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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 1 Chapitre 3

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.38}

(PREMIÈRE PARTIE)
CHAPITRE III
PREMIERS PROJETS D'OPÉRATIONS

Double but de l'armée de réserve. – Reconnaissances des passages du Splugen et du Saint-Gothard. – Projet d'opérations du Premier Consul pour l'armée du Rhin. – Projet du général Moreau. – Reconnaissance du Valais. – Instructions du 25 mars et du 9 avril pour les généraux en chef des armées du Rhin, d'Italie et de réserve. – Convention militaire entre Moreau et Berthier.

L'armée du Rhin, considérablement renforcée et bien pourvue, était en état de franchir le fleuve et de déboucher de la Suisse. L'armée d'Italie, fort réduite et manquant de tout, ne pouvait que garder la chaîne des Alpes et de l'Apennin, du Mont-Blanc à Gênes.

Placée à égale distance des points importants du théâtre de la guerre (1). l'armée de Dijon est en situation de remplir un double objet, mentionné avec précision dans les Mémoires de Napoléon.

. . . . . Il devenait donc urgent que l'armée française du Rhin prît vigoureusement l'offensive . . . . .

. . . . . Une armée de réserve de 35,000 hommes fut réunie sur la Saône, pour se porter au soutien de l'armée d'Allemagne, si cela était nécessaire, déboucher par la Suisse sur le Pô et prendre l'armée autrichienne à revers. . . . . {p.88}

. . . . . L'armée de réserve qu'il réunit sur la Saône, à portée d'entrer en Allemagne, si cela était nécessaire. . . . .(2). »

L'intention d'appuyer l'armée du Rhin est indiquée dans une lettre adressée par le Premier Consul à Moreau, le 1er mars:

. . . . . Il n'est pas impossible, si les affaires continuent à bien marcher ici, que je sois des vôtres pour quelques jours. . . . .(3).

Et dans une autre lettre à Brune, du 5 mars:

. . . . . Il serait possible que, vers le 10 germinal, je me portasse au Rhin. . . . .(4).

Quant aux débouchés de Suisse en Italie. dès le 31 janvier, le Premier Consul avait envoyé son aide de camp Duroc à l'armée du Rhin, pour parcourir les avant-postes (5), afin, disait-il, « que j'aie toujours auprès de moi quelqu'un qui connaisse la nature de ce pays (6). » {p.89}

Le 18 février, il dicte à Bourienne la note suivante, relative au passage de l'armée de réserve par le Splugen :

L'on suppose la réserve arrivée à Zurich (7).

Il y a de là à Coire30 lieues, ce qui fait 6 jours de marche.
De Coire au mont Splugen. 10ci 2 jours;
Du Splugen à Morbegno. 12ci 2 jours;
De Morbegno à Bergame. 12ci 2 jours;
Totaux. 64 lieues, 12 jours.

Il faudrait acquérir des renseignements sur cette route; des voitures peuvent-elles passer?

Avoir le détail, lieue par lieue, avec les villages, leur population, mauvais passages, ponts, etc.

Il est difficile de se hasarder à placer des magasins à Coire ou au Splugen, parce que, à la première marche rétrograde, ils se trouveraient pris, et que d'ailleurs une opération de cette nature ne peut réussir qu'avec un extrême secret.

Il faudrait donc que l'armée partit de Zurich avec des vivres pour quinze jours. Il serait facile d'avoir un entrepôt de vivres qui serait conduit de Zurich jusqu'à l'extrémité du lac, par eau; ce qui diminuerait les transports de trois jours. Il ne s'agirait donc plus que de transporter des vivres pour douze jours.

Le soldat pourrait prendre, en partant de Zurich, pour quatre jours de vivres. Il n'en faudrait donc plus que pour huit jours.

Un mulet porte 200, c'est-à-dire qu'il faut cinq mulets pour nourrir 1000 hommes pendant un jour, et pendant huit jours, 40 mulets. En supposant 50,000 hommes, cela fait 2,000 mulets.

Ainsi, en supposant 75,000 bouches, y compris d'ailleurs {p.90} ce qu'il faudrait pour le transport de l'eau-de-vie, cela ferait 3,000 mulets.

Il est à remarquer qu'on suppose les choses au pire, parce qu'il serait facile, lorsqu'on devient dans le cas de faire ce mouvement, d'être maître de Coire et d'avoir fait faire une partie du voyage à une portion de ces mulets pour porter des vivres à Coire.

Peut-être serait-il possible d'avoir à Lucerne un dépôt de vivres, de les transporter par le lac à Altdorf, et de là de faire faire un ou deux voyages au Splugen à un grand nombre de mulets.

Si les circonstances rendaient ces deux combinaisons possibles, alors la moitié des mulets suffirait.

Il faudrait donc avoir à Lucerne et à Zurich du biscuit pour les rations de quinze jours, moins quatre jours qui pourraient être donnés en pain, ce qui ferait onze jours. Il faudrait au moins onze jours pour la retraite, qu'on ferait filer de Zurich et de Lucerne au magasin du Splugen, dans le cas que l'armée serait pressée.

Ce seraient donc 1,650,000 rations de biscuit qu'il faudrait avoir en réserve à Lucerne et à Zurich.

Le 1er mars, Lemarrois reçoit l'ordre de compléter la reconnaissance de Duroc en allant au Saint-Gothard (8), bien que l'idée d'opérer par la haute vallée du Rhin, et même par le Tyrol, soit encore nettement exprimée dans une lettre du Premier Consul à Masséna, en date du 5 mars:

. . . . . Quels que soient les événements, mettez une bonne {p.91} garnison dans Gavi, des approvisionnements, un brave homme; recommandez-lui de ne pas se décourager, car, dans tous les cas, nous le dégagerons, fût-ce même par Trente. . . . .(9).

* * *

Une manoeuvre aussi hardie aurait obligé l'ennemi à évacuer immédiatement toute l'Italie. Elle ne pouvait être entreprise qu'autant que l'armée de Moreau aurait débouché dans la vallée du Danube en liant ses mouvements avec ceux de l'armée de réserve.

Le Premier Consul au général Berthier, Ministre de la guerre.

Paris, le 10 ventôse an 8 (1er mars 1800).

Je vous prie, citoyen Ministre, de faire connaître par un courrier extraordinaire, au général Moreau, que mon intention est que son infanterie soit partagée en dix divisions, chacune de 10,000 hommes.

Le premier corps, composé de deux divisions20,000hommes.
Le second, de trois divisions. 30,000
Le troisième, de deux divisions. 20,000
Le quatrième, de trois divisions. 30,000
Total 100,000 hommes.

Ce quatrième corps portera le nom de corps de réserve, et sera commandé par le général Lecourbe. Il est en effet destiné à servir de corps de réserve aux trois autres corps, à garder la Suisse, et à combiner ses opérations avec ceux de l'armée d'Italie.

Vous ferez part au général en chef Moreau de mon désir qu'il place pour garnison, à Mayence, Strasbourg, et dans toutes les places de première ligne, les dépôts de toutes ses demi-brigades et de ses régiments de cavalerie; {p.92}

Qu'avant lé 1er germinal (10) toute son armée se trouve le plus concentrée que faire se pourra dans l'intervalle de Bâle à Constance, et, pour la facilité des subsistances, la gauche pourra s'étendre jusqu'à Strasbourg;

Qu'il fasse, le plus tôt possible, jeter un pont sur l'Aar, de manière que tous les mouvements de Bâle à Constance soient extrêmement rapides;

Qu'il fasse rassembler tout ce qui est nécessaire pour pouvoir jeter trois ponts, tout l'étendue sera calculée sur la largeur du Rhin, entre Schaffouse et Constance;

Qu'il distribue sa cavalerie comme il le jugera convenable, en affectant au 4e corps 3,000 hommes, la plus grande partie en chasseurs ou hussards;

Qu'il fasse construire des traîneaux pour traîner une trentaine de pièces de 8 et d'obusiers, lequel parc de montagne se trouvera attaché à la réserve.

Vous donnerez les ordres pour faire réunir, le plus tôt possible, à Genève, 1,500,000 rations de biscuit et 100,000 pintes d'eau-de-vie, 100,000 boisseaux d'avoine.

Un parc de 1000 boeufs sera réuni à Bourg (département de l'Ain) pour le 1er germinal, et vous préviendrez le général Moreau que ce biscuit ne sera distribué que sur un ordre particulier de vous, indiquant une destination particulière.

Enfin vous prendrez des mesures: 1° pour faire faire, dans le Dauphiné et les autres pays de montagnes de France, l'achat de 1000 mulets de bât, lesquels devront être rendus à. . . . .(11) au 1er germinal; 2° pour faire louer, par réquisition, si cela est nécessaire, 1000 mulets des départements de France où il y en a, et les organiser en brigades (chaque mulet aura son bât); 3° pour faire réunir à Grenoble, le plus tôt possible, vingt traîneaux pour des pièces de 8, et dix pour des pièces de 4.

Vous ferez connaître au général Moreau que je désire que son chef d'état-major se rende en toute diligence à Paris, avec l'organisation de l'année conformément à ce qui est ci-dessus.

Ce chef d'état-major reportera à son retour le plan des premières {p.93} opérations de la campagne, combiné avec celui des autres armées.

Si le général Moreau avait besoin de son chef d'état-major, il enverrait sur-le-champ à Paris le général Lecourbe, avec un des adjudants généraux de l'état-major du général Moreau.

Vous activerez l'organisation des légions italiennes, de manière qu'elles puissent entrer en campagne en germinal. S'il existait des détachements de ces légions dans la ci-devant Provence, vous les ferez mettre sur-le-champ en marche, pour les réunir dans les différentes petites places de la Saône et dans la ci-devant Bourgogne.

Vous donnerez l'ordre pour qu'au 1er germinal il y ait à Genève 2 millions de cartouches, et 5,000 cartouches à balles et à mitraille des calibres de 4, 8, et d'obusiers, dans la proportion suivante: moitié de 8, un quart de 4, un quart d'obusiers.

Vous enverrez le citoyen Guériot commander l'artillerie à Genève, et organiser une salle d'artifices et des magasins pour des dépôts (12).

. . . . .

BONAPARTE.

