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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 1 Chapitre 12

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.555}

(PREMIÈRE PARTIE)
CHAPITRE XII
MESURES ADMINISTRATIVES

Le commissaire ordonnateur Lambert est chargé de constituer les approvisionnements à Genève. – Il s'établit à Lyon le 13 mars. – Ses opérations. – Difficultés multiples. – Manque d'argent.

Arrivée à Genève des conseillers d'État Petiet et Dejean le 11 mai. – Le premier surveille les services des subsistances et des hôpitaux, le second celui des munitions et de l'artillerie.

En vue du rassemblement de l'armée de réserve sur les bords du lac de Genève, le commissaire ordonnateur Lambert était chargé, au commencement de mars, de réunir les approvisionnements de toute nature et les moyens de transport nécessaires (1). Il s'installe à Lyon, point central, pourvu de nombreuses ressources; c'est de là qu'il dirige ses opérations administratives, d'après les ordres du général en chef et les ressources mises à sa disposition par le Ministre de la guerre.

Deux mois plus tard, la nécessité de presser les mouvements de troupes amène le Premier Consul à charger les deux conseillers d'État, Petiet et Dejean, de suivre, à Genève même, les détails des services considérables et complexes des subsistances et de l'artillerie, et d'en assurer la prompte exécution. {p.556}

Il a paru intéressant de réunir, en un chapitre distinct, la correspondance relative à un objet aussi essentiel à la guerre que celui des magasins généraux, mais n'ayant pas avec elle un rapport aussi intime que celui des ravitaillements journaliers.

Le Ministre de la guerre, au Premier Consul.

Paris, le 28 ventôse an 8 (19 mars 1800).

Citoyen Consul,

Par sa lettre du 22 courant, écrite de Lyon, le commissaire ordonnateur Lambert m'informe que, d'après les renseignements multipliés qu'il s'est procurés, il a acquis la conviction que la ville de Genève et ses environs ne pourraient lui offrir que d'une manière insuffisante ou au moins très lente et plus dispendieuse, aucun des genres d'approvisionnements qu'il est chargé d'y rassembler avant le 15 germinal. Il s'est trouvé, en conséquence, dans la nécessité de prendre à Lyon et d'y faire exécuter toutes les mesures qu'exige sa mission, surtout pour la confection du biscuit. Il fera ensuite diriger par le Rhône sur Seyssel et, de là, par les transports de terre jusqu'à Genève, tous les objets et approvisionnements qu'il aura réunis à Lyon.

Les détails de la lettre de cet ordonnateur, l'activité et l'expérience que vous lui connaissez, me rassurent sur l'exactitude et la célérité qu'il mettra à exécuter vos ordres. D'après ces considérations, j'ai approuvé les dispositions dont il me rend compte. J'espère, citoyen Consul, que vous y donnerez aussi votre approbation.

Respect et dévouement (2).

Alex. BERTHIER.

Le commissaire ordonnateur des guerres en mission, au Ministre de la guerre.

Lyon, le 5 germinal an 8 (26 mars 1800).

Citoyen Ministre,

J'ai cru que vous verriez avec plaisir un échantillon du biscuit dont vous avez ordonné la fabrication pour l'approvisionnement extraordinaire de l'armée de réserve.

Par ma dépêche du 3, je vous ai rendu compte de mes opérations (3). Quant au matériel de l'approvisionnement, il me reste à vous faire connaître l'emploi des fonds que vous avez fait mettre à ma disposition. J'espère vous convaincre, citoyen Ministre, par les détails dans lesquels je me propose d'entrer {p.557} à cet égard, que si leur modicité ne m'a pas permis de compléter sur-le-champ l'approvisionnement ordonné, j'ai du moins été assez heureux pour l'assurer, et faire marcher de front les versements successifs des trois espèces de denrées qui le composent. Il en est de même de tout ce qui a rapport aux transports, à l'emmagasinement et à la destination future des divers objets.

Salut et respect.

LAMBERT.

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au général Berthier.

Lyon, le 28 germinal an 8 (18 avril 1800).

Mon cher Général,

Vous avez le droit de compter sur toute espèce de sacrifice de ma part. Vous vous convaincrez que je n'ai rien épargné et le terme de mes efforts sera celui du succès que le Premier Consul et vous avez si fort à coeur.

Je puis, sans amour-propre, me faire quelque mérite de l'état actuel de mes opérations; il n'a fallu rien moins que mon travail, mes soins, mes veilles et mon dévouement. Mais une vérité que je ne vous dissimulerai pas, mon cher Général: les agents de Paris qui ne connaissent pas les armées, qui n'ont pas eu le bonheur d'y servir avec vous, qui n'apprécient pas la perte d'une minute, peuvent beaucoup nuire aux opérations militaires, les agents du Trésor public surtout; une expérience de huit années de guerres m'a démontré qu'ils n'ont, rien changé à leur marche. Leurs formes lentes et multipliées ne s'accordent pas avec les principes de la comptabilité, qui n'en admettent que de simples et claires; elles s'accordent encore moins avec celles que les opérations militaires commandent. Depuis 25 jours, vous et votre successeur m'avez assigné des fonds et le Trésor public n'en a pas même donné avis au payeur de Lyon.

Que ceux qui ont été étrangers aux armées viennent s'y instruire; ce devrait être le premier titre d'admission aux emplois qui ont quelque analogie avec les opérations militaires.

Si je m'éloigne de Lyon, mon cher Général, la fabrication, tous les versements et les transports cessent; vous trouverez à Genève le commissaire des guerres Michaud, que j'y ai chargé exclusivement de toutes les dispositions d'exécution. Si des fonds m'arrivent enfin, je pourrai poursuivre ma tâche et vous transmettre une certitude de succès que je me plais à entrevoir au milieu des embarras de ma position.

Je vous suis, mon cher Général, entièrement dévoué.

LAMBERT.

Le 29 germinal (19 avril).

Si, comme j'ai lieu de l'inférer d'une lettre particulière des bureaux, je ne tarde pas à recevoir les deux sommes de 200 et 100,000 francs, vous pouvez, mon cher Général, compter sur la continuation de succès des mesures que j'ai activées et que je m'efforce de maintenir; mais pressez, de votre côté, le Ministre et la Trésorerie. {p.558}

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve.

Lyon, le 28 germinal an 8 (18 avril 1800).

Citoyen Général,

Je prends occasion de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 20 de ce mois et de l'urgence de dispositions qu'elle provoque, pour vous présenter un aperçu de toutes celles que j'ai activées et des résultats qu'il m'a été possible d'obtenir. Il vous donnera la mesure des obstacles que j'ai eu à surmonter, celle de mes efforts et la conviction qu'ils se sont portés même au delà de ce que les moyens que j'ai à ma disposition pouvaient permettre d'espérer.

Le but de la mission dont j'ai été chargé, était de rassembler à Genève une masse extraordinaire d'approvisionnements en biscuit, eau-de-vie et avoine, dans un espace de temps très limité. A mon départ de Paris, je n'ignorais pas les difficultés qui m'attendaient. La modicité des fonds que j'ai emportés, comparée avec la dépense considérable que cet approvisionnement devait entraîner, réduisait presque mes ressources à mon seul dévouement; mais, ne consultant que lui et le zèle dont j'ai été constamment animé, je n'hésitai point à me charger d'une tâche dans laquelle je voyais de la part du gouvernement une marque de confiance qui m'honorait.

En arrivant à Lyon, j'acquis par des renseignements positifs la certitude que cette place m'offrait plus avantageusement qu'une autre le point principal de direction de toutes mes mesures, soit pour les achats de denrées, soit pour leur manutention et les expéditions à en faire sur Genève. Les ressources commerciales dont il me serait possible de profiter, la confiance que j'espérais inspirer à quelques maisons avec lesquelles j'avais eu des relations, l'abondance des matières en circulation, tout contribuait à me donner une présomption de succès que je n'aurais pas osé former sur un autre point.

Biscuit (1,500,000 rations). – L'objet dans lequel je voyais le plus de difficultés était la fabrication de l'énorme quantité de 1,500,000 rations de biscuit. Il fixa ma première sollicitude. Il n'existait à Lyon qu'une manutention militaire de deux fours et point de boulangers. Je dus créer absolument tout ce qui manquait. Je m'entourai de ce qu'il y avait d'agents des subsistances à Lyon. Il fallait des fours et des ouvriers; je fis un appel aux boulangers de la ville, et en les encourageant par la certitude d'un gain honnête, dans peu de jours environ 60 entreprirent de travailler. On dut les former à une espèce d'école de fabrication que je fis établir à la manutention militaire, et, si leurs essais n'eurent pas d'abord tout le degré de perfection désirable, la majeure partie s'accoutuma bientôt à ce genre de travail, et en renonçant à celui des boulangers qui ne purent réussir, j'eus cependant encore à m'estimer très heureux d'avoir pu m'ouvrir une ressource qui semblait si incertaine.

Mais la fabrication, quelque active qu'elle fût, ne pouvant me permettre d'atteindre le complément des 1,500,000 rations avec toute la célérité qui m'était recommandée, je me déterminai à me procurer tout ce qu'il serait possible d'obtenir des places environnantes. J'utilisai tous les moyens.

La ville de Bourg ne m'offrit rien. {p.559}

A Besançon, les manutentions désapprovisionnées ne m'ont fourni que 40,000 rations, provenant de farines puisées par l'ordonnateur de la 6e division dans l'approvisionnement de siège de la citadelle, et ce modique produit, dont je viens de solliciter le transport par un courrier extraordinaire, serait demeuré à Besançon, si je n'y avais fait compter 12,207 francs pour les frais de manutention, l'achat des tonnes nécessaires pour la contenir, les frais de transport, et encore ai-je besoin du retour de mon courrier pour avoir la certitude que l'on aura acheminé de suite cette faible ressource.

A Genève, les fours étaient hors d'état; trois seulement purent être mis en activité. La fabrication n'attira aucun entrepreneur; il y avait défaut de boulangers qui y fussent exercés et ma seule ressource fût de faire convertir en farines les blés de l'approvisionnement de siège. Les fours furent réparés; il fallut construire tous les ustensiles propres à cette fabrication; former des boulangers, en appeler de Grenoble, et avec ces diverses mesures, j'aurai obtenu vers le 5 floréal prochain environ 170,000 rations pour lesquelles 2,361 caisses sont en confection à Genève. Avec des fonds pour faire des achats de froment, la fabrication pourra y être continuée; mais quelle confiance d'attente puis-je mettre dans les mesures de la Trésorerie, lorsqu'il lui a fallu 20 jours pour me faire toucher à Lyon 150,000 francs appliqués urgemment par un arrêté des Consuls; et que le payeur du Rhône n'a pas même l'avis de l'envoi de deux autres fonds de 200,000 francs et de 100,000 francs qui m'ont été annoncés: le premier, depuis le 6 germinal, par l'ex-ministre Berthier, et le second, depuis le 16, par son successeur. Je me suis plaint itérativement de ces retards au Ministre et au directeur du Trésor public et au général en chef de l'armée de réserve, en même temps qu'à l'ordonnateur en chef.

A Grenoble, où ainsi qu'à Besançon il existait des fours, les matières manquaient absolument et les ordonnateurs Pascalis et Eyssantier, dont je réclamai le concours de moyens, me répondirent de leur procurer 4,000 quintaux de blé pour faire subsister les troupes de l'aile gauche de l'armée d'Italie. J'appris qu'il avait été précédemment fabriqué du biscuit à Grenoble et qu'il pouvait en exister dans les magasins. J'en fis la demande à l'ordonnateur Pascalis qui m'a mandé le 19 germinal que 16 à 18,000 rations au plus seraient le produit du triage de 27,000 existantes, qu'elles seraient de suite encaissées et expédiées sur Genève.

Dans cet état de choses, je me déterminai le 9 germinal à traiter avec un ancien employé des vivres pour la fabrication de 144,000 rations qui nécessita une avance de 15,000 francs et 50,000 rations ont dû être livrées le 25 germinal et transportées ensuite sur Genève. Si j'ai des fonds pour en payer la valeur, la fabrication sera continuée et j'obtiendrai le complément des 144,000 rations soumissionnées.

Avant d'entrer dans d'autres détails, il convient que j'établisse ici le résultat de tous les moyens que j'ai cumulés pour porter la fabrication du biscuit à la quantité que j'aurai eu le bonheur d'atteindre. {p.560}

La quantité demandée a été de 1,500,000rations.
J'ai obtenu :
De Bourg. Néant
De Besançon, seulement 40,000 1,000,000
Des magasins de Grenoble où le biscuit existait. 16,000
De Grenoble, par traité, en supposant que l'entrepreneur soit en état de compléter sa fourniture144,000
De Genève 170,000
A Lyon, sous mes yeux, d'ici an 5 floréal 630,000
 
Il manquerait 500,000rations.
Si les fonds annoncés m'arrivent enfin, si les opérations de la campagne admettent que l'on puisse continuer la fabrication à Lyon et à Genève, l'on pourrait obtenir le
15 floréal 300,000 500,000
Et du 20 au 25 les 200,000 restantes 200,000
La fabrication serait entière.

