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 Research | Napoleonic Cugnac Campagne de L’Armée de Réserve en 1800 French Partie 1 Annnexe 22

CAMPAGNE
DE
L'ARMÉE DE RÉSERVE
EN 1800

{p.688}

(PREMIÈRE PARTIE)
ANNEXE N° 22
Armée du Rhin.
Corps d'armée du lieutenant général MONCEY.
Service du génie.

5 prairial an 8 (25 mai 1800).

Reconnaissance des passages conduisant à la vallée d'Urseren, à la cime du Gothard et de là à Airolo, et des débouchés environnants qui aboutissent à ce dernier point, avec l'indication de l'espèce d'arme qu'on peut faire passer par chacun de ces chemins et des journées de marche nécessaires pour les parcourir.

L'objet principal de la mission était de reconnaître

1° Les passages conduisant de la vallée d'Urseren à Airolo, en traversant le Gothard;

2° Si d'Andermatt à Dissentis inclusivement, il n'y a point une ou plusieurs communications, au moyen desquelles une colonne partie d'Andermatt pût, en tournant sur sa droite, se joindre à Airolo à une autre colonne arrivée là par le Gothard.

Voici la réponse à ces deux questions:

1° Il y a, de la vallée d'Urseren à Airolo, trois communications:

La première passe par la vallée d'Unteralp; elle est impraticable dans ce moment à cause des neiges, etc. Une patrouille n'a pu s'y avancer au delà de deux lieues et demie.

La deuxième suit la seconde source de la Reuss, passe par l'hospice et descend à Airolo; c'est proprement le passage du Gothard.

Cette communication, solidement pavée, a de 6 à 9 pieds de large; et, malgré la raideur des montées et des descentes, elle permettrait facilement le passage de l'artillerie, si elle n'était, en quelques endroits, obstruée par les avalanches, et couverte de neige sur une lieue de longueur dans sa partie la plus élevée. L'artillerie passerait facilement sur des diables (espèces de traîneaux à roues d'un pied et demi de diamètre) dans toutes les parties de cette communication qui sont à découvert; il faudrait, sur les autres points, les faire transporter à dos de mulet, ou sur des brancards portés par des mulets, ou mieux encore, sur des traîneaux, chose qui s'est déjà faite. Cette communication est la plus facile et la plus courte.

La troisième communication suit la vallée d'Urseren, passe par Realp, le passage de la Fourche, descend dans la vallée du Rhône et conduit à Obergestelen.

Là est à gauche, une communication qui conduit à Airolo en passant {p.689} par Bedretto, l'hospice d'All-Acqua, etc. Les Autrichiens se retirèrent par là et y firent passer même leur cavalerie; mais, dans ce moment-ci, ce chemin n'est praticable qu'à l'infanterie; encore est-il très difficile.

Depuis Andermatt jusqu'à une petite demi-lieue au-dessus de Realp, le chemin est presque horizontal, facile, et plusieurs personnes peuvent y passer de front,

Depuis là jusqu'à la Fourche, ce n'est plus qu'un sentier d'un pied ou d'un pied et demi pratiqué à mi-côte, montant beaucoup et, en général, très difficile.

Le passage de la Fourche, et un bon quart de lieue au-dessus et au-dessous, sont couverts de neige.

Depuis la Fourche jusqu'au glacier du Rhône, le chemin est aussi étroit, mais moins difficile, parce qu'il descend.

Un peu au-dessus de Realp est une communication qui débouche sur Airolo, mais elle est absolument impraticable; dans ce moment, la patrouille chargée de la reconnaître a été obligée de revenir sur ses pas.

Depuis le glacier du Rhône jusqu'à Oberwald, c'est un chemin pavé de 2 à 4 pieds de large, d'une pente en général très raide, mais très praticable pour l'infanterie.

Depuis Oberwald à Obergestelen, le chemin est beau et commode. D'Obergestelen à Airolo, il est difficile et couvert de neige en plusieurs endroits.

