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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 1 Chapitre 10

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

(PREMIÈRE PARTIE)
CHAPITRE X
OCCUPATION D'IVRÉE

Le fort de Bard en 1800. – Investissement et sommations. – Passage de l'avant-garde par le sentier d'Albard. – Passage du Saint-Bernard par le Premier Consul. – Prise de la ville de Bard. – Dispositions des batteries et préparatifs d'attaque. – Combat d'Ivrée. – Occupation de cette ville.

Le fort de Bard avait été occupé par les Français, alors qu'ils étaient maîtres de toute l'Italie.

La commission chargée de l'étude de la frontière par l'arrêté du 5 pluviôse an 8 (25 janvier 1800) estimait que cette « position est difficile à emporter, et ce ne serait qu'en la tournant par la vallée de Champorcher qu'on pourrait forcer l'ennemi à l'abandonner ».

Dans un rapport présenté au général Marescot et au Premier Consul, le fort de Bard est ainsi décrit:

« Bard, petite forteresse, à 11 lieues d'Aoste et 4 d'Ivrée, est située sur un rocher escarpé, dans le point où la vallée se resserre le plus; elle domine, d'un côté, le petit village du même nom qui est traversé par la grande route, et, de l'autre, la rivière de la Doire.

« Cette forteresse a une enceinte de maçonnerie, dont les angles saillants ne sont point flanqués et dont les angles rentrants sont des angles morts. Elle a très peu de capacité, les quartiers et magasins sont d'une construction très faible et elle n'a point de casemates; sa position cependant est telle, qu'une fois gagnées les hauteurs qui la dominent à droite et à gauche, {p.434} on y est si près que, dans le mois de fructidor dernier, nos grenadiers ont tué à coups de fusil plusieurs canonniers sur leurs pièces (1). Mais pour s'emparer de ces hauteurs, il faut absolument chasser l'ennemi des retranchements qu'il a construits dans la montagne, sur la rive gauche du fort, à portée de canon, ainsi que des autres placés sur le col de Fenestre, qui protège les premiers. On ne pourrait attaquer ces retranchements de front, sans s'exposer à perdre beaucoup de monde; on peut les tourner en passant par les différentes vallées à droite et à gauche, dites de Champorcher, Tournanche, Gressoney et Fontana-Mora (2). »

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier :

« Fort de Bard. – Cette forteresse est construite sur un monticule, entre Arnaz et Donnas, à 2 lieues au-dessus d'Ivrée, sur la grande route d'Aoste à Turin. Elle est à la gauche de la Doria-Baltea, qui, faisant devant elle une espèce de demi-cercle, l'enveloppe et lui prête une première défense naturelle.

« La vallée, extrêmement resserrée en cette partie, forme une gorge ou défilé assujetti au canon d'une triple enceinte, qui se présente en amphithéâtre et qui enfile très directement la grande route du côté d'Arnaz et de celui de Donnas. La ville de Bard, divisée en haute et basse, est construite dans le défilé même et la grande route la traverse (3).

« Quoique ces ouvrages soient dominés à droite et à gauche par les montagnes, il est difficile d'y inquiéter l'ennemi, parce que toutes les batteries en sont blindées. On peut, à la vérité, tourner ce fort par la vallée de Champorcher, qui vient se {p.435} terminer devant le village de Hone, sur la rive droite de la Doire, à la petite plaine, au pied des ouvrages; mais le site est tellement tourmenté et la montagne si escarpée, que l'infanterie seule peut y passer. »

Le premier échelon de l'avant-garde, général Watrin avec les brigades Gency et Rivaud, se. porte, dans la matinée du 19, vers le fort de Bard.

« . . . . . Le 29, elle (l'avant-garde) en commence le blocus, en envoyant 4 compagnies de la 40e de bataille à Hone, pour les placer en tirailleurs sur la montagne de droite; une autre partie établit aussi des tirailleurs sur la montagne de gauche au-dessus de la ville. . . . . (4). »

Le deuxième échelon de l'avant-garde, général Lannes et brigade Malher, quitte Châtillon et ne tarde pas à arriver devant Bard (22 kilomètres). Lannes monte sur les hauteurs d'Albard avec la 6e légère.

C'est à ces mesures que se borne, le 19, l'action de l'avant-garde (5), qui, rejointe dans la soirée par la 28e demi-brigade, partie à midi d'Aoste, compte quatre demi-brigades d'infanterie et deux régiments de cavalerie, et dispose, comme artillerie, des deux pièces de 3 {p.436} prises à l'ennemi, d'une pièce de 8 et d'un obusier de la division Watrin.

La division Boudet quitte Aoste le 19 mai, à 7 heures du matin (6) et, par une étape de 42 kilomètres, atteint Arnaz.

« Le 29 floréal, ma division eut ordre d'Aoste de se rapprocher d'Arnaz, village situé à une lieue en deçà du fort de Bard (7). »

La division Loison, qui a passé le Grand-Saint-Bernard la veille, cantonne du côté d'Aoste le 19, pendant que son artillerie franchit le col (8).

La division Chambarlhac se rapproche de l'Hospice, où arrive sans doute sa première demi-brigade.

Plus en arrière, les troupes de deuxième ligne continuent leur mouvement. Le 1er bataillon de la 30e demi-brigade et les 1er, 3e et 5e régiments de cavalerie quittent Lausanne, après y avoir séjourné le 18, et se portent sur Villeneuve (9).

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Aoste Valley

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul de la République.

Verrès, le 29 floréal an 8 (19 mai 1800).

Citoyen Consul,

Je suis arrivé ce matin devant le château de Bard, qui présente un obstacle très réel. Il est situé sur une hauteur d'un accès difficile, fermé de deux enceintes, contenant deux étages de batteries, dont 12 pièces à la première et 5 à la seconde. {p.437}

Quant à la hauteur qui le domine, on ne peut y mener que de très petites pièces et avec beaucoup de difficultés. J'ai ordonné qu'on y monte cette nuit, sur des mulets, les deux pièces de 3 prises hier à l'ennemi.

Le chemin qui entre à Bard est, d'un côté, bordé à pic par des rochers, de l'autre, par la rivière, qu'on ne peut pas guéer. Le chemin, qui est sous la protection du fort, est coupé de 3 pont-levis.

Demain, je porte la plus grande partie des forces de l'avant-garde sur la hauteur qui domine le fort; je tenterai l'attaque de vive force pour m'emparer de la ville, mais le succès est incertain. Si je ne réussissais pas demain, je me propose de faire passer l'infanterie en avant de Bard, afin de pouvoir vivre. Quant aux pièces, elles ne pourraient suivre qu'après que le château serait à nous.

Vous ne pouvez vous faire une idée de la misère du peuple.

Cette position est au point d'exiger une prompte décision sur le sort de l'armée, dans le cas où elle ne pourrait pas passer le château de Bard.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

* * *

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Donnez l'ordre au général Watrin de partir avec tout ce qu'il a ici de sa division, pour rejoindre le général Lannes sur les hauteurs, d'où il ira prendre le commandement de la partie de troupes à qui le général Lannes fera occuper Donnas et Saint-Martin.

Il faudrait que la 28e, avant de partir, ait de la viande pour deux jours et une demi-ration de pain. On ne peut pas lui en donner davantage. Elle aurait dû, comme toute l'armée, prendre jusqu'au 4 en passant à Aoste.

Vous donnerez l'ordre au général Boudet d'occuper tous les {p.438} postes devant Bard, ainsi que les occupait la division de l'avant-garde (10).

Alex. BERTHIER.

Le général de division Watrin, au général Dupont.

Des hauteurs d'Albard, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Je pars avec la 40e pour Saint-Martin, mon cher Général. Envoyez de suite quelques compagnies de la 9e légère occuper les hauteurs d'Albard.

Vous savez que la 40e a 4 compagnies de l'autre côté de la rivière, dans la prairie, vis-à-vis le fort. Je vous prie de leur donner l'ordre de suite de venir nous rejoindre en suivant la route qu'a prise le général Gency.

Salut et amitié.

F. WATRIN.

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Watrin Letter

Le général de division Watrin, au général en chef Berthier.

Carema, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800), 9 heures du soir.

Mon Général,

La 22e ne vient que d'arriver avec le général Malher. Elle a fait la route la plus affreuse qu'on puisse imaginer. Elle n'a pas rencontré l'ennemi.

La 40e, avec une partie de la 6e légère, a débusqué de Donnas et Saint-Martin le général autrichien de Briey, qui y était avec le régiment de Kinsky, un régiment de Savoie, des Croates, deux pièces de canon et deux escadrons de hussards. Le général Gency est toujours de l'autre côté de la rivière avec la 6e légère, poursuivant l'ennemi qu'il a battu. J'envoie savoir de ses nouvelles et lui prescris de ne pas aller plus avant.

J'occupe, avec les 22e et 40e, une fort belle position en avant {p.439} de Carema, la droite à la rivière et la gauche aux montagnes.

Tout ce pays n'offre absolument aucuns moyens de subsistances. La plupart des habitants sont en fuite.

J'envoie des espions. Si je reçois des renseignements, je me hâterai de vous les faire passer cette nuit.

Si le fort est rendu, comme je n'en doute pas, vous ferez bien, mon Général, de nous envoyer de suite de l'artillerie et surtout de la cavalerie, ainsi que des cartouches dont la troupe manque.

Salut et respect.

F. WATRIN.

Le général Marescot, au général Dupont.

Du camp sous le fort de Bard, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Le général Marescot prévient le général Dupont que l'on a construit une batterie à trois embrasures sur la hauteur à gauche du fort. Je l'engage à donner l'ordre au commandant de l'artillerie de faire armer de suite ladite batterie, qui est disposée de manière à prendre en rouage les deux principales batteries du fort (11).

Le général Dupont, à l'adjudant général Lacroix.

Verrès, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Je viens de charger Rigaud de lever une brigade de paysans qui se rendront de suite à Arnaz pour travailler au transport de nos pièces de 3 sur la montagne.

Employez des troupes, en outre, à cette opération, qui est d'une urgence extrême. Le général en chef vous envoie 1200 francs pour animer ce travail. Demandez au général Boudet des hommes de la 9e légère, qui doit être près d'Arnaz, ou de la 30e, si elle est arrivée en avant de Verrès. Prenez les plus rapides moyens. Vous sentez que l'attaque du général Lannes devra son succès au feu de ces pièces.

Amitié.

DUPONT. {p.440}

Est-il bien reconnu que l'on ne peut charger ces pièces sur des mulets?

Tirez des hommes, pour votre travail, du bataillon le plus voisin.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Citoyen Consul,

Le château de Bard est un obstacle plus conséquent que nous ne le croyions, puisqu'il est impossible de faire passer l'artillerie tant que l'on n'en sera pas maître. Quant à l'infanterie et à la cavalerie, elles peuvent tourner le château en prenant un chemin de mulets, qui va d'Arnaz à Perloz.

Le général Lannes occupe les hauteurs, entre Arnaz et Perloz, qui dominent Bard; il doit avoir une partie de sa division à Donnas et Saint-Martin.

On est occupé à monter sur la montagne les deux pièces de 3 que nous avons prises à l'ennemi; nos pièces de 4 et obusiers sur affûts-traîneaux ne sont pas encore arrivés; j'ai expédié ordres sur ordres.

Si je n'étais pas maître du château de Bard le 3, je me trouverais fort embarrassé, n'ayant, à la rigueur, de subsistances que jusqu'au 4.

Il ne resterait de parti à prendre que celui de faire passer la troupe, infanterie et cavalerie, pour faire une jonction avec le général Turreau, laissant ce qu'il faudrait de troupes pour bloquer Bard et continuer à le canonner. Je sens que cette opération aurait bien quelque inconvénient, si l'ennemi était en force très supérieure, ne pouvant pas recevoir notre artillerie ni les munitions qui viennent en arrière.

Le second parti serait un mouvement rétrograde, auquel nous ne devons penser, tant pour les inconvénients qu'il aurait sur le moral que par la difficulté de l'exécution.

La position dans laquelle nous nous trouvons est tellement essentielle aux intérêts de la République, que je désire avoir vos ordres sur ce que je devrai faire si le château de Bard n'est pas pris le 3. Il est bien cruel que les pièces sur affûts-traîneaux n'aient pas été les premières qu'on m'ait fait passer, comme je l'avais demandé. {p.441}

Croyez que nous allons tout faire pour avoir ce maudit château; mais les vivres sont, pour le moment, un obstacle terrible à vaincre.

Si cette lettre vous arrive dans un endroit où vous puissiez donner des ordres pour qu'il nous arrive du biscuit, rien n'est plus pressant; car la vallée est dépourvue de tout, surtout près de Bard, où elle est très resserrée et sans culture.

Demain, je porterai toute la division Lannes sur Saint-Martin (12) et celle de Boudet sur les hauteurs, entre Arnaz et Donnas, qui dominent Bard; la division Loison sera à Arnaz, devant Bard.

Nous n'avons ici qu'un vieux capitaine d'artillerie et aucun moyen pour faire des batteries. Il faudrait que le général Marmont envoyât au moins un officier supérieur; je le lui ai demandé.

Attachement et respect.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Envoyez un officier en toute diligence à Aoste, pour qu'on nous fasse arriver, le plus promptement possible et avant tout, deux pièces de 4 et un obusier sur affût-traîneau, qui sont partis de Saint-Pierre le 27, et qui doivent être arrivés à présent à Aoste. Envoyez-les-nous avec toutes leurs munitions.