Eau-de-vie (100,000 pintes). – L'achat des 100,000 pintes d'eau-de-vie offrait la plus grande facilité et beaucoup d'avantages dans les premiers jours de mon arrivée à Lyon, si j'avais eu des fonds; mais l'esprit d'agiotage et de spéculation s'éveilla au premier bruit de l'opération dont j'étais chargé. Dès lors, ce liquide devint plus rare, plus difficile à se procurer et par conséquent plus cher. Le rassemblement d'un corps d'armée à Dijon n'y contribua pas peu. La hausse devenant tous les jours plus considérable, je me hâtai de conclure des marchés tant à Lyon qu'à Genève; je parvins même à obtenir des prix modérés; mais il me fallait des moyens présents ou une confiance équivalente. Je m'engageai personnellement, et la totalité de l'approvisionnement est sûre, si je puis payer les traitants. Il en a déjà été versé 55,000 pintes.

Avoine (100,000 boisseaux). – Je ne voyais aucun espoir d'effectuer l'approvisionnement d'avoine; la rareté, la cherté de cette denrée sur tous les points, l'énorme consommation qui devait s'en faire à Bourg, où 2,000 mulets se rassemblent indépendamment des nombreux chevaux de troupes qui y existent déjà, la consommation non moins considérable qui devait se faire à Dijon, le peu de confiance des vendeurs, tout semblait offrir des obstacles insurmontables.

Cependant, à force de sollicitudes, de recherches, de promesses, par de nouveaux engagements personnels et par la certitude du payement immédiat de chaque versement, j'ai pu trouver à passer un marché de 80,000 boisseaux à des prix si avantageux que les traitants eux-mêmes ont sollicité peu de jours après, la résiliation de ce marché, dans la crainte d'une perte réelle que j'ai si bien appréciée, qu'il paraîtra de la justice du gouvernement de leur allouer une indemnité, s'ils peuvent prouver, comme je n'en doute pas, que leurs intérêts sont évidemment lésés par un engagement qu'un concours de circonstances imprévues leur a rendu défavorable; et ils mériteront surtout cette justice, ainsi que je leur en ai fait l'observation, s'ils font preuve d'une célérité qu'ils m'ont fait espérer et dont je leur ai annoncé l'indispensabilité.

L'état de situation ci-joint vous fera connaître, citoyen Général, l'existence {p.561} réelle de l'approvisionnement, tant pour ce qui se trouve emmagasiné à Genève, que ce qui est en route pour y arriver, ou dans les divers dépôts, prêt à y être expédié. Vous y verrez que toutes les parties ont atteint plus de la moitié des quantités prescrites.

Ajoutez à tout cela qu'il m'a fallu organiser par eau et par terre, de Lyon à Genève et de Seyssel à Genève, des transports infiniment dispendieux, proportionnés à la masse des approvisionnements; effectuer, toujours au comptant, l'achat de grains et de farine sur les divers points de fabrication, ainsi que leur conversion ; faire construire plus de 12,000 caisses, tant à Lyon qu'à Grenoble et Genève pour contenir le biscuit; me procurer 8,500 sacs pour l'avoine, 3,000 sacs pour le service des manutentions de Lyon, 2,000 barils pour recevoir l'eau-de-vie; louer et mettre en état des magasins immenses; et me livrer enfin à une foule de dépenses dont la modicité des moyens qui me sont parvenus ne m'a permis de couvrir qu'une très faible portion.

Voilà, citoyen Général, ce que j'aurai pu faire avec 350,000 francs seulement, que j'ai eus à ma disposition jusqu'à ce jour; car, je le répète, je n'ai aucune nouvelle des deux fonds qui m'ont été faits, l'un le 6 de ce mois et l'autre le 16, indépendamment de ce que je n'ai touché que tout récemment le fonds de 150,000 francs qu'on avait affecté à l'approvisionnement presque immédiatement après mon départ de Paris, ce qui m'a réduit pendant plus d'un mois à la somme de 200,000 francs que j'avais emportée. Vous pourrez juger par là, citoyen Général, de la position pénible où je me suis trouvé et qui me presse surtout en ce moment. Il ne peut vous échapper que j'ai dû y suppléer par des emprunts conséquents et par des crédits que je n'ai pu obtenir qu'en engageant ma propre responsabilité, puisque les dépenses, que j'ai déjà faites pour assurer ce qui existe en ce moment, s'élèvent à plus de 461,190 francs, que pourront à peine couvrir les deux fonds de 200,000 francs et de 100,000 francs dont j'attends la réalisation avec une impatience douloureuse (4).

Lorsque la Trésorerie aura cessé de donner lieu aux retards dont mes opérations sont frappées, les nouveaux secours qui me sont urgemment nécessaires et que je n'évalue pas à moins de 358,958 francs, seront la mesure du degré d'activité que je pourrai donner au reste de l'approvisionnement. Votre intérêt et votre justice vous feront sans doute concourir à me les procurer. A leur {p.562} défaut, je n'aurai plus de moyen pour les attendre, car le crédit et la confiance sont absolument épuisés, et il ne me resterait qu'un dévouement infructueux, qui, en augmentant mes regrets de ne pouvoir remplir les intentions du gouvernement et vos instances particulières, me vaudrait sans doute encore, citoyen Général, les témoignages de satisfaction dont vous avez bien voulu m'honorer.

Boeufs : 1000. – Au milieu de tous ces détails, je n'ai point perdu de vue le rassemblement de 1000 boeufs confié à ma surveillance; mes instances ont été journalières et si heureusement secondées par le citoyen Mourgue, directeur du rassemblement, que 536 sont réunis en ce moment à Bourg, Mâcon et Lyon (5). Ils forment un poids de 400,000 livres de viande faisant, je vous l'observe, les quatre cinquièmes du poids des 1000 boeufs. Néanmoins, le citoyen Mourgue est occupé des mesures les plus célères (sic) pour augmenter cette masse et le succès en sera prompt, s'il reçoit les fonds qu'il a demandés.

Mulets: 2,000. – L'ordonnateur Boinod, qui a été chargé de ce rassemblement, auquel je n'eusse pu me livrer, en a traité par voie d'achat. Il m'avait mandé le 21 germinal qu'il en aurait 300 le 22 et voici les renseignements qu'il me donne en ce moment:

Le rassemblement sera, le 1er floréal, de 500
Du 10 au 15, de 400
Les 1100 restant, dans le courant de floréal, si l'on fait des fonds 1100
TOTAL 2000

Le succès de cette opération me paraît infiniment douteux; la voie d'achat, indépendamment d'une foule de difficultés et d'inconvénients offrait beaucoup moins de célérité et d'économie que le parti de rassembler des animaux à loyer, conduits par leurs propriétaires.

Salut et dévouement respectueux.

LAMBERT.

P.-S. – Si, comme j'ai lieu de l'inférer d'une lettre particulière des bureaux, je ne tarde pas à recevoir les deux sommes de 200 et de '100,000 francs, vous pouvez, mon cher Général, compter sur la continuation de succès des mesures que j'ai activées et que je m'efforce de maintenir; mais pressez de votre côté le Ministre et la Trésorerie.

L.

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve, à Genève.

Lyon, le 2 floréal an 8 (22 avril 1800).

Citoyen Général,

Je ne crains pas de vous fatiguer de mes instances, et elles doivent être aussi multipliées, aussi pressantes que l'état de pénurie, dans lequel je continue à me trouver, est pénible et funeste. Aujourd'hui, 2 floréal, après l'arrivée du courrier, l'inaction de la trésorerie dure encore. {p.563}

Il est bien à regretter que les vues du gouvernement et ses dispositions soient aussi faiblement secondées par les administrateurs du Trésor public, auxquels on pourra imputer tout ce que les retards que j'éprouve et l'abandon où l'on me laisse depuis plus de vingt jours causeront de fâcheux (6).

Néanmoins, citoyen Général, je ne perds pas entièrement courage. Je m'efforce de soutenir, autant qu'il dépend de moi, le poids de ma tâche.

Croyez que mon activité, ma sollicitude et mon dévouement seront sans bornes et tâcheront de suppléer, encore pour quelques instants, à tout ce qui me manque.

Salut et dévouement respectueux.

LAMBERT.

P. S. – J'ai déjà, à Genève, 66,000 pintes d'eau-de-vie, et, par les mesures que j'ai prises, vous pouvez regarder comme complet l'approvisionnement des 100,000 pintes.

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve.

Lyon, le 3 floréal an 8 (23 avril 1800).

Citoyen Général,

Vous trouverez ci-joint l'état n° 4 de la situation des approvisionnements extraordinaires formés à Genève pour l'armée de réserve.

Cet état présente (7) :

1° Une augmentation de 24,000 rations de biscuit fabriquées à Lyon, où, malgré le défaut de fonds, je suis parvenu à maintenir la continuation des manutentions;

2° Un versement de 21,500 pintes d'eau-de-vie que j'ai pu payer, aidé d'un prêt de 60,000 francs que le citoyen Verninac, préfet de Lyon, et moi, avons obtenu de la maison P. Leguay, en engageant notre garantie personnelle.

Déjà, citoyen Général, la mienne se trouvait liée par un prêt de 120,000 francs de divers citoyens, à la confiance desquels je devrai d'avoir pu atteindre la situation actuelle de l'approvisionnement; mais, je le répète, l'inaction funeste des agents du Trésor public, qui, depuis plus d'un mois, compromettent l'opération la plus importante, est sur le point de la paralyser tout à fait.

Le citoyen Dufresne ne l'a point ignorée; je dus, avant mon départ de Paris, lui communiquer les instructions que j'avais reçues, afin de pouvoir en obtenir le premier fonds de 200,000 francs, qu'il m'avait été prescrit d'attendre, et quoique, par mes lettres des 19 et 23 germinal, j'aie appelé sa sollicitude et écrit en même temps au sieur Laquiante, directeur des dépenses, je n'en ai reçu aucune réponse, et les dispositions prises les 6 et 16 germinal en faveur {p.564} de l'approvisionnement, par vous, citoyen Général, et par votre successeur, demeurent inexécutées de leur part.

Salut et dévouement respectueux.

LAMBERT.

P. S. – Je continuerai, mon cher Général, à vous rendre compte de mes opérations, avec l'exactitude que l'ordonnateur en chef Dubreton me recommande, en votre nom, par sa lettre du 30.

L.

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve, à Dijon.

Lyon, le 8 floréal an 8 (28 avril 1800).

Citoyen Général,

Je dois vous prévenir que, sur la demande très urgente qui vient de m'être faite par le général Turreau, commandant l'aile gauche de l'armée d'Italie, je n'ai pas cru devoir me refuser à lui faire expédier à Briançon 15,000 rations de biscuit des manutentions de Grenoble. Je me suis trouvé placé entre l'inconvénient d'agir peut-être contrairement à vos intentions et celui de ne pas seconder les mesures activées par le général Turreau; mais sa lettre est si pressante, comme vous le verrez par la copie que je mets sous vos yeux, que j'ai dû lui faire céder toute considération. J'ai donc donné des ordres, citoyen Général, pour que ces 15,000 rations partissent sur-le-champ de Grenoble, en prévenant le général Turreau que je vous informais d'une disposition qui méritera sans doute d'autant moins votre improbation, qu'il sera facile de remplacer cette quantité, soit par les manutentions de Grenoble, soit par celles de Lyon ou de Genève.

Salut et dévouement respectueux.

LAMBERT.

P. S. – Je saisis cette occasion pour vous répéter, mon cher Général, que je suis toujours sans fonds et que je n'aurais plus les moyens d'aller en avant sans les secours que j'attends demain par le retour du courrier que je vous ai expédié hier.

Telle est la marche des bureaux du ministère de la guerre et de la trésorerie, que, depuis que j'ai entamé mon opération, je n'ai pu en recevoir une seule réponse, quelque pressantes et redoublées qu'aient été mes instances. Vous jugerez que cette manière de traiter les affaires ne peut être dans les intentions d'un gouvernement ennemi du désordre, de l'impéritie et d'une inactivité si propres à entraîner des inconvénients majeurs.

L.

Placide Gayde, entrepreneur du service des fourrages dans les 18e et 19e divisions militaires, et à l'armée de réserve, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve.

Dijon, le 5 floréal an 8 (25 avril 1800).

Citoyen Général,

J'ai l'honneur de vous adresser un état, par aperçu, des chevaux existant tant dans les 18e et 19e divisions militaires qu'à l'armée de réserve, composant {p.565} l'arrondissement de mon service. Cet état est bien inférieur à la réalité, parce qu'il ne comprend pas le nombre des chevaux destinés à la correspondance, ainsi que ceux attachés aux corps cantonnés dans les lieux où je n'ai pas de magasins et où le service se fait pour mon compte, par traité à la ration, en vertu de l'article 25 de mon traité avec le Ministre. Il ne m'a pas encore été possible d'acquérir une connaissance exacte des rations qui se distribuent; l'arrivée journalière aux corps de chevaux de remonte rend encore cet état très imparfait, et enfin chaque jour il arrive des troupes nouvelles ou des chevaux de transport.

