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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 1 Chapitre 11

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.479}

(PREMIÈRE PARTIE)
CHAPITRE XI
RÉSISTANCE DU FORT DE BARD

Passage du Grand-Saint-Bernard par les dernières divisions de l'armée de réserve. – Reconnaissance du fort de Bard. – Canonnade sans résultat. – Tentatives infructueuses de passage de l'artillerie. – Position difficile de l'armée. – Amélioration du sentier d'Albard. La légion italique à Gressoney. – Instructions aux généraux Béthencourt et Moncey. – Passage des deux premières pièces d'artillerie. – Assaut repoussé. – Concentration de l'armée à Ivrée. – Capitulation de Bard.. – Débouché de Turreau dans la vallée de Suze.

Pendant que les opérations actives se déroulent à Ivrée et devant Bard, les dernières fractions de l'armée continuent leur mouvement, sauf la division Chabran, qui reste immobile à Aoste.

Le 23 mai, le gros de la cavalerie quitte cette ville: la brigade de cavalerie légère Champeaux s'arrête à Châtillon; les deux autres brigades viennent entre Chatillon et Bard.

Le même jour, dans la division Monnier, la 70e demi-brigade va d Étroubles à Aoste, la 19e légère se porte de Martigny à Saint-Pierre.

La division Chambarlhac se concentre à Étroubles le 23, ayant fait passer le Grand-Saint-Bernard à toute son artillerie. {p.480}

Chambarlhac, général commandant la division, au Premier Consul de la République française.

Étroubles, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

C'est avec bien de la satisfaction, citoyen Consul, que je m'empresse de vous rendre compte du zèle que toutes les troupes qui sont sous mon commandement ont mis à transporter, en deçà du Mont-Saint-Bernard, les pièces de canon et train d'artillerie qui sont attachés à la division que je commande. Nul obstacle n'a arrêté leur courage; et, loin de laisser derrière la moindre des pièces qui leur avaient été confiées, ils ont même ramassé plusieurs roues et avant-trains qui avaient été abandonnés sur la montagne.

Qu'il était beau de voir arriver la 43e demi-brigade, parfaitement en règle et tambours battants, ayant à sa tête trois pièces de canons traînées par les grenadiers. Le restant des objets était porté par les fusiliers, qui, quoique très fatigués, marchaient en vrais triomphateurs. Quel présage heureux pour le premier coup de main qu'ils vont donner.

C'est peu, mon Général, pour les braves d'être d'un courage à toute épreuve; ils y joignent un désintéressement qui, jusqu'à présent, n'a pas eu d'exemple. Je vous fais passer ci-joint la lettre écrite par le chef de brigade Ferey, au nom de la 24e; vous y verrez les expressions dignes des hommes qu'il commande.

Salut et respect.

CHAMBARLHAC.

Le chef de brigade Ferey, commandant la 24e légère, au citoyen Herbin, général de brigade.

Au camp en avant d'Étroubles, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Citoyen Général,

J'ai l'honneur de vous prévenir que la 24e légère, jalouse de contribuer par tous ses moyens à la gloire et à la prospérité de l'armée de réserve, fait don des 2,600 livres qui lui avaient été accordées par le Premier Consul Bonaparte, pour le transport de Saint-Pierre à Étroubles de deux pièces de 8, une de 4 et de tout leur attirail (1).

Elle s'estime trop heureuse d'avoir fait quelque chose qui puisse être agréable au Premier Consul, à qui elle donnera, dans toutes les occasions, des marques de son inviolable attachement.

Empressez-vous, mon cher Général, de faire connaître son désintéressement au général de division et au général en chef de l'armée.

Salut et respect.

FEREY. {p.481}

P. S. – Je joins à cette lettre le reçu bien en règle du commandant d'artillerie et une invitation au quartier-maître de la demi-brigade de se rendre chez lui pour y percevoir la somme mentionnée ci-contre (2).

A.-F. Lepreux, chef de la 96e demi-brigade d'infanterie de ligne, au Premier Consul de la République française.

Saint-Vincent, le 6 prairial an 8 (26 mai 1800).

Général Consul,

La 96e demi-brigade d'infanterie de ligne, glorieuse d'avoir, conjointement avec les autres corps de sa division, contribué au transport de son artillerie (3), refuse l'indemnité accordée à cet effet par le général en chef de l'armée. Officiers, soldats, aucun d'eux ne voudrait diminuer l'étonnant de l'opération qu'ils ont entreprise, qu'ils ont consommée, en en recevant le prix.

Agréez, général Consul, cette somme que vous nous destiniez: qu'elle soit conservée pour des besoins plus urgents.

Le seul regret qui puisse rester à la demi-brigade, c'est de n'avoir pu que suivre l'exemple des corps de la division. Son ordre de bataille a empêché qu'elle ne le donnât.

Recevez, général Consul, de la part de tous les militaires de la 96°, l'assurance de leur dévouement à obéir à vos ordres. Ils y joignent le tribut de l'admiration générale qui vous est due.

Salut respectueux (4).

LEPREUX. {p.482}

Extrait du rapport du 28 mai sur les premières opérations de l'armée de réserve.

« . . . . . Arrivés au pied du Saint-Bernard, le premier obstacle à franchir est de faire passer de l'artillerie: la perspective d'un chemin de plusieurs lieues de long sur 18 pouces de large, pratiqué sur des rochers à pic; ces montagnes de neige qui menacent de se précipiter sur leurs têtes; ces abîmes où le moindre faux pas peut les engloutir, rien ne peut effrayer les soldats.

« On se presse autour des pièces pour obtenir l'honneur de les traîner. Dans ce conflit d'ardeur et de dévouement, divers détachements de la division Loison, les 19e et 24e légères, les 43e et 96e de ligne, se font particulièrement remarquer; après des fatigues qu'il est impossible de peindre, après des efforts inouïs de constance, les pièces arrivent enfin au delà du Saint-Bernard. Là, on veut donner aux soldats la gratification qui avait été promise: ils la refusent (5). »

* * *

Le 23 mai, il n'y a donc plus, sur le versant nord du Grand-Saint-Bernard, que la 19e légère et quelques détachements qui rejoignent.

Le gros de l'armée qui a été réunie du 8 au 13 mai, sur la rive nord du lac de Genève, a achevé de passer le col. Cette opération, commencée le 14 mai, a donc duré dix jours pour un effectif d'environ 40,000 hommes (6).

Le val d'Entremont avait été largement mis à contribution par l'armée, il avait surtout fourni des mulets pour les transports et du bois pour le chauffage et pour la confection des traîneaux.

Liddes réclamait « 300 pièces de bois coupées tant pour le bivouac que pour le transport de l'artillerie » (Archives de Liddes). {p.483}

Orsières avait fourni un grand nombre de journées de mulets pour transports « du parc de Saint-Pierre au couvent », « dudit parc à Étroubles », « du dit parc à Saint-Rémy », « d'Étroubles à la Cité » (Aoste), « du couvent à la Cité », « du parc de Saint-Pierre à la Cité » (Archives d'Orsières).

Le 4 avril 1805, la commune de Sembrancher réclamait encore 2,863 fr. 50 pour fournitures faites à l'armée française en floréal et prairial 1800 et 15,506 fr. 92 pour dommages, conformément au procès-verbal qui avait été fait le 12 juin 1800 (Archives de Sembrancher).

La petite commune de Bourg-Saint-Pierre avait été particulièrement éprouvée à cause du séjour prolongé de l'artillerie, qui était démontée et mise sur traîneaux en ce point.

Le Premier Consul, au citoyen Max, Président de la municipalité de Saint-Pierre.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 20 mai. Je suis très satisfait du zèle qu'ont montré tous les habitants de Saint-Pierre et des services qu'ils nous ont rendus. Faites faire une estimation des dommages qu'aurait causé le passage de l'armée et je vous indemniserai de tout.

Ceci n'est que justice, et je désire de plus pouvoir faire quelque chose d'avantageux à votre commune (7).

BONAPARTE.

D'après une autre pièce du 5 avril 1805, conservée aux archives de Bourg-Saint-Pierre, les réclamations des habitants pour les dégâts faits par les troupes « dans la dernière décade de floréal jusqu'à la fin de prairial an 8 » (10 mai au 20 juin) s'élèvent à 39,151 francs, pour prairies abîmées et foin perdu, champs, blés, jardins et légumes abîmés et perdus, pour murailles abattues, pour 88 chaudières et marmites perdues, pour 18 journées de guides; et surtout pour bois coupés, 2,037 pièces d'arbres pris dans la plus haute futaie qui protège le village des avalanches.

L'hospice du Grand-Saint-Bernard contribua dans une large mesure au bien-être de l'armée de réserve, par les rations distribuées à chaque soldat passant au col et qui se chiffrent {p.484} pour les principales journées par 2,500 et même 3,000 bouteilles de vin.

Ces distributions se continuèrent pour tous les isolés rejoignant l'armée.

La comptabilité en était tenue régulièrement, et une pièce établie par les moines et contresignée par Dalbon, commissaire des guerres (8) donne le détail des quantités distribuées chaque jour. Le total s'élève à 20,740 bouteilles de vin et 3,597 livres de fromage, distribuées du 1er mars au 18 août (9). Le vin était tarifé à 15 sols la bouteille, et le fromage à 15 sols la livre, ce qui donnait une somme de 19,035 liv. 15 s. que la France remboursa au couvent du Grand-Saint-Bernard (10).

* * *

L'armée étant ainsi réunie dans la vallée d'Aoste, assurée de pouvoir en déboucher à Ivrée, qu'occupait l'avant-garde, il importait d'enlever au plus tôt le fort de Bard ou de parvenir à faire passer l'artillerie malgré sa résistance.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès (11), le 3 prairial an 8 (23 mai 1800), 2 heures du matin.

Donnez l'ordre au commandant d'artillerie de faire tirer aujourd'hui à 7 heures du matin toutes les pièces en batterie sur le fort, pour lui faire le plus de mal possible. Les obusiers {p.485} et les pièces de 8 tireront 4 coups par heure. Les pièces de 4 de la batterie haute en tireront 6 par heure (12).

Ordonnez au général Loison de fournir un détachement d'une cinquantaine d'hommes à la batterie haute; ces hommes se glisseront derrière les rochers pour tâcher de fusiller dans les embrasures de l'ennemi. Ils seront relevés toutes les deux heures.

Ordonnez également au général Loison de faire monter 100 hommes sur le rocher de droite de la Dora, d'où ils fusilleront les canonniers, voyant la batterie à revers. Ces 100 hommes devront être relevés toutes les deux heures, afin que leur feu soit très soutenu. Je me suis aperçu que c'était ce poste qui incommodait le plus l'ennemi. Le général Loison peut envoyer pour cela un bataillon entier au village sur la rive droite, ce qui donnera de l'inquiétude à l'ennemi. Il faudrait que quelques-uns de ces hommes, à la chute du jour, voient si la rivière est guéable en quelques parties.

Il faut que le général Loison place des tirailleurs derrière les rochers et de tous les côtés, d'où l'on peut fusiller les embrasures ou les créneaux de l'ennemi. Il fera relever les tirailleurs, de manière que le feu soit soutenu toute la journée. {p.486}

Ordonnez au général Marescot qu'il faut qu'il trouve des moyens pour que demain au soir, ou après-demain matin, nous puissions faire passer des hommes sur la rive droite de la Dora, au rocher qui me parait le plus accessible.' Ne pourrait-on pas faire des radeaux en clouant des planches sur plusieurs échelles, en mettant des tonneaux dessous et des cordages pour les retenir? Il faut chercher tous les moyens par lesquels on pourrait escalader les ouvrages du fort sur différents points; il est possible que demain ou après, je tente l'assaut.

La légion italienne arrive demain matin, faites-la aller à Challant, où elle se fera fournir des vivres. Après-demain elle ira prendre position à Gressoney; elle poussera quelques reconnaissances sur le chemin qui conduit vers Dobonora.

Faites connaître au général Lannes qu'il doit faire occuper la citadelle d'Ivrée pour être maître de la ville et en tirer des subsistances, mais qu'il doit prendre une bonne position militaire à une lieue ou une lieue et demie en arrière d'Ivrée, du côté de Bard.

La division Boudet doit également prendre une très bonne position à Setto, ou même plus en arrière (13) de manière à pouvoir soutenir l'avant-garde en cas de besoin et empêcher l'ennemi, dans aucun cas, de se porter sur Saint-Martin avant elle.

Les lignes de combat du général Lannes doivent être le débouché de la vallée et successivement les hauteurs d'Albard, de la Cou, de Fenestre et Gressoney, seul chemin un peu praticable (14). Ce cas n'aura sûrement pas lieu, mais il doit être prévu. {p.487}

Il faut que le général Lannes tâche de communiquer avec le général Turreau et lui fasse connaître que mon intention est qu'il se réunisse avec mon avant-garde. Il doit avoir avec lui 4 à 5 pièces d'artillerie.

Il faut que le général Loison qui se trouve chargé du siège envoie un bataillon à Donnas, pour bloquer la partie du fort de ce côté et bien examiner les localités pour y tenter l'escalade lorsque je croirai devoir l'ordonner. Ce bataillon vivra de Saint-Martin et même d'Ivrée.

Alex. BERTHIER.

P. S. – Le citoyen Pernety doit s'occuper de faire passer à la division Watrin toute l'artillerie qui en dépend. Le citoyen Sénarmont commande l'artillerie du parc. Donnez-lui vos ordres.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Citoyen Consul,

Je ne suis arrivé ici qu'à 2 h. 1/2 du matin et déjà la petite pointe du jour ne permettait pas que votre aide de camp tentât de passer sous le fort.

On me rend compte que l'officier d'artillerie à qui l'on avait ordonné de faire passer une pièce de 4, s'est refusé de faire exécuter cet ordre. J'attends la certitude du fait pour faire un exemple contre la lâcheté.

Le général Dupont me rend compte que l'ennemi a continuellement jeté des pots à feu de dessus les murs et tellement éclairé, que l'on voyait clair sur la route où il faisait un feu {p.488} très vif (15). Je serai moi-même au passage que je ferai tenter ce soir.

Le général Marescot, d'après le rapport des reconnaissances de cette nuit, m'assure qu'il croit impossible de prendre le château de vive force.

Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez écrite après mon départ (16).

En même temps, j'en reçois une du général Lannes en date du 2, où il m'annonce qu'en arrivant à Ivrée il y a trouvé les remparts garnis de troupes ennemies (17). Il a attaqué de vive force l'enceinte de la ville de Verceil (18).

Les généraux Watrin et Malher et l'adjudant général Hulin se sont élancés avec intrépidité; les remparts ont été escaladés et les ponts-levis brisés. L'ennemi a eu beaucoup d'hommes tués ou blessés, et, on lui a fait environ 250 prisonniers. De notre côté, nous avons perdu un chef de bataillon de la 22e, 2 officiers, 5 soldats et environ 15 blessés (19).

Le général Lannes dit que l'ennemi était au nombre de 5,000 hommes d'infanterie et 3,000 de cavalerie et qu'il allait recevoir un renfort de 5,000 hommes. Le fort est également tombé en notre pouvoir, on y a trouvé 7 pièces de canon enclouées et peu de munitions. Il mande que la ville d'Ivrée offre quelques ressources pour l'armée, mais qu'il faudrait y envoyer un commissaire ordonnateur.

Le général de Briey commandait à Ivrée.

Je joins ici un rapport que me remet le général Dupont; {p.489} vous y verrez la difficulté de faire passer l'artillerie de nuit. Cependant, je ferai encore tenter ce soir.

Si le château de Bard ne se rend pas avant l'arrivée des troupes du général Monnier et de la cavalerie, dois-je la faire passer pour Ivrée et la faire suivre de celles du général Chambarlhac? Alors il faudrait que les troupes du général Chabran arrivassent le plus promptement possible pour prendre le blocus du fort et je me porterais à Ivrée avec l'armée, mais sans artillerie, si l'on n'est pas plus heureux cette nuit que la dernière.

Les nouvelles du pays disent que l'ennemi a évacué tout ce qu'il avait à Suze.

Je ne ferai passer aucune troupe de l'autre côté avant que je n'aie réussi à faire passer du canon sous le feu du fort. J'attendrai vos ordres. J'ai ordonné que l'on canonnât et que l'on fusillât vigoureusement le fort pendant toute la journée.

Votre aide de camp Lemarrois est allé à Ivrée par la montagne, mais il tentera de revenir cette nuit par la ville de Bard.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Verrès, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Donnez l'ordre, citoyen Général, que l'on passe ce soir l'artillerie à travers la ville ainsi que je l'ai ordonné. On commencera par passer la petite pièce de 3 autrichienne, et, si le passage réussit, comme je n'en doute pas, étant conduit par des hommes braves et entreprenants, on continuera à passer les autres.

Vous vous concerterez avec le général Marmont, qui nommera un officier intelligent pour surveiller le passage. Le général Loison donnera le nombre de braves nécessaires pour cette expédition si importante. Vous désignerez un officier de l'état-major d'une bravoure reconnue pour surveiller également ce passage; il se concertera avec l'officier d'artillerie qu'aura désigné le général Marmont et le général Gobert, dont je joins ici une lettre. {p.490}

Il faudra avoir attention après le passage de chaque pièce de faire passer les chevaux nécessaires pour les traîner.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Citoyen Consul,

Je vous rends compte de l'affaire qu'a eue hier le général Lannes, de manière à vous faire connaître l'exacte vérité que je tiens des prisonniers qu'il a faits et qui n'arriveront que demain à Aoste.

Il résulte que le bataillon de Bannats, qui était à Aoste, et qui a été battu à Châtillon et dispersé dans les montagnes par la charge de notre cavalerie, s'est rallié à Ivrée au nombre de 250 hommes qui ont été attaqués hier dans cette ville par l'avant-garde du général Lannes, qui a fait 96 prisonniers que je vous envoie, dont 3 officiers. Après les avoir questionnés en particulier, ils m'ont dit que le général Mélas n'était point allé à Nice et était resté devant Gênes, qu'on leur disait que Gênes devait se rendre le 25 mai, que le général Haddick devait arriver aujourd'hui aux environs d'Ivrée avec cinq bataillons et deux escadrons, et que le général Mélas devait suivre avec 15,000 hommes. Ils m'ont assuré que ni la ville, ni la citadelle d'Ivrée n'avaient été mises en état de défense et qu'il n'y avait point de munitions. Telle est, citoyen Consul, la vérité que j'ai tirée des différents prisonniers.

Ne pensez-vous pas que l'infanterie et la cavalerie doivent filer sur Ivrée à mesure qu'elles arriveront ici? Si nous sommes supérieurs à l'ennemi en infanterie, nous l'attaquerons avec impétuosité et nous lui prendrons son canon.

Ce commandant de Bard parait avoir des ordres bien impératifs de se défendre jusqu'à la dernière extrémité, et, par là, il nous fait le grand mal d'arrêter notre artillerie. Si je voyais jour à réussir dans un assaut, je n'hésiterais pas.

Je joins ici le rapport que me fait le général Marescot.

J'ai chargé l'adjudant général Lacroix de faire faire un {p.491} chemin dans la montagne; 400 (20) hommes y travaillent et j'espère qu'il ne sera pas plus difficile que celui du Mont-Saint-Bernard.

Alex. BERTHIER.

Rapport sur le fort de Bard.

Le général Marescot, commandant du génie, à Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au quartier général en chef, à Verrès.

Arnaz, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Il est fâcheux que l'on n'ait pas connu la force du fort de Bard, force qu'il tire de sa position, car par lui-même il est peu de chose. Ses trois enceintes ne sont presque partout que de simples murs non terrassés; mais il est bordé de toutes parts par des rochers escarpés qui ne permettent pas de tenter l'escalade. Un seul point de l'enceinte n'a pu encore être reconnu; deux officiers du génie font, dans ce moment, cette reconnaissance, mais il est à présumer que ce point aura été soigné comme les autres.

L'escalade étant à peu près impossible, il ne reste que deux moyens de s'emparer du fort de Bard: par une attaque en règle ou par blocus (21). {p.492}

L'attaque en règle ne peut se faire qu'avec de l'artillerie qui, par son calibre, approche un peu de celle du fort composée, à ce qu'il me semble, de deux ou trois pièces de 17, de deux ou trois pièces de 13, de quatre ou cinq pièces de 7, de trois obusiers ou mortiers et d'espingoles portant des balles de 4 onces environ. L'artillerie que nous avons employée jusqu'ici était trop faible en qualité et en quantité pour pouvoir se mesurer avec celle du fort. Elle en a été écrasée et cela devait être. Je pense que pour acquérir la supériorité qu'un assiégeant doit toujours avoir sur l'assiégé, il faudrait au moins six pièces de 12, six pièces de 8 et deux mortiers. Avec ces moyens, qui ne sont cependant pas bien considérables, on parviendrait à pulvériser les murs du fort et à briser les blindages qui couvrent l'assiégé des feux plongeants de notre mousqueterie placée sur les montagnes.