Si ces pièces n'étaient pas encore arrivées à Aoste, le général Chabran ferait partir en toute diligence un officier pour Étroubles, qui ramènerait ces pièces, de manière à ce que nous puissions les avoir, au plus tard, demain 1er, à la pointe du jour, dans le cas où elles seraient encore à Etroubles, et cette après-midi, de bonne heure, si elles sont à Aoste.

B.

Ordonnez que, s'il y a plus de deux pièces sur affûts-traîneaux, on nous les envoie toutes. {p.442}

Chabran, général de division, au général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée.

Aoste, le 30 floréal an 5 (20 mai 1800),

J'ai fait partir pour l'avant-garde, citoyen Général, dans la nuit du 28 au 29, deux pièces de 4, avec 140 (sic) coups à boulets et 48 à mitraille.

Hier soir, j'ai donné la même direction à l'obusier qui m'est arrivé; une pièce de 8, parvenue ce matin, partira aussi ce soir; le tout avec les munitions qui accompagnent. Je dois vous observer que cette artillerie, venue du Petit-Saint-Bernard, est attachée à la division. Du moment que les deux pièces de 12 que j'attends seront ici, je vous les enverrai.

J'attends avec impatience le rapport des officiers de génie envoyés pour reconnaître les vallées de Cogne, de Savaran-cher et de Saint-Reme. Dès que je l'aurai reçu, je vous le ferai parvenir (13).

On m'instruit qu'il y avait environ 3,000 hommes à Domodossola ou dans les environs; on peut y arriver par la vallée de Gressoney. J'ai cru devoir, citoyen Général, vous transmettre ces renseignements.

Il arrive, dans l'instant, des traîneaux du Grand-Saint-Bernard, qui fileront sur Châtillon quand les chevaux auront rafraîchi.

CHABRAN.

L'adjudant général, employé à. l'état-major général de l'armée de réserve, au général de division, chef d'état-major général.

Aoste, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Mon Général,

Le général Chabran, avec lequel je me concerte pour l'objet de la mission dont vous m'avez chargé ici, vient de m'apprendre qu'il avait fait partir hier au soir, pour l'avant-garde, un obusier avec ses munitions, et qu'il a expédié ce matin, pour le même endroit, une pièce de 8 également avec ses munitions.

Cette artillerie fait partie de celle affectée à sa division et est arrivée par le Petit-Saint-Bernard.

Ce général m'a aussi assuré qu'il avait dirigé sur l'avant-garde de l'armée, dans la nuit du 28 au 29, deux pièces de 4, avec 240 (sic) coups à boulets et 48 à mitraille.

Indépendamment de ces envois, je vous en ai annoncé un hier, composé d'un {p.443} obusier de 6 et d'une pièce de 4, avec leurs munitions, venus par le Grand-Saint-Bernard.

J'ai vu partir moi-même ce convoi, que j'ai expédié sur le quartier général de la division Watrin, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous rendre compte.

Maintenant, on m'annonce l'arrivée ici des objets dont la note est ci-jointe (14).

Les deux pièces de 4 sur affût-traîneau que vous demandez par l'ordre donné à l'adjoint Carpentin ne sont point à Aoste, non plus que l'obusier on les dit parties d'Étroubles.

Cette note comprend cependant quatre affûts-traîneaux, dont deux pour les pièces de 4 et deux pour obusiers.

Je charge le chef de bataillon Pernety de les mettre sur-le-champ en marche pour l'avant-garde; il est 4 heures de l'après-midi.

Je dois vous observer que, des quatre affûts, un seul de 4 et un seul obusier ont leurs chevrettes qui sont nécessaires pour les employer.

Je vais faire filer également ce soir tous les objets annoncés dans la note ci-jointe.,

J'ai l'honneur de vous saluer. (15).

Léopold STABEURATH. {p.444}

Le général de division Dupont, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au commandant du fort de Bard.

Verrès, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Monsieur le Commandant (16),

Le général en chef me charge de vous sommer de lui rendre le fort de Bard. Vous êtes investi de tous côtés; l'avant-garde de l'armée se porte en ce moment sur Ivrée et une partie de l'artillerie est en batterie contre le fort.

L'humanité oblige le général en chef à vous faire cette sommation, pour éviter une effusion de sang inutile. Vous devenez responsable des événements.

Je vous salue, Monsieur le Commandant.

DUPONT.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Donnez des ordres pour que l'on nous rassemble sur-le-champ toutes les échelles que l'on pourra trouver dans le village et les environs. Il faut aussi que les sapeurs se mettent sur-le-champ à en faire. Je voudrais les avoir à 3 heures.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800).

Citoyen Consul,

Le château de Bard, par sa position et par lui-même, est hors de toute attaque de vive force. {p.445}

Il faut du canon pour culbuter ses batteries et pour se faire un passage. J'ai fait placer deux pièces de 8, qui ont canonné toute la matinée, mais sans effets réels.

J'ai fait sommer deux fois le commandant, qui m'a paru décidé à défendre sa place jusqu'à la dernière extrémité. Je donne, en conséquence, l'ordre au général Marescot de faire toutes les dispositions pour la prise de ce fort, qui ne peut avoir lieu que par des batteries établies sur les hauteurs qui dominent.

J'ai pensé, comme vous, qu'il était nécessaire de faire passer une partie de l'armée en avant. J'avais déjà donné l'ordre au général Lannes de se mettre en mouvement. Il est à Saint-Martin et le général Boudet sera à Donnas. Je sens combien les moments sont pressants, et la nécessité de présenter des forces en Italie, afin d'opérer la diversion si nécessaire en faveur de Masséna.

Je pense qu'il est plus convenable que je me porte vers le général Turreau, qui doit avoir de l'artillerie, que vers le général Moncey, dont le mouvement n'est pas encore certain.

Le chemin par lequel je tourne le château de Bard est très difficile, même pour l'infanterie. Cependant, je risque d'y faire passer les deux régiments de troupes à cheval de l'avant-garde.

Depuis hier, on est occupé à y traîner à bras trois pièces de 4, destinées à battre le fort, mais elles sont encore à moitié chemin de la montagne.

Vous ne pouvez pas vous faire une idée des difficultés de tout genre que nous rencontrons.

L'objet qui m'embarrasse le plus est celui des cartouches; si nous avons une ou deux affaires vers Ivrée, nous n'aurions plus de moyens de remplacement.

Quant à du canon, nous tâcherons d'en prendre.

La position où se trouve l'armée mérite toute votre attention.

J'ai cru devoir vous réexpédier votre courrier.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER. {p.446}

* * *

Le Premier Consul quitte Martigny avec sa garde à minuit (17), dans la nuit du 19 au 20, passe le Saint-Bernard et arrive à Etroubles à 9 heures du soir (18).

Extrait d'un manuscrit d'un religieux du Grand-Saint-Bernard :

« Le 20, Bonaparte part de Martigny pour le Saint-Bernard, accompagné de deux de nos religieux (19), qu'il avait invités à faire le trajet avec lui. Sur la route, il ne s'arrête que quelques minutes chez le curé de Liddes, pour prendre un petit rafraîchissement. Quoique fatigué, il ne s'arrête pas plus de deux heures au Saint-Bernard (20), et, le même jour, il alla coucher de Martigny à Étroubles (21).

« En chemin, il demande aux religieux qui l'accompagnaient ce que l'on disait du fort de Bard; les religieux lui répondirent qu'on le regardait comme imprenable. {p.447} « Eh bien, ajoute Bonaparte, dans quelques jours vous apprendrez qu'il est en mon pouvoir. »

« Au Bourg-Saint-Pierre, le Premier Consul prit un guide pour gravir le Saint-Bernard. A quelques minutes au-dessus du Bourg, le mulet que montait le Consul butta dans un passage escarpé et fit trébucher le cavalier (22). Le guide, Pierre-Nicolas Dorsaz, qui avait soin de marcher à côté et de se tenir du côté des précipices, retint le Consul, qui ne laissa apercevoir aucune émotion. Dès ce moment, Bonaparte engagea la conversation avec le guide et lui demanda des détails sur sa famille, combien l'on payait les guides depuis le Bourg jusqu'au Saint-Bernard. Le guide lui répondit qu'on leur donnait ordinairement 3 francs, « Eh bien, lui dit le Consul, cette fois vous aurez quelque chose en sus. »

« Arrivé au Saint-Bernard, le guide, qui ne connaissait pas le personnage et qui avait fait peu de cas de la promesse qu'on lui avait faite, reprit le chemin du Bourg, sans attendre de payement. De retour à Paris, Bonaparte se souvint de son guide; il savait qu'il n'avait pas de maison en propre, il le fit rechercher par le résident français près la république du Valais et il ordonna de lui acheter une maison.

« Dans cet intervalle, Pierre-Nicolas Dorsaz en avait acheté une pour le prix de 1200 francs, somme que le résident lui remboursa aussitôt, d'après les ordres reçus de Paris (23). »

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Étroubles, le 30 floréal an 8 (20 mai 1800), à 9 heures du soir.

Je reçois à l'instant votre courrier, citoyen Général (24). {p.448}

Un commissaire des guerres, expédié par l'ordonnateur en chef, passe à l'instant pour Saint-Pierre, pour faire partir du biscuit qu'il y trouvera en assez grande quantité et qui peut être rendu à Aoste le 2 au soir.

On m'assure ici que les affûts-traîneaux sont partis. Je ne partirai demain que très tard, pour voir moi-même la situation de l'artillerie qui est ici.

Je désire que vous m'envoyiez à Aoste un itinéraire très détaillé sur le détour qu'il faut faire à cause du château de Bard, le temps et la nature des communications.

Choisissez, au débouché de la plaine, de bonnes positions que puisse prendre l'armée qui couvrira le siège de Bard, et où elle puisse recevoir le combat de l'armée ennemie. Ces positions peuvent être choisies de manière que l'avantage de sa supériorité de cavalerie soit peu de chose et que l'avantage de son artillerie soit considérablement diminué. Cela nous conserverait également la faculté de pouvoir battre la plaine et nous agrandir pour nous nourrir; ce qui, joint à ce qui nous viendra par le Petit-Saint-Bernard, au million de rations de biscuit que nous avons depuis Villeneuve et aux ressources d'Aoste, nous fera vivre.

Le mouvement sur le Simplon ou sur le Saint-Gothard deviendra très sensible à l'ennemi vers le 5 ou le 6 prairial. Nous avons 10 pièces sur affûts-traîneaux qui pourront appuyer les positions de l'armée. Pendant tout ce temps-là, l'artillerie achèvera de passer, les corps en arrière arriveront, et cependant la diversion sur Gênes n'en sera pas moins en partie faite.

Ordonnez tout de suite qu'une partie des sapeurs, avec la plus grande quantité de paysans qu'on pourra ramasser, travaille à raccommoder le nouveau chemin, qui devient celui de la communication de l'armée; il faudrait qu'il fût bien mauvais, s'il l'était plus que le Saint-Bernard, où nous avons passé une partie de notre artillerie avec de la peine et du temps, on surmonte bien des obstacles.

Faites courir vos ingénieurs et vos adjudants généraux pour connaître le système du pays entre Bard et Ivrée.

Tenez-vous éveillé. Lannes aura 7 à 8,000 hommes sur le corps avant trois ou quatre jours.

Mélas ne peut pas être sur vous avant le 6 ou le 7.

Ainsi, je crois qu'il faut faire travailler au nouveau chemin, faire faire de fortes et nombreuses reconnaissances.

Dès l'instant que votre artillerie sera prête, commencez à sommer le château de Bard.

Je vous salue (25).

BONAPARTE. {p.449}

* * *

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800), à 8 heures du matin (26).

Citoyen Consul,

Je viens de recevoir votre lettre du 29 (27), qui contenait celle du général Moncey.

L'avant-garde est dans ce moment à Saint-Martin et Carema; elle doit prendre position à Setto, qui est l'entrée des gorges. La division Boudet arrive à Donnas et prendra position de manière à appuyer le général Lannes.

Les trois pièces de 4 que je fais monter sur la hauteur d'Albard, seul point d'où l'on puisse battre le fort avec avantage, ne sont pas encore arrivées; on me fait espérer qu'elles le seront ce soir. Ce sont des soldats, auxquels j'ai donné 50 louis par pièce, qui les montent par les rochers (28). Le général Marescot fait placer deux obusiers et deux pièces de 8 dont nous pouvons disposer.

Demain, avant le jour, je me propose de tenter une attaque de vive force; j'ai fait préparer des échelles.

Si nous ne réussissons pas à ouvrir le passage, il faudra suivre le siège en règle, dont se chargera le général Marescot, avec une partie de la division Chabran. Dans cette position, je passerais avec la division Chambarlhac et celle de Loison, et, suivant les obstacles que l'ennemi me présenterait à Ivrée, je marcherais par ma gauche pour me réunir au général Moncey. Il faut que je marche pour vivre; mais je n'aurai avec moi que 50 cartouches par homme et environ 90,000, que je tâcherai de faire suivre.

Vous sentez trop bien la position dans laquelle je me trouve {p.450} par la résistance du fort de Bard, sans vivres et très peu de munitions, pour que je vous fasse connaître les peines et les inquiétudes que j'éprouve.

J'ordonne à Dubreton de m'envoyer tous les vivres dont il pourra disposer à Aoste, et au général Chabran de me faire passer toutes les cartouches qui sont à Aoste à dos de mulets.

Je désire bien vivement avoir de vos nouvelles demain au soir, afin de prendre un parti qui soit conforme à vos idées, dans la position très délicate où se trouve l'armée dont j'ai le commandement.