Cet état, tel incomplet qu'il puisse être, vous donnera cependant quelques renseignements sur mes dépenses et mes besoins. Voici à peu près l'aperçu de mes dépenses pendant les mois de ventôse, et germinal:

{p.566}
19e division militaire.
Francs.Francs.
Du 1er au 30 ventôse, les pièces remises à l'ordonnateur s'élèvent à 140,000 francs, à raison de 1 fr. 70 la ration, prix de mon traité; mais comme, d'après la demande que j'ai formée d'une augmentation, je présume le prix devoir être de 2 fr. 10, le montant des dépenses du mois pourrait être porté, en conséquence, à la Francs. somme de 160,000
L'état ci-joint désigne 3,500 chevaux à nourrir, par jour, pendant le mois de germinal; mais on n'a pas prévu toute l'augmentation qui résulte de la levée des 40,000, et l'on peut aisément porter à 4,000 le nombre des chevaux qui auront existé dans la 19e division pendant le mois de germinal, pour lesquels il faut 120,000 rations, lesquelles, à 2 fr. 10, font 252,000
Total pour la 19e division 412,000
18e division et armée de réserve.
Depuis le 1er au 15 ventôse, en calculant sur 1800 chevaux par jour, le nombre des rations s'élève à 2,700, et le montant, à raison de 1 fr. 40, prix de mon traité, à 37,800
La dernière quinzaine ayant éprouvé une augmentation de chevaux que l'on peut porter à 4,000, il en résulte une consommation de 60,000 rations, lesquelles, à raison de 1 fr. 90 (augmentation demandée), font 114,000
L'état ci-joint des chevaux existant dans la 18e division et à l'armée de réserve offre un total de 7,929 lesquels, pour le mois de germinal, ont dû recevoir 237,870 rations, lesquelles, à raison de 1 fr. 90, font 428,166
Chargé dans plusieurs places du service des étapes, et notamment à Dijon, je porterai seulement, par aperçu, la consommation qui en est résultée à 50,000 rations, lesquelles, à raison de 1 fr. 90, font 95,000
Total pour la 18e division et l'armée de réserve. 674,966
Total général de mes dépenses, par aperçu, pendant les mois de ventôse et germinal 1,086,966

J'avais donc dépensé, au 30 germinal dernier, la somme de un million quatre-vingt-six mille neuf cent soixante-six francs, et cependant, les acomptes qui m'ont été donnés, jusqu'à ce jour, ne s'élèvent qu'à quatre cent vingt mille francs, savoir:

Francs.
1° Ordonnance du Ministre de cent mille francs, dont moitié seulement en écus, et le reste en inscriptions sur le département de l'Aveyron, à soixante-dix jours de date, ci 100,000
2° Ordonnance du Ministre de soixante mille francs, qui m'a été acquittée, d'après les ordres particuliers de l'ordonnateur en chef, en deux payements, toujours en effets à soixante-dix jours de date, l'un de 29,940 francs et l'autre de 30,060 francs, ci 60,000
3° Ordonnance du Ministre, acquittée à Paris en effets à soixante jours de date, de 200,000
4° Ordonnance de l'ordonnateur en chef, encore en effets à différentes dates, et toujours à longues échéances, de 60,000
Total 420,000

Il me reste donc dû, au 30 germinal, la somme de six cent soixante-six mille neuf cent soixante-six francs. Une avance aussi considérable mérite, citoyen Général, toute votre sollicitude.

Vous sentirez qu'à l'instant d'aller organiser un service très dispendieux, j'ai besoin de grandes ressources, et que je vais les puiser dans les sommes que vous mettrez à ma disposition, pour me couvrir au moins des avances que j'ai déjà faites.

J'attends avec impatience, citoyen Général, la décision que vous prendrez, et, comptant sur les moyens qui dépendent de vous, je vais préparer ceux qui me concernent pour aller promptement assurer la subsistance des chevaux de l'armée de réserve.

Salut et respect.

GAYDE. {p.567}

État des chevaux existant dans les différentes places des 18e et 19e divisions militaires, et à l'armée de réserve, au 4 floréal an 8 (24 avril 1800).

DÉSIGNATION DES NOMBRE
des
CHEVAUX.
OBSERVATIONS.
DIVISIONS
militaires.
SUB-DIVISIONS. PLACES.
 
6e » Bourg 600 ou mulets environ, d'après la déclaration d'un inspecteur envoyé sur les lieux; on n'a pas encore d'état de situation du magasin.
Dôle 1,200 Le nombre doit être plus fort in attend les renseignements positifs qu'on a demandés.
 
18e 1re Auxerre 225 Suivant l'état de situation du magasin.
Troyes 75 Suivant l'état de situation du garde-magasin.
Langres, Chaumont, Joinville et arrondissement. 100 environ, suivant l'état de, situation du garde-magasin.
 
2e Auxonne 377 Suivant le dernier état de situation du garde-magasin. Le nombre doit être plus fort maintenant.
Chalon-sur-Saône 268 Id.
Verdun-sur-Saône 200 Suivant l'état des troupes de l'armée; on n'a point d'état de situation du garde-magasin.
Dijon 1,878 Suivant l'état de situation du garde-magasin.
Mâcon 48 Id.
Nevers 77 Id.
Saint-Jean-de-Losne 177 Id.
Seurre 539 Id.
Pontailier 595 Id.
Talmay 593 Suivant l'état des troupe" de l'armée; on n'a point d'état de situation du garde-magasin.
Genlis 568 Suivant l'état de situation du garde-magasin.
Chevaux de la levée des 40,000 411 Répartis dans divers dépôts du département de la Côte-d'Or, suivant l'état de l'ordonnateur Feraud. Cet état est du 9 germinal; mais, depuis, il est arrivé beaucoup de chevaux.
7,929
19e » » 3,500
11,429

Ne sont pas compris dans cet état, les nombreux détachements destinés à la correspondance de l'armée de réserve, ainsi que les chevaux attachés aux corps cantonnés dans les lieux où il n'existe pas de magasin. {p.568}

Ce qui rend encore cet état bien inférieur à la réalité, c'est l'arrivée journalière aux corps des chevaux de remonte.

Chaque jour, des mutations de détachements ou de régiments, ou l'arrivée de troupes nouvelles, produisent des changements dans les états de situation des places.

Au surplus, il a été demandé aux divers gardes-magasins de fournir un état présentant le nombre de chevaux et la désignation des parties prenantes, et le résultat de ce travail sera plus certain.

On observe que l'entrepreneur fait le service des étapes dans presque toutes les places, ce qui augmente considérablement ses fournitures.

Certifié par l'entrepreneur du service des fourrages.

Dijon, le 5 floréal an 8.

GAYDE.

Placide Gayde, entrepreneur du service des fourrages dans les 18e et 19e divisions militaires, et à l'armée de réserve, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve.

Dijon, le 9 floréal an 8 (29 avril 1800).

Citoyen Général,

J'ai l'honneur de vous adresser copie de la lettre que j'écris à l'ordonnateur en chef, en réponse à celle que je viens de recevoir de lui.

En vous exprimant tous mes regrets, citoyen Général, de ne pouvoir consacrer mes soins et mon zèle au service de l'armée de réserve, j'ose me flatter que vous approuverez les motifs de mon refus. J'ai mis, dans mes communications avec l'ordonnateur en chef, toute la franchise et la délicatesse qu'exigeait l'opération dont je voulais me charger, et si les circonstances impérieuses viennent rompre toutes mes résolutions, la faute ne peut nullement m'en être imputée.

Je ne vous dissimulerai pas, citoyen Général, que je n'acceptai même qu'avec répugnance, voyant que la demande que j'ai faite d'une augmentation dans le prix de mes, fournitures, depuis l'arrivée des troupes de l'armée de réserve dans la 18e division, était restée sans réponse, lors même que vous en avez reconnu la justice. Ce silence n'était pas très encourageant.

Je vous prie, citoyen Général, de m'honorer d'une réponse, en acceptant mon refus formel de me charger de la fourniture des fourrages à l'armée de réserve.

Salut et respect.

GAYDE,

Placide Gayde, entrepreneur du service des fourrages dans les 18e et 19e divisions militaires, et à l'armée de réserve, au citoyen Dubreton, commissaire ordonnateur.

Dijon, le 9 floréal an 8 (29 avril 1800), à 9 heures du matin.

Citoyen Ordonnateur,

Je reçois à l'instant votre lettre datée du 8 du courant, qui m'annonce que vous acceptez les clauses et conditions que je vous ai proposées, relativement {p.569} au service des fourrages à l'armée de réserve. Je vous observe d'abord que votre lettre est datée du 8, lorsque, hier seulement, à 11 heures du soir, vous avez été d'accord avec moi; il est 9 heures du matin, 9 floréal, et je m'empresse de répondre à votre lettre que je reçois.

Vous m'annoncez que le Premier Consul arrive sous trois jours et que le quartier général et la cavalerie se mettent dès lors en mouvement. Une aussi grande précipitation ne me laisse aucune possibilité de faire les approvisionnements nécessaires. Il est physiquement impossible d'y pourvoir sans des moyens violents, et qui ne m'appartiennent pas.

Je vous déclare positivement, citoyen ordonnateur, que je ne puis me charger du service des fourrages à l'armée de réserve. Je ne veux compromettre ni moi, ni mes préposés, ni la subsistance de l'armée, et vous approuverez sans doute les motifs de mon refus. Le temps s'est écoulé en pourparlers, et l'indécision dans laquelle vous me tenez, depuis quelques jours, ne m'a pas permis de prendre les mesures nécessaires pour l'opération dont vous vouliez me charger. En convenant de mon traité avec vous hier au soir, votre conversation m'avait rassuré sur la possibilité que je devais avoir de faire mes approvisionnements avant le départ de la cavalerie, qui devait être différé de quelque temps. Le changement de ces dispositions rend les miennes impossibles, et, malgré toute ma bonne volonté, je suis contraint d'annuler toutes mes propositions.

Vous devrez au moins, citoyen ordonnateur, me rendre la justice que je ne suis coupable ni de négligence ni de défaut de zèle. Les circonstances sont toute ma justification.

Salut et respect.

GAYDE.

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au Premier Consul de la République.

Lyon, le 11 floréal an 8 (1er mai 1800),

Citoyen Consul,

J'ai remis à votre aide de camp un état de situation qui, j'ose l'espérer, vous satisfera (8). Il y ajoutera les détails des dispositions que je continue à activer, et le général Berthier, ainsi que l'ordonnateur en chef, sont en état de vous rendre, de mes opérations, un compte qui ne laisse rien à désirer. Si l'on m'eût secondé en temps opportun, au lieu de m'abandonner silencieusement aux ressources qui n'ont été que le résultat tardif d'une confiance qu'il a fallu inspirer, je pourrais aujourd'hui me livrer à d'autres travaux. Vous apercevrez quelques efforts et quelque prévoyance dans ce que j'ai fait; je continue; et que ne ferais-je pas pour le bonheur et la gloire de mon pays, pour le héros, pour le magistrat qui n'a en vue que de le consolider.

LAMBERT.

Le général Berthier vient de m'aider de 300,000 francs, dont la moitié seulement, presque déjà absorbée, m'a été payée. L'on n'a ni avis ni fonds pour {p.570} l'autre moitié; je le mande à l'ordonnateur en chef. Il connaît la mesure de mes besoins: ils me nécessitent de suite 150 ou 200,000 francs, car j'ai à pourvoir à d'autres besoins que l'on me fait connaître.

L.

Votre aide de camp se rendant à Grenoble, je prends le parti de joindre ici un état pareil à celui qu'il vous porte.

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve.

Lyon, le 12 floréal an 8 (2 mai 1800).

Citoyen Général,

J'ai reçu hier votre lettre du 10 de ce mois. Elle ne me laisse rien à ajouter aux comptes que je vous ai rendus de mes opérations que j'active par tous les moyens qui sont en moi; mais il est inouï que personne ici ne se présente, ni ne soit chargé d'acquitter l'ordonnance de 150,000 francs que vous m'avez envoyée le 9 par le retour de mon courrier, ni de remplir les promesses de fonds que chacune de vos lettres et celles de l'ordonnateur en chef Dubreton portent. Elles me mandent de réclamer tous les secours dont j'ai besoin, que l'argent ne manquera pas, et cependant il n'arrive pas un sol ni même d'avis de payement. L'aide de camp du Premier Consul, que j'ai vu ici, m'a donné les mêmes assurances en son nom, et pourtant je me vois prêt à retomber dans l'état de détresse auquel des moyens si lents et si modiques ne peuvent m'arracher que faiblement.

Ici, je le répète, citoyen Général, il faut des moyens présents, nul ne voulant se mettre en avance. Les agents que vous et le commissaire ordonnateur Dubreton envoyez, en feront la cruelle expérience. Les engagements que j'ai dû contracter, et auxquels je suis si peu à même de faire face, ne me valent plus qu'une confiance stérile, et je suis absolument abandonné à moi-même.