Le blocus exigerait moins d'embarras, économiserait des munitions précieuses et ménagerait la gloire de l'armée en ne l'arrêtant pas devant un fort que l'on avait compté pour rien. Le blocus n'arrêtera que faiblement la marche d'une armée qui, destinée à de grandes opérations, doit, à tout prix, se porter en avant. Déjà l'on est parvenu à faire passer deux divisions, deux régiments de cavalerie et à monter des pièces de 4 sur les plus hautes montagnes. Il est évident que toute l'armée, que toute la cavalerie et que l'artillerie de petit calibre peuvent passer et descendre dans les plaines du Piémont; la grosse artillerie sera seule obligée d'attendre la reddition du fort que doit amener sous peu de temps, suivant toute apparence, l'épuisement des munitions de guerre et de bouche. Le blocus n'offre d'inconvénient que dans le cas où {p.493} notre mauvais destin nous ferait essuyer un échec de l'autre côté du fort. Mais, outre que des revers ne sont pas présumables avec la supériorité de nos troupes et de ceux qui les conduisent, dans ce cas même, la retraite serait assurée par le Simplon et le Saint-Gothard.

Il n'est point étonnant que le fort de Bard n'ait point été connu; voici la première fois qu'il ait eu l'occasion de se faire connaître. Jamais il n'était passé d'armée par le col du Grand-Saint-Bernard (22). L'ingénieur qui l'a assis et construit a parfaitement senti la force de sa position et y a adapté le genre de fortification qu'il comportait.

MARESCOT

P. S. – Les sapeurs n'ont presque plus d'outils. Les seuls qu'ils eussent avaient été requis à Aoste et dans les villages voisins. Ils sont presque tous usés. Ceux que l'on avait pris à Besançon, acheté à Genève et à Martigny ont été arrêtés derrière le Grand-Saint-Bernard, à Villeneuve et à Sembrancher, par un ordre du général en chef, qui a affecté tous les moyens de transport à l'artillerie et aux vivres, de sorte que nous manquons de moyens pour faire les travaux les plus ordinaires. J'ai fait partir un officier du génie pour aller rechercher ces outils, mais il s'écoulera un certain temps jusqu'à leur retour.

MARESCOT.

Ordre du jour.

Verrès, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Il n'y a ni biscuit, ni riz à Bard, faute de transport depuis Aoste.

Tous les mulets appartenant soit aux généraux, officiers, soit aux administrations particulières, seront réunis aujourd'hui à midi au quartier général, ainsi que les voitures des vivandiers, pour aller chercher du biscuit et du riz à Aoste. Le citoyen Bugnot, chef de bataillon, attaché à l'état-major général, est chargé de surveiller la réunion de ces moyens de transport et de s'assurer de leur départ pour Aoste. {p.494}

Il ne sera délivré qu'une demi-ration de pain, ou biscuit, ou riz, aux troupes qui y ont droit pour la journée. Il sera donné double ration de viande. Tout ce qui tient à l'état-major, généraux de division et administration, ne recevront que la double ration de viande pour aujourd'hui.

Il est ordonné rigoureusement à la gendarmerie dans les divisions et au quartier général de faire exécuter ponctuellement l'ordre de l'autre part concernant les moyens de transport à diriger sur Aoste.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Citoyen Consul,

J'ai fait battre le fort toute la journée; je crois avoir démonté deux pièces de l'ennemi. Nos canonniers ont, en général, très bien tiré; mais cela ne nous a donné aucun résultat. L'ennemi a redoublé son feu et nous a tiré beaucoup d'obus et des bombes; il nous a cassé une roue d'une pièce de 8.

Les reconnaissances que j'ai fait faire ne m'ont encore présenté aucun moyen raisonnable de tenter une attaque de vive force. Votre aide de camp Lemarrois et un des miens sont allés auprès du général Lannes dont je n'ai pas eu de nouvelles de la journée. J'y envoie une patrouille.

J'ai fait travailler à un chemin qui sera arrangé demain et qui conduira de notre première position devant Bard à Donnas en cinq heures. Ce chemin sera praticable pour les mulets et nous pourrons y passer nos pièces, en les démontant toutefois, comme on a fait au Saint-Bernard (23).

Je pense donc qu'il serait nécessaire que la division Chabran arrivât promptement pour investir le château de Bard, {p.495} que toute l'infanterie et la cavalerie passassent rapidement pour prendre position au débouché dans la plaine du Piémont; pendant ce temps, notre artillerie passerait. Il n'est pas à croire que l'ennemi nous force avec 25,000 hommes.

La légion italique est partie pour Gressoney, mais ce chemin est absolument impraticable pour l'artillerie.

Je me propose demain de très bonne heure de passer avec mon cheval dans le nouveau chemin que j'ai fait faire. J'irai à Donnas, et de là je viendrai reconnaître le fort de Bard du côté d'Ivrée, et m'assurer par moi-même s'il présente plus de facilité de ce côté pour une attaque de vive force.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

* * *

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Un de mes aides de camp, que j'ai envoyé cette nuit voir le passage des pièces, m'apprend que la première n'est parvenue qu'à la pointe du jour et qu'on n'a point tenté le passage. Je suis mécontent de cette négligence pour des ordres aussi importants. Faites-vous rendre compte par le général commandant l'artillerie et par l'officier d'état-major chargé de surveiller ce passage, pourquoi l'ordre que j'ai donné n'a pas été exécuté.

La division Loison est chargée du siège; il doit y avoir chaque jour un officier général et un officier supérieur ainsi qu'un nombre de troupes déterminées pour le service de chaque jour. Le chef d'état-major de la division doit faire un rapport journalier. Rappelez l'article du service de l'infanterie en campagne, chapitre des sièges.

Vous trouverez ci-joint une lettre de Dubreton. Que l'on ménage bien les vivres qui nous sont envoyés; que l'on continue à donner la demi-ration de pain et la double ration de viande.

Il faut que vous ou le général Vignolle restiez ici dans le cas qu'il arrive des ordres pressés.

Alex. BERTHIER. {p.496}

Menou, capitaine d'artillerie légère, adjoint à l'état-major général d'artillerie de l'armée, au général Marmont, conseiller d'État et commandant en chef l'artillerie de l'armée.

Verrès, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Je dois vous rendre compte, Général, de ce qui s'est passé hier soir, relativement à l'ordre donné de faire passer une pièce de 3 au delà du village de Bard.

Aussitôt que j'ai connu vos intentions, je me suis rendu au parc pour m'assurer si tout était prêt. J'y suis arrivé à peu près à 11 heures du soir. Le chef de bataillon Pernety, commandant l'artillerie devant le fort, donna sur-le-champ ses ordres au train d'artillerie, à l'officier commandant l'infanterie et à celui de l'artillerie.

Une pluie très abondante, une nuit très obscure s'opposèrent beaucoup à la célérité de l'exécution et du départ. D'abord, toutes les roues garnies de foin dès la veille étaient presque dépouillées par l'espèce de déluge qui avait eu lieu hier. Le trajet jusqu'à la Chapelle, dans une espèce de lac, acheva le dégât commencé, et ensuite, la bouche à feu, qu'on se disposait à faire passer, fut culbutée dans un trou, ce qui a retardé nécessairement le départ du convoi.

Enfin, après avoir vaincu les obstacles ci-dessus mentionnés, on a cheminé vers le bourg à petit bruit; il était à peu près 2 heures lorsque la pièce de 4 qui avait été substituée à celle de 3, qui n'était pas disposée, arriva à la hauteur de la Chapelle.

Le général Gobert était en avant; son aide de camp, que nous rencontrâmes, nous conduisit à lui. Ce général parut très fâché du retard que ceux chargés des dispositions et de l'exécution n'ont pu empêcher. J'avais donné tous les ordres dont vous m'aviez chargé et la pièce de 4 allait filer plus loin, lorsque le général Gobert prétendit qu'il était trop tard, quoiqu'il y eût encore une heure de nuit à passer; il donna, en conséquence, l'ordre formel de ne pas aller outre, et la pièce de 4 fut placée derrière la Chapelle.

Je dois vous observer, Général, que, porteur de vos ordres, j'étais rendu au parc avant l'officier d'état-major qui devait accompagner le convoi et avant l'aide de camp du général Berthier, qui, comme moi, était chargé de rendre compte de l'exécution de l'expédition.

Voici, Général, l'exacte vérité sur ce qui s'est passé. Le directeur du parc, l'officier du génie envoyé pour le même objet, ainsi que ceux que je viens de citer plus haut et beaucoup d'autres que je ne connais pas, peuvent également l'attester.

Je vous salue respectueusement.

Fr. MENOU.

L.-H. Loison, général de division, au général Dupont, chef de l'état-major général.

Arnaz, le 4 prarial an 8 (24 mai 1800).

Je conçois très facilement, mon cher Général, comment il a été possible que le passage des pièces n'ait point en lieu la nuit passée, et ce que je ne conçois pas, c'est la surprise du général en chef. Elle doit cesser lorsqu'on lui rappellera {p.497} que les contrariétés que l'on éprouve proviennent des différents ordres qui se contrecarrent en passant par la filière de plusieurs généraux, qui n'ont point ou ont des instructions différentes.

Je n'ai reçu qu'à 3 heures du matin votre lettre par laquelle vous m'annonciez que l'artillerie devait passer par la ville de Bard. Je m'étais porté, dès les 6 heures du soir, avec le général Gobert, dans la ville, à l'effet d'accélérer ce passage.

J'avais, postérieurement, donné l'ordre, en conformité des vôtres, à un officier du génie et à un détachement de 100 hommes, de se rendre au parc d'artillerie, ce qui fut exécuté.

Mais le commandant de ce parc refusa constamment de laisser partir les pièces, sans avoir reçu préalablement l'ordre du général Marmont, qui ne lui parvint qu'à minuit, ce qui fut cause du retard et de l'impossibilité de faire filer la pièce, qui n'arriva, dégarnie de son foin, près la Chapelle, en face de la batterie, qu'à 2 h. 1/2, à peu près à la pointe du jour, et au moment où l'ennemi commençait à battre, par un feu terrible, le passage de la ville basse à la ville haute, feu d'autant plus meurtrier que l'ennemi pouvait le diriger à volonté au moyen des tourteaux, pots à feu, bombettes et grenades, qu'il lançait sur cette partie de chemin.

Ce contretemps me fut d'autant plus désagréable qu'il n'était nullement dans mes fonctions d'être chargé de cette opération, mais bien dans celles du général en chef de l'artillerie. Je vous avouerai franchement que le général Gobert et moi avons reconnu beaucoup de mauvaise volonté dans les officiers de cette arme, et que nous nous sommes aperçus qu'ils ne se souciaient guère de tenter ce passage. J'ai ordonné l'arrestation de l'officier d'artillerie qui s'est refusé, l'avant-dernière nuit, d'exécuter l'ordre du général Gobert, relatif au passage des pièces.

Si cette confusion d'ordres existe, mon cher Général, il sera de toute impossibilité de rien exécuter, et le général en chef se trouvera journellement trompé dans son attente.

Quant au siège ou blocus, comme il vous plaira l'appeler, dont le commandement m'est confié, j'ai pris pour sa réussite toutes les précautions qui m'ont paru convenables.

En conséquence, j'ai réparti mes troupes de la manière suivante: un bataillon sur la rive droite de la Dora, avec l'ordre d'établir, sur les rochers en face du fort et autres endroits propices, des tirailleurs qui inquiéteraient l'ennemi dans ses batteries ou derrière ses créneaux; même ordre au bataillon qui est à Donnas; un détachement de 400 hommes soutiennent la batterie haute d'Albard et poussent leurs tirailleurs sur les rochers en avant.

Les détachements de la ville de Bard ont crénelé les maisons et tirent sur la batterie basse de l'ennemi, et prennent de revers les créneaux en face de la rivière.

Enfin, j'ai donné l'ordre à l'artillerie de diriger son feu uniquement sur la batterie basse, afin de la détruire, ou du moins de la découvrir tellement, que les canonniers puissent en être délogés par nos tirailleurs.

Telles sont, mon cher Général, les dispositions que j'ai cru devoir prendre et que la reconnaissance que je fis cette nuit m'a démontré être les seules praticables, le fort ne l'étant d'aucun côté, si ce n'est l'escarpement du côté en {p.498} face de Donnas et proche la Dora. Vous jugerez cependant, par le rapport ci-joint, de la possibilité ou impossibilité de le tenter; au surplus, nous en conférerons ce soir chez le général en chef.

Salut et amitié.

LOISON.

P. S. – Il y a un officier général de tranchée tous les quarante-huit heures et un officier supérieur. Je n'ai point encore reçu les rapports journaliers, le service n'ayant commencé qu'hier.

Rapport de la reconnaissance du fort de Bard depuis la haute jusqu'à la basse Dora du côté de la ville, faite dans la nuit du 3 au 4 prairial an 8.

Arnaz, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Toute la partie du fort, comprise entre la haute Dora et la porte d'entrée, présente un escarpement qui, d'après tous les rapports et autant que l'obscurité de la nuit a pu permettre de le distinguer, présente, dis-je, un escarpement plutôt surplombé que perpendiculaire et d'une hauteur moyenne d'environ 36 pieds outre le mur crénelé qui le couronne et qu'on évalue à 20 pieds.

Depuis la porte du fort jusqu'à la basse Dora, l'escarpement est encore plus considérable et a paru aussi peu accessible; du moins on a essayé d'y grimper en plusieurs endroits, sans pouvoir en venir à bout.

La pointe du fort présente un escarpement moins considérable, mais est défendue par trois ouvrages détachés et en étage. Pour arriver au premier de ces ouvrages, on ne pourrait développer que très peu de force. Quant aux deuxième et troisième ouvrages, l'escarpement y devient encore plus raide. On doit ajouter à la défense de ce côté l'enceinte principale, qui plonge dans tous les ouvrages dont on vient de parler.

Le capitaine du génie,

BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Citoyen Consul,

J'ai été reconnaître le fort du côté de Donnas, en passant avec mon cheval par le nouveau chemin que j'ai fait faire et {p.499} par lequel on peut passer notre artillerie, en la démontant comme au Saint-Bernard. Le fort m'a paru bien défendu de ce cote.

De là j'ai été à Ivrée (24). La ville est fermée d'un fossé et d'un rempart; la citadelle, située sur une hauteur, défend le pont de la Dora. L'ennemi était occupé à mettre cette citadelle {p.500} en état de défense. Toutes les embrasures sont nouvellement refaites et il y a dans la citadelle beaucoup de fascines et de gabions.

J'y ai vu 13 pièces de fonte sur de bons affûts; ces pièces sont du calibre de 17 à l'exception de quatre longues de 4. Il y a beaucoup de caisses de gargousses et une assez grande quantité de poudre et beaucoup d'attirails propres à l'artillerie.

Cette citadelle, dans son état actuel, sera en état de défense lorsqu'il y aura des vivres. Si mon avant-garde fût arrivée à Ivrée un jour plus tard, l'ennemi l'occupait en force et il nous eût été impossible de nous en emparer sans un siège. Aussitôt mon retour ici, j'ai ordonné au général Marmont et au général Marescot d'envoyer des officiers de leurs armes pour être employés dans le fort et y mettre tout en ordre. J'ai ordonné au général (25) de le faire approvisionner en vivres, ce qui doit être très difficile.

Le général Lannes et la division Boudet sont dans la position suivante: l'avant-garde est en avant du pont d'Ivrée et occupe les hauteurs, la droite à Fiorano, la gauche sur la Dora; la division Boudet est en potence sur la rive gauche sur la route de Verceil.

D'après tous les renseignements que le général Lannes a pu se procurer, les généraux Haddick et de Briey sont sur les hauteurs de Mersenasco, à 2 lieues d'Ivrée, avec 5,000 hommes d'infanterie et 3,000 de cavalerie où, dit-on, ils attendent des renforts. D'après tous les rapports, il n'y a aucunes forces du côté de Segne in de Novarre. J'ai ordonné au général Lannes de bien surveiller cette partie et de bien s'assurer que l'ennemi ne fait aucun mouvement sur sa gauche.

Il paraît certain que Gênes n'est pas rendu. On dit dans le pays le général Turreau près de Rivoli, mais nous n'en avons pas de nouvelles.

Le fort de Bard me paraît devoir tenir longtemps; je pense qu'on doit en faire le blocus et faire démonter notre artillerie pour la faire passer par la montagne. Le chemin que j'ai fait faire n'est que d'une heure et demie pour monter et d'une {p.501} heure pour descendre; il est donc possible d'y passer notre artillerie.

Le château de Bard est un obstacle bien contrariant pour nos opérations.

Les munitions que nous consommons sont perdues par le peu de mal que nous lui faisons. Une attaque de vive force me paraît douteuse dans sa réussite. Si, d'après de nouvelles reconnaissances que je fais faire, cette attaque présente une probabilité de réussite, je l'ordonnerai après-demain à la pointe du jour.

Cette nuit, pour la troisième fois, on va tenter de faire passer des pièces sous le canon du fort; mais c'est une opération qui présente toujours de grandes difficultés.

Aussitôt que le général Chabran sera arrivé avec ses troupes, je lui ferai former le blocus de Bard; je me rendrai à Ivrée avec la division Loison, que je ferai suivre de toutes les troupes, à mesure qu'elles arriveront.

Je regarde le passage de Bard comme un obstacle de montagne; c'est un obstacle à vaincre et dont on viendra à bout avec de la peine et beaucoup d'activité.

Demain matin, je vous écrirai plus en détail sur ma position.

Je désirerais connaître quelles sont vos intentions d'après les nouvelles que vous pourrez avoir; marcherai-je par ma droite pour me réunir à Turreau, ou par ma gauche pour faire ma jonction avec Moncey? Tant que le château de Bard tiendra, nous aurons bien peu de ressources en artillerie et en munitions; il faudrait donc nous rapprocher d'autres débouchés pour recevoir de l'artillerie, soit par le Gothard, soit par Suze.

Le moyen que je préfère serait d'attaquer l'ennemi et de lui en prendre.

Il est bien certain que, sans le château de Bard, nous détruisions l'ennemi sans peine.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER. {p.502}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Verrès, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

La citadelle d'Ivrée nous offre beaucoup de ressources en artillerie et en munitions. Donnez l'ordre au général Marescot d'envoyer deux officiers du génie, dont un officier supérieur, pour mettre la citadelle en état de défense.

Ordonnez que le commissaire ordonnateur, que l'ordonnateur en chef doit envoyer pour le service du quartier général, continue sa route pour Ivrée, fasse préparer les subsistances pour toutes les troupes qui vont arriver et fasse approvisionner la citadelle pour un mois pour 400 hommes.

Ordonnez au général Marmont (26) de faire partir un officier supérieur d'artillerie et les officiers, artilleurs et ouvriers qu'il jugera nécessaires pour prendre possession de l'artillerie et des munitions qui se trouvent dans le fort.

II y a quatre pièces de 4 longues qu'il serait bien important d'atteler pour la division Lannes. Il faut sur-le-champ établir à la citadelle un atelier pour confectionner des cartouches; il y a de la poudre et sûrement on trouvera du plomb dans la ville.

Vous ferez sentir au général Marmont combien il est pressant de mettre de l'ordre dans la citadelle d'Ivrée et de bien connaître les ressources qu'elle peut nous procurer. Elles sont sans prix par les difficultés que nous éprouvons à Bard.

Il faudrait qu'il pût faire passer quelques chevaux, pour traîner les quatre pièces de 4 longues qui sont dans la citadelle d'Ivrée.

Alex. BERTHIER.

* * *

La légion italique est dirigée en flanc-garde à Gressoney, suivant les instructions données par le Premier Consul (27). {p.503}

« Il était essentiel d'empêcher en même temps l'armée autrichienne d'inquiéter l'armée française sur ses derrières: ce que la première aurait pu faire en tournant celle-ci par la vallée de la Sésia, où elle avait des corps de troupe assez considérables. En conséquence, la légion italique reçut ordre de se porter à Gressoney, petit bourg au haut de la vallée de Valla, pour observer l'ennemi. » (28) (Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier.)

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Donnez l'ordre à la légion italienne, qui arrive aujourd'hui, de se rendre à Gressoney, où elle doit arriver demain. Si elle croit pouvoir traîner son canon par ce chemin, elle le prendra; sans cela, elle le laissera au parc.

Ordonnez au général Lechi, après avoir pris possession de Gressoney, d'envoyer des détachements à Riva dans le Val-Sésia et d'autres sur Biella par Monte-Mousson. Il enverra des espions pour avoir des nouvelles de l'ennemi et il m'en fera passer; il s'arrangera pour vivre dans le pays.

Alex. BERTHIER.

« Ce corps (legion italique), aux ordres du général Lechi, partit de Saint-Vincent, village au-dessous de Châtillon, le 3 prairial, arriva le soir à Brusson, où les Autrichiens avaient poussé leurs patrouilles la veille. » ( Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier.) {p.504}

Lechi, général de brigade, commandant la légion italique, au général de division Dupont, chef de l'état-major général, à Verrès.

Brusson, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800), 10 heures du matin.

Je vous rends, mon Général, le rapport de mon arrivée à Brusson. Les chemins sont impraticables pour l'artillerie absolument; la cavalerie, quoique avec danger, elle passe.

Des patrouilles autrichiennes se sont montrées avant-hier dans ces environs, mais elles ont aussi replié vers la vallée de Sésia.

La pluie continuelle et la descente des eaux retardent quelque peu ma marche; mais je serai pourtant en état demain de vous rendre des rapports plus détaillés de Gressoney sur les mouvements de l'ennemi et sur les chemins.