Le général Lannes m'écrit de Saint-Martin qu'il y a pris position. Je vous envoie les deux lettres que je reçois de lui et du général Watrin (29).

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Le général de division Boudet, au général Dupont, chef de l'état-major de l'armée.

Au bivouac, près Bard, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

J'écrivis hier soir, citoyen Général, au général en chef, pour le prier de vouloir bien envoyer l'officier d'artillerie chargé de placer les obusiers. J'ai inutilement attendu officier et réponse. Je me suis alors décidé, voyant la nécessité de faire cette manoeuvre la nuit, à faire arranger la batterie et à transporter l'obusier; tout a réussi (30).

Je fus ensuite informé qu'il y avait au parc des obusiers arrivés hier (31). J'ai voulu les placer aussi, mais le grand jour est venu et je n'ai pas voulu exposer les pièces à être démontées, sans vos ordres. Je regarde comme très possible de les y mener si vous le jugez convenable.

J'apprends que la cavalerie se porte en avant par les montagnes; je ne sais, à cet égard, quels ordres donner au 11e de {p.451} hussards, faisant partie de ma division. Veuillez me faire connaître de suite vos instructions à son égard.

J'envoie un officier auquel je vous prie de remettre votre réponse.

Salut et considération.

BOUDET.

Le général de division Lannes, commandant l'avant-garde, au Général en chef.

Saint-Martin, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Nous avons fait cinq prisonniers, que j'ai interrogés; ils m'assurent que Gênes s'est rendu depuis deux jours, et que Nice a été évacué depuis quatre ou cinq par l'ennemi. Il y a à Ivrée trois régiments d'infanterie, deux de cavalerie et environ 400 Savoyards.

Il parait, citoyen Général, que le général Mélas connaît à peu près la force de notre armée, puisqu'il a évacué Nice; il marchera sans doute à notre rencontre: il n'y a donc pas de moments à perdre pour réunir votre armée à Ivrée et pour avoir le fort Bard. Vous savez que sans artillerie on ne peut faire grand'chose.

J'attends des cartouches, de la cavalerie.

Salut et respect.

LANNES.

P. S. – Je vous prie d'envoyer une ordonnance de l'autre côté de la rivière pour donner ordre à la 6e légère de filer jusqu'à la hauteur de Carema, une lieue en avant Saint-Martin.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Le commandant d'artillerie de la division Watrin commandera l'artillerie du siège, s'il n'y a point d'officiers supérieurs d'artillerie d'arrivés. Que celui de la division Boudet fasse les fonctions de directeur du parc et rassemble successivement toute l'artillerie qui arrivera à Verrès.

Recommandez partout que l'on garde les paysans et les mulets qui portent les munitions et les cartouches. {p.452}

Tâchez de me faire rendre compte de l'artillerie et des munitions qui se trouvent ici.

Prenez des mesures pour faire filer à la suite de la division Boudet toutes les cartouches qui peuvent être ici. Quant à celles qui arriveront, ainsi qu'à tous les autres objets d'artillerie, vous les ferez déposer au parc de Verrès, où vous ferez mettre une bonne garde.

Envoyez le petit bataillon cisalpin à Challant, où il vivra et gardera la vallée; dites au commandant que s'il m'est porté des plaintes, je licencierai le bataillon.

Faites relever les troupes de la 30e demi-brigade qui sont au quartier général, par des troupes de la division Loison. Faites rallier au général Boudet tout ce qui lui appartient.

Donnez l'ordre' au général Marescot pour que les deux obusiers soient en batterie dans la nuit sur l'emplacement qu'il jugera le plus convenable, de faire faire un épaulement en terre devant la pièce de 8 qui est à gauche du chemin (32). Ordonnez qu'on fasse les gabions nécessaires pour établir les batteries dans la nuit. Que le général Marescot fasse aussi reconnaître si une pièce placée à la rive droite de la Dora ferait un bon effet; dans ce cas, il y ferait construire une batterie (33).

Prévenez le général Marescot que mon intention est d'attaquer le château de Bard demain à la pointe du jour, avec tous les moyens d'artillerie dont nous pourrons disposer, et en même temps escalader la ville et le fort, s'il est possible. Ordonnez-lui de faire des dispositions en conséquence; il me rendra compte du résultat des reconnaissances qu'il aura faites et de ses projets, à midi chez lui à Arnaz. Là, nous arrêterons le plan d'attaque.

Alex. BERTHIER. {p.453}

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes.

Verrès, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Le chef de l'état-major vous fait passer des ordres. Vous devez prendre une bonne position militaire entre Ivrée et Bard, de manière à résister à des forces supérieures.

Je ferai cette nuit ou demain matin au plus tard un coup de force pour enlever la ville et le château de Bard.

Vous sentez combien il est intéressant que vous teniez l'entrée des gorges d'Ivrée, de manière à ce que nous puissions déboucher, avec des forces suffisantes, pour nous porter où les circonstances l'exigeraient. Vous sentez combien il est essentiel que vous preniez une bonne position.

Les villages jusqu'à Montestrutto doivent vous offrir des moyens de subsistances.

J'ai donné des ordres pour que vos cartouches suivent le mouvement de la cavalerie qui part ce matin (34). Mais, dans tous les cas, envoyez des officiers de votre état-major pour s'assurer des ordres que j'ai donnés pour faire suivre ces cartouches par la route de Denal, la Cou, Albard et Donnas.

Donnez-lui l'ordre de les accompagner, si elles n'étaient pas parties. Comme l'avant-garde ne s'est point encore battue, je suis étonné qu'elle manque de cartouches (35). Vous sentez que dans la position où nous sommes, il faut les ménager.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Donnez l'ordre au général Lannes de prendre position, avec toute son avant-garde, au débouché des montagnes, soit {p.454} à Setto ou dans tous autres endroits entre Bard et Ivrée, de manière à pouvoir y résister à des forces supérieures. Vous le préviendrez que la division Boudet se placera en arrière de lui, de manière à l'appuyer.

Vous trouverez ci-joint la lettre du général Lannes. Faites passer sur-le-champ l'officier du général Lannes et la réponse au général Watrin, par l'adjudant général Dalton, auprès duquel est l'homme qu'a expédié le général Watrin.

Donnez des ordres au général Boudet, conformément aux dispositions ci-dessus (36).

Alex. BERTHIER (37).

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Lannes.

Sur les hauteurs d'Albard, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800),
2 heures du soir.

Je suis monté sur les hauteurs d'Albard pour voir nos batteries et bien connaître la situation de la ville; c'est sur ces hauteurs que je reçois un courrier du Premier Consul qui m'écrit d'Étroubles le 30 à 9 heures du soir (38).

L'intention du Premier Consul est que votre avant-garde et la division Boudet, qui couvrent le siège de Bard, prennent au débouché de la plaine une bonne position, que vous puissiez recevoir le combat de l'armée ennemie avec avantage contre la supériorité de sa cavalerie et celle de son artillerie; vous pourrez de cette position battre la plaine pour vous procurer quelques vivres.

Tenez-vous très éveillé dans vos positions; il est possible que, d'ici à quelques jours, vous ayez 7 à 8,000 hommes sur le corps. Mélas doit y être avant huit jours; alors nous aurons ce fort et nous l'attaquerons.

J'ai fait partir ce matin un convoi de cartouches par le {p.455} même chemin que celui de la cavalerie; je ne sais pas s'il pourra arriver, car il est horriblement mauvais; cependant nos trois pièces ont passé.

Demain, j'espère pouvoir canonner vigoureusement le fort.

Vous pourriez m'envoyer tant d'hommes par compagnie avec leurs sacs, et des paysans pour prendre des cartouches; je prendrai moi-même tous les moyens possibles pour vous en faire passer.

S'il m'arrive des vivres, je vous en ferai également passer; mais le plus sûr est de vous pourvoir vous-même. Vous pourrez trouver des bestiaux; envoyez dans la vallée et dans la montagne.

J'ai reçu votre lettre de Saint-Martin où vous parlez de Nice (39); je m'en vais envoyer une ordonnance au général Gency.

Je vous salue.

Alex. BERTHIER.

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Citoyen Consul,

J'étais sur les hauteurs d'Albard, pour y voir la batterie que j'y fais placer pour dominer le fort, lorsque votre courrier m'a remis votre lettre du 30.

Déjà une des pièces de 3 est arrivée et j'espère que les deux autres arriveront cette nuit. Il est impossible de se faire une idée des escarpements à travers lesquels les soldats sont parvenus à traîner les pièces pendant soixante heures.

J'aurai demain en batterie une pièce de 3 et deux de 4 sur la hauteur, trois obusiers et trois (40) pièces de 8, placées sur le chemin, qui tireront sur les batteries du fort de bas en haut.

Je compte commencer le feu demain vers 6 heures du matin. Après avoir tiré deux heures, je ferai pour la troisième fois sommer le commandant. S'il ne rend pas le fort, je tenterai un assaut qui n'est pas sans grandes difficultés, car {p.456} la rivière Dora et les rochers défendent plus la place que les ouvrages.

La communication dont je me sers pour tourner le château de Bard, n'est qu'un sentier à peine praticable pour des gens de pied, à travers les rochers et les précipices.

La première part d'environ 200 toises de la place; on gravit près de deux heures pour arriver à Albard, d'où l'on domine le fort. On redescend par un chemin assez bon pour arriver en deux heures à Donnas, où l'on retrouve la grande route de Bard à Ivrée (41).

La deuxième communication part du village d'Arnaz, qui est à une lieue de Bard. On gravit cinq heures pour arriver au col de la Cou; de là on redescend sur Donnas en quatre heures. Ce sentier, par lequel j'ai fait monter les petites pièces et par lequel j'ai risqué de faire passer la cavalerie est si effrayant que les gens au pays même n'osent pas y faire passer les mulets. J'espère cependant que la cavalerie s'en tirera; j'en attends ce soir des nouvelles (42).

Un troisième passage qu'a pris une colonne commandée par le général Malher, part de Verrès, va à Challant, remonte au col de Fenestre et redescend à Perloz. On marche pendant quinze heures, dont deux dans la neige.

Enfin une quatrième communication, que les gens du pays annoncent être la meilleure, part de Verrés, passe à Challant, Brusson, Gressoney, et revient à Fontana-Mora; il y a trois jours de marche. {p.457}

Telles sont nos communications.

Vous savez que l'avant-garde et la division Boudet sont à Saint-Martin. Je leur avais donné les instructions conformes à vos désirs. Mais il m'est impossible de leur faire passer d'artillerie, il faudrait faire démonter des pièces de 3 et je n'en ai pas dans ce moment.

Quant à toutes les communications dont je viens de vous parler, le Mont-Saint-Bernard doit être regardé comme une grande route de poste.

Je joins ici une lettre que je reçois du général Lannes (43).

J'ai fait préparer environ 150 échelles pour l'assaut, mais la grande difficulté est de pouvoir s'en servir à cause de la localité.

Je pense que jusqu'à nouvel ordre il est inutile de faire passer de nouvelles troupes du côté d'Ivrée, où il y a déjà deux divisions et la cavalerie.

Dévouement et respect.

Alex. BERTHIER.

Je vous crois à Aoste et j'attends demain matin de nouveaux ordres de vous.

Le général Lannes, au Général en chef.

Setto-Vitone, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

J'arrive à l'instant avec toutes les troupes qui composent l'avant-garde, à une lieue de Carema.

Nous avons rencontré l'ennemi au nombre de 1500 hommes d'infanterie et 200 de cavalerie, avec 2 pièces de canon (44). Le général Malher, qui commandait l'avant-garde avec un bataillon de la 22e, a chargé l'ennemi, lui a fait 50 prisonniers, tué ou blessé une vingtaine, parmi lesquels se trouve le commandant d'hussards. {p.458}

Nous avons eu 8 blessés, point de tués (45).

J'ai la certitude que l'ennemi n'a pas reçu le renfort qu'on avait dit. Il y a très peu d'infanterie aux alentours d'Ivrée; il s'y trouve 2 ou 3,000 hommes de cavalerie. Je m'en vais faire partir un espion pour savoir à peu près la force de l'ennemi.

La cavalerie n'est pas encore arrivée. J'attends des cartouches avec impatience.

Si vous voulez, je me rendrai demain, aussitôt que la cavalerie sera arrivée, à Ivrée.

Il est bien intéressant, citoyen Général, que nous ayons le fort de Bard pour le passage de l'artillerie. Nous aurons beau jeu, il parait que l'ennemi ne sait où donner de la tête, d'après les rapports qui m'ont été faits par les habitants.

J'écris au général Boudet de venir occuper Saint-Martin et Carema. Nous sommes ici dans une position superbe.

Salut et respect.

LANNES.

* * *

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Aoste (46), le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Le général Harville, citoyen Général, et le général Chambarlhac sont arrivés {p.459} aujourd'hui à Étroubles; comme ce dernier a traîné son artillerie, il doit avoir le tiers de sa division en arrière (47).

Il y a dans ce moment-ci 500 quintaux de riz en magasin et, dans la journée de demain, 3 ou 400 quintaux de blé (48).

Il y a, à Saint-Pierre et au Petit-Saint-Bernard, une assez grande quantité de biscuit.

On me fait espérer que les pièces de 12 arriveront demain. Dans trois ou quatre jours, le parc se trouvera organisé.

On n'a jamais pu espérer de pouvoir être réuni et en mesure de se présenter à l'ennemi, en corps d'armée, avant le 4 ou le 5 prairial ; ainsi, jusqu'à cette heure, le fort de Bard ne nous retarde pas.