Vous trouverez à Genève la plus vive activité. On y dirige chaque jour de Lyon et de Grenoble des quantités de biscuit pour lesquelles je ne vous connais malheureusement aucun moyen de transport suffisant. J'ai vu hier l'ordonnateur Boinod; il s'était rendu ici pour y trouver les fonds qui lui ont été affectés et qui ne s'y trouvent pas plus que ceux que l'on m'a destinés. Il m'a dit qu'il croyait ne pas trouver au delà de 500 mulets à Bourg.

Les 3,000 fusils dont vous me parlez, citoyen Général, étaient attendus hier. de Saint-Étienne. L'aide de camp du Premier Consul, qui est chargé de les diriger sur Genève, m'a dit avoir traité de leur transport auquel je vais veiller auprès des chargeurs.

Sur tout, citoyen Général, vous pouvez compter que mes soins et mon activité seront en raison des besoins, mais jamais à la mesure de mon dévouement.

Salut et dévouement respectueux.

LAMBERT.

Je fais reconnaître en ce montent une petite partie de souliers (environ 2,000) qui ne seront pas des souliers de bal, selon votre expression; ils seront très passables pour 3 fr. 12. On m'en promet encore 5,000.

Dans six jours 10,000 sacs à grains et avoines seront livrés; mais de l'argent.

Aucune nouvelle de l'armée d'Italie. {p.571}

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au citoyen Berthier, général en chef de l'armée de réserve.

Lyon, le 16 floréal an 8 (6 mai 1800).

Citoyen Général,

Je n'ai pas perdu un instant à me livrer à l'exécution des dispositions que vous aviez arrêtées le 14, à Bourg (9).

Habillement de la légion italique: 1400 habits, 4,200 vestes, 4,100 pantalons, expédiés. (On confectionnera 3 à 400 habits complets par jour.) – Indépendamment des effets d'habillement qui étaient arrivés à Bourg le 14, il s'en trouvait en route qui, avec l'envoi que l'on fait aujourd'hui de 400 habits, 400 gilets et 400 pantalons, assurent l'habillement des 1200 hommes qui doivent se mettre en route le 19. L'atelier de la Compagnie Pelletier va forcer d'activité, et il y a tout lieu d'espérer que, sous dix jours, la totalité du corps recevra successivement ce qui lui revient; j'y veillerai personnellement.

Souliers expédiés en poste. – Les envois de souliers en poste commenceront ce soir ou demain matin au plus tard; je pourrai m'en procurer au delà de 5,000, si les besoins de l'armée l'exigent, comme je n'en doute pas; mais en faisant déterminer la quantité, je compte, Général, que vous aurez prescrit l'envoi du fonds de 150,000 francs que Dubreton retient; ce retard a nui considérablement à mes opérations.

Biscuit pour le Petit-Bernard et Briançon. – Dès hier matin, j'ai expédié à Grenoble un courrier pour l'ordonnateur Pascalis, qui doit avoir fait diriger sur-le-champ les 50,000 rations qui doivent être rendues pour le 20 à Saint-Maurice en Tarentaise; et, pour faciliter cette opération, j'ai ordonné qu'on fit rétrograder sur ce point deux convois de biscuit de 12 à 15,000 rations, qui étaient acheminés sur Genève (10). {p.572}

Les 15,000 rations demandées par le général Turreau arrivent aujourd'hui à Briançon.

Boeufs en marche. Les boeufs, qui avaient été rassemblés à Bourg, Mâcon et Lyon, sont en mouvement sur Villeneuve, d'après les dispositions que j'ai prescrites et par les soins du citoyen Mourgue, qui se rend lui-même à Genève. Je ne saurais trop vous engager, Général, à mettre à profit le zèle, l'activité et la bonne conception que j'ai reconnus en lui. Il assurerait parfaitement cette partie des subsistances qui peut suppléer quelquefois au défaut de pain.

Fusils. – Les fusils s'expédient avec célérité; j'y veille, quoique le général Salva en soit spécialement chargé, et je saurai assurer la continuation des transports par tous les moyens que les circonstances commandent. – Le général Salva est chez moi; il m'assure que, sur 9,800 fusils arrivés, 4,000 sont en route.

Continuation de la fabrication du biscuit à Grenoble et Genève. – Sous trois jours, la totalité du biscuit fabriqué à Lyon sera en route; chaque jour, il doit en arriver à Genève des quantités considérables, et, quoique les 1,500,000 rations ne soient pas complétées, il devient nécessaire de déterminer si cette quantité est indispensable, afin que je puisse régler en conséquence les travaux des manutentions de Grenoble et Genève, dans lesquelles j'ai concentré toute la fabrication.

J'en écris à l'ordonnateur en chef.

Complément des eaux-de-vie, avoines, barils, sacs, etc. – Je ne vous parlerai plus d'eau-de-vie, avoine, barils et sacs pour ce liquide et cette grenaille, dont l'approvisionnement doit être complet, ou considéré comme tel, d'après la série de mes ordres et instructions et les moyens pécuniaires que j'ai assurés.

Argent. – J'ai pourvu, Général, à ce que l'on retire les 50,000 francs que vous m'avez accordés; je pense que le payeur général, que je préviens, s'empressera d'exécuter cette disposition; il serait dangereux qu'elle éprouvât le même retard que vous m'avez promis de faire cesser, par rapport à l'ordonnance de 150,000 francs, dont les valeurs devaient m'être envoyées depuis le 8. {p.573}

Prescrivez-moi, Général, et j'agirai avec tout le dévouement que vous me connaissez.

Salut et dévouement respectueux.

LAMBERT.

P. S. – La pénurie qui nous menace doit faire sentir chaque jour davantage de quelle importance il sera pour l'armée d'avoir pour ressource, au passage des Alpes, les bestiaux qui ont été réunis par le citoyen Mourgue. C'est d'après cette considération, et pour prévenir tout abus, que je vous invite, citoyen Général, à faire donner de suite à tous les commissaires des guerres stationnés sur la route jusqu'à Villeneuve, l'ordre le plus précis pour que, sous aucun rapport et quels que soient d'ailleurs les besoins; on ne puisse disposer d'aucun de ces boeufs jusqu'à leur arrivée à Villeneuve.

L.

Le commissaire ordonnateur des guerres, chargé de mission particulière, au général en chef Berthier, à Genève.

Lyon, le 19 floréal an 8 (9 mai 1800).

Citoyen Général,

Votre lettre d'hier m'est parvenue ce matin; je m'empresse d'y répondre par le retour de votre courrier.

Une dépêche que j'ai reçue cette nuit, du Premier Consul lui-même (11), m'avait déjà fait donner tous les ordres nécessaires pour la célérité de continuation de l'approvisionnement de biscuit et pour l'augmentation des 500,000 rations et de 25,000 pintes d'eau-de-vie. Je vous prie, citoyen Général, de prendre connaissance de ma réponse et de ne pas me trouver répréhensible si je prends sur moi de ne pas me rendre à Genève, ainsi que vous m'y invitez, dans la conviction où je suis des inconvénients qui pourraient résulter de mon éloignement.

Vous vous en pénétrerez facilement, citoyen Général, en considérant que c'est d'ici que je dois pourvoir à tout, me procurer tout, avec de la confiance à défaut d'argent, puisque j'attends toujours les 150,000 francs de l'ordonnateur Dubreton et les 50,000 francs que vous m'avez accordés à Bourg, et qu'en m'absentant, je ne pourrais faire rentrer 200,000 francs, que le Premier Consul m'a assignés sur le produit des conscrits de Lyon (12).

Mon intention, citoyen Général, est bien d'aller m'établir à Genève pour la suite de mes opérations; mais avant tout, il faut s'assurer ici des grains nécessaires et des eaux-de-vie. Jusque-là, je serai suffisamment remplacé par le citoyen Vérac, que vous m'avez adjoint sous votre ministère, et auquel je donne ordre de partir aujourd'hui pour aller suivre mes opérations; il doit, dès son arrivée, me rendre compte des ressources locales et me mettre en état de faire diriger sur Genève tout ce qui y manquera de grains et eau-de-vie, et que je pourrai me procurer à Lyon. {p.574}

Je me connais en collaborateurs, et nul ne provoque plus de confiance que le citoyen Vérac; son expérience, ses moyens personnels et son dévouement me donnent une sécurité qu'il justifiera complètement, si la sollicitude du Premier Consul, la vôtre et celle du commissaire ordonnateur en chef me mettent en état de l'entourer de toutes les ressources dont il aura besoin, et que j'attends de vos soins particuliers.

Vous apprendrez avec plaisir, citoyen Général, que, sur les 8,000 paires de souliers que je me suis procuré à Lyon pour les besoins de l'armée:

Le 17 floréal, 2,540 paires sont parties en poste, par une voiture, sous la
conduite d'un brigadier du 21e régiment de
cavalerie.
Le 18 dudit, 1,185 par la même voie.
Le 19 dudit, 2,530 par les voitures des frères Richaud, qui arriveront
le 25 ou 26 du courant.
Total. 6,255 paires en route.

Je ne saurais trop vous répéter, citoyen Général, que tout manquerait ici par mon départ pour Genève: achats, transports, confections, versements, etc. Je ne répondrais plus de rien.

J'ose espérer que je n'ai pas besoin de justifier plus longuement la nécessité où je me trouve de ne pas me rendre à votre ordre.

Salut et dévouement respectueux.

LAMBERT.

P. S. – Les 1745 paires de souliers restant seront expédiées aujourd'hui ou demain.

Le commissaire ordonnateur Lambert, au général Bonaparte, Premier Consul de la République, à Genève.

Lyon, le 19 floréal an 8 (9 mai 1800).

Citoyen Consul,

J'ai reçu hier soir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 17 du courant, et je me hâte d'y répondre ainsi que vous l'avez désiré. Elle est relative aux opérations d'approvisionnements, dont j'ai été chargé pour l'armée de réserve, au complément que vos ordres me prescrivent d'atteindre et aux nouvelles quantités qu'il est dans vos intentions d'y ajouter. Veuillez me permettre, citoyen Consul, d'entrer à cet égard dans quelques détails.

Parti de Paris vers la fin de ventôse dernier avec l'ordre d'aller à Genève, j'ai dû me fixer préférablement à Lyon et y placer le centre de mes mesures. Elles n'ont pu recevoir leur première action qu'au commencement de germinal; il a fallu tout créer : fours, ustensiles, boulangers, école de manutention, {p.575} activer successivement les travaux de ceux qui parvenaient à saisir la méthode d'un genre de travail impratiqué; préparer une confection considérable de caisses, de sacs, de barils; organiser des transports énormes; concentrer d'abord à Lyon la fabrication du biscuit par économie, l'alimenter par des achats, tous les autres lieux où j'avais espéré de trouver des ressources n'en offrant que de très bornées, et ne recevant des fonctionnaires dont je réclamais le concours, que des demandes de secours pour soutenir leurs services manquants ou en souffrance, à défaut d'aucune espèce d'approvisionnement; assurer avec des moyens très insuffisants des fournitures conséquentes en grains, avoine et eau-de-vie; lutter partout, pour y parvenir, contre une méfiance que légitimait peut-être la foi publique trompée par plusieurs agents; recréer par degrés une confiance difficile à obtenir; recourir à des emprunts, contracter des engagements personnels afin de pouvoir attendre des moyens sans cesse sollicités, toujours lents à parvenir, et à traverser une série de formes qui paralysent les opérations les plus essentielles, et dont les résultats ont fini souvent par ne rien procurer, ainsi que je l'ai éprouvé.

Telle est, citoyen Consul, la tâche que j'ai eu à remplir, et voilà, en résumé, les obstacles dont elle a été entourée et que j'ai dû vaincre. Je pourrais grossir beaucoup ce tableau.

Néanmoins, un million et plus de rations de biscuit est fabriqué et va se trouver sous peu de jours disponible à Genève, ce qui en manque étant en route de Lyon, de Besançon et de Grenoble, indépendamment des 15,000 rations que j'ai dû faire expédier sur Briançon pour la division du général Turreau, et de 50,000 rations sur Saint-Maurice en Tarentaise, qui y seront rendues demain avec toute la ponctualité des ordres du général en chef Berthier.

La fabrication se continue à Genève et à Grenoble, où elle va être activée, et bientôt, citoyen Consul, par les mesures nouvelles que je prépare, les deux millions de rations seront fabriquées.

Les 100,000 pintes d'eau-de-vie sont versées, et je vais m'assurer de l'augmentation de 25,000 pintes que vous désirez.

Le complément des 100,000 boisseaux d'avoine s'opère chaque jour et peut être regardé comme consommé. {p.576}

Sans entrer, citoyen Consul, dans le détail des moyens pécuniaires nécessaires à cette suite d'opérations, je dois vous observer que la dépense des objets dont je me suis assuré excède infiniment les fonds qui m'ont été faits; que sur deux sommes de 200 et 100,000 francs affectées à l'approvisionnement par décisions des 6 et 16 germinal, la moitié seulement m'est parvenue, l'autre se trouvant entre les mains du commissaire ordonnateur en chef Dubreton, auquel les 300,000 francs ont été remis au lieu de suivre leur première destination, et qui, depuis le 8 du courant, m'a expédié, pour les 150,000 francs restant, une ordonnance qui reste inacquittée malgré mes besoins.