2° Depuis Andermatt à Dissentis, il y a trois communications qui conduisent à Airolo, la première devant Tschamut, la deuxième devant Tavetsch et la troisième suit la vallée de Dissentis, passant par Medels, Platta, Sainte-Marie, le col de séparation des eaux du Rhin du milieu et d'une branche du Tessin, le lac de Ritom, Brugnasco et Airolo,

Les deux premières de ces communications sont impraticables dans ce moment; ce ne sont, au reste, que des sentiers de chasseurs, par lesquels un fantassin ne pourrait passer qu'avec la plus grande difficulté.

D'Andermatt à Tschamut, le chemin n'est qu'un sentier étroit, pratiqué sur un terrain très difficile, montant et descendant beaucoup; un seul homme peut y passer de front.

De Tschamut à Dissentis, le chemin n'a qu'une pente assez douce; il a plusieurs pieds de large, la cavalerie même pourrait y passer.

Il y a, de Tavetsch à Steigne, une communication praticable pour l'infanterie.

De Dissentis à Sainte-Marie, le chemin monte beaucoup; il est presque partout large de plusieurs pieds; mais sur la dernière lieue et demie, il est couvert d'un pavé très inégal et embarrassé de pierres, ce qui rend la marche beaucoup plus difficile et plus lente.

De Sainte-Marie à la vallée du Tessin, le chemin est très mauvais; la neige du fond de la vallée n'est point fondue; il faut marcher à mi-côte, en montant beaucoup à travers des pierres de toutes grosseurs, entassées dans le plus grand désordre, et entre lesquelles on court à chaque instant risque de tomber jusqu'aux genoux, ou même à moitié corps.

Le col et un bon quart de lieue en deçà et au delà sont couverts de neige; depuis la naissance de la gorge du Tessin jusqu'au lac du Ritom, le chemin est très facile, plusieurs hommes peuvent y aller de front; devant le lac, ce n'est qu'un sentier d'un pied on un peu plus, pratiqué à mi-côte, à une certaine hauteur au-dessus des eaux. {p.690}

Depuis la sortie du lac jusqu'à Brugnasco, le Tessin fait trois ou quatre grandes chutes, vis-à-vis desquelles le chemin se replie plusieurs fois sur lui-même; il a dans toute cette partie une pente très raide; mais, large de plusieurs pieds, il permet facilement le passage de l'infanterie.

De Brugnasco à Airolo, on peut remonter la chaussée qui débouche en Italie, le long du Tessin; il y a aussi, sur la droite, plusieurs sentiers praticables à mi-côte.

On peut aller de Tavetsch à Sainte-Marie sans passer par Dissentis; on abrège d'une grande lieue, mais le chemin est plus mauvais; ce n'est qu'un petit sentier pratiqué à travers bois, montant et descendant beaucoup.

En tournant à gauche, à Sainte-Marie, on passe d'une petite gorge du Rhin dans la vallée d'Olivona; cette communication est une des plus faciles des environs; les mulets chargés y passent très facilement; c'est par elle que se fait le commerce d'Italie avec les haut Grisons. On n'a pu pénétrer dans cette communication, parce qu'on a trouvé l'ennemi à son origine; mais l'on s'est assuré d'ailleurs de l'exactitude de ce qu'on vient de dire à ce sujet.

On est allé d'Obergestelen dans la vallée du Rhône, à l'hospice de la vallée de l'Aar, en traversant le Grimsel; cette communication est praticable pour l'infanterie; quelques mulets ont déjà passé; c'est par là et par Obergestelen à Airolo que se fait le commerce d'Italie avec la vallée de l'Aar.

De Grund, dans la vallée de l'Aar, part une communication qui aboutit à Wasen, et par laquelle on a fait passer l'artillerie. Du même point et des environs partent d'autres communications qui aboutissent à Altdorf, Busch, Lucerne, etc. {p.691}

Table indicative de la distance des lieux dont on vient de parler; du temps qu'on a mis à la parcourir et de celui qu'il faut pour cela aux différentes armes.