En exécution de cet ordre, le général Dessolle, chef d'état-major de Moreau, arrive à Paris le 13 mars. Après une discussion assez vive avec lui (13), le Premier Consul expose ses vues dans la note suivante, où il tient compte des objections de Moreau.

Cette note est communiquée, avant son départ de {p.94} Paris, au général Dessolle, qui y inscrit en marge ses observations (14).

Le premier bataillon de la 9e d'infanterie légère fait partie de l'armée du Rhin; il recevra ordre de se rendre à Lausanne.

1° La 5e de ligne se rendra le plus tôt possible de l'armée du Rhin à Lille en Flandre;

Le 12e de ligne, à Paris;

Le bataillon de la 11e légère qui est à Bitche, à Gand;

La 27e légère et la 17e de ligne, en Batavie;

Les ordres sont donnés pour faire partir de la Batavie pour Mayence la 66e de ligne.

2° L'armée du Rhin (infanterie) sera divisée en quatre grands corps d'armée (15):

Le premier, composé de trois divisions:

1re division 5,000 hommes;
2e 10,000
3e 5,000

Le second corps, de quatre divisions:

{p.95}
1re division(ou avant-garde) 5,000 hommes.
2e 10,000
3e 10,000
4e 5,000

Le troisième comme le premier, le quatrième comme le second;

Les trois premiers grands corps porteraient le nom de corps d'armée du Rhin; le quatrième, de corps de réserve (16).

3° La cavalerie serait partagée en divisions (17) composées chacune de 2,000 à 3,000 chevaux;

La division de cavalerie attachée au corps de réserve serait de 3,000 hommes; les deux tiers composés de chasseurs ou hussards, le troisième tiers de dragons et cavalerie.

4° Six pièces d'artillerie pour chaque petite division;

Douze pièces par chaque grande division;

Trois pièces d'artillerie (18) pour chaque division de cavalerie;

L'artillerie de la réserve aura six pièces de 4 sur affûts de traîneaux et le nombre de traîneaux nécessaires pour charrier le reste de son équipage.

5° Le corps d'armée du Rhin passera ce fleuve du 20 au 30 germinal, se portera sur Stockach et poussera l'ennemi au delà du Lech.

6° La 3e division du corps de réserve passera le Rhin pour servir de réserve au corps d'armée (19) et restera en arrière pour maintenir la communication avec Schaffouse, lorsque l'armée sera en Souabe. {p.96}

7° La 4e division du corps de réserve restera pour couvrir le passage de Rheineck.

8° La 1re division' du corps de réserve prendra position au Saint-Gothard et en arrière avec les 6 pièces sur affûts de traîneaux.

9° La 2e division restera à Zurich pour suivre le mouvement de la 1re par Brunnen, ou marcher au secours de la 4e, ou passer le Rhin pour se ployer sur la 3e, selon ce que cela serait nécessaire.

10° Dès l'instant que le corps de l'armée du Rhin aurait poussé l'ennemi au delà d'Ulm, qu’il aurait remporté des avantages tels que l'ennemi évitât d'en venir aux mains, la 2e division de la réserve passerait le lac de Lucerne à Brunnen, suivrait le mouvement de la 1re pour passer le Saint-Gothard et entrer en Italie;

La 4e passerait par le plus court chemin pour suivre la 2e;

La 3e repasserait le Rhin, ce qui compléterait le détachement du corps de réserve en Italie.

11° Le jour où le corps d'armée du Rhin passerait ce fleuve, les trois premières divisions de l'armée de réserve de Dijon, que l'on peut évaluer à 24,000 hommes d'infanterie et à 2,000 chevaux, se porteraient sur Genève (20), d'où elles passeraient le Saint-Gothard, soit en passant par Berne ou Lucerne, ou en suivant la vallée du Rhône; dans ce dernier cas, les bagages et leur artillerie, hormis 8 pièces de 4 et 2 obusiers qu'elles ont sur affûts-traîneaux, passeront par Lucerne.

Si des événements différents en Souabe changeaient les circonstances, cette division de Genève serait à même de se porter rapidement sur Schaffouse.

12° Les trois dernières divisions de l'armée de réserve partiront de Dijon dans les premiers jours de floréal et se porteront à Zurich: on peut évaluer leur force égale à la première; {p.97} elles représenteront, à l'armée du Rhin, à peu près le' détachement qu'elle aura été obligée de faire en Italie.

13° Le dépôt de Genève sera sous les ordres immédiats du général de l'armée de réserve. Il faudra que l'armée approvisionne Lucerne au moins de 100,000 boisseaux d'avoine, 500,000 rations de biscuit, 2 millions de cartouches, 500,000 rations d'eau-de-vie; qu'elle se procure 200 ou 300 mulets pour faire le service d'Altdorf à l'Hôpital, afin de former dans ce dernier poste un dépôt d'eau-de-vie, de biscuit et de cartouches.

14° Il faudrait faire raccommoder les chemins de Lucerne à Altdorf pour les rendre praticables, au moins pour la cavalerie et l'infanterie (21).

* * *

Les conditions nouvelles dans lesquelles l'armée de Moreau allait opérer n'exigeaient plus le concours immédiat de l'armée de réserve et ne permettaient pas à celle-ci de s'engager de suite au coeur de la Suisse, qui était d'ailleurs ruinée par la campagne précédente (22).

D'après les renseignements apportés par le général Dessolle, des travaux étaient nécessaires pour permettre le passage d'un corps de troupe au Saint-Gothard (23). {p.98}

De (24) Lucerne à Fluelen, il faut sept heures ; le lac est dangereux, mais moins que celui de Wallenstadt.

De Brunnen à Fluelen, une heure et demie de temps pour y aller.

De Fluelen à Altdorf. . . . .(25). Altdorf est brûlé; il reste des maisons éparses et environ 5 maisons sont restées.

D'Altdorf à Wasen, cinq heures; beau chemin; Wasen a 40 maisons.

De Wasen à Urseren, cinq heures, sans monter; les voitures n'y passent pas; les canons et affûts doivent être démontés. D'un côté du chemin, escarpement affreux; de l'autre, des rochers. La Reuss ne gèle jamais; elle est d'une rapidité terrible. Urseren a 400 âmes de population.

D'Urseren au Saint-Gothard, cinq ou six heures jusqu'à l'hospice des Capucins; d'Urseren à L'Hôpital, sans monter, une heure; L'Hôpital est un bourg comme Urseren. On se sert de traîneaux en montant et descendant.

Du Saint-Gothard à Airolo, on descend en zigzag. Airolo est plus fort qu'Urseren.

D'Airolo à Dazio, deux heures; praticable en voiture.

De Dazio à Pollegio, six heures; chemin praticable avec peine pour les voitures.

De Pollegio à Bellinzona, six heures; les voitures vont bien de Bellinzona à Mont-Cenere.

De Bellinzona à Lugano, bonne route pour les voitures.

On a porté une pièce de 4 et une pièce de 3 sur le Bernardin; mais il faut trois jours pour cela.

Au Saint-Gothard, l'artillerie du général Lecourbe y a passé. Quand la neige porte, cela est faisable; au dégel, ou quand le soleil luit, cela n'est pas possible. La division Lecourbe était de 5,000 hommes (26); on faisait venir les vivres par le Splugen et le val de Misox, et de Lucerne par Altdorf à dos de mulets. Le passage a duré environ six jours.

Il faut cinq ou six jours d'Altdorf à Bellinzona.

De Zurich à Brunnen, il faut. . . . .(27)

La route de Schweiz à Zurich par Etzen est bonne.

Lecourbe a fait construire une roule de Seedorf à Brunnen; elle est praticable.

De Lucerne à Winkel; de Winkel, on va passer le lac à Stans et, de là, à Bauen, et de Bauen jusqu'à Seedorf.

A Lucerne, ni paille ni foin.

NOTE. – Il faut faire arranger le chemin de Brunnen à Altdorf, de manière que l'infanterie et la cavalerie y passent facilement.

Faire arranger le chemin d'Altdorf à Bauen et à Stans.

Avoir à Lucerne et à Brunnen des fours, 6 à Lucerne et autant à Brunnen.

Avoir à Fluelen des locaux pour magasins de biscuit, eau-de-vie et avoine. Établir des fours à Wasen; en avoir 6. {p.99}

Arranger les routes de Wasen au Gothard, sans donner trop d'éveil aux ennemis.

Avoir à Lucerne 5 ou 600,000 rations de biscuit et 100,000 boisseaux d'avoine.

Les 1,500,000 rations de biscuit qu'on a à Genève, et l'eau-de-vie et avoine, seraient transportées à Vevey et, de là, à Stans et à Lucerne.

Il faudrait que le général Lecourbe eût six pièces de 4 et deux obusiers sur affûts-traîneaux; le reste du parc, composé de pièces de 8 et d'obusiers, passerait sur de simples traîneaux.

Tout en songeant à franchir les cols du Splugen ou du Saint-Gothard, le Premier Consul cherchait d'autres débouchés pour pénétrer en Italie. Le sous-lieutenant Tourné, aide de camp de Clarke, avait été envoyé dans le Valais, pour compléter les renseignements existants déjà au Dépôt de la guerre sur la haute vallée du Rhône (28).

Rapport au Premier Consul sur le Valais et les passages de ce pays en Italie.

Chargé par le Premier Consul de reconnaître le Valais et les passages de l'Italie, les instructions qui m'ont été remises m'indiquaient trois objets à remplir :

1° De reconnaître la nature du chemin de Lausanne à Sion et au Saint-Gothard; reconnaître également les passages du Saint-Bernard et du Simplon; savoir si l'artillerie et les voitures ont passé ou peuvent passer par ces positions.

2° Reconnaître la situation de tous les villages, lieux par lieux; tenir note de leur population, de leurs ressources, surtout en fourrage.

3° Ajouter à ces renseignements tous ceux que je croirai utile de recueillir. J'ai renfermé les détails relatifs aux deux premiers objets dans un tableau descriptif du pays et de ses ressources, et de ses établissements.

Je présenterai le troisième sous la forme d'observations générales et en divers articles.

APERÇU GÉNÉRAL SUR LE VALAIS (29).

Le Valais s'étend depuis Saint-Maurice jusqu'à Saint-Gothard. Ce n'est qu'une vallée, une espèce de boyau de 40 à 50 lieues de longueur sur une {p.100} demi-lieue ou trois quarts de large, bordé de chaque côté par une longue chaîne de montagnes très élevées, qui, l'hiver surtout, ne laissent entre elles que quelques passages étroits et presque impraticables.