Les fonds réels que j'ai directement obtenus du Gouvernement et dont j'ai pu disposer jusqu'à ce jour se bornent donc aux 150,000 francs qui m'ont été remis par l'ordonnateur en chef Dubreton et aux 200,000 francs que j'emportai de Paris en ventôse, ce qui, avec une autre somme de 146,000 francs provenant également de Paris, forme un total de 496,000 francs effectifs pour une dépense présumée d'environ. . . . . (13). Il m'a fallu pourvoir au reste par des emprunts et je demeure engagé personnellement pour plus de 120,000 francs.

Pour surcroît de dépenses, il m'a fallu satisfaire à des demandes de sacs et de souliers qui m'ont été faites par le général en chef et le commissaire ordonnateur en chef. J'ai eu le bonheur de m'en occuper efficacement. J'y ai répondu par un envoi de 8,000 paires de souliers dont la moitié a été expédiée en poste, et par une fourniture d'environ 15,000 sacs.

Avec les fonds nécessaires, je pourrais procurer d'ici à l'armée tous les objets indispensables, toujours de qualités excellentes, et à des prix plus avantageux que ceux auxquels l'urgence des besoins force souvent à consentir à la suite d'une armée, et dans un pays dépourvu.

Il m'a fallu aussi, citoyen Consul, me livrer à d'autres détails dont le général en chef Berthier m'a chargé dans une entrevue que j'ai eue dernièrement avec lui à Bourg. Il vous en aura sûrement rendu compte.

En continuant à instruire le Ministre de la guerre, de l'état {p.577} de mes opérations et de celles que vous voulez bien y ajouter, avec toute l'exactitude que je n'ai discontinué d'y mettre, j'ose espérer, citoyen Consul, qu'il vous plaira de m'entourer de votre bienveillance et de votre autorité, pour me mettre à même de remplir vos nouveaux ordres, avec tout le succès que je me promets de mon dévouement, et que vous attribuerez à quelques efforts de zèle et d'activité, l'état satisfaisant sans doute, dans lequel vous aurez trouvé à Genève, tout ce qui est relatif à la mission dont j'ai été honoré par le Gouvernement.

LAMBERT

P. S. -Le citoyen Vérac, qui vous remettra cette dépêche, citoyen Consul, est la personne que le Ministre m'avait permis d'emmener avec moi; son activité, ses connaissances, son zèle dévoué et le concours de ses soins, m'ont été d'une utilité inappréciable. En le chargeant de mes instructions pour la fabrication du biscuit à Genève et pour l'ensemble de mes opérations, je crois pouvoir vous garantir que vos ordres seront exécutés d'une manière célère et satisfaisante.

Vous verrez, citoyen Consul, par l'état ci-joint, qu'il n'existe dans la caisse du payeur du Rhône que 14,510 francs et combien les dispositions exigent qu'il soit suppléé à cette insuffisance.

L.

RECETTE GÉNÉRALE

DÉPARTEMENT DU RHONE

État des sommes versées à la caisse du receveur du département, provenant des conscrits et réquisitionnaires, de l'emploi de ce produit et du solde en caisse.

{p.578}
Versements.
Francs.
Depuis la publication de la loi et de l'arrêté des Consuls en date du 17 ventôse an 8 jusqu'au 16 floréal suivant, dernière époque des versements des préposés de l'arrondissement 111,500
Emploi du produit.
Versé le 29 germinal an 8 au payeur du départe – ment, avec imputation spéciale 36,000 96,990
Compté le 16 floréal suivant au citoyen Lambert, commissaire ordonnateur, et pour lui au citoyen Reguy négociant à Lyon, en conformité de l'arrêté d'urgence pris ledit jour, 16 floréal, par le préfet de ce département. 60,990
 
Somme restant en caisse sur le produit 14,510

Certifié par le receveur du département du Rhône soussigné, Lyon, le 19 floréal an 8 de la République.

Signé: NIVIÉRECHUL.

Pour copie:

L'Ordonnateur: LAMBERT.

Les 60,990 francs ont été remboursés au citoyen Reguy, qui les avait avancés depuis quinze jours sur la garantie du préfet.

L.

* * *

Bonaparte, Premier Consul de la République, au citoyen Petiet, conseiller d'État (14).

Genève, le 21 floréal an 8 (11 mai 1800).

Vous viendrez, Citoyen, me rejoindre dans cinq ou six jours, avec le détachement de la garde qui doit passer ici. D'ici à ce temps-là, vous organiserez vos équipages de guerre.

Vous m'instruirez tous les jours de tout ce qui passerait par Genève d'objets relatifs à l'approvisionnement de l'armée, et vous activerez leur acheminement de tous vos moyens.

Vous mènerez avec vous le payeur qui m'est spécialement attaché, avec les 500,000 francs en or, qu'il placera sur des mulets.

Il doit arriver plusieurs millions de Paris, dont ce payeur fera recette et qu'il mènera avec lui, hormis ce qui pourra être jugé nécessaire sur les derrières de l'armée. Vous ferez verser tout l'argent provenant des 20e et 18e divisions, à Dijon, pour la solde des corps qui se trouvent encore sur la Saône, faisant partie de l'armée de réserve, ainsi que ses dépôts (15).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, aux Consuls de la République.

Genève, le 21 floréal an 8 (11 mai 1800), 9 heures du soir.

Je reçois à l'instant, citoyens Consuls, votre courrier du 18; je vous en ai expédié un il y a six heures. . . . .
. . . . .

Les conseillers d'Etat Petiet et Dejean viennent d'arriver. {p.579}

Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous fassiez ce que vous croirez juste sur les rapports de la commission des émigrés.

J'ai trouvé quelque chose à faire encore ici pour l'entière organisation de l'armée. Mais tous les chemins de Grenoble, Lyon, Dijon aboutissant à Genève sont chargés de convois. L'armée est en grande marche (16).

Faites publier cette lettre, si vous le jugez utile, pour rassurer le public sur Malte (17).

BONAPARTE.

Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 23 floréal an 8 (13 mai 1800).

Le payeur de la caisse de réserve vous a devancé à Lausanne (18), de manière qu'il a été impossible de terminer avec le receveur du Léman, pour les obligations qui y ont été déposées par Dubreton.

Le général Sauret m'assure, d'un autre côté, que le détachement de votre garde, qui devait passer ici, a reçu contre-ordre et prendra une autre route pour se rendre à Lausanne.

Rien ne m'arrêtera donc plus ici lorsque mes équipages seront faits, et ce ne sera pas désormais un objet de plus de trois jours, ayant des chevaux d'aujourd'hui.

Il y a 65,000 rations expédiées sur Saint-Maurice et 440,000 sur Villeneuve; il en est parti hier, pour la même destination, 172,800; on m'assure que, le 30, il y en aura 300,000 de plus, rendues également à Villeneuve; le reste y sera {p.580} arrivé le 5 prairial (19). Je crois très inutile de continuer cet approvisionnement, d'abord parce qu'il arriverait peut-être trop tard, et ensuite parce que le biscuit encaissé trop frais ne se garde pas et se casse plus facilement.

Le général Lacombe-Saint-Michel propose de charger le citoyen Gayde, entrepreneur des fourrages de la 19e division, de la nourriture des chevaux d'artillerie qu'il compte placer en échelons pour le transport de son équipage de siège. J'ai approuvé provisoirement cette disposition, qui m'a paru bonne. Je l'ai prévenu qu'il recevrait à Grenoble l'argent que vous avez mis à sa disposition, au moyen de la lettre que j'ai écrite, en votre nom, au préfet de l'Isère.

Il me tarde d'être auprès de vous et de pouvoir vous être de quelque utilité.

Salut, respect et dévouement.

PETIET.

Dejean, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul Bonaparte.

Genève, le 24 floréal an 8 (14 mai 1800).

Citoyen Consul,

J'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint:

1° L'état de tous les corps d'infanterie et de cavalerie arrivés à Genève ou dans les environs, depuis le 22, et ceux partis pour l'armée (20);

2° L'état (21) des munitions, bouches à feu et attirails d'artillerie arrivés ici depuis votre départ, jusques et y compris la nuit du 22 au 23; ce qui a été expédié par eau sur Villeneuve le 22, ainsi que ce qui a été distribué aux différents corps en fusils et munitions; enfin, ce qui reste à l'arsenal, déduction faite des objets expédiés le 23, qui seront compris dans l'état du 24.

Il y eut hier, dans les envois faits, une méprise résultant de la diversité des ordres adressés au chef de brigade Guériot, commandant l'artillerie; je crois devoir vous en instruire, pour que vous régularisiez les ordres, afin que de pareilles méprises n'aient plus lieu. Le chef de brigade Guériot reçut, la nuit du 22 au 23, l'ordre du général en chef Berthier d'expédier de suite des fusils sur Lausanne et Villeneuve, pour servir à l'armement de plusieurs corps. Le citoyen Guériot exécuta cet ordre. L'embarquement effectué, il reçut une lettre du général Marmont, qui le prévenait que l'ordre du général en chef était le résultat d'une erreur et qui lui prescrivait de le regarder comme non avenu.

J'ai vu, à l'armée du Nord, plusieurs fâcheuses méprises provenant des mêmes causes: elles n'auraient pas lieu, ou, du moins, elles seraient bien plus rares, si le général en chef, ou son chef d'état-major, se servaient toujours de l'intermédiaire {p.581} du général commandant l'artillerie, ou de son chef d'état-major, pour transmettre les ordres de cette nature.

L'artillerie doit aujourd'hui faire partir des outils, ou, pour mieux dire, des fers d'outils. Comme il m'a paru indispensable d'avoir quelques outils emmanchés, j'ai invité le commandant à en faire emmancher un certain nombre pour pouvoir s'en servir au besoin; il me l'a promis. Il est parti ce matin par eau, pour Villeneuve, 1756 outils (pioches, pelles, serpes ou haches) pour le service du génie; ces outils sont également sans manches. L'ordre portait de les expédier par terre; cela n'a pas été possible. Il y a, dans le même envoi, 1457 sacs à terre.

Salut et respect.

DEJEAN.

P. S. – Ma lettre n'étant point partie ce matin, j'y joins l'état relatif à l'artillerie du 23 au 24 (22).

Bonaparte, Premier Consul de la République, au citoyen Petiet, conseiller d'État.

Lausanne, le 24 floréal an 8 (14 mai 1800).

Je me suis rendu, Citoyen, hier, à Villeneuve. Vous verrez qu'il était arrivé quatre bateaux portant en tout 430,000 rations de biscuit, 3 à 400,000 rations d'eau-de-vie et fort peu d'avoine.

Je vous prie:

1° De vous faire remettre l'état des bateaux qui seraient partis de Genève pour Villeneuve, indépendamment des quatre ci-dessus, et de la quantité de rations qu'ils portent;

2° De vérifier ce qui reste en magasin à Genève, afin de pouvoir, par la réunion de ces trois pièces, connaître la totalité du biscuit sur lequel nous pouvons compter. Il me semble qu'il est difficile que cela arrive aux 1,500,000 (23) que l'on m'a dit être confectionnées et pour lesquelles on a fait les fonds.

Il n'y avait pas encore de souliers arrivés à Villeneuve; c'est un article dont vous connaissez l'importance.

Le plus tôt que vous me rejoindrez sera le mieux.

Cette année-ci a bien besoin d'un administrateur (24).

BONAPARTE. {p.582}

Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 24 floréal an 8 (14 mai 1800).

. . . . .
. . . . . (25).

Les dernières notes que j'ai prises sur le biscuit sont qu'il a été expédié:
Sur Villeneuve 648,043 rations. 713,043 rations.
Sur Saint-Maurice 50,000
Sur Briançon 15,000
Il reste à expédier:
En magasin, à Genève 41,749 rations. 402,720 rations.
à Seyssel 100,800
A la manutention de Genève 134,000
A Lyon 104,416
A Besançon 2,200
A Grenoble 19,555
 
Total. 1,113,163 rations.

Sur les 402,720 rations, il y en aura 300,000 arrivées à Villeneuve le 30; on demande jusqu'au 8 prairial pour le surplus.

PETIET.

Bonaparte, Premier Consul, au général Dejean conseiller d'État.

Lausanne, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Faites-vous rendre compte, citoyen Général, si les ouvriers et pontonniers sont arrivés à Genève, et, dans ce cas-là, faites-les partir pour le lac et en grande diligence pour Villeneuve.

Dès l'instant qu'il y aura 100,000 cartouches, faites-les partir. On est un peu en retard sur cet article.

BONAPARTE.