Le corps d'Autrichiens opposé au Simplon pourrait remonter le Val-Sesia jusqu'à Riva, passer le Valdobbia, se porter à Gressoney, et, de là, tomber à Châtillon, par le col de Ranzola, en passant à Brusson, ou bien se porter sur Perloz et les hauteurs de Bard, en passant par Fontana-Mora.

Il est certain que les voitures, depuis Riva, vont facilement le long du Val-Sesia. On prétend même que, sans difficultés très majeures, elles passeraient à Gressoney et, de là, pourraient aller à Châtillon et à Saint-Martin. Il faut donc, le plus promptement possible, faire faire une reconnaissance de Châtillon à Gressoney, et de Saint-Martin à Gressoney, ainsi que de Verrès à Gressoney, d'abord pour y établir un corps d'observation qui assure notre défensive, et pour connaître jusqu'à quel point on peut compter sur la nature de ces chemins. J'ai vu ici des gens du pays qui ont été fréquemment, dans un jour, de Riva à Châtillon. On met encore moins de temps de Riva à Saint-Martin.

Le roi de Sardaigne avait établi, il y a quelques années, une ligne depuis Saint-Martin à Gressoney. On m'assure que le canon devrait passer par la route d'Arnaz à Perloz, de Perloz à Liliane, de Liliane à Saint-Martin. Voilà, je crois, trois reconnaissances qu'il est indispensable de faire. Envoyez indépendamment, le plus tôt possible, des espions à Riva. Le corps d'Italiens, qui est ici, pourrait se rendre à Gressoney; il occuperait le Valdobbia et enverrait des patrouilles dans le Val-Sesia, ce qui faciliterait notre communication avec le corps du Simplon. {p.460}

De l'autre côté, l'ennemi pourrait se porter par Cerisole sur Aoste directement. Les deux ou trois chemins qu'il devrait suivre se rencontrent tous également au col de Cogne; ces chemins paraissent agrestes, difficiles et montueux. Le col de Cogne, d'où l'on arrive au château de Bard par le val de Champorcher, me paraît également important à connaître et à surveiller.

S'il était vrai que le chemin de Châtillon à Gressoney pût permettre, quoique avec difficulté, le passage de l'artillerie, nous éviterions le fort de Bard; car il parait constant que le chemin de Gressoney à Saint-Martin est assez beau.

Tous les jours votre artillerie va s'augmenter, et, si le Saint-Bernard ne nous a pas arrêtés, une montagne de second ordre ne mettra pas un obstacle insurmontable à notre marche.

Le général Lechi fait partir à l'instant même un lieutenant de sa légion qui est de la Val-Sesia, qui se rend par Châtillon, Brusson, à Gressoney, d'où il enverra des patrouilles dans le Val-Sesia.

La légion italique, à laquelle vous avez envoyé l'ordre de partir demain, ira coucher à Châtillon, où elle recevra le rapport de l'officier qui se rend à Gressoney et, par là, saura si elle peut faire passer son artillerie par ce chemin.

Le général Lechi enverra également une patrouille de 30 Italiens sur le col de Cogne, d'où elle descendra à Ponte et Lanzo.

Les gens les plus éclairés d'ici pensent que si une trentaine d'obus tombaient dans le fort, que si la batterie d'Albard jouait avec quelque activité et que l'on eût des échelles pour tenter l'assaut, surtout du côté de Saint-Martin, le fort de Bard serait enlevé.

Il faudrait tâcher de jeter un pont, au moins pour l'infanterie, près de Donnas, de manière que le chemin de la vallée de Champorcher et du col de Cogne pût être utile dans l'occasion.

Je vous salue (49).

BONAPARTE.

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Fort Bard

* * *

Alex. Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Donnez l'ordre au général Boudet (50) pour que trois compagnies de grenadiers commandées par un officier supérieur soient mises à la disposition d'un officier du génie, que désignera le général Marescot, pour s'emparer ce soir de la ville de Bard. {p.461}

Aussitôt entrés dans la ville, une partie se logera dans les maisons qui avoisinent la porte du fort.

Vingt-cinq hommes se porteront aux portes de la ville pour les ouvrir et baisser les ponts-levis.

Une autre petite colonne, d'une cinquantaine d'hommes, descendra sur le chemin entre la ville et le pont-levis de l'avancée, pour baisser le pont-levis et ouvrir cette dernière porte de ce côté.

Chaque colonne aura 10 sapeurs avec des haches, des pinces et des crochets.

Le général Loison tiendra en réserve 3 à 400 hommes, dans le cas que l'ennemi cherchât à faire une sortie sur les grenadiers qui sont dans la ville, ce qui n'est pas présumable.

Les grenadiers qui seront dans la ville, après avoir ouvert toutes les communications tant du côté d'Ivrée que du côté d'Aoste, auront soin de s'y loger dans des maisons qu'ils créneleront.

Le commandant de l'artillerie ne fera tirer les pièces de 8 et les obusiers, que lorsque les pièces de 4 de la batterie d'Albard auront commencé leurs feux, ce qu'elles feront à 7 heures du matin ou à l'instant qu'elles seront prêtes.

Les officiers des différentes batteries sont prévenus qu'ils ne doivent tirer que 12 coups par pièce pendant une heure; après quoi je ferai sommer le fort. Suivant la réponse, je {p.462} ferai recommencer le feu des pièces de 8 et des obusiers, et celles de 4 continueront à tirer jusqu'à ce que je fasse cesser le feu des pièces de 8 et des obusiers.

Demain dans la matinée je donnerai les ordres pour l'assaut.

Ordonnez qu'un officier des ponts et chaussées, ayant à ses ordres une centaine de paysans et 25 sapeurs, raccommodent le chemin par lequel l'infanterie monte à Albard et par lequel nous sommes venus ce soir, de manière à ce qu'un cheval puisse y passer. Il faut requérir 100 paysans avec des hottes, pour porter demain matin des cartouches au général Lannes, à Saint-Martin.

Le citoyen Pernety, qui vient d'arriver, commandera toute l'artillerie du siège et se concertera avec le général Marescot.

Le général Loison cherchera à bien faire reconnaître la place par un général de brigade et quelques officiers supérieurs, qui devront commander, si je me détermine à attaquer le fort de vive force. Une fois maître de la ville, le côté d'Ivrée me paraît le plus accessible.

Alex. BERTHIER.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef de l'état-major.

Verrès, le 1er prairial an 8 (21 mai 1800).

Mettez dans l'instruction que la batterie d'Albard tirera, savoir: deux pièces de 4 sur la seconde batterie couverte faite en terre, de manière à abattre tous les toits et à découvrir tous les canonniers; la pièce de 3 servira à éteindre les feux de l'ennemi qui inquiéteraient la batterie.

Les pièces de 8 et les obusiers tireront, savoir: un obusier et une pièce de 8 sur la seconde batterie; le reste sur la première, de manière à abattre les toits et à démonter les pièces.

Il faut recommander de ne pas tirer dans la ville, que nos troupes doivent occuper.

On recommandera aux canonniers de tirer lentement et de bien ajuster.

Alex. BERTHIER. {p.463}

Extrait du Journal de la campagne de l'armée de réserve, par l'adjudant commandant Brossier:

. . . . . Les troupes de cette division (Loison) sont sous le commandement du général de brigade Gobert. A minuit, l'impatience de celles-ci ne leur permet pas d'attendre le résultat de l'attaque de gauche. Huit sapeurs de la 58e brisent les barrières, en présence du général Dupont, qui leur prête la main, mais sont arrêtés, faute d'outils pour scier les flèches du pont-levis. Au même instant il tombe abattu par quelques sapeurs du génie, qui étaient descendus de la montagne dans la ville.

Les grenadiers, qui devaient seconder ceux-ci, s'étant égarés dans leur marche, les troupes, le général Gobert à leur tête, se précipitent et s'emparent de la haute et basse ville, baissent les ponts-levis du côté d'Ivrée, et ouvrent ainsi la communication vers Donnas, sous les murs du fort et à dix pas de la mousqueterie (51).

Tous les corps ont fait preuve d'intrépidité et celui du génie s'est particulièrement distingué.

Le général Gobert a été atteint d'une balle morte au milieu de la poitrine.

Le général de division Boudet, au Général en chef, à Verrès.

Donnas, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

Citoyen Général,

Des sapeurs et des grenadiers de la 58e, après avoir abattu les ponts-levis et brisé les portes de la ville de Bard, ont pénétré jusqu'ici. Après avoir passé les dernières portes de ce côté, ils sont arrivés avec beaucoup d'impétuosité sur nos postes, qui, n'étant pas prévenus (puisque je n'avais moi-même aucune connaissance de ce mouvement), ont fait feu; et, malheureusement, deux officiers de sapeurs ont été atteints; on espère que l'un d'eux pourra, en revenir. {p.464}

Les deux officiers blessés font un éloge particulier du citoyen Husson, sergent de sapeurs, qui a arraché 12 serrures dans cette opération; ils m'ont engagé de vous le recommander (52).

La cavalerie arrive toujours un à un, et j'espère que, sur les midi, ils seront presque tous arrivés.

Le général Lannes m'écrivit hier de lui faire passer les cartouches qui étaient venues par la hauteur; mais elles ne sont pas encore arrivées. Il serait à désirer qu'on nous en fit passer aussi pour ma division, parce que quelques tirailleurs en ont consommé dans les montagnes (53).

Salut et considération.

J. BOUDET.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au Premier Consul.

Verrès, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800), 3 heures du matin.

Citoyen Consul,

J'ai fait entrer cette nuit dans la ville de Bard quatre compagnies de grenadiers, qui en ont enfoncé les portes et baissé les ponts-levis. On s'y est introduit par les rochers.

Je suis donc maître du grand chemin, mais sous le feu des batteries de la place.

Je vais faire canonner pendant une heure; je ferai sommer le château, et si l'on se refuse à me le rendre, je donnerai l'assaut. J'ai déjà beaucoup d'échelles dans la ville.

Si l'assaut ne réussissait pas, nous pourrions tenter de faire passer dans la nuit l'artillerie et les cartouches, dont a besoin le général Lannes, dont je vous envoie une lettre (54).

Salut et respect.

Alex. BERTHIER. {p.465}

Dupont, général de division, chef de l'état-major général de l'armée de réserve, au commandant du fort de Bard.

Devant le fort de Bard, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800),

Monsieur le Commandant,

Le corps, qui bloque le fort de Bard, est maître de la ville et de ses communications. Votre résistance n'est plus avouée par les règles de la guerre.

Je vous somme pour la dernière fois de vous rendre. Si vous attendez de plus grandes extrémités, vous exposez votre garnison aux rigueurs réservées à une place prise d'assaut.

Je vous salue, Monsieur le Commandant (55).

DUPONT.

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au général Dupont.

Verrès, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

Donnez l'ordre que l'on fasse des gabions à la batterie d'Albard, et que, dans la nuit, cette batterie soit réparée de manière à ce que le canon de l'ennemi ne l'entame pas comme il a fait ce matin (56).

Cette batterie, ainsi réparée, commencera à tirer demain sur les batteries ennemies; on mettra une pièce de 8 de plus à la place d'un des obusiers; on fera faire près du parc d'artillerie 200 gabions et des fascines à proportion.

Il faudrait faire faire des radeaux pour servir à passer des troupes au pied du fort, du côté de la vallée de Champorcher; il faut que le commandant du génie trouve les moyens de s'en servir pour passer.

A 10 heures du soir, il faudra commencer à faire passer, s'il est possible, deux pièces de 4 et un obusier pour l'avant-garde ; les chevaux passeraient après les pièces; on garnira {p.466} les roues de foin ou de paille mouillée, de manière à ce qu'elles ne fassent pas de bruit (57).

Chaque pièce sera traînée par 25 soldats, qui la conduiront jusque hors de la portée de fusil du fort, du côté d'Ivrée, où les chevaux prendront la pièce pour la mener à Saint-Martin.

Il sera nécessaire de faire également passer le plus de cartouches possible au général Lannes, en employant autant de soldats qu'il y a de caisses pour les porter jusqu'aux postes de la division du général Boudet, qui les fera passer à la division Lannes.

Tous ces hommes devront être choisis parmi les braves et recevront un écu. Si les deux pièces de 4 vont bien, on s'occupera de faire passer de suite deux obusiers et une pièce de 4, si le-temps le permet. Avec un peu de hardiesse, cette opération peut réussir.

Alex. BERTHIER.

Dupont, général de division, chef de l'état-major de l'armée de réserve, au général Lannes.

Verrès, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

Le fort de Bard tient encore; nous avons 9 pièces en batterie et le commandant paraît néanmoins décidé à se défendre.

Nous sommes entrés cette nuit dans la ville de Bard, dont nous nous sommes ouvert les portes, sans que l'ennemi ail pu s'y opposer. Le chemin de communication que nous avons par là avec vous est soumis à la mousqueterie du fort; nous comptons néanmoins nous en servir pour vous faire passer de l'artillerie; plusieurs pièces doivent passer cette nuit.

Le général Moncey est sur le point d'agir par le Gothard. Le général Turreau a dû attaquer hier l'ennemi à Suze. Ces diversions vous seront extrêmement utiles.

Plusieurs déserteurs et prisonniers, que j'ai interrogés, annoncent que l'ennemi a évacué Ivrée. Il est bien essentiel de connaître ses mouvements et sa force, pour que le général en chef puisse prendre le parti le plus convenable à temps. Envoyez émissaires sur émissaires, afin de pouvoir me donner des renseignements prompts et certains.