Le Rhône, coulant au milieu de cette langue de terre déjà si resserrée, tantôt creuse un précipice très profond entre les montagnes très rapprochées, tantôt erre sur la plaine qu'il rend en grande partie marécageuse ou stérile. Il ne reste à l'habitant de ces tristes contrées que quelques lambeaux de terrain, à droite et à gauche, qu'il dispute sans cesse contre l'éboulement des montagnes et les inondations du fleuve. Le bétail, dans les parties qui sont susceptibles d'en nourrir une plus grande quantité, forme la principale richesse, comme il est, en général, la seule ressource de tout le pays.

Par l'effet de sa situation, le Valais se trouve tout à fait isolé des différents pays qui l'avoisinent, et, par suite de cet isolement, les troupes qui le défendent se trouvent séparées de l'armée dont elles font partie par une distance de 40 lieues. Elles ont été livrées à elles-mêmes et à une espèce d'abandon. La position du Valais, dans la ligne que nous occupons, est trop importante sous le rapport de l'attaque ou de la défense, pour qu'on ne prenne pas tous les moyens nécessaires pour en assurer la conservation.

La division du Valais, lorsque le passage au Saint-Gothard par la Furka est ouvert, se lie par sa gauche à la 2e division de l'armée d'Helvétie, qui occupe cette dernière position. Elle peut, par cette route, recevoir des renforts ou en donner.

Par les positions qu'elle occupe sur la crête des montagnes qui bordent l'Italie, elle est maîtresse des passages de l'Italie, et elle les tient ouverts aux nouvelles forces qu'on voudrait y faire passer.

Enfin, elle couvre les passages du Grimsel et de la Gemmi, par lesquels l'ennemi, s'il était maître du Valais, pourrait pénétrer dans le centre de la Suisse, ou occasionner dans cette partie une inquiétante diversion.

RECONNAISSANCE DU VALAIS.

Voici la description générale des routes, des passages, la nature des lieux, du terrain et les ressources de chaque endroit:

4 lieues, 4 heures. – De Lausanne à Vevey: magasins (10 cavaliers).

En partant de Lausanne pour se rendre dans le Valais, on marche le long du lac de Genève jusqu'à son extrémité. Le chemin, jusqu'à Villeneuve, est large et très uni. Il règne le long des coteaux; il est, en général, bordé de murs de chaque côté. Ceux-ci quelquefois sont assez rapprochés, de manière à ne permettre que le passage d'une voiture. Le pays est beau et fertile. On traverse trois ou quatre petites villes assez peuplées, entre autres Vevey, de 2 à 3,000 habitants et bien bâtie.

2 lieues, 2 heures. – Villeneuve; point d'abordage: magasins, détachement de Suisses (5 cavaliers).

Villeneuve, placée à l'extrémité est du lac de Genève, n'a que 5 à 600 habitants, Il y a peut de bâtiments. C'est le point d'abordage et l'entrepôt des denrées destinées pour le Valais.

De Villeneuve, on entre dans la vallée du Rhône jusqu'à Saint-Maurice. La {p.101} plaine est parfaitement unie, large d'environ trois quarts de lieue, bordée par les montagnes, très cultivée et fertile en fourrages. Le chemin est également large et parfaitement uni. On trouve sur la route:

2 lieues, 2 heures. – Aigle: détachement de Suisses (5 cavaliers).

7 à 800 habitants. Ville aisée.

2 lieues, 2 heures. – Bex: parc d'artillerie (a cavaliers).

5 à 600 habitants. Situation agréable.

Tout ce pays est bon, mais il est le passage nécessaire de tout ce qui entre dans le Valais, ou qui en sort; il est un peu épuisé.

1 lieue, 1 heure. – Saint-Maurice: hôpital de galeux, détachement de Suisses (5 cavaliers).

Saint-Maurice est proprement l'entrée et en quelque sorte la porte du Valais. Les montagnes, très rapprochées dans cet endroit, ne laissent entre elles que le passage du Rhône. On le passe sur un pont de pierre. A l'extrémité est le château, vieux et petit édifice, entouré de quelques murs crénelés. La ville a quelques bonnes maisons et 5 à 600 habitants.

1 lieue et demie, 1 heure et demie. – Évionnaz : détachement de Suisses.

En sortant de Saint-Maurice, la plaine s'ouvre et s'arrondit en demi-cercle; elle est peu cultivée et peu fertile. A demi-lieue, sur un terrain plus élevé, on trouve un bois, ensuite Évionnaz, village de 150 habitants. Le terrain descend de l'autre côté du village. Cette élévation du terrain domine la plaine qui conduit à Martigny. Ce serait une position qu'il faudrait occuper en cas de retraite du Saint-Bernard; elle offre un front de 100 toises, dont la gauche s'appuie au Rhône et la droite à des montagnes escarpées. La plaine, jusqu'à Martigny, est parfaitement unie, plus étroite dans quelques endroits, quelquefois marécageuse. Le chemin de Saint-Maurice à Martigny est large et très uni.

1 lieue, 1 heure. – Pissevache : deux pièces de 4, détachement de Suisses.

On trouve, après Évionnaz, Miévile, 150 habitants ; la chute d'eau appelée Pissevache. On passe le Trient, ensuite la Dranse; on arrive à Martigny.

1 lieue, 1 heure. – Martigny: magasins pour le Saint-Bernard; ambulance (deux pièces de 4), détachement de Suisses (5 cavaliers, 15 artilleurs).

Martigny, appelée ville, n'est qu'un bourg de quelques centaines d'habitants. L'endroit est pauvre et de peu de ressources. Il y a cependant le couvent des moines de Saint-Bernard: C'est la seule maison un peu considérable. Autour de Martigny, la plaine s'étend; elle est assez fertile.

ROUTE DU SAINT-BERNARD.

1/4 de lieue, 1/4 d'heure. – Le Bourg: quelques magasins, détachement de Suisses.

En partant de Martigny, le premier endroit sur la route du Saint-Bernard, c'est le bourg. Il dépend de la ville; il est aussi considérable qu'elle; il a autant de population et aussi peu de ressources. On passe la Dranse; la plaine finit. On entre dans une gorge étroite qui tourne à l'est. {p.102}

Le chemin est sur le bord de la Dranse, qui coule à 15 ou 20 pieds de profondeur. Jusqu'à Saint-Branchier, il est large et presque point montant.

1 lieue, 1 heure. – Bovernier : détachement de Suisses.

On trouve sur la route, d'abord une forge avec quelques baraques, ensuite Bovernier, village d'une centaine d'habitants.

A une demi-lieue, la gorge s'ouvre. De l'autre côté et sur le bord de la Dranse, est un assez grand bâtiment élevé par les trappistes, qui voulaient s'établir dans cet endroit; il est abandonné.

1 lieue, 1 heure. – Saint-Branchier (30) : quelques magasins, détachement de Suisses.

Saint-Branchier est un bon village de 200 habitants. Ici, la vallée se partage: celle de gauche, appelée val de Bagne, a 3 ou 4 lieues de longueur; elle est fertile, renferme quelques villages et n'a qu'un débouché très difficile, qui longe le glacier de Tchemontana et descend le val d'Aoste. Ce passage est fermé pendant l'hiver. On y a laissé constamment une compagnie dispersée dans divers cantonnements; le poste avancé est à Lourtier. L'été, on le porte à un point appelé Monvoisin.

De Saint-Branchier à Orsières, le chemin est un peu montant et élevé sur le flanc des montagnes, quelquefois de 5 à 6 pieds, avec des tournants et quelques ravins. La vallée est ouverte, mais creusée en fossé. La Dranse coule au fond, à 100 ou 150 pieds de profondeur ; elle s'élève à mesure qu'on approche d'Orsières.

1 lieue, 1 heure. – Orsières : détachement de Suisses.

Orsières, comme Saint-Branchier, a quelques maisons, 2 à 300 habitants, un peu de plaine alentour.

En face d'Orsières est le col Ferret. C'est une petite vallée, dont le débouché monte et tourne le Saint-Bernard, en aboutissant à la gorge de Saint-Rémy. Ce passage n'est point aisé, mais il est fréquenté en été. Une compagnie est employée à garder la vallée. On y a fait, l'année dernière, quelques coupures ou retranchements.

La route, au sortir d'Orsières, devient beaucoup plus montante et plus étroite en divers endroits. A une demi-lieue, elle est sur le flanc des montagnes, soutenue à droite par un échafaud de poutres. A un quart de lieue plus loin, il y a un zigzag assez raide pour monter à un endroit appelé Rive haute. Un peu plus loin est Liddes, village de 150 habitants.

1 lieue 1/2, 1 heure 1/4. – Liddes : 5 fantassins.

Dans cette partie, la gorge est ouverte; les montagnes, à gauche, plus aplanies et cultivées; celles de droite, incultes et bordées par la Dranse. {p.103}

De Liddes à Saint-Pierre, la route devient de plus en plus montante et étroite; la gorge se rétrécit et devient infertile.

1 lieue 1/2, 1 heure 1/2. – Saint-Pierre : 15 fantassins.

Saint-Pierre est un petit endroit, d'environ 100 à 150 habitants sans ressources; ils ne vivent que des passagers. C'est à Saint-Pierre que l'on prend des mulets pour monter au Saint-Bernard.

La sortie de Saint-Pierre, du côté du Saint-Bernard, 'est fermée d'un mur bas, crénelé, et par une porte. Un ruisseau, qui descend du mont Velan, forme un ravin profond, qui borde le mur et tient lieu de fossé. A gauche est un petit corps de garde, sur une espèce de tertre.

De Saint-Pierre à la plaine de Proz, la gorge est étroite. Le chemin n'a que 2 à 3 pieds de large; il est embarrassé de pierres et borde le ravin que forme le torrent. Ce passage a une demi-lieue.

3/4 de lieue. – Plaine de Proz.

La plaine de Proz est un espace entre les montagnes de forme ovale, large au milieu de 30 à 40 toises, long de 200. Le terrain monte en pente; la plaine est unie; le ruisseau serpente au milieu. Il n'y a point de chemin tracé; ce n'est qu'un sentier. L'élévation du terrain fait qu'il n'y a plus de végétation. L'été, il y a peu de pâturage. Une cabane est à l'entrée et une autre au milieu.