Dejean, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Citoyen Consul,

J'ai pris ce matin à l'arsenal, avec le citoyen Le Brun, tous les renseignements relatifs aux remises ou envois de cartouches et de fusils expédiés de Genève pour Villeneuve. Le citoyen Le Brun vous remettra le résultat de ces {p.583} renseignements. Vous y verrez qu'il a été expédié de Genève sur Villeneuve, les 20, 22 et 25 619,766 cartouches.
Qu'il partira, demain 26,. pour la même destination. 327,380
Que la division Boudet a reçu, à Nyon. 110,965

et que tous les corps qui ont passé à Genève ont été approvisionnés à raison de 30 coups par homme.

Le commandant d'artillerie évalue à 1,600,000 cartouches à fusils le nombre de celles délivrées aux troupes ou expédiées de Genève pour Nyon et Villeneuve.

Demain, il ne restera à Genève que 50,000 cartouches ou environ, non encaissées, et destinées aux distributions à faire aux troupes de passage. La fabrication journalière peut être évaluée, ici, de 25,000 à 30,000 cartouches par jour. Le commandant de l'artillerie ignore ce que peuvent produire les envois de Lyon, Chambéry, Grenoble, etc.

Vous verrez par les détails ci-joints, qu'il a été distribué ici 7,246 fusils, et qu'il en reste à Genève environ 3,500. Il en arrive journellement; le commandant de l'artillerie ignore l'époque de leur arrivée, et il lui est impossible d'évaluer le nombre qui lui sera adressé.

Vous trouverez dans les notes du citoyen Le Brun une observation sur les cordages et une sur Martigny, afin d'éviter l'erreur qui résulterait si l'on ne soustrayait point des approvisionnements faits à Villeneuve ceux expédiés sur Martigny.

J'eus l'honneur de vous adresser hier, par la correspondance du général divisionnaire, les états de situation relatifs à l'artillerie, indicatifs de tout ce qui a été expédié du 21 au 23. Vous trouverez ci-joint l'état indicatif de tout ce qui est arrivé ici, ainsi que de ce qui en est parti, hier 24 et ce matin 25, dans la barque expédiée pour Villeneuve (26).

Salut et respect.

DEJEAN

P. S. – Nous espérons avoir l'honneur d'aller vous rejoindre après-demain au plus tard.

Cartouches à fusils parties de Genève pour Villeneuve.

20 floréal 32,000 610,386 946,766
22 44,723
22 260,865
22 30,120
25 251,660
Partiront demain 26 327,380

Le 14 floréal, la division Boudet a reçu, à Nyon, 110,965 cartouches.

En outre de l'envoi fait à la division Boudet, tous les corps qui ont passé à Genève ont été approvisionnés à raison de 30 cartouches par homme. Il en a été notamment délivré 54,000 à la légion italique. {p.584}

Il reste à Genève, défalcation faite des 327,380 qui partiront demain 26, environ 50,000 cartouches non encaissées.

La fabrication journalière à Genève s'élève environ à 25,000 par jour. Elle serait plus considérable si les ouvriers n'étaient pas détournés.

On ignore ce que peuvent produire les envois de Lyon, Chambéry, etc.

Fusils. – Aperçu des distributions.

Aux divisions Loison et Boudet 1400 7,246
Légion italique 1570
6e demi-brigade 44
58e demi-brigade 431
59e 1401
Envoyés à Lausanne, en deux fois, pour y être déposés 900
A Villeneuve 1500

Le 25 au matin, il reste à Genève environ 3,500 fusils.

Il en arrive journellement, mais dont on ne peut déterminer le nombre.

Martigny.

Il est nécessaire d'observer que les envois faits à Martigny partent de Villeneuve et, par conséquent, ce qui s'y trouve est en moins dans les dépôts de Villeneuve.

Cordages.

Le directeur de l'artillerie annonce qu'il lui est impossible de se procurer à Genève aucune espèce de cordage, soit pour le service habituel de l'artillerie, soit pour le chargement à dos de mulet des effets.

Bonaparte, Premier Consul, au citoyen Petiet.

Lausanne, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Ordonnez que l'on expédie toujours, Citoyen, le biscuit qui serait confectionné. Je désire que l'on complète les 1,500,000 rations, et qu'elles soient à Villeneuve le 8 prairial au plus tard.

J'attendais un million, aujourd'hui 25, à Genève. S'il y est rendu, faites-le filer sur Lausanne et adressez-le au citoyen Dubard, qui vous y attendra. S'il n'est pas arrivé à Genève, envoyez un de vos jeunes gens à sa rencontre, afin de lever tous les obstacles qui se rencontreraient. Remettez 3,000 francs à ce jeune homme, et qu'il aille au delà des Rousses jusqu'à Champagnole, où l'on m'instruit que plusieurs convois d'artillerie sont encombrés parce que les conducteurs n'ont point d'argent. Avec cet argent, il lèvera ces obstacles et fera filer tous ces convois.

Je ne sais pas les mesures que le commissaire ordonnateur Dubreton aura prises pour organiser à Genève un petit dépôt d'habillement; informez-vous-en auprès du commissaire des guerres, et si ces mesures ne sont pas suffisantes; prenez-en de manière à faire face à une consommation de 10,000 souliers par décade, dont moitié pour être envoyés à Villeneuve et moitié pour les troupes qui passent à Genève, et cela pendant trois décades. Faites réunir un millier {p.585} d'habits, deux milliers de culottes, 2,000 gibernes et 4,000 chemises, pendant trois décades. Genève doit offrir des ressources promptes en matériaux, pour confectionner ce qu'on demande (27).

Faites-vous rendre compte des mesures que l'on a prises pour établir un hôpital à Genève. Il est possible qu'il y ait bientôt un millier de blessés.

Je vous salue.

BONAPARTE.

Je vous prie d'envoyer un courrier à Valence, en le faisant passer par Chambéry, pour activer le départ des pontonniers, qui sont d'une nécessité indispensable à l'armée (28).

Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 25 floréal an 8 (15 mai 1800).

Je vous adresse les procès-verbaux de chargement du biscuit qui a été expédié sur Villeneuve, tant sur des barques que sur des voitures par terre. Le tout monte à 666,493 rations (29). Il est vrai que les deux dernières barques ne sont parties, l'une que le 23 et l'autre dans la nuit du 24 au 25, ayant été retardée par l'orage.

Ce qui reste en magasin à Genève et à Seyssel ne s'élève pas à plus de 220,000 rations. On ne peut donc guère compter sur-le-champ que sur 800 à 900,000 rations, au lieu de 1,500,000. Tout ce qui arrivera au delà des 900,000 ne doit pas être attendu. Vous verrez, par l'état des envois d'avoine, que cet approvisionnement est encore plus arriéré par la disette de sacs.

En tout, je suis très mécontent de ce qui s'est fait, tant ici qu'à Lyon. Si les autres approvisionnements sont aussi défectueux et aussi éloignés des quantités commandées, vos dispositions pourront en souffrir beaucoup.

Les transports sont à peu près nuls. On aurait pu, il y a un mois, rassembler 2 à 3,000 mulets, dont le loyer n'aurait pas coûté 45 à 50 sols. Actuellement, on parle de 100 sols, et l'on aurait de la peine à en réunir quelques centaines.

Je ne sais pas quels sont les moyens de l'armée en grains et farines; mais, s'il y en a à prou voté de Villeneuve, il faut qu'on y construise sur-le-champ des fours et on suppléera au biscuit par du pain, ce qui sera au moins aussi facile à emporter, chaque homme pouvant prendre deux pains, c'est-à-dire 4 rations, et il ne faudrait pour cela ni caisses ni mulets.

La construction des fours exigerait au moins dix jours, tant pour les bâtir que pour les cuire et les laisser refroidir. Chaque four contenant 500 rations et {p.586} pouvant donner 8 fournées en vingt-quatre heures, on pourrait compter sur 3,000 rations par four et par jour au moins.

Je serai près de vous après-demain au plus tard. Il me tarde de vous débarrasser d'une partie du tourment que tout ceci doit vous causer.

PETIET.

Les souliers sont arrivés d'hier avec l'artillerie; ils seront embarqués aujourd'hui pour Villeneuve.

Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

On continue la fabrication du biscuit. J'espère que les 400,000 rations, qui doivent compléter les 1,500,000, seront rendues à Villeneuve avant le 10; mais il faudra avancer quelque argent; sans cela les ouvriers ne consentiraient pas à continuer.

Il arrive de Lyon 15,000 paires de souliers. J'en ferai faire ici à peu près le même nombre, ce qui formera l'approvisionnement que vous désirez. Ils partiront de cinq en cinq jours pour Villeneuve, par moitié.

Il sera plus difficile d'avoir des habits, des chemises et des gibernes. Cependant, le secrétaire général de la préfecture, qui connaît le pays, me fait espérer au moins une partie de ces objets, en les payant comptant. J'emploierai à cette destination l'argent qui proviendra des congés. La caisse extraordinaire pourrait, au besoin, donner aussi quelques fonds.

Je vais aller à Carrouge, où il existe un hôpital. Je verrai si on peut l'étendre ou en former un autre ici.

J'ai envoyé au-devant du million un préposé du citoyen Dubard, qui se trouvait à Genève. Je lui ai remis 3,000 francs, suivant vos ordres, avec une instruction pour activer l'arrivée du convoi.

Il vient de partir un courrier pour Valence. Je charge le commandant de Chambéry de le renvoyer si les pontonniers sont en route.

Toutes ces dispositions vont retarder mon départ; mais si ma présence était plus utile auprès de vous, adressez-moi vos ordres et je partirai sur-le-champ.

Salut et respect.

PETIET.

Lambert arrive à l'instant; je l'ai décidé à se rendre aujourd'hui à Lausanne pour vous rendre compte de l'état des approvisionnements extraordinaires dont il a été chargé (30). {p.587}

Dejean, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 26 floréal an 8 (16 mai 1800).

Il résulte des renseignements que je viens de prendre auprès du commandant d'artillerie ainsi qu'auprès du commandant du parc de l'armée, Gassendi, que les ouvriers et pontonniers que vous attendez ne sont point arrivés et qu'on ignore même où ils sont.

Le citoyen Petiet va faire partir, ainsi que vous le lui prescrivez, un courrier à Valence pour accélérer leur arrivée.

La barque dont je vous annonçais hier que le départ aurait lieu ce matin, ne peut partir que cette après-midi, parce qu'on a été obligé d'en retirer partie des cartouches pour compléter les livraisons qui devaient avoir lieu aujourd'hui d'après vos ordres.

Pour accélérer un peu le travail des cartouches et surtout les travaux de force auxquels sont tenus dans ce moment ici les canonniers, j'ai ce matin invité et prié le général divisionnaire Sauret de faire distribuer tous les matins aux canonniers, d'après l'état qui lui serait fourni par le commandant d'artillerie, une ration d'eau-de-vie pendant la durée de ces travaux extraordinaires.

Il n'est encore revenu, m'assure-t-on, aucun bateau de Villeneuve. Il importe sans doute d'y en garder un nombre suffisant pour servir au besoin à transporter les blessés; mais il est tout aussi indispensable d'en avoir ici pour assurer les versements à faire sur Villeneuve. Ne jugeriez-vous pas nécessaire de donner des ordres pour restreindre le nombre des bateaux à garder à Villeneuve?

L'état de situation relatif à l'artillerie ne m'est point parvenu; s'il est fini avant le départ du courrier, je le joindrai à ma lettre.

Ci-joint est l'état des mouvements des troupes du 25 au 26.

Salut et respect.

DEJEAN.

Gassendi, craignant la lenteur et la longueur du chemin par terre pour se rendre à Villeneuve, prend le parti de s'embarquer sur le bateau qui part aujourd'hui pour Villeneuve.

Le Premier Consul à l'ordonnateur Boinod.

Martigny, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800) (31).

16,000 rations de biscuit et 10,000 rations de pain partent à l'instant pour Saint-Branchier. Cela distribué à la division Chambarlhac lui fera du pain pour trois jours. {p.588}

Le général Berthier a fait des réquisitions de voitures dans les cantons voisins. Si les voiturins (sic) ne sont pas payés, ils ne feront qu'un voyage.

J'ai demandé au gouvernement helvétique 300 mulets et 100 voitures, qui doivent être dirigés sur Villeneuve. J'ai promis qu'ils seraient payés tous les soirs; si on ne leur tient pas parole, ils s'en iront.

Enfin la Chambre administrative du Valais a requis 100 mulets; 40 sont déjà arrivés; il faut encore les payer.

Faites-moi connaître s'il y a quelqu'un dans l'armée chargé de payer ces réquisitions.

Les subsistances ne manquent point à Villeneuve; les moyens de transport seuls manquent et nous exposeront à mourir de faim dans la vallée d'Aoste, où il n'y a que du foin et du vin.

Répondez-moi, je vous prie, sur cet article, et faites-moi connaître quel est l'ordonnateur chargé d'activer les transports de Villeneuve sur Aoste, et par là d'assurer les subsistances de l'armée.

BONAPARTE.

Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

Je vous envoie un procès-verbal, qui constate que 79,200 rations de biscuit ont été embarquées ici pour Villeneuve. Elles partent et les patrons espèrent, si le vent ne change pas, être arrivés ce soir à leur destination.