Je vous prie, mon Général, à m'envoyer les mots d'ordre.

La pluie nous a abîmé les cartouches; il serait essentiel que vous ayez la bonté de nous en envoyer: le manque des gibernes en est la cause.

Salut et respect.

LECHI.

P. S. – A Gressoney, j'ai depuis hier un détachement de 30 hommes avec un officier.

Reconnaissance militaire du chemin de Saint-Vincent à Brusson.

Brusson, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Le chemin qui conduit du village de Saint-Vincent à Brusson est très praticable pour les voitures.

Depuis Saint-Vincent, passant par le hameau de Romillio, par le village de Moron jusqu'à Vamiguane, le chemin est assez beau et, avec peu de réparation, l'artillerie est susceptible d'y passer.

A Vamiguane, il y a deux chemins; on devra prendre celui qui se trouve à gauche dans le village; mais ce chemin, étant fort rapide et très étroit, demanderait un travail long et pénible. D'après le dire des guides et des gens du pays, le chemin de Challant est infiniment préférable et raccourcit de deux lieues; mais tous s'accordent à dire qu'ils ne sont, ni l'un ni l'autre, praticables pour les voitures.

De Saint-Vincent, pour arriver en haut de la montagne de Joux, il faut monter deux heures et demie. Il y a des parties où le chemin est fort beau et d'autres où il est presque impraticable. Cependant, la cavalerie ainsi que l'infanterie peuvent y passer fort aisément. {p.505}

Quant au chemin pour descendre, il est fort désagréable, et, dans plusieurs endroits, ce n'est qu'un torrent, un petit sentier, ou il n'est pas frayé.

Je pars dans l'instant pour Gressoney; il y a trois heures d'ici.

LAPIE.

Le rapport du citoyen Lapie renferme quelques contradictions, puisque, après avoir dit que le chemin de Saint-Vincent à Brusson est praticable pour les voitures, il convient, en donnant les détails de cette route, qu'elle est impraticable pour le même objet dans quelques parties.

Il faut donc conclure qu'il n'y a pas moyen d'y conduire de l'artillerie, mais que ce sera un débouché pour l'infanterie et la cavalerie, préférable à tous égards à celui par lequel on a fait passer la cavalerie qui a été dirigée sur Saint-Martin.

Le Chef du bureau topographique,

BROSSIER.

La légion italique « prit position le lendemain (29) à Gressoney, d'où l'on communique à Varallo, dans la vallée de la Sésia et à Saint-Martin dans celle d'Aoste. » (Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier.)

* * *

Duroc, aide de camp, au général de division Chabran.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Citoyen Général,

Le Premier Consul désire que vous partiez aujourd'hui avec deux demi-brigades de votre division, pour vous rendre à Châtillon et aller demain devant le château de Bard, dont vous ferez le siège.

La 3e demi-brigade de votre division fournira un bataillon pour la garnison d'Aoste (30), un bataillon pour garder le défilé de Cogne, et un bataillon pour la garde du parc d'artillerie à Étroubles.

Le Premier Consul désirerait que vous emportassiez du pain pour quatre jours, si l'on peut vous le fournir ici (31).

Salut et considération.

DUROC, Premier aide de camp. {p.506}

Le Premier Consul, au général Moncey, lieutenant du général en chef.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

L'avant-garde, citoyen Général, s'est emparée hier d'Ivrée et de la citadelle; elle a fait 200 prisonniers (32).

Le 6, toute l'armée occupera tout le Piémont, depuis Ivrée à la Sésia.

Notre artillerie continue toujours à passer le Saint-Bernard. Le fort de Bard, fermant la vallée, nous présente de grandes difficultés pour le passage de notre artillerie.

Faites venir par le Saint-Gothard, et réunir à Altdorf, le plus de munitions de guerre que vous pourrez.

Attaquez le 7 ou le 8 (33) : portez-vous à Bellinzona, à Locarno et Lugano. Il est très possible que nous soyons le 8 ou le 9 (34) sur le Tessin.

Je vous salue.

BONAPARTE.

P. S. – Le général Bethencourt, avec la 44e, attaquera par le Simplon; il se portera à Domodossola. Mettez-vous en communication avec lui. Un corps de chasseurs de l'armée qui est aujourd'hui à Gressoney, sera le 6 à Riva, naissance du Val-Sésia, pour se mettre en communication avec le général Bethencourt (35).

Ordre du jour de l'aile gauche.

Le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Le général Moncey, lieutenant du général en chef de l'armée de réserve, commandant l'aile gauche, a établi ses divisions de la manière suivante (36) :

1re Division.

Le général de division Lapoype.

Sous ses ordres, le général de brigade Chabert, chef de l'état-major de cette division. . . . .

Le commissaire des guerres Souvestre fils. {p.507}

Infanterie.

3 bataillons de la 1re légère;
2 de la 12e
2 de la 29e de ligne;
1 de la 91e
1 de la 101e
3 compagnies de grenadiers de la 44e.

Cavalerie.

12e régiment de chasseurs;
6e de dragons.

Artillerie.

Matériel deux pièces de 1livre. approvisionnées chacune de 120 coups,
dont 100 à boulets et 20 à balles.
deux de 4

Un obusier de 4 pouces 10 lignes, approvisionné de 80 coups à obus et 20 à balles.

Personnel. 1 officier;
2 sous-officiers;
44 canonniers ou caporaux de la 30 compagnie du 20 régiment à pied.

Observation. – Le matériel et personnel à Sueren.

2e Division.

Lorge, général de division.

Bonamy, général de brigade; ce dernier commandera la division jusqu'à l'arrivée du général Lorge.

Foy, adjudant général, chef de l'état-major.

Commissaire des guerres, Souvestre fils ; Cadet, adjoint-commissaire.

Infanterie.

3 bataillons de la 67e;
3 de la 1re de ligne;
1 de la 91e (celui qui tient garnison à Lucerne).

Cavalerie.

1er régiment de dragons;
22e de cavalerie.

Artillerie.

Deux pièces de 3 Approvisionnés comme la 1re division.
Deux de 4.
Un obusier de 4 pouces 10 lignes.
Personnel. 1 Muller, commandant;
2 sous-officiers.
44 canonniers ou caporaux de la 7e compagnie du 3e régiment à pied.

Matériel et personnel rendus à Sueren. {p.508}

Réserve de cavalerie.

25e régiment de cavalerie;
14e
15e

Le chef de brigade du 15e étant le plus ancien, il prendra le commandement de cette réserve.

Le chef de brigade d'artillerie Ferveu commande l'artillerie de l'aile gauche. Le chef de bataillon Picoteau est le chef d'état-major de l'artillerie de cette aile.

Le commissaire des guerres Picot-Belloc reste à Lucerne, où il est chargé de l'expédition de tout ce qui est nécessaire au corps d'armée, soit de Lucerne, par le lac, à Altdorf, soit d'Altdorf au corps d'armée.

Le commissaire des guerres Souvestre père remplira les fonctions d'ordonnateur de l'aile gauche de l'armée de réserve.

L'adjudant général Joseph-M.-A. Delort est chef d'état-major de l'aile gauche de ladite armée.

Afin de hâter l'expédition de tout ce qui est relatif au service, la hiérarchie militaire sera absolument observée dans les communications pour le service et dans les demandes de toute espèce. Les chefs de corps s'adresseront aux généraux de brigade, ceux-ci aux généraux de division qui les commandent et ces derniers au lieutenant, lorsqu'ils ne peuvent eux-mêmes satisfaire aux réclamations. Les commissaires des guerres correspondent avec l'ordonnateur et celui-ci avec le lieutenant. Les commandants des divisions d'artillerie avec le commandant en chef, ce dernier avec le lieutenant. Jusqu'au moment où une nouvelle organisation sera faite, le commandant de la réserve correspondra avec le lieutenant.

Les troupes sont prévenues que le général lieutenant s'occupe dans ce moment des moyens de faire distribuer à la troupe le peu d'argent qu'il a en caisse; tout ce qui s'y trouvera sera donné.

Les généraux de division, de brigade, commissaires des guerres et autres, se conformeront de suite au présent ordre du jour (37).

MONCEY.

(Livre d'ordres du général Moncey). {p.509}

Le Premier Consul, au général Bethencourt (38)
(Armée de réserve).

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Si vous avez 2,000 hommes sous vos ordres, citoyen Général, poussez, le 7, les avant-postes ennemis, et portez-vous sur Domodossola (39).

1500 hommes occupent aujourd'hui Gressoney. Ils seront rendus le 6 à Riva (40). Vous pouvez de suite vous mettre en communication avec ce corps.

Faites filer avec vous 2 ou 300,000 cartouches, et faites-vous accompagner de deux ou trois pièces de 4. {p.510}

Le général Moncey passe, le 8, le Saint-Gothard pour se porter à Bellinzona, Locarno et Lugano; mettez-vous en communication avec lui (41).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au général Berthier, commandant en chef l'armée de réserve.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

J'écris au général Moncey pour qu'il passe, le 7, le Saint-Gothard, et se porte sur Lugano et Locarno.

J'écris au général Bethencourt pour qu'il passe le Simplon le même jour.

Le général Chabran part pour se rendre aujourd'hui à Châtillon. Avec deux de ses demi-brigades, il cernera le fort, s'il n'est pas pris. Il laissera de la troisième un bataillon pour la garnison d'Aoste; un autre, à Étroubles, pour le parc; le troisième, à Villeneuve, pour garder le débouché de Cogne.

La brigade de cavalerie du général Champeaux, qui était hier à Châtillon, passe aujourd'hui pour se rendre dans le Piémont. Les deux brigades de dragons et de grosse cavalerie couchent aujourd'hui entre Bard et Châtillon. Donnez l'ordre pour qu'elles passent demain dans le Piémont.

Les 1500 hommes de cavalerie qui étaient en arrière couchent aujourd'hui à Saint-Pierre; ainsi elle ne pourra être que le 8 ou le 9 à Ivrée.

La 19e légère sera demain 5 à Aoste; elle joindra à grandes journées le général Monnier: ainsi elle pourra être le 7 à Ivrée.

Le général Monnier, avec la 70e, couche aujourd'hui entre Verrès et Châtillon, et prendra position, demain, entre Ivrée et Saint-Martin.

Le général Chambarlhac couche ce soir à Aoste avec toute sa division; ainsi il pourra être le 6 au soir, si cela est nécessaire, à Ivrée.

Ainsi, le 6 et le 7, toute votre armée sera réunie à Ivrée.

La grande difficulté sera l'artillerie. Les gens de Bard même m'assurent que l'on devrait pouvoir pratiquer un {p.511} chemin entre Bard et la ville, en travaillant à ce chemin de nuit; on pourrait également faire passer l'artillerie de nuit.

L'artillerie commence à filer. Vous devez avoir un bon nombre de pièces de tout calibre près de Bard.

Ne pourrait-on pas canonner trois ou quatre heures avec un grand nombre de pièces et escalader la première enceinte, ou bien l'escalader de nuit, en faisant un grand nombre de fausses attaques? Provisoirement, faites filer toutes vos pièces sur affûts-traîneaux.

Je vous salue.

Il faut que vous employiez vos lieutenants généraux, puisque ce sont vos meilleurs généraux de division. Ils sont aujourd'hui sans considération et sans pouvoir rien faire. Victor pourrait commander Chambarlhac et Monnier, ce qui, en réalité, ne forme qu'une grosse division, et Duhesme, Boudet et Loison (42).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, aux Consuls de la République.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Vous trouverez ci-joint, citoyens Consuls, le Bulletin de l'Armée de réserve. Vous pouvez le publier dans le Journal officiel.

Les événements vont se succéder avec rapidité. J'espère dans quinze jours être de retour à Paris. Au reste, recevez mes félicitations sur la tranquillité de Paris (43).

BONAPARTE.

Bulletin de l'armée de réserve (44).

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Le 26 floréal, l'avant-garde, commandée par le général Lannes, a passé le Saint-Bernard et s'est portée sur Aoste (45). Un bataillon hongrois a voulu défendre l'entrée de la ville; il a été culbuté et a eu quelques hommes tués. {p.512}

Le 27, le général Lannes s'est mis en marche et s'est porté à Châtillon (46) L'ennemi a voulu défendre le passage d'un pont et l'issue d'une gorge extrêmement étroite; il a été culbuté par les grenadiers, qui ont fait 300 prisonniers et tué une centaine d'hommes. On a pris deux pièces de canon de 3 et quatre caissons chargés de munitions.

L'armée a passé le Saint-Bernard dans les journées des 27, 28, 29 et 30.

Le 26, la division du général Chabran a passé le Petit-Saint-Bernard.

La grande difficulté était pour le passage de l'artillerie. Le Saint-Bernard était couvert de neige et la montée extrêmement rapide. Le général Marmont, commandant l'artillerie, a employé deux moyens.

Le premier, un simple arbre qu'on a creusé en forme d'auge, dans laquelle on a couché les pièces de 8 et les obusiers; 100 hommes s'attelaient à un câble, traînaient la pièce et mettaient deux jours pour lui faire passer le Saint-Bernard.

Le second moyen était des traîneaux sur roulettes, que le chef de brigade Gassendi avait fait faire à Auxonne.

Les affûts ont été démontés et portés pièce par pièce, hormis les affûts des pièces de 4, que dix hommes portaient sur des brancards. On a été obligé de décharger les caissons, de les faire passer à vide, en mettant les munitions dans des caisses que portaient des hommes ou des mulets.

La 24e légère, la 43e et la 96e de ligne ont passé le 1er prairial. Elles ont mis deux jours à effectuer leur passage, n'ayant pas voulu abandonner leur artillerie et ayant préféré bivouaquer dans la neige et en ordre. Dans les pas les plus difficiles, les troupes s'encourageaient en battant la charge, spectacle imposant s'il en fut jamais.

Le Premier Consul est descendu du haut du Saint-Bernard, en se ramassant sur la neige, traversant des précipices et glissant par-dessus des torrents.

Le 28, le général en chef Berthier a cerné le château de Bard, s'est emparé des hauteurs d'Albard qui le dominent et a fait sommer le commandant, qui a refusé de se rendre (47).

Le 2 prairial, il s'est emparé de toute la partie basse du château. Quatre compagnies de grenadiers y ont pénétré la nuit et ont baissé les ponts-levis.

L'ennemi s'est retiré dans le donjon et une autre enceinte, qu'il a pratiquée sur le rocher de Bard.

Le 2 prairial, l'avant-garde a rencontré l'ennemi, qui défendait le débouché de la gorge, du côté de Saint-Martin (48), l'a repoussé et a fait 50 prisonniers.

Le même jour, le général en chef Berthier, ayant fait avancer la division Boudet pour soutenir l'avant-garde, lui donna ordre de s'emparer d'Ivrée.

L'ennemi avait une garnison dans la citadelle et paraissait vouloir défendre la ville; il avait trop peu de monde pour pouvoir résister. Le général Lannes {p.513} s'y est porté le 3 prairial (49), l'a fait escalader et s'est emparé de la ville et de la citadelle, où l'on a trouvé dix pièces de canon ; il a poursuivi l'ennemi, qui a fait sa retraite sur Turin; il lui a fait 400 prisonniers. Nous n'avons eu, dans ces différentes affaires, que 7 hommes tués et 25 blessés.

On disait, le 4 prairial, au quartier général du Premier Consul, à Aoste, que Masséna avait fait, depuis peu, une sortie qui avait parfaitement réussi (50).

Le Premier Consul, aux Consuls.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

J'ai reçu, citoyens Consuls, vos courriers des 26, 27, 28 et 29. Vous verrez, par le Bulletin de l'Armée, où nous en sommes.

Un courrier que je reçois de Nice et les nouvelles qui me viennent d'Ivrée m'annoncent que, le 29 floréal, Mélas était à Nice, ne se doutant de rien. Sa confiance était fondée sur ce qu'il savait qu'il n'y avait point de troupes depuis Lyon jusqu'au Mont-Cenis, et que le camp de Briançon était très faible. Il avait cependant, par précaution, placé 3,000 hommes de cavalerie aux débouchés de Briançon. On m'assure qu'il était arrivé hier en toute diligence à Turin (51).

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au général en chef Bernadotte
(armée de l'ouest).

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

. . . . .

L'ennemi ne s'attendait pas au mouvement que nous avons fait par le Saint-Bernard. Il était rassuré par la faiblesse de nos postes du côté de Briançon et du Mont-Cenis; c'est par là qu'il s'attendait à une diversion. Jusqu'à hier, où nous nous sommes emparés d'Ivrée, il ne croyait pas que nous fussions plus de 4 à 5,000 hommes. Nous avons eu beaucoup de peine à traîner notre artillerie à travers le Saint-Bernard.

Voici la position de l'ennemi au 28 floréal:

20,000 hommes devant Gênes, 15,000 à Nice et dans la Rivière, 6,000 depuis Pignerol jusqu'à Suze, 3,000 dans la vallée d'Aoste, 10,000 dans la Lombardie et ses garnisons. Sa cavalerie était une partie à Turin et une partie dans le Tortonais.

Mille choses aimables à Mme Bernadotte si elle est à Brest.

Je vous salue (52).

BONAPARTE. {p.514}

Le Premier Consul, au général Brune, à Dijon.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Vous trouverez ci-joint, citoyen Général, le Bulletin de l'Armée.

L'ennemi paraît très étonné de notre mouvement; il ne sait où il en est; il y croit encore à peine. Vous pourrez en juger; voici la situation de l'ennemi au 28 floréal (53) : 12,000 hommes à Nice, 6,000 hommes sur Savone et dans la rivière de Gênes, 25,000 hommes devant Gênes, 8,000 à Suze, Pignerol, etc., 3,000 dans la vallée d'Aoste, 8,000 vis-à-vis le Simplon et le Saint-Gothard, tout cela, infanterie; 2 régiments de hussards à Gênes et à Nice, 4 régiments près de Turin; le reste, cantonné du côté d'Acqui et dans l'intérieur de la Lombardie.

Il est resté dans cette position jusqu'au moment où nous sommes arrivés à Ivrée.

Les 3,000 hommes qui étaient dans la vallée ont été battus et éparpillés. Tout le corps qui était du côté de Suze et de Pignerol s'est porté entre Turin et Ivrée.

Nice doit probablement être évacué à l'heure qu'il est. On m'écrit même d'Ivrée que Mélas doit être arrivé à Turin; mais cela n'est pas sûr.

Le 6 ou le 7, je compte avoir à Ivrée toute l'armée réunie, formant à peu près 33,000 hommes. Je serai maître de tout le pays depuis la Dora-Baltea jusqu'à la Sésia.

Le même jour, Moncey passera le Saint-Gothard avec 15,000 hommes.

Suchet et Masséna, qui sont prévenus du mouvement, suivront l'ennemi quand ils le verront s'affaiblir devant eux.

Le château et la ville d'Ivrée sont à nous, ainsi que le bas fort de Bard. Le capitaine hongrois, avec 400 croates, s'est retiré dans un donjon, où il y a une douzaine de pièces de canon qui défendent le chemin; nous allons le canonner.

Si nous avons des succès, ils ne seront qu'un commencement. Vous allez vous organiser un bon corps d'armée, avec lequel, dans le commencement de juillet, vous aurez un beau rôle à remplir.

Occupez-vous sans relâche à armer et à habiller les conscrits qui vous arrivent. L'ordonnateur de l'armée vient de recevoir un million de Paris. Je lui ordonne de vous envoyer 400,000 francs, pour niveler la solde et vous procurer un surcroît d'armement et d'habillement auquel, cependant, le Ministre de la guerre doit avoir pourvu.

Vous allez vous trouver commander l'armée de réserve, dès l'instant que celle-ci aura fait sa jonction avec l'armée d'Italie (54).

BONAPARTE. {p.515}

Le Premier Consul, au général Saint-Hilaire.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Le général Lannes, commandant l'avant-garde de l'armée de réserve, a battu l'ennemi le 3 et s'est emparé de vive force de la ville et de la citadelle d'Ivrée. Il a fait 300 prisonniers (55). L'armée a entièrement passé le Saint-Bernard et file à grandes journées en Italie.

Le général Moncey passera demain le Saint-Gothard.

A l'heure qu'il est, l'ennemi doit avoir évacué Nice et levé le blocus de Gênes. Faites part de ces nouvelles au général Suchet, qui déjà, je me l'imagine, doit être à la poursuite de l'ennemi.

BONAPARTE.

Le Premier Consul, au citoyen Joseph Bonaparte.

Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

Je te prie de donner 30,000 francs à ma femme.

Les plus grands obstacles sont franchis : nous sommes maîtres d'Ivrée et de la citadelle, où nous avons trouvé 10 pièces de canon. Nous sommes tombés ici comme la foudre; l'ennemi ne s'y attendait nullement et veut à peine le croire.

De très grands événements vont avoir lieu; les résultats en seront grands, je l'espère, pour le bonheur et la gloire de la République.

Mille choses à Julie (56).

BONAPARTE (57).

* * *

Ordre du jour de l'armée.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Le général en chef éprouve le plus vif mécontentement de ce que, à la suite des braves corps qui composent l'armée, il se trouve quelques hommes qui se livrent au pillage et à tous les excès, et réduisent les habitants au désespoir. Ces individus sont indignes du nom de soldat français et compromettent l'honneur national et le succès de nos armées. Ce désordre doit être réprimé sur-lechamp.