A l'extrémité de la plaine, on voit, à gauche, le sommet du mont Velan. Quelques personnes, en venant de Saint-Rémy, hasardent de descendre par ce côté; mais on court les plus grands dangers dans ce passage.

A droite est l'entrée de la gorge et de la route du Saint-Bernard.

On monte d'abord par un zigzag de 5 à 6 détours; la gorge n'a jamais que 15 à 20 toises de large, mais elle est sans ravin au milieu. Le sentier y serpente, tourne autour de quelques monticules, s'élève et monte sans cesse, sans que la pente soit trop forte. La route de la plaine de Proz au Saint-Bernard est d'une heure à une heure et demie (sic, en contradiction avec l'indication ci-dessous). On doit observer, sur la nature de ce chemin, que ce n'est qu'un sentier tracé sur la neige, qu'il s'efface à chaque instant; les habitants du pays peuvent seuls le reconnaître. Le danger de la route vient de ce que si l'on dévie à droite ou à gauche, on risque de tomber dans la neige et d'y demeurer enseveli; elle n'est entièrement fondue que pendant un ou deux mois.

3 lieues, 3 heures (sic) (31). – Couvent du Saint-Bernard: 3 compagnies, deux pièces de 2.

Le couvent du Saint-Bernard est un petit bâtiment de 80 à 100 pieds de long, sur 20 à 30 de large; l'église en prend la moitié. Au rez-de-chaussée, 2 compagnies sont casernées; une troisième l'est dans le bâtiment en face. Les moines sont au premier étage. Il y a 5 ou 6 chambres disponibles. Le couvent est sur le point le plus élevé du passage; on descend de l'autre côté jusqu'au poste le plus avancé, qui est à un demi-quart de lieue. L'hiver, on y arrive en passant sur le lac; quand ce dernier n'est point gelé, il faut tourner autour du {p.104} plan de Jupiter. Au bas et en face de l'avant-poste, est le sentier qui entre au col Ferret et qui, tournant le Saint-Bernard, mène à Orsières. A gauche est l'entrée de la route de Saint-Rémy, dont la pente est assez rapide. De Saint-Rémy à Aoste,. la route a 3 ou 4 pieds de largeur; on dit qu'elle est assez bonne.

On a placé devant le couvent deux pièces de 2, anciennes et mal montées. Il y a 12 hommes de garde à l'avant-poste et 20 de réserve au couvent.

(De Martigny à Brieg (32). – Description de la vallée et des villages traversés, Sion, Sierres, Leuk, Turtmann, Visp, Brieg.

Passage du Simplon. – Montée à la Tavernette et â l'Hôpital; descente sur le village du Simplon et le poste avancé.

Le haut Valais ou le Conche. – Villages de Naters et Morel. – Vallée de la Binna. – Lax, puis Aernen, où commence le haut Valais. – Différence de climat et de moeurs entre le haut et le bas Valais. – Munster, Im-Loch).

RÉSUMÉ GÉNÉRAL.

SUR LES ROUTES.

Il résulte des détails que l'on vient de lire sur les routes du Valais, que celle de Lausanne à Brieg est très praticable pour toute espèce de voitures ou de transport. Le chemin, dans toute cette étendue, est large, et la plaine continue.

Quant au passage du Saint-Bernard, la route, jusqu'à Saint-Branchier, est praticable pour toute espèce de voitures; elle est unie, large de 8 à 10 pieds.

De là, jusqu'à Saint-Pierre, elle est montante; dans quelques endroits, plus étroite ou embarrassée; dans d'autres, on ne pourrait y conduire que des chars d'une construction légère, comme ceux du pays. Il serait impossible de les mener au delà de Saint-Pierre.

S'il s'agissait, par conséquent, de faire passer au Saint-Bernard des transports d'un certain poids on d'une certaine dimension, une pièce d'artillerie, par exemple, il faudrait recourir à des moyens extraordinaires. Cette 'entreprise n'est pas impossible à effectuer.

Il faudrait démonter les pièces et les placer sur des traîneaux forts, mais étroits, dans lesquels elles seraient en quelque sorte enchâssées et fortement assujetties. Il faut que le tout puisse subir toute espèce de secousses et y résister sans éprouver ni, rupture ni déplacement. Ces traîneaux doivent être portés sur une espèce de train à rouages jusqu'à Saint-Pierre; de là jusqu'au couvent du Saint-Bernard.

L'avantage qu'offre la route du Saint-Bernard, pour une entreprise de cette nature, c'est que l'espace le plus difficile à franchir n'a que 2 à 3 lieues d'étendue; qu'il n'est point bordé de précipices et qu'on y peut employer le nombre de forces nécessaires; les affûts et autres accessoires peuvent être portés à dos de mulets.

Une opération à peu près semblable a été exécutée l'année dernière sur le {p.105} Simplon. Elle offrait les plus grandes difficultés. On voulut y conduire un obusier de 6 pouces; on n'eut que vingt-quatre heures pour faire les préparatifs; on réussit avec beaucoup de peine à le traîner sur le Simplon, de là au lac Majeur, et à le rapporter ensuite lors de la retraite. On y employa plusieurs jours et on y perdit quelques chevaux. En faisant d'avance les préparatifs et les dispositions nécessaires, il parait facile de transporter au delà du Saint-Bernard une certaine quantité d'artillerie, même de gros calibre.

Quant à la cavalerie, il en a déjà passé par cette route; elle n'a jamais éprouvé aucun accident. Il est vrai qu'elle ne peut passer que par petits détachements et qu'elle est obligée de se rendre, dans le même jour, de Saint-Pierre à Saint-Rémy. Il en serait de même pour l'infanterie. L'hôpital du Saint-Bernard ne petit contenir que 3 ou 4 compagnies, et le défaut de bois et la rigueur du froid font qu'on ne peut bivouaquer sur le sommet de la montagne.

Le Simplon offre plus de difficultés au passage du transport que celui du Saint-Bernard. Ces difficultés sont une route étroite et plus escarpée, au bord d'un précipice très profond; des montées raides et peu praticables. Ces difficultés se présentent d'une manière continue pendant un espace de 4 à 5 lieues. Ce que l'on a fait cependant l'année dernière est la preuve de ce que l'on pourrait faire encore, surtout lorsque les mesures auraient été mieux prises et concertées à l'avance. Il parait que l'on réussirait, par des moyens extraordinaires, à y traîner des pièces d'artillerie, même de gros calibre. C'est ainsi qu'on est parvenu à construire un pont sur le torrent de la Gimma; il a fallu, pour cela, conduire dans ce passage étroit et rapide, des arbres de 60 pieds de long.

Voici le moyen employé par l'officier d'artillerie pour le transport de l'obusier sur le Simplon: Deux simples traîneaux, ayant 18 pouces de hauteur, et à peu près autant de base; la largeur supérieure était proportionnée aux embases des bouches à feu, et la longueur d'environ 4 pieds 1/2. Les montants du traîneau étaient soutenus par deux entretoises, les tourillons percés dans les flasques; deux crochets étaient placés verticalement à l'extrémité pour le diriger.

De Brieg au Saint-Gothard, la route, surtout dans un espace de 12 lieues, n'est qu'un sentier très étroit, placé sur le flanc des montagnes bordant le Rhône, qui coule à 2 ou 300 pieds de profondeur. On rencontre, en outre, des tournants et des zigzags très raides. La montée de Furka offre les mêmes difficultés et de plus grandes encore. On voit là, dès lors, que le passage par cette route d'une voiture ou d'un transport quelconque est impossible. Il le serait également d'y traîner de pesants fardeaux, parce que la route est longue et que, dans beaucoup d'endroits, on ne peut employer que la force de quelques hommes, ou celle d'un seul cheval.

SITUATION MILITAIRE DU VALAIS.

L'importance du Valais, sous le rapport militaire, est assez démontrée. On peut juger, d'après les détails qu'on vient de lire sur les divers passages par où l'on débouche en Italie, que la défense exige des dispositions et une connaissance du terrain toute particulière.

Le corps d'armée qui y est placé se trouve réparti sur une ligne de 30 {p.106} à 40 lieues de longueur. Il est entièrement isolé de l'armée principale et ne peut être que très tardivement secouru. Il faut donc qu'il puisse se suffire à lui-même. C'est une petite armée détachée dans un pays peu accessible; elle doit avoir tous les moyens d'existence et de force.

Il n'y a maintenant dans le Valais qu'une demi-brigade de 2,000 hommes (33). Cette force a été à peine suffisante pendant l'hiver; elle le sera moins encore lorsque tous les passages seront ouverts. Quoique le corps qui est dans le Valais ait beaucoup souffert, il convient de l'y laisser. Il a une connaissance très exacte du pays et de ses issues. Tout est passage pour les habitants exercés à franchir les montagnes. Chaque soldat de la demi-brigade a acquis la même expérience et la même audace. Ii serait très utile d'envoyer dans cette partie un ou deux bataillons, soit pour assurer la défense du pays, soit pour qu'ils fussent exercés à le parcourir et à en connaître tous les débouchés.

Dans le cas d'une offensive à opérer par le Valais, la position offre pour cela de grands avantages.

Les deux grands passages seraient le Saint-Bernard et le Simplon. Il est possible de faire passer par ces deux routes de l'infanterie, de la cavalerie, et même de l'artillerie, en employant cependant des moyens extraordinaires pour cette dernière. Les troupes peuvent arriver de l'intérieur de la France, soit par Pontarlier et les routes qui conduisent dans le canton du Léman, soit par Genève, en suivant la rive droite du lac, soit par la route qui, longeant la rive gauche, passe par Thonon et vient aboutir à l'embouchure du Rhône. Cette dernière est moins fréquentée et plus difficile. Les forces de l'intérieur peuvent encore déboucher de la Suisse dans le Valais par le passage de la Gemmi; la route est fréquentée, mais difficile et fermée pendant l'hiver. L'infanterie peut seule y passer.

Les troupes qui auraient effectué leur passage par le Saint-Bernard et le Simplon descendent, les premières dans le val d'Aoste, les secondes au lac Majeur. Elles peuvent ensuite s'appuyer mutuellement et effectuer leur jonction.