Je vais faire augmenter le nombre des fours qui sont en activité, pour augmenter la fabrication journalière. Elle devrait être de 25,000 rations et pourrait être portée à près de 30,000.

Je vous ai annoncé hier les 15,000 paires de souliers que l'ordonnateur Lambert a fait confectionner à Lyon. Les échantillons, que j'en ai vus ici, ne m'ont pas paru bien faits, mais le prix (3 fr. 15) en est assez modique. J'avais voulu en faire faire à Carrouge; les cordonniers du pays m'en ont demandé 6 francs.

Le directeur des messageries vient de m'annoncer qu'il avait reçu de la Trésorerie, l'avis de l'arrivée de deux fourgons portant 1,300,000 francs, qui doivent être ici ce soir. J'attends avec impatience des nouvelles du préposé que j'ai envoyé hier au-devant du million arrivant par Champagnolle. Je présume que ce million fait partie des 1,300,000 francs qui viennent de m'être annoncés. Il me paraît indispensable de les attendre afin de pouvoir vous dire précisément sur quoi vous pouvez compter.

J'ajouterai à ce trésor une somme de 60,000 francs que le préfet du département de l'Yonne a fait envoyer par le receveur général de ce département et qui doivent arriver ici le 28 ou le 29.

Il y a déjà ici à la messagerie une somme de 80,000 francs que je ferai joindre au premier envoi.

Salut et respect.

PETIET.

Il est parti avec le biscuit 7,000 boisseaux d'avoine. {p.589}

Petiet, Conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

Conformément aux ordres que vous m'avez donnés hier, je me suis empressé de pourvoir à la disposition d'un hôpital propre à contenir 1000 blessés.

On m'avait d'abord désigné celui de Carrouge, mais il ne contient que 160 lits et son éloignement du lac exigerait le transport des malades sur des voitures, ce qui augmenterait infiniment les difficultés.

J'ai visité les casernes de cette ville; la municipalité les cédera, à condition qu'on la dispensera de loger des troupes, ce qui est juste. La caserne dite de la Hollande peut contenir 1200 lits, mais comme les mansardes ne sont pas en bon état, je n'évalue ce nombre qu'à 800 et la municipalité en fournira 1000. On pourrait même augmenter ce nombre au besoin.

J'écris à l'ordonnateur en chef pour l'inviter à faire les dispositions nécessaires pour accélérer la formation de cet établissement (32).

Salut et respect.

PETIET.

En prenant cette caserne pour hôpital, il en restera encore deux autres, qui peuvent contenir 1800 à 2000 hommes couchés deux à deux.

Dejean, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Genève, le 27 floréal an 8 (17 mai 1800).

Citoyen Consul,

J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint l'état des remises et consommations effectuées à l'arsenal de Genève du 25 au 26; cet état m'est parvenu trop tard hier au soir pour que je puisse vous le faire parvenir.

Ci-joint est une lettre que je suppose être du commandant d'artillerie.

Salut et respect.

DEJEAN.

P.-S. – J'ouvre ma lettre pour y joindre celle que vient de me faire remettre pour vous le chef de brigade Guériot.

L'état annoncé dans la dernière phrase de cette lettre ne m'est point encore parvenu, parce qu'il ne peut être fait qu'après le complément du chargement. Comptez sur mon exactitude à vous l'adresser sans retard. Mais vous savez sans doute qu'il n'y a point ici de poste de l'armée, et que nous sommes réduits à chercher et à saisir les occasions de vous faire parvenir nos lettres, lorsque l'envoi n'en est pas urgent. {p.590}

Bonaparte, Premier Consul, au général Dejean, conseiller d'État.

Martigny, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Faites tenir une barque prête, citoyen Général, pour qu'à mesure que vous aurez 20 ouvriers d'artillerie ou 20 pontonniers, vous nous les envoyiez par le lac, en toute diligence.

BONAPARTE.

Bonaparte, Premier Consul, au général Dejean, conseiller d'État.

Martigny, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

J'ai reçu, citoyen Général, vos différentes lettres. Il est essentiel de faire passer 200,000 cartouches à Aoste, en les dirigeant par le Petit-Saint-Bernard.

L'avant-garde a passé Aoste. Nous débouchons en force en Italie. Le Grand-Saint-Bernard est tout étonné de voir tant de monde, et si brusquement, le franchir. Il s'est opposé tant qu'il a pu au passage de nos pièces de 8, et surtout de nos caissons; cela était nouveau pour lui; mais enfin nous en avons à l'heure qu'il est, une douzaine de passées (33).

BONAPARTE.

Bonaparte, Premier Consul, au citoyen Petiet, conseiller d'État.

Martigny, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Douze pièces de canon ont déjà passé le Saint-Bernard; mais ce n'est pas sans quelques peines, moins pour les pièces que pour ces maudits caissons.

Berthier m'écrit qu'il est entré à Aoste. Un bataillon de Croates a voulu en défendre le pont; il y a eu 12 hommes tués et l'ennemi s'est sauvé.

Le fort de Bard sera investi dans la journée de demain.

L'armée passe à force (34).

BONAPARTE.

Bonaparte, Premier Consul, au citoyen Petiet, conseiller d'État.

Martigny, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Faites filer les 200,000 premières rations de biscuit que vous aurez de confectionnées, soit à Chambéry, soit à Genève, sur Aoste, en passant par le Petit-Saint-Bernard (35). Comme cette opération est de la plus grande importance, procurez-vous tous les moyens de transport possibles; chargez un commissaire des guerres de cette opération.

Écrivez au préfet du Mont-Blanc pour qu'il requière la quantité de mulets et charrettes nécessaires. {p.591}

Il faudrait également faire filer sur Aoste, par la même voie, 200,000 cartouches.

Écrivez à l'adjudant général Boyer, commandant dans le Mont-Blanc, pour qu'il appuie le préfet, afin d'avoir les moyens de transport nécessaires.

La ligne d'opération par le Grand-Saint-Bernard, qui s'appuie au magasin central de Villeneuve, me paraît commencer à s'approvisionner assez bien. Il faut actuellement faire filer des vivres à l'armée par l'autre ligne d'opération qui est le Petit-Saint-Bernard.

Le commandant de l'artillerie Guériot a dû recevoir du général Marmont des ordres pour former un dépôt de cartouches au pied du Petit-Saint-Bernard.

S'il n'en avait pas reçu, communiquez-lui cette lettre.

L'armée encombre le Grand-Saint-Bernard (36).

BONAPARTE.

Bonaparte, Premier Consul, au citoyen Petiet, conseiller d'État.

Martigny, le 28 floréal an 8 (18 mai 1800).

Je reçois, Citoyen, votre lettre du 27 floréal. Les mesures que vous avez prises pour l'hôpital, sont fort bonnes; 800 lits avec l'hôpital de Carrouge peuvent suffire.

D'après vos calculs sur l'avance de 200,000 francs que l'on veut nous faire, il faut passer à l'ordre du jour (37).

J'ai autorisé le citoyen Dubard à verser, du million, 500,000 francs dans la caisse du payeur de l'armée.

Prenez vos arrangements pour' être exactement instruit de tout l'argent qui viendrait de Paris pour l'armée de réserve, et pour qu'il soit exclusivement versé dans la caisse du payeur Dubard.

Je vous salue.

BONAPARTE.

Bonaparte, Premier Consul, au citoyen Petiet, conseiller d'État ou, en son absence, au général Sauret.

Martigny, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Les 300 prisonniers qui ont été faits, citoyen Général, vont être incessamment envoyés à Genève. Tous ceux que l'on pourrait faire dans la suite seront dirigés sur la même ville. Il est donc nécessaire que vous fassiez choix d'un emplacement où ils seront tenus en sûreté.

Activez, je vous prie, l'envoi du biscuit et des cartouches sur Aoste, par le Petit-Saint-Bernard.

Donnez ordre aux compagnies de vétérans qui se trouveraient à Genève de se rendre à Villeneuve pour y garder nos magasins.

BONAPARTE. {p.592}

Petiet, conseiller d'État, détaché prés le Premier Consul, au Premier Consul.

Villeneuve, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Je suis ici depuis deux jours au milieu des réclamations de toute espèce sur l'impuissance des préposés de tous les services.

Les transports des subsistances et des effets d'habillement m'ont paru ce qu'il y avait de plus urgent. J'ai fait remettre à la disposition du commissaire des guerres Dupont une somme de 6,000 francs pour l'aider à continuer ces transports, qui s'exécuteront plus rapidement lorsque les 100 voitures et les 200 mulets de Berne et de Fribourg seront arrivés. Ils sont attendus ce soir, d'après l'avis reçu hier de la Chambre administrative de Lausanne. Je vous adresse copie de l'arrêté que j'ai pris à ce sujet (38).

Mon collègue Dejean a fait aussi donner un acompte à Gassendi, pour les transports de l'artillerie.

J'attends Dubard ce soir; mais ce million n'arrive point; la personne que j'ai envoyée au-devant jusqu'à Dôle n'a rien trouvé; elle reviendra par la route de Bourg, par où les guimbardes doivent avoir passé. Voilà comme en voulant faire mieux, on fait toujours mal; si les voitures avaient suivi leur première destination, elles seraient arrivées ou au moins on saurait où les prendre.

Il est arrivé à Genève 141,000 francs pour le payeur général, le jour de {p.593} mon départ. Je les ai fait rendre à Villeneuve; le payeur général en a emporté hier une partie avec lui.

J'espère bien que cette lettre ne vous parviendra qu'en Piémont. Je la suivrai de très près. Salut et respect.

PETIET.

Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Martigny, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

Les voitures que vous avez demandées aux cantons de Berne et de Fribourg arrivent à Villeneuve. J'ai pris connaissance de la fixation du loyer arrêté par le ministère helvétique; il m'a paru horriblement cher. Je recommande néanmoins aux commissaires chargés des transports de s'y conformer en prenant seulement la précaution de régler les quantités que chaque voiture devra porter et le nombre de jours qu'elles auront pour l'aller et le retour.

Vous verrez par la lettre ci-jointe les précautions que je crois nécessaires d'exiger pour éviter les abus et s'assurer que les transports seront faits avec exactitude (39).

Salut et respect.

PETIET.

Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul, au Premier Consul.

Aoste, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

J'ai prévenu vos ordres en faisant remettre à la disposition du chef de brigade Allix une somme de 20,000 livres sur la demande du général Marmont.

Nous arrivons au moment de votre départ. Nous resterons ici demain et après-demain; nous chercherons à vous rejoindre à moins d'ordres contraires de votre part. {p.594}

J'ai donné au citoyen Merlin la note des corps que nous avons rencontrés et qui vont se rendre ici dans les journées de demain et après-demain.

Le Mont-Bernard est dans une activité qui étonne ses habitants; mais s'il était possible de faire accompagner les paysans qui portent les affûts et cartouches, on perdrait beaucoup moins d'objets; je viens de l'écrire à Allix.

Salut et respect.

PETIET.

Le Premier Consul, au préfet du département du Mont-Blanc (40).

Aoste, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

Le territoire qu'occupe aujourd'hui l'armée, citoyen Préfet, est très misérable et lui offre peu de ressources pour sa nourriture. Je désirerais que vous prissiez des moyens efficaces et prompts pour faire transporter jusqu'à Aoste 5,000 quintaux de blé. Il faudrait que les premiers mille quintaux fussent tirés des communes les plus voisines d'Aoste et arrivassent le plus tôt possible.

J'ai demandé que l'on fit filer de Genève, par le Petit-Saint-Bernard, 200,000 rations de biscuit. Activez, autant qu'il vous sera possible, l'arrivée de ces vivres, en prenant des mesures extraordinaires pour le transport.

Informez-vous près de l'ordonnateur de la 7e division s'il y a du biscuit à Chambéry ou dans les autres villes du département, et faites-le partir en toute diligence.

Il y a à Saint-Maurice (41) huit ou dix pièces, avec une cinquantaine de caissons ou de voitures d'artillerie. Je désirerais que vous prissiez des moyens extraordinaires pour faire passer tous ces effets par le Petit-Saint-Bernard et les transporter à Aoste.

Faites également filer, par des moyens extraordinaires, toutes les cartouches qui se trouveraient à Chambéry, au fort Barraux, et les 200,000 qui doivent être parties de Genève.

Je vous autorise à prendre toutes les mesures nécessaires pour obtenir ces résultats, dont je n'ai pas besoin de vous faire sentir l'importance.

Votre autorité, le patriotisme des habitants et les mesures que vous prendrez pour que tout soit payé, vous mettront à même d'accomplir ce que j'attends de vous.

BONAPARTE.

Je vous prie d'expédier cette dépêche par un courrier extraordinaire au général Lacombe-Saint-Michel, et de me donner par le retour de mon courrier, les nouvelles qu'il pourrait avoir du général Turreau, auquel il fera connaître que l'avant-garde est près d'Ivrée, que nous sommes maîtres de la ville de Bard, et que nous en canonnons le donjon (42).