{p.692}
INDICATION DES LIEUX. LEUR
DISTANCE.
TEMPS
MIS
à la parcourir.
TEMPS PRÉSUMABLE
QU'IL FAUT A
OBSERVATIONS.
L'INFANTERIE. LA CAVALERIE. L'ARTILLERIE.
lieues.
D'ANDERMATT à AIROLO, en traversant le Gothard, passant par l'hôpital et l'hospice des Capucins. 4 1/2 5 heures. 7 heures. 8 heures. 9 heures. Les gens du pays nous ont assuré que les mulets chargés faisaient le chemin en 5 heures, et que, sous le général Lecourbe, l'artillerie avait passé en 7 heures.
D'ANDERMATT à DISSENTIS, en passant par Tschamut, Tavetsch, etc. 7 7 heures. Petite journée
de marche.
» » Toutes les communications sont praticables pour les mulets du pays, mais on croit que ce serait trop pour notre cavalerie que de vouloir l'y faire passer; ce ne serait même pas possible.
D'ANDERMATT à AIROLO, en passant par Medels, Sainte-Marie, le lac de Ritom et Brugnasco. 11 12 heures. Forte journée
de marche.
» »
D'ANDERMATT à OBERGESTELEN, dans la vallée du Rhône. 8 8 heures Journée
moyenne.
» »
D'OBERGESTELEN à AIROLO 9 » Bonne
journée.
» » Une partie de la cavalerie autrichienne fit sa retraite par là.
D'OBERGESTELEN à GUTTANNEN, dans la vallée de la Reuss (1), en traversant le Grimsel. 7 7 heures, Petite
journée.
» » On à fait passer de l'artillerie à dos de mulet sur le Grimsel dans la campagne dernière.

Observations générales.

1° Dans le cas où l'on voudrait arriver à Airolo sur plusieurs colonnes, on pourrait faire remonter des troupes par les vallées de la Reuss et du Rhône jusqu'à Obergestelen, où elles se joindraient à celles venant de Realp, et marcheraient ensuite sur Airolo par la communication indiquée.

2° On pense que l'artillerie pourrait arriver sur ses affûts d'Altdorf à Andermatt, sauf à dételer les chevaux de devant dans les tournants qui pourraient être trop courts, ou même à tourner les affûts à bras; seulement, il y a trois ou quatre endroits qui demanderaient chacun une réparation d'une petite demi-heure de travail; il serait bon que les hommes chargés de la faire eussent des massues de fer ou marteaux pour abattre quelques petites saillies de rochers.

3° Il serait bon qu'il y eût à la tête de chaque colonne quelques hommes armés de pelles et pioches, pour aplanir, s'il était nécessaire, les points de passage les plus difficiles.

4° Quelles que soient les communications qu'on choisisse parmi celles qu'on vient d'indiquer, il est à désirer que les marches soient réglées de manière que les troupes passent les points couverts de neige entre 3 et 7 heures du matin; la neige étant gelée alors, on peut suivre le fond des vallées, et la marche est plus courte et plus facile.

5° Il y a entre Andermatt et l'Hôpital et un peu plus haut, dans la vallée du Gothard, deux petites plaines très commodes pour le rassemblement des troupes; mais, comme il n'y a point d'arbres dans tous les environs, il faudrait y faire transporter du bois d'avance, si l'on voulait y passer la nuit.

Un autre emplacement est entre l'Hôpital et Realp, et un peu au-dessus; un troisième entre Andermatt et Tavetsch, et un peu au-dessous de ce point, en deçà de Dissentis.

On trouverait également des points de repos et de rassemblement depuis Dissentis à Sainte-Marie et dans la vallée du Tessin.

A Lucerne, le 5 prairial, 8e année de la République française (25 mai 1800).

Le Capitaine du génie en chef
au corps d'armée du lieutenant général Moncey,

BOUTIN.

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    {p.688} {p.689} {p.690} {p.691}
  1. Sic, lisez l'Aar. {p.692}

Library Reference Information

Type of Material: Text (Book, Microform, Electronic, etc.)
Personal Name: Cugnac, Gaspar Jean Marie René de, 1861-
Main Title: Campagne de l'armée de réserve en 1800 ...
par le captaine de Cugnac ...
Published/Created: Paris, R. Chapelot et ce., 1900-1901.
Description: 2 v. 21 maps (partly fold.) 14 facsim. (partly fold. 25 cm.
Contents: t. 1. Passage du Grand-Saint-Bernard.--t. 2. Marengo.
Subjects: Napoleonic Wars, 1800-1815--Campaigns--Italy.
France--History--Consulate and Empire, 1799-1815.
LC Classification: DC223.7 .C96