En conséquence, le général en chef ordonne que les généraux de division établissent des commissions militaires, pour juger tous les délits qui pourraient avoir lieu, et que les coupables soient punis de mort.

Ces commissions, que les généraux de division pourront renouveler lorsqu'ils le jugeront à propos, seront composées d'un chef de brigade ou de bataillon, {p.516} d'un capitaine, d'un lieutenant, d'un sous-lieutenant et d'un sergent-major ou sergent.

Il sera rendu compte à l'état-major des jugements prononcés par les commissions militaires.

Le présent ordre du jour sera lu à la tête de chaque compagnie.

Le Général de division, chef de l'état-major général,

DUPONT.

Le chef de l'état-major général de l'artillerie, au citoyen Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

J'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen Général, que les dispositions dont vous parlez au général Marmont dans votre lettre d'hier (58), relativement à l'envoi à Ivrée d'un officier supérieur d'artillerie et de troupes d'artillerie nécessaires pour mettre en ordre celle de cette place, avaient été faites par le général Marmont. En conséquence, le citoyen Baltus, chef de bataillon, et le détachement de troupes d'artillerie cisalpines que vous aviez envoyé au parc, ont reçu ordre de se rendre à Ivrée.

Dès que l'inventaire des bouches à feu et des objets d'artillerie qui s'y trouvent aura été terminé, j'aurai l'honneur de vous en adresser une copie.

Le citoyen Baltus a ordre de s'occuper de suite de la formation de l'équipage de quatre pièces de campagne de 4, longues.

Salut et respect.

SÉNARMONT.

Le chef de l'état-major général de l'artillerie, au citoyen Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

J'ai déjà eu l'honneur de m'adresser plusieurs fois à vous, citoyen Général, pour prier d'ordonner l'envoi au parc du siège de 4 compagnies d'infanterie pour faire la garde des escortes de ce parc et soulager l'artillerie dans ses travaux.

Cette demande, motivée sur l'extrême pénurie où nous nous trouvons d'hommes, qui est telle que, depuis quatre jours, les sergents de plusieurs batteries n'ont pas été relevés, n'a encore eu aucun effet.

Je vous prie, mon Général, de vouloir bien ordonner définitivement l'envoi de ces troupes. Il est nécessaire qu'on puisse compter dessus pour l'exécution de ces travaux, et qu'elles soient commandées par un officier intelligent et ferme.

Je vous prie de vouloir bien les adresser au chef de bataillon Pernety, qui commande ce parc.

Salut et respect.

SÉNARMONT. {p.517}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes (59).

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Vous devez recevoir ce matin, citoyen Général, deux pièces de 4 et un caisson. J'espère que cette nuit je ferai filer tout le reste de l'artillerie.

Dans la journée du 5, du 6 et du 7, toute l'infanterie et la cavalerie seront réunies à Ivrée. {p.518}

L'objet qui doit vous occuper essentiellement est de faire approvisionner la citadelle et la mettre en état de défense et y jeter un bataillon, si, ce qui n'est pas à supposer, l'ennemi nous attaquait en forces assez supérieures pour nous forcer à passer la Dora.

Continuez à vous bien éclairer du côté de Verceil et de Novare. J'espère arriver ce soir ou demain matin, après avoir fait toutes les dispositions pour la réunion de l'armée à Ivrée.

J'ai ordonné au général Vignolle de se rendre à Ivrée pour prendre le commandement et y remplacer le général Dupont jusqu'à notre arrivée. J'ai ordonné également que l'on vous fasse passer un officier supérieur d'artillerie et un du génie. Un commissaire et un administrateur des vivres se rendent également à Ivrée. Nous serons bientôt en mesure d'attaquer l'ennemi.

Le général Moncey a l'ordre de passer le 7 le Saint-Gothard et de se porter sur Lugano et Locarno (60).

Le général Béthencourt doit également passer le même jour le Simplon (60).

Expédiez-moi plusieurs fois par jour de vos nouvelles.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Nous avons fait passer cette nuit sous le feu de la place deux pièces de 4 et un caisson, sans avoir eu de blessés, ce qui prouve que nous pouvons y passer de l'artillerie avec de l'audace.

L'ennemi nous a démonté deux pièces de 8. Cette nuit, on prendra toutes les mesures nécessaires pour passer les pièces de 8 et les obusiers qui nous restent. Je ne laisserai en batterie que la pièce de 12 et les pièces de 4 qui sont sur la montagne.

Du moment que la division Chambarlhac sera arrivée à {p.519}

Ivrée, nous pourrons attaquer l'ennemi partout où il sera et les moments sont bien précieux.

Je vous attends. Je désirerais partir avec la division Loison le jour où le général Chabran arrivera et j'espère que ce sera aujourd'hui.

Je vous envoie une lettre interceptée; vous y reconnaîtrez la jactance des Autrichiens (61).

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER.

Le rapport du 28 mai de Berthier au Premier Consul, sur « les premières opérations de l'armée de réserve ». rapport qui. raturé et corrigé de la main du Premier Consul (62), fut envoyé à Paris et publié dans le Moniteur du 15 prairial, présente le passage de l'artillerie sous un jour un peu différent de la réalité et diminue le mérite de cette audacieuse opération, en passant sous silence les difficultés et les hésitations qui l'ont précédée et les pertes qui en ont été le résultat.

Voici le texte laissé par le Premier Consul:

« Nous étions maîtres de la ville de Bard, mais le chemin, situé au-dessous du fort, était exposé à un feu continuel de mousqueterie et d'artillerie qui interceptait toute espèce de communication.

L'avant-garde était déjà à la vue de l'ennemi, elle avait besoin de canons. Les délais qu'eût entraînés leur passage sur la montagne d'Albard présentaient de graves inconvénients (63). Des braves sont aussitôt commandés pour traîner de nuit les pièces d'artillerie à travers la ville, sous le feu du château. Cet ordre a été exécuté avec enthousiasme (64). {p.520}

Tant de dévouement (65) a été couronné de succès. Toutes les pièces ont passé successivement et, malgré la grêle de balles que l'ennemi faisait pleuvoir, nous n'avons eu que peu de blessés (66).

Le général Marmont, commandant l'artillerie, était partout; son zèle et ses talents n'ont pas peu contribué au succès de cette opération, aussi importante que difficile. »

Le 28 mai, dans une lettre au Ministre de la guerre, Dupont donne quelques détails sur l'opération:

« La ville de Bard ayant été prise, ainsi que je vous en ai rendu compte, l'artillerie a filé par le chemin qui la traverse, quoiqu'il soit soumis au feu du château. On a profité de la nuit et peu d'hommes ont été blessés dans ce passage.

Il y a eu plusieurs traits d'un grand courage. Un obus tombe sous un caisson de munitions de guerre, un soldat coupe la fusée d'un coup de sabre et empêche ainsi l'obus d'éclater. L'explosion d'une bombe écarte une partie de l'escorte d'une pièce de canon; trois hommes, dont deux conscrits, restent près d'elle et rallient leurs camarades. J'ai demandé le nom de ces braves. . . . . »

Le Journal de la campagne de l'armée de réserve glisse habilement sur l'insuccès des premiers passages et peut laisser croire que l'opération a de suite parfaitement réussi:

1er prairial et nuits suivantes. – Passage de l'artillerie sous les batteries du fort de Bard. – Depuis le 1er prairial, époque de l'occupation de la ville de Bard, toutes les nuits ont été employées au passage de l'artillerie. La rue était couverte de fumier, les pièces étaient traînées à la prolonge par des soldats et les roues étaient garnies de paille ainsi que les ferrures pour éviter d'être entendues de la place. L'ennemi ne cessait de lancer des obus, des grenades et des {p.521} pots à feu et cependant il n'y eut que peu d'hommes tués et blessés parce qu'on marchait avec prudence, dans un silence profond et en épiant toujours le moment favorable (67).

D'ailleurs, on ne faisait passer chaque nuit qu'un petit nombre de pièces qui, se portant successivement sur Ivrée, arrivaient à propos pour soutenir les opérations de l'avant-garde.

Pendant le même temps, les divisions. qui composent l'armée défilaient jour et nuit par le chemin d'Albard, sous le feu de la place.

La Revue militaire autrichienne donne aussi un récit du passage, sans en préciser la date, et sans parler de la tentative malheureuse de la première nuit:

. . . . . Toute la route, jusqu'au delà de la portée du feu de la place, fut recouverte de fumier, et les roues des canons et des caissons furent garnies de paille. Des cordes de trait furent attachées à tous les canons et caissons et 50 volontaires furent désignés pour traîner chacun d'eux.

Le commandant du fort, qui avait été déjà sommé quatre fois de se rendre, comprit très bien l'embarras de l'ennemi et demeura aussi vigilant que les Français étaient prudents. Il supposa que l'ennemi recourait à son dernier moyen. C'est pourquoi, après la tombée de la nuit, il fit lancer des fusées dans le village, afin d'observer les mouvements de l'ennemi. Cette vigilance augmenta l'embarras de Berthier, qui, finalement, malgré tous les dangers, ordonna au parc de se mettre en mouvement.

A peine la marche était-elle commencée que les boulets et les boîtes à mitraille, lancés par les batteries, commencèrent à pleuvoir sur le convoi. Afin d'augmenter le danger, Bernkopf fit lancer sur la route des pots de feu et des grenades à main, et fit entretenir une vive fusillade. Des caissons de poudre firent explosion et augmentèrent le désordre.

Mais le succès de cette entreprise pouvait seule assurer la marche en avant de l'armée de réserve. Les Français le sentaient bien; aussi les volontaires, résolus à tout, ne se laissèrent point décourager. En faisant des efforts surhumains et s'aidant à tour de rôle, ils atteignirent enfin le but désiré.

Pendant plusieurs nuits consécutives, des convois analogues passèrent sous le fort. Tout le reste des troupes et les chevaux avaient déjà précédemment été conduits à Ivrée par la montagne d'Albard. . . . . (68). {p.522}

En réalité, le passage, après avoir échoué les deux premières nuits, réussit pour deux pièces à la troisième tentative.

Les nuits suivantes on parvient probablement à passer les pièces de 8 et les obusiers, pendant que les pièces légères prennent, semble-t-il, le sentier d'Albard (69).

Ainsi l'armée va passer tout entière au delà de Bard et se concentrer à Ivrée, après avoir tenté de prendre le fort d'assaut.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major général.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Ordonnez que la pièce de 12 et les trois petites pièces qui sont sur la montagne continuent à battre le fort.

Le général Chabran arrive aujourd'hui avec deux demi-brigades. Vous lui ferez sur-le-champ relever la division Loison devant Bard, dont il restera chargé du blocus et du siège.

Sa 3e demi-brigade fournira un bataillon pour la garnison d'Aoste, un pour garder le défilé de Cogne et un bataillon pour la garde du parc d'artillerie à Étroubles.

La division Loison partira aussitôt qu'elle sera relevée, pour se rendre à Ivrée.

Le chef de brigade Dufour, avec le nombre d'hommes d'élite nécessaire, sera chargé de passer cette nuit les obusiers, les pièces de 8 et leurs caissons. Ce passage doit s'effectuer, telle disposition que l'ennemi fasse pour l'empêcher; s'il y a des hommes tués ou blessés, ils seront sur-le-champ {p.523} remplacés sans que cela arrête le passage des pièces. Les adjudants généraux Lacroix et Pannetier avec leurs adjoints surveilleront ce passage important. On peut, dans la journée, faire passer les chevaux de ces pièces.

Ordonnez au général Lechi de descendre à Fontana-Mora avec une partie de ses troupes (70).

Donnez l'ordre au général Victor de prendre le commandement des divisions Chambarlhac et Monnier; vous lui adresserez les ordres relatifs aux mouvements de ces divisions, du moment qu'elles seront réunies (71).

Donnez l'ordre au général Duhesme de prendre le commandement des divisions Loison et Boudet; vous lui adresserez les ordres pour les mouvements de ces deux divisions, aussitôt qu'elles seront réunies à Ivrée. Ordonnez-lui de se rendre sur-le-champ à Ivrée.

Prévenez les généraux Chambarlhac et Monnier qu'ils sont aux ordres du lieutenant général Victor.

Prévenez le général Loison et le général Boudet qu'ils sont aux ordres du lieutenant général Duhesme.

Toute la cavalerie est aux ordres du général Murat, comme lieutenant général (72).

L'avant-garde est commandée par le lieutenant général Lannes, qui aura à ses ordres la division Watrin, composée des quatre demi-brigades qui sont à l'avant-garde et de deux régiments de cavalerie. Vous en préviendrez le général Watrin (73). Il y aura à l'avant-garde deux commissaires des guerres: un pour l'infanterie, un pour les troupes à cheval.

Ordonnez au général Murat de faire filer sur Ivrée toutes les troupes à cheval, à mesure qu'elles arriveront à Aoste. {p.524} Donnez également des ordres pour que toutes les troupes d'infanterie destinées pour l'armée filent à grandes journées pour nous rejoindre.

Il faut que toutes les troupes prennent, soit en passant à Aoste, soit en passant à Bard, 90 coups par homme, dont elles déposeront la moitié à Ivrée pour former un petit magasin, ce qui suppléera à nos manques de transport.

Donnez l'ordre au général de brigade Vignolle de se rendre sur-le-champ à Ivrée pour prendre le commandement provisoire de la place et de la province et vous y suppléer dans les fonctions de chef d'état-major de l'armée, y diriger le placement des troupes et donner des ordres pour assurer les subsistances.

Envoyez sur-le-champ faire le logement du quartier général à Ivrée; les deux premières maisons seront destinées, l'une pour le Premier Consul, l'autre pour moi.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

J'ai donné l'ordre pour que la division Loison prenne ici aujourd'hui une demi-ration de pain et 4 onces de riz. Ordonnez que pour demain elle prenne une demi-distribution en biscuit et en riz, et sa viande. Ordonnez que pour demain on donne à la brigade de dragons une demi-ration de pain et de riz, ce qui fera environ 400 rations.

Toutes ces rations distribuées, il devra nous rester en magasin 5 à 6,000 rations, tant biscuit que riz, qui suffiront pour l'artillerie et les sapeurs et subviendront aux besoins imprévus.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

J'ai ordonné hier au général Marescot et au général Loison de reconnaître la manière d'attaquer de vive force le château de Bard.

J'ordonne que toutes les dispositions soient faites pour l'escalade de cette place. {p.525}

Le général Loison est chargé de cette attaque.

Les carabiniers et 300 hommes de la 13e légère, qui auront à leur tête un officier brave et intelligent et un officier du génie avec 15 sapeurs munis de haches, se tiendront réunis à Donnas et prêts à partir au premier ordre pour escalader les murs de la première enceinte du fort, du côté de Donnas. Du moment qu'ils auront escaladé ces murs, une partie cherchera à gagner la porte du fort par la droite et l'autre tournera les rochers par la gauche. Le commandant de cette colonne et l'officier du génie rassembleront sur-le-champ toutes les échelles qu'ils pourront trouver à Donnas, et il y en a beaucoup.

Le chef de brigade Dufour avec trois compagnies de grenadiers de la 58e et les trois compagnies de la 60e se tiendra prêt, pour, au premier ordre, se jeter sur la porte du fort, briser les barrières, escalader le premier mur, gravir le rocher qui domine la porte, en même temps abattre le pont-levis, enfoncer les portes, et de là se jeter dans la batterie basse, dans laquelle on se trouvera pouvoir entrer par derrière, et la batterie haute dans laquelle on peut entrer et par les embrasures et en la tournant par la gauche.

Le général Loison ordonnera aux trois compagnies qui sont à la droite de la Dora de se tenir prêtes à faire une fausse attaque sur la rive droite de la Dora, menaçant de la passer pour attirer de ce côté l'attention de l'ennemi.

Le général Marescot désignera un officier du génie et 15 hommes armés de haches, de pinces, etc., pour marcher à la tête des grenadiers qui sont aux ordres du chef de brigade Dufour.

Le général Loison chargera le général Gobert de la direction de l'attaque de toute la partie de la haute et basse ville; il ordonnera les diversions qu'il jugera nécessaires pour détourner l'attention de l'ennemi du véritable point d'attaque qui est la porte du fort.

Prévenez le général Loison qu'il ne perde pas un instant pour faire tout préparer. J'attends l'arrivée du Consul pour lui faire connaître l'heure de l'attaque (74).

Alex. BERTHIER. {p.526}

Le 25 mai, dans l'après-midi, le Premier Consul quitte Aoste, où il avait passé quatre jours, et arrive à Verrès à 4 heures du soir.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Donnez l'ordre au général Loison que la colonne de Donnas attaque et escalade les retranchements, c'est-à-dire la première enceinte blanche où il y a un corps de garde, à 2 h. 1/2 du matin, demain 6.

Aussitôt que cette attaque sera commencée et que la fusillade sera engagée par la colonne de Donnas, la véritable attaque du centre conduite par le chef de brigade Dufour commencera et il montera à l'assaut par la porte du fort, etc.

La fausse attaque à la rive droite de la Dora s'engagera très vigoureusement, en même temps que celle du centre.

Que trois officiers d'état-major soient aux trois attaques; vous désignerez trois adjoints.

Alex. BERTHIER.

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier :

5 prairial. – Arrivée du Premier Consul à Verrès. – Le 5 prairial, Bonaparte arrive à Verrés à 4 heures du soir et y est accueilli par les acclamations de toute l'armée (75).

La présence du chef suprême de la République, du vainqueur de l'Italie, électrise les âmes, fortifie les espérances, multiplie les forces et porte dans tous les coeurs la noble ambition de triompher sous ses yeux.

Nuit du 5 au 6 prairial. – L'escalade du fort de Bard est tentée. – Dès le même soir, accompagné du général en chef et du chef d'état-major, il fait la reconnaissance du fort de Bard et l'escalade sollicitée par le voeu général de l'armée (76) {p.527} en est résolue pour la nuit suivante (77). La division Loison a l'honneur d'être chargée de cette opération périlleuse.

L'assaut du fort eut lieu le 26, au petit jour:

L'attaque (78) est disposée sur trois colonnes: la première, du côté de Verrès; la deuxième, du côté de la vallée de Champorcher, et, la troisième, par delà la ville, sur la route de Donnas.

L'ennemi n'était pas encore assez fatigué par le soin de sa défense; aussi opposa-t-il une vive résistance à la première colonne, qui fut obligée de se retirer, mais sans perte conséquente.

Un fossé taillé dans le roc vif arrête la marche de la deuxième colonne, qui s'avançait intrépidement au pied du rempart: les échelles préparées pour cette opération se trouvèrent trop courtes, parce qu'on n'avait pas pu s'assurer exactement de la profondeur du fossé (79).

Enfin la surveillance exacte de l'ennemi ne laissa point à la troisième colonne la faculté d'agir.

Dès lors, le moyen de l'escalade fut rejeté ou du moins ajourné indéfiniment.

Les troupes conservèrent durant cette affaire l'attitude du sang-froid et du courage. Le général Loison, sans cesse exposé aux plus grands dangers, a été emporté à plusieurs pas par l'explosion d'une bombe; le général Gobert combattait {p.528} à ses côtés. Le brave Dufour, chef de brigade de la 58e et commandant d'armes du camp, y a été dangereusement blessé. Cet intrépide guerrier a versé son sang dans presque toutes les nombreuses affaires où il s'est trouvé; un coup de feu lui a fracassé l'épaule devant Bard, mais il est heureusement rendu à l'armée qui semait déjà des fleurs sur sa tombe (80).

Dans son rapport du 28 mai au Premier Consul, Berthier donne d'autres détails sur cette affaire :

« Le 5 prairial, j'ordonne au général Loison d'attaquer le château de vive force. Le 6, à 3 heures du matin, un bataillon de la 13e légère s'empare de la première et de la deuxième enceinte du fort; des rochers escarpés l'arrêtent à la troisième. J'avais ordonné qu'on jetât des radeaux sur la Dora, pour aborder par un côté moins difficile, mais la rapidité de ce torrent dont les eaux s'étaient accrues tout à coup n'avait pas permis d'exécuter cet ordre. »

En adressant le rapport à Paris, le Premier Consul supprime de sa main tout ce passage et le remplace par la seule phrase suivante, qui ne parle pas de l'échec subi et peut laisser croire que l'attaque a réussi:

« . . . . . Le 5 prairial, j'ordonne au général Loison de cerner le château de plus près, de briser toutes barrières, pour faciliter le passage de notre artillerie. Les grenadiers de la 58e s'y portent avec une rare intrépidité; le chef de brigade Dufour, officier d'une grande bravoure, s'avance, veut baisser le pont-levis et est blessé (81). »

Mais une lettre écrite le 27 mai d'Ivrée, par une personne de l'entourage du Premier Consul, va plus loin {p.529} et présente comme un succès l'assaut manqué du 26 mai.

« . . . . . Le 6, à la pointe du jour, le chef de brigade Dufour a eu ordre du général Loison de reconnaître la porte du fort, d'en briser la barrière pendant qu'un piquet parti de Donnas chasserait l'ennemi d'un mur crénelé en avant de son enceinte, d'où il inquiétait le grand chemin.