Le général en chef est en ce moment à Aoste, où il a été trouver le Premier Consul.

Vous recevrez demain des cartouches.

Je vous salue.

DUPONT.

P. S. – Je vous prie de m'envoyer copie de la sommation que vous avez faite au commandant du fort de Bard. {p.467}

* * *

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Aoste, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800), 11 heures.

Je reçois, citoyen Général, votre lettre de ce matin, à 3 heures (58), avec celle du général Lannes. J'espère qu'à l'heure qu'il est, j'ai à vous complimenter sur la prise du château de Bard.

Lorsque vous en serez maître, ne laissez pas dilapider les approvisionnements; il faut y mettre garnison avec un bon commandant. Vous sentez que, si nous changeons de ligne d'opérations, il est extrêmement important d'avoir ce petit fort, qui ferme la vallée et nous assure les moyens de reprendre, quand nous le voudrons, la ligne de communication d'Aoste. Quand la campagne aura pris un caractère différent, alors nous pourrons nous eu défaire en le faisant raser.

Le général Chambarlhac a mené avec lui ses canons, ce qui a causé beaucoup de fatigues à ses troupes. Sa division ne sera pas encore réunie à Étroubles ce soir. Il pourra donc, tout au plus, être demain à Aoste; j'espère qu'il y sera avec ses huit pièces de canon.

Monnier est toujours à Étroubles; il pourra filer après la division Chambarlhac.

Les Italiens vont ce soir à Châtillon. Si vous êtes maître du fort de Bard, vous pouvez les envoyer de suite à Ivrée; sans quoi, vous ferez bien de les envoyer à Gressoney.

Le 2e de chasseurs se rend à votre quartier général. Le général Harville, avec le reste de la cavalerie, vient coucher ce soir à Aoste.

La 19e légère, doit être aujourd'hui à Martigny je suppose que la 72° la suivra de quatre à cinq jours.

Les 1000 hommes de cavalerie venant de Paris doivent être aujourd'hui à Villeneuve et Martigny. Ainsi, vous voyez que, dans cette décade de prairial, vous aurez à Ivrée votre armée bien réunie et en mesure de tout faire. Justement, dans le même temps, Moncey sera en mesure sur le Saint-Gothard.

Je vous salue.

BONAPARTE.

Tâchez d'envoyer des gens du pays pour savoir si l'on a des nouvelles du général Turreau (59). {p.468}

Le Premier Consul, au général Lacombe-Saint-Michel.

Aoste, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

Deux pièces de 12, citoyen Général, viennent d'arriver du Petit-Saint-Bernard sur leurs affûts et sans aucun secours de traîneaux (60).

Je désirerais que vous pussiez nous en faire passer huit ou dix par le même endroit.

Dirigez par le Petit-Saint-Bernard toutes les cartouches, ainsi que toutes les munitions de 4, de 8, de 12 et d'obusiers, jusqu'à concurrence de 8,000 coups de canon.

L'artillerie a eu un peu plus de peine à passer le Grand-Saint-Bernard ; il a fallu la démonter.

Le citoyen Petiet m'a écrit qu'il vous allait assurer le payement de ce qui vous était nécessaire, et le Ministre de la guerre me mande qu'il vous en a expédié l'ordonnance.

Je vous salue.

BONAPARTE.

P. S. (61) – Faites-nous passer, avec les pièces que vous nous enverrez, les attelages qui pourraient se trouver dans votre arrondissement (62). {p.469}

Dans la journée du 22 mai, Berthier vient de Verrès à Aoste prendre les ordres du Premier Consul. Il n'existe aucune trace de leur entretien; mais les instructions du Premier Consul sont indiquées par l'ordre donné par Berthier à son retour à Verrès, dans la nuit du 22 au 23 (voir p. 484).

Quelques heures après le départ de Berthier, le Premier Consul lui écrit:

Le Premier Consul, au général en chef Berthier.

Aoste, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800), 10 heures du soir.

Le général Chambarlhac me mande, citoyen Général, que le 4 au soir il sera à Aoste avec toute sa division et toute son artillerie; le 6 il pourrait donc être à Ivrée (63). La division Monnier peut y être le 5, ainsi que toute la cavalerie.

Ainsi, on peut calculer que, le 7, toute votre armée sera réunie entre Saint-Martin et Ivrée; j'espère que vous aurez pris le fort avant ce temps-là. S'il n'était pas pris, on pourrait laisser la division Chabran en continuer le siège, et une partie des Italiens occuper la tête de la vallée de Valla, la cavalerie et l'artillerie passant de nuit sur le chemin entre le fort et le village.

Si le général Lannes peut mettre un bon commandant dans le château d'Ivrée avec 2 ou 300 hommes, s'il peut attirer sur Ivrée le général Turreau, vous vous trouverez avoir un {p.470} pont de retraite sûre sur la Dora-Baltea pour pouvoir vous retirer sur Suze; et par là vous vous trouverez à même d'agir en toute liberté, selon les mouvements de l'ennemi et selon les nouvelles du général Moncey.

Je crois que vous feriez bien de renvoyer à l'avant-garde le petit bataillon d'Italiens que vous en avez séparé.

Donnez ordre au général Lechi de prendre possession de Gressoney, et d'envoyer des détachements de Riva dans le Val-Sesia, et sur Biella, par Monte-Mousson; vous pourriez envoyer au général Lannes les deux pièces. de 4 qu'il a.

Il est donc important de faire passer demain le plus possible de pièces de canon au général Lannes et au général Boudet. Recommandez, en attendant, au général Lannes, de. bien éclairer les mouvements de l'ennemi du côté de Biella et de Santhia. Il doit surtout, provisoirement, se placer entre Ivrée et Saint-Martin, de manière à ne pas pouvoir être coupé d'avec la vallée de Valla (64), ce qui ne doit, pas l'empêcher d'envoyer des détachements battre la plaine, prendre des nouvelles de l'ennemi et du général Turreau. Surtout, recommandez bien aux généraux Lechi et Lannes d'envoyer des espions et des partis sur Biella, afin de bien connaître les mouvements de l'armée de ce côté-là.

Je vous salue (65).

BONAPARTE.

* * *

Watrin, général de division, au lieutenant général Lannes, commandant l'avant-garde (66).

Ivrée, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

D'après vos ordres, citoyen Général, la division que je commandé a quitté sa position de Montestrutto, pour aller {p.471} s'emparer d'Ivrée. L'ennemi, au nombre d'environ 6,000 hommes d'infanterie et de cavalerie, occupait cette ville et le fort (67).

L'attaque fut vive de notre part, et après deux heures de combat et d'une résistance vigoureuse, un bataillon de la 22e ayant à sa tête le capitaine Cochet, aide de camp du général de brigade Malher, a escaladé le fort et s'en est emparé à la baïonnette.

Cependant, l'ennemi faisait encore une défense très opiniâtre sur les remparts de la ville fraisée et palissadée.

L'assaut fut décidé sur les trois points. Les braves 22e et 40e viennent à bout de couper à coups de haches les barrières et les chaînes des ponts-levis, au centre et à gauche de la ville, tandis qu'avec l'audace et l'intrépidité qui vous ont toujours caractérisés, vous enfonciez la porte de droite. Toutes les colonnes pénétrèrent en masse dans la ville, où nous fîmes près de 300 prisonniers, après en avoir tué et blessé un aussi grand nombre (68).

Le général Malher, les adjudants généraux Hulin et Garreau sont entrés les premiers, à la tête des troupes, le chef de bataillon Marrenne, mon aide de camp le citoyen Bernard, capitaine du génie, ont les premiers monté à l'assaut à la porte du centre. Beaucoup d'officiers et soldats des excellentes 22e et 40e se sont particulièrement distingués. Je vous ferai connaître leurs noms.

Nous avons à regretter de notre côté une vingtaine de braves tués ou blessés, parmi lesquels le chef du 3e bataillon {p.472} de la 22e demi-brigade de ligne. Toute la troupe s'est parfaitement conduite (69).

Salut et amitié.

WATRIN.

Ordre de la division Watrin (70).

Ivrée, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

Le général Watrin, commandant la division, ordonne à tous les chefs des corps de la division de compléter de suite toutes les compagnies de grenadiers et d'avoir soin de remplacer exactement, le lendemain d'une affaire, les grenadiers qui pourraient être tués ou blessés.

Les chefs de corps adresseront de suite au chef de l'état-major l'état nominatif des soldats qui connaissent le métier de boulanger et de boucher, afin qu'on puisse s'en servir lorsque les employés de la division restent en arrière.

Le général recommande bien aux troupes de sa division de joindre, à la bravoure qui la distingue, l'amour de l'ordre et de la discipline; elles doivent s'apercevoir que le pillage indispose contre nous les habitants du pays et nous prive des subsistances que nous pourrions y trouver.

Le général passera fréquemment des revues de butin, et ceux dans les sacs desquels il sera trouvé des effets pillés, seront arrêtés et condamnés à mort par une commission extraordinaire.

Le Général divisionnaire,

F. WATRIN, {p.473}

L'adjudant général Hulin, à. la municipalité d'Ivrée.

Ivrée, le 2 prairial an 8 (22 mai 1800).

Les intentions du général commandant l'avant-garde sont que personne autre que le commissaire des guerres Barmal, qui remplit les fonctions d'ordonnateur auprès des divisions Watrin et Boudet (71), fasse des réquisitions, soit de subsistances ou tout autre objet.

Je vous invite à me faire connaître quiconque se permettrait de vous requérir quelque chose sans un ordre exprès du général commandant.

HULIN. {p.474}

Le général Lannes, commandant l'avant-garde de l'armée française, aux habitants du Piémont.

Ivrée, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Piémontais,

Quand nous arrivons pour vous arracher au joug qui vous humilie et vous écrase, les émissaires de vos oppresseurs s'arment contre nous des poignards de la calomnie. Mais elles seront impuissantes, les attaques des fauteurs de vos tyrans.

Le Premier Consul de la République, Bonaparte, marche à la tête des Français. Ses vertus, son courage, l'élévation de son caractère, tout, quand l'Europe le contemple, vous présage des projets dignes de sa gloire et vous garantit des bienfaits.

D'ailleurs, rapprochez les Français de vos oppresseurs. Voyez-nous ramenant dans les belles campagnes qui les virent naître, dans les bras de leurs amis, de leurs enfants et de leurs épouses, 10,000 de vos concitoyens formés en légions. Ils furent, vous le savez, persécutés, bannis, et ils le furent parce qu'ils eurent de l'honneur et du courage. Ah ! ce n'est pas nous qui punissons le désir d'une noble indépendance ! Ce n'est pas nous qui entassons les hommes généreux dans les cachots infects du crime !

Relevez donc, Piémontais, relevez, au bruit de nos armes, vos fronts humiliés ! Brisez les fers qui pèsent si cruellement sur votre patrie. Ralliez-vous à vos compatriotes arrachés par des barhares aux affections les plus douces, les plus respectables de la nature Marchez à côté des Français qui, au nombre de 100,000 hommes, viennent vous venger.

Vos cités, vos campagnes, où les traces hideuses de la misère sont partout empreintes, vont jouir, protégées par un peuple ami, de la paix et de l'abondance. Vous êtes maintenant en proie à tous les maux; mais, si, dignes de vous-mêmes, vous répondez au signal que nous donnons à l'Italie, bientôt votre indépendance sera reconquise, votre dignité et votre bien-être assurés.

Imposez silence à ces hommes aussi dangereux qu'ils sont lâches, à ces hommes qui, rappelant sans cesse des erreurs inséparables d'une grande agitation politique, osent proclamer en tous lieux que c'est votre culte qu'on veut attaquer. Non, Piémontais, non; ce n'est pas à des opinions consacrées par des siècles, à des opinions qui sont si chères que les Français porteront atteinte. Je donne, au contraire, au nom du Premier Consul de la République, l'assurance de les protéger. Vous savez si Bonaparte manque aux promesses qu'il a jurées.

Piémontais, la gloire vous appelle. L'Europe va juger jusqu'à quel point vous méritez de compter parmi les peuples faits pour honorer la terre (72).

LANNES. {p.475}

Ordre du jour de l'avant-garde.

Ivrée, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Le général commandant l'avant-garde a reçu avec douleur des réclamations sans nombre contre les troupes sous ses ordres, de la part des habitants des pays par où ils viennent de passer, que le pillage a totalement désolé.

Voulant arrêter de semblables excès, qui, en déshonorant l'armée française, indisposent naturellement contre elle ceux mêmes des habitants de ces contrées qui l'y voient arriver avec plaisir, il rappelle aux chefs des corps l'obligation où ils sont de faire partout scrupuleusement respecter les propriétés et les personnes (73). Il leur ordonne de prendre, pour cet effet, les mesures les plus sévères, les rendant personnellement responsables des vols qui se commettront à l'avenir par leurs subordonnés. Il les prévient qu'il renverra sur les derrières ceux des corps contre lesquels il recevra de nouvelles plaintes (74).

Les ordres sont donnés pour que la subsistance de la troupe soit assurée (75). {p.476}

Tout pillard sera arrêté et traduit par-devant une commission extraordinaire, pour être jugé sur-le-champ et puni de mort.

Le commandant de la gendarmerie fera exercer la plus grande surveillance pour assurer l'arrestation des brigandages.

Le présent ordre sera lu à la tête de chaque compagnie.