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  1. Se reporter aux ordres donnés par le Premier Consul dans sa lettre du 1er mars au sujet de l'approvisionnement de biscuit, eau-de-vie et avoine à réunir à Genève (voir p. 92). {p.556}
  2. Archives nationales, carton A F IV, 1174.
  3. Cette lettre n'a pas été retrouvée. {p.557} {p.558} {p.559} {p.560} {p.561}
  4. Note de Carnot, le 25 avril :

    « L'ordonnance des 150,000 francs au profit de l'ordonnateur Lambert a été signée et envoyée à la Trésorerie nationale le 27 ventôse.

    Celle de 200,000 francs pour le même ordonnateur, le 6 germinal, et celle de 100,000 francs pour le même ordonnateur, le 16 germinal.

    CARNOT.

    Il a été remis le 26 germinal au général Murat une somme de deux millions qu'il a probablement remis au citoyen Jehannot, payeur général de l'armée de réserve. Celui-ci, ignorant sans doute qu'il avait 300,000 francs à faire passer au commissaire ordonnateur Lambert, ne lui aura point donné avis des fonds qu'il avait reçus pour lui. Je vais écrire sur-le-champ au payeur Jehannot pour qu'il ait à faire passer ces 300,000 francs au commissaire Lambert, et tout sera rectifié.

    La cause de ce malentendu vient de la précipitation qu'on a mise dans la remise de fonds faite au général Murat, avant l'arrivée des ordonnances. » {p.562}

  • Note en marge: Ajouter 130 aux 536, ce qui donne une existence de 666 boeufs. {p.563}
  • Voir à l'annexe n° 23 un état des approvisionnements dresse à la date du 21 avril, faisant ressortir les payements restant à effectuer.
  • Cet état n'a pas été publié; sauf les deux différences signalées par Lambert; il est identique à l'état du 21 avril, qui forme l'annexe n° 11. {p.564} {p.565} {p.566} {p.567} {p.568} {p.569}
  • Voir l'annexe n° 24. {p.570} {p.571}
  • Voir p. 252, 253 et 254.
  • Le citoyen Lambert, commissaire ordonnateur, en mission particulière à Lyon, au général Berthier.

    Lyon, le 16 floréal an 8 (6 mai 1800), à midi.

    Mon courrier de Grenoble arrive à l'instant, mon cher Général, vous verrez que vos dispositions sont assurées par celles que je m'étais hâté de prescrire et dont cette lettre vous rend compte.

    Veuillez, je vous prie, témoigner votre satisfaction à l'ordonnateur Pascalis et l'en charger pour le commissaire Bourgeois qui est chargé spécialement à Grenoble des dispositions relatives à ma mission.

    LAMBERT.

    Grenoble, le 15 floréal an 8 (5 mai 1800).

    Pascalis, commissaire ordonnateur, au citoyen Lambert, commissaire ordonnateur, en mission à Lyon.

    Je vous réponds rapidement par le retour de votre courrier, mon cher camarade, à la lettre que vous m'avez écrite aujourd'hui. J'envoie dans le moment un officier su Touvet pour changer la direction de 24,000 rations de biscuit qui ont été expédiées ce matin sur Genève. Cet officier est chargé d'accompagner le convoi et d'en presser la marche sur Saint-Maurice. {p.572} Demain il partira de Grenoble le complément des 50,000 rations destinées pour le même point. Je puis vous répondre que vos intentions seront remplies. Je ne dois pas vous dissimuler que, si ce transport n'était pas payé, il faudrait renoncer à tout service, et quitter le pays. Je vous écrirai plus en détail par le courrier.

    Salut et amitié.

    PASCALIS.

    Charles Bourgeois, commissaire des guerres, à l'ordonnateur Lambert.

    Grenoble, le 15 floréal an 8 (5 mai 1800), à 9 h. 1/2.

    J'ai reçu votre lettre, mon cher ordonnateur, à 7 h. 1/2. A 8 h. 1/2 toutes mes dispositions étaient prises, et, à 9 heures, j'ai envoyé deux cavaliers au Touvet, à quatre lieues de Grenoble, pour escorter 16 voitures de biscuit que j'ai fait partir ce matin, qui ont chargé 334 caisses, contenant 24,048 rations, qui sont dirigées d'après vos ordres sur Saint-Maurice. J'en ferai partir demain au moins 10 et j'espère qu'après-demain tout sera expédié. J'ai mis des voitures en réquisition; je vous donnerai demain de plus amples détails, ne voulant pas retarder votre courrier.

    Salut et amitié.

    BOURGEOIS. {p.573}

  • Lettre écrite de Dijon le 7 mai (voir p. 285).
  • Note en marge: Il ne s'est trouvé dans la caisse du receveur que 14,510 francs. {p.574} {p.575} {p.576}
  • Lacune dans le texte. {p.577} {p.578}
  • Petiet était resté à Paris après le départ du Premier Consul avec la mission de hâter l'arrivée des approvisionnements et des fonds (voir p. 283). Il arrivait à Genève le 11 mai (voir lettre suivante).
  • Correspondance de Napoléon, n° 4779. {p.579}
  • On a vu au chapitre VII, que du 9 au 13 mai l'armée ne fit que des mouvements peu importants.
  • Correspondance de Napoléon, n° 4775.
  • État des sommes payées aux différents corps de troupes qui se trouvaient à Lausanne ou dans les environs le 23 du courant, savoir:
    A la 60e demi-brigade de bataille 48,702,00
    A la 9e demi-brigade légère 8,233,10
    A la 13e demi-brigade légère 2,263,33
    Au 21e régiment de chasseurs 10,006,86
    Au 12e régiment de hussards 4,639,41
    A la garde des Consuls 14,810,93
    A divers officiers sans troupes 9,554,20
    TOTAL 98,209,83

    Certifié le présent état véritable,
    à Villeneuve, le 25 floréal an 8.

    LE BLOND, caissier.

    Nota. – 1° Il a été payé le 21 courant, jour de la réception des fonds envoyés par le trésor public et le lendemain à Genève, des fortes sommes à divers corps.

    2° Hier, à Lausanne, on continuait les payements, qui commencèrent dès 6 heures du matin.

    3° Aujourd'hui on acquittera à Villeneuve ce qui sera réclamé par les corps qui s'y trouvent; déjà, il a été payé 30,000 francs à la 24e demi-brigade légère.

    4° Il y a un payeur particulier avec la division Watrin.

    5° Tous les corps, formant les autres divisions, ont reçu de très forts acomptes et l'on ne pense pas qu'aucun corps soit assez arriéré pour former des plaintes. {p.580}

  • Comparer à la situation des approvisionnements à Villeneuve le 15 mai (voir p. 377).
  • Voir p. 375.
  • Voir l'annexe n° 18, tableau A, p; 670. {p.581}
  • Voir l'annexe n° 18, tableau B, p. 672.
  • En demandant 1,500,000 rations de biscuit, le Premier Consul préparait un magasin très considérable relativement à sa petite armée. Il prévoyait sans doute qu'il devrait pendant longtemps subsister par l'arrière, vu la pauvreté de la vallée d'Aoste.

    1,500,000 rations assuraient la subsistance de l'armée pour plus d'un mois.

  • Correspondance de Napoléon, n° 4794. {p.582}
  • Dans la première partie de cette lettre, Petiet donne son opinion sur la proposition des citoyens Davier, Lhoste et Ce, qui offrent 225,000 francs au Gouvernement pour obtenir l'autorisation de faire entrer en France 6,000 quintaux de mousselines suisses sans payer les droits de douanes. Petiet est d'avis de demander 300,000 ou au moins 275,000 francs {p.583}
  • Voir l'annexe n° 18, tableau C, p. 674. {p.584} {p.585}
  • Le 18 mai, avant de quitter Genève, Petiet chargeait le commissaire ordonnateur Lambert de le remplacer et de veiller à la formation de ce magasin d'habillement (Registre Petiet, Archives du comité de l'artillerie).
  • Correspondance de Napoléon, n° 4804.
  • Voir l'annexe 18 bis, tableau A, p. 676. {p.586}
  • Lambert demandait, le 17 mai, une sienne de 207,271 francs peur acquitter rachat de biscuit, d'avoine, d'eau-de-vie, de souliers et de sacs vides, fait à Lyon et à Genève, plus 125,500 francs pour porter l'approvisionnement de biscuit à 1,500,000 rations (Registre Petiet, Archives du comité de l'artillerie). {p.587}
  • L'original de cette lettre n'a pas été retrouvé. Plusieurs copies de dates différentes ont été apportées lors de la publication de la Correspondance de Napoléon. La commission a jugé la date du 29 floréal comme la plus authentique et publié la lettre à cette date, sous le n° 4826.

    D'après le contexte, et, en particulier, d'après la position de la division Chambarlhac (voir p. 397, note 3), la date du 27 floréal (17 mai) semble être la véritable. {p.588} {p.589}

  • La lettre au « citoyen Dubreton, commissaire ordonnateur en chef », se trouve au registre de correspondance de Petiet.

    Petiet, au moment de quitter Genève, le lendemain 18 mai, chargeait le commissaire ordonnateur Lambert de surveiller la formation de l'hôpital, et de l'informer « du jour où cet établissement sera prêt à recevoir les malades auxquels il est destiné » (Registre Petiet, Archives du comité de l'artillerie). {p.590}

  • Correspondance de Napoléon, n° 4815.
  • Correspondance de Napoléon, n° 4814.
  • Berthier avait pris l'initiative de cette mesure (voir sa lettre du 16 mai au Premier Consul, p. 399). {p.591}
  • Correspondance de Napoléon, n°4813.
  • Voir note 1, p. 582. {p.592}
  • Villeneuve, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

    Petiet, conseiller d'État, détaché près le Premier Consul.

    Sur la représentation qui nous a été faite par le commissaire des guerres Dupont chargé de l'évacuation des magasins de Villeneuve sur Saint-Pierre, qu'il ne lui a été remis pour cette opération qu'une somme de 3,600 livres, savoir 1200 livres par le commissaire des guerres Dalbon et 2,400 livres par le Premier Consul lui-même et que cette somme se trouve entièrement absorbée par les transports effectués du 24 au 30 floréal;

    Vu l'état des effets qui restent à transporter et qui s'élèvent à 14,952 quintaux;

    Considérant qu'il importe au salut de l'armée d'accélérer le départ de ces effets;

    Arrête:

    Qu'il sera mis sur-le-champ à la disposition du citoyen Dupont, commissaire des guerres, une somme de 6,000 livres, qui sera acquittée, par le payeur général de l'armée ou son préposé actuellement à Villeneuve, sur les mandats qui seront délivrés par le commissaire des guerres Dupont au profit des voituriers qui effectueront lesdits transports et sauf à justifier de l'emploi de ladite somme de 6,000 livres ainsi que de celle de 3,600 livres précédemment destinées auxdits transports par procès-verbaux des chargements et déchargements dûment signés des gardes-magasins, visés des préposés des transports militaires tant au départ qu'à l'arrivée des denrées et effets qui seront transportés et par les quittances des voituriers.

    Le commissaire des guerres Dupont est chargé de l'exécution du présent arrêté dont il adressera une expédition au commissaire ordonnateur en chef avec invitation de faire remplacer la somme de 6,000 francs ainsi que celle de 2,400 francs avancées par le Premier Consul sur les fonds affectés aux dépenses des transports militaires de l'armée,

    Le Conseiller d'État,

    PETIET. {p.593}

  • Le citoyen Petiet au citoyen Dupont, commissaire des guerres à Villeneuve.

    Martigny, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

    J'ai reçu, citoyen, votre lettre de ce jour, par laquelle vous me prévenez de la fixation du loyer des voitures destinées à l'évacuation du magasin de Villeneuve-sur-Saint-Pierre.

    Il ne faut rien changer à ce qui a été réglé par le ministère helvétique, mais vous voudrez bien faire insérer sur les lettres de chargement le nombre de jours que chaque voiture emploiera tant pour aller que pour revenir de Saint-Pierre. On peut convenir de quatre jours.

    Vous aurez soin aussi d'exiger qu'une voiture à un cheval n'emporte pas moins de cinq quintaux, celle à deux chevaux moins de dix. Il faudra que le commissaire des guerres en résidence à Saint-Pierre fasse payer le maître de la voiture, en visant le récépissé du garde-magasin. L'autre moitié sera payée par vos ordres au retour à Villeneuve. Cette marche me paraît présenter l'avantage d'être sûr que les denrées seront arrivées lorsqu'on terminera le payement.

    Je vais m'entendre avec le payeur général pour que les fonds ne manquent ni à Villeneuve, ni à Saint-Pierre, et que le loyer des voitures soit religieusement acquitté.

    Ne perdez pas de vue la demande des fourrages. Elle est indispensable, car il n'en reste plus sur la route.

    Salut et fraternité.

    PETIET. {p.594}

  • Le chef-lieu du Mont-Blanc était Chambéry. Le préfet était alors le « citoyen Sauzay ».
  • Bourg-Saint-Maurice, en Tarentaise.
  • Correspondance de Napoléon, n°4830.
  • Library Reference Information

    Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
    Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
    Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
    par le captaine de Cugnac ...
    Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
    Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
    Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
    Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
    France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
    LC Classification: DC223.7 .C96