L'objet de ce mouvement était d'acculer absolument celui-ci sur la hauteur. L'attaque a parfaitement réussi, les grenadiers de la 58e se sont comportés avec la plus grande bravoure; 4 ont été tués et 15 blessés. . . . . (82). »

La Revue militaire autrichienne, après avoir indiqué, comme Brossier, la disposition en trois colonnes, qu'elle montre fortes chacune de 300 hommes et soutenues par des réserves, continue de la façon suivante (83) :

Au signal donné, les grenadiers s'avancèrent dans le plus grand silence vers les murs, qu'ils atteignirent sans être remarqués. Ils parvinrent même à ouvrir çà et là les palissades. Les grenadiers commençaient à pénétrer dans le fort.

A ce moment, une sentinelle autrichienne tira un coup de fusil, qui annonça le danger menaçant la garnison.

Désormais, la marche en avant des Français ne pouvait plus avoir lieu en silence. Ils s'approchèrent donc bruyamment des murs dans le dessein d'inspirer de la terreur aux Autrichiens surpris. Une partie des assaillants se dirigea vers le pont-levis pour l'atteindre. Mais une pluie de balles venant des embrasures les arrêta.

A ce moment, Bernkopf, qui du château entendait du bruit de toutes parts, fit tirer des fusées pour éclairer la vallée et le terrain de l'attaque. Il découvrit alors sur les rochers les ennemis s'approchant péniblement des murs avec leurs échelles.

Il fit donc tirer toutes ses batteries à mitraille et lancer des grenades à main sur les audacieux assaillants, tandis que des embrasures partait une vive fusillade.

Le désordre qui se produisit parmi les assaillants leur rendit impossible de {p.530} rester dans la position qu'ils occupaient. Les Français abandonnèrent l'attaque avec une perte de 270 hommes. Le général Loison lui-même et le chef de brigade Dufour étaient blessés (84).

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Verrès, le 6 prairial an 8 (26 mai 1800).

Donnez l'ordre au général Chabran de prendre le commandement de la vallée d'Aoste et du siège du fort de Bard. Le général Marmont laissera des officiers d'artillerie pour conduire le siège et les artilleurs nécessaires; il laissera les deux pièces de 12 ainsi que les deux de 4 et celles de 3 qui sont à la batterie d'Albard (85).

Ordonnez au général Marescot de laisser les officiers du génie, les sapeurs et mineurs qui seront nécessaires pour le siège.

Ordonnez au général Chabran de faire filer le plus promptement possible toute l'artillerie par la ville, traînée par des soldats, pendant la nuit. Tous les chevaux et les munitions chargées à dos de mulets passeront par la route d'Albard. Il fournira tous les moyens que l'artillerie pourra demander pour le prompt passage. Il est autorisé à donner 10 louis par pièce aux soldats d'élite qui les traîneront.

Ordonnez à la 60e demi-brigade de partir sur-le-champ pour se rendre à Ivrée.

Ordonnez au général Chabran de relever sur-le-champ toutes les troupes de la 58e et de la 13e qui sont hors de la ville tant du côté de Donnas que du côté d'Aoste. Ces troupes se rendront également à Ivrée. {p.531} Quant aux troupes qui sont dans la ville, elles ne seront relevées que cette nuit et elles rejoindront également leur demi-brigade, à Ivrée.

Ordre à la division Chambarlhac de coucher à Saint-Martin pour se rendre demain à Ivrée.

Le bataillon de la 12e qui tient garnison à la citadelle d'Ivrée reste aux ordres du général Chabran, qui aura aussi le commandement supérieur sur cette citadelle.

Laissez des ordres au général Chabran pour qu'il fasse filer sur l'armée tout ce qui nous arriverait et notamment avec la plus grande célérité tout ce qui est munitions, cartouches et artillerie, etc.

Donnez-lui l'ordre de faire entretenir et réparer journellement notre chemin d'Albard.

Alex. BERTHIER.

{p.530}

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Corps May 25

Nota. – En dehors de l'armée de réserve, la disposition des colonnes secondaires entrant en Italie est la suivante le 25 mai:

TURREAU occupe Suze dans la vallée de la Dora Riparia (V. p. 518 à 522).

BETHENCOURT est dans le Valais et franchira le Simplon le 27 mai avec trois bataillons (V. au 2e volume une lettre de Bethencourt du 26 mai).

MONCEY réunit son corps d'armée au pied du Saint-Gothard qu'il doit passer les 28 et 29 mai (V. p. 430).

Le corps de Lannes se trouve à Ivrée depuis le 22 mai, ainsi que la division Boudet, arrivée le 23.

La division Monnier est toujours en deux échelons ; la 70e a suivi le sentier d'Albard le 25 et dépassera Ivrée le 26; la 19e légère arrive à Aoste le 25.

Le même jour, la cavalerie de Murat est en aval du fort de Bard, la brigade légère Champeaux vers Ivrée; les deux autres brigades, qui passent par le sentier d'Albard le 25, vers Saint-Martin.

La division Loison, chargée du siège de Bard depuis le départ de la division Boudet, rejoindra le 26 l'armée à Ivrée.

La division Chabran atteint le fort le 25 avec deux demi-brigades (86), relève le 26 la division Loison et continue le siège. La 3e demi-brigade reste à la garde de la ligne de communication à Aoste, Étroubles et Cogne. {p.532}

La division Chambarlhac quitte Aoste le 25 et marche vers Châtillon.

Lechi, avec la légion italique, occupe Gressoney.

Huit demi-brigades d'infanterie et toute la cavalerie sont donc, le 25, en aval du fort de Bard.

Le 26 ou, au plus tard, le 27, il ne restera en amont de Bard que les troupes chargées du siège et les détachements en route pour rejoindre leurs corps.

L'artillerie a franchi le Saint-Bernard, mais n'a pas encore vaincu l'obstacle de Bard. A la date du 25, il n'y a encore, en aval du fort, que les deux pièces de 4 qu'on a pu faire passer dans la nuit du 24 au 25.

* * *

Pendant que l'armée de réserve entre en Piémont et marche sur Milan, la division Chabran continue le siège du fort de Bard.

Chabran, général de division, au général de division Dupont, à Ivrée.

Verrès, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Je n'ai point encore reçu, citoyen Général, la série des mots d'ordre; je vous prie de me l'envoyer de suite.

J'envoie un officier de mon état-major à Ivrée pour qu'il fasse rétrograder tous les mulets de la vallée d'Aoste qui y ont été emmenés de force. Ils nous deviennent absolument nécessaires pour le transport urgent des munitions de guerre et des subsistances. Je vous prie, citoyen Général, de donner vos ordres en conséquence. Faute de transports, je manque de vivres; il est instant que vous preniez ceci en grande considération.

Mes conscrits désertent. L'aspect du fort les épouvante sans doute. J'ai pris des mesures pour arrêter le vice.

Vu la grande difficulté, qu'offre le passage de la montagne d'Albard, il serait, {p.533} ce me semble, bien nécessaire que les troupes que j'ai à Donnas prissent les vivres à Ivrée. Je ne reçois rien du tout.

Veuillez bien, citoyen Général, ne pas nous abandonner entièrement danss cette chétive vallée.

Salut et considération.

CHABRAN.

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Chabran, général de division, au Premier Consul de la République française.

Verrès, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

Citoyen Consul,

L'attaque du fort de Bard, retardée par le défaut de munitions et le départ des canonniers nécessaires pour servir les différentes pièces, est fixée à demain, d'après l'arrivée d'un caisson de 12 qui vient fort à propos. Tout est ordonné. Je joins ici les diverses instructions que j'ai cru devoir donner. Je compte sur l'intelligence et le zèle de ceux que j'ai chargé de diriger les différentes attaques que je surveillerai de très près. Je compte aussi sur la bravoure des troupes. Tous les efforts seront réunis pour la réussite.

Je vous rendrai, sur-le-champ, compte du résultat.

Je crois devoir, citoyen Consul, vous mettre sous les yeux l'état de situation et de l'emplacement des corps qui composent la division que je commande et je réclame votre attention.

Le général Carra-Saint-Cyr me demande une demi-brigade forte de 1500 hommes. Je me trouve dans l'impossibilité de pouvoir la lui envoyer.

Salut et respect.

CHABRAN.

Je suis sûr d'avance, citoyen Consul, que si vous jetez un coup d'oeil sur le triste état ci-joint, vous serez peiné d'y voir 3,000 conscrits pour 4 officiers généraux. {p.534}

Armée de réserve. – Division du général Chabran.

DENOMINATION
des
CORPS.
OFFICIERS SOUS-OFFICIERS,
SOLDATS
présents
sous
les armes.
EMPLACEMENTS.
présents absents. Infanterie. Cavalerie. Artillerie.
 
1re demi-brigade
provisoire.
Bataillon
complémentaire
de la 4e légère. 31 10 277 » » à Étroubles, garde le pare
d'artillerie et le Mont-Bernard.
de la 21e légère. 34 8 302 » » Dans la ville de Bard.
de la 22e légère. 25 4 232 » » Dans le défilé de Cogne.
 
12e demi-brigade de ligne. 25 18 346 » » à Ivrée.
 
2e demi-brigade
provisoire.
Bataillon
complémentaire
de la 9e de ligne. 29 » 288 » » à Aoste.
de la 13e de ligne. 35 5 283 » » à Hone, sur la droite
de la Dora, sous Bard.
de la 85e de ligne. 33 3 508 » » à Ivrée.
 
3e demi-brigade
provisoire
Batallion
complémentaire
de la 88e de ligne. 34 » 375 » » à Donnas, en avant de Bard.
de la 75e de ligne. 29 » 283 » » Sur les hauteurs de gauche
de Bard, batterie d'Albard.
de la 69e de ligne. 35 » 329 » » à Ivrée.
 
Escadron du 7e chasseurs. 9 » » 109 » à Ivrée.
 
TOTAL 310 48 3,229 109 »

Certifié très véritable.

Le général CHABRAN.

Attaque du fort de Bard (12 prairial).

Instructions.

Verrès, le 11 prairial an 8 (31 mai 1800).

AU COMMANDANT D'ARTILLERIE.

L'artillerie, citoyen Commandant, est entrée dans la place de Bard dans la nuit du 10 au 11. Elle sera transportée dans la Chapelle pendant la nuit du 11 au 12. On fera en sorte qu'avant le jour, tout soit prêt pour le feu; que tous les canonniers soient à leurs pièces avec les munitions; qu'il leur soit distribué de l'eau-de-vie et du pain.

Le feu commencera à 8 heures du matin et sera continué avec vivacité jusqu'au moment où il sera besoin de faire reposer les canonniers et rafraîchir les pièces. Le feu sera interrompu à 6 heures du soir pour envoyer un parlementaire au commandant du fort et en attendant les ordres du général Seriziat, établi dans la ville, pour tirer de nouveau. {p.535}

Je vous préviens que le commandant du génie a ordre de faire porter dans la ville des gabions et fascines, principalement destinés à couvrir votre pièce et tous les points par où l'ennemi va dans la ville.

La pièce placée dans la Chapelle dirigera ses coups sur la tour des Cadrans, sur le mur en crémaillère qui est à gauche, afin d'ouvrir, s'il est possible, deux chemins aux troupes. L'artillerie placée sur la route et dans la batterie' d'Albard aura également pour but de renverser la tour, le mur en crémaillère et une poudrière placée à quelque distance sur le passage qui conduit à la batterie basse.

Il faudra que chacune de vos pièces soit approvisionnée de 5 coups à poudre, qui seront tirés au moment où les troupes monteront à l'assaut; pour assurer la précision nécessaire dans l'exécution de cet ordre, vous ordonnerez que, vers 8 h. 3/4, après le feu recommencé, il soit observé une interruption de dix minutes et qu'ensuite chaque pièce tire ses 5 coups à poudre ; arrangez vous de manière à ce que les montres indiquent la même heure à toutes les batteries.

Vous mettrez à la disposition des généraux de brigade les cartouches dont ils auront besoin.

AU COMMANDANT DU GÉNIE.

Vous enverrez, citoyen Commandant, à chacune des attaques sur le fort (elles vous sont connues) un des officiers sous vos ordres, qui sera chargé de la direction des troupes dans l'assaut, ainsi que de toutes les opérations de son métier, et vous lui donnerez une instruction sur la conduite qu'il doit tenir, et que vous voudrez bien me communiquer. Vous vous réunirez au général Brennier pour l'attaque de Donnas dont il est chargé.

J'ai donné des ordres pour qu'on transportât dans la ville des fascines et gabions, que vous aurez soin de faire placer sur la route, près du camp des mineurs. J'ai également ordonné qu'il vous soit fourni les haches, pelles, pioches, madriers et échelles que vous m'avez demandés; je vous recommande de les faire entrer ce soir en ville. J'ai décidé que, dans la nuit du 11 au 12, on placerait l'artillerie dans la Chapelle et qu'on la couvrirait autant qu'il serait possible, ainsi que les passages par où l'ennemi voit dans la ville.

Le feu commencera sur tous les points à 8 heures du matin et sera continué avec vivacité jusqu'au moment où il sera nécessaire de faire reposer les canonniers. Le feu cessera encore à 6 heures du soir pour l'envoi d'un parlementaire. Il recommencera d'après les ordres du général Seriziat, et, une heure après, les troupes monteront à l'assaut; un quart d'heure avant, l'artillerie interrompra son feu pendant dix minutes, et elle ne le recommencera que pour tirer 5 coups à poudre.

J'ai chargé le général Seriziat de rassembler des nageurs. Prenez près de lui des renseignements et faites essayer à ces hommes le passage de la rivière. Je m'engage à leur accorder la récompense que vous aurez jugé à propos de leur promettre.

AU GÉNÉRAL SERIZIAT.

Vous êtes chargé, citoyen Général, des attaques du côté de la ville, et vous aurez sous vos ordres le bataillon de la 21e, les carabiniers de la 4e et ceux de {p.536} la 22e. Il est nécessaire que toutes ces troupes entrent ce soir en ville. Vous choisirez dans ces corps 200 hommes d'élite, qui seront partagés en trois colonnes, l'une de 100 et les deux autres de 50 hommes chaque.

La première colonne de 100 hommes sera dirigée dans sa marche par le capitaine du génie Bouviers. Elle marchera dans le plus grand silence et cherchera à s'introduire dans le fort par le pont-levis de la tour du Cadran et par les brèches qui pourront être faites ou ouvertes dans le mur en crémaillère à gauche. Pour cela, elle sera précédée par des sapeurs ou mineurs pour établir des ponts sur le fossé. La colonne ne débouchera qu'après que le chemin lui aura été ainsi préparé.

La deuxième colonne tentera de s'introduire derrière la tour de l'Horloge par un petit chemin reconnu, dans la première maison à droite, après la première route en venant de la ville basse. Cette colonne sera dirigée par le citoyen Pastour, capitaine adjoint à l'état-major; elle sera pourvue de quatre échelles et ne s'ébranlera qu'en même temps que la première.

La troisième colonne sera en réserve dans la ville.

Pour que toutes les attaques dirigées sur le fort puissent se seconder et agir en même temps, j'ai arrêté que l'artillerie qui ferait, dans la nuit du 11 au 12, toutes ses dispositions, commencerait son feu le 12, à 8 heures du matin; qu'il serait interrompu à 6 heures du soir pour envoyer en parlementaire le capitaine du génie Bouviers, que j'ai désigné à cet effet.

Le feu de la pièce de la Chapelle recommencera ensuite, d'après vos ordres, durera pendant trois quarts d'heure, sera de nouveau interrompu pendant dix minutes, et alors l'artillerie tirera de chacune de ses pièces 5 coups à poudre, signal auquel chacune des attaques commencera.

Vous ordonnerez, citoyen Général, à l'infanterie qui doit entrer ce soir en ville, de se charger des gabions et fascines déposés sur la route, près du parc d'artillerie.

Vous ordonnerez que l'on fasse entrer ce soir en ville le pain et l'eau-de-vie nécessaires aux distributions.

Tous les tirailleurs sous vos ordres doivent faire le plus grand feu pendant la journée du 12; ils le cesseront absolument à 6 heures du soir. Vous ferez prendre au parc, dans la journée, les cartouches qui vous seront nécessaires.

Si l'on parvient à se loger dans un ouvrage, il faudra y tenir ferme.

Il ne faut pas tirer un seul coup de fusil pendant l'attaque: la baïonnette seule doit agir.

L'attaque devant se faire pendant la nuit, il est très important d'établir le plus grand ordre et d'exiger dans tous les mouvements un silence exact.

S'il arrivait, citoyen Général, que la pièce de la Chapelle fût démontée et que la brèche ne fût pas faite, l'attaque s'effectuera toujours à l'heure déterminée; vous donnerez vos ordres en conséquence.

Vous me ferez connaître la réponse du commandant du fort à ma sommation aux batteries établies sur la grande route sous le fort, où je me trouverai.

J'ai pourvu à l'ambulance.

AU GÉNÉRAL BRENNIER.

Je vous charge, citoyen Général, de commander l'attaque que j'ai résolu de faire sur le fort de Bard, du côté de Donnas. Le commandant du génie se {p.537} rendra près de vous pour la diriger; vous aurez sous vos ordres le bataillon de la 88e et les grenadiers de la 69e.

L'attaque se fera sur deux colonnes, l'une de 150 hommes et l'autre de 50.

La première tournera la montagne par la gauche, de manière à être rassemblée à 8 h. 1/2 du soir dans la gorge où descend l'escalier qui conduit du fort à la rivière et, à 9 heures, elle gravira le rocher par tous les endroits accessibles, observant toujours le plus grand silence jusqu'à ce qu'elle soit découverte. Il paraîtrait convenable de la séparer en deux corps. L'un de 80 hommes, qui se porterait droit au premier retranchement au-dessous du château, où ils trouveront 30 hommes et un capitaine, qu'il faut prendre ou suivre l'épée dans les reins. Le deuxième corps, de 70 hommes, prendra un peu à gauche pour monter au château et gagner une petite porte qui est tournée du côté de Hone pour tenter de l'enfoncer ou de pénétrer par d'autres voies.

La seconde colonne de Donnas s'avancera par la route pour seconder les autres attaques en s'introduisant soit par la ville, soit par les rochers qui bordent la route, dans les retranchements ennemis. Il faudra aussi une réserve pour les cas imprévus.

Si l'on se loge dans quelques ouvrages, il faudra y tenir ferme. Il ne faudra pas tirer un seul coup de fusil pendant l'attaque: la baïonnette seule doit agir.

L'attaque devant se faire la nuit, le plus grand ordre et le plus grand silence sont indispensables dans tous les mouvements. Vous donnerez vos ordres pour qu'à 6 heures du soir, il ne se tire plus un coup de fusil.

Pour que toutes les attaques aient lieu en même temps, j'ai arrêté que l'artillerie commencerait son feu à 8 heures, le 12 au matin; qu'elle ne cesserait que pour l'envoi d'un parlementaire, à 6 heures du soir; que ce feu recommencerait ensuite par les ordres du général Seriziat (établi dans la ville), vers les 8 heures; qu'il serait de nouveau interrompu pendant dix minutes, et qu'il ne recommencerait que pour tirer à poudre 5 coups, pendant lesquels les troupes de toutes les attaques doivent marcher à l'assaut. Il sera environ 9 heures à ce moment.

Vos tirailleurs feront, pendant la journée du 12, un feu bien soutenu, et vous leur ordonnerez de se régler sur l'artillerie pour cet objet, de manière qu'ils tirent et cessent avec elle. Vous aurez soin de faire prendre de l'eau-de-vie et des cartouches.

J'ai pourvu à l'ambulance; vous retirerez de Saint-Martin les officiers de santé qui vous seront nécessaires.

AU COMMANDANT DE LA 13e.

Vous serez chargé, citoyen Commandant, de l'attaque du fort de Bard, par la rivière, du côté de Hone. Un officier du génie et 10 mineurs iront ce soir établir le passage du radeau qui devra vous transporter avec votre troupe sur l'escarpement, s'il se peut, du côté de la Dora.

Il serait utile que vous vous rendissiez ce soir, à 8 heures environ, au pont qui communique à la ville basse de Bard, toujours sur votre rive. Vous y trouverez le capitaine du génie Boisselet, qui vous mettra au fait des moyens du passage, lesquels seront aussi suivis demain de la même manière que vous verrez s'exécuter ce soir sous vos yeux. Un officier d'état-major, qui sera encore {p.538} demain avec vous, vous assistera ce soir, l'officier du génie ayant une autre destination.

Je vous laisse votre bataillon et votre compagnie de grenadiers (vous laisserez toujours votre détachement au parc d'artillerie). Votre passage effectué, vous gravirez la montagne pour tourner les batteries basses par la droite. Votre opération est majeure; l'ennemi ne vous attend pas, il n'a aucun feu préparé de l'autre côté, et, une fois au pied de ces rochers, ils ne peuvent plus rien sur vous.

Demain matin, vos tirailleurs commenceront leurs feux en même temps que l'artillerie; ils cesseront de même pour se rafraîchir; mais ils reprendront avec elle. A 6 heures du soir, il sera envoyé un parlementaire. Vous recommencerez votre feu avec l'artillerie et vous l'arrêterez encore en même temps qu'elle; alors le feu sera interrompu tout à fait partout. Cependant, l'artillerie tirera, au bout de dix minutes, 5 coups à poudre de chacune de ses pièces, qui sera le signal auquel chacune des attaques commencera; il sera environ 9 heures du soir.