La distribution de la viande se fera aujourd'hui à 4 heures après-midi, à la 6e demi-brigade légère, aux 22e, 28e, 40e de ligne, au 12e de hussards, au 21e de chasseurs (76), à l'artillerie, aux sapeurs et à la gendarmerie (77).

L'Adjudant général, chef de l'état-major de l'avant-garde,

HULIN. {p.477}

* * *

Alexandre Berthier, général en chef de l'armée de réserve, au chef d'état-major (78).

Verrès, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Donnez l'ordre au commandant d'artillerie d'envoyer tout de suite au général Lannes, à Ivrée, 10 canonniers pour servir l'artillerie qu'il a prise dans cette place. Il faut qu'ils y soient rendus le plus promptement possible.

Recommandez au général Loison d'envoyer un bataillon à Donnas.

Alex. BERTHIER.

Dupont, général de division, chef de l'état-major de l'armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Verrès, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

Citoyen Ministre,

L'ennemi chassé de Châtillon, s'étant jeté dans le château de Bard, ainsi que je vous en ai déjà rendu compte, ce fort a été bloqué le 30 floréal; il a été attaqué le lendemain et l'on continue à le battre.

L'armée n'a point ralenti sa marche.

L'avant-garde, aux ordres du général Lannes, s'est portée le 1er prairial sur Saint-Martin et la division Boudet sur Donnas.

Dans la nuit du 1er au 2, la division Loison a pris possession de la ville de Bard. Les sapeurs et les grenadiers de la 58e demi-brigade en ont ouvert les portes; le général Gobert était à leur tête. L'entrée de la ville était défendue par quatre ponts-levis placés sous le feu du château. Le général de division Loison a dirigé lui-même cette opération hardie, où j'ai surtout remarqué l'adresse et l'audace des sapeurs. On s'est emparé de quelques approvisionnements de bouche destinés pour la garnison.

L'avant-garde a marché de Saint-Martin sur Ivrée dans la {p.478} journée du 2, elle a trouvé cette place gardée par un corps nombreux qui devait recevoir le lendemain un renfort de 5,000 hommes. Il s'est établi entre la garnison qui tirait du haut des remparts et nos troupes, un feu de mousqueterie très vif, qui a duré deux heures. Le général Lannes s'est alors décidé à une attaque de vive force. L'impétuosité française a surmonté, en un moment, toutes les difficultés, et la place a été soumise.

Le général de division Watrin, le général de brigade Malher et l'adjudant général Hulin, ont marché les premiers à l'assaut. Le général Lannes donne les plus grands éloges à toute l'avant-garde, dont l'intrépidité s'est signalée dans cette glorieuse action.

On a trouvé dans Ivrée plusieurs bouches à feu que l'ennemi a enclouées dans sa fuite; il a perdu 300 hommes faits prisonniers de guerre et les remparts ont été jonchés d'un grand nombre de morts. Notre perte est très légère; un chef de bataillon de la 22e de bataille a été tué.

La possession d'Ivrée nous assure de grands avantages et sa prise honore beaucoup l'armée.

Je vous salue, citoyen Ministre.

DUPONT.

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    {p.434}
  1. En août 1799, des détachements de la division Compans, faisant partie de l'aile gauche de l'armée des Alpes, avaient passé le Petit-Saint-Bernard.

    Quelques semaines après, « Duhesme, d'Aoste, se porta sur Châtillon; il fut arrêté par le fort de Bard; quelques troupes légères seulement passèrent et arrivèrent près d'Ivrée. . . . . » (Œuvres de Napoléon; Corr. de Napoléon, t. XXX, p. 339).

  2. « Renseignements sur la route du Grand-Saint-Bernard jusqu'au Pô, en passant par Aoste ». Sans date ni nom d'auteur (Archives du génie). Il se pourrait que ce rapport soit du général Herbin, un des brigadiers de la division Chambarlhac.
  3. « Le rocher de Bard, placé entre la Doire et la ville, occupe avec sa masse presque tout l'espace de la gorge; dans le sens longitudinal, il ne laisse, à l'un de ses côtés, que le lit resserré de la rivière, bordé sur la droite de son cours par les montagnes escarpées {p.435} du Porcil; du côté opposé, se trouve la ville, formée de deux seules rangées de maisons au milieu desquelles passe, comme dans un défilé, l'unique rue qui la traverse; la rangée de maisons au sud est adossée aux escarpements d'Albarède » (Relation du siège de Bard en 1800, écrite en 1838 par le général A. Olivero, p. 13. Aoste, 1888).
  4. Journal de la campagne de l'armée de réserve de Brossier.
  5. Le 28 mai, Berthier adressait au Premier Consul un « rapport sur les premières opérations de l'armée de réserve ». Il rendait compte de la prise de la ville de Bard, aussitôt après avoir parlé du combat de Châtillon, sans mettre une seule date avant le 5 prairial (25 mai). Ce rapport figure à la correspondance de Napoléon, n° 4852.

    C'est peut-être ce document qui a engagé M. Thiers à présenter l'avant-garde rencontrant « un obstacle imprévu » et à exposer que :

    « Lannes, qui n'était pas homme à s'arrêter, lança sur-le-champ quelques compagnies de grenadiers, qui abattirent les ponts-levis et entrèrent dans Bard, malgré un feu très vif » (Consulat et Empire, tome 1er, p. 371).

    En réalité, le combat de Châtillon eut lieu le 18 mai; Lannes arriva le 19 devant Bard, et, comme on le verra plus loin, c'est seulement dans la nuit du 21 au 22, que, non pas les troupes de Lannes, mais les grenadiers de la 58e, de la division Loison, donnèrent l'assaut à la ville basse et s'en emparèrent. {p.436}

  6. Voir l'ordre de la veille, p. 413.
  7. Rapport des marches et opérations de la division Boudet, à compter de son départ d'Aoste jusqu'à la capitulation de l'armée ennemie.
  8. L'hospice ne distribue le 19 mai que 1311 bouteilles de vin et 46 livres de fromage (Archives du Grand-Saint-Bernard).
  9. Bulletin helvétique, n° du 22 mai. {p.437} {p.438}
  10. La division Boudet se porte d'Arnaz à Bard dans la matinée et est chargée de l'investissement.

    « . . . . . Le 30, ma division fut chargée de cerner le fort de Bard, qui se trouve dans une gorge resserrée et qu'il maîtrise de tous côtés; elle remplaça la division Watrin qui se portait en avant » (Rapport des marches et opérations de la division Boudet).

    « Le 30, elle (la division Watrin; est relevée dans ses positions par la division Boudet dont une partie vient s'établir à Donnas et complète le blocus … » (Journal de la campagne de l'armée de réserve de Brossier). {p.439}

  11. Livre d'ordres du général Marescot (Archives du génie). {p.440} {p.441}
  12. L'infanterie de Lannes était en avance sur les prévisions de Berthier, puisque dès le 20, elle était rendue on aval de Bard, et occupait Carema, situé à 2 kilomètres plus loin que Saint-Martin. {p.442}
  13. Voir l'annexe n° 19. {p.443}
  14. État de l'artillerie et des munitions arrivées à Aoste le 30 floréal, à 1 heure.
    45,000cartouches d'infanterie;
    112obus;
    1caisse de sachets d'obus;
    27coups à boulets de 8;
    50coups à mitraille de 8;
    18coups à boulets de 4;
    1baril contenant 3,500 pierres à fusils;
    20 (sic, lire plutôt 2)affûts-traîneaux de 4, dont 1 seul avec sa chevrette;
    2affûts-traîneaux d'obusiers, dont 1 seul avec sa chevrette et son levier brisé.

    Il manque pour tous les autres, leviers brisés, cordages et petits leviers portereaux.

  15. Les pièces d'artillerie parvenues devant Bard ou sur le point d'y arriver semblent donc être les suivantes:
    A l'avant-garde: Deux pièces de 3 prises à l'ennemi;
    Deux pièces de 8 de la division Watrin.
    En route: Deux pièces de 4 parties d'Aoste dans la nuit du 18 au 19 mai (de la division Chabran) ;
    Un obusier de 6 et une pièce de 4 partis d'Aoste le 19 (de la division Watrin) ;
    Un obusier parti d'Aoste le 19 au soir (de la division Chabran);
    Une pièce de 8 partie d'Aoste le 20 (de la division Chabran);
    Deux pièces de 4 et un obusier partis d'Étroubles le 20 (de la division Boudet) ;
    Quatre affûts-traîneaux, dont deux en bon état, partis d'Aoste le 20 au soir (de la division Watrin);
    Des munitions parties le 20 au soir (de la division Watrin).

    En dehors des 2 pièces autrichiennes, l'artillerie disponible dans la vallée d'Aoste, le 20 mai, comprend donc 11 pièces, dont 4 venues par le Petit-Saint-Bernard.

    Pour donner un exemple du peu de confiance que l'on doit accorder aux Mémoires, {p.444} même à ceux des contemporains qui semblent les plus dignes de foi, il suffit de rapprocher ces indications du récit fait par le duc de Rovigo dans ses Mémoires, tome 1er, p. 255 :

    « . . . . . L'ardeur fut telle que le Premier Consul trouva le lendemain (20 mai), au pied de la montagne, du côté de l'Italie, cinquante pièces de canon sur leurs affûts. Elles étaient accompagnées de leurs caissons, pourvues de munitions qui avaient été transportées à dos de mulets. Les pièces, les voitures étaient attelées et prêtes à marcher. »

  16. Le commandant du fort était le capitaine Bernkopf, qui avait avec lui deux compagnies de grenadiers du. régiment Kinsky (OEstreichische militärische Zeitschrift, tome XXVI, 1822, p. 179)

    Une autre sommation était faite dans la journée.

    D'après la même revue, tome XXVI, p. 181, le capitaine Bernkopf répondit par une décharge de mitraille des batteries du fort et la déclaration qu'il connaissait aussi bien les moyens de se maintenir que l'importance de son poste. {p.445} {p.446}

  17. D'après « Maringo », par Joseph Petit, fourrier des grenadiers à cheval de la garde des Consuls, an 9 (1801), page 7.

    La brochure de Petit est loin d'être exacte en tout point, mais elle paraît digne de foi pour quelques faits dont Petit a été acteur.

  18. Le chemin était carrossable jusqu'à Saint-Pierre, mais pour les chars du pays seulement. Le Premier Consul laissa donc sa voiture à Martigny; il en fit cadeau aux chanoines, qui la vendirent l'année suivante à Murat pour 25 louis (Tradition de la maison prévôtale du Grand-Saint-Bernard à Martigny). Les moines ont gardé en souvenir du passage du Premier Consul la boîte à flacons qui était dans cette voiture.
  19. Révérend Murith, prieur de Martigny et Père Ferretaz, procureur (D'après Cagliani, dans sa brochure: Il passagio di Bonaparte per il Grande-Sant-Bernardo).
  20. Le passage du Premier Consul au Grand-Saint-Bernard est rappelé par une plaque de marbre que la république du Valais fit placer dans le couvent le jour du couronnement de l'Empereur, 2 décembre 1804.

    On y lit l'inscription suivante:

    Napoleoni primo francorum imperatori semper Augusto
    Republicae Valesianae restauratori semper optimo
    AEgyptiaco bis italico semper invicto
    In monte iovis et sempronii semper memorando
    Republica valesiae grata Il decembris anni MDCCCIV.

    L'hospice possède aussi dans son église un monument qui contient la dépouille mortelle du général Dessaix.

  21. D'après le récit de l'abbé Vesenda, publié par Cagliani, le Premier Consul se fit apporter à Étroubles une botte de paille et comme des officiers se plaignaient devant lui de ne pas être logés: Voici, leur dit-il, où je vais dormir cette nuit. {p.447}
  22. La réalité nous met donc bien loin du tableau de David représentant le Premier Consul sur un cheval fougueux qui se cabre au-dessus d'un précipice.
  23. Ce récit est pleinement confirmé, à quelques petits détails prés, par la tradition locale du village de Bourg-Saint-Pierre. Les héritiers de Dorsaz existent encore et habitent la maison que la générosité du Premier Consul a donnée à leur aïeul.

    Comme il faut à tout une note sentimentale, on raconte à Bourg-Saint-Pierre que Dorsaz était pauvre et ne pouvait épouser la jeune fille qu'il aimait, suivant l'adage du pays: Pas de maison, pas de femme. Il dut donc au Premier Consul, non seulement son habitation, mais aussi l'heureux achèvement de son roman.

    La brochure de Cagliani: Il passagio di Bonaparte per il Grande-Sant-Bernardo donne cette tradition avec une petite variante, présentée sous la forme d'un récit de Dorsaz lui-même.

    Celui-ci, retenant le Premier Consul, lui aurait dit : N'ayez pas peur capitaine. En arrivant à l'hospice, le Premier Consul, qui, chemin faisant, l'avait fait parler et s'était enquis de ses besoins, aurait tiré de sa bourse 1200 francs qu'il donnait à son guide en lui disant: C'est de la part du capitaine.