Les troupes que l'on aurait portées dans le haut Valais ou dans le Conche déboucheraient par le passage de la Binna et par celui d'Im-Loch. Elles se lieraient encore avec celles du Saint-Gothard par la Furka; elles communiqueraient avec l'intérieur de la Suisse par le Grimsel et la vallée d'Urseren. Leur descente aurait lieu en Italie, par les vallées de Formazza et de la Maggia. Les premières pourraient suivre les routes jusqu'au lac Majeur, se réunir aux secondes et se porter ensemble sur Bedretto et la descente du Saint-Gothard.

Le succès d'une opération offensive par le Valais tient essentiellement à la manière dont le service des vivres et celui des transports auront été préparés, pour fournir à tous les besoins. Les vivres peuvent arriver par la route de Pontarlier; mais le magasin le plus considérable des munitions de tout genre doit être à Genève. Le lac donne un moyen de transport prompt et facile; les {p.107} denrées viennent aborder soit à Vevey, soit à Villeneuve. La difficulté est ensuite de les faire circuler ou de les faire conduire jusqu'à l'extrémité du Valais. Le pays n'a que peu ou point de moyens de transport; à peine peut-on fournir, en ce moment, à celui des vivres nécessaires pour la nourriture des 2,000 hommes qui occupent le pays.

Si des forces plus considérables descendaient en Italie, jusqu'au moment où elles auraient pénétré assez avant pour trouver leur subsistance dans le pays même, il serait nécessaire de les faire arriver, ainsi que toutes les munitions, par des passages difficiles. Les moyens d'effectuer ce transport doivent donc être organisés d'une manière sûre.

Pour cela, il faut avoir rassemblé une quantité de mulets assez considérable. Le Valais offre, il est vrai, peu de ressources en fourrages; mais le mulet consomme moins, se nourrit de tout indifféremment et franchit aisément tous les passages.

SITUATION POLITIQUE DU VALAIS.

La situation politique du Valais peut influer sur notre situation militaire dans ce pays; il est nécessaire de la connaître.

Le Valais a toujours été un pays pauvre, dont l'habitant n'assurait son existence que par une extrême frugalité et de longues économies. C'est ainsi que l'on trouvait dans chaque cabane des provisions amassées depuis plusieurs années. Ces ressources ayant été détruites, il n'en reste aucune. Le bas Valais est pauvre et épuisé par les passages.

Le pays, entre Sion et Brieg, est entièrement pillé et incendié.

Le haut Valais, appelé aussi la vallée de Conches, était riche en bestiaux. On y a détruit, depuis un an, la plus grande partie des bêtes à cornes. On est forcé d'en prendre encore tous les jours pour la subsistance de la troupe, ce qui achèvera de désoler et d'indisposer le pays.

La révolte du haut Valais a eu pour cause l'indépendance absolue dans laquelle ce pays était précédemment, les insinuations des prêtres et les manoeuvres de l'ennemi. La révolte a été comprimée; mais des horreurs de tout genre ont été commises. Elles ont allumé dans le coeur de l'habitant un ressentiment bien difficile à éteindre. Après avoir vaincu les rebelles, on ne les a point désarmés; presque tous ont conservé ou caché leurs carabines. Un commissaire helvétique, envoyé dans le pays, n'a fait qu'y paraître et n'a pris aucune mesure. L'ennemi y fait circuler des proclamations, tâche d'y faire des recrues et d'y préparer une nouvelle insurrection; elle aurait lieu, si nous étions faibles et repoussés. C'est la crainte seule qui contient les habitants.

Le pays, en général, offre peu de ressources. On croit cependant qu'on y trouverait, en payant, une certaine quantité de fourrages, environ 4,000 à 5,000 quintaux.

SERVICE ADMINISTRATIF.

Le service administratif du Valais a été constamment très négligé.

La pain a souvent manqué la campagne dernière et pendant l'hiver. Le pain et un peu de mauvaise viande a été la seule nourriture du soldat placé sur le Saint-Bernard ou le Simplon. Il n'avait point d'eau-de-vie; il était presque nu et sans paille pour le coucher. Malgré cet état de dénuement, les soldats qui occupent cette position sont pleins de bonne volonté. A mon départ, le 1er germinal, {p.108} des convois étaient arrivés; la subsistance était assurée pour un mois; la troupe recevait un mois de solde; elle devait aussi avoir des effets.

La plus grande difficulté dans le service était pour les transports. Celui des fourrages n'était point assuré; il était arrivé de l'avoine, mais le foin manquait. La compagnie chargée de cette partie n'y pourvoit qu'imparfaitement.

Il serait essentiel d'organiser également le service des hôpitaux. Il n'y a dans tout le Valais qu'un seul hôpital, établi à Sion: il ne peut contenir, au plus, que 300 malades. Ceux du Valais étaient évacués sur Lausanne et reçus à l'hospice civil de cette ville. Des ordres ont été donnés par le ministre helvétique pour défendre absolument qu'ils y soient reçus.

Il résulte encore de la disposition du pays que les malades ne peuvent recevoir que des secours très tardifs et souvent après plusieurs jours de marche.

SUR LES FORCES DE L'ENNEMI.

Les forces des Autrichiens, dans la vallée de la Toca, dans celle de la Maggia et aux environs du lac Majeur, sont de 3 à 4,000 hommes.

On en compte à peu près autant au pied du Saint-Gothard.

Au pied du Saint-Bernard et dans le val d'Aoste, il y avait un bataillon de Kinsky et 500 croates.

Le général Landon est à Arona; le prince de Rohan, à Omegna.

De Saint-Rémy à Turin, il n'y a que 3,000 hommes disséminés sur la route.

L'armée des Autrichiens en Italie est évaluée par eux à 100,000. On croit cependant qu'ils n'ont que 60,000 hommes bien effectifs.

Le 10 germinal an 8 de la République (31 mars 1800).

L'aide de camp du général CLARKE,

Pre TOURNÉ, sous-lieutenant.

Un autre rapport (34) de la même époque complète celui du sous-lieutenant Tourné.

Position des troupes en Valais au 1er germinal an 8 (22 mars 1800).

Manière dont les troupes sont réparties pour garder les débouchés de ce pays sur l'Italie.

Le Valais comprend depuis Saint-Maurice jusqu'à la Furka (communication avec le Saint-Gothard), ce qui forme à peu près l'étendue de 40 lieues de terrain ouvert par plusieurs passages sur l'Italie, défendus et gardés par la 28e demi-brigade de ligne, forte de 2,000 hommes, et 3 compagnies du 1er bataillon d'infanterie légère helvétique, fortes de 430 hommes.

Ces compagnies, stationnées en seconde ligne, sont destinées à faire le service {p.109} des escortes pour les convois, etc.; elles sont stationnées à Martigny, Saint-Maurice, Vevey, Villeneuve et Sion.

La vallée de la Dranse, qui aboutit à Martigny et qui communique au col de Balme et dans la vallée de Chamonix, est gardée par une compagnie de la 28e. Le passage est extrêmement difficile et très peu fréquenté.

Le col Ferret est gardé par une compagnie de la même demi-brigade.

Le val d'Entremont, qui communique au Saint-Bernard, est également gardé par une compagnie stationnée à Saint-Pierre, village situé à 3 lieues de l'hospice du Saint-Bernard. Le chemin n'est praticable que pour les mulets; on suit toujours la rive droite de la Dranse jusqu'à une lieue de Saint-Pierre, où la vallée prend à droite pour monter au Grand-Saint-Bernard. Cette montée a 3 lieues, elle est très rapide et côtoie toujours la Dranse, tantôt à droite, tantôt à gauche, jusqu'à l'hospice, où sont postées 3 compagnies du 3e bataillon de la 28e.

Une autre compagnie de la 28e occupe les villages d'Orsières, Liddes, Branchier et fait le service de la correspondance du Saint-Bernard. à Martigny.

La vallée d'Hérens, qui aboutit sur Sion, n'est pas fréquentée et impraticable même en été, est gardée par un détachement de 23 hommes de la 28e; à Sion, une compagnie helvétique.

La vallée d'Anniviers, qui vient aboutir sur Sierre, est absolument impraticable et fermée par des glaciers qui empêchent absolument toute communication. Il n'y a point de troupe dans ce moment; mais, à Sierre, qui se trouve précisément au débouché de cette vallée, est stationnée une compagnie de la 28e pour la garde du quartier général qui y est établi.

La vallée de la Vispach offre deux passages, qui ont leur débouché en Italie; ils sont gardés par deux compagnies, l'une stationnée à Saas et l'autre à Stalden; Viége est occupée par une demi-compagnie.

Le passage du Simplon peut être considéré comme le débouché principal du Valais sur l'Italie; il est déjà praticable dans ce moment pour l'infanterie, mais bien peu pour les chevaux et mulets. Nonobstant, à l'aide de quelques paysans de corvée, on réussirait à le rendre très praticable. La montée, qui est assez rapide, est de 6 lieues à partir de Brieg. Au sommet se trouve le village du Simplon, d'où partent deux routes qui vont se réunir à Ruden pour se rendre ensuite en Italie. La première de ces routes, à droite, dite la Mine-d'Or, n'est praticable qu'en été; celle de gauche, dite du Simplon, côtoie les bords de la Guinna. Les 3 compagnies de grenadiers et une des fusiliers de la 28e demi-brigade stationnée au village du Simplon et postes avancés, sont chargées de la défense de ces points; à Brieg, sont en réserve 4 compagnies de la même demi-brigade.

La vallée de la Binna offre également un passage en Italie par celle de la Toca, qui n'est praticable qu'en été; elle est gardée par 2 compagnies de la 28e, l'une stationnée à Binna et l'autre à Aernen.

La vallée d'Im-Loch offre deux passages en Italie, celui de droite qui conduit dans celle de la Toca, et celui de gauche, qui conduit à Bedretto. Une compagnie de la 28e est stationnée à Obergestelen, une à Geschenen et Ulrichen; une autre à Niederwald; elles sont chargées de la défense de ces passages. Reckingen et Munster sont également occupés par 2 compagnies. {p.110}

Nos postes ne s'étendent guère au delà de Munster. L'on rencontre alors le passage de la Furka, qui conduit au mont Saint-Gothard ; il se divise en deux branches, celle de droite conduit dans la vallée Leventina et celle de gauche, par Realp, à l'hospice du Gothard; les passages sont encore impraticables. Dès que la saison le permettra, on ouvrira derechef la communication avec les troupes de la 2e division par la Furka.