Pendant l'attaque, il faudra observer le plus grand silence et ne pas tirer un seul coup de fusil, qui pourrait atteindre les autres colonnes, la baïonnette seule devant agir. Vous préviendrez vos troupes de n'être pas surprises à la vue des têtes de colonne et de les bien reconnaître pour éviter de fatales méprises.

Vous correspondrez directement avec moi cette nuit et demain; je serai établi au camp, sous le fort.

Vous aurez soin d'envoyer chercher au parc d'artillerie les cartouches qui vous seront nécessaires et de l'eau-de-vie au logement du général Seriziat.

AU COMMANDANT DE LA 75e, AU CAMP D'ALBARD.

Vous commencerez le feu, citoyen Commandant, avec le bataillon que vous commandez, demain matin, à 8 heures, et le continuerez jusqu'à 6 heures du soir, où l'on enverra un parlementaire. Si le feu recommence des autres batteries, vous le reprendrez de même pendant environ trois quarts d'heure; après quoi, il se fera un silence d'environ dix minutes, et l'on tirera de toutes les pièces 5 coups à poudre pour le signal de l'attaque; ce sera environ 9 heures du soir. Vous aurez soin d'arrêter alors exactement votre feu partout, afin de ne pas risquer d'atteindre nos colonnes en mouvement.

Vous enverrez chercher ce soir des cartouches au parc d'artillerie et l'eau-de-vie chez le général Seriziat.

Vous correspondrez cette nuit et demain directement avec moi. Je serai établi demain matin au camp, sous le fort.

Vous ferez descendre ce soir, de 9 à 10 heures, au camp, sous le fort, la compagnie des grenadiers de votre bataillon avec un détachement de 50 hommes choisis, pour y relever les carabiniers des 4e et 22e légère, qui doivent entrer dans la ville avec le général Seriziat.

Le Général de division,

CHABRAN. {p.539}

Extrait de la Revue militaire autrichienne.

Le jour même où le Premier Consul faisait son entrée dans la capitale de la Lombardie, le fort de Bard tombait entre les mains des Français. Du 24 mai au 1er juin, le bombardement de la citadelle avait chaque jour augmenté d'intensité, de telle sorte qu'en plusieurs endroits des brèches avaient été faites et que les murs éventrés n'étaient plus susceptibles d'être réparés. Nous avons précédemment fait remarquer que cette place n'était à l'abri que d'un coup de main. D'ailleurs, on n'aurait jamais pu supposer que l'ennemi franchirait le Saint-Bernard avec des canons et les emploierait contre un fort qui ne pouvait résister qu'au feu de mousqueterie.

Le général français Chabran décida donc de donner l'assaut général à la place. Avec deux pièces de 12, placées très avantageusement pendant la nuit au bas de l'église du village, et qu'il était impossible d'atteindre d'aucune façon, il tira, le 1er juin, à une distance de 75 pas, pour faire brèche (87). Il parvint ainsi à démolir si bien les palissades de l'entrée, l'ouvrage de la porte principale et les lignes inférieures, qu'il devint impossible de prolonger la résistance.

Le soir, le capitaine Bernkopf capitulait (88). Le 2 juin, de bonne heure, la garnison évacuait le fort et était conduite prisonnière de guerre en France par le Saint-Bernard. Les officiers conservèrent leurs armes et tous les hommes ce qui leur appartenait.

La reddition de cette place fut pour Bonaparte un très heureux événement, qui facilitait considérablement les communications avec la France.

Le général Chabran concentra ses troupes à Ivrée, qu'il mit en état de défense contre le feld-maréchal-lieutenant Haddick (89).

CAPITULATION DU FORT DE BARD (1er JUIN 1800).

1° Demain, 13 prairial, à 7 heures du matin, les troupes de la République française, commandées par le général {p.540} de division Chabran, prendront possession du château de Bard et de ses fortifications;

2° La garnison entière sera prisonnière de guerre, officiers et soldats;

3° Tous les effets en tout genre dépendant de la forteresse, tels qu'ils se trouvent actuellement, soit qu'ils appartiennent à Sa Majesté l'empereur, ou au roi de Sardaigne, seront remis entre les mains d'un officier nommé à cet effet par le général Chabran;

4° Les officiers conserveront leurs armes, effets et bagages à eux appartenant; les soldats conserveront aussi leurs effets personnels;

5° La garnison déposera les armes entre Bard et Verrès;

6° Ce soir les troupes impériales évacueront la galerie inférieure, qui sera de suite occupée par les troupes françaises;

7° Le capitaine Bouviers sera donné en otage au commandant du fort qui, de son côté, enverra au général Chabran le capitaine Mitscherling, pour garantie réciproque de la présente capitulation.

Fait double à Bard, le 12 prairial an 8.

STOCKARD DE BERNKOPF,
Capitaine commandant du fort de Bard

Accordé:

Le Général de division,

CHABRAN.

Le lendemain, Chabran annonce sa victoire.

Bard, le 13 prairial an 8 (2 juin 1800) (90).

La division du général Chabran attaqua, le 12 au matin, le fort de Bard. A 9 heures du soir, le fort fut à nous, 400 prisonniers et 18 bouches à feu.

Le chef de bataillon,
aide de camp du général Chabran,

TESTE. {p.541}

Chabran, général de division, au préfet du département de Léman (91).

Bard, le 13 prairial an 8 (2 juin 1800).

Aux premiers succès de la division, je tiens ma promesse.

Le 9, j'avais été chargé par le Premier Consul et le général en chef, du siège du fort de Bard, qui a rendu le passage de toute l'armée des plus difficiles.

Hier matin, Bard est attaqué. Hier soir, il est réduit à capituler, après avoir essuyé et rendu le feu le plus vif et le plus soutenu pendant toute la journée et quand nous étions prêts à monter à l'assaut. Ce qu'il y a d'heureux, c'est que nous n'avons pas un homme tué, seulement deux blessés.

La garnison, faite prisonnière de guerre, est d'environ 400 hommes. 18 pièces de canon, et des approvisionnements conséquents tombent en nos mains.

Nous nous mettons de suite en marche pour rejoindre la grande armée, dont on annonce le quartier général à Milan.

CHABRAN.

Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Milan, le 15 prairial an 8 (4 juin 1800).

Citoyen Ministre,

Le château de Bard a capitulé et les troupes de la République y sont entrées le 12 prairial; sa garnison est prisonnière de guerre; tout ce qui s'y trouve appartenant à l'empereur et au roi de Sardaigne sera remis au général Chabran, chargé du siège.

La prise de ce fort est importante, quoique nous ayons bravé le feu de ses batteries en faisant passer notre artillerie par la ville de Bard, qui est au pied du rocher.

La communication de l'armée avec la France est maintenant assurée par la vallée d'Aoste qui conduit aux deux Saint-Bernard, ainsi que par le Simplon et le Gothard.

Pendant que l'armée filait sur Ivrée, l'attaque du château ne s'est point ralentie et les positions du blocus ont été successivement occupées par les divisions Watrin, Boudet, Loison et Chabran.

Cette dernière division est encore dans la vallée d'Aoste et se prolonge jusqu'au Pô; deux de ses demi-brigades, sous les ordres du général Carra-Saint-Cyr, observent le cours de la Dora-Baltea, depuis Ivrée, dont la citadelle {p.542} a été mise en état de défense, jusqu'à Chivasso, d'où il éclaire la rive gauche du Pô.

Pour réduire plus promptement le fort, on a construit une batterie sur la hauteur d'Albard, qui le domine et le voit à revers. Les pièces y ont été transportées par le col de Fenestre, l'un des plus élevés de cette chaîne de montagnes, et où les mulets passent à peine. Les difficultés effrayantes de ce passage ont exigé, pour être surmontées, toute la constance et l'ardeur des troupes qui y ont été employées, sous les ordres des adjudants généraux Lacroix et Pannetier.

Si l'escarpement et la hauteur du rocher sur lequel le fort est assis eussent permis d'appliquer des échelles, il eût été emporté d'assaut. Le général Gobert, sous les ordres du général de division Loison, a eu ordre de tenter l'escalade le 6 prairial, à la pointe du jour. Les troupes s'y sont portées avec la plus grande audace; mais l'accès des ouvrages ne s'est pas trouvé praticable. Les échelles et tous les moyens qu'on a mis en usage ont été insuffisants pour pouvoir pénétrer dans l'enceinte des batteries, et on a reconnu la nécessité d'y faire brèche. Le général Loison a été emporté à plusieurs pas par l'explosion d'une bombe, et il n'a reçu qu'une forte contusion. Le citoyen Dufour, chef de la 58e demi-brigade, et reconnu brave dans l'armée, a été blessé à la tête de ses grenadiers; il est mort depuis de cette blessure; c'est une perte pour son corps et pour l'armée. L'ennemi a beaucoup souffert jusqu'au moment de sa reddition. Je vous adresserai incessamment l'état de ce qui s'est trouvé dans le fort.

Vous trouverez ci-joint les deux sommations que j'ai faites au commandant de ce château, ainsi que copie de la capitulation.

Je vous salue, citoyen Ministre.

DUPONT.

Chabran, général de division, au général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

Bard, le 15 prairial an 8 (4 juin 1800).

Je vous fais passer, citoyen Général, l'état des prisonniers de guerre faits au fort de Bard, l'inventaire des bouches à feu et autres effets d'artillerie existant dans le fort.

Je n'ai pu encore me procurer l'inventaire des subsistances existant dans le fort, n'ayant point de commissaire des guerres; j'en attends un à chaque instant.

Une trentaine d'invalides piémontais, tous âgés de 70 ans et plus, étaient dans le fort; je leur ai permis de rester à Verrès: je vous en fais passer l'état. Je vous prie de prononcer sur leur sort; je vous préviens qu'ils sont si éclopés qu'il leur serait impossible de passer les monts. J'ai envoyé en France les plus ingambes, à peu près le même nombre.

J'ai reçu hier une lettre du général Valette; je vous la fais passer; veuillez bien en donner connaissance au général en chef.

Je partirai pour aller rejoindre l'armée du moment que je me serai assuré que le fort de Bard sera dans un état de quelque défense; on travaille à force aux réparations les plus urgentes. {p.543}

En partant pour l'armée, je laisserai dans la citadelle d'Ivrée le bataillon de la 69e, fort d'environ 300 hommes; dans celui de Bard, celui de la 75e, fort de 300 environ, avec un détachement de celui de la 88e; le restant de ce dernier sera employé à la garde des magasins et parcs d'artillerie établis dans la vallée; le tout commandé par le chef de brigade Miquel. J'ai cru devoir prendre ces mesures; je désire que vous et le général en chef les approuviez.

J'ai chargé le chef de mon état-major de vous faire passer l'état des blessés et des tués, soit pour le passage des pièces, soit dans la journée du 12.

Il n'y a rien eu de nouveau dans le commandement du général Carra-Saint-Cyr. D'ailleurs, je l'ai chargé de correspondre journellement avec vous et le général en chef.

Je vous salue.

CHABRAN. {p.544}

Inventaires des bouches à. feu et autres effets d'artillerie existant dans le fort de Bard, lors de sa reddition le 13 prairial an 8 (2 juin 1800).

DÉSIGNATION DES OBJETS. QUANTITÉS. OBSERVATIONS.
 
Bouches à feu sur affûts de siège de 15 en fer 8 Toutes ces bouches à feu
sont du calibre piémontais,
ainsi que leurs munitions.
de 4, coulevrine en bronze 1
de campagne de 4 7
Obusiers de 8 pouces 2
Mortier de 6 pouces 2
Affûts de rechange de 15 3
de 4 de siège 2
 
Fers coulés. Boulets de 15 1,599
de 4 260
Bombes de 12 pouces chargées 34
non chargées 8
Obus de 9 pouces, chargées 100
Bombes de 6 pouces chargées 150
non chargées 39
 
Munitions des bouches à feu. Cartouches à boulets de 6 10
de 4 1,072
à balles de 4 13
de fusils de rempart 4,600
d'infanterie 16,200
 
Boîtes à balles de 15 122
d'obusiers de 8 pouces 30
 
Gargousses remplies de poudre de 15 1,098
de 4 120
 
Sachets d'obusiers de 8 pouces 500
 
Fusils de rempart monté sur une chevrette. 17
d'infanterie 268 provenant des prisonniers
du fort de Bard.
 
Artifices préparés. Lances à feu »Le nombre n'es est pas
connu an juste.
Etoupilles »
Pots à feu 20
Fusée de signaux. 18
Tourteaux goudronnés 10
Fascines goudronnées 30
 
Artifices. Flambeaux. 12
Mèches (livre de) » Il y eu s beaucoup; on ne
peut savoir au juste ; il
faudrait la peser.
Barils de goudron 7
Poudre de guerre pour canon (livre de) 2,160
pour fusil (livre de) 1,890
Chèvre complète 1
Faux de revers 20
Cordages (paquets de) 12
Sacs à terre 1,000
Caisses d'outils 1
(1) 134 provenant des prisonniers
du fort.
(1) Mot illisible.

Au parc près de Bard, le 14 prairial an 8 (3 juin 1800).

Le Chef de bataillon commandant l'artillerie,

MÉNOIRE. {p.545}

* * *

Diversion de Turreau par la vallée de Suze (92).

Pendant que l'armée de réserve traversait le Grand-Saint-Bernard, le général Turreau passait le Mont-Genèvre et le Mont-Cenis avec 3,000 hommes et attaquait les Autrichiens à Suze.

Berthier lui avait prescrit, le 14 mai, de se porter « avec toutes les forces possibles sur Suze », lui donnant rendez-vous à Ivrée le 21 ou le 22 mai (93). Turreau répondit le 19 qu'il attaquerait Suze le 21 (94).

Cette attaque n'eût lieu que le 22. Le combat fut acharné et dura jusqu'au soir; les deux colonnes françaises du Mont-Cenis et de la vallée d'Oulx parvinrent à se donner la main et s'emparèrent de la position.

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve par l'adjudant commandant Brossier (95).

« 2 prairial (22 mai). – Le pas de Suze forcé. – Division Turreau. – Le général Turreau, précédemment commandant l'aile gauche de l'armée d'Italie et dont la, division venait d'être réunie à l'armée de réserve, cherchait les moyens d'opérer une diversion favorable au corps d'armée.

Le 2 prairial, il attaque le village de Gravière, situé au-dessus du pas de Suze, sur la route qui conduit à Briançon par le mont Genèvre. Ce passage, connu dans l'histoire des guerres d'Italie par l'obstacle qu'il a toujours présenté, était couvert de retranchements hérissés d'artillerie.

Le général de brigade Liébault, commandant l'avant-garde, marche avec 800 hommes de la 28e légère et 150 de la {p.546} 15e pour enlever tous les ouvrages de vive force. Le général Turreau en personne appuie cette attaque avec trois compagnies de carabiniers, quatre de grenadiers,. un obusier et une pièce de 8.

L'ennemi soutient vigoureusement le choc et la victoire reste incertaine. Alors la 26e demi-brigade et 100 sapeurs, qui arrivaient à l'instant, reçoivent l'ordre de charger. Un bataillon de cette demi-brigade parvient à tourner le fort Saint-François, le force et chasse l'ennemi de Gravière.

Celui-ci est poursuivi jusqu'à Suze, prend position sur le plateau où existait autrefois le fort de la Brunette et il est obligé d'y capituler. »

Le rapport du 28 mai, de Berthier au Premier Consul, raconte presque dans les mêmes termes le combat de Suze; il ajoute :

« . . . . . la Brunette capitule à 10 heures du soir. Nous avons fait dans ce combat plus de 1500 prisonniers, tué ou blessé plus de 300 hommes, pris 800 fusils et beaucoup de munitions de guerre. Nous avons eu de notre côté 60 hommes tués et 250 blessés. »

La Revue militaire autrichienne (96) donne un récit du combat de Suze qu'il paraît intéressant de reproduire, en raison des divergences qui existent entre cette narration et le récit français, tant au point de vue des effectifs et des pertes subies qu'à celui de la description même du combat:

Le général Turreau. . . . . se tenait prêt, avec 5,000 hommes partagés en deux colonnes, à marcher, par Suze, sur Turin. . . . . . . . . . Le 18 mai, Turreau détacha 600 hommes du Mont-Genèvre sur Chaumont, pour inquiéter le cordon d'avant-postes autrichiens; mais le major Mesko attaqua ce détachement et le repoussa, après un léger combat, sur Césanne.

Cependant une colonne de 3,000 hommes se rassemblait sur le Mont-Cenis, et s'avançait sur la Novalèse. Le 20, le général Turreau se porta, à la tête {p.547} de 2,000 hommes, dans la haute vallée de Suze, où il rallia la majeure partie des garnisons d'Exilles et de Fénestrelles. Le major Mesko se retira, avec l'avant-garde, à Suze, où le général La Marseille était résolu à se maintenir le plus longtemps possible; à cet effet, il avait pris une position entre cette ville et Gravière, et jeté 3 compagnies et 4 pièces dans le fort (97).

Le 22, à 8 heures du matin, Turreau s'ébranla de Chaumont en deux colonnes et attaqua les avant-postes des Autrichiens en avant de Gravière; ces avant-postes se retirèrent en combattant sur la position, qui fut abordée en vain par les Français.

Turreau fit avancer alors ses 6 pièces de canon et chercha inutilement à tourner les impériaux par leur gauche pour les forcer à la retraite. Le combat durait déjà depuis trois heures, lorsque La Marseille tomba tout à coup sur les ennemis, leur enleva Gravière par: un mouvement rapide et les força de reculer sur Chaumont.

Cependant, la seconde colonne, arrivée du Mont-Cenis, bombardait le fort de Suze avec 3 obusiers, et cherchait à gagner le pont de la Cinisella, sur lequel passe la route de Turin. Cette démonstration décida le général La Marseille à revenir promptement à Suze. A peine arrivé, il ordonna à 4 bataillons d'attaquer la seconde colonne, laissant la ville sous la garde des troupes légères. Ces bataillons, protégés par une vive canonnade du fort et de l'artillerie de campagne, rejetèrent les Français sur la Novalèse.

Mais, pendant ce temps, le danger s'était accru du côté de la ville. La première colonne avait bien, pendant quelque temps, été contenue par une vive canonnade, mais enfin elle s'avança avec plus d'audace, ce qui décida, vers le soir, La Marseille à évacuer le fort et la ville et à se retirer sur Avigliana; à exécuta heureusement ce mouvement, sous la protection de son artillerie et de sa cavalerie. Il laissa l'avant-garde à San-Antonino et détacha, sur la rive gauche de la Dora, un bataillon à Condove.

La perte des Autrichiens, dans ces journées, s'éleva à 175 hommes tués ou blessés. Celle des Français n'est pas connue (98); mais elle a dû être considérable, à en juger par la défense. . . . .

L'adjudant général Ducos, au général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, partout où il sera.

Suze, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Citoyen Général,

Je reste, comme vous me l'avez dit (99), auprès du général Turreau, jusqu'à ce qu'il ait opéré sa jonction avec l'armée. {p.548}

Dans l'affaire d'hier, dont il vous envoie le rapport, il a fallu toute son audace et qu'il se multiplie sur tous les points, avec si peu de forces, pour réussir avec autant de succès.

Je crains bien qu'aussitôt que nous serons dans la plaine il n'échoue contre la nombreuse cavalerie qui l'y attend, n'ayant que de l'infanterie à lui opposer, et une poignée d'infanterie; étant obligé de disséminer celle-ci pour garder ses flancs et ses derrières, pour n'être pas tourné. Malgré cela, il va faire la tentative. Si on lui eût fait passer le 4e régiment de chasseurs, comme il l'avait demandé, il aurait tenté cette opération aujourd'hui.

Si vous pouvez, par une forte reconnaissance, faire faire diversion à l'ennemi, en la portant vers Lanzo les 5, 6 et 7 du courant, je ne doute pas d'un plein succès.

Mille choses amicales à votre aide de camp Morin. Je lui recommande mon domestique et mes chevaux.

Je vous embrasse.

DUCOS

Les prévisions de l'adjudant général Ducos se réalisèrent. La faible troupe de Turreau ne pût triompher en plaine des troupes autrichiennes et dût rester sur la défensive, à quelques kilomètres à l'est de Suze.

Valette, général de brigade, au général de division Chabran.

Bussolin, le 9 prairial an 8 (29 mai 1800).

Je n'ai pu, mon Général, vous tenir au courant des mouvements de l'aile, ayant été continuellement en marche depuis le 1er. Le général Turreau attaqua, le 2, les postes ennemis à Gravière; après quatorze heures de combat, il emporta les redoutes, poursuivit l'ennemi à Suze vivement; tout ce qui était sur le plateau de la Brunette fut obligé de capituler; la nuit obligea de prendre position en avant de Suze.