    Le même ouvrage met dans la bouche du guide Dorsaz, ce portrait du Premier Consul :

    « Bonaparte avait l'air d'un homme délicat; il avait le blanc de l'oeil et la figure jaunes comme un citron; ses longs cheveux noirs tombaient sur la passementerie d'or de son habit et son chapeau était couvert d'une toile cirée. Bien que jeune, il ne parlait et ne riait jamais et se retournait continuellement pour voir si les soldats avançaient. »

  24. Lettre écrite par Berthier, de Verrès, dans la matinée du 20 (voir p. 440). Verrès à Étroubles, 55 kilomètres. {p.448}
  25. Correspondance de Napoléon, n° 4828. {p.449}
  26. Voir la situation du 1er prairial, annexe n° 19.
  27. Voir p. 426.
  28. On lit dans le rapport du 28 mai, de Berthier au Premier Consul, « sur les premières opérations de l'armée de réserve » :

    « Des soldats portent sur leur dos deux pièces de 4 à travers le col de la Cou, et, après avoir gravi avec elles des rochers affreux pendant trente heures, ils parviennent enfin à les établir en batterie sur les hauteurs qui dominent le château. » {p.450}

  29. Voir p. 438 et 45l.
  30. « Le 30. . . . . pondant la nuit, je fis placer deux obusiers pour tirer sur le fort ». (Rapport des marches et opérations de la division Boudet.)
  31. Ces obusiers, arrivés devant Bard le 20 mai, semblent être celui de la division Watrin, parti d'Aoste dans la journée du 19, et celui de la division Chabran, parti de ce point dans la soirée du même jour. {p.451} {p.452}
  32. D'après le Journal de Brossier, la batterie basse comprenait « différentes batteries d'obusiers établies à droite et à gauche de la grande route, à 150 et 100 toises de distance » (sans doute de distance du fort).
  33. Marescot fut sans doute d'avis de mettre une batterie sur la rive droite de la Dora, car on lit dans le Journal de Brossier :

    « . . . . . On en dispose encore une (batterie) sur la montagne de droite, afin de croiser tous les feux. . . . . » {p.453}

  34. Berthier écrit à Dupont:

    « Donnez sur-le-champ les ordres pour que toutes les cartouches appartenant à l'avant-garde partent de suite pour la rejoindre, en suivant la route que tient la cavalerie.

    « Alex. BERTHIER. »

    (Archives de Gros-Bois).

  35. L'avant-garde s'était battue à Étroubles le 15, à Aoste le 16, à Châtillon le 18 et à Saint-Martin le 20. {p.454}
  36. Dans la journée du 21 mai, la division Boudet passe en aval du fort, prenant sans doute l'itinéraire par Albard pendant que la cavalerie passe par le col de la Cou (V. p. 456).

    « Le 1er prairial, ma division reçut l'ordre de se porter à un quart de lieue au delà de Bard, à Donnas; elle évita le feu du fort en passant la montagne, qu'avait déjà traversée la division Watrin, passage qui fut excessivement pénible et qu'on avait dû, jusqu'alors, regarder impraticable. » (Rapport des marches et opérations de la division Boudet.)

  37. Archives de Gros-Bois.
  38. Voir p. 447. {p.455}
  39. Voir p. 451.
  40. 2 ou 3; les deux chiffres sont superposés. {p.456}
  41. Voici la description de ce premier sentier, ou sentier d'Albard, d'après le Journal de Brossier :

    « . . . . . la montagne de la gauche de la Doire; on peut aussi s'en servir pour tourner Bard; mais il faut y monter par un sentier qui part de la grande route et qui est tracé au milieu des vignes et à travers les rochers qui les couronnent.

    « Ce sentier, extrêmement difficile, est exposé au feu de la place; il est, en outre, défendu par cinq lignes de retranchements établis sur le revers, qui oblique avec le fort.

    « Arrivé au haut de la montagne, au village d'Albard, on descend fort rapidement, puis on s'élève encore et l'on atteint une plaine marécageuse, à l'extrémité de laquelle on trouve une petite chapelle et des retranchements établis à la crête de la descente sur Donnas. »

  42. Le Journal de Brossier décrit ainsi ce second sentier, ou sentier de la Cou:

    « Enfin, il existe encore une communication entre Verrès et Donnas par la montagne; elle part d'Arnaz, par un sentier très rapide, passe au couvent de Notre-Dame-des-Neiges, vient gagner un hameau nommé la Cou et s'élève sur le sommet de la montagne du même nom, d'où elle vient rejoindre le sentier d'Albard à la petite chapelle, au bout de la plaine marécageuse, » {p.457}

  43. Sans doute la lettre écrite à Saint-Martin, dans la matinée du 21 mai (voir p. 451). La lettre suivante, écrite de Setto-Vitone, dans la soirée du même jour, n'a dû parvenir à Berthier que dans la nuit du 21 au 22.
  44. D'après OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, 1822, p. 106, le général de Briey avait 3,223 hommes dans la vallée d'Aoste au milieu de mai. En raison des pertes faites au combat de Châtillon et des 400 hommes laissés comme garnison dans le fort de Bard, on peut estimer à environ 2,500 hommes l'effectif des forces autrichiennes occupant la position de Montestrutto. {p.458}
  45. C'est en aval de Setto-Vitone, à Montestrutto et à Borgo-Franco, qu'eut lieu l'engagement des avant-gardes française et autrichienne :

    « Le général autrichien de Briey se trouvait avec une partie du régiment Franz-Kinsky et un bataillon Michel-Wallis dans la position de Montestrutte, et maintenait la communication avec le fort de Bard.

    « Le feld-maréchal-lieutenant Kaim avait donne l'ordre à ce général de faire tout son possible pour empêcher l'investissement du fort. Le temps que l'on devait gagner ainsi dans la vallée d'Aoste était d'une utilité inestimable pour les opérations dans la rivière. « Mais le général de Briey arriva trop tard pour atteindre ce but. Il considéra la première attaque comme une démonstration, et lorsqu'enfin les intentions sérieuses de l'ennemi se démasquèrent, il n'avait déjà plus le moyen de remplir sa mission.

    « Watrin s'était mis en marche sur Ivrée dès le 21 mai. Il attaqua sur trois colonnes le général de Briey à Montestrutto. L'une de ces colonnes, sur la rive gauche de la Dora, aidée par la seconde sur la rive droite, repoussa l'ennemi jusqu'à Borgo-Franco. La troisième descendit la montagne jusqu'à Brozzo. Cette marche en avant obligea le général de Briey à se retirer derrière Ivrée. . . . . » (OEstreichische militärische Zeitschrift, tome XXVI, 1822, p. 185 et 186.)

  46. Le Premier Consul descend le 21 d'Étroubles à Aoste. Il loge avec son état-major au séminaire d'Aoste. (Cagliani. Il passagio di Bonaparte per il grande Sant-Bernado.) {p.459}
  47. C'est le 21 mai que l'hospice fait la plus forte distribution aux troupes françaises de passage, 2,957 bouteilles de vin et 46 livres de fromage. Il semble que la 70e (division Monnier) franchit le col le 21, avec la cavalerie. La division Chambarlhac ne passe qu'en partie.
  48. Aussitôt après son arrivée à Aoste, le Premier Consul fait appeler le syndic Ruffier et le sous-intendant avocat Bianco, auxquels il prescrit de faire incessamment entrer dans le magasin militaire 1000 quintaux de riz et autant de froment ou de seigle.

    Pour satisfaire à cette injonction, le Conseil délibère de visiter les maisons et de s'emparer de toutes les denrées des particuliers. Le vice-intendant fait aussi partir pour toutes les communes environnantes les ordres les plus pressants pour concourir à cet approvisionnement.

    Le syndic Ruffier, l'avocat Martinet et le vice-intendant Bianco se rendent ensuite à l'évêché, où logeait Bonaparte, pour lui remettre copie de la délibération du Conseil et pour l'assurer de leur dévouement Ils le supplient de donner incessamment des ordres pour qu'il soit permis à cette paroisse d'extraire de la Tarentaise 2,000 quintaux de seigle ou froment et 4,000 quintaux de sel. (Archives de la ville d'Aoste. Lettres, vol. 162, 21 mai.)

    L'autorisation demandée fut accordée par arrêté du Premier Consul du 24 mai. {p.460}

  49. Correspondance de Napoléon, n° 4829.
  50. La première phrase de cet ordre semble indiquer que la division Boudet devait prendre part à l'attaque de la ville de Bard et y jouer même un rôle prépondérant. {p.461} Le compte rendu du Journal de Brossier laisse la même impression:

    « Prise de la ville de Bard (divisions Boudet et Loison). – 1er prairial. – La division Boudet reçoit l'ordre de s'emparer, dans la nuit, de la ville de Bard, en s'y portant par la montagne de gauche. Un détachement de sapeurs et de grenadiers sont commandés à cet effet, et la division Loison est chargée de profiter de ce mouvement et de le seconder du côté de Verrès. »

    Que se passa-t-il? Y eut-il contre-ordre?

    Toujours est-il que le général Marescot écrivit au général Loison:

    « Le général Marescot invite le général Loison, de la part du général en chef, à faire mettre de suite trois compagnies de grenadiers aux ordres du chef du bataillon du génie Gertut. » (Livre d'ordres du général Marescot. Archives du Génie.)

    Ce livre d'ordres ne contient aucune lettre du général Marescot au général Boudet.

    On est ainsi amené à supposer qu'il y a un lapsus dans l'ordre de Berthier et qu'au lieu de : donnez l'ordre au général Boudet, il faut lire: donnez l'ordre au général Loison. . . . .

    En tout cas, il résulte des rapports du 22 que l'attaque de la ville fut uniquement faite par le général Gobert et les sapeurs et grenadiers de la 58e demi-brigade de la division Loison.

    A coup sûr, le général Boudet ne reçut aucun ordre, puisque ses avant-postes accueillirent à coups de fusilles hommes de la division Loison (voir p. 463). {p.462} {p.463}

  51. Dans une première rédaction, on avait donné quelques détails complémentaires:

    « Un détachement se dirigea par la montagne de gauche et descendit le long du ravin où passe le conduit de la fontaine, un détachement de sapeurs et de canonniers en avant.

    « A minuit, toutes les colonnes marchent en silence sur des quartiers de roche épars, atteignent les premières palissades, les escaladent et les brisent au milieu d'une grêle de balles. . . . .

    « La garnison se retire en désordre dans le château, d'où elle fait sur les assaillants une décharge meurtrière de mitraille et fait rouler du parapet des obus et des grenades. Mais, malgré les pertes qu'elle leur fait éprouver, on se maintient et on s'établit dans la ville basse et dans la haute, » {p.464}

  52. Les deux officiers, appartenant à la 2e compagnie du 3e bataillon de sapeurs, périrent des suites de leurs blessures. Le 24 mai, le général Marescot en prévenait le général Berthier, et la compagnie n'ayant plus « d'officiers pour les remplacer », proposait « pour une place de sous-lieutenant provisoire, le citoyen Husson, sergent dans cette compagnie, d'une bravoure connue, et qui a ouvert les portes du village de Bard à nos troupes. »
  53. « Le 2, plusieurs corps détachés furent employés à inquiéter l'ennemi par un feu de mousqueterie. Dans la nuit du 2 au 3 (*), ma division favorisa l'entrée dans la ville de Bard et ouvrit sa communication avec l'armée qui était de l'autre côté. » (Journal des marches et opérations de la division Boudet.)

    (*) Il semble hors de doute qu'il faut lire: la nuit du 1er au 2.

  54. Sans doute la lettre écrite, la veille au soir, de Setto-vitone (voir p. 457). {p.465}
  55. D'après l'OEstreichische militärische Zeitschrift, tome XXVI, 1822, p. 182, le commandant du fort répondit « que sa mission et l'honneur lui commandaient de défendre le fort jusqu'à la dernière extrémité. »
  56. L'insuccès de la canonnade semble avoir empêché la réalisation de l'assaut projeté pour la matinée du 22. La première tentative d'assaut n'eut lieu que dans la nuit du 25 au 26 (voir p. 526 à 530). {p.466}
  57. Marmont, dans ses Mémoires, tome II, p. 119, s'attribue la paternité de cette idée. {p.467} Ses souvenirs semblent inexacts, car il dit que l'opération, tentée avec six pièces et six caissons, réussit parfaitement, alors que le passage échoua les deux premières nuits et réussit la troisième, pour deux pièces seulement.
  58. Cette lettre annonçait la prise de la ville de Bard (voir p. 464).
  59. Correspondance de Napoléon, n° 4831. {p.468}
  60. Le Premier Consul paraît étonné de la facilité du passage par le Petit-Saint-Bernard. Il semblerait que la viabilité de ce col lui fût inconnue. Marmont le constate dans ses Mémoires, tome II, p. 121.

    De Genève, l'armée serait arrivée aussi vite à Aoste par le Petit-Saint-Bernard que par le Grand. Mais il y avait deux motifs pour avoir adopté le passage du Grand-Saint-Bernard: transport des approvisionnements par le lac, et position centrale à Lausanne permettant de porter l'armée de réserve au nord et au sud et laissant les Autrichiens dans l'incertitude.

  61. Phrase rayée: Si vous n'avez pas la quantité de pièces de 12 que je vous demande. . . . .
  62. Le général Lacombe-Saint-Michel répondait de Grenoble, le surlendemain, 24 mai :

    « Général Consul,

    « Je reçois à l'instant votre lettre d'Aoste, du 2 prairial. Il partira de suite, ainsi que vous l'ordonnez, jusqu'à la concurrence de 8,000 coups de canon de différents calibres.

    « Trois pièces de 12 étaient renvoyées de Chambéry sur Embrun et sont parties hier de Grenoble. J'envoie de suite une ordonnance qui les rencontrera à la Mure cette nuit, de sorte que j'ai lieu do croire qu'elles arriveront ici demain. Après-demain,' elles partiront pour le Petit-Saint-Bernard. C'est tout ce qu'il y a ici en pièces de 12 montées sur affût,

    « Je vais trouver à l'instant le préfet de l'Isère pour qu'il avise aux moyens de se procurer des fonds pour payer les charretiers. Ils ne veulent point marcher sans qu'on leur paye la totalité; ils ont fait le dernier convoi demandé par le général Marmont avec moitié d'avance, et comme ils n'ont pas été payés de la seconde moitié qu'on leur avait promise, il leur faudra la totalité.