* * *

Les observations du général Dessolle sur la note du milieu de mars montrent qu'il existait encore quelques difficultés à régler, notamment l'emploi du corps Lecourbe et des premières divisions de l'armée de Dijon.

L'ordre suivant fixe nettement le rôle de chacun;

Le Ministre de la guerre au général Moreau, commandant en chef l'armée du Rhin.

Paris, le 4 germinal an 8 (25 mars 1800) (35).

Les Consuls de la République ont arrêté, citoyen Général, après avoir considéré la position de nos troupes en Suisse, sur le Rhin, en Italie, et la formation de l'armée de réserve à Dijon, le plan d'opérations suivant:

1° Qu'il est nécessaire d'ouvrir la campagne, au plus tard, du 20 au 30 germinal (36).

2° Que l'armée actuelle du Rhin sera partagée en corps d'armée et en corps de réserve. Le corps de réserve, aux ordres du général Lecourbe, sera composé du quart de l'infanterie et de l'artillerie de l'armée et du cinquième de la cavalerie.

3° Du 20 au 30 germinal, vous passerez le Rhin avec votre corps d'armée, en profitant des avantages que vous offre l'occupation de la Suisse pour tourner la forêt Noire et rendre nuls les préparatifs que l'ennemi pourrait avoir faits pour en disputer les gorges.

4° Le corps de réserve sera spécialement chargé de garder {p.111} la Suisse. Son avant-garde, forte de 5 à 6,000 hommes, occupera le Saint-Gothard. Elle aura six pièces de canon de 4 sur affûts-traîneaux. Vous ferez préparer de simples traîneaux pour pouvoir traîner le reste de l'artillerie de votre corps de réserve.

Vous ferez réunir à Lucerne 100,000 boisseaux d'avoine, 500,000 rations de biscuit, 1 million de cartouches.

Le premier objet de votre corps de réserve sera, pendant vos mouvements en Souabe, de protéger la Suisse contre les attaques que pourrait avoir faites l'ennemi pour l'envahir par Feldkirch, le Saint-Gothard et le Simplon. Il est à la connaissance du Gouvernement que l'ennemi a fait des approvisionnements considérables sur les lacs d'Italie.

5° Le but de votre mouvement en Allemagne, avec votre corps d'armée, doit être de pousser l'ennemi en Bavière, de manière à lui intercepter la communication directe avec Milan par le lac de Constance et les Grisons.

6° Dès l'instant que ce but sera rempli et que l'on sera sûr qu'à tout événement la grande armée ennemie ne pourra, même en supposant qu'elle vous obligeât à vous reployer, reconquérir l'espace qu'elle aurait perdu qu'en dix ou 'douze jours de temps, l'intention des Consuls est de faire garder la Suisse par les dernières divisions de l'armée de réserve, composées de troupes moins aguerries que les corps qui composeront votre réserve, et de détacher votre réserve avec l'élite de l'armée de réserve de Dijon, pour entrer en Suisse (37) par le Saint-Gothard et le Simplon, et opérer la jonction avec l'armée d'Italie dans les plaines de la Lombardie.

Cette dernière opération sera confiée au général en chef de l'armée de réserve rassemblée à Dijon, qui se concertera avec vous, et dont les Consuls vont faire choix (38).

Salut et fraternité.

Alex. BERTHIER.

Quinze jours après, sont rédigées les instructions relatives aux généraux Masséna et Berthier. Ce dernier se {p.112} rend à Bâle et règle, avec Moreau, les mouvements qui doivent assurer la concordance d'action des deux armées.

Le Ministre de la guerre au général en chef Moreau.

Paris, le 19 germinal an 8 (9 avril 1800).

Je vous adresse, citoyen Général, copie des instructions que le Gouvernement m'a chargé de donner au général Masséna. Vous y verrez le plan de campagne qui a été adopté et les opérations qui sont réservées à l'armée que vous commandez et que mon prédécesseur vous a fait connaître en substance.

Je vous observe que, dans le cas où l'armée de réserve ne se trouverait pas en état de fournir des forces suffisantes pour remplacer le général Lecourbe, après que le général Berthier aura pris 40,000 hommes pour pénétrer en Italie, l'intention des Consuls est que vous ajoutiez au corps destiné à garder la Suisse les renforts que vous jugerez nécessaires pour la mettre à l'abri de toute invasion. Le soin de conserver la ligne de l'Helvétie intacte vous concerne particulièrement, et dès l'instant ou le général Berthier aura franchi les montagnes, vous devrez donner à cet objet l'attention la plus sérieuse.

Vous connaissez, citoyen Général, la confiance que vos talents militaires m'ont depuis longtemps inspirée. Les Consuls de la République éprouvent les mêmes sentiments pour vous et se reposent sur les succès que vous aller obtenir.

Salut et fraternité.

CARNOT.

Le Ministre de la guerre au général en chef Masséna (39).

Paris, le 19 germinal an 8 (9 avril 1800).

Les Consuls de la République me chargent, citoyen Général, de vous faire part des projets qu'ils ont formés pour la campagne prochaine.

Les opérations de l'armée du Rhin, commandée par le général en chef Moreau, et de l'armée de réserve, aux ordres du général Berthier, qui se rassemble à Dijon, doivent se {p.113} correspondre et s'exécuter avec beaucoup de concert et d'ensemble.

L'armée du Rhin entrera la première en campagne, ce qui aura lieu du 20 au 30 de ce mois. Elle sera partagée en deux corps: l'un, d'environ 100,000 hommes, sous les ordres immédiats du général Moreau, passera le Rhin, entrera en Souabe et s'avancera du côté de la Bavière, jusqu'à ce qu'il puisse intercepter, par sa position, la communication de l'Allemagne avec Milan par la route de Feldkirch, Coire et les bailliages italiens de la Suisse.

L'autre corps de l'armée du Rhin, formant son aile droite, sera d'environ 25,000 hommes, sous les ordres immédiats du général Lecourbe. Sa destination est d'occuper d'abord la Suisse pour assurer le flanc droit du corps qui doit entrer en Souabe, faciliter cette invasion et contenir les ennemis hors de la Suisse, en les empêchant de pénétrer par Rheineck, Feldkirch, le Saint-Gothard et le Simplon. Ce premier objet rempli et le général Moreau étant parvenu à douze ou quinze marches de ces passages sur le Rhin, le général Lecourbe passera avec son corps sous les ordres du général Berthier, traversera le Saint-Gothard et entrera en Italie. En même temps, une partie de l'armée de réserve se portera dans le Valais et pénétrera aussi en Italie, soit par le Simplon, soit par le Saint-Gothard pendant que le reste de la même armée prendra en Suisse la place du corps conduit par le général Lecourbe.

C'est à cette époque précise, citoyen Général, où les troupes dirigées par le général Berthier entreront en Italie, que vous devez combiner vos mouvements avec les siens, afin d'attirer sur vous l'attention de l'ennemi, l'obliger à diviser ses forces et opérer votre jonction avec les corps qui auront pénétré en Italie. Jusqu'alors, vous vous tiendrez sur la défensive. Les montagnes qui vous couvrent, rendant forcément inactives la cavalerie et l'artillerie de l'ennemi, vous assurent la supériorité dans ce système de guerre, c'est-à-dire la certitude de vous maintenir dans vos positions, ce qui, jusqu'alors, doit être votre véritable et seul objet.

L'offensive, de votre part, serait dangereuse avant cette époque, parce que, lors de votre entrée dans les plaines, elle remettrait en action des forces ennemies que la nature des {p.114} pays de montagnes occupés par vous tient paralysées. Il serait impossible de vous faire parvenir directement des secours suffisants pour vous donner une supériorité décidée. C'est par la Suisse que ces secours vous arriveront, en prenant les derrières de l'ennemi. Votre jonction faite, cette supériorité sera décidée; alors l'offensive sera reprise, les places du Piémont et du Milanais seront enlevées ou bloquées et l'armée française sortira par son propre courage de l'affreuse pénurie dont nous gémissons et à laquelle nous ne pouvons efficacement remédier.

Les colonnes qui pénétreront en Italie, soit par le Saint-Gothard et le Simplon (40), soit par un seul de ces deux points, si des circonstances particulières les déterminent à se réunir, seront probablement d'environ 65,000 hommes, résultant de la colonne du général Lecourbe, forte de 25,000 hommes, et de celle du général Berthier, forte de 40,000 hommes; sur quoi il se trouvera à peu près 6,000 hommes de cavalerie et 2,000 d'artillerie.

Pour 'déboucher en Italie, vous rassemblerez les forces que vous avez de disponibles sur les derrières jusqu'au Var; vous tirerez de celles qui sont répandues depuis le Var jusqu'au Mont-Cenis tout ce que vous jugerez convenable et prudent pour vous renforcer, et ce qui restera du Mont-Cenis jusqu'au Valais pourra former un corps particulier, qui sera mis à la disposition du général Berthier, pour faciliter son mouvement.

Si vous jugez pouvoir nourrir, pendant ce court intervalle, la cavalerie qui est sur le Rhône, vous la ferez venir pour déboucher plus en force avec ce que vous avez. Dans le cas contraire, vous m'en donnerez avis, pour que je la fasse réunir à Lyon et déboucher par la frontière voisine de ce fleuve.

Lorsque vos opérations seront avancées à ce point, je vous transmettrai les instructions ultérieures qui me seront données par les Consuls pour l'achèvement de la campagne.

Vous connaissez trop bien, citoyen Général, l'importance du plus profond secret en pareilles circonstances, pour qu'il soit nécessaire de vous le recommander. Vous emploierez toutes {p.115} les démonstrations et apparences de mouvement que vous jugerez convenables pour tromper l'ennemi sur le véritable but du plan de campagne et lui persuader que c'est par vous-même qu'il doit d'abord être attaqué. Ainsi, vous exagérerez vos forces, vous annoncerez des secours immenses et prochains venant de l'intérieur; vous éloignerez enfin l'ennemi, autant qu'il sera possible, des vrais points d'attaque, qui sont le Saint-Gothard et le Simplon.

Il me reste à vous prévenir que l'intention des Consuls est qu'en opérant votre jonction avec le général Berthier, vous vous portiez autant que possible sur votre gauche, et même en deçà de Turin, si vous le jugez nécessaire, pour ne pas compromettre le salut de l'armée (41).

