variant par homme monté de 90 francs (carabiniers) à 60 francs (chasseurs, hussards, canonniers à cheval).

    Cette loi, modifiée pour certains chiffres par la loi du 23 fructidor an 8 (10 septembre 1800), régit l'armée pendant tout le premier Empire.

  70. 14 avril. {p.160}
  71. « Notice sur le parc de Sampigny. – Le parc de Sampigny est destiné à la construction des caissons, forges de campagne, guimbardes et, généralement, toutes les voitures nécessaires aux différents services et armes.

    « On y fabrique également les harnais nécessaires aux attelages de ces différentes voitures.

    « Cet établissement est limitrophe des départements de la Meuse et de la Moselle, situé au milieu des forêts et environné de forges. On s'y procure avec avantage et facilité les bois, les fers et les charbons.

    « La création du parc de Sampigny date de la guerre de 1740. Ce parc fut, dans l'origine, aux munitionnaires généraux . . . . .»

    (Archives nationales, carton AF, IV, 1183).

  72. C'est la présence à Dijon de ces officiers réformés, de ces vétérans et invalides, en même temps que de ces conscrits, qui servit sans doute de thème à une caricature de {p.161} l'époque, représentant un enfant donnant la main à un invalide, avec la légende: « Armée de réserve de Bonaparte », et qui contribua â créer la légende de la non-existence de l'armée de réserve. Pour tout observateur sérieux, la présence de demi-brigades entières à Dijon et dans toutes les villes voisines, ne pouvait laisser aucun doute sur la réalité de la concentration.
  73. Berthier (Louis-Alexandre), né à Versailles le 20 novembre 1753, ingénieur-géographe des camps et armées le 1er janvier 1766, lieutenant le Il mars 1770, capitaine attaché aux dragons le 2 janvier 1777, aide-maréchal-général-des-logis le 2 décembre 1787, rang de major et chevalier de Saint-Louis le 1er juillet 1788, rang de lieutenant-colonel le 11 juillet 1789, adjudant général colonel le 1er avril 1791, maréchal de camp le 22 mai 1792. suspendu le 20 septembre 1792, réintégré le 5 mars 1795, général de division le 13 juin 1795, général en chef de l'armée d'Italie le 9 décembre 1797, ministre de la guerre le 11 novembre 1799.

    Il avait fait la guerre en Amérique de 1780 à 1783.

  74. Quel ironique démenti devaient lui donner les événements! Il allait faire encore la guerre pendant quatorze ans, devenir maréchal, prince, vice-connétable et épouser une princesse de Bavière!

    Il fut maréchal d'Empire le 19 mai 1804, grand-cordon et chef de la première cohorte de la Légion d'honneur le 2 février 1805, grand veneur de France, prince souverain de Neuchâtel et Valangin le 31 mars 1806, vice-connétable de l'Empire le 9 août 1807 et prince de Wagram le 15 août 1809. Il mourut d'une chute qu'il fit d'un balcon, à Bamberg (Bavière), le 1er juin 1815.

  75. Lettre du 22 avril. Voir chapt. XII. {p.162}
  76. Cette dernière phrase est de la main de Berthier. {p.163} {p.164}
  77. Sans doute pour: il n'est arrivé encore que sept compagnies, etc. {p.165}
  78. Il s'agit sans doute de la lettre du Premier Consul du 22 avril. V. p. 118. {p.166}
  79. V. l'Annexe n° 9. {p.167}
  80. Cette affirmation semble un peu exagérée. Les premiers éléments de la division Watrin arrivant sur le lac de Genève étaient les deux bataillons de la 6e légère, qui, partis le 21 avril de Lyon, arrivaient le 26 à Genève.

    La 22e, partie de Dijon le 23 avril, ne pouvait atteindre Genève que le 29; la 40e, que le 1er mai. {p.168}

  81. En face de cet alinéa, Carnot a mis au crayon: approuvé.

    Berthier (César – Gabriel – Berluy ), troisième frère d'Alexandre Berthier, né le 4 novembre 1765, sous-lieutenant au régiment provincial d'artillerie de La Fère le 17 octobre 1782, avait rang de capitaine d'infanterie le 1er janvier 1786, était adjoint au {p.169} corps de l'état-major le 16 novembre 1788, adjudant général lieutenant-colonel le 8 février 1792, démissionnaire le 1er juin 1792, adjudant général chef de brigade le 18 novembre 1796.

    Il devint général de brigade le 4 septembre 1802 et général de division le 3 janvier 1806.

    Le frère cadet de Berthier, Léopold Berthier, avait aussi été sous-lieutenant au régiment d'artillerie de La Fère; il avait servi dans les ingénieurs-géographes et venait d'être fait général de brigade, en 1799, sur le champ de bataille de la Trebbia. Il devint général de division en 1805.

  82. Alors que Berthier était ministre. (Voir p. 110.) {p.170}
  83. 10 au 15 mai. {p.171}
  84. Murat (Joachim), né à Labatide-Fortonière le 25 mars 1767, avait été chasseur au 12e régiment le 23 février 1787, brigadier le 29 avril 1792, maréchal des logis le 15 mai 1792, sous-lieutenant le 15 octobre 1792, lieutenant le 31 octobre 1792, capitaine le 14 avril 1793, chef d'escadron au 21e de chasseurs à cheval le 14 août 1793, avait rang de chef de brigade le 11 novembre 1793, devenait aide de camp du général Bonaparte le 29 février 1796, général de brigade le 10 mai 1796, général de division provisoire le 25 juillet 1799, était confirmé dans son grade le 19 octobre 1799 et était lieutenant du général en chef le 1er avril 1800.

    Il devint gouverneur de Paris le 15 janvier 1804, membre du Corps législatif le 17 août 1804, maréchal de l'Empire le 19 mai 1804, grand amiral et prince de l'Empire le 1er février 1805, grand-duc de Berg et de Clèves le 15 mars 1806, lieutenant général du royaume d'Espagne le 2 mai 1808 et roi de Naples le 1er août 1808.

    Il mourut, fusillé, à Pizzo (Calabre), le 13 octobre 1815. {p.172}

  85. Il avait épousé civilement Caroline Bonaparte le 20 janvier 1800; son mariage religieux fut célébré le 7 janvier 1802. {p.173} {p.174} {p.175}
  86. Du Taillis (Adrien-Jean-Baptiste-Amable Ramond du Bose), né le 12 novembre 1760, avait été cadet dans le corps de Nassau-Siegen le 1er février 1779, était devenu capitaine de gardes nationales le 1er septembre 1789, aide de camp du général Berthier en mars 1795, chef de bataillon le 16 avril 1795, chef de brigade le 13 novembre 1797.

    Il devint général de brigade le 29 août 1803, général de division le 29 juin 1807 et pair de France le 11 octobre 1832. Il mourut le 4 février 1851.

  87. Distribution du 23 germinal (13 avril) :
    Solde. 800.000 1.200.000
    Subsistances. 400.000

    Distribution du 3 floréal (23 avril) :

    {p.176}
    Solde. 500.000 1.500.000
    Dépenses pour approvisionnements extraordinaires et achats de mulets 300.000
    Organisation des attelages pour activer les transports. 400.000
    Subsistances 300.000
  88. Ces deux dernières lignes sont écrites de la main du Premier Consul.
  89. Situation des approvisionnements de Genève, le 31 avril. y. Annexe n° 11.
  90. Correspondance de Napoléon, n° 4731.

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96