Le lendemain, deux brigades furent organisées, et le surlendemain l'on poussa jusque vis-à-vis Aveillane, où l'ennemi est très fortifié. Les forces du général Turreau, beaucoup inférieures à celles de l'ennemi et affaiblies encore par tous les combats, ne lui permirent pas de rester devant Avigliana {p.549} sans se compromettre et mettre à découvert le département du Mont-Blanc et celui du Mont-Cenis. Il. vint prendre position sur les hauteurs de Bussolin, où il se trouve encore très inquiet de ne point recevoir de nouvelles de l'aile droite de l'armée de réserve. Les forces de l'ennemi se sont augmentées depuis, surtout en cavalerie.

Vous nous ferez le plus grand plaisir, mon Général, de nous donner connaissance des positions de l'armée de réserve et de la vôtre; cela facilitera infiniment les mouvements qu'a le projet de faire le général Turreau, et le sortira d'une inquiétude mortelle.

Salut et respect.

VALETTE.

Cette lettre du général Valette ne concorde pas, pour les dates (100), avec les récits suivants:

Le citoyen Villard, employé dans les bureaux de la préfecture du Léman, au préfet du Léman.

Suze, le 10 prairial an 8 (30 mai 1800).

Par ma dernière, je vous avais annoncé l'attaque, la prise de Suze et de 1500 hommes à l'ennemi qui s'était replié avec son artillerie et ses magasins à Bussolin.

Le 6, la colonne du général Turreau, composée en tout d'environ 3,000 hommes, parmi lesquels 150 chasseurs à cheval du 9e et 50 cavaliers du 21e, suivit l'ennemi qui, en évacuant Bussolin, le pilla, le ravagea et se replia sur Saint-Joire, grande route de Turin.

Notre armée, après avoir posté en avant de Bussolin sur la grande route de Turin 5 compagnies de grenadiers et 50 chasseurs à cheval du 9e régiment, défila par une route qui est à gauche de la rivière la Dora et qui côtoie les montagnes, et suivie de huit pièces de 4 et deux obusiers, fut jusqu'à Condove où l'ennemi avait coupé un pont en planches qui établissait la communication de la rive gauche à la rive droite de la Dora; le gros de l'armée poussa jusque sous une tour {p.550} et un bois vis-à-vis Avigliana, à deux lieues environ de Rivoli.

Il y était en position avec une nombreuse artillerie; il fut attaqué et débusqué du bois et perdit Il prisonniers; les chemins étaient tellement étroits que notre artillerie ne servit à rien à cette attaque, ce qui nous força de rester en présence toute la nuit.

Le 7, l'ennemi fut réattaqué à la tour d'Avigliana; le général fit rétablir le pont à Condove sous un feu terrible de l'ennemi, qui enfin fut obligé de se retirer. Le pont fini, un bataillon de la 26e poussa l'ennemi avec la vigueur française. Ce bataillon fut enveloppé par quatre régiments de cavalerie ennemie, qui, poussant des hurlements affreux, chargèrent ce bataillon avec fureur; il se défendit avec courage, mais quatre compagnies furent faites prisonnières avec 10 chasseurs à cheval du 9e, Dans cette occasion, les chasseurs firent des prodiges de valeur, car ils étaient 40, coupés par un régiment ennemi à cheval, de 800 hommes; ils donnèrent, tête baissée, au milieu du régiment, le percèrent et ne laissèrent que 10 hommes des leurs. L'ennemi nous pressait vivement; le général ordonna la retraite sur Bussolin, qui se fit avec beaucoup d'ordre.

Le 8, les positions prises, l'armée s'y reposa. Nos avant-postes étaient toujours à Condove sur la rive gauche, et à Saint-George sur la rive droite.

Le 9 au soir, l'ennemi ayant reçu 5,000 hommes de renfort, fit sommer le général Turreau d'évacuer la vallée de Suze dans vingt-quatre heures, sous peine de voir sa colonne toute passée au fil de l'épée. Le général français a répondu à cette menace par une forte reconnaissance dans laquelle il y a eu de part et d'autre de fortes fusillades.

Cependant, aujourd'hui 10, le quartier général et toute l'artillerie qui était à Bussolin a rétrogradé à Suze, laissant des avants-postes au col de Fenestres et sur les hauteurs de Bussolin.

Si l'expédition a manqué, on peut l'attribuer à deux choses: d'abord, à la supériorité en nombre d'artillerie, de cavalerie, d'infanterie et de positions de l'ennemi, ensuite au grand nombre de paysans des montagnes de cette vallée qui, pillés et ravagés par nos maraudeurs en grand nombre, se sont {p.551} joints à l'ennemi. Car vous aurez peine à croire que, tandis que l'armée, composée de 3,000 hommes, était aux prises avec l'ennemi, il y avait sur ce nombre au moins 500 lâches soldats occupés à voler et détruire les pauvres habitants voisins du théâtre de la guerre; ce qui nous a fait des ennemis de ceux, qui, s'ils n'étaient pas nos amis, nous auraient vus avec indifférence. Le général, auquel beaucoup d'officiers ont intérêt à cacher la grandeur du mal, a bien fait un règlement pour punir les pillards; mais il est à peu près nul par le peu de mesures prises pour son exécution. Il faut avoir été sur les rochers arides, au milieu de ce grand nombre d'habitants poursuivis par la terreur, abandonnant leurs chaumières et toutes leurs ressources, pour pouvoir se faire une idée des maux que les pillards causent dans ces contrées; le pain y est d'une rareté extraordinaire, et l'armée mal pourvue par le non-payement des fournitures faites par les entrepreneurs ou peut-être par leur turpitude.

Ceux qui approchent le général assurent que le poste de Suze est tenable et que là l'armée attendra le résultat des mouvements de l'armée de réserve.

VILLARD.

Extrait de la revue militaire autrichienne.

Le général Turreau étant parvenu à opérer la jonction de ses deux colonnes, prit position le 23 à Bussolino et poussa son avant-garde à San-Giorgio. Le 24, il repoussa les avant-postes des Autrichiens à Vayes et établit le gros de ses troupes sur la hauteur de San-Giorgio. Pour faire une démonstration contre Turin, il envoya 1000 hommes par la rive gauche de la Dora où il espérait trouver moins de difficultés. Ce détachement fut posté à Chianoc avec 3 canons et envoya 200 hommes, par Frassinere, dans la montagne, afin que, dans le cas où l'armée de réserve aurait détaché une colonne d'Ivrée dans le même but, il pût se réunir à elle; cette colonne menaça les ponts d'Alpignano et de Colegno. Le même jour, le général Knesevich, venant de Coni avec un régiment d'infanterie, rejoignit le général La Marseille; on occupa alors le pont d'Alpignano, qu'un escadron de dragons eût l'ordre de protéger.

Le 25, à 2 heures de l'après-midi, cette colonne française s'avança. vers Condove; elle en chassa les avant-postes autrichiens jusqu'à Caselette et prit position sur le col de Villar-Almese avec son artillerie; le combat dura jusqu'à l'entrée de la nuit. Sur la rive droite, l'ennemi resta tranquille à San-Giorgio. Le feld-maréchal-lieutenant Kaim était arrivé le 26 à Avigliana. Le même jour, Turreau faisait attaquer l'avant-garde autrichienne à Chiusa, voulant prendre la position d'Avigliana, afin de se lier plus étroitement avec sa colonne {p.552} de gauche à Villar-Almese. Déjà les avant-postes autrichiens avaient été refoulés jusqu'à San-Ambrogio, quand le major Mesko, avec deux escadrons de houssards et un de dragons, tomba sur l'infanterie française, fit prisonniers 200 hommes et 5 officiers, et poussa jusqu'à Saint-Antonino.

Tout à coup, Turreau retira sa colonne de gauche de Villar-Almese jusqu'à Chianoc et plaça le reste de ses troupes à Bussolino. Chose étonnante, Turreau, sans y être contraint, accourait au point central de Suze et même, arrivé là, il retirait l'artillerie de ses positions et faisait semblant d'abandonner cette ville (101).

Le Journal de Brossier fait remarquer que Turreau était « inspiré par la crainte bien fondée qu'un échec ne mît à découvert le département du Mont-Blanc ou celui des Hautes-Alpes », et qu'il avait « rempli son objet, puisqu'il avait attiré vers lui une partie des forces de l'ennemi ».

D'ailleurs sa présence à Suze constituait une menace constante pour les Autrichiens.

Le général Zach, accouru du Var à Turin, aux premières nouvelles de la descente de l'armée de réserve en Italie, conclut, de cette retraite du général Turreau, qu'il était dans l'intention ou bien de se retirer, par le col de la Rousse, à Fénestrelles, dans la vallée de Perouse, pour descendre ensuite sur Pignerol, ou bien qu'il se dirigerait sur Forno, par la, vallée de Lanzo, pour se joindre à la colonne qui avait percé par la vallée d'Aoste, et arriver sur les derrières de la position de l'Orco, ou de celle de la Dora-Suzina.

Dans le premier cas et Kaim et Haddick étant repoussés vers Turin, le général Nymptsch avait l'ordre d'évacuer Pignerol, de rappeler à lui toutes les troupes des vallées de Perouse et de Lucerna, de s'établir sur la Pélice, la gauche à Cavor, la droite au passage de Poncalieri, et de se mettre en communication avec l'armée sur la rive droite du Pô, par Carignano.

Si le général Nymptsch était forcé de continuer sa retraite sur le Pô, on lui indiquait la position entre Saluces et Poncalieri comme la première à prendre; mais, après le passage de la Maira, il devait occuper celle qui est entre Savigliano et Raconigi; chassé de celle-ci, il devait tenir Fossano avec deux bataillons impériaux, mais, avec deux bataillons piémontais et la cavalerie, assurer la communication par Marenne avec Carmagnole et par la Stura avec Coni.

Dans le second cas, l'on se proposait, pour prendre une décision, d'attendre {p.553} les événements de Turin et l'approche de l'armée. Le feld-maréchal-lieutenant Kaim décidait de ne pas pousser l'ennemi vivement vers Suze, afin de rester lié avec le feld-maréchal-lieutenant Haddick; il devait envoyer de forts partis dans les vallées de Viu et de Lanzo (102).

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    {p.480}
  1. Selon une lettre particulière, écrite à Aoste le 26 mai: « La 24e demi-brigade d'infanterie légère a refusé la gratification de 2,400 francs qui lui était due, en disant que cette créance ne pouvait être acquittée que par les Autrichiens, » (Voir cette lettre au Moniteur du 13 prairial an 8, et dans la Correspondance de Napoléon, où elle a été classée comme Bulletin de l'Armée de réserve, avec le n° 4848.) {p.481}
  2. Cette lettre est publiée dans le Moniteur du 15 prairial an 8.
  3. Coignet, qui était grenadier à la 96e, a raconté d'une façon humoristique, dans ses Cahiers, p. 83 à 87, la méthode employée pour traîner les pièces mises dans des arbres creusés en forme d'auges:

    « . . . . . Au bout de cette auge, il y avait une mortaise pour conduire notre pièce, gouvernée par un canonnier fort et intelligent. . . . . L'attelage se montait à 40 grenadiers par pièce (*), 20 pour traîner la pièce (10 de chaque côté tenant des bâtons en travers de la corde qui servait de prolonge). . . . . 2 hommes portaient un essieu, 2 portaient une roue, 4 portaient le dessus du caisson, 8 le coffre, 8 les fusils. . . . . »

    « Le Messager boiteux, almanach populaire publié chaque année à Vevey, donnait, en 1801, un dessin représentant le passage du Grand-Saint-Bernard par l'artillerie. La méthode employée est celle qu'indique Coignet; le canon est dirigé en arrière à l'aide d'un levier passé dans la bouche de la pièce.

    (*) Le Bulletin de l'armée de réserve, du 24 mai (v. p. 512), dit 100 hommes par pièce.

  4. En transmettant la lettre du chef de brigade de la 96e, le général Chambarlhac écrivait d'Ivrée au Premier Consul, le 28 mai:

    « La 43e avait déjà. distribué à chaque homme cette gratification lorsqu'elle apprit que la 24e donnait l'exemple d'un si généreux dévouement; ainsi, la 43e attend une nouvelle occasion de donner des preuves de son désintéressement et de sa valeur.

    « Salut respectueux.

    « CHAMBARLHAC. ». {p.482}

  5. Berthier avait été moins concis que le Premier Consul et avait entouré le refus des soldats d'une phraséologie bien en rapport avec le ton de l'époque:

    « Là, on veut donner aux soldats la récompense de 2,000 francs qui avait été promise; ils la refusent avec une sorte de dédain, « On ne va pas là pour de l'argent », disent-ils, en montrant les précipices qui ont menacé de les engloutir. « Si nous n'avions pas déjà « trouvé notre récompense dans l'estime qu'on nous a témoigné en nous confiant l'honneur « du premier péril, nous la trouverions dans la satisfaction de présenter cette artillerie à « nos ennemis beaucoup plus tôt qu'ils ne s'y attendaient. »

  6. Voir les situations aux Annexes, et particulièrement la situation du 20 mai, annexe n° 17. {p.483}
  7. Archives de Bourg-Saint-Pierre. F. 225. {p.484}
  8. Archives du Grand-Saint-Bernard.
  9. Des rations avaient été fournies à la 28e demi-brigade depuis le 13 mai 1799, jour où elle occupa l'hospice avec 3 compagnies. Le total des distributions, du 13 mai 1799 au 9 juillet 1800, se montait à 27,703 bouteilles de vin, 1758 livres de viande et 495 livres de pain. (Archives du Grand-Saint-Bernard.)
  10. Hors ce cas de réquisition, l'excellente hospitalité des religieux du Grand-Saint Bernard est absolument gratuite. Plus de 20,000 voyageurs y passent annuellement, y sont logés, nourris et chauffés sans bourse délier.
  11. Dans l'après-midi du 22 mai, Berthier avait été prendre à Aoste les ordres du Premier Consul; il on était reparti le soir avec l'aide de camp Lemarrois, chargé d'une mission pour l'avant-garde.

    L'ordre qu'il dicte en arrivant à Verrès peut être regardé comme l'exécution des instructions du Premier Consul. {p.485}

  12. Le commandant de l'artillerie, en l'absence de Marmont, demeuré à Saint-Pierre. était son chef d'état-major Sénarmont.

    Celui-ci répondait quelques heures après à Dupont:

    « Au camp devant Bard, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

    « Mon Général,

    « Le peu de canonniers que nous avons nous force à vous demander de désigner un bataillon d'infanterie campé à portée du parc pour exécuter les mouvements journaliers de munitions et les travaux du parc de siège.

    « La batterie haute, dite d'Albard, ayant une pièce piémontaise de 3 hors de service, pour la remonter et remplacer, il nous faudra des hommes, que je vous demanderai après avoir conféré à ce sujet avec le général Marescot.

    « Objet de la plus haute importance. – Les canonniers aux batteries ne peuvent être relevés faute de monde et sont sans vivres; il est de toute nécessité que l'administration des vivres et fourrages envoie au parc un préposé pour faire des distributions régulières de pain ou biscuit, eau-de-vie ou vin. J'ai l'honneur de vous prévenir que les canonniers, excessivement mécontents, se découragent; il est donc de toute urgence que cela se fasse. Ils ne refusent pas le service, mais ne peuvent rester dans cet état de choses.

    « J’ai, d'après votre ordre, donné aux batteries de 8 et d'obusiers (l'ordre) de tirer 3 coups et non 4; le nombre de nos munitions en magasin ne suffirait pas pour cet objet; celle de 4, d'Albard, étant importante dans son objet, recevra celui de tirer 6 coups par heure tant qu'elle aura des munitions.

    « SÉNARMONT. » {p.486}

  13. Les ordres expédiés à l'avant-garde arrivèrent dans la journée du 23 à Ivrée. L'intention du Premier Consul, de voir Lannes au nord d'Ivrée et Boudet plus en arrière, ne fut pas remplie.

    Lannes et Boudet avaient au contraire dépassé Ivrée et s'étaient établis au delà de cette ville, face au sud et au sud-est (voir p. 500).

  14. Une lettre de Dupont à Lannes, adressée au commandant de l'avant-garde « à Saint-Martin », reproduit textuellement les termes de l'ordre de Berthier à Dupont; mais le chef d'état-major général, à propos de la ligne de retraite prévue pour l'avant-garde, ajoute le renseignement suivant:

    « Il existe sur toutes les hauteurs d'Albard des retranchements faits par les ennemis, qui pourraient vous recevoir et être d'une bonne défense. »

    Berthier écrit, en outre, directement à Lannes:

    « . . . . . Vous devez occuper la citadelle d'Ivrée. . . . . Vous devez aussi prendre {p.487} une bonne position militaire, à une lieue ou une lieue et demie en arrière d'lvrée, du côté de Bard. . . . . Vos lignes de combat doivent être le débouché de la vallée, et, successivement, les hauteurs d'Albard, de la Cou, de Fenestre. »

    Il ajoute: « et celles de la cavalerie par Saint-Martin et Gressoney, seul chemin un peu praticable ».

    Cette lettre est écrite à 2 heures du matin, avant que l'on rende compte à Berthier que les pièces n'ont pas pu passer sous le feu du fort. Il escompte le succès de cette tentative et écrit à Lannes:

    « Je vous ai fait passer cette nuit 3 pièces d'artillerie. Je vous en ferai passer davantage la nuit prochaine. » {p.488}

  15. Sénarmont, chef d'état-major général de l'artillerie, avait rendu compte à Dupont:

    « Le citoyen Pernety m'a prévenu que la pièce de 4 et l'obusier n'ont pu aller par le bourg de Bard, l'ennemi ayant fait toute la nuit un feu terrible et n'ayant cessé de jeter des pots à feu, grenades, etc. Sur 13 hommes qui ont tenté de passer, 13 ont été blessés. »

    Dupont donne à Berthier un autre chiffre pour les pertes :

    « Sur 13 hommes qui ont tenté do passer, 1 a été tué et 7 blessés ».

  16. Lettre du 22 mai, 10 heures du soir (voir p. 469).
  17. Lettre non retrouvée. Voir p. 470 la lettre de Watrin à Lannes sur le même sujet.
  18. Ii y a évidemment là un mot omis; il faut lire « l'enceinte de la ville du côté de Verceil ».
  19. La prise d'Ivrée était annoncée à l'armée par l'ordre du jour du 24 mai :

    « L'armée est prévenue que l'avant-garde s'est emparée, le 2 prairial, d'Ivrée, qui était défendu par un corps nombreux. Nos troupes ont monté à l'assaut et ont emporté la place de vive force. L'ennemi a eu beaucoup de monde tué sur ses remparts et nous lui avons fait environ 300 prisonniers de guerre. » {p.489} {p.490} {p.491}

  20. D'après le Journal de Brossier, ce n'est pas 400 hommes, mais 1500, qui travaillaient au sentier d'Albard :

    « 1500 travailleurs sont employés à adoucir la rapidité du sentier d'Albard, qui, après quelques jours du travail le plus pénible, devient enfin accessible à l'infanterie et à la cavalerie. »

    Le même chiffre est indiqué dans le rapport de Berthier au Premier Consul, du 28 mai :

    « . . . . . 1500 hommes commandés pour aller pratiquer un chemin sur la montagne d'Albard y travaillent avec activité. Là, où la pente eût été trop rapide, des escaliers sont construits; là, où le sentier, devenu plus étroit encore, se terminait à droite ou à gauche par un précipice, des murs sont élevés pour garantir de la chute; là, eh les rochers étaient séparés par des excavations profondes, des ponts ont été jetés pour les réunir; et, sur une montagne regardée depuis des siècles comme inaccessible à l'infanterie, la cavalerie française a effectué son passage. »

  21. La discussion des trois moyens proposés par le général Marescot pour réduire le fort de Bard est reproduite en termes différents dans le Journal de Brossier:

    « D'après ces détails, il est évident qu'il faut ou attaquer le fort de Bard par un siège en règle, ou l'escalader de vive force, ou le laisser derrière soi en le bloquant rigoureusement.

    « Le premier moyen est difficile dans son exécution, parce que, se trouvant extrêmement {p.492} resserré entre la montagne et la gauche de la Doire, il laisse peu de développement pour conduire les approches. Ce ne serait donc qu'en élevant des batteries de fort calibre sur cette même montagne, sur celle de droite, sur la grande route et sur la sommité qui domine le village de Hone, qu'on parviendrait à écraser les blindages, à enfiler les batteries de l'ennemi et à faire brèche.

    « Le second moyen peut faire perdre beaucoup de monde et n'aurait de succès qu'autant que la garnison serait peu nombreuse et aurait été fatiguée d'avance par la nécessité d'une vigoureuse défense.

    « Le troisième moyen présente aussi de grandes difficultés, mais il a l'avantage d'épargner les hommes; et d'ailleurs, il est probable que le fort capitulerait peu après le passage de l'armée: 10 parce que l'objet de son utilité serait anéanti par ce fait même; 2° parce qu'il n'est pas d'une capacité à contenir des approvisionnements considérables.

    « L'armée française a mis les trois moyens en usage. ». {p.493}

  22. Voir, à ce sujet, une phrase de Marescot dans son rapport du 8 mai et la note 1, p. 302. Voir aussi la note 1, p. 434. {p.494}
  23. Marmont prétend, dans ses Mémoires, t. II, p. 118, qu'il prévint que, si l'on démontait de nouveau les pièces, « on ne devra plus compter sur ce matériel, déjà fort mauvais, beaucoup de parties se trouvant disjointes et peu solides par suite des opérations déjà exécutées; s'il est disloqué à nouveau, il ne sera plus bon à rien ».