Salut et fraternité.

CARNOT.

Le Ministre de la guerre au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve.

Paris, le 19 germinal an 8 (9 avril 1800).

L'instruction que vous avez adressée, citoyen Général, par ordre des Consuls, le 4 de ce mois, au général Moreau, sur l'ouverture de la campagne et dont je vous envoie copie, contient les bases du plan général des opérations qui doivent s'exécuter. L'instant approche où les colonnes de l'armée du Rhin vont s'ébranler, et c'est l'armée de réserve à vos ordres qui, placée entre celle du Rhin et celle d'Italie, doit établir entre elles le concert d'opération qui doit avoir lieu et former {p.116} le centre de la grande ligne dont la droite est à Gênes et la gauche au Danube.

L'intention des Consuls est qu'avant d'aller à l'armée de réserve, vous vous rendiez au quartier général de l'armée du Rhin, pour vous concerter avec le général Moreau sur la série des opérations combinées, le plus parfait ensemble étant indispensable.

Vous avez trois objets à remplir: le premier est d'appuyer le mouvement que l'armée du Rhin doit faire en Souabe pour ouvrir la campagne, et lui donner du secours au besoin; le second est de pénétrer en Italie avec la majeure partie de l'armée de réserve et la colonne du général Lecourbe, qui s'y trouvera réunie sous votre commandement; le troisième est de laisser en Suisse, lors de votre passage par le mont Saint-Gothard et le Simplon, un corps de troupe suffisant pour garantir la Suisse de toute invasion du côté de Rheineck et Feldkirch. Ce corps devra rester attaché à l'armée du Rhin, dès l'instant de votre entrée en Italie.

C'est sur ces divers points que vous avez à vous concerter avec le général Moreau; et, comme il est essentiel que le Gouvernement sache avec précision ce dont vous serez convenus, l'intention des Consuls est que vous m'adressiez la rédaction que vous aurez faite, signée de l'un et de l'autre.

Lorsque les premières opérations seront faites, je vous transmettrai les nouvelles instructions qui me seront données par les Consuls (42).

Salut et fraternité.

CARNOT.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Bâle, le 26 germinal an 8 (16 avril 1800).

J'ai reçu cette nuit, citoyen Consul, la dépêche du Ministre de la guerre (43) qui m'annonce que votre intention est que je dirige les opérations dans la partie des Alpes qui tient au département du Mont-Blanc.

Je me rends en toute diligence à Dijon, où j'aurai des nouvelles. {p.117}

J'ai expédié un courrier pour faire partir de Dijon pour Genève le général Duhesme avec 2 demi-brigades, 1 régiment de troupes à cheval et 8 pièces d'artillerie; je compte y établir mon quartier général sous peu de jours.

L'armée du Rhin est superbe; elle est animée du plus ardent désir de combattre.

Le général Dupont fait passer au Ministre les articles dont nous sommes convenus avec le général Moreau.

Le général Moreau ne laisse que il bataillons pour garder la Suisse; il en donne le commandement au général Moncey.

Il veut absolument avoir avec lui le général Lecourbe, qui commande sa droite et qui passe le Rhin vers Schaffouse.

L'attaque du général Moreau me parait bien combinée. Je pense qu'il aura de grands succès, mais je vois dans un temps éloigné le retour du général Lecourbe avec les forces nécessaires pour exécuter le passage en Italie.

Le général Lecourbe croit de grandes difficultés à passer par le Saint-Gothard; il désirerait pénétrer par le Tyrol.

J'aurai l'honneur de vous écrire plus en détail à mon arrivée à Dijon.

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER.

Quartier général de Bâle, le 26 germinal an 8 (16 avril 1800).

Les généraux en chef Moreau et Berthier, après s'être concertés ensemble, conformément aux instructions du Gouvernement sur l'exécution du plan de campagne qu'il a adopté, ont arrêté les dispositions suivantes:

1° Le général Moreau ayant formé un corps de 40 bataillons et de 6 régiments de cavalerie, aux ordres du général Lecourbe, 11 bataillons sont destinés à garder la Suisse pendant que l'armée du Rhin agira sur la rive droite; les 29 autres bataillons formeront la droite du général Moreau;

2° Lorsque le général Moreau aura obtenu sur le général Kray un avantage assez considérable pour lui donner la supériorité sur l'ennemi, il détachera le général Lecourbe avec un corps composé du quart de l'infanterie et du cinquième de la cavalerie de l'armée du Rhin. Ce corps se réunira aux troupes de l'armée de réserve, aux ordres du général Berthier;

3° Le général Berthier portera de suite une partie de ses troupes à Genève et fera appuyer les corps qui garderont le Valais, sous les ordres du général Moncey, auquel le général en chef Moreau se propose de confier cette défense;

4° Le général Moreau agira de manière à écarter l'armée ennemie du Tyrol, afin de faciliter les opérations du général Berthier; {p.118}

5° Le général Moreau va signifier au général ennemi Kray que s'il ne reçoit pas, dans vingt-quatre heures, réponse à la proposition d'armistice qu'il lui a faite d'après l'intention des Consuls, il regardera cette proposition comme non avenue. Si le général Kray n'accepte pas l'armistice, le général Moreau passera le Rhin sur-le-champ.

Alex. BERTHIER. MOREAU.

Le Premier Consul au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à Dijon.

Paris, le 2 floréal an 8 (22 avril 1800).

Je reçois, citoyen Général, vos lettres du 26, de Bâle, et du 29, de Dijon. J'ai lu avec plaisir ce que vous avez arrêté avec Moreau et qui m'a paru raisonnable.

Si les circonstances de la guerre du Rhin n'étaient pas assez décisives pour que le général Moreau pût faire un détachement aussi fort que celui que nous désirons, peut-être l'opération en Italie deviendrait encore possible avec un détachement de 5 demi-brigades et de 2,000 hommes de cavalerie. J'imagine, d'après tout ce que l'on m'écrit des différents départements, que, vers le milieu de floréal, vos 14 demi-brigades seront recrutées et complétées, ce qui vous fera une quarantaine de mille hommes, et, s'il est vrai que vous ayez 5,000 Italiens, 8,000 hommes des dépôts de l'armée d'Orient, 5,000 de cavalerie et 2,000 hommes d'artillerie, cela vous ferait 60,000 hommes. Qu'est-ce qui vous empêcherait même, dans le cas où le général Moreau ne pourrait pas vous fournir de grands secours, d'agir indépendamment?

Le général Turreau, qui est à Briançon, pourrait aussi déboucher avec 3 ou 4,000 hommes.

Dans tous les cas, tenez votre armée réunie et ne prêtez pas l'oreille aux commandants de Lyon et autres villes qui vous demanderont des troupes.

J'attends un état de situation de votre armée, qui me mette au fait de ses besoins et de sa position.

Les 13 affûts-traîneaux sont partis le 29.

Les 2 bataillons de la 30e, forts de 1800 hommes, et 150 hommes du 3e de cavalerie sont partis hier; 150 hommes du 29e de dragons ne partiront que le 10. {p.119}

Un détachement de la garde, avec un train d'artillerie attelé par 450 chevaux, est parti le 26.

Marmont doit être arrivé.

Faites-moi connaître où en est le dépôt ordonné à Genève, la levée des 2,000 mulets et votre parc de 1,000 boeufs.

Salut et amitié.

BONAPARTE.

Il part, le 12 floréal, pour Dijon:

Du 3e de cavalerie. 100 1520 hommes (44).
Du 15e de chasseurs. 400
Du 19e de dragons. 300
Du 11e de hussards. 400
Du 9e de dragons. 320

Les événements imposent bientôt de notables modifications dans l'exécution de ces vastes projets.

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  1. Dijon est environ à 200 kilomètres de Bâle et de Genève; à 280 kilomètres de Strasbourg, Schaffouse, Zurich, du Saint-Gothard et du Mont-Cenis; à 440 kilomètres de Francfort-sur-le-Mein et de Gênes. {p.88}
  2. Mémoires de Napoléon, 2 édition, 1830, tome 6, p. 259 et 282.

    Ces mémoires, dont le titre complet est Mémoires pour servir à l'histoire de France sous le règne de Napoléon écrits à Sainte-Hélène sous sa dictée par les généraux qui ont partagé sa captivité, sont souvent appelés aussi Mémoires de Sainte-Hélène. Ils ont été publiés par Gourgaud et Montholon et sont considérés comme écrits sous l'inspiration, sinon même sous la dictée de l'Empereur. Ils doivent être consultés avec quelque réserve, au point de vue de l'exactitude des faits.

    Le chapitre de Marengo ne parut pas dans la 1er édition (1823-1825), mais seulement dans la 2e (1830), après avoir été publié en 1823 dans les Œuvres complètes de Napoléon, par Lindner et Le Bret.

    Les Mémoires de Napoléon ont encore été reproduits textuellement dans la Correspondance de Napoléon, tome 30, Œuvres de Sainte-Hélène (1869).

    Le Mémorial de Sainte-Hélène, par Las Cases, paru en 1822, est un ouvrage complètement indépendant du précédent. C'est le récit de la première partie du séjour de l'Empereur à Sainte-Hélène, entrecoupé de nombreux fragments de ses conversations. On y trouve beaucoup de détails curieux, mais pas une seule étude d'ensemble sur une campagne.

  3. Correspondance de Napoléon, n° 4627.
  4. Correspondance de Napoléon, n° 1639.
  5. Le Premier Consul à Duroc, 31 janvier.
  6. Le Premier Consul à Moreau, 31 janvier. – Corr. de Napoléon, n° 4557. {p.89}
  7. Cette note a été publiée dans la Correspondance de Napoléon, sous le n° 4605, avec le titre: « Note pour l'approvisionnement de la réserve. »

    Le manuscrit ne porte aucune signature; mais la date « 29 pluviôse » de l'écriture de Bourienne comme la lettre et la mention: « Note prise au Luxembourg », laissent peu de doute sur son origine, car le Premier Consul était encore au Luxembourg le 18 février et se transportait aux Tuileries le 19 février (30 pluviôse). (Moniteur du 1er ventôse.)