    « Si j'avais des fonds à ma disposition, j'en ferais l'avance sans difficulté; mais je n'ai pas encore un sou des 100,000 francs que vous avez mis à ma disposition: Cette raison m'a empêché de me rendre à Lyon pour faire harnacher et vous envoyer de suite les 500 chevaux que vous m'avez ordonné de faire passer au général Marmont.

    « La pénurie de fonds dans laquelle se trouve la direction de Grenoble, ainsi que la caisse du parc de siège, nuit journellement à l'exécution du service.

    « Dans l'intervalle de votre lettre à l'expédition du convoi que je vous envoie, il vous {p.469} sera parvenu sans doute quatre pièces de 12 d'un premier convoi, qui ont été envoyées d'ici sur la Tarentaise, ce qui complétera les huit que vous me demandez.

    « Il m'est impossible de vous envoyer des attelages de chevaux d'artillerie. Le peu qu'il restait à la direction est parti pour Genève.

    « Salut et respect.

    « J.-P. LACOMBE-SAINT-MICHEL. »

    « Le préposé des transports militaires de Lyon a écrit à son sous-préposé de Grenoble de ne plus rien faire en son nom sans être payé d'avance. »

    « P. S. – Un officier venant de Fenestrelles m'a dit que, dès le 29 floréal, les ennemis avaient abandonné la vallée d'Oulx; que, le 30, à son passage à Cézane, il n'y avait plus que très peu de troupes; que le quartier général du général Turreau était à Suze. Je viens de faire passer à cet officier général, par une voie très prompte, l'avis que, le 2 de prairial, votre avant-garde était près d'Ivrée.

    « J.-P. LACOMBE-SAINT-MICHEL. »

  63. Aoste à Ivrée, 72 kilomètres par la route, soit 36 kilomètres par jour, avec le passage très difficile d'Arnaz à Donnas, par la montagne d'Albard. {p.470}
  64. La vallée de Valla, ou da Lys, ou de Gressoney, aboutit à la vallée de la Dora, un peu en aval de Donnas.

    L'occupation de Gressoney par la légion italique et de Saint-Martin par Lannes assure à l'armée une ligne d'opérations indépendante du fort de Bard, par Saint-Martin, la vallée de Valla, Gressoney, le col de Fenestre, Brusson, Verrès et Châtillon, sur les Grand et Petit-Saint-Bernard.

    En même temps, l'occupation d'Ivrée et la jonction avec Turreau peuvent donner une autre ligne d'opérations par Suze sur le Mont-Genèvre.

  65. Correspondance de Napoléon, n° 4832.
  66. Moniteur du 18 prairial an 8. {p.471}
  67. Les Autrichiens avaient jugé impossible de livrer combat en avant d'Ivrée:

    « Le terrain, excessivement coupé et montagneux, aurait exigé le morcellement des forces combattantes, et, en cas de défaite, aurait eu pour conséquence une déroute complète des défenseurs. » (OEstreichische militärische Zeitschrift, t, XXVI, 1822, p. 186.)

  68. Le rapport du 28 mai, de Berthier, « sur les premières opérations de l'armée de réserve », précise quelques points: « Nous avons fait 500 prisonniers et pris 15 pièces d'artillerie. »

    Les premiers rapports donnaient moins de prisonniers et de canons pris: 96 prisonniers d'après une lettre du 23 mai (voir p. 490) 250 prisonniers et 7 pièces d'après une autre lettre du 23 mai (voir p. 488); 400 prisonniers et 10 pièces d'après le Bulletin de l'Armée de réserve du 24 mai (voir p. 513). La lettre du 24, de Berthier, fait mention de 13 pièces (voir p. 500).

    La revue militaire autrichienne porte à 14 le nombre de canons existant dans la ville et le château, et ajoute plus loin que les Autrichiens perdirent 300 hommes et toute leur artillerie (t. XXVI, 1822, p. 186 et 187). {p.472}

  69. Le rapport de Berthier, du 28 mai, ajoute:

    « . . . . . Nous n'avons eu à regretter que 20 hommes tués ou blessés. Le citoyen Ferrat, cher de bataillon de la 22e demi-brigade, est du nombre des morts. »

    Par une erreur inexplicable, ce rapport assigne à la prise d'Ivrée la date du 4 prairial (24 mai). (V. Corr. de Napoléon, n° 4852.) Le Bulletin de l'Armée de réserve du 24 mai l'indique. le 23. (V. Corr. de Napoléon, n° 4846.)

    L'OEstreichische militärische Zeitschrift, t. XXVI, 1822, p. 186 et 187, va plus loin; elle fait durer le combat trois jours: « . . . . . Aussitôt Lannes fit attaquer la ville et le château (le 22), mais il éprouva pendant deux jours une sérieuse résistance. Sur ces entrefaites, les premiers canons qui avaient traversé Bard arrivaient (*). Lannes décida dès lors une attaque sérieuse. . . . . Le 24, à 2 heures de l'après-midi, on bombarda de plusieurs points la ville et le château avec des grenades. Le château répondit par un feu violent. Mais, après deux heures d'efforts, 10 capitaine Cochet parvint à escalader les murs du château et à s'en emparer. . . . . »

    En revanche, le Journal de Brossier donne le 21 mai (l5 prairial) comme date de ce combat, et la même erreur est inscrite au Musée de Versailles, salle 80, sous la toile qui représente la prise d'Ivrée. Les tableaux de cette période ont été faits par Bagetti, d'après les indications du journal de Brossier.

    En réalité, le combat d'Ivrée eut lieu le 22 mai et ne dura qu'un seul jour; il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet.

    (*) Les premières pièces ne traversèrent la ville de Bard que dans la nuit du 24 an 25 (voir p. 518).

  70. Un détail montre combien la marche de la division Watrin avait été rapide depuis Aoste, et aussi combien les formalités judiciaires étaient scrupuleusement remplies.

    Le 16 mai, un conseil de guerre était convoqué à Aoste par le général Watrin, « pour {p.473} juger aujourd'hui, à 3 ou 4 heures après-midi, un chasseur de la 6e demi-brigade légère, prévenu d'avoir tué aujourd'hui, dans une des rues de cette ville, un officier de son corps et un habitant du pays ».

    Le chasseur « Mathurin Marsault » ne fut jugé que le 17 mai.

    Il fut condamné à mort et appela du jugement.

    Le jour même, le général Watrin convoquait le conseil de revision pour le lendemain 18, à 10 heures précises, dans la maison du chef d'état-major Hulin, pour « reviser le jugement rendu aujourd'hui par le 1er conseil de guerre contre le nommé Mathurin Marsault. . . . . »

    Ce conseil de revision était composé du général Gency, du chef de la 22e demi-brigade Schreiber, du chef de bataillon Dumont, de deux capitaines et du commissaire des guerres Trousset.

    Mais la division Watrin doit partir le 18 de bonne heure, sur un ordre reçu la nuit. Le conseil de revision ne peut donc pas avoir lieu et le condamné est conduit « lié à la suite de la division », par « un brigadier et quatre gendarmes, qui en seront personnellement responsables ».

    Le 18, la division livre le combat de Châtillon; le 19, elle se porte sur Bard et est en présence de l'ennemi toute la journée; le 20, elle tourne le fort de Bard et a des engagements à Donnas et à Saint-Martin; le 21, elle livre un combat à Montestrutto; le 22, elle s'empare d'Ivrée.

    Le condamné suit donc la division pendant cinq jours de marche, dont quatre terminés par des combats. Le 23 mai seulement, premier jour d'arrêt depuis le 17, le général Watrin ordonne au général Gency de « convoquer pour aujourd'hui, à midi, le conseil de revision » dont il est le président. Il l'avise en même temps que « le condamné se trouve dans la prison de la ville, où il est surveillé par un gendarme »

    La sentence du conseil de revision ne fut pas favorable à Mathurin Marsault, et, le surlendemain 25 mai, le général Watrin prescrit « que le jugement rendu par le 1er conseil de guerre le 27 floréal dernier soit mis à exécution ce soir, à 4 heures ».

  71. La division Boudet avait quitté Saint-Martin et bivouaquait au sud-est d'Ivrée.

    « Le 3 (prairial), le lieutenant général Lannes s'étant porté sur Ivrée avec son avant-garde, composée de la division Watrin, m'écrivit en m'invitant à suivre son mouvement, pour seconder son attaque en cas de besoin; mais un entier succès venait d'être obtenu par son avant-garde quand j'arrivai. et ma division se campa sur la route de Verceil, où elle resta le 4 et le 5. » (Rapport des marches et opérations de la division Boudet.)

    Il est probable que ce mouvement est celui exécuté le 2 prairial et non pas le 3; on a déjà vu plus haut, p. 464, note 2, que les dates du rapport des marches de la division Boudet semblent, en ce passage, en avance d'un jour sur la réalité. {p.474}

  72. Moniteur du 18 prairial an 8. {p.475}
  73. L'adjudant général Hulin au citoyen Fournier, capitaine adjoint aux adjudants généraux.

    Ivrée, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

    Conformément aux ordres du général commandant l'avant-garde, le citoyen Fournier, capitaine adjoint aux adjudants généraux, se transportera chez les caissiers, banquiers et négociants d'Ivrée, pour y prendre note des sommes en numéraire et en effets qui existent dans leur caisse, sans pourtant y toucher sous aucun prétexte. Il me rendra compte de ses opérations aussitôt qu'elles seront terminées.

    HULIN.

  74. Ordre du jour de l'avant-garde.

    Ivrée, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

    Le général commandant l'avant-garde ordonne qu'il soit fait quatre appels par jour dans chaque corps aux heures suivantes:

    • A 7 heures du matin;
    • A 11 heures du matin;
    • A 3 heures du soir;
    • A 6 heures du soir.

    La retraite se battra dans tout le camp à 7 heures. Le premier qui sera surpris hors de son poste sera arrêté et mis dans les cachots du fort.

    Les chefs des compagnies doivent être responsables ; ils seront conduits, le cas y échéant, sur les derrières de l'armée.

    Les habitants sont tous nos amis; les pillards les forcent à prendre les armes contre nous. Les généraux, chefs de corps et officiers doivent exercer la plus grande surveillance.

    Qu'on se rappelle que l'armée, il y a un an, a été forcée par les paysans de se retirer.

    Il sera fait l'inspection de tous les sacs tous les jours, pour connaître les pillards et s'assurer d'eux.

    On ne permettra point à aucun étranger quelconque d'entrer dans le camp, ni de passer les avant-postes.

    Le Général de division commandant en chef l'avant-garde,

    LANNES.

  75. L'adjudant Hulin au commissaire des guerres Barmal.

    Ivrée, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

    Vous trouverez ci-joint, citoyen commissaire, la note des munitions de bouche trouvées {p.476} dans les magasins de cette place par le citoyen Arnaud, capitaine de grenadiers, que j'avais chargé d'en faire la recherche.

    Veuillez faire mettre les différents objets à votre disposition, afin de pouvoir les employer lorsqu'il en sera nécessaire.

    P. S. – Il conviendrait que vous prissiez des renseignements à l'effet de savoir s'il n'existe rien de plus, que ce qui est porté sur la note, dans les magasins.

    HULIN.

  76. La brigade de cavalerie Rivaud n'avait pu achever le 21 son mouvement d'Arnaz à Donnas; elle le termine le 22 et rejoint l'avant-garde à Ivrée le 23.
  77. L'adjudant général Hulin au citoyen Fabert, capitaine.

    Ivrée, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

    Le général commandant la 1re division de l'avant-garde de l'armée, nomme le citoyen Fabert, capitaine, commandant de la place de son quartier général. Il s'installera, en conséquence, comme tel dans la ville d'Ivrée. Le citoyen Danture, chef de bataillon de la 40e demi-brigade, qui y commande provisoirement, lui donnera les renseignements qu'il peut avoir acquis, relatifs à ce commandement.

    Le citoyen Fabert se conformera aux instructions qui lui seront données pour l'exercice de ses fonctions.

    HULIN.

    Instructions pour le commandement de la place du quartier général de la division Watrin.

    Ivrée, le 3 prairial an 8 (23 mai 1800).

    A l'arrivée dans l'endroit où doit s'établir le quartier général de la division, les premiers soins du commandant de la place seront ceux d'y faire les logements des officiers généraux, ceux d'état-major et du génie, des commissaires des guerres et des employés attachés à la division, dont il devra avoir l'état près de lui.

    Il enverra ensuite une ordonnance de chaque corps et une garde chez le général commandant la division et le chef de l'état-major. Il enverra également une garde aux généraux de brigade attachés à la division, ainsi qu'une ordonnance de chacun des corps faisant partie de leur brigade respective.

    Il établira aussitôt une garde de grenadiers sur la place du lieu pour la police du quartier général.

    Il tiendra une note exacte des logements qu'il aura faits et en enverra copie au général commandant la division, ainsi qu'au chef de l'état-major.

    Il enverra chaque jour son rapport de ce qui se sera passé d'intéressant dans la place du quartier général au chef de l'état-major.

    HULIN. {p.477}

  78. Voir les autres ordres du 23 mai au chapitre XI, p. 484 à 494.

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96