    A quel point l'observation de Marmont était-elle juste?

    On ne sait pas d'une façon certaine si, effectivement, les pièces légères passèrent par le sentier d'Albard. {p.495} {p.496} {p.497} {p.498} {p.499}

  24. Ordres de l'avant-garde.

    Ivrée, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800).

    Au commandant de la place du quartier général de la division.

    Je suis informé qu'il est arrivé dans cette place plusieurs mulets chargés de cartouches. Vous voudrez bien prendre des renseignements pour savoir où les caisses ont été déchargées. Vous les ferez mettre dans un lieu sûr, que vous me ferez connaître au plus tôt.

    Vous réunirez aussi dans un seul magasin les gibernes, fusils et autres objets pris à l'ennemi, pour être ensuite déposés dans le fort.

    HULIN.

    Au commandant de la place du quartier général de la division.

    Il existe, auprès de la porte de Verceil, une caserne où se trouvent quantité d'effets de casernement. Vous voudrez bien, citoyen commandant, y faire mettre de suite une sentinelle pour leur sûreté et en faire la vérification, que vous constaterez par un procès-verbal, dont vous m'enverrez copie.

    P. S. – Il existe également une autre caserne au séminaire. Vous vendrez bien vérifier ce local et, s'il y a des effets, vous les ferez transporter dans la caserne de la porte Verceil.

    FOURNIER.

    Au commissaire des guerres Barmal.

    L'hôpital militaire de cette place a un besoin extrême d'un directeur qui s'occupe de faire donner aux malades les soins qui leur sont nécessaires. Veuillez y faire placer quelqu'un de suite pour cet effet, afin de mettre un terme aux plaintes que je reçois sur le mal-être (sic) des militaires blessés.

    FOURNIER.

    Aux généraux de brigade Malher et Gency.

    J'ai fortement à me plaindre, citoyen Général, de l'inexactitude des chefs do corps à me faire passer les situations qu'ils doivent me fournir les 4, 9, 14, 19, 24 et 29 de chaque mois, conformes au modèle qu'ils ont reçu. Je vous prie de vouloir bien réitérer vos ordres à ceux qui se trouvent dans la brigade que vous commandez, pour les obliger à me faire, à l'avenir, leurs envois avec la plus grande exactitude.

    HULIN.

    Ordre du jour.

    Soldats,

    Vous combattez pour la liberté et pour la gloire; l'armée qui vous a placés à son avant-garde a les yeux fixés sur vous.

    Des guerriers français fourniraient-ils à un peuple ami des raisons légitimes de les accuser ?

    Aurions-nous associé à nos travaux des hommes qui redoutent plus les privations que la honte ?

    Soldats, nous marchons pour cueillir de nouveaux lauriers. Je renverrai sur les derrières de l'armée le camarade indigne qui se souillera d'une atteinte aux propriétés.

    Il expiera dans l'inutilité et le mépris le crime d'avoir compromis le nom français, qui fut confié si grand à notre courage.

    LANNES.

    (Moniteur du 18 germinal an 8). {p.500}

  25. Général Dupont. Voir l'ordre donné p. 502. {p.501} {p.502}
  26. Général Marescot, sur le registre d'ordres conservé aux Archives de Gros-Bois.
  27. Voir p. 470, la lettre du 22 mai, 10 heures du soir. {p.503}
  28. Il semble que l'envoi à Gressoney de la légion italique, outre le but défensif signalé par le journal de Brossier, avait aussi le très grand avantage d'assurer à l'armée une ligne d'opération par la vallée de Valla. Ceci paraît ressortir de la lettre du Premier Consul, du 22 mai, qui ordonne en même temps l'occupation de Gressoney et l'obligation, pour Boudet, d'empêcher l'ennemi d'atteindre Saint-Martin.

    Cette ligne d'opérations aurait permis à l'armée de continuer à se ravitailler par le Saint-Bernard, malgré la résistance de Bard. La capitulation de ce fort rendit la précaution inutile. {p.504} {p.505}

  29. 24 mai, d'après le Journal de Brossier; 25 mai, si l'en s'en rapporte à la lettre précédente de Lechi, lequel semble n'arriver que le 24 à Brusson.
  30. Chabran annonce à la ville d'Aoste le 24 mai qu'il part pour Châtillon avec une partie de sa division, laissant à Aoste un bataillon. (Archives de la ville d'Aoste. Lettres, vol. 162.)
  31. Correspondance de Napoléon, n° 4843. {p.506}
  32. Voir la note 2, p. 471.
  33. Il y avait d'abord le 8 ou le 9, d'après la minute aux Archives nationales.
  34. – le 9 ou le 10 –
  35. Correspondance de Napoléon, n° 4841.
  36. Voir à l'annexe 22 la reconnaissance détaillée du Saint-Gothard, faite par le capitaine du génie Boutin, sur l'ordre du général Moncey. {p.507} {p.508}
  37. Ordre du jour l'aile gauche.

    Le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

    Aux troupes à ses ordres . . . . .

    Soldats,

    Vous avez de grandes destinées à remplir, vous avez la paix à conquérir. Une campagne vigoureuse vous l'assurera. Vous faites partie d'une armée que le Premier Consul a créée en trente jours; il sera au milieu de vous; son génie vous suivra dans vos marches; il sera à vos côtés lorsque vous aurez à déployer du courage contre des obstacles peu faits pour intimider les défenseurs de la liberté.

    Les victoires que votre valeur vous assurera, la discipline vous en fera recueillir le fruit; que le pillage ne souille donc point vos mains ; ce fléau destructeur anéantit tous les {p.509} moyens, épuise les ressources, dessèche les canaux de l'abondance, irrite les peuples et les change en ennemis, d'amis qu'ils étaient.

    Dès aussitôt que notre réunion avec l'armée de réserve sera effectuée, le Premier Consul pourvoira à tout. Dans peu d'instants, je serai au milieu de vos rangs; je vous ferai connaître nos ressources en argent, je vous donnerai toutes qui se trouve en caisse. Je veillerai sur vos besoins futurs. Aucune action d'éclat ne sera oubliée par moi; je m'empresserai de les mettre sous les yeux du général en chef Berthier et de Bonaparte, et vous savez qu'ils les récompensent avec éclat.

    Les généraux de division feront lire le présent ordre à la tête de chaque corps, rassemblé à cet effet.

    Conformément à la demande de l'ordonnateur, tous les officiers de santé, hors un par corps, se réuniront à Altdorf, auprès du citoyen Briot, officier de santé de 1re classe, qui leur donnera une destination.

    L'aile gauche est prévenue que le général de division Lorge est arrivé, qu'il prend le commandement de la 2e division.

    MONCEY.

    (Livre d'ordres du général Moncey).

  38. Bethencourt (Antoine), né à Madère, capitaine dans les volontaires de la garde nationale du Tarn le 4 octobre 1791, lieutenant-colonel le 4 octobre 1792, adjudant général chef de brigade le 25 mai 1793, général de brigade provisoire le 5 septembre 1793, confirmé dans ce grade le 29 mai 1795, mort à la Guadeloupe le 6 août 1801.

    Le 24 mai, Bethencourt portait « son quartier général à Viège, à deux petites lieues en arrière de Brieg, vu que tous les passages du haut Valais en Italie viennent y aboutir ». (Bethencourt à Dupont, 24 mai.)

    Les Autrichiens avaient poussé, de plusieurs côtés, de fortes reconnaissances sur les avant-postes français, en particulier, le 23 mai, sur le Simplon.

    Bethencourt n'avait que « 900 hommes, y compris les troupes helvétiques qui sont sous mes ordres, lesquels suffisent à peine, non point pour bien garder les passages importants de cette vallée, mais pour les éclairer ». (Bethencourt à Dupont, 24 mai.)

    Il demandait un bataillon de renfort et sollicitait « avec instance l'ordre de marcher en avant, préférant attaquer l'ennemi avec des forces très inégales que d'être forcé à me défendre, ma position n'étant que désavantageuse ». (Bethencourt au Premier Consul, 24 mai.)

  39. La brigade Bethencourt, forte de 1000 hommes environ, passe le Simplon le 26 mai et marche sur Domodossola et le lac Majeur:
  40. L'ordre au général Lechi lui prescrivait seulement d'atteindre Riva le 7. {p.510}
  41. Correspondance de Napoléon, n° 4842. {p.511}
  42. Correspondance de Napoléon, n° 4844.
  43. Correspondance de Napoléon, n° 4834.
  44. Ce bulletin est le premier de la campagne; il parut au Moniteur du 29 mai. Thibeaudeau remarque que c'est vers cette époque que de mauvais plaisants inventèrent le proverbe: « Menteur comme un bulletin ». (Consulat et Empire, t. Ier, p. 275.)
  45. En réalité, l'avant-garde passe le col le 25 floréal (15 mai), couche à Étroubles et se porte sur Aoste le 26. {p.512}
  46. L'avant-garde se concentre à Aoste le 17 mai et ne se porte vers Châtillon que le 18.
  47. La sommation au commandant du fort n'eut lieu que le 20 mai (30 floréal), voir p. 444.
  48. Ce combat eut lieu, non pas le 2 prairial (22 mai), mais le 20 mai. Voir p. 438, le compte rendu du général Watrin. {p.513}
  49. Le combat d'Ivrée est du 22 mai et non du 23.
  50. Correspondance de Napoléon, n° 4846.
  51. Correspondance de Napoléon, n° 4833.
  52. Correspondance de Napoléon, n° 4838. {p.514}
  53. Ces chiffres diffèrent de ceux indiqués dans la lettre du même jour au général Bernadotte (voir p. 513).
  54. Correspondance de Napoléon, n° 4845. {p.515}
  55. Voir la note 2, page 471.
  56. Julie Clary, fille d'un riche négociant de Marseille, avait épousé Joseph Bonaparte le 1er août 1794. Sa soeur Désirée Clary, avait épousé Bernadotte.
  57. Correspondance de Napoléon, n° 4836. {p.516}
  58. Voir p. 502, l'ordre de Berthier à Dupont à ce sujet. {p.517}
  59. Ordres et compte rendu de la division Watrin,

    Ivrée, le 5 prairial an 8 (25 mai 1800).

    Aux chefs de corps.

    Donnez des ordres, citoyen Chef, afin que le corps que vous commandez se tienne prêt à passer la revue du général inspecteur aux revues, demain 6 du courant: la 6e légère à 6 heures du matin, la 22e de ligne à 8 heures, la 40e à 10 heures (*).

    HULIN.

    (*) Cette revue administrative n'eut pas lieu, l'avant-garde étant partie le lendemain 26 mai, de bonne heure, pour attaquer l'ennemi à la Chiusella.

    Ordre du jour de la division.

    La distribution se fera aujourd'hui de la manière suivante, savoir:

    • Demi-ration de pain;
    • Deux onces de riz ;
    • Et la ration complète de viande et de vin.

    La viande sera distribuée pour deux jours.

    Les chefs des corps tiendront la main à ce qu'il y ait toujours un officier à la tête des hommes de corvée, pour assister aux distributions; un officier de l'état-major surveillera l'exécution dudit ordre.

    A l'avenir, aucun chef de corps ou quartier-maître ne se permettront d'envoyer aux distributions sans être prévenus par l'ordre du jour.

    Le général commandant la division voit avec peine que, malgré les ordres donnés, les soldats se permettent de tirer des coups de fusil dans le camp, ce qui occasionne des inquiétudes continuelles et fait perdre les munitions qui sont si précieuses par la difficulté de s'en procurer.

    Le général prévient qu'aux premiers coups de fusil lâchés dans le camp, il fera prendre les armes jusqu'à ce qu'on ait reconnu les coupables. Il rend responsables les officiers supérieurs de jour de tous les désordres qui peuvent se commettre dans le camp et environs. C'est à lui à prendre les précautions nécessaires pour assurer le bon ordre.

    HULIN.

    Au général de division Dupont, chef de l'état-major de l'armée.

    J'ai l'honneur de vous faire passer, ci-joint, l'état nominatif et par grades des officiers généraux et d'état-major employés à cette division, que vous avez demandé au général Watrin par votre lettre d'hier.

    Les marches rapides qu'a faites l'avant-garde n'ayant pas permis aux chefs des corps de la division de me faire passer leurs situations exactement, il m'a été impossible d'établir à l'époque fixée l'état que je dois vous expédier. Je m'empresserai de vous le faire parvenir aussitôt que j'aurai reçu les pièces nécessaires pour le rédiger d'une manière juste. J'attends encore la situation de l'artillerie qui se trouve sous le fort de Bard, ainsi que celle des sapeurs.

    HULIN. {p.518}

  60. D'après les lettres du Premier Consul du 24 mai (voir p. 506 et 509). {p.519}
  61. Lettre non retrouvée.
  62. L'original est aux Archives de la guerre.
  63. Berthier avait mis: il fallait un coup d'audace, je l'ordonne avec confiance.
  64. Berthier avait mis: avec un enthousiasme impossible à peindre. A peine la balle avait-elle atteint un des braves qui traînaient la pièce qu'un autre volait sur-le-champ pour occuper sa place. {p.520}
  65. Berthier avait mis: et d'intrépidité.
  66. Berthier avait mis: que peu de tués et de blessés. {p.521}
  67. Dans une première rédaction de ce journal, on donnait un motif différent de la réussite de l'opération:

    « . . . . . Le bruit des eaux coulant avec rapidité et remous entre la haute et basse ville empêchait l'ennemi d'entendre en cet endroit le passage de l'artillerie, quoique à portée de pistolet de ses retranchements. »

  68. OEstreichische militärische Zeitschrift, tome XXVI, 1822, p. 184 et 185. {p.522}
  69. Le compte rendu des opérations des autres nuits et des pertes subies par les troupes n'a pas été retrouvé.

    Il semble qu'en ait réussi, dans la nuit du 25 au 26, à faire passer deux pièces de 8 et deux obusiers, car ces quatre pièces se trouvent le 26 à Ivrée, avec les deux pièces de 4 passées dans la nuit du 24 au 25. (Voir au deuxième volume une lettre de Berthier à Dupont, du 26 mai.)

    D'après les Cahiers de Coignet, p. 90, la 96e (de la division Chambarlhac) aurait réussi à faire passer ses pièces sans perdre un seul homme. {p.523}

  70. Fontana-Mora, dans la vallée de Valla, entre Gressoney et Saint-Martin.

    Dans le but de concentrer toute l'armée à Ivrée, Berthier jugeait inutile le détachement de la légion italique. Mais le même jour. le Premier Consul dirigeait Lechi sur la vallée de la Sésia, afin de faire tomber les défenses que l'ennemi aurait pu opposer à la marche de Béthencourt descendant du Simplon (voir p. 518).

  71. La division Monnier, qui rejoint l'armée, remplace la division Chabran dans le corps d'armée du général Victor. (Voir l'organisation des 9 et 10 mai, p. 311 et 316.)
  72. L'organisation du corps Duhesme et de la cavalerie est la même que dans l'ordre du 10 mai (voir p. 316 et 317).
  73. Dans l'ordre du 10 mai (voir p. 315) la 28e demi-brigade et les deux régiments de cavalerie faisaient déjà partie de l'avant-garde, mais étaient indépendants du général Watrin. {p.524} {p.525}
  74. Archives de Gros-Bois, IX, A, XXX, registre d'ordres de Berthier. {p.526}
  75. En réalité, il ne trouvait à Verrès qu'une partie de la division Loison et la division Chambarlhac.
  76. On écrit d'Aoste le 26 mai : « Le Premier Consul est à Verrès, les soldats réclament l'assaut du fort de Bard, qui tient encore. . . . . ». Cette lettre est publiée au {p.527} Moniteur du 13 prairial. Elle a pris place dans la Correspondance de Napoléon, sous le numéro 4848, comme bulletin de l'armée de réserve.
  77. L'ordre de donner l'assaut au fort dans la nuit du 25 au 26 semble avoir été donné par Berthier bien avant l'arrivée du Premier Consul à Verrès. On vient de lire cet ordre pages 524 et 525.

    Il paraît presque certain qu'il a été donné dans la matinée au reçu de la lettre du Premier Consul du 24. Il figure au registre des ordres de Berthier (Archives de Gros-Bois) dans les premiers ordres du 25.

    Les ordres qui suivent sur ce registre et que l'on verra au deuxième volume sont donnés pour exécuter les prescriptions de la lettre du Premier Consul du 25.

    Il semble donc évident que le Premier Consul arrivant à Verrès à 4 heures du soir et ayant reconnu le fort vers 6 heures, ne fit qu'approuver les dispositions prises par Berthier dans la matinée.

  78. Journal de Brossier, suite du passage précédent.
  79. Dans une première rédaction du journal de marche il n'est pas question de la longueur insuffisante des échelles, mais on lit:

    « . . . . . un fossé taillé dans le roc vif et dont on n'avait pas eu connaissance. » {p.528}

  80. Le chef de brigade Dufour mourut quelques jours après. (Voir la fin de la lettre de Dupont au Ministre, p. 542.)
  81. C'est sous cette forme que le rapport de Berthier paraît dans le Moniteur, numéro du 15 prairial (4 juin). {p.529}
  82. Cette lettre paraissait au Moniteur du 2 juin.
  83. Le narrateur autrichien a placé cet assaut à minuit dans la nuit du 23 au 24. il y a là une erreur matérielle; les pièces citées semblent démontrer d'une façon indubitable que cette attaque eut lieu dans la nuit du 25 au 26. {p.530}
  84. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI (1822), p. 182 et 183.
  85. OEstreichische militärische Zeitschrift (t. XXVI, p. 183) raconte le bombardement du fort, commencé le lendemain de l'assaut. La date donnée ne semble pas exacte.

    « Le 24 mai avant le jour, des obusiers furent placés sur divers points, et à l'aube le feu commença. Mais le feu de la place commandait très bien toute la vallée et cette tentative resta aussi sans succès, parce que Bernkopf réduisit bientôt au silence les canons ennemis. Les ennemis portèrent alors sur leur dos avec des efforts inouïs deux canons de 4 livres et leurs affûts dans la vieille église du Pas de la Cou. Les deux canons furent installés sur leurs affûts dans le clocher de l'église et le feu commença. Cette position était très désavantageuse pour la place assiégée, parce qu'elle ne pouvait faire aucun mal à ces deux canons bien protégés. Toutefois cela ne pouvait entraîner une reddition rapide de la place. . . . . ». {p.531}

  86. Chabran avait fait étape à Châtillon le 24 (voir p. 510). {p.532} {p.534} {p.535} {p.536} {p.537} {p.538} {p.539}
  87. D'après la Revue militaire autrichienne, il y a donc lieu de distinguer la mise en batterie de deux pièces de 12 dans l'église du bas du village le 1er juin et l'installation de deux canons de 4 dans le clocher de la vieille église du Pas de la Cou quelques jours auparavant (voir note 2, p. 530).

    Ces deux opérations semblent n'en faire qu'une dans l'esprit de la plupart des auteurs qui ont raconté le siège de Bard.

    Le général italien Olivero, qui, en 1838, dirigea les travaux de reconstruction du fort de Bard, a constaté que le clocher de l'église paroissiale « n'a ni la solidité, ni la capacité requise pour recevoir dans son intérieur une pièce d'artillerie, même du plus petit calibre, pour résister à la secousse produite par l'explosion, comme aussi pour permettre la manoeuvre et le recul de la pièce ».

    Il estime que l'on dut « placer la bouche à feu sur le vestibule de l'église susdite, au pied du clocher », vestibule auquel on montait depuis la rue de Bard par « un escalier découvert, assez long, étroit et tortueux » (Relation du siège de Bard en 1800, par Olivero, Aoste, 1888, p. 52 et 53).

  88. D'après la Relation du siège de Bard en 1800, p. 53, le capitaine Bernkopf aurait reçu l'ordre de ses chefs de capituler, ordre qui lui serait parvenu par l'émissaire Joseph Cornaglia. Le fait parait douteux.
  89. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, p. 251 et 252). {p.540}
  90. Sans indication de destinataire. {p.541}
  91. Le compte rendu de Chabran à Berthier n'a pas été retrouvé. {p.542} {p.543} {p.544} {p.545}
  92. Voir la carte de Brossier.
  93. Voir l'ordre de Berthier à Dupont, p. 357.
  94. Voir la lettre de Turreau à Dupont, p. 359.
  95. Le rapport de Turreau n'a pas été retrouvé. {p.546}
  96. Tome XXVI (1822), p. 191. {p.547}
  97. L'effectif des forces autrichiennes dans les vallées de Suze et de Pignerolles est de 5,064 hommes, d'après la Revue autrichienne, même volume, p. 106.
  98. On vient de voir p. 546 les chiffres indiqués par le rapport du 28 mai, dans lequel Berthier reproduit probablement le compte rendu de Turreau.
  99. Voir l'ordre de Berthier à Dupont, p. 358. {p.548} {p.549}
  100. Le Journal de Brossier indique le 21 mai comme date de l'attaque d'Avigliana. {p.550} {p.551} {p.552}
  101. OEstreichische militärische Zeitschrift, tome XXVI (1822), p. 194. {p.553}
  102. OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI (1822), p. 195.

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96