    Il est intéressant de rapprocher cette note de celle du milieu de mars, voir p. 94, particulièrement des §§ 9 et 12. On constate, durant toute cette période, le désir constant du Premier Consul d'avoir une forte réserve réunie à Zurich, point central de la Suisse. {p.90}

  8. Le Premier Consul à Moreau. – Corr. de Napoléon, n° 4627.

    Dans les dictées de Sainte-Hélène, Napoléon a ainsi jugé la valeur respective du Saint-Gothard et du Splugen :

    « . . . . . Le col du Saint-Gothard, qui conduit dans la vallée du Tessin, dont les eaux se dirigent perpendiculairement sur le Pô, est le meilleur débouché pour entrer en Italie; ce col franchi, on descend toujours. Le col du Splugen n'a pas les mêmes avantages: la vallée du haut Adda, dans laquelle il débouche, suivant parallèlement les Alpes jusqu'au lac de Côme, l'armée qui aurait passé ce col devrait surmonter de nouveaux obstacles, et serait encore obligée de traverser les montagnes du Bergamesque et du Brescian pour se porter dans la plaine d'Italie. » (Corr. de Napoléon, tome 30, p. 296.) {p.91}

  9. Correspondance de Napoléon, n° 4642, {p.92}
  10. 22 mars.
  11. Lacune dans l'original. {p.93}
  12. Correspondance de Napoléon, n° 4626.
  13. Dessolle a raconté lui-même le but de sa mission et le sens de ses entretiens avec le Premier Consul.

    Moreau voulait traverser le Rhin à Strasbourg, Brisach et Bâle et réunir son armée en Souabe une fois le passage effectué; il demandait à être relevé de ses fonctions si le Premier Consul maintenait son projet du passage par Schaffouse.

    Le Premier Consul, dit Dessolle, n'accepta point la démission offerte par Moreau, et finit par accepter son projet « avec répugnance, mais sans la plus légère modification ». Voir une lettre adressée par Dessolle, le 10 mars 1825, au colonel de Carrion-Nisas et insérée aux pièces justificatives de la Campagne des Français en Allemagne (1800). Cet ouvrage a été publié dans le Mémorial du Dépôt de la guerre, tome 5 (1827). {p.94}

  14. Écrite de la main de Bourienne, cette note existe aux Archives de la guerre, sans titre et sans date, corrigée de la main du Premier Consul et annotée en marge par le général Dessolle.

    Elle a été publiée dans la Correspondance de Napoléon avec la date du 22 mars 1800 et le titre « Plan de campagne pour l'armée du Rhin ».

    La date du 22 mars ne semble pas exacte, car le général Dessolle, qui a inscrit ses observations à plusieurs pages de cette note, n'a séjourné à Paris que du 13 au 17 mars. (Voir lettres du Premier Consul à Moreau des 12, 15 et 16 mars. – Corr. de Napoléon.) La note est donc écrite vers le 15 mars.

    Quant au titre, il semble que celui qui aurait le mieux convenu aurait été plutôt: « Plan de campagne pour les armées du Rhin et de réserve ».

    En tout cas, cette pièce, destinée uniquement à enregistrer le résultat des entretiens du Premier Consul et du général Dessolle, ne semble pas avoir été envoyée au général Moreau.

  15. Note de Dessolle en marge:

    Le général Moreau, pour ne pas choquer l'amour-propre de quelques anciens généraux de division, s'était réservé le commandement direct de 2 ou 3 divisions; d'après ce que m'a dit le Consul, il paraît approuver cette mesure.

    Non seulement on ne voit pas d'inconvénient, mais on croit bon que le général Moreau fasse telle modification qu'il jugera convenable à l'organisation des corps de l'armée. {p.95}

  16. Organisation semblable à celle du 1er mars pour les effectifs, mais en différant par le nombre des divisions.
  17. Note de Dessolle en marge:

    Ces corps, à l'exception de la réserve, ne peuvent être commandés que par des généraux de brigade par le manque d'officiers généraux de division de cette arme; il faudrait encore 2 ou 3 généraux de cavalerie pour avoir des remplacements et pour surveiller les dépôts de cavalerie de l'armée.

  18. Note de Dessolle en marge:

    Je doute que l'on puisse mettre en campagne une aussi grande quantité d'artillerie que le comporte l'organisation prescrite. Il fallait, selon les calculs du commandant de l'artillerie, 9,000 chevaux pour traîner 120 pièces de canon avec leurs munitions; nous n'en avions que 7,000 au moment où je suis parti. La levée peut avoir fourni quelques chevaux de plus, mais n'arrivera pas au complet de 9,000 chevaux pour le courant de la campagne.

  19. Note de Dessolle en marge:

    Cette distribution doit être regardée comme soumise aux circonstances, et il est nécessaire qu'un article exprès de l'instruction autorise le général Moreau à faire ces mouvements et à renforcer la réserve, ainsi qu'il le jugerait à propos, d'après les forces que lui présenterait l'ennemi à son débouché. Je crois que si l'ennemi reçoit la bataille la droite appuyée au lac de Constance, il n'y a pas d'inconvénient à dégarnir la Suisse (le Valais et le Gothard exceptés). Le nécessaire nombre (sic) des troupes à laisser en Helvétie, augmente en raison directe de l'éloignement de l'ennemi du lac de Constance, lorsqu'il s'arrêtera pour recevoir la bataille. {p.96}

  20. Le général Dessolle avait écrit en marge l'observation suivante, que le Premier Consul raya de sa main:

    Il me semble que, sans un embarras trop grand pour les subsistances, uns des trois premières divisions de réserve pourrait être dirigée par Pontarlier sur Lucerne et que cette direction la mettrait très à portée de Schaffouse, si un événement l'y appelait, sans l'éloigner de sa principale destination vers le Saint-Gothard. {p.97}

  21. Correspondance de Napoléon, n° 4694.
  22. Un des motifs déterminant Moreau à ne pas entrer en Suisse était la crainte de pousser l'Helvétie au désespoir et de faire soulever les habitants. (Campagne des Francais en Allemagne, 1800. – Mémorial du Dépôt de la guerre, tome 5, p. 45.)

    Le 16 janvier, un arrêté des Consuls venait d'autoriser l'exportation mensuelle de France en Suisse de 180,000 myriagrammes de grains destinés à l'armée du Rhin.

  23. La note suivante est une minute sans date, ni signature, écrite à Paris, sinon par le général Dessolle, au moins sous sa dictée, avant le 15 mars, car le Premier Consul, dans une lettre du 15 mars à Moreau, prescrit toutes les dispositions conseillées par cette note : réparation des chemins de Stans et de Brunnen, réunion d'approvisionnements à Lucerne, construction de fours à Wasen, « dispositions résultant, dit-il, des conférences qu’il a cues avec le général Dessolle » {p.98}
  24. Voir carte n° 1.
  25. Lacune dans le texte.
  26. C'est à la fin de mai 1799 que Lecourbe avait passé le Saint-Gothard revenant d'Italie en Suisse.
  27. Lacune dans le texte. {p.99}
  28. On ne sait pas la date exacte à laquelle Tourné fut envoyé en mission; mais par le temps nécessaire à sa reconnaissance datée du 31 mars, on peut estimer qu'il quitta Paris avant le 1er mars, au moment où le Premier Consul posait les bases de son projet d'opérations.
  29. Voir carte n° 2. {p.100} {p.101} {p.102}
  30. L'ancien orthographe de Sembrancher était Saint-Branchier, dérivation, sans doute, de Saint-Pancrace qui est le patron de la paroisse. Dans les pages qui suivent on verra souvent le nom de ce village écrit des deux façons.

    On fait aussi venir ce nom de « Sept branches » à cause des nombreuses vallées qui confluent aux environs, d'où par corruption Sembrancher. (Traditions locales.) {p.103}

  31. C'est cette dernière indication qui est exacte. Il faut environ 3 heures pour monter de la cantine de Proz à 1 hospice. {p.104}
  32. Cette reconnaissance de tout le Valais est inutile pour l'étude de la campagne de l'armée de réserve, On trouvera la description du Simplon au second volume. {p.105} {p.106}
  33. C'était la 25e demi-brigade de ligne. Le général Mainoni, qui commandait les troupes stationnées dans le Valais, avait aussi sous ses ordres le 6e bataillon du Léman, deux compagnies d'artillerie à pied et un détachement de canonniers vaudois. Le total de ces troupes était de 2,756 hommes à la date du 29 décembre 1799. {p.107} {p.108}
  34. L'auteur de ce rapport est inconnu. {p.109} {p.110}
  35. cette lettre, dont l'original manque, a été publiée dans la Correspondance de Napoléon à la date du 22 mars. Il semble certain qu'elle est du 25, d'après les premiers mots de la lettre du 9 avril de Carnot à Berthier (voir p. 115).
  36. 10 ou 20 avril. {p.111}
  37. Lisez: en Italie.
  38. Correspondance de Napoléon, n° 4695. {p.112}
  39. Correspondance de Napoléon, n° 4711. {p.113} {p.114}
  40. Malgré le rapport du 31 mars de Tourné, il n'est pas question, le 9 avril, de passer par le Grand-Saint-Bernard. {p.115}
  41. Cette, lettre expliquant tout le plan de campagne fut confiée à l'adjudant général Reille qui ne partit de Paris que le 11 avril. (Registre des départs des courriers, Archives nationales, A.F., IV, 427.)

    Il arriva le 22 avril au quartier général de Suchet qu'il trouva battant en retraite vers le Var et séparé de Masséna, avec lequel les communications étaient difficiles.

    Cinq jours plus tard, Reille rendait compte des moyens employés pour assurer l'exécution de sa mission:

    Albenga, le 7 floréal an 8 (27 avril 1800).

    Citoyen Consul,

    Je suis arrivé à la Piétra le 2 de ce mois, Toute communication avec Gênes étant interrompue, j'ai remis au lieutenant général Suchet le plan de campagne; deux aides de camp du général en chef ont été expédiés et ont été porteurs de notes sur son contenu; un seul a pu parvenir et donner des nouvelles. Je profite du premier beau temps et je pars ce soir avec une copie du plan de campagne; je le jetterai à la mer si je suis pris. {p.116}

  42. Correspondance de Napoléon, n° 4710.
  43. Voir cette lettre au chapitre suivant, p. 138. {p.117} {p.118} {p.119}
  44. Correspondance de Napoléon, n° 4